Bonjour à tous, bonne année, et encore pardon pour cette attente interminable (mais vous commencez à vous y habituer, pas vrai? ^^)

Bon, ces chapitres devaient être postés à Noël, mais j'étais bien trop accaparée par mes révisions. Comme chaque année, je passe mes vacances de Noël à préparer mes partiels et cette année c'était vraiment la course! Mais j'en suis débarrassée depuis vendredi 11/01 donc, après deux nuits de 14h, une petite soirée pour retrouver la pêche et quelques heures d'insouciance passées à ne rien faire (et à en profiter!) j'ai décidé qu'il était temps pour moi de récompenser votre patience!

Ces chapitres sont plus longs que les autres (environ le double) mais j'imagine que ce ne sera pas pour vous déplaire! Je les ai pas mal fignolés, ce qui explique leur contenu assez conséquent. J'espère que vous les apprécierez :D


Rafale infernale

Les jours passèrent sans que je ne revis Sasuke. Peut-être se présenta-t-il quand j'étais endormie, peut-être pas. Les médecins m'avaient annoncé que mes agresseurs ne m'avaient transmis aucune maladie, Dieu merci. En revanche, mon corps jeune et inexpérimenté avait mal supporté leurs assauts successifs et l'on me diagnostiqua quelques lésions internes, ce qui impliquait plusieurs jours d'hospitalisation. Mes amis affluaient à l'hôpital sous le regard réprobateur de l'infirmière qui m'avait en charge, jugeant cette horde d'adolescents un peu trop bruyante pour le repos de sa patiente. Je lui assurais que rien n'était pire à mes yeux que le silence qui m'environnait lorsque personne n'était à mon chevet, mais elle restait néanmoins sceptique. Elle se fit en revanche toute mielleuse lorsqu'Itachi me rendit visite le lendemain de mon arrivée. Celui-ci semblait décidé à ne pas me faire de reproche, bien qu'il parut évident que j'avais complètement ignoré ses mises en garde. La mère de Sasuke, en revanche, me réprimanda le jour où elle vint me rendre visite avec une boîte de chocolat. J'avais un peu honte d'avoir trahi la promesse que je lui avais faite, mais elle oublia vite ses remontrances et me quitta avec un sourire plein d'amour. Quant à ma mère, elle venait me voir tous les jours et c'était à chaque fois une torture de voir le chagrin ravager son visage, bien qu'elle tentât toujours de le dissimuler derrière un sourire.

La police était passée pour recueillir mon témoignage et recevoir l'avis médical des médecins. Je compris rapidement comment l'Akatsuki avait pu survivre malgré le comportement de ses plus jeunes recrues lorsque ma mère m'apprit d'une voix tremblante qu'un courrier était arrivé à la maison, annonçant que la justice ne pourrait donner suite à ma plainte. Selon le juge qui avait rédigé la lettre, je n'avais aucune preuve pour étayer ma version des faits et démontrer que mon viol n'avait rien d'une relation consentante. L'absurdité d'un tel verdict m'avait d'abord mise hors de moi mais j'avais rapidement renoncé à ma colère. D'après ce que j'avais vu lors du réveillon du jour de l'an, Madara Uchiwa avait des relations haut placées et je ne doutais pas de sa capacité à en user lorsque cela s'avérait nécessaire. Ce n'était certainement pas la première fois qu'il jouait de ses relations pour tirer ses petits protégés d'un mauvais pas. Je n'avais aucune chance d'obtenir gain de cause face à une grosse pointure du crime... Je n'étais malheureusement pas suffisamment fortunée pour espérer graisser la patte du juge, comme Madara Uchiwa l'avait probablement fait. Cet homme était installé dans le crime, aussi confortablement que s'il vendait de simples tapis. Que pouvait faire une fille comme moi pour échapper aux griffes puissantes de l'Akatsuki ? La situation ne pouvait pas être pire.

