Salut!
J'ai posté ces chapitres depuis quelques semaines sur les autres sites où je publie mes écrits, mais j'étais dans l'incapacité de le faire sur ce site ce jour-là, pour cause de bug! Du coup, j'ai remis au lendemain mais... Le lendemain j'avais oublié! Ainsi que tous les autres lendemains qui ont suivi depuis ce jour... Mais bon, heureusement que j'ai finis par m'en souvenir... Mes plus plates excuses, donc!
J'espère que vous apprécierez ces chapitres =)
A bientôt (très, du coup, si on considère que j'ai vais bientôt poster la suite sur les autres sites et donc, obligatoirement, sur celui-là aussi!)
Attention, route verglacée
– Bordel, Sakura, qu'est-ce que tu as fait ?, s'exclama Sasuke en me fusillant du regard.
– La seule chose qu'il y avait à faire, expliquai-je d'une voix tendue.
Mais je n'en étais plus tout à fait sure. Avant de presser la détente, j'avais souhaité leur mort, de toute mon âme. Pourquoi n'étaient-ils pas tous morts dans cette fusillade, pourquoi fallait-il que ces deux-là s'en fussent tirés ? Décuplée par la drogue, la colère m'avait aveuglée. Désormais, la bulle venait d'éclater, comme si les balles avaient suffi à briser son enveloppe imaginaire. Le voile qui recouvrait mes yeux s'était envolé à l'instant où j'avais réalisé que je venais de donner la mort à deux hommes. Une bouffée de panique me coupa le souffle lorsque je pris conscience du caractère inéluctable de mon geste. Qu'allais-je devenir ?
– De toute façon, il y a eu une fusillade, non ?, m'écriai-je. Donc les flics ne verront même pas la différence, ils penseront qu'ils ont été tués en même temps que les autres ! Ce n'est pas comme si c'était des enfants de cœur !
Oui, j'essayais de me rassurer par tous les moyens. Mais, au fond de moi, je savais pertinemment que ce n'était pas la police qui inquiétait Sasuke. Non, la police était du menu fretin en comparaison de ce qui se passerait si…
– Si Madara l'apprend..., commença Sasuke, mettant un point final à mes réflexions.
– Il tuera la jeune demoiselle, c'est certain, déclara une voix amusée derrière nous.
Nous nous retournâmes d'un même bloc pour faire face à un homme d'aspect... reptilien. Son visage d'une pâleur extrême était anguleux et si mince que ses joues étaient creusées. Je ne parvins pas à lui donner un âge mais je devinai qu'il avait dû être beau autrefois, avec ses longs cheveux noirs qui lui tombaient sur les épaules et ses yeux verts perçants aux pupilles fendues comme celles des serpents. Pourtant, son apparence générale me tira un frisson. Il s'approcha encore de quelques pas et, parvenu à notre hauteur, afficha un large sourire que j'aurais pu qualifier de poli dans d'autres circonstances.
– Qui êtes-vous ?, demandai-je d'un ton froid tout en me rapprochant de Sasuke.
– Orochimaru, répondit Sasuke à la place de l'inconnu. Le rival de Madara.
– Tu es bien informé à ce que je vois, apprécia le nouveau venu en croisant ses longues mains derrière son dos. Oui, je suis bien Orochimaru. Et je dois dire que, malgré les petits différents que j'entretiens avec ton aïeul, je serais ravi de lui rapporter ce que je viens de voir.
Il se tourna vers moi et afficha un sourire mi-amusé, mi-satisfait.
– Très impressionnant, de la part d'une novice, commenta-t-il.
Je ne relevai pas le compliment et levai les yeux vers Sasuke. Celui-ci considérait Orochimaru avec prudence. Je devinais aisément que cet individu était dangereux. Jusqu'à quel point, je l'ignorais, mais je ne tenais pas particulièrement à tester ses limites. Ses hommes étaient sans doute embusqués tout autour de nous et je frissonnai en songeant au nombre de canons actuellement pointés dans notre direction. Au moindre signe d'agressivité de notre part, ils n'hésiteraient pas à nous cribler de balles comme ils l'avaient fait un peu plus tôt en décimant plus de la moitié de mes agresseurs. J'avalai ma salive. Je devais impérativement contrôler mon angoisse, qui me dominait un peu plus chaque seconde. Si je me laissais aller, la drogue allait une nouvelle fois prendre le contrôle. Or, ici, le moindre faux pas nous serait fatal. Aussi tendue que l'on peut l'être dans une telle situation, je m'accrochai fermement au bras de Sasuke.
