...meurt dans le froid de l'hiver.
– Vous n'avez pas le droit de la toucher, elle est à moi, grogna Sasuke.
– Oui, ça c'est la théorie, mon petit Sasuke, dit Sasori. Mais j'ai l'impression qu'il va falloir faire une dérogation dans le cas présent.
J'avais remonté ma robe et, sous un regard de Sasuke, je me faufilai rapidement entre les hommes, tentative désespérée de prendre la fuite. Évidemment, les doigts de Kakuzu se refermèrent sur mon épaule et il me jeta par terre. J'atterris sur le coccyx et une vive douleur me traversa le dos. Je ne tentai même pas de me relever. A quoi bon, de toute façon ? Personne ne viendrait me sauver cette fois-ci alors autant en finir, et rapidement. Deidara s'approcha de moi pendant que Hidan retenait Sasuke qui protestait vivement contre leur intrusion.
– Eh bien, tu t'es fait mal, ma pauvre chérie ?, demanda-t-il. Mais explique-moi, pourquoi fuis-tu devant nous alors que tu te plies à la volonté de notre jeune ami ici présent ? Aurait-il des charmes dont nous ne disposons pas ?
La question n'était que rhétorique, j'en étais persuadée. Ils avaient dû deviner que Sasuke et moi étions liés, c'était trop évident. Je soupçonnais même qu'ils aient été au courant depuis le début et que toutes leurs manigances n'aient jamais eu qu'un seul but : torturer Sasuke. En réfléchissant bien, cela se tenait. Après tout, il y avait un certain nombre de jolies jeunes filles parmi celles qui travaillaient avec moi la veille. Or, les membres de la bande avaient tout de suite jeté leur dévolu sur moi. J'avais été la seule à subir leurs obscénités toute la soirée. Il aurait été prétentieux de croire que les autres filles n'étaient pas assez attirantes pour eux. Un tel jugement aurait été faux. Non, il n'y avait qu'une seule explication possible : ils savaient que j'étais une amie de Sasuke. Et ils avaient dû vouloir tester sa loyauté en me chahutant un peu juste sous son nez.
– Vous savez parfaitement pourquoi, répondis-je à Deidara. Vous l'avez toujours su.
L'habituel sourire de Deidara s'effaça et son expression froide me fit alors trembler de peur. Il me tira par le bras, me forçant à me relever et m'attira dans le couloir. Je protestai avec énergie et j'entendis Sasuke faire de même dans la pièce que nous venions de quitter.
– Tu n'es pas idiote, ça je l'ai su tout de suite, ricana le jeune homme en me faisant pénétrer dans sa chambre. Mais j'aimerais juste savoir une chose : pourquoi es-tu venu fourrer ton nez dans nos affaires, hein ? Tu espérais quoi, au juste, en venant à cette soirée ?
Devant mon expression horrifiée, il ricana.
– Tu aurais dû savoir que le chef aime bien fouiller un peu dans le passé de ceux qui bossent pour lui, railla-t-il. Et quand il nous a dit que tu étais l'amie d'enfance de Sasuke...
Il tourna mon visage vers le sien et, sans me laisser le temps de réagir, m'embrassa sauvagement.
– Tu penses bien qu'on n'allait pas laissé passer une occasion pareille, poursuivit-il après m'avoir jeté sur son lit.
Il bloqua mon corps entre ses jambes et ses bras solides. Prise de panique, je ne prêtais même plus attention à ses paroles. Je poussais des cris suraigus en me débattant, en vain. Deidara posa sa main sur ma bouche. Il approcha sa bouche de mes oreilles et murmura :
– Ferme-là. Tu sais, si Sasuke était resté bien sage, on n'en serait pas là. Mais le fait qu'il te réclame pour lui tout seul, avec ses airs supérieurs, ben... Ça nous a un peu mis en rogne. Si tu dois en vouloir à quelqu'un, c'est à lui, ma belle. Après tout, c'est pour lui que tu t'es mis dans cette merde, non ?