Bien que le temps passât, je n'arrivais pas à chasser les images qui se bousculaient sans cesse dans ma tête, ni les sons qui sifflaient à mes oreilles comme si j'étais encore dans cet entrepôt. J'aurais voulu que Sasuke soit là car, malgré les efforts qu'ils déployaient pour me le cacher, je voyais bien que tous mes visiteurs m'observaient avec pitié, de ce regard empli d'une crainte muette et distante que je n'avais pas vue chez lui. J'étais consciente qu'il était davantage préoccupé par la colère qu'il ressentait envers lui-même que par la compassion que je lui inspirais. Mais je n'en étais pas blessée. Au contraire, nous avions quelque chose à partager, un sentiment terrible qui nous déchirait les entrailles depuis ce jour maudit, une douleur impossible à appréhender par tous ces gens qui défilaient devant moi et qui, à grands renforts de sourires tristes et de caresses rassurantes, faisaient pourtant mine de comprendre. Sasuke savait, lui, et j'aurais aimé qu'il soit avec moi pour que nous puissions nous soutenir mutuellement, sans nous juger. Chaque jour, j'espérais le voir à mon réveil, assis à côté de mon lit en attendant patiemment que je daigne ouvrir les yeux. Je ne pourrais retenir une exclamation de joie et il me gratifierait surement de son léger sourire en coin, celui qui me faisait immanquablement frémir de la tête aux pieds, accompagné de ce regard triste qui ne le quittait plus depuis plusieurs semaines. J'avais besoin de lui. Mais les matins avaient beau se succéder, la pièce demeurait vide à mon réveil et sa froideur semblait s'accroître de jour en jour.

Un après-midi cependant, quelqu'un toqua à ma porte. Lorsque le battant s'ouvrit sur Sasuke, mon cœur se lança dans une folle danse et je dus me mordre la joue pour ne pas crier. Il m'accorda le sourire auquel j'avais tant rêvé en son absence et referma la porte derrière lui. Mon sang bouillonnait si fort dans mes veines que mon corps n'allait probablement pas tarder à fondre comme neige au soleil. Heureusement, j'avais déjà repris contenance lorsque Sasuke prit place sur mon lit, une expression tourmentée sur le visage.

– Comment tu vas ?, demanda-t-il à mi-voix.
– Beaucoup mieux, assurai-je d'une voix enthousiaste. Et toi ? Où étais-tu passé pendant tout ce temps ?

J'aurais voulu ne pas trop laisser paraître combien je m'étais ennuyée de sa présence, mais le ton de ma question ne le laissa pas dupe. Il me gratifia d'un sourire d'excuse qui manquait un peu de chaleur à mon goût.

– J'avais des obligations, dit-il simplement.

Oups, ça c'était mauvais. S'il espérait que j'allais me contenter de cela, il me connaissait mal. Je l'avais attendu pendant des jours, sursautant à chaque fois que j'entendais des pas dans le couloir, obligée de dissimuler ma déception lorsque l'un ou l'autre de mes amis passait la porte à sa place. Je m'étais inquiétée de son silence et toutes sortes de scénarios avaient germés dans mon esprit, pourtant déjà bien assez tourmenté par mes idées noires et mes cauchemars incessants. J'estimais donc avoir le droit à une véritable explication.

- Des obligations ?, demandai-je avec suspicion. Quel genre ?
- Rien..., marmonna-t-il en fuyant mon regard. J'étais occupé, c'est tout.

Ce ton bourru ne me plaisait pas, mais alors pas du tout. J'entrevoyais aisément ce qu'il espérait me cacher et ce que pouvaient être ces fameuses « obligations ».

– Tu étais là-bas !, m'exclamai-je d'un ton suffoqué en sachant qu'il devinerait ce que j'entendais par « là-bas ». Tu y es retourné ! Je ne peux pas croire que tu...
– Il le fallait, se défendit-il en élevant la voix. Je ne veux pas mettre ma famille en danger.
– Mais..., balbutiai-je, sans comprendre.

Que mes proches fussent menacés, c'était une chose. J'avais refusé l'offre des membres du gang, or on ne refusait pas les offres de l'Akatsuki. Mais Sasuke, c'était différent. Il avait rejoint la bande de son plein gré, il aurait donc dû pouvoir la quitter sans trop de problèmes. N'était-ce pas ce qu'avait fait son frère, quelques années plus tôt ?
Face à mon regard interrogateur, Sasuke soupira. Visiblement, il avait espéré ne pas parler de cela.

– Je fais toujours partie de l'Akatsuki, m'expliqua-t-il. Ça, crois-moi, ils me l'ont bien fait comprendre. Je ne peux pas me contenter de laisser tout ça derrière moi. Si je le faisais, ils n'hésiteraient pas à venir me trouver directement chez moi.
– Mais tu ne peux pas faire comme si rien ne s'était passé !, m'offusquai-je.

