Un Noir des Hébrides avait investi la région du Glen Mor où se situait l'ancien domaine des Gryffondor. Cette bête monstrueuse avait, dans un premier temps, bien arrangé les affaires des fondateurs de Poudlard car elle en éloignait les Moldus indiscrets. Cependant, la créature était rapidement devenue plus dangereuse et vindicative. S'étant lassée du régime de poisson du loch de Poudlard, elle avait commencé à menacer les élèves, voire les habitants et possessions des domaines voisins.
« Il est primordial que nous nous débarrassions de la bête, conclut Rowena, elle va finir par attirer l'attention de nos voisins sur nous et ce n'est pas ce que nous voulons. Et puis, nos élèves les plus jeunes ne peuvent pas s'en défendre et je suis sûr que la présence d'un dragon découragera de nouvelles arrivées.
- Je suis l'homme qu'il vous faut Rowena, s'écria aussitôt Godric, chevalier avant d'être sorcier !
- Nous irons tous ensemble, protesta Helga, hors de question de prendre des risques. Tu es d'accord Salazar ? »
Ce dernier, le plus laconique des quatre, semblait hésiter. A l'autre bout de la table, il triturait son gobelet, les yeux dans le vague.
« Je ne sais pas si j'ai envie de tuer une créature qui, comme nous, est trop souvent victime de la vindicte des masses ignorantes.
- Enfin Salazar, nous n'avons pas le choix, protesta Godric, si le Noir des Hébrides s'est déplacé jusqu'à nous, c'est certainement dû à une surpopulation dans sa région de naissance. Et puis, ce n'est pas comme si les dragons étaient des êtres sans défense. »
Salazar eut un rire amer et continua de jouer quelques instants avec le gobelet. Ses longs doigts en retraçaient les dessins de sinueux motifs qui serpentaient tout autour. Les trois autres étaient suspendus à ses lèvres.
« Permettez moi d'essayer d'autres méthodes avant de l'attaquer de front, d'accord ? lâcha-t-il finalement. »
Helga lui jeta un regard inquiet mais Salazar l'ignora et se leva pour aller se coucher. Toujours un peu rude, il ne les salua pas mais tous étaient habitués à ses façons.
« Annulons les cours de l'après-midi demain et partons pour combattre la bête durant la nuit, dit Rowena, de cette façon il y a peu de chance que nous soyons vus. Et puis, la créature est diurne et nous l'attaquerons donc à l'heure du repos.
- Mais, hésita Godric, je pensais que nous pourrions justement... Enfin... cela pourrait vous sembler stupide mais j'imaginais qu'un exploit en plein jour face aux Moldus pourrait racheter les sorciers à leurs yeux. »
Salazar éclata de rire et Rowena et Helga échangèrent un regard embarrassé. Godric se crispa, attendant la riposte.
« Godric... Tu sais bien qu'aucun sorcier n'a réussi à vivre longtemps en paix avec les Moldus depuis Merlin. Avalon n'est plus accessible aux mortels et la magie effraie à présent les Moldus qui abattent sorciers, dragons et géants sans distinction, dit Rowena en essayant d'adopter dans son ton une douceur qu'elle ne savait pas feindre.
- Oui je le sais. Mais est-ce pour autant une raison pour ne plus tenter de contact ? Nous sommes tous humains, tous enfants de Dieu et nous...
- Mais enfin ! s'écria Salazar, tu as bien vu ce qui était arrivé à tes parents ! »
Il y eut un silence de mort. Les parents de Godric, des sorciers souhaitant vivre discrètement en harmonie avec les Moldus, avaient mené une vie si prospère qu'ils s'étaient attiré la jalousie de leurs voisins. Accusés de sorcellerie, ils avaient été massacrés et leur château rasé. Il n'en restaient que des ruines qui masquaient aujourd'hui le véritable château de Poudlard.
Oui, Godric savait très bien ce qu'ils risqueraient en reprenant contact avec les Moldus mais il refusait de croire que ce que ses parents avaient fait pour une harmonie des êtres était voué à l'échec. Ils avaient été victimes d'un excès de confiance mais ça ne signifiait en rien qu'il fallait abandonner leurs idéaux. Un jour, l'obscurantisme volerait en éclats et tous les hommes bénéficieraient des avancées de la magie.