– Très bien, dit celui-ci. Si vous vouliez vraiment prévenir Madara, vous l'auriez déjà fait. Et vous ne voulez pas nous tuer, sinon vous n'auriez même pas pris la peine de nous adresser la parole. Alors qu'attendez-vous de nous ?
– Tu es intelligent et tu n'as pas froid aux yeux, constata Orochimaru en souriant. Ce sont des qualités que j'apprécie chez mes hommes. Je veux que vous rejoignez mes rangs tous les deux.
Il marqua une pause pour nous laisser le temps de bien comprendre ses paroles, avant d'ajouter :
– Ce sera dur à encaisser pour Madara, se félicita-t-il. Lorsqu'il verra que ses plus jeunes subordonnés ont été tués sur son territoire et que toi, un membre de sa famille, tu travailles sous mes ordres, il n'en reviendra pas, le vieux !
Il eut un rire monstrueux qui me glaça le sang. Je compris que, tout comme Madara, ses dehors polis et cordiaux cachaient une personnalité froide et cruelle, celle d'un homme capable de tuer sans la moindre hésitation.
– Madara ne vous croira jamais si vous lui dites que nous avons tué ces deux-là, insista Sasuke en pointant son index vers les corps de Deidara et Hidan. Il pensera que vous êtes à l'origine de tout le massacre.
– Je ne crois pas, nia Orochimaru en souriant légèrement. Kabuto.
Un homme aux cheveux gris et lunettes rondes sortit d'un buisson, une mitraillette sur l'épaule, et tendit un téléphone portable à son chef. Celui-ci s'approcha de nous et, lorsqu'il fut assez près, enclencha la lecture d'une vidéo. Nous avions été filmés. De dos, Sasuke et moi étions parfaitement reconnaissables et je me vis lever mon arme et abattre les deux membres de l'Akatsuki de sang-froid. Je me sentis pâlir. Orochimaru rendit le téléphone à son subordonné, un sourire satisfait sur le visage, et demanda :
– Alors ?
– J'imagine que je n'ai pas le choix, pesta Sasuke. Je vous demanderai simplement de laisser mon amie tranquille. Laissez-la rentrer chez elle, elle n'a rien à voir avec tout ça.
– Rien à voir ?, s'étonna Orochimaru. Pourtant c'est bien elle qui a tué ces deux hommes, non ? Elle n'a pas vraiment le comportement d'une innocente...
– Mais elle..., protesta Sasuke.
– Inutile d'insister, le coupa Orochimaru. Vous me rejoignez tous les deux ou je vais rendre une petite visite à mon vieil ennemi. C'est à prendre ou à laisser. Ton amie - Sakura si je ne m'abuse ? - semble courageuse et déterminée. De plus, elle a incontestablement un don pour le tir. Je sais qu'elle ne me décevra pas. Je vous recontacterai bientôt.
Sur ce, il nous gratifia d'un signe de tête et s'éloigna. Ses hommes quittèrent leurs cachettes les uns après les autres et s'éparpillèrent dans la nature. Sasuke attrapa ma main et m'attira avec lui jusqu'à sa voiture. Il me retira le pistolet, que je tenais encore étroitement serré entre mes doigts, et le jeta dans la boîte à gants en même temps que le sien. Lorsqu'il prit place devant le volant, je ne songeai même pas à lui faire remarquer qu'il était encore sous l'emprise de la drogue. Il démarra en trombe et roula jusque chez lui en grillant tout ce qu'il y avait de feux rouges, de stops et de priorités.
La maison de Sasuke me fit l'effet d'une couverture douillette un soir d'hiver. Lorsque je pénétrai dans son ombre familière et rassurante, mes nerfs encore tendus se relâchèrent soudain et, immédiatement, tous les évènements de l'heure me revinrent au visage avec la violence d'une tempête en pleine mer. D'abord, j'avais pris de la coke. D'ailleurs j'en ressentais encore les effets, bien que ceux-ci se montrent de plus en plus diffus. Ensuite, les cinq hommes qui m'avaient agressée une semaine plus tôt étaient morts. J'en avais tué deux. De ma propre main. J'entendais encore la double détonation qui m'avait presque perforé les tympans. L'odeur de poudre qui avait assaillit mes narines. J'avais tué deux hommes, merde !
– Comment tu te sens ?, demanda Sasuke en m'entraînant avec lui sous le porche de la porte d'entrée.