Son regard douloureux et son silence constituaient une réponse plus claire que s'il avait parlé. Si, il faisait comme si tout était encore normal. Il continuait de se rendre à cet entrepôt, dans cette pièce qui lui était réservée, et gardait ses habitudes. J'imaginais très bien combien cela devait lui coûter et je savais qu'il ne faisait pas cela de bon cœur mais... Malgré tout, une colère sourde envahit ma poitrine et je serrai les dents pour retenir le flot d'accusations amères qui menaçait de franchir mes lèvres. Comment pouvait-il regarder ces hommes en face, jour après jour, après ce qu'ils m'avaient fait ? Égoïstement, j'aurais voulu qu'il risque tout pour me venger, j'avais même espéré que son absence était due à cela, qu'il avait mis au point un plan pour que ces types payent. Mais c'était illusoire. Sasuke, seul, ne pouvait rien contre une telle organisation.

– Pourtant, ton frère est bien parti, lui, grognai-je d'une voix acerbe.
– Bien sûr qu'il est parti !, s'énerva Sasuke en se levant brusquement. C'était facile pour lui ! Il avait récemment acquis un certain nombre d'informations sur une autre pointure de la ville, un type qui tient tête à Madara depuis des années. Il a simplement marchandé sa liberté ! Madara est un connard, mais c'est un homme de parole. A partir du moment où Itachi lui a dit ce qu'il voulait savoir, il lui a foutu la paix. Mais moi... Je n'ai pas de monnaie d'échange...

Passant sa main dans ses cheveux d'un geste désespéré, il reprit place à mes côtés. Je le regardai d'un air inquiet et enserrai sa main dans les miennes. Il la retira aussitôt.

– Je ne sais pas quoi faire..., avoua-t-il d'une voix brisée en détournant les yeux. Les voir tous les jours, ça me rend malade. Et ils... Ils me parlent de toi sans arrêt, à longueur de journée, et ils prennent un plaisir malsain à tester mes limites. Ils savent très bien que je suis coincé, que je n'ai pas d'autre choix que de les écouter me vanter la façon dont ils... Je voudrais qu'ils crèvent !, cracha-t-il avec dépit.

J'avais terriblement envie de le serrer contre moi mais je n'en fis rien. Sasuke ne supporterait jamais que je le réconforte, il était beaucoup trop fier pour cela. Il avait déjà fait l'effort de se confier à moi, ce qui était un miracle en soi. Je ne l'avais jamais entendu se plaindre de quoi que ce soit, même lors des pires moments de crises d'Itachi, lorsqu'il revenait à l'école couvert de bleus et de plaies encore sanguinolentes. Il n'assumait jamais ses faiblesses, préférant s'en servir pour colmater le mur qu'il se plaisait à ériger autour de sa personne. Ses peurs, sa tristesse et ses regrets étaient autant de sentiments dont il se servait pour renforcer son armure. Plus Sasuke était malheureux, plus il s'enfermait derrière cette carapace et il était alors impossible pour quiconque de l'en extirper. Il n'y avait que lorsqu'il était heureux et insouciant qu'il laissait transparaître un peu de sa véritable personnalité, un trésor enfoui si profondément en lui que, malgré les années, je n'avais pas encore découvert la totalité de ses richesses.

- Ça va s'arranger, murmurai-je sans chercher à dissimuler les trémolos dans ma voix.

Je regrettai immédiatement ces paroles creuses. Mais je les avais laissées s'échapper car je ne savais vraiment pas quoi dire d'autre. La situation n'avait pas du tout évolué comme je l'avais prévu. J'avais pensé qu'ayant obtenu ce qu'ils voulaient, les types de l'Akatsuki nous ficheraient la paix. Sasuke quitterait la bande, se débarrasserait de la drogue qui traînait encore dans sa chambre et retrouverait sa place dans notre groupe d'amis. Naruto serait un peu énervé au début, mais il finirait bien par lui pardonner. Après tout, ils étaient presque comme des frères, tous les deux, et Sasuke avait fini par accepter de renouer le lien avec Itachi, malgré tout ce que son aîné lui avait fait subir durant son enfance. J'avais caressé l'espoir que les choses reprendraient leur cours normal, que Sasuke redeviendrait petit à petit celui qu'il avait été. Oublier l'Akatsuki, oublier mon agression, oublier les conflits entre Sasuke, Naruto et moi. Mais je me rendais compte désormais de ma naïveté. Comment avais-je pu croire un seul instant aux histoires dont je m'étais bercée ? J'étais pourtant bien placée pour savoir que la vie ne faisait pas de cadeau et que le monde réel n'avait rien à voir avec celui des contes de fées. Dans la réalité, beaucoup d'histoires n'avaient pas de fins et, lorsque celles-ci existaient, elles ne pouvaient pas toujours se targuer d'être heureuses. Ici et maintenant, je devais me vider la tête de toutes ces choses futiles et chercher des solutions concrètes sans quoi notre fin risquait d'être particulièrement dramatique.
Les paroles de Sasuke avaient jeté un froid sur mon cœur déjà transi. J'étais inquiète. Extrêmement inquiète. Deidara et ses acolytes étaient sadiques au point de harceler Sasuke à mon sujet. J'imaginais assez bien quel genre de choses ils pouvaient lui raconter et cette simple pensée me donnait la nausée. Personnellement, j'aurais préféré qu'ils m'oublient. Une bouffée de panique me gagna lorsque je songeai à ce que l'avenir me réservait. Quelle que fût l'angle sous lequel je l'abordais, le futur m'apparaissait sombre et mortellement dangereux. Sasuke et moi étions dans une situation inextricable. Je dus retenir les larmes qui affluaient dans mes yeux avant de les lever vers Sasuke.