Il croisa mon regard fou de terreur, dut y lire la confirmation qu'il attendait et sourit d'un air satisfait. Je m'en fichais comme d'une guigne, de ses hypothèses et des vérités qu'elles pouvaient bien contenir. Tout ce que je savais, c'est qu'il était bien trop fort et que j'étais incapable de fournir la moindre résistance. Je hurlai autant que possible et j'entendis Sasuke crier mon nom dans la pièce voisine. Ma robe fut vite relevée, révélant mes jambes nues aux yeux de Deidara, qui se mit à parcourir ma peau avec sa langue avide. La peur manqua de me rendre folle, un brusque sentiment de dégoût gagna tout mon corps et je me débattis de plus belle. J'avais beau savoir que mes efforts étaient inutiles, que je ne lui échapperais pas, je ne pouvais renoncer... Non, je ne pouvais pas, je n'avais pas le droit... Sasuke criait toujours dans la pièce voisine, je devais me battre pour lui. Il me détesterait s'il savait que je rendais les armes. Je ne tolérerais pas qu'il me déteste, non, pas lui, certainement pas... Pourtant... Pourtant c'était dur de se battre, c'était épuisant pour le corps, c'était lassant pour mon esprit fatigué, si fatigué. Je voulais que la journée se finisse, je voulais qu'elle n'ait jamais commencé. Si je fermais les yeux et que j'attendais que cela passe, peut être que je ne sentirais rien ? Peut-être que j'oublierais où je suis, oui, oublier, c'est ça, ne plus penser, fermer son esprit, ne rien voir, ne rien sentir, ne rien entendre.
Alors, soudainement, je cessai de me débattre. Je serrai les dents et acceptai les faits, des larmes coulant le long de mes joues. Dire que Sasuke avait failli être celui qui partagerait ma première fois ! A la différence de ce que me faisait subir Deidara, j'étais persuadée qu'il aurait su se montrer doux et délicat, comme les baisers qu'il m'offrait encore quelques minutes plus tôt. Je me focalisai sur cette pensée tout en fixant le plafond blanc au-dessus de ma tête, oublieuse du corps musclé penché au-dessus de moi. Au loin, j'entendais encore Sasuke m'appeler mais je ne lui répondis pas. Je m'enfermai dans un autre monde en agrippant le drap de toutes mes forces. Ne pas penser, ne rien voir, ne rien sentir, ne rien entendre. Concentrée sur ces tâches, je fis de mon mieux pour ne pas ressentir le corps de mon agresseur sur le mien. Dans le mien.
Au bout d'un temps infini, les mouvements de Deidara cessèrent et il se releva, fourbu. Je demeurai allongée, les yeux fixés sur le plafond, la mâchoire serrée. Mais je n'eus pas le temps de reprendre contenance car un deuxième arriva, puis un autre. Ils eurent chacun leur tour, l'un après l'autre, comme un vieux refrain qui reviendrait toujours à l'identique en vous procurant les mêmes sensations de dégoût, de mal être. Et de douleur. Enfin, la place demeura libre et j'entendis les rires gras s'éloigner tels les derniers lambeaux d'un cauchemar à l'heure du réveil. Mais je ne me réveillai pas. Je ramenai simplement mes jambes contre ma poitrine et me repliai sur moi-même, comme si j'avais espéré disparaître en me comprimant avec suffisamment de force. Mais cela n'arriva pas. Je restai là, brisée, meurtrie, déchirée dans ma robe blanche que j'avais pudiquement mais faiblement, comme si cela ne comptait pas, rabaissée sur mes genoux. Une voix faible résonna alors derrière moi.
– Sakura... ?, dit-elle dans un murmure d'appréhension.
Des pas précipités, des mains sur mes épaules. Des mains d'hommes, encore. Alors, ce n'était pas fini ? Je me retournai lentement pour faire face à mon prochain violeur lorsque je reconnus Sasuke. Étrangement, la vue de son visage ne me procura aucune joie, aucun soulagement. J'avais l'impression que je ne pourrais plus jamais ressentir ces sentiments heureux. Ses traits étaient tordus par la souffrance mais je devinais que ce n'était pas la sienne. Il avait mal pour moi. Je lisais dans ses yeux à quel point je devais paraître misérable, les yeux hagards, les joues encore couvertes de larmes. Il leva prudemment sa main vers mon visage, comme s'il craignait de m'effrayer. Savait-il seulement que mon esprit ne craignait plus rien ? Je l'avais barricadé derrière un mur dès le début de mon agression dans l'espoir de le maintenir intact, pur, à défaut de pouvoir le faire avec mon corps. La main de Sasuke se posa sur ma joue et le contact de ses doigts ne me fit aucun effet.
