Hola!
Oui, je sais, j'ai encore tardé à poster la suite... Mea Culpa. Voici deux chapitres un peu plus tranquilles (enfin, il faut le dire vite). J'espère que vous ne vous ennuierez pas en les lisant xD Mais profitez-en, car dès la fin du 24, ça repart!
A plus! ;)
Molécules de coton
Ding… Le bruit résonna violemment à mes oreilles et je levai la tête vers le clocher de l'église. Le coup se répéta dix autres fois, aussi lugubre qu'une marche funéraire et de plus mauvais augure qu'aucun cri de corbeau. Je sentis le nœud de mes entrailles se resserrer et mes doigts tâtonnèrent à la recherche de la main de Sasuke. Nous échangeâmes un bref regard, tendus. Orochimaru aurait pu choisir un endroit un peu plus discret, franchement. Debout dans la lumière que projetaient les lampadaires, raides comme des piquets, nous ne passions pas vraiment inaperçus. Non pas que les rues fourmillent de monde, loin de là, mais n'importe quelle ménagère insinuant son visage derrière ses rideaux ne manquerait pas de nous voir. C'était assez étrange, comme lieu de rendez-vous… De toute évidence, Sasuke était du même avis car il répéta une fois de plus la question qu'il m'avait déjà posée un peu plus tôt :
- Tu es sûre d'avoir bien compris ? Il a bien dit l'église ?
Je soupirai et hochai la tête d'un air désabusé.
- Oui, il a bien dit l'église, assurai-je. Celle située derrière le lycée. Je ne vois pas comment j'aurais pu inventer une chose pareille, c'est bien le dernier endroit que j'aurais choisi, moi…
- On est d'accord là-dessus, approuva-t-il en observant les alentours.
J'avais heureusement réussi à convaincre ma mère de me laisser passer la nuit chez Sasuke, ce qui n'avait pas été sans mal. J'avais été obligée de lui expliquer que je m'étais disputée avec mes amis et que j'avais besoin de la présence réconfortante de mon petit ami à mes côtés. Elle avait grommelé que cela ne lui plaisait pas, proposé un millier d'autres possibilités pour me remonter le moral, mais j'avais tenu bon. Finalement, après un appel passé à Hiromi pour s'assurer que je me trouvais entre de bonnes mains, elle avait accepté. Il avait fallu ensuite fausser compagnie aux parents de Sasuke, ce qu'Itachi avait rendu possible grâce à son intervention complice. D'une voix forte et enthousiaste destinée à couvrir les bruits éventuels que nous risquions de faire en descendant, il avait annoncé sa nouvelle promotion aux Sanaka, qui ne s'étaient pas montrés avares en démonstrations de joie. Sasuke avait fermé la porte de sa chambre à clef, soutenant que ses parents n'osaient jamais le déranger lorsqu'il s'enfermait entre ses quatre murs puis, nos chaussures à la main, nous avions quitté la maison sur la pointe des pieds. Notre sortie s'était apparemment faite en toute discrétion et nous pouvions donc espérer être tranquilles une bonne partie de la nuit.
- Regarde, Sasuke, déclarai-je en désignant un point lumineux sur la route.
Il tourna la tête et fronça les sourcils en voyant une berline s'approcher doucement de l'église. Cette berline, je la reconnaissais, c'était la même qui m'avait poursuivie dans la rue ce matin-là. Un cliquetis familier m'annonça que Sasuke avait retiré la sureté du pistolet qu'il tenait dans la main droite, prêt à tirer si les types qui nous rejoignaient s'avéraient dangereux. Ce pistolet, c'était celui que j'avais utilisé pour réduire Deidara et Hidan à un silence éternel. Le second, celui de Sasuke, reposait toujours dans la boite à gants de la voiture d'Itachi, garée derrière l'église. Sasuke s'était fermement opposé à ce que je porte une arme et, malgré mes protestations, il m'avait bien fait comprendre que sa décision était irrévocable. Lasse de cet argumentaire à sens unique, j'avais fini par baisser les bras.
