Choc thermique

La visite du repaire dura plus de deux heures. Lorsque ce fût terminé, j'avais depuis longtemps renoncé à trouver une raison à cette ballade souterraine. Orochimaru s'était éternisé dans la salle réservée aux essais de tir, présentant chaque modèle d'arme, les différents réglages que l'on pouvait appliquer aux cibles, etc… Ce souci du détail n'était pas anodin. Il avait placé une arme entre mes mains et m'avait présentée à un type d'une vingtaine d'années qui répondait au nom de Zaku.

C'était un dragueur, je le vis au premier coup d'œil. Il me fit le coup du regard langoureux et du sourire lubrique, mais je l'ignorai superbement. Il se renfrogna mais n'osa pas faire le moindre commentaire devant son chef. D'après Orochimaru, Zaku était un prodige au tir et s'occupait de former les nouveaux venus à cette discipline. Il me demanda de viser une cible afin de lui faire une démonstration de l'étendue de mes talents. Gênée, je m'approchai d'un emplacement réservé aux tireurs et pointai l'arme en direction de la cible. Je tremblais. J'avais envie de me justifier, de leur dire que la première et dernière fois que j'avais utilisé l'un de ces engins, je n'étais pas dans mon état normal. J'avais peut-être simplement obéi à une sorte d'instinct, je ne sais pas, moi ! Qui disait que je serais capable de renouveler mon exploit ? J'étais presque certaine que j'allais louper la cible. Je fermai un œil, contrôlai les tremblements de ma main, abaissai la sécurité et… BAM ! Le coup partit à l'instant où mon index écrasait la détente et mes tympans protestèrent sous la force des décibels. Evidemment, je n'avais pas mis de casque. Mais je me foutais bien de mes oreilles car, devant moi, la cible était percée d'un petit trou. Non pas au centre – il y a des limites au génie ! – mais dans la partie centre gauche. Je n'étais pas peu fière. Rayonnante, je rendis l'arme à Zaku, qui me félicita un peu plus chaudement que nécessaire. Sasuke fronçait les sourcils. Il n'avait pas l'air content du tout. Je devinais que ce n'était pas seulement dû à l'attitude de Zaku – il n'avait rien à craindre de pauvres types comme lui. Non, ce qui l'avait énervé, c'était ma performance. Et je devinais aisément pourquoi. Il avait espéré que je ne ferais pas preuve de la même dextérité que la dernière fois, que cela n'avait été qu'un coup de chance – ou plutôt deux ! – et qu'Orochimaru renoncerait à m'enrôler. Si c'était bien cela, il faisait preuve d'une naïveté peu commune chez lui. Même si je m'étais révélée nulle en tir, Orochimaru aurait trouvé le moyen de m'occuper, je n'en doutais pas une seule seconde. Il ne m'aurait jamais renvoyée chez moi en se contentant d'un « Désolé, finalement, tu ne fais pas l'affaire ! ». Je représentais un énorme moyen de pression sur Sasuke et, tant que je serais tenue de lui obéir, il aurait un contrôle tôtal sur mes faits et gestes. S'il voulait se servir de moi en cas de nécessité, si Sasuke se montrait un peu trop rebelle, il fallait qu'il me garde à portée de main. Moi sous ses ordres, il était certain que Sasuke filerait droit. Alors non, il n'allait certainement pas me relâcher dans la nature.

Après la visite, Orochimaru nous conduisit à un énorme parking souterrain, où une voiture nous attendait en ronflant paresseusement. Adossés à la carosserie, Kimimaro et Juugo avaient les yeux rivés sur nous. Je ne comprenais pas.

