NdA :

SPOILERS DE THE DEATH CURE – Donc pour ceux d'entre vous qui n'auraient pas encore lu le livre (honte à vous lol), je vous conseille de revenir quand ce sera fait ! ^^

Pour les autres, j'espère que ce nouveau chapitre vous plaira ! Enfin, ce n'est pas qu'il soit franchement rigolo, mais il faudra plutôt s'en prendre à James Dashner pour le coup...

Les paroles utilisées sont tirées de la chanson Everybody Lies de Jason Walker.

Bonne lecture !

-Lilith-


« Les personnes suivantes ne sont pas immunisées. »

S'il vous plaît, pas lui. N'importe qui mais pas lui.

« Newt... »

Non...

Le nom résonne dans ma tête, encore et encore, à la façon d'un mauvais écho.

La pièce se met à vaciller légèrement, tandis qu'une chape de glace s'abat sur moi, me broie le cœur, me tord l'estomac.

Je me plie en deux, les yeux rivés au sol. Mais je ne distingue plus rien, et la voix monocorde de l'homme-rat qui poursuit son énumération me parvient comme à travers un brouillard, étouffée, déformée.

Il n'est pas immunisé. Et je sais parfaitement ce que cela signifie.

Il va finir comme toutes ces créatures de cauchemar que nous avons vues sur les écrans des labos du WICKED, fou à lier, violent, incapable de faire preuve de compassion ou d'aligner deux pensées cohérentes.

Et puis il mourra.

Et je vais le perdre.

Malgré tout ce que je lui ai promis, que je serai toujours là pour veiller sur lui quoi qu'il arrive, que je ne permettrai jamais que quelqu'un ou quelque chose lui fasse du mal, je vais le perdre.

Tous ces magnifiques serments n'ont plus aucune signification maintenant. Ce ne sont plus que des mots d'amour ridiculement mièvres échangés sur l'oreiller, qui ont perdu toute leur valeur avec l'évocation d'un seul putain de nom sur une seule putain de liste.

J'ai l'impression d'avoir une nouvelle fois trahi la confiance de Newt, que quoi que je fasse ou tente de faire, je ne serai jamais bon à autre chose qu'à lui porter la poisse.

Je vais le perdre...

Je n'arrive pas à focaliser mes pensées sur autre chose. L'amour peut être tellement égoïste.

Mes yeux restent désespérément secs, malgré la boule qui me serre la gorge. Je voudrais m'enfuir ou m'effondrer par terre, je ne sais pas trop, et hurler, hurler à m'en briser les cordes vocales, crier à la face du monde que ce n'est pas juste, que j'aurais mille fois préféré me retrouver à la place de Newt, car au moins j'aurais eu l'impression d'expier toutes les conneries que j'ai faites.

Et lui, lui qui a toujours été le meilleur d'entre nous, le lien qui nous unissait les uns aux autres, lui ne méritait pas ça.

Et pourtant son destin vient d'être scellé d'un seul petit mot, prononcé avec la désinvolture la plus complète. Car il est évident qu'il n'a aucune chance de s'en tirer. Un mort de plus ou de moins, le WICKED s'en fout pas mal.

C'est tout juste si je m'aperçois que Janson a quitté la pièce, une fois son discours terminé, nous laissant digérer les informations qu'il nous a balancées à la figure sans le moindre état d'âme.

-Hé, Tommy, ça va ?

La voix de Newt m'arrache à mes pensées, et mon coeur se serre un peu plus dans ma poitrine. J'ose à peine lever les yeux vers lui, j'ai peur d'affronter son regard, peur de ce que je vais y lire.

Ses mâchoires sont crispées, ses lèvres étirées en un mince sourire qui tient plutôt du rictus, ses prunelles noisette ont perdu de leur éclat. Je sais qu'il s'efforce de paraître calme, comme toujours, de faire comme si tout cela ne l'affectait pas, et le fait qu'il se montre aussi stoïque me met au supplice.

Je le saisis par le poignet et l'entraîne dans un coin de la pièce, à l'écart des autres.

Il y a tant de choses que je voudrais lui dire en cet instant, et en même temps, tout semble si vain, si dérisoire, que je ne sais pas par où commencer.