La voiture se gara au bas des marches du large escalier qui menait à la porte en bois épais marquant l'entrée de l'église. Sasuke et moi nous tenions devant la porte, attentifs au moindre mouvement suspect. Les deux hommes que j'avais vu plus tôt dans la journée quittèrent l'habitacle et montèrent les marches à notre rencontre. Je pus les observer avec attention, une liberté que je n'avais pas prise ce matin-là. L'un d'eux était un immense colosse, proche des deux mètres. Il avait des cheveux brun-roux ébouriffés autour de son visage dont l'expression étrangement paisible contrastait avec son imposante carrure. Son collègue paraissait ridiculement petit et maigre à côté de lui. Il avait l'air jeune, pourtant ses cheveux longs étaient aussi blancs que la neige. Son teint pâle et ses yeux cerclés de rouge lui donnaient un air maladif et je n'aurais pas été surprise de le voir s'effondrer dans la minute. Deux points rouges surplombaient ses sourcils, achevant d'établir l'allure étrange du personnage. Il parla, d'une voix douce à peine audible :
- Sasuke et Sakura ?, demanda-t-il.
Sasuke hocha la tête. Le jeune homme baissa les yeux vers le pistolet que Sasuke tenait dans sa main droite sans faire le moindre commentaire. Il ne semblait pas effrayé à l'idée de subir le même sort que ses non-regrettés ennemis.
- Je m'appelle Kimimaro, dit le jeune homme en nous fixant l'un après l'autre. Lui, c'est Juugo.
Son collègue esquissa un petit sourire. Décidément, il n'avait vraiment pas une tête de voyou. A le voir, on aurait juré qu'il était aussi doux qu'un agneau. Mais je ne me laissai pas abuser par cette impression : s'il faisait partie des hommes d'Orochimaru, c'était surement pour une bonne raison. Kimimaro nous fit signe de le suivre et, après avoir échangé un bref regard, Sasuke et moi lui emboitâmes le pas. Nous prîmes place à l'arrière de la voiture, attentifs au moindre signe de danger. J'avais si peur que je sentais mes poils se hérisser sur mes bras et une goutte de sueur dégringola le long de mon dos. Je n'avais pas la moindre idée de ce qui nous attendait. A chaque seconde, le doute dévorait le peu de courage que j'avais réussi à canaliser. De son côté, Sasuke demeurait silencieux, tendu comme un arc, le pistolet toujours serré dans sa main droite.
Kimimaro appuya sur un bouton et déclara :
- Ne le prenez pas mal, mais seuls les hommes ayant prouvé leur loyauté envers Maître Orochimaru ont le droit de connaître l'emplacement de notre repaire.
Ses paroles furent suivies d'un clic qui me fit sursauter et, aussitôt, d'épais volets noirs recouvrirent les fenêtres et la lunette arrière. Un autre vint bientôt nous séparer de Kimimaro et Juugo puis ce fut le silence.
- C'est peut-être un peu exagé…, commentai-je.
Je n'eus pas le temps de terminer ma phrase. Un sifflement retentit à nos oreilles et une vague odeur de gaz s'insinua dans mes narines. Je compris ce que cela signifiait bien avant que Sasuke ne me couvre le nez et la bouche avec sa main en me faisant signe de ne pas respirer. Ne voyait-il pas que tout cela était vain ? Même si je retenais ma respiration, je ne serais pas capable de le faire indéfiniment. Alors à quoi bon ? Et puis, à partir du moment où nous avions détecté l'odeur, il était sûrement déjà trop tard. J'en fus convaincue lorsqu'une sensation d'engourdissement gagna peu à peu mes muscles et, bientôt, je sombrai dans un profond sommeil.
Je me réveillai dans un endroit sombre et silencieux. À en croire les sensations que me renvoyaient mes poignets, mes chevilles et la position de mon corps, j'étais ligotée sur une chaise. Le cerveau encore embrumé par les effets du gaz, je mis un certain temps à me remémorer la situation. Je pris une minute pour remettre mes idées en place et, prise d'un soudain élan de panique, appelai :
- Sasuke ?
- Je suis là, répondit-il.