- Vous nous renvoyez déjà ?, m'étonnai-je en fronçant légèrement les sourcils.
- Je n'ai pas besoin de vous aujourd'hui, expliqua notre supérieur. Ce soir, je voulais simplement vous faire découvrir les lieux, rien de plus. Les choses sérieuses commenceront demain soir pour toi, Sakura. Je veux que tu te présentes à dix-neuf heures à l'épicerie du centre. Tu demanderas Yoroi. Il te conduira dans son arrière-boutique puis dans son sous-sol, qui est en fait une salle insonorisée, prévue pour les exercices au tir. Zaku t'y attendra. Pour l'instant, je préfère éviter de vous faire venir au repaire, il me faudrait encore vous endormir et je n'y tiens pas, au prix du gaz. Nous verrons plus tard, quand vous aurez gagné ma confiance.
- J'irai avec elle, décréta Sasuke d'un ton sec.
- Oh non, pas toi, Sasuke, nia Orochimaru en souriant. Je veux que tu restes chez toi. Tu sais déjà parfaitement te servir d'une arme grâce aux leçons de feus tes anciens amis d'Akatsuki, tu n'as donc pas besoin d'entraînement. Tu ne ferais que gêner Sakura. Compris ?
- Mais…, commença Sasuke en me lançant un regard rempli d'appréhension.
- Compris ?, répéta le chef d'un ton ferme. Je ne le répèterai pas. J'ai un autre travail pour toi. Mais cela dépendra de ce que l'avenir nous réserve…

Sasuke serra les dents si fort que je vis une veine saillir à l'angle de sa mâchoire. Une flamme furieuse brûlait dans ses yeux noirs et je le crus sur le point d'exploser. Mais il se contenta de garder le silence, visiblement conscient de son impuissance. J'attrapai sa main pour le rassurer. Même si Zaku était un gros lourd, je ne risquais rien avec lui. Il devait s'en rendre compte.

- Rentrons, proposai-je d'une petite voix.

Face à son mutisme, et comme il ne bougeait pas d'un pouce, je le tirai légèrement en arrière.

- Sasuke, insistai-je en enveloppant ses doigts à l'aide de ma seconde main pour raffermir ma prise. Viens…

Sasuke planta son regard dans celui d'Orochimaru, qui le considérait d'un air amusé. Il semblait le mettre au défi de protester. Son sourire glacial en disait long sur ce qu'il était capable de faire si Sasuke se montrait trop indiscipliné. J'avalai ma salive et la peur m'enserra la poitrine. Il ne fallait surtout pas que Sasuke ouvre la bouche, ni qu'il esquisse le moindre geste en direction d'Orochimaru. Je jetai un coup d'œil vers Kimimaro et Juugo pour constater qu'ils s'étaient tous deux redressés, prêts à bondir sur Sasuke si celui-ci montrait le plus petit signe d'agressivité. Dans mon for intérieur, c'était la panique. J'avais l'impression d'être une petite pierre ridicule au milieu d'une immense gravière, témoin de l'instabilité de mes semblables mais incapable d'esquisser le moindre geste pour les empêcher de tomber et de m'entraîner dans leur chute. En bas, plus bas, si bas… Tout ce que je pouvais faire, c'était attendre et prier pour que l'équilibre général ne soit pas trop malmené et que ces petites pierres branlantes ne provoquent pas une avalanche.

- Sasuke, gémis-je malgré tout, dans un dernier espoir.

Comme quoi la persévérance paye toujours. Sasuke daigna enfin détourner le regard et serra mes doigts en réponse à mon appel. Je poussai un soupir de soulagement. On avait évité l'avalanche. Mon homme tourna le dos à Orochimaru et, sans un mot, pénétra dans la voiture en m'entraînant derrière lui. Je me tournai une dernière fois vers notre nouveau chef et le vit sourire, encore et toujours. Il semblait satisfait. Je jurerais qu'il jubilait à l'idée d'avoir autant de pouvoir sur un Uchiwa. Le plus jeune membre de la famille de son pire ennemi. Il doit prendre son pied, le reptile…, songeai-je en claquant la porte derrière moi.