– C'est ma faute..., dit-il d'une voix douloureuse. J'aurais dû te faire sortir d'ici dès que j'ai pu... Si seulement je pouvais revenir en arrière...
Mon manque de réaction lui tira quelques larmes. Je ne l'avais jamais vu pleurer auparavant. Cette image ralluma une étincelle de vie dans mon cœur et je levai lentement mon bras douloureux pour poser ma main sur la sienne. Si chaude, si douce. Je l'embrassai du regard, à défaut de pouvoir le faire avec mes lèvres. Mais il était trop dévoré par le remord pour s'en apercevoir.
– Je vais t'emmener à l'hôpital, d'accord ?, demanda-t-il d'une voix qui dissimulait mal son émotion.
Je ne répondis pas mais il m'attrapa néanmoins sous les genoux et dans le dos et me porta dans la pièce principale de l'entrepôt. L'espace d'un instant, j'entendis de nouveau les voix de mes agresseurs qui s'esclaffaient à notre passage et ne ressentis aucune frayeur. Ils ne firent rien pour nous arrêter. Ils avaient eu ce qu'ils voulaient.
La lumière du jour m'aveugla et je levai une main pour me protéger des rayons du soleil. J'entendis le ronronnement d'un moteur à quelques pas de là et Sasuke me déposa à l'arrière d'une voiture.
– Comment va-t-elle ?, demanda quelqu'un que je reconnus comme étant Itachi.
– Mal, répondit Sasuke d'une voix morne. Elle n'a pas dit un seul mot depuis que...
– Ne t'inquiète pas, elle est forte, assura son frère.
Sasuke n'ajouta rien et la voiture démarra. Je m'interrogeai vaguement sur le temps qui s'était écoulé depuis la fin de mon agression. Suffisamment, en tout cas, pour que Sasuke ait eu le temps de prévenir son frère et que ce dernier se rende à l'entrepôt. Au moins dix minutes. Cela me sembla étrange car je pouvais encore sentir le contact du dernier homme qui m'avait touché, la moiteur de ses mains sur ma peau, comme s'il venait seulement de me lâcher.
Je regardai défiler le paysage extérieur sans le voir vraiment. Je ne percevais qu'une farandole de couleurs plus ou moins nettes, de visages fermés ou rieurs, le tout entremêlés de sons mélodieux et chaotiques à la fois. Le monde était ainsi, mélange de blanc et de noir, de trouble et de tranquillité. Mais mes yeux ne le voyaient pas.
La voiture s'arrêta soudain et Sasuke m'extirpa de l'habitacle en murmurant des paroles de réconfort qui ne m'atteignaient pas. Notre arrivée dans le bâtiment fut accueillie par des exclamations et je fus presque immédiatement allongée sur un brancard tandis qu'un médecin harcelait Sasuke avec ses questions. Il lui expliqua tout, d'une voix profondément attristée, et demanda à m'accompagner. J'entendis le médecin refuser en prétextant une multitude d'examens à pratiquer puis quelque chose me piqua le bras et, quelques secondes plus tard, le monde s'était refermé devant mes yeux. Avant de m'endormir, je cru sentir la caresse d'une main sur ma joue, puis plus rien, le peu de conscience qu'il me restait s'évapora et je sombrai dans le sommeil.
Je m'éveillai dans une pièce froide, en plein milieu de la nuit. J'ignorai ce qu'ils m'avaient injecté dans le corps, mais je me sentais beaucoup mieux. Cependant le souvenir des évènements de la veille me revint en mémoire et je sentis mon cœur s'emballer. Je n'avais rien pu faire, telle une simple poupée de chiffon entre des mains puissantes. Étrangement, la peur me rassura car elle signifiait que la vie était revenue en moi.
Une infirmière entra peu de temps après mon réveil et me demanda comment je me sentais.
– Mieux, répondis-je d'une voix qui n'était pas la mienne.