Le regard de mon ami était perdu, apeuré. L'espace d'un instant, j'eus l'impression d'avoir en face de moi le petit garçon que j'aimais tant en primaire. Désormais, je me rendais compte que l'amour que je croyais éprouver pour lui à l'époque n'était en rien comparable à ce que je ressentais maintenant. Autrefois, je n'avais à son égard qu'un sentiment de tendresse enfantine mêlé à une forte possessivité. Une poussière dans le vent, voilà ce que c'était au regard du sentiment d'amour, un amour véritable, pur, violent, capricieux, destructeur, qui écrasait aujourd'hui mon cœur à chaque fois que je posais mon regard sur lui. Je ne savais même pas qu'il était possible d'aimer ainsi. Je me sentais en proie à une vive énergie, comme si j'avais constamment les doigts dans une prise. Je ressentais un besoin physique de l'avoir sous les yeux en permanence, de suivre la courbe de sa mâchoire, de plonger dans ses yeux d'onyx. D'embrasser ses lèvres, encore et encore, sans jamais m'arrêter. J'avais peur, j'aimais et je souffrais. Ces sentiments primaires avaient pris possession de mon corps et de mon âme, muant l'amour que j'éprouvais pour Sasuke en quelque chose de désespéré.

Son expression était si vulnérable que je tendis les doigts vers son visage et le forçai à me regarder. Ses angoisses semblèrent parcourir le fil invisible qui reliait nos regards et, instinctivement, je tendis les lèvres vers lui comme si j'avais voulu cueillir ses craintes d'un baiser. Ma bouche se posa doucement sur la sienne et la paume de ma main glissa le long de sa mâchoire en une caresse rassurante. Il ne me repoussa pas et répondit à mon baiser avec tendresse, comme s'il trouvait là une échappatoire à son sentiment de détresse. Sa main effleura mes côtes, puis mon épaule et vint finalement se loger derrière ma nuque en une étreinte forte et délicate à la fois.

Un raclement de gorge nous interrompit. Je me détachai lentement des lèvres de Sasuke, à contrecœur, et tournai la tête vers la porte qui était restée entrouverte. Naruto se tenait dans l'encadrement, les sourcils froncés, luttant visiblement contre un accès de colère qu'il s'efforçait de contenir.

– Je ne voudrais pas vous déranger, railla-t-il avec amertume.

Les lèvres de Sasuke prirent un pli nerveux une fraction de seconde avant qu'il ne détourne le regard. Naruto s'approcha et le saisit par l'épaule, le forçant à se tourner vers lui.

– Tu pourrais au moins avoir les couilles de me regarder en face, non ?, s'énerva-t-il.
– Naruto !, m'exclamai-je, outrée.

Mon ami tourna les yeux vers moi, les traits furieux. Je soutins son regard brûlant de colère sans sourciller. Très vite, la lueur folle qui enflammait ses pupilles mourut et un voile de chagrin et de doute recouvrit son visage. Son expression était aussi claire que s'il avait hurlé le mot « pourquoi ? ». Bien sûr, il ne pouvait pas comprendre. Il hésita un instant, ses grands yeux bleus posés sur moi, comme s'il espérait que la simple contemplation de mes traits lui apporte les réponses qu'il cherchait. J'aurais voulu le rassurer, lui expliquer, mais je fus incapable de parler. Tout cela était trop compliqué, trop dangereux. Je ne pouvais pas, non, je ne voulais pas l'impliquer là-dedans. Naruto perçut mon malaise mais, malheureusement, il l'interpréta de travers. Son visage se durcit et il fit un pas en arrière, non sans lancer un dernier regard dégoûté à Sasuke.