Il était juste à côté de moi. Ou bien était-ce en face ? Je ne parvenais pas très bien à me situer dans cette obscurité. Je me débattis pour essayer d'échapper à mes liens, sans résultat. Je poussai un juron de frustration.
- Ils ne plaisantent pas, ces gens-là, soupirai-je.
- Non, en effet, déclara une voix sortie de nulle part. Je suis navré si mes manières vous ont paru un peu déplacées mais ce genre de mesure est indispensable, malheureusement…
L'obscurité laissa place à une vive lumière qui nous aveugla. J'entendis un bruit de pas et clignai des yeux plusieurs fois pour recouvrer l'usage de la vue. Orochimaru se tenait devant nous, accompagné de Kimimaro. Ce dernier se pencha vers nous et coupa nos cordes à l'aide d'un petit poignard dont la poignée et la lame, étrangement blanches et difformes, semblaient avoir été taillées dans un os. Le jeune homme ne fit preuve d'aucune espèce de délicatesse et je tressaillis lorsque le fil du poignard entama la peau de mon poignet. Quand Sasuke fut libre, Orochimaru lui tendit un pistolet.
- Vous me le rendez ?, demanda Sasuke d'un air soupçonneux. Pourquoi ?
- Je sais que tu es quelqu'un de sensé, expliqua le reptile. Tu ne t'en serviras pas, à moins que ton amie et toi souhaitiez écourter vos existences.
Peu convaincu, Sasuke accepta néanmoins l'arme qu'on lui tendait sans rechigner. Orochimaru avait raison. Nous étions chez lui, désormais. Il aurait été suicidaire d'envisager de se servir de ce flingue au milieu de tous ces types qui n'attendaient que ça pour nous faire la peau.
- Suivez-moi, ordonna Orochimaru en nous tournant le dos.
Il quitta la petite pièce dans laquelle nous étions enfermés, Kimimaro sur ses talons. Nous leur emboitâmes le pas de mauvaise grâce et pénétrâmes à leur suite dans un large couloir fourmillant d'activité humaine. Des hommes en blouses blanches traversaient sans arrêt devant nous, accordant un bref salut respectueux à leur chef avant de disparaître derrière l'une ou l'autre des innombrables portes alignées le long des murs. Une odeur chimique flottait dans l'air, mêlée à celle plus reconnaissable d'urine. Je plaquai une main sur mon nez et compris l'utilité des masques que la plupart des hommes portaient autour de nous.
- Ce n'est pas très agréable, je vous l'accorde, dit Orochimaru en souriant. Mais nous aurons vite quitté ces lieux.
- Vous fabriquez de la meth ?, demanda Sasuke.
Un homme nous dépassa en trombe, tirant un chariot de bidons blancs sur lesquels on avait noté la formule NH4OH. Sasuke le suivit des yeux, pensif.
- Ça et d'autres choses…, répondit évasivement Orochimaru, un large sourire aux lèvres, en poussant une porte battante qui donnait accès à un autre couloir, d'autres odeurs et d'autres hommes pressés.
A cet instant, une jeune femme aux cheveux rouges à peine plus âgée que moi sortit en trombe d'un laboratoire, tête baissée, et percuta Sasuke dans sa course, renversant la totalité du contenu des tubes qu'elle transportait sur les dalles de ciment. Furieuse, elle ramena son épaisse chevelure en arrière, révélant un joli visage et des yeux d'un brun clair presque rouge, cerclés de lunettes à montures noires. Elle me fusilla du regard avant de se tourner vers Sasuke, qu'elle considéra d'un air hautain… avant d'afficher un sourire mielleux.
- Bonjour Maître, dit-elle à Orochimaru en papillonnant des yeux vers Sasuke. Qui est ce nouveau venu ?
- CES nouveaux venus, tu voulais dire ?, précisai-je en glissant ma main dans celle de Sasuke.
Elle se contenta de me lancer un regard assassin. Non mais pour qui se prenait-elle, cette pimbêche ? Elle croyait peut-être que j'allais la laisser roucouler devant Sasuke sans réagir ?
- Karin, voici Sasuke et Sakura, qui viennent de rejoindre l'organisation, expliqua Orochimaru sans prêter la moindre attention à la tension qui régnait entre la jeune femme et moi.