« Ceci dit, reprit Salazar, je ne comprends pas non plus pourquoi nous devrions nous cacher des Moldus. Nous sommes plus puissants qu'avant et leurs craintes envers nous sont aujourd'hui justifiées. Aucun d'entre eux ne pourrait nous échapper s'il nous prenait la fantaisie d'asseoir notre domination sur eux.
- Salazar ! s'écria Helga avec indignation.
- Non pas que j'ai envie de régner sur un peuple de larves, persiffla-t-il avec mépris. »
Et il quitta la salle à grandes enjambées. Helga jeta un regard hésitant à Godric et Rowena mais finit par se lancer à sa suite. Rowena les suivit des yeux. Elle fit quelques pas hésitants puis se laissa tomber sur une chaise et prit sa tête entre ses mains.
« Que faisons-nous pour le dragon ? hésita Godric.
- Nous ferons comme j'ai dit et nous combattrons la nuit, asséna-t-elle, la situation est trop urgente pour qu'on débatte du problème du secret magique en plus ! »
Elle poussa un soupir profond et se releva vivement pour arpenter leur salle à manger en long et en large. Ce n'était pas là un comportement de Lady mais Rowena était, après tout, une sorcière, une bâtisseuse, une mathématicienne et même, une astronome avant d'être la dame de tous les cœurs.
« Vous savez Godric, lâcha-t-elle en s'arrêtant face à une des grandes et lumineuses fenêtres, si je respecte votre idéalisme et que mon pragmatisme s'oppose au mépris qu'a Salazar pour les Moldus, mon cœur, lui, rêverait parfois de prendre une juste revanche. Nous ne sommes pas encore assez unis et soudés mais d'ici quelques années, notre pouvoir et notre savoir seront amplement supérieurs aux leurs et alors... »
Elle haussa les épaules.
« Alors peut-être aurai-je atteint un tel degré de sagesse que j'admettrai enfin que la violence n'est ni une solution ni une source de satisfaction. Bon, il faut que j'aille voir Helena. »
Godric soupira et se coucha à moitié sur la table. Malgré l'excitante perspective d'un combat demain soir, la situation n'était pas des plus réjouissantes. Plus le temps passait, plus il se rendait compte des divergences de point de vue qui existaient entre eux quatre. Helga au noble cœur, voulait protéger tout le monde et pensait qu'une vie parmi les Moldus était impossible. Elle voulait éviter tout risque. Rowena pensait comme elle mais au fond, son cœur penchait apparemment vers les idées de Salazar qui haïssait les Moldus et cultivait des désirs sourds de vengeance et de domination.
Godric les comprenait bien entendu. Salazar avait vu sa famille massacrée et taisait sans doute d'autres épreuves de sa jeunesse, quant à Rowena, elle avait passé sa vie à fuir les accusations de sorcellerie et le père de sa fille avait apparemment été accusé à tort et brûlé sur un bûcher. Leur rancœur était justifié, oui, mais pas pour autant légitime à ses yeux. Godric avait lui-même vécu des drames et perdu des êtres chers à cause de la haine des Moldus pour la sorcellerie. Malgré tout, il n'en avait jamais voulu aux Moldus en eux-mêmes. Enfant, il avait reçu leur enseignement, appris parmi eux, côtoyé nombre d'entre eux. Et la mort de ses parents n'y avait rien changé, il aimait les Moldus comme il aimait l'humanité et tout être doué de pensée avec qui il avait pu échanger.
« Excusez-moi, messire dit une petite voix, votre noble corps empêche Frickly de débarrasser la table. »
Godric se redressa et dévisagea l'elfe de maison qui lui avait ainsi parlé. Il se poussa doucement et le regarda s'activer.
« Tu ne veux pas que je t'aide ? lâcha-t-il en connaissant d'avance la réponse.
- Navré messire, mais ce serait une grande disgrâce pour Frickly. »
Il y eut un silence.
« Vous ne nous en voulez pas ? demanda Godric à l'elfe.
- Pourquoi Frickly devrait vous en vouloir messire ?
- Pour cette éternelle servitude. »
L'elfe de maison sourit poliment à Godric mais ce dernier savait que cette question l'embarrassait profondément.