– C'est bon, je vois que je tombe mal, je me casse, s'emporta-t-il en tournant les talons.
– Non, attend !, le suppliai-je.

Je m'extirpai des draps et me précipitai dans le couloir. Sasuke eut le bon sens de ne pas me suivre. S'il l'avait fait, nul doute qu'une bagarre aurait éclaté dans le couloir de l'hôpital. Je rejoignis Naruto en deux foulées et l'attrapai par le poignet. Il s'arrêta mais ne se retourna pas.

– Qu'est-ce que tu veux, Sakura ?, demanda-t-il froidement.
– Ce que je veux ?, m'exclamai-je avec colère Il y a beaucoup de choses que je veux, Naruto, comme ne pas être dans une chambre d'hôpital alors que la plupart de mes amis profitent encore de leurs vacances, je veux aussi retrouver mon insouciance, revivre tous ces bons moments que nous avons passés ensemble, tous les trois, et que rien de tout ça ne soit jamais arrivé. Je veux t'entendre te chamailler avec Sasuke, comme avant, et que vous finissiez par vous réconcilier en vous traitant mutuellement d'imbécile. Mais je ne peux pas remonter le temps, même si je le souhaite de toutes mes forces. Alors, dans l'immédiat, j'aimerais simplement que tu retournes dans cette putain de piaule et que tu cesses de te comporter comme tu le fais !

Il se tourna lentement et me regarda d'un air triste et agacé à la fois. Plusieurs infirmières m'observaient d'un air pincé, choquées que j'ose faire un tel tapage dans un hôpital. Naruto ouvrait la bouche pour riposter lorsqu'un médecin s'interposa entre lui et moi.

– Mademoiselle, il y a des malades ici, me réprimanda-t-il. Retournez dans votre chambre, s'il vous plait, et, à l'avenir, veuillez régler vos problèmes d'une manière plus discrète. Vous comprendrez que certains de nos patients ont besoin de calme et de repos.

Confuse, je capitulai et repris la direction de ma chambre après avoir lancé un dernier regard courroucé à Naruto, qui me contemplait d'un œil embarrassé. Il semblait hésiter sur la marche à suivre. Un instant, je crus qu'il allait me suivre, pénétrer dans cette chambre terne et sans âme avec moi pour écouter ce que Sasuke pourrait avoir à lui dire. Je me flattais de le connaître assez pour le croire capable de lui donner cette chance. Peut-être envisagea-t-il sérieusement cette possibilité, peut-être même qu'elle le tenta. Je ne le sus jamais, car il me tourna subitement le dos et se dirigea vers la sortie du service, tête basse. Cette vision creusa un véritable gouffre dans ma poitrine.

Le cœur lourd, je pénétrai dans ma chambre et m'adossai à la porte en poussant un profond soupir. Sasuke était toujours là, assis sur mon lit, aussi raide que s'il avait été figé sur place. Je m'assis en tailleur devant lui et il n'esquissa pas le moindre geste.

– Il est parti, annonçai-je inutilement pour briser le silence.
– Il a raison de..., commença-t-il.
– Non, il a tort !, le coupai-je d'un ton sec. Ne dis surtout pas qu'il a raison, parce qu'il a tort, parfaitement tort !

Pendant quelques secondes, on n'entendit plus que le bruit des infirmières dans le couloir. Puis une chariot passa, suivit de près par un éclat de rire. Sasuke regardait par la fenêtre, je gardais pour ma part les yeux fixés sur mes ongles. La tension qui régnait dans la pièce était insupportable. Chacun de nous retenait ses paroles par crainte de blesser l'autre. Mais cette délicatesse mutuelle faisait plus de mal que de bien et, bientôt, accablée par le poids du silence, je n'y tins plus.

- Ce n'est pas toi qui m'as agressée, bordel !, m'exclamai-je d'une voix pleine de sanglots.

Sa bouche tiqua, mais il ne fit pas un geste dans ma direction. Le paysage urbain qu'offrait la fenêtre paraissait beaucoup plus intéressant que ce que j'avais à lui dire. J'attrapai son menton et le forçai à me faire face.