Heureusement, nous échappâmes au gaz pour le chemin du retour. Kimimaro prétexta que le produit faisait effet pendant une petite demi-heure et qu'ils ne pouvaient décemment pas nous laisser endormis au bord de la route. Cependant, ils nous contraignirent à mettre des boules de cires dans nos oreilles pour qu'aucun son de l'extérieur ne vînt nous informer sur notre position. De plus, ils abaissèrent les épais rideaux noirs, nous plongeant une fois de plus dans une obscurité quasi-totale. Sans le moindre son, aveugles, nous ne pouvions nous fier qu'aux mouvements de la voiture pour nous localiser. Or, nous ignorions tout de notre position de départ, il était donc très difficile de retenir tous les mouvements de façon à pouvoir reconstruire le chemin à partir de notre point d'arrivée. A bien y réfléchir, ils ne prenaient pas trop de risques en nous épargnant le gaz… Ils pouvaient être tranquilles en se contentant de neutraliser nos sens de la vue et de l'ouïe. Tout ce que nous pouvions deviner, c'était le temps nécessaire pour aller de Konoha jusqu'à l'entrée du repaire. Konoha étant entourée de hautes et épaisses montagnes, connaître le temps de trajet ne nous avancerait pas à grand-chose. Il y avait des centaines de milliers de mètres cubes de roches autour du village prêts à accueillir l'immense repaire d'Orochimaru. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin.

Pendant que je m'appliquais à cette petite réflexion, la voiture serpentait, en descente d'après mes sensations. J'avais la nausée. Finalement, ce n'était pas si mal le gaz soporifique, songeai-je en mon for intérieur. Je ne pouvais même pas communiquer avec Sasuke puisqu'il ne m'entendrait pas. Je fermai les yeux et tâchai d'ignorer les ballotements pour me concentrer sur les perspectives d'avenir. Par perspectives d'avenir, il ne faut surtout pas comprendre bac, fac, boulot, maison, bébé etc… Tous les éléments habituels qui constituent une source de préoccupation majeure pour les gens normaux, en somme. Non, dans mon cas, perspective d'avenir consistait en : allons-nous vivre ou mourir ? C'était beaucoup plus simple et beaucoup plus compliqué à la fois. Très primaire. Pour le moment, tout paraissait aller pour le mieux. Honnêtement, de mon point de vue, nous avions gagné au change avec Orochimaru. Tant que Sasuke faisait preuve de self-control à son égard, tout irait bien. Mais Madara… Lui, c'était le seul véritable problème. Tôt ou tard, il apprendrait la désertion de Sasuke, nous n'avions aucun moyen de le lui cacher. Et alors, là… Je ne donnais pas cher de notre peau. Je me surpris à penser aux différents moyens envisageables pour réduire un homme au silence et frissonnai. La plupart fonctionnent très bien sur les femmes, d'ailleurs. Cette pensée me fit frémir un peu plus. C'est alors qu'un contact doux et chaud vint mettre un terme aux tremblements de mes bras. La main de Sasuke. Comment avais-je pu oublier ça ? Je ne pouvais ni le voir ni l'entendre, je ne pouvais pas lui parler… mais je pouvais le toucher, le sentir, le caresser. Il était là, si proche, et mon état de détresse allait crescendo, j'avais besoin de son contact. De toute façon, nous étions isolés, avec ces volets ridiculement épais. Oui, après tout…

Je détachai ma ceinture et me décalai sur le siège du milieu, plus prêt de Sasuke. Je pris soin de me rattacher avant de lever les mains et d'emprisonner son visage dans mes paumes. Lui aussi tremblait un peu. Mais je devinai que cela n'avait rien à voir avec une quelconque peur : il devait encore contenir la colère qui l'avait gagnée quand Orochimaru lui avait intimé l'ordre de rester chez lui pendant mon entraînement de tir. Il se détendit un peu lorsque je fis glisser mes mains le long de sa mâchoire en une caresse tendre et délicate. Il emprisonna ma main droite dans la sienne et baisa ma paume. Aussitôt, une colonie entière de fourmis sembla remonter le long de mon bras pour venir se loger dans mon ventre. Je me penchai un peu plus vers lui, enfouissant mon visage contre son torse, à la base de son cou, là où l'odeur de son parfum était enivrante. Je l'embrassai dans le cou, une fois, deux fois, remontai jusqu'au lobe de son oreille. Il frémissait légèrement sous chacun de mes baisers et, si je n'avais pas eu les oreilles bouchées, j'aurais certainement pu l'entendre soupirer. Brusquement, il attrapa mon visage et le leva vers le sien. Il m'embrassa à pleine bouche, passionnément. Je m'abandonnai sous la douceur de ses lèvres et la caresse humide de sa langue. C'est en cédant sous la délicatesse de ses doigts que j'entendis sa voix résonner dans ma tête, comme dans un rêve :