Karin afficha un sourire langoureux et commença à tortiller une mèche de ses cheveux autour de son index.
- Sasuke, hein ?, murmura-t-elle en s'approchant de ce dernier. Si tu as besoin de quoi que ce soit, je serais ravie de t'apporter mon aide… ou autre chose !
Là, c'en était trop. Je me plaçai entre elle et Sasuke et croisai les bras en affichant une mine sévère.
- Dégage, morue, grognai-je.
- Morue ?, ricana-t-elle en me toisant. Tu t'es bien regardée ?
Alors que je m'apprêtais à répliquer, Sasuke me força à lui faire face et m'attira contre lui.
- Ne fais rien de stupide, ok ?, grommela-t-il dans le creux de mon oreille.
Honteuse, je hochai la tête. Qu'est-ce qui m'avait pris d'agir ainsi ? Je n'étais pourtant pas le genre de fille à défendre jalousement son homme. Sasuke, quant à lui, n'était pas non plus de ces types qui se laissent avoir par des filles provocatrices telles que Karin. Je n'avais rien à craindre d'elle, alors je voyais bien que ma réaction était puérile et idiote. Mais je n'avais rien pu faire pour m'en empêcher… J'étais tendue comme un arc dans cet environnement hostile, je réagissais donc au quart de tour. Et cette Karin m'était franchement antipathique… Malgré tout, je pris sur moi et me tournai vers elle, un sourire confus aux lèvres.
- Je m'excuse de t'avoir insultée, déclarai-je d'une voix siffleuse. Ma réaction était excessive.
- Peuh, ricana Karin. Tu sais, on dit que lorsqu'une femme montre de la jalousie, c'est qu'elle n'est pas suffisamment persuadée de l'amour que lui porte son mec. J'en déduis donc que votre couple est fragile et que tu ne vas surement pas tarder à te faire jeter.
Elle ramassa ses tubes éparpillés sur le sol et, lorsqu'elle se redressa, elle adressa un sourire complice à Sasuke. Je sentis mes poils se hérisser sur mes bras mais je me retins de faire le moindre commentaire.
- A ce moment-là, je serais là pour toi, Sasuke, si tu veux bien de moi, minauda-t-elle en lui adressant un clin d'œil coquin.
Je manquai m'étouffer. Mais je n'eus pas le temps d'ouvrir la bouche car Sasuke m'avait devancée. Planté devant Karin, il la toisa de toute sa hauteur.
- T'es pas sérieuse ? Une fille sans le moindre sens relationnel qui se permet de juger les autres sur leur comportement, ça ne m'intéresse pas, dit-il d'un ton glacial. Hors de ma vue.
La jeune femme s'empourpra derrière ses lunettes et lança un bref coup d'œil en direction d'Orochimaru, qui s'était contenté d'observer la scène d'un œil amusé. Elle s'attendait peut être à ce que son maître prît sa défense. Malheureusement pour elle, elle dût vite se rendre à l'évidence : il ne ferait rien pour lui venir en aide. Visiblement honteuse, elle traversa le couloir, la tête basse, ses tubes vides serrés contre elle. Je ne pus retenir un sentiment de victoire lorsqu'elle disparut derrière une porte blanche. Sasuke l'avait remise à sa place et ce simple fait suffisait à égailler ma soirée.
- Karin est un peu spéciale, comme vous l'aurez remarqué, déclara Orochimaru en adoptant un pas tranquille. Elle n'est pas beaucoup appréciée, par ici, à cause de son mauvais caractère. Mais c'est un précieux atout dont je ne me séparerais pour rien au monde. Elle a des connaissances surprenantes dans le domaine de la médecine… peu conventionnelle. Un savoir qu'elle tient de ses parents, de vieux amis à moi. Morts, malheureusement.