- Tu le sais, n'est-ce pas ?, insistai-je en le fixant de mon regard humide de larmes. Ce n'est pas toi, c'est eux, okay ? Toi, tu n'as rien fait, absolument rien, si ce n'est tout tenter pour me venir en aide. Ce qui est arrivé, c'est horrible, nous sommes d'accord, autant pour toi que pour moi, mais si quelqu'un est à blâmer, ici, c'est moi. C'était ma décision, c'est tout. J'ai été stupide, j'en ai payé le prix, je ne veux pas que tu te ronges pour ça, ça ne t'avancera à rien et ça ne servira qu'à me faire souffrir davantage. Alors, stop !

Sasuke ne dit rien. Il emprisonna ma main dans la sienne et embrassa le creux de ma paume. Quelque part, au loin, un téléphone sonna. Sasuke lâcha ma main et contempla une fois de plus l'extérieur. J'avais l'impression d'avoir affaire à une enveloppe de chair et de sang dépourvue de la moindre étincelle de vie.

- Dis quelque chose..., le suppliai-je. Je ne supporte pas ce silence. Ça me fait peur.
- Que veux-tu que je dise ?, dit-il en se tournant vers moi.
- N'importe quoi, murmurai-je. Tout ce qui te passe par la tête, pourvu que tu me parles. J'ai l'impression affreuse que tu t'apprêtes à me quitter, là, pour ne plus jamais revenir. Alors rassure-moi.
- Je ne vais pas partir, soupira-t-il. Je serais vraiment le dernier des salauds si je te laissais tomber maintenant.

Il ricana, d'un rire amer qui me fit froid dans le dos. Il ne semblait pas foncièrement convaincu par ce qu'il disait.

- Qu'est-ce qu'il y a alors ?, demandai-je. Tu me caches quelque chose, Sasuke, je le vois bien. Je ne suis pas idiote, je sais parfaitement que tu n'es pas venu ici pour t'assurer de ma santé.

Il se borna dans le silence, se contentant de me lancer un regard torturé. Je ne pouvais effacer cette idée qu'il souhaitait rompre tout contact entre nous. Son expression était bien trop solennelle et les rares gestes tendres qu'il avait eu à mon égard avaient quelque chose de triste, de déchiré, comme s'il cherchait à me dire... Adieu ? Aussitôt, les larmes que je retenais depuis le départ de Naruto se mirent à couler le long de mes joues.

– Parle-moi, Sasuke..., sanglotai-je en m'emparant de ses doigts. J'en ai besoin. Je veux dire... Si toi aussi, tu me ménages, alors je ne vais plus supporter ça longtemps. J'en ai assez d'être un objet de pitié, la pauvre fille qu'on ne veut pas trop brutaliser car elle a suffisamment souffert comme ça. Oui, j'ai souffert, et je souffre encore. Tu veux vraiment que je te dise ce que c'est ? C'est ça que vous attendez de moi, que je me plaigne ? Très bien, alors je vais être honnête avec toi. A toi, je peux le dire, parce que je ne veux rien te cacher, je ne veux pas que tu croies que je fais semblant d'être forte pour ne pas t'inquiéter.

Je repris mon souffle et essuyai mes larmes de ma main libre. Sasuke allait probablement se détester davantage après ce que j'allais lui confier, mais j'étais convaincue que je ne ferais qu'empirer les choses en lui cachant combien cette épreuve m'avait... brisée. Il le savait, il pouvait le voir à travers mes gestes hésitants et mes regards traqués, le sentir à la saveur douce-amère de mes baisers, à la moiteur de mes caresses. Cependant, je tenais désormais à ce qu'il ouvre grand ses oreilles et qu'il écoute. Qu'on en finisse, puis je n'y ferais plus jamais allusion.

- Tu sais, commençai-je d'une voix tremblante, je ne voulais pas te révéler tout ça. Je sais que tu te crois responsable de ce qu'il m'est arrivé, bien que tu te trompes. Je ne veux pas alourdir le poids de ta culpabilité. Alors...
- Ne prends pas de gants avec moi, Sakura, me coupa Sasuke en fronçant les sourcils. J'ai besoin d'entendre ce que tu vas dire. Peut-être que ça m'aidera à prendre une décision.

Quelle décision? Alors, tu veux vraiment m'abandonner ?, songeai-je en mon for intérieur. Cette simple pensée suffit à redoubler le flot de me larmes. Mais elle acheva également de me décider à tout lui révéler.