« Frickly et les autres elfes de maison ont mérité leur sort messire. La légende dit qu'un elfe écuyer négligea un jour son devoir auprès du noble sorcier chevalier qu'il servait. Par ignorance, il lui cousit une tunique en filant des herbes empoisonnées et le chevalier mourut. Sa Lady, presque morte de tristesse, infligea donc à l'elfe une juste punition et condamna toute sa race à une servitude parfaite tant que leurs maîtres sorciers ne leurs donneraient pas eux-même une tunique en signe de pardon pour la faute passée.
- Déjà à cette époque vous étiez des serviteurs, grommela Godric, ces légendes... Ce sont sûrement des salades.
- Si messire le dit, rétorqua Frickly qui semblait un peu vexé. »
Godric resta encore une petite heure à méditer dans la salle à manger, puis, il rallia ses appartements où il chercha en vain un sommeil réparateur. Aucun des autres fondateurs ne dormait par ailleurs. Rowena poursuivait ses recherches en sortilèges aidée de son meilleur élève Merwyn dit le Malicieux, Salazar, après avoir passé un peu de temps avec Helga sans qu'elle ne parvienne à lui procurer de réel apaisement ou réconfort, était descendu dans ses souterrains s'entretenir avec ses amis de l'ombre. Helga, elle, soignait son herbier d'orties à la lueur de la lune.
Le lendemain, c'était Godric qui avait à charge les cours de leur petite classe. Ils n'étaient encore qu'une quinzaine en tout et constituaient, avec leurs quatre professeurs, Helena et sa nourrice et les elfes de maison, la seule population de Poudlard qui était plus un manoir qu'un château. Les cours restreints que donnaient Godric à l'époque allaient cependant beaucoup lui manquer par la suite. Tous les élèves n'avaient pas de baguette mais on avait décidé de leur en offrir aux frais de l'école. On attendait juste la visite du marchand ambulant Ollivander qui exerçait surtout en Angleterre. De fait, sans ce catalyseur de magie, ils étaient obligés de se limiter à la théorie ce qui frustrait beaucoup Godric. Pour tromper son impatience, il faisait cours tout en marchant à travers le parc. Marcher aiguisait l'esprit et le parc était un merveilleux lieu de recueillement.
La journée était plutôt ensoleillée même si une légère brume subsistait. C'était un temps parfait. Le cour d'aujourd'hui portait sur les métamorphoses humaines, sujet qui passionnait Godric mais dont il était lui-même incapable de faire la démonstration. Changer des objets, il pouvait, mais lui-même, il en était incapable... Quelle frustration ! A la fin du cour, il s'installa avec ses élèves au bord du lac. C'était le moment des questions et évidemment, ce fut Ulric qui posa la première et elle n'avait rien à voir avec le cours :
« Pourquoi appelle-t-on les Moldus les Moldus ? demanda l'énergumène qui observait le lac avec fascination. »
Godric se gratta la tête. Il était bien embêté par cela, il n'en avait aucune idée. Les textes qui remontaient à Merlin ne faisaient pas mention de cette appellation mais il était vrai que Godric comprenait mal les runes anglaises. Ça semblait remonter à une ou deux générations mais c'était déjà bien implanté. A bien y regarder, le terme était même un peu insultant. Il faudrait qu'il y réfléchisse mais comme il n'avait rien à répondre pour l'instant, il dit simplement :
« Ca n'a rien à voir avec le cours Ulric. La prochaine fois, Abstiens-toi. »
La matinée s'acheva et il se prépara donc pour le départ. C'était Merwyn le Malicieux, l'élève le plus âgé de Poudlard, qui devait donner cours l'après-midi en remplacement de Rowena. Les quatre professeurs officiels seraient, eux, sur les routes. Godric enfila son armure aidé de Frickly. Il passa sa longue cotte de maille enchantée pour être plus légère sur son gambison et enfila de lourdes chausses qui se fermèrent et s'ajustèrent à ses pieds avec de nombreux cliquetis. Le chevalier qui lui faisait face dans son miroir en or poli avait fière allure. Grand, les cheveux longs d'un blond roux qui allait en s'assombrissant avec l'âge, la barbe légère, la carrure athlétique et le visage régulier avec des yeux d'un vert précieux. Si Godric n'avait pas eu ce tempérament héroïque qui le poussait à chercher à résoudre tous les malheurs du monde, il aurait été un galant chevalier d'une grande courtoisie et aurait passé sa vie à s'amuser de joutes en tournois et des maids en ladies...