Attentive à ses moindres paroles, je me demandais pourquoi il prenait la peine de nous confier tout ça. A quoi rimait cette visite de laboratoires ? Pourquoi n'avait-il pas pris la défense de la jeune femme, cette Karin à laquelle il semblait pourtant tenir ? Tout cela n'avait aucun sens. Il ne nous devait rien, bien au contraire, c'était lui qui tenait nos vies entre ses mains. Alors pourquoi se montrait-il si charmant à notre égard, pourquoi prenait-il la peine de nous traiter comme si nous n'étions pas enrôlés de force sous ses ordres ?
- Sakura ? Qu'est-ce que tu fais ici ?, s'écria une voix, coupant court à mes réflexions.
Je levai les yeux vers un jeune homme au sourire franc et aux yeux bleu-vert qui ne passaient pas inaperçus. Cependant, ce qui me sauta aux yeux, ce furent ses cheveux d'une blancheur immaculée autour de son visage encore jeune. Aussitôt, je ne pus retenir un sourire.
- Suigetsu !, m'exclamai-je d'un air ravi. Je ne m'attendais pas du tout à te rencontrer ici, moi non plus !
Sasuke contempla le jeune homme de la tête au pied, une expression d'extrême indifférence sur le visage. Ce dernier lui accorda à peine un regard et le salua d'un signe de tête avant de se tourner de nouveau vers moi.
- Je bosse pour Oro, moi, alors j'ai mes raisons d'être ici, dit-il en riant.
- Je crois t'avoir fait part de ce que je pensais de ce surnom, Suigetsu, déclara le concerné.
- Oups, grimaça Suigetsu. Désolé, maître. Alors, qu'est ce qui t'amène ? Je vois que tu as pu reprendre Sasuke aux griffes de l'Akatsuki !
Cette fois, ce fut à mon tour de me dire « Oups ». Il ne fallait surtout pas que Sasuke connaisse l'implication de Suigetsu dans mon plan pour rejoindre l'Akatsuki, sinon je ne donnais pas cher de sa peau. J'affichai un sourire forcé en guise de réponse et détournai habilement le sujet.
- Justement, la dernière fois que l'on s'est vus, j'avais cru comprendre que tu étais du genre indépendant, dis-je en sentant néanmoins le regard de Sasuke peser sur me nuque. Je ne savais pas qu'en réalité tu travaillais pour le rival de l'Akatsuki !
- T'es tarée !, s'exclama-t-il en secouant la tête. Quand on vend de la came dans cette ville, on a plutôt intérêt à être d'un côté ou de l'autre si on veut survivre ! Tout seul, je me serais fait écraser depuis longtemps !
Je pris une fois de plus conscience de la naïveté qui me caractérisait encore lors de mon précédent entretien avec Suigetsu. A cette époque, pas si lointaine puisqu'elle ne remontait qu'à un peu plus d'un mois, j'étais persuadée qu'avec un peu de ténacité, je parviendrais à récupérer Sasuke. A cette époque, je pensais que l'Akatsuki n'était rien de plus qu'un groupe de jeunes hommes qui se faisaient passer pour de petits caïds. A cette époque, j'ignorais tout des milieux de la drogue, de la corruption et des horreurs qu'abritaient les bas-fonds de Konoha. En l'espace d'une poignée de semaines, cependant, j'avais rapidement pris conscience de ma stupidité. La vérité m'était apparue dans toute son abomination et dans toute sa violence. Pour moi, le jour de l'an n'était pas que le passage à une nouvelle année. C'était une page qui s'était tournée, c'était la fin de mon enfance, la fin de mon insouciance, la fin de ma vie, telle qu'elle avait toujours été. Mais, désormais, je comprenais.
- Oui, ça parait évident, déclarai-je avec un pâle sourire.
- Et toi, alors, qu'est-ce que tu fais dans le coin ?, répéta Suigetsu sans se départir de son large sourire.
- Sasuke et Sakura travaillent sous mes ordres, désormais, répondit Orochimaru avec satisfaction.
- Sérieux ?, s'étonna le jeune homme en ouvrant des yeux comme des soucoupes. Alors, ça fait de nous des espèces de collègues, pas vrai ? C'est carrément génial !