- Ne me saute pas dessus comme tu viens de le faire ! Si tu continues de me tenter…

La peur me gagna si violemment qu'elle me coupa le souffle. Une seconde suffit pour que je détache mes lèvres des siennes, que je retire sa main sur ma cuisse et que je sépare nos doigts entrelacés. Pendant dix secondes, aucun de nous ne fit mine de bouger. Puis je sentis un contact chaud sur ma joue. Chaud et humide. Doux. Délicat. Et si tendre… Je me retournai à demi, au bord des larmes. Il avait compris. Mais pendant combien de temps encore serait-il capable de comprendre ? Six mois ? Un an ? Peut-être deux ? Sasuke m'aimait, j'en étais certaine sans qu'il ait besoin de me le dire avec des mots, mais il demeurait un homme. Un homme, on sait toutes de quoi ça vit, de quoi ça se nourrit. Il n'y a pas de mystère et les contes de fées sont les seuls suffisamment sots pour espérer nous faire croire le contraire. Or, je ne vivais pas dans un conte de fées. Sasuke pouvait bien me porter tout l'amour du monde, viendrait un jour où la frustration prendrait une trop grande ampleur. Ce jour-là, il me quitterait. Où se situait exactement cette dead-line ? Même lui ne serait surement pas capable de répondre à cette question. La question suivante était : et moi, dans combien de temps pourrais-je passer le cap ? Deux mois ? Six mois ? Un an ? Jamais ? J'attendais impatiemment ce moment, ce jour où, lorsque Sasuke me ferait comprendre qu'il désirait plus, qu'il me voulait, là, tout de suite, je n'associerais plus ses caresses à mon agression. Au contraire, je m'offrirais à lui avec plaisir, tant je l'aimais. J'avais envie de vibrer sous ses doigts, d'embrasser chaque parcelle de son corps sublime, de le sentir en moi. Tout cela, je le désirais ardemment. Mais pour le moment, j'étais incapable de passer du désir à la pratique. Et je m'en voulais tellement, tellement, tellement… Je ne méritais pas Sasuke. Il était si parfait, il méritait autre chose qu'une fille blessée, brisée, terrorisée, les restes qu'une bande de connards sans scrupules avait bien voulu lui laisser. Je me sentais moche, faible et inutile. Non, je ne le méritais pas.

Le reste du trajet se passa dans une ambiance tendue. Sasuke ne me touchait plus et, de mon côté, je ne tentais pas la moindre approche pour me faire pardonner. S'il pouvait parler – enfin, si je pouvais l'entendre, surtout – il dirait qu'il n'y avait rien à pardonner. Je le savais. Il était trop gentil. Mais au fond de lui, il détestait cette situation et c'était bien normal. L'injustice était énorme : la seule chose qu'il me demandait était justement la seule chose que je ne pouvais pas lui donner. Je fermai les yeux, pleine de reproches envers moi-même.
C'est ce moment que la voiture choisit pour s'arrêter. Les volets s'ouvrirent et nous retirâmes les boules de cires de nos oreilles. Kimimaro n'avait pas fait les choses à moitié, il nous avait posés directement devant chez Sasuke. J'ignorais s'il avait agi par gentillesse ou s'il fallait voir là les ordres qu'Orochimaru avait donnés, mais le résultat était le même. Sasuke s'extirpa de l'habitacle et je le suivis aussitôt. Nous claquâmes doucement la portière, de crainte de réveiller les parents de Sasuke, avant de remonter l'allée qui menait à la porte d'entrée. Sasuke sortit ses clés, en approcha une de la serrure et… une main se referma sur son poignet. Je retins un cri de terreur en voyant surgir un homme d'environ vingt-cinq ans, tout de noir vêtu. Ses cheveux d'un roux foncé étaient ébouriffés au-dessus de son crâne. Son visage et ses oreilles étaient criblés de piercing.