Je hochai la tête de droite à gauche, incapable de prononcer la moindre parole. Heureusement, la maison de Sasuke était vide et personne ne nous vit entrer. J'imaginais assez bien quelle aurait été la réaction d'Hiromi en voyant le sang qui recouvrait nos vêtements, nos mains et nos visages. D'autant que la majeure partie de ce sang appartenait à Sasuke. Je me tournai vers l'intéressé et, d'un geste, le fit asseoir sur l'une des chaises de la cuisine pour étudier la blessure qu'il avait à la tête. En fait, la balle avait perforé le haut de son oreille et creusé une profonde entaille sur tout le côté gauche de son crâne. C'était passé près, si près...
– Ne bouge pas, le priai-je en me dirigeant vers la salle de bain du rez-de-chaussée.
Enfants, Naruto et moi avions l'habitude de venir chez Sasuke lorsqu'Itachi était absent, ce qui arrivait relativement souvent. Lorsque malencontreusement il nous arrivait de nous blesser, Hiromi se précipitait dans la pharmacie, située au-dessus du lavabo de la salle de bain. Si elle ne l'avait pas changée de place, elle devait toujours s'y trouver. Je fus ravie de constater que c'était le cas et attrapai plusieurs compresses, du coton ainsi que du désinfectant, puis je rejoignis Sasuke.
– Il... Il te manque une bonne partie de l'oreille, Sasuke, dis-je en tâchant de dissimuler mon malaise.
– Mh, dit-il d'un ton neutre. Ça aurait pu être pire.
– Oui, mais enfin..., répondis-je en nettoyant sa plaie à l'antiseptique.
Le reste des soins se passa dans le silence. Je nettoyai la plaie avec application et ce ne fut que lorsqu'elle fut propre que je posai le flacon de désinfectant et le reste du coton.
– Il faut que tu te douches avant que je te pose les compresses, expliquai-je. Si ta mère te voit comme ça, avec tout ce sang dans les cheveux, elle va faire une syncope.
Sasuke ne répondit pas et j'eus la désagréable impression qu'il se montrait distant avec moi. Avait-il été choqué par la façon dont j'avais froidement abattu Deidara et Hidan ? Pour ma part, j'étais presque certaine que je n'aurais pas agi ainsi si j'avais été dans mon état normal. Mais la drogue était-elle une excuse suffisante pour justifier mon geste à ses yeux ? De plus, je ne pouvais nier ma responsabilité dans ce retournement de situation. Par ma faute, Sasuke se retrouvait en position délicate vis-à-vis de Madara. En fait, depuis que je m'étais mêlée de ses affaires, je n'avais fait qu'alourdir le poids de ses problèmes. Loin de l'améliorer, je lui pourrissais la vie. Comment pouvait-il encore tolérer ma présence, après tout ce que je lui avais fait ?
– Je… Je suis désolée, Sasuke, murmurai-je d'une voix penaude.
Je tirai une chaise et me laissai tomber dessus. Je pris ma tête entre mes mains et fermai les yeux, assaillie par une vague de désespoir. Je me sentais faible. Faible et inutile. Et stupide, surtout stupide. J'avais l'impression que mon âme était à l'étroit dans mon corps et qu'elle se débattait pour échapper au profond malaise qui gagnait progressivement chaque membre, chaque organe. Soudain, une sensation de chaleur enveloppa mon genou. La main de Sasuke.
- Monte dans ma chambre, me conseilla ce dernier lorsque j'eus relevé la tête. Allonge-toi un moment. Tu es en pleine phase de redescente, je sais que ça n'a rien d'agréable. On discutera plus tard.
Docile, j'obéis. Pourtant, tandis que je montais les escaliers d'un pas lourd, une petite voix me chuchotait qu'il voulait juste se débarrasser de moi, qu'il ne voulait plus me voir. Quelle était cette douleur dans mon cœur ? J'avais besoin de lui, pourtant… Je voulais qu'il me serre fort contre lui, là, et qu'il m'aide à surmonter cet élan de faiblesse.
- Qu'est-ce qui m'a pris ?, me lamentai-je en retirant mes vêtements tâchés de sang.