Une imperceptible grimace déforma un instant la bouche de Sasuke. Je devinai que « génial » n'était pas le terme qu'il aurait choisi pour qualifier notre toute nouvelle embauche chez Orochimaru. Je ne pouvais que me ranger à son point de vue. Mais j'aimais bien Suigetsu et travailler avec lui promettait un avenir moins désagréable. Je ne pus m'empêcher de sourire à mon tour, gagnée par son enthousiasme. Nous échangeâmes encore quelques banalités puis il salua poliment Orochimaru, me fit un clin d'œil et fit un signe de tête vers Sasuke qui s'était raidit et le fusillait désormais du regard. Je devinai que, contrairement à moi, il ne l'appréciait pas beaucoup. Jusqu'à présent, leurs contacts s'étaient limités à quelques échanges d'herbe, si j'avais bien compris. J'avais conscience que Suigetsu se comportait très familièrement avec moi et je comprenais que cela pusse énerver Sasuke. Pourtant, il n'y avait pas la moindre attirance physique entre Suigetsu et moi, ni l'ombre d'une ambiguïté. Il était plutôt mignon comme garçon, je ne pouvais lui refuser ça, mais il ne m'inspirait rien d'autre que de l'amitié. Nous étions simplement faits pour nous entendre, tous les deux. Or Sasuke, lui, ne voyait apparemment pas notre complicité d'un très bon œil. C'était la première fois qu'il se montrait ouvertement jaloux. Intérieurement, je jubilais. Ce n'était que justice, après ce que m'avait fait vivre Karin quelques minutes plus tôt. C'était peut-être un peu mesquin de ma part de penser cela mais je m'en fichais. Tout ceci ne revêtait pas la moindre importance.
Au bout d'une heure, j'étais complètement égarée dans le dédale du repaire d'Orochimaru. Ce dernier nous décrivait les ateliers, les laboratoires, les activités des uns et des autres, s'arrêtant parfois pour saluer l'un de ses hommes, prêter une oreille attentive aux divers problèmes et apporter des solutions lorsque cela s'avérait possible. Je ne comprenais toujours pas à quoi rimait cette visite. Je ne cessais d'échanger des regards perplexes avec Sasuke. Ni lui ni moi n'osions engager la conversation. L'immensité de l'organisation qu'avait montée Orochimaru nous laissait pantois. Oui, nous étions impressionnés. Mais à quoi bon tout cela ? Pour nous faire peur, nous montrer que nous avions bel et bien affaire à une grosse pointure ? Ça, nous le savions déjà. Pour pouvoir tenir tête à Madara, il fallait avoir de quoi en imposer. Mais si ce n'était pas un étalage de pouvoir, qu'est-ce que c'était ? Je l'ignorais. Cependant, je fus forcée d'admettre qu'Orochimaru avait quelque chose de sympathique dans sa façon de s'adresser à ses hommes et de présenter les choses. Il paraissait moins inhumain que Madara, moins dur, moins froid. Je ne doutais pas qu'il pût faire preuve d'une main de fer lorsque cela était nécessaire – comment aurait-il pu être à la tête d'une si vaste organisation sinon ? – mais il passait pour un « boss cool ». C'était une sensation assez étrange. Il m'avait laissé une première impression plutôt mauvaise à l'entrepôt. Je l'avais vu comme un Madara bis, avec son sourire permanent qui semblait dissimuler son content de cruauté, ses paroles douces que j'aurais juré empoisonnées et cette allure reptilienne qui faisait froid dans le dos. Mais, finalement… Je n'étais pas mécontente d'avoir échangé mes anciens bourreaux contre ce nouveau chef. Tout n'était pas si noir, finalement !
J'écrasai aussitôt cette pensée optimiste. Si, tout était très, très noir. Pire que cela, même. Nous ignorions encore tout de ce qu'allait être la réaction de Madara. Je refusais de croire qu'il opterait pour une solution aussi radicale que l'élimination pure et simple de Sasuke. Ce dernier n'avait-il pas dit lui-même que son aïeul rechignerait à leur faire du mal, à lui et à Itachi ? Je priais pour qu'il ait eu raison et qu'Itachi eut tort. Si Madara préférait vraiment la mort de Sasuke à l'idée de le savoir sous les ordres de son pire ennemi… j'allais au devant de terribles malheurs.