Elle vérifia un certain nombre de données sur la machine qui se tenait à côté de moi, puis me prévint :
– Je vais vous faire une injection qui vous fera dormir jusqu'à demain matin.
Je hochai la tête, incapable de communiquer autrement. De nouveau, une sensation d'engourdissement suivit la piqûre et je fus rapidement séparée du lien qui me retenait à la réalité.
Mes yeux s'ouvrirent pour découvrir la même pièce, mais éclairée par la lumière du jour. Une main était posée sur la mienne et je me tournai vivement vers son propriétaire. Mon cœur s'emballa à la vue de Sasuke et je fus une fois de plus rassurée de constater que j'étais redevenue normale. Non, pas normale, je ne pouvais l'être, du moins pas encore. Mais je n'étais plus la Sakura zombie que Sasuke avait dû amener à l'hôpital. Je lui offris un petit sourire. En réponse, la commissure de ses lèvres se releva légèrement mais personne n'aurait même osé appeler cela un rictus. Néanmoins, je ne m'en formalisai pas.
– Comment tu te sens ?, murmura-t-il.
– Ça va, dis-je.
– Non, ça ne va pas, évidemment, grommela-t-il en m'accusant du regard. Ça ne peut pas aller.
– Tu as raison, abdiquai-je d'une voix faible. Il faudra un bon moment avant que ça aille bien mais...
Sasuke me fixa intensément puis, sans signe annonciateur, il se leva, me tourna le dos et posa ses mains contre le mur, la tête baissée.
– Qu'y a-t-il ?, demandai-je en sentant que quelque chose n'allait pas.
– Ce qu'il y a ?, ricana Sasuke d'une voix mauvaise. Tu me le demandes ?
– Sasuke, arrête, protestai-je. S'il te plait.
Il soupira. Au prix de ce qui sembla être un énorme effort, il reprit place, enserra ma main dans les siennes et plaça sur moi son regard plein de douleur, de ressentiment.
– Très bien, fit-il plus calmement. Je ne peux pas me le pardonner, Sakura.
– Ce n'est pas ta faute, murmurai-je en luttant contre la fatigue. Ce sont eux les seuls coupables, tu le sais.
– Non, pas les seuls, rétorqua-t-il en grommelant. Si je t'avais mise en sécurité tout de suite, rien ne serait arrivé. Si je n'avais pas été si égoïste, je t'aurais immédiatement éloignée d'eux. Mais après avoir vu ce qu'ils te faisaient dans la grande pièce, j'ai vu rouge et... j'ai voulu te garder près de moi quelques instants de plus car je m'étais rendu compte à quel point je...
– Eh, chuchotai-je. Ne t'en veux pas, tu ne pouvais pas deviner qu'ils iraient à l'encontre de leurs propres règles.
Ni qu'ils n'avaient aucune intention de les respecter, et ce dès le départ, songeai-je in petto.
– Mais j'aurais dû te ramener chez toi, au lieu de te sauter dessus !, s'exclama-t-il en se relevant d'un bond et en agitant ses cheveux d'un geste rageur.
– C'est moi qui t'ai sauté dessus, corrigeai-je.
– J'ai fait le premier pas, contra-t-il. C'est moi qui t'ai embrassée.
– Oui, mais seulement parce que j'avais tout fait pour, insistai-je en fronçant les sourcils. Je refuse que tu t'accuses, Sasuke. J'ai besoin de toi, là, comme jamais, et je ne voudrais pas qu'une culpabilité sans fondement vienne te ronger les sangs. C'était ma décision, tu te souviens ? Tu m'as dit d'assumer mes responsabilités, alors ne le fais pas à ma place.
– C'était des paroles en l'air, grommela-t-il. Parce que j'étais énervé que tu te sois mis dans cette situation. Parce que j'avais peur pour toi.
Il soupira avec force et s'obstina à me tourner le dos une nouvelle fois. Je soufflai, lassée. Mes paupières étaient lourdes, la fatigue m'accablait. J'avais beaucoup trop parlé mais surtout trop peu de forces pour en supporter le contrecoup. Malgré mes efforts pour lutter contre le sommeil, je m'endormis, les yeux fixés sur le dos de Sasuke.