Je ne gardai que mes sous-vêtements et me laissai tomber sur le lit de Sasuke. Je tirai la couverture sur mes épaules et me recroquevillai en position fœtale, collée contre le mur. Puis je fermai les yeux en essayant d'ignorer les images qui se bousculaient dans mon cerveau. J'entendis Sasuke monter les escaliers et pénétrer dans la salle de bain située juste en face de sa chambre. Pendant qu'il prenait sa douche, je me concentrai sur la mélodie apaisante des clapotis de l'eau et parvint un instant à oublier mon mal-être. Puis le bruit s'arrêta, laissant place au silence. Le silence pesant, insupportable, qui m'avait accompagné pendant mes longues heures passées à l'hôpital. Un silence synonyme de solitude, de douleur et de dégoût envers moi-même. Ces sentiments me submergèrent à nouveau et s'associèrent en un cocktail insupportable, qui me fit trembler de la tête aux pieds. Peu de temps après, les larmes jaillirent de mes yeux et je me recroquevillai un peu plus. J'avais froid.
J'entendis des pas. La couverture se souleva et un corps vint se serrer contre le mien. Chaud, si chaud. Il sentait le propre, la sécurité, le réconfort. Une peau douce se pressa contre mon dos, un bras s'enroula autour de ma taille et un souffle tiède s'insinua dans mon cou. Je poussai un soupir et me détendit aussitôt. Sasuke ne dit rien, se contentant d'être là, ce qui me convenait amplement. Je ne sais combien de temps s'écoula ainsi avant que les griffes de la cocaïne acceptent enfin de desserrer leur étreinte. Peu à peu, mes larmes se tarirent, mon désespoir s'atténua et je cessai de trembler. Tout ce qui me semblait si noir, toutes les portes qui m'apparaissaient fermées, tout cela disparut pour laisser place à une vague de confort, d'optimisme et de soulagement. Je demeurai immobile quelques minutes de plus afin de savourer ce moment. Puis je m'étirai, passai une main sur mon visage et me retournai. Sasuke dormait. Il semblait si détendu… Ses longs cils caressaient le haut de ses pommettes et un souffle calme et régulier passait régulièrement entre ses lèvres entrouvertes. Ses traits étaient exempts de la moindre anxiété. Il était beau. Si beau que je ressentis le besoin de caresser son visage, encore et encore, comme pour m'assurer qu'il était bien là, avec moi. Puis je collai mon visage contre son torse nu, m'imprégnai de son odeur et l'enveloppai de mes bras, entremêlant mes jambes avec les siennes. Je fermai les yeux et, abattue par cette matinée plus que chargée, ne tardai pas à m'endormir à mon tour.
Je fus réveillée par une voix familière, qui appelait doucement Sasuke. Ce dernier dormait toujours profondément lorsque j'ouvris les yeux. Je m'extirpai de ses bras, qu'il avait serrés autour de moi pendant son sommeil, et levai la tête vers notre visiteur.
- Salut, Sakura, dit Itachi avec un sourire inquiet. Tu peux m'aider à réveiller cette marmotte ?
La marmotte en question poussa un grognement avant de s'étirer. Je pris conscience de ma tenue légère et remontai la couette sur mes épaules lorsque Sasuke s'assit dans le lit, son regard ensommeillé posé sur son frère.
- Qu'est-ce qu'il y a ?, marmonna-t-il en étouffant un bâillement.
- Ce qu'il y a ?, grogna Itachi d'un air réprobateur. Il y a que tu as de la chance que je sois rentré avant Hiromi. Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? La table de la cuisine est couverte de cotons imbibés de sang et je ne parle pas de l'état de la salle de bain ! Vous avez tué quelqu'un ou quoi ?
A ces mots, je ne pus m'empêcher de déglutir. Oui, j'ai tué quelqu'un, songeai-je, j'ai même tué deux quelqu'un. Le rouge me monta aux joues mais je réussis à balbutier :
- Il y a eu un problème… C'est Sasuke, il…
- Je suis légèrement mutilé, ironisa celui-ci en écartant ses cheveux pour dévoiler son oreille.
Itachi ouvrit de grands yeux et s'accroupit à la hauteur de son frère pour évaluer les dégâts.
- Ca saigne encore, déclara-t-il en fronçant les sourcils. Tu vas pourrir tes draps. Allez, sors de ce pieu et va nettoyer la maison, avant qu'Hiromi débarque. Elle se fait déjà assez de soucis comme ça. Quand ce sera fait, tu reviens ici et je veux que vous m'expliquiez ce qu'il s'est passé.