Il est condamné, il le sait, je le sais. Les mots meurent dans ma gorge les uns après les autres sans parvenir à franchir la barrière de mes lèvres. Je me sens tellement impuissant, je suis conscient que rien ne peut minimiser la gravité de la situation.

La main de Newt vient tendrement mais fermement se poser sur ma joue, et cette fois je sens les larmes poindre.

-Ce n'est pas le moment de craquer, Tommy.

Son ton est si sérieux, si autoritaire, que je laisse échapper un petit rire étranglé. La situation est surréaliste.

-T'en as de bonnes, tiens ! Et qu'est-ce que je suis sensé faire, hein ? Sauter de joie, me lancer dans un concours de blagues avec Minho ? Je ne sais pas comment tu fais pour rester aussi impassible, mais moi j'en suis incapable, figure-toi. Je suis incapable de faire abstraction du fait que...que tu...

Ma voix se brise presque, je sens les larmes couler le long de mes joues, me brûler comme de l'acide. Je vois le regard de Newt s'assombrir un peu plus.

Il a raison.

Je devrais me montrer plus fort que ça, au lieu de me mettre à chialer comme un gosse. Je me dois d'être fort pour lui, pour lui prouver à quel point je tiens à lui, que je serai toujours là pour le soutenir, même dans les moments les plus sombres. Et des moments sombres, ce n'est pas ce qui a manqué depuis que l'on se connaît, on en aurait même à revendre, mais là, c'est difficile de faire pire.

Il a plus besoin de moi que jamais, et je ne peux pas, je ne dois pas le laisser tomber.

« We do what we have to when we fall in love »

Alors j'essuie brièvement les traces humides sur mes joues, prends une profonde inspiration et dépose furtivement un baiser sur ses lèvres.

-Très bien, tocard. Si tu as décidé de faire ta tête de pioche et que devenir un gentil petit fondu ne te posait pas de problème, alors je te suis.

Ma vanne pourrie et l'ironie dans ma voix pourtant encore légèrement tremblante réussissent à arracher un vague sourire à Newt.

Il me prend la main et me fixe longuement, avant de lâcher un « Merci, Tommy » du bout des lèvres, tout en serrant mes doigts plus fort.

J'ai la sensation que mon cœur est en train de se briser littéralement, mais je me contente de lui sourire à mon tour.

Je n'ai pas le choix.

«Whether it's to yourself or looking at someone else, everybody lies, lies, lies, it's the only truth sometimes »

...

Quelques heures plus tard, nous nous retrouvons enfermés dans une chambre tenant plutôt de la cellule de prison, meublée en tout et pour tout de lits superposés et d'un minuscule coin cuisine.

La nuit est déjà bien avancée. Les autres blocards se sont tous effondrés comme des masses, à en juger par les ronflements émanant des quatre coins de la pièce.

Moi, je n'arrive pas à fermer l'oeil. Je me tourne et me retourne dans mon lit, incapable de trouver le sommeil malgré la fatigue qui m'accable, les nerfs à fleur de peau.

L'angoisse me ronge la poitrine, et j'ai beau me creuser la cervelle pour trouver une solution, une issue, je ne peux m'empêcher de penser que cette fois, le WICKED nous a bel et bien coincés, et que toute tentative de fuite est vaine.

De légers bruits me parviennent du lit situé au dessus du mien, et quelques secondes plus tard, une silhouette sombre atterrit par terre, avant de se glisser silencieusement sous les draps à mes côtés.

-Newt...Tu ne dors pas ?

-Bien observé, guignol ! Et toi non plus à ce que je vois.

La main de Newt cherche à tâtons la mienne, et il entrelace doucement nos doigts. Je frissonne à ce contact.

Une bouffée d'émotion me saisit, j'ai soudain autant envie de pleurer que de le serrer dans mes bras. Je choisis la deuxième option, savourant la sensation de sa tête reposant sur ma poitrine, le chaleur de nos corps imbriqués, le chatouillement de ses mèches dans mon cou.