- Très bien, fis-je en tâchant de contrôler mes sanglots. Si tu veux vraiment savoir, je dirais que depuis que je me suis réveillée dans cette chambre, toutes mes journées ont été affreuses. Les pires de toute ma vie, et de loin. Tout le monde s'inquiète, tout le monde se morfond autour de moi, me murmure des phrases de réconfort à voix basse, comme si j'étais morte, ou presque. Alors j'essaye de les rassurer, j'essaye de sourire mais... C'est dur, affreusement dur. Je les vois, Sasuke, dès que je ferme les yeux. J'entends leurs rires dans ma tête. Je sens encore leurs mains qui...

Je secouai la tête. Inutile de lui donner ce genre de détails.

– Chaque fois que je me prépare à dormir, poursuivis-je, je sais que je vais revivre tout ça dans mes cauchemars. Le pire, c'est de savoir qu'ils ne seront pas punis. Le pire, c'est de les savoir dehors, là, si proches. Je préfère ne pas y penser...

Malgré moi, je frissonnai. Mes mains furent subitement agitées de tremblements. Je pris le parti de les ignorer et levai les yeux vers Sasuke. Il ne me regardait pas, se contentant de fixer ses poings serrés si fort que ses jointures avaient blêmi.

- Dans ces moments-là, poursuivis-je en tâchant de contrôler les tremblements de ma voix, j'essaye de penser à autre chose. Souvent, ça ne marche pas très bien, voire pas du tout. Mais à chaque fois que je pense à toi, j'arrive à me calmer, je reprends confiance en moi. Je me dis que je suis assez forte pour surmonter ça et, surtout, que je dois me montrer forte pour toi, pour ne pas que tu t'en veuilles.
- C'est n'importe quoi, marmonna-t-il entre ses dents.
- C'est peut-être n'importe quoi, mais je me sens mieux après, déclarai-je. Et toi, tu te sens mieux, maintenant ?
- Pas du tout, répondit Sasuke après quelque secondes de silence.
- Je m'en doutais, dis-je.

Il releva la tête et esquissa un vague sourire.

- Mais merci, dit-il en accrochant mon regard. De m'en avoir parlé.
- Il n'y a vraiment pas de quoi, chuchotai-je avant de déposer mes lèvres sur les siennes.

Enfin, du moins était-ce ce que j'avais l'intention de faire. Mais Sasuke plaça deux doigts sur ma bouche et me repoussa doucement. Blessée, je pinçai les lèvres et une larme glissa le long de ma joue.

- Si tu as quelque chose à me dire, dis-le, Sasuke, ordonnai-je d'un ton sec. Tu es distant, depuis tout à l'heure, alors crache le morceau ! Tu veux qu'on arrête, c'est ça ? Tu t'en veux tellement que ma seule vue t'est insupportable ? Si tu ne veux plus qu'on se voit, je comprendrais.
- Ne dis pas de conneries, s'il te plait, s'énerva-t-il. Je te répète que je ne vais pas me barrer, c'est clair ?
- Alors, quoi ?, m'exclamai-je, hors de moi. Parle ! Pourquoi es-tu venu aujourd'hui ? Qu'est-ce que tu as à me dire, à la fin ?

Il m'embrassa. Non pas comme il l'avait fait lorsque Naruto nous avait surpris, non, cette fois cela n'avait plus rien d'un baiser doux et tendre. Il attira brutalement mon visage vers le sien et écrasa ma bouche avec la sienne avant de forcer le passage avec sa langue. Hébétée, je ne réagis pas immédiatement, mais lorsque son baiser redoubla de fureur et qu'il planta ses dents dans ma lèvre inférieure, je le repoussai sans ménagement.

- Sasuke !, m'exclamai-je, le cœur battant. Qu'est ce qui te prend ?

Il se leva brusquement et se dirigea vers la porte d'un pas vif. Je m'apprêtais à l'appeler lorsqu'il s'arrêta, la main sur la poignée.

- Je ne peux pas, dit-il.
- Qu'est-ce que tu ne peux pas ?, demandai-je en sentant un frisson glacé me parcourir le dos.

Il se tourna vers moi d'un air furieux et, une fois de plus, je fus décontenancée par son comportement.

- C'est impossible, insista-t-il. Ça, je ne pourrais pas, ils ne peuvent pas me demander de...
- Sasuke !, m'écriai-je en me précipitant vers lui. Qu'est ce que tu as? Je ne comprends pas un traître mot de ce que tu racontes !