Sasuke poussa un profond soupir avant d'abdiquer. Il enfila un pantalon par-dessus son caleçon et passa la porte de sa chambre d'un pas lent. Itachi le suivit des yeux puis il s'assit sur le lit en soupirant à son tour. Je remontai un peu plus la couverture, craignant de dévoiler ma poitrine partiellement dénudée aux yeux du frère de mon petit ami, ce qui aurait été inconvenant. Itachi me regarda et un pâle sourire étira ses lèvres.
- Ça va mieux, toi ?, demanda-t-il. Tu es sortie aujourd'hui ?
- Oui, répondis-je sans préciser à quelle question je me référais.
Il posa sa main sur ma tête et ébouriffa mes cheveux sans rien dire. Je ressentis un élan de gratitude à son égard. Sa présence me rassurait. Itachi connaissait parfaitement le milieu des gangs et je savais qu'il pourrait nous être d'un grand secours dans les prochaines semaines. Je priais pour que Sasuke accepte que nous partagions un peu de notre fardeau avec son frère mais rien n'était moins sûr. Encore cette satanée fierté…
Cinq minutes plus tard, alors qu'Itachi et moi étions engagés dans une conversation légère, Sasuke fit son retour dans la chambre. Il me lança un bref coup d'œil, sourit d'un air amusé et attrapa un t-shirt qui traînait sur sa chaise pour me le lancer. Il avait sans doute remarqué mon embarras, la couette relevée jusqu'au menton devant un Itachi qui ne se décidait pas à m'accorder une minute pour que je puisse me vêtir un peu plus décemment. J'enfilai son t-shirt avec reconnaissance, soulagée de pouvoir enfin m'assoir convenablement. Sasuke prit place à côté de moi et déposa quelques compresses, du coton et un rouleau de ruban adhésif entre nous. Je compris immédiatement le message. Il pivota de façon à me laisser accéder à son oreille blessée et j'entrepris une fois de plus de la nettoyer.
- Alors ?, demanda Itachi après plusieurs secondes de silence.
- C'est bon, il n'y a pas de quoi s'inquiéter, marmonna Sasuke. On était au mauvais endroit au mauvais moment, c'est tout.
- Ne dis pas ça, Sasuke, le réprimandai-je. Ton frère a le droit de savoir. Il peut nous aider.
J'échangeai un bref regard avec Itachi, qui hocha imperceptiblement la tête. Sasuke se raidit et se mura dans le silence. J'imaginais très bien ce qu'il pouvait ressentir. Quelques heures plus tôt, il avait pris la dure décision de tuer son frère pour nous épargner une rude épreuve. Il n'était sans doute pas évident pour lui de faire comme si de rien n'était en mettant Itachi dans la confidence. Ce deal n'avait plus lieu d'être puisque les membres du gang étaient morts, mais cela n'ôtait rien à la culpabilité de Sasuke. Cette décision, c'était un peu une trahison vis-à-vis de ce frère qui avait remonté la pente pour lui, qui avait tout mis en œuvre pour redevenir quelqu'un de respectable, quelqu'un dont Sasuke pouvait être fier et sur qui il pouvait compter.
- Tu n'es pas obligé de tout raconter depuis le début, Sasuke, tentai-je de le rassurer. Certaines choses… peuvent rester entre nous, si tu le souhaites.
Itachi nous considéra avec curiosité et appréhension. Les lèvres de Sasuke demeurèrent closes pendant plus d'une minute avant qu'il ne se décide enfin à parler.
- Deidara et sa clique voulaient que Sakura et moi leur rendions visite dès sa sortie de l'hôpital, commença-t-il d'une voix amère. C'est ce que nous avons fait.
- Sous la menace, j'imagine, précisa Itachi en fronçant légèrement les sourcils.
- Bien sûr, tu crois quoi ?, fit Sasuke d'un air irrité. Que nous avons gentiment accepté cette invitation de courtoisie ?
- Non, évidemment, excuse-moi, soupira son frère avec patience.
Sasuke fit le récit de ce qu'il s'était passé dans l'entrepôt tout en prenant soin de ne rien révéler sur la décision qu'il avait prise à ce moment-là, alors qu'il se croyait dos au mur. Il avait aussi quelque peu modifié l'histoire sur certains points. Ainsi, à l'en croire, l'Akatsuki m'avait littéralement contrainte à prendre de la coke, ce qui n'était pas tout à fait vrai. Il avait également mentit par omission en taisant tout ce qui avait trait à son propre rail. Dans sa version, il était totalement net au moment de la fusillade. Il raconta comment une balle avait effleuré son crâne et arraché une partie du pavillon de son oreille gauche. Puis il expliqua que Deidara et Hidan avaient survécu, placé des flingues entre nos mains et que nous avions dû les suivre à l'extérieur. Là, il marqua une pause. J'appliquai la compresse stérile que je venais de préparer sur son oreille, la maintint en place à l'aide d'une petite bande de ruban adhésif et pris la parole à mon tour.