Il rejoignit les trois autres sorciers dans le hall. Salazar avait son capuchon rabattu sur le visage de sorte qu'on ne pouvait cerner l'expression de son visage, Rowena et Helga avaient, elles, revêtu des tuniques d'hommes plus pratiques pour l'aventure.
« Je propose de transplaner dans les grottes près des lochs où le Noir des Hébrides a été aperçu, dit Rowena, restons ensemble pour le moment, d'accord. »
Salazar hocha la tête ce qui rassura Godric. Il s'enhardit même à se placer à côté de lui lors de leur premier transplanage et lui tint donc la main. Comme ses longs doigts noueux étaient froids. C'était effrayant.
Ils passèrent l'après midi à aller de loch en loch. Ils trouvaient toujours des traces du passage du dragon, des ossements, des empreintes, mais rien de vivant. Il devait encore être en chasse. Néanmoins, ils finirent par repérer une carcasse de cheval qu'il n'avait pas achevée de dévorer. Le Noir des Hébrides allait revenir. L'attente pouvait commencer.
Ils s'installèrent en hauteur, sur la colline qui dévalait vers le lac. Il était hors de question de manger et de se reposer, l'odeur de la nourriture attirerait le dragon et il pouvait arriver d'un instant à l'autre. Helga, qui n'était pas sûre de sa baguette à laquelle elle ne s'habituait pas comme vecteur de magie, avait emmené l'arc et les flèches qu'elle maniait avec autant de précision et d'habileté que ses décoctions. A part Godric, seule Rowena avait appris la magie avec une baguette, un objet trop cher pour beaucoup de gens. Elle avait elle-même hérité de la baguette de son père et avait su l'utiliser avec la discrétion qui sied aux rares sorcières usant d'un tel instrument. Elle avait une perception très aiguë et précise de la magie et savait lui faire prendre la forme qu'elle voulait avec ou sans baguette, en silence ou avec des incantations. Elle avait plus de facilité que les autres à se concentrer et était habituée aux abstractions de la magie.
Les deux autres peinaient avec cet artefact bien que Godric ne leur ait fait fabriquer deux baguettes. Helga n'utilisait la sienne que très peu. Elle disposait d'un instinct extraordinaire en potion et alchimie, connaissait les plantes et les effets des astres comme personne. On lui prêtait même des dons de devineresse mais tout cela n'était qu'observation. Par contre, quand il s'agissait de transformer, faire léviter ou ensorceler des objets, elle s'avérait beaucoup moins douée. Helga était, indiscutablement une grande sorcière mais certainement pas une grande jeteuse de sorts. Salazar, lui, refusait purement et simplement d'utiliser la baguette magique qui, selon lui, « faussait sa magie ». Quelle drôle d'idée ! Il avait été prouvé que la plupart des sorciers étaient bien meilleurs avec une baguette. Certains étaient même incapable de pratiquer correctement la magie sans ce vecteur.
« Je me demande ce que vous allez faire sans aucune arme Salazar, dit Godric alors que le soleil se couchait derrière le brouillard.
- Tu sais pourquoi ta mère m'avait ramené au château, je m'entends bien avec les bêtes, répondit Salazar. »
Il haussa les sourcils d'un air de conspirateur. Ses yeux gris délavés semblaient emplis de brouillards et ses cheveux noirs coupés au bol avaient aussi des reflets d'aciers. On aurait dit une sculpture de métal. Il était parfaitement concentré.
« Il arrive, murmura-t-il. »
Rowena, la main sur sa baguette, demeura impassible. Helga, elle, leva les yeux vers le ciel tout en tirant une flèche de son carquois. Quant à Godric, il s'était carrément levé, son épée dans une main, sa baguette dans l'autre. Bientôt, la créature apparut à l'horizon. Le dragon faisait vibrer l'air. Chaque battement de ses ailes était un ouragan. Les quatre fondateurs campèrent sur leurs positions, s'arcant et s'agrippant à l'herbe tourbeuse au passage de la bête qui les ignora et descendit en piqué vers sa proie délaissée. Salazar se leva alors :
« Ne faites rien tant que je ne vous l'ai pas demandé, dit-il, ayez confiance. »
Godric resserra son emprise sur son épée et sa baguette mais ne put s'empêcher de sursauter quand il vit la silhouette dégingandée de Salazar disparaître en un éclair. Il avait transplané.
Où se trouvait-il à présent ?