Arrivée à son niveau, je l'enveloppai de mes bras et pressai ma joue contre son torse. Il caressa mes cheveux, doucement, et s'adossa contre la porte.

- Tu me fait peur, chuchotai-je.

Un silence me répondit. Puis :

- Sakura, dit-il.

J'attendis qu'il continue. Rien. Alors, patiente, je répondis :

- Oui ?
- Je déteste avoir à te dire ça, murmura-t-il en me serrant contre lui. Surtout après tout ce que tu viens de m'avouer, l'état dans lequel tu es à cause d'eux. Je devrais retourner là-bas et leur dire d'aller se faire foutre. Si j'étais un mec bien, après ce qu'ils t'ont fait, je les aurais éclatés depuis longtemps. Mais... Voilà, je ne suis pas un mec bien, je suis une merde, simplement, je veux pouvoir protéger mes parents, tu comprends ? Mon frère, il ne craint rien, lui, Madara ne laisserait personne lui faire quoi que ce soit. On est la dernière famille qu'il lui reste et, même si c'est une pourriture, il tient à nous garder en vie. Mais ma mère... Et mon père. Eux, il s'en fout. Ils peuvent bien crever demain, ça ne changera rien à sa vie. Je ne veux pas les mettre en danger... Ils n'y sont pour rien, si j'ai fait le con, pas vrai ? Je ne veux pas qu'il leur arrive quelque chose à cause de moi, je ne le supporterais pas. Déjà, toi...
- Sasuke, encore une fois, je te demande de me dire ce qu'il se passe, le priai-je. S'ils t'ont menacé, toi ou tes parents, tu n'as pas à hésiter. Qu'est-ce qu'ils t'ont dit ?
- Ils ont dit..., hésita-t-il en me repoussant doucement et en s'écartant de moi, fuyant mon regard. Ils m'ont envoyé vers toi pour te dire... qu'ils te souhaitent un... Non mais franchement, c'est du fouttage de gueule ! Merde! Je ne peux pas...
- Si, tu peux, assurai-je d'une voix douce. Et tu le dois. Respire un bon coup et vas-y.

Il respira un bon coup. Plusieurs même, avant de se décider. Mais cette fois, il ne chercha pas à fuir mon regard, au contraire. Les yeux rivés dans les miens, il enveloppa délicatement mon visage de ses mains et déclara :

- Ils te souhaitent un bon rétablissement. Surtout, rapide. Ils t'attendent avec impatience et... Ils espèrent que tu ne seras pas... contre l'idée de recommencer.
- NON !, m'exclamai-je en reculant vers le lit.

Un énorme poids c'était formé dans mon estomac, si lourd qu'il me donnait la nausée. Sasuke ne chercha pas à me rejoindre. Il me contempla avec déchirement et murmura :

- Je suis censé passer te chercher le jour de ta sortie d'hôpital..., commença-t-il.
- Non, non, non, me lamentai-je en secouant la tête. Arrête, s'il te plait, ne dis rien de plus.
- Ils veulent que ce soit moi qui t'emmène vers eux et..., poursuivit-il néanmoins. Ils attendent de moi que je... participe. Mais je ne le ferais pas, je te le promets, je ne pourrais pas te faire ça, je trouverai une solution d'ici là, je ferais autre chose pour eux à la place, n'importe quoi pourvu qu'ils ne me forcent pas à...

Il ferma les yeux, les dents serrées, et je sentis qu'il était sur le point d'exploser. Il fit un pas dans ma direction, hésita quelques secondes et finit par se raviser.

- Appelle-moi quand tu sors, lâcha-t-il avant de quitter ma chambre, claquant la porte derrière lui.

J'entendis un gros bruit métallique dans le couloir, suivi de plusieurs exclamations outrées. Dans sa fureur, il avait vraisemblablement renversé un chariot par terre. Quelqu'un hurla un « dehors ! » retentissant et, dans les secondes qui suivirent, une agitation peu commune régna dans le couloir. Puis, plus rien. Le calme reprit ses droits et je me retrouvais seule, dans le silence. Je m'enveloppai dans mes bras, assise par terre dans ma blouse d'hôpital, et laissai l'horreur me submerger. Je me balançai d'avant en arrière, les joues ruisselantes de larmes, un cri silencieux bloqué dans la gorge. J'envisageai de sauter par la fenêtre. Puis je pensai à Sasuke, perdis tout courage, et mes larmes redoublèrent d'intensité.