Quand je repris conscience, il était parti. A sa place se tenait quelqu'un dont les traits familiers m'apportèrent immédiatement une bouffée d'oxygène. Malheureusement, ce visage d'ordinaire si joyeux était ici ravagé par la colère et le chagrin. Il regardait ses pieds, les sourcils froncés, le teint pâle.
– Naruto, dis-je simplement.
– Oh, Sakura !, s'exclama-t-il en relevant la tête. Dans quel état tu es, putain...
Il posa sa main sur mon front et caressa mes cheveux.
– C'est si terrible que ça ?, demandai-je en essayant de le faire sourire.
Peine perdue.
– Tu es décomposée, constata-t-il en posant ses yeux tristes sur mon visage. Si je tiens ces mecs, je te jure que...
– Non, Naruto, l'arrêtai-je. Je ne veux pas que tu te mettes en danger aussi naïvement que moi.
– Ne t'énerve pas, Sakura, me rassura-t-il. Ce n'est pas le moment d'en parler.
– Tu as vu Sasuke ?, demandai-je sans me douter de la réaction que j'allais provoquer.
Naruto se leva d'un bond, les yeux flamboyants de colère. Il me regarda de haut, comme s'il m'en voulait d'avoir prononcé ce nom devant lui.
– Ce connard..., s'emporta-t-il. Tout est de sa faute ! Tout est parti de ses conneries, à lui ! Je ne pourrais jamais lui pardonner !
– Non !, fis-je d'une voix aussi forte que possible. Ce n'est pas de sa faute ! Ce n'est pas lui ! Il ne doit pas s'en vouloir...
Je sentis les larmes me monter aux yeux. Mon corps et mon esprit souffraient douloureusement de mon agression et, égoïstement, j'aurais voulu que mes proches soient au mieux de leur forme pour m'apporter le réconfort dont j'avais tant besoin. Mais je devais bien me rendre à l'évidence, mon viol avait bouleversé tout mon entourage. Je ne pouvais leur demander d'agir comme si rien ne s'était passé, cela n'aurait pas été juste. Il me faudrait donc trouver la force de combattre les images qui inondaient mon cerveau en le bombardant de détails qui ne s'effaceraient jamais de ma mémoire et les sentiments de mes proches qui criaient vengeance et expiation.
Naruto vit à quel point ses mots m'avaient fait souffrir et il se radoucit. Il reprit place sur sa chaise et me tapota le bras.
– Faut toujours pas toucher à ton Sasuke, hein ?, dit-il d'une voix empreinte de tristesse. Quoi qu'il arrive ?
– Jamais, confirmai-je en souriant légèrement. Il m'a sauvé une fois, et il l'aurait fait cette fois-là aussi s'ils ne s'étaient pas mis à quatre pour le retenir...
L'image me frappa de plein fouet. Je revis Sasuke, ses bras et ses jambes entravés par ceux qu'il considérait comme ses nouveaux amis, ses yeux flamboyants tandis qu'il hurlait sur Deidara qui m'emmenait loin, loin de lui. Je l'entendis crier désespérément mon nom, encore et encore, alors que je m'abandonnais à l'inévitable.
Je portai mes mains à mes tempes en fermant les yeux. Des larmes coulèrent le long de mes joues sans que je puisse les arrêter, comme si l'on avait brutalement ouvert le robinet de mes glandes lacrymales. Naruto m'attrapa la main et murmura :
– Eh, ça va pas ? Ne penses pas à ce qui s'est passé... Je ne parlerai plus de Sasuke, promis.
– Je l'aime, déclarai-je soudainement.
Naruto ne répondit rien. Il savait bien que je ne disais pas cela par simple amitié. Cependant, il n'était pas encore tout à fait prêt à l'accepter. Mais je voulais qu'il le sache, de façon à ce qu'il ne dise plus de choses blessantes sur Sasuke devant moi.
– Compris, dit-il en essayant d'afficher un sourire, sans succès.
Il resserra sa prise sur mes doigts et me déposa un baiser sur le front, avant de quitter la pièce. Il avait besoin de méditer mes révélations et de se faire sa propre opinion. Son odeur parfuma l'air de la pièce et persista encore longtemps après son départ, comme si, même absent, il tenait à me faire savoir qu'il serait là, toujours.