- J'étais complètement défoncée, murmurai-je en dissimulant mon visage. J'étais morte de peur, nous venions d'échapper à une fusillade et j'avais vu trois de mes agresseurs morts, baignant dans leur sang. Mais ces deux-là étaient encore bien vivants et je savais le danger qu'ils représentaient, autant pour moi que pour Sasuke. Je ne sais pas ce qui m'a pris… Je n'ai pas réfléchi, ça m'a semblé évident sur le coup. J'étais dans une telle colère, je leur en voulais tellement… Alors… Alors, j'ai…
Des sanglots m'obstruaient la gorge, je les ravalai. Une fois de plus, je me retrouvais face à mes responsabilités. J'avais terminé les soins de l'oreille de Sasuke, mais celui-ci ne se tourna pas vers moi. Une fois de plus, je ne pus que le supplier :
- Pardonne-moi, Sasuke. Je n'aurais jamais dû…
- Arrête, me coupa-t-il en serrant les dents. N'en parlons plus, okay ? Ce qui est fait est fait.
Je baissai la tête, accablée de chagrin. Itachi sermonna son frère :
- Tu ne crois pas que tu y vas un peu fort, Sasuke ?
- Tu ne sais pas ce qu'elle a fait, grommela ce dernier. On était dans la merde avant, mais là, on est morts, c'est sûr !
Itachi me lança un regard interrogateur. Je penchai la tête en arrière pour ravaler mes larmes.
- J'ai tiré sur Deidara et Hidan, avouai-je d'un bloc. Je les ai tués. Cela m'a semblé clair sur le moment, comme si c'était la seule chose à faire. Mais quand je réalise ce que j'ai fait…
Je fus incapable de prononcer un mot de plus. Sasuke expliqua alors les conséquences désastreuses de mon geste. Lorsqu'il eut terminé, Itachi affichait une mine lugubre.
- Madara n'acceptera jamais ça, décréta-t-il. Il préfèrera te tuer plutôt que de te voir passer chez Orochimaru.
- Si nous avions refusé, c'est Sakura qu'il aurait tué, riposta Sasuke.
- Je l'aurais mérité, marmonnai-je. Tu aurais dû dire non et laisser ce serpent montrer la vidéo à Madara. J'en ai assez que tu payes le prix de mes erreurs. Et puis, comme ça, tu n'aurais pas été en colère contre moi…
- Ne dis pas n'importe quoi, dit Sasuke d'un air énervé. Cette situation me rend dingue alors, oui, je m'en prends à toi parce que tu as agis de manière complètement irréfléchie mais je suis bien placé pour savoir que tu n'es pas directement responsable. Les effets de la coke varient selon les personnes. Certains ne ressentent rien, d'autres, comme moi, deviennent… agressifs. Toi, c'était la première fois que tu prenais ce genre de came et tu n'étais pas dans les meilleures conditions. La dose était trop forte, il y avait ces types autour de toi, puis la fusillade… Alors, non, je ne t'en veux pas. Ces mecs étaient pourris jusqu'à la moelle et, après ce qu'ils t'ont fait, j'aurais voulu presser la détente moi-même mais toi… J'espérais que tu n'aies jamais à te salir les mains. Et maintenant je ne sais même pas quels sont les plans d'Orochimaru. Ni comment annoncer ça à Madara. Je suis complètement paumé.
Il passa une main dans ses cheveux et se laissa tomber en arrière sur le lit, le regard rivé vers le plafond. J'échangeai un bref regard avec Itachi, qui paraissait encore plus soucieux qu'à son arrivée. Un bruit de clef attira notre attention au rez-de-chaussée, suivit de la voix mélodieuse d'Hiromi qui appelait ses fils. Itachi posa sa main sur l'épaule de Sasuke et la serra. Sans prononcer un mot, il quitta la pièce, nous laissant seuls avec nos doutes, nos peurs et nos regrets. Je posai ma tête sur le torse nu de Sasuke, l'oreille collée à son sternum. Son cœur battait à un rythme régulier. Je m'accrochai à cette mélodie, consciente de sa nature éphémère, et priai pour qu'elle ne s'arrête jamais.