Plusieurs minutes s'écoulent sans que ni lui ni moi n'ose prononcer le moindre mot. Nous n'avons pas eu l'occasion d'aborder le sujet de la maladie de Newt depuis son annonce. Et je me dis que c'est le moment ou jamais. Demain il sera peut-être trop tard.

-Newt, je voulais te dire...

Il m'interrompt en posant vivement un doigt sur mes lèvres.

-La ferme, Tommy, je n'ai pas envie de parler de ça. On fait comme si de rien n'était, et c'est tout. Je ne veux plus en parler, jamais, c'est bien compris, tocard ?

L'agressivité de son ton déclenche un signal d'alarme quelque part dans mon cerveau. Il semblerait que la Braise ait commencé son œuvre destructrice...

Rapide comme l'éclair, Newt se redresse et m'immobilise en me plaquant au matelas, ses cuisses de part et d'autre de ma taille. Il fond sur ma bouche avant que j'ai eu le temps de protester.

-Fais moi l'amour, Tommy.

Les mots claquent, il les a prononcés d'une voix tranchante que je ne lui connais pas, en totale opposition avec sa requête, qui me laisse complètement décontenancé.

-Newt, je suis désolé, je ne peux pas... Pas ici, pas comme ça...Je...

J'hésite, je ne sais pas quoi dire pour éviter d'attiser davantage sa contrariété, le moteur qui fait progresser la Braise.

-Tu ne peux pas quoi, tocard ? Alors maintenant ça te dégoûte de me baiser, juste parce que je ne suis pas comme toi, que je ne suis pas immunisé ? Tu as peur que je te refile quand même ce foutu virus, c'est ça ?

Sa voix s'est réduite à un sifflement de colère mêlé de désespoir, et ses ongles s'enfoncent durement autour de mes poignets. Une lueur de folie danse dans son regard, j'ai l'impression qu'il pourrait me frapper à tout instant.

La panique commence à me gagner face à cet accès de rage sorti de nulle part.

Si Newt est déjà capable à ce stade de réagir avec autant de violence, je n'ose pas imaginer ce qu'il adviendra au cours des prochains jours, voire des prochaines semaines s'il parvient à tenir jusque là.

Je suis déjà en train de le perdre...

Cela me fait mal, tellement mal de le voir dans cet état, haletant, les yeux révulsés, à l'opposé de sa maîtrise et de sa douceur habituelles, et les choses ne feront qu'empirer...

Je fais de mon mieux pour garder mon sang-froid, pour empêcher ma voix de trembler.

-Newt, écoute-moi, s'il te plaît. Ne laisse pas ce plonk de virus te bouffer le cerveau, je sais que tu ne penses pas réellement ce que tu dis ! Je t'aime putain, tu le sais, non ? Et je ne t'abandonnerai pas, quoi qu'il arrive.

Je rive mon regard au sien, et me redresse tant bien que mal pour l'embrasser. Il détourne brusquement la tête, mais je vois que mes paroles ont atteint leur but, et qu'il recouvre peu à peu sa lucidité.

Il me lâche et s'effondre sur le matelas dans un gémissement.

-Je suis désolé, Tommy. Je ne sais pas ce qui m'a pris, je...Ce n'est pas de ta faute. Je ne me sens pas bien, le moindre truc qui me contrarie réussit à me faire péter un plomb, et c'est de pire en pire.

Je l'attire à nouveau contre moi et enfouis mon visage dans son cou, alors qu'il enroule ses bras autour de ma taille. Mes lèvres effleurent doucement sa clavicule, remontent vers sa tempe.

-Je ne t'en veux pas.

S'ensuit un moment de flottement qu'aucun de nous n'ose briser.

Je veux juste m'imprégner de lui, de son odeur, de sa chaleur, avant qu'il ne soit trop tard. Le compte à rebours à déjà commencé, et rien ne pourra l'enrayer.

Mais pour l'instant il est là, dans mes bras, et c'est tout ce qui compte. Je ne veux pas penser à autre chose.

Je crois l'entendre murmurer un « Je t'aime » avant de sombrer dans le sommeil.

« Everybody lives and everybody dies... »


En espérant que ça vous ai plu, n'hésitez pas à laisser un petit commentaire, ça fait toujours plaisir et ça coûte rien !

A bientôt pour la suite !