« Là ! cria Helga dont la voix était presque couverte par le vent. »
Elle désignait du doigt le dragon en contrebas. Il était immobile et fixait un point devant lui. Salazar. Perdu dans les plis mouvants de sa cape, il semblait si frêle et vulnérable face à l'immense reptile.
« Il faut qu'on l'aide ! s'exclama Godric.
- Non, asséna Rowena, il essaie quelque chose. Nous devons avoir confiance en lui. »
Godric, sans l'écouter, transplana sur une corniche naturelle quelques mètres plus bas. Ainsi, il était plus près de l'action et le dragon ne lui tournait plus tout à fait le dos même s'il restait lui-même hors de sa vue. Salazar et l'animal étaient parfaitement immobiles. On aurait presque dit qu'ils discutaient. Non, c'était impossible... un dragon et un homme... Godric voulait se rapprocher encore. Il hésitait. Cela déplairait sûrement à Salazar. Mais ce dernier paraissait si fragile face au dragon...
La créature poussa alors un grognement menaçant et ouvrit brusquement sa gueule, comme pour s'apprêter à cracher le feu. Godric transplana aussitôt pour se rapprocher :
« Stupefix ! s'écria-t-il en visant le monstre de sa baguette. »
Il pensait seulement distraire le dragon avec un tel sort. Ils avaient la peau dur et ce sortilège sera comme la piqûre d'un moustique pour lui. Mais la bête s'effondra et tomba lourdement sur le dos. Il fallait croire que les manipulations de Salazar l'avaient affaibli... ou que Godric était très puissant. Sans doute un peu des deux. Godric n'avait jamais su doser sa force. Sa mère l'appelait autrefois l'Héraclès de la magie. Lors d'un entraînement pratique, il avait endormi tous les habitants du château et des alentours ce qui avait fait circuler nombre de légendes.
« Allez ! Dépêchez vous Salazar ! Sinon il va se réveiller ! cria Godric en transplanant sur le ventre du monstre. »
Il était écailleux et lisse mais beaucoup plus vulnérable que le reste de son corps. D'un noir moins intense que les parties protégées par des plaques osseuses, son abdomen s'offrait à l'épée. Godric n'avait encore jamais tué de dragon mais il connaissait bien ses leçons. Il fallait viser le cœur et rien d'autre. Il remonta vers le poitrail de la créature, brandit son arme et...
Ne fais pas ça !
Godric grimaça et se tourna vers Salazar qui lui avait parlé sans ouvrir la bouche :
« Salazar ! Vous savez bien que je déteste quand vous faites ça ! »
Ne touche pas le dragon ! Malgré ta maladresse je suis certain que je peux encore le raisonner.
« Ah, parce que vous discutiez avec lui ! Et de quoi parliez-vous ? »
Je lui parlais de la menace des Moldus qui, s'ils semblent bien fragiles, mettront immanquablement fin aux jours de ce dragon. Il commençait à réellement ressentir cette menace et pensait à partir de son plein gré.
« Et alors, pourquoi a-t-il ouvert la gueule ! N'était-il pas en train de vous menacer ? »
Sombre idiot ! Ça ne t'arrive jamais de bâiller ?! Je t'avais demandé de ne pas agir tant que je ne l'aurai pas dit ! De me faire confiance ! A présent éloigne-toi et attendons qu'il se réveille !
La voix intérieure de Salazar était comme le feulement d'un vent violent s'abattant contre les rochers des falaises. Quelle colère immense l'agitait alors que Godric avait simplement voulu le sauver ! Et pourquoi avait-il foi en ce dragon. Ce n'était qu'un animal. Il ne réussirait jamais à le raisonner et en le laissant en vie il risquait de...
Tu ne crois pas en moi !
« Si, c'est juste que...
Ce dragon représentait un tel risque pour les hommes des environs, pour leur pérennité...
Tu ne crois pas en moi !
Il avait sans doute déjà tué autre chose que du bétail et on ne pouvait se permettre de...
TU NE CROIS PAS EN MOI !
« Comment voulez-vous que je vous croie alors que vous avez infiltré mes pensées ! hurla Godric. »
Il brandit sa lame et atteignit le cœur, entamant par là sans le vouloir les liens qui l'unissaient à Salazar.
Note : Leòghanta : ça voudrait dire "courageux comme le lion" en gaélique écossais.