- Pain, dit Sasuke à voix basse. Je peux savoir ce que tu fabriques chez moi à cette heure-ci ?
- Ne fais pas l'innocent, déclara ce dernier d'une voix où perçait toute la gravité de la situation. Je sais que tu es allé chez Orochimaru. Akatsuki sait. Le boss sait.

Je me raidis, effrayée. Déjà ? Comment avaient-ils pu être mis au courant si rapidement ? Etait-il possible que l'Akatsuki nous ait également fait suivre ? Un nœud se forma dans mon ventre, malmenant mes organes. Ma respiration se coupa. Qu'avait décidé Madara ? La vie ? La mort ?

- J'avais ordre d'attendre ton retour, expliqua le dénommé Pain. Maintenant, je dois te conduire chez le boss.

Sasuke demeura immobile quelques secondes, probablement en proie à la réflexion. De toute façon, ce Pain ferait en sorte que Sasuke se rende chez Madara, de gré ou de force. Il n'y avait pas à hésiter. Quitte à y aller, autant s'économiser les coups que Pain se préparait à distribuer.

- Allons-y, Sasuke, murmurai-je. On verra bien.
- Sasuke seul, précisa Pain en daignant enfin m'accorder un regard. Je n'ai pas reçu d'ordre te concernant.

Evidemment, je suis de la piétaille comparée à son précieux Sasuke, songeai-je in petto. J'espérais simplement que je n'aurais pas droit à une exécution pure et simple, sans le moindre jugement… Et l'idée de laisser Sasuke partir seul ne me plaisait pas du tout, mais alors pas du tout. Et s'il ne revenait pas ? S'il ne revenait jamais ? Et si Madara me le rendait sous forme de cadavre emballé dans une boite en bois ? Non… J'étais incapable de le laisser partir sans broncher.

- Si vous n'avez pas reçu d'ordres, ça veut dire qu'il ne vous a pas non plus interdit de me laisser accompagner Sasuke ?, tentai-je.
- Non…, admit-il en me fixant. En effet.
- Très bien, alors mettons-nous en route, décrétai-je en faisant un pas en arrière.

Mais c'était sans compter sur Sasuke, qui me retenait par le bras, une expression indéchiffrable sur le visage. Il m'attira contre lui d'un mouvement vif et puissant et me serra de toutes ses forces, si bien que je manquai m'étouffer. Au moment où je levai la tête vers lui, la bouche ouverte pour protester, il en profita pour y glisser sa langue et me vola le baiser le plus long, le plus tendre mais de loin le plus douloureux de mon existence. Une larme roula sur ma joue et, lorsqu'il fit mine de mettre fin à notre étreinte, je m'agrippai à son cou et l'empêchai de s'éloigner de moi. Un baiser d'adieu. Voilà ce qu'il venait de me donner. Cela signifiait qu'il refusait que je l'accompagne, tout simplement parce qu'il ne pensait pas revenir. Il allait à la mort. Cette pensée déclencha un feu douloureux dans ma poitrine et, très vite, mon corps fut dévoré par un incendie de douleur. Je suffoquai, peinant à contrôler ma respiration, et m'accrochai désespérément à Sasuke, incapable de le lâcher et d'accepter l'inévitable. Des larmes brûlantes s'échappèrent de mes yeux et je m'entendis murmurer : « Non, non, non, non, non, non… ». Depuis combien de temps ce mot sortait-il de ma bouche ? Si je le répétais assez souvent, pourrait-il changer le destin ? Je l'ignorais mais je le répétais, encore et encore, inlassablement.

- Sakura…, soupira Sasuke d'une voix brisée. Tu dois me lâcher maintenant.

« Non, non, non, non… ». Encore et encore.

- Si, il le faut, insista-t-il en dénouant mes bras.

Je me laissai tomber sur le sol, complètement abattue. Mes larmes coulaient, coulaient, coulaient, tels des torrents furieux que rien ne pouvait arrêter. Le feu me dévorait de l'intérieur, ravageant tout sur son passage. En particulier mon petit cœur, qui n'était déjà plus qu'à l'état de cendres incandescentes. Je plongeai mon visage dans mes mains et laissai libre cours à mon chagrin. Je ne sortis la tête à aucun moment. Je ne vis pas Sasuke partir. Puis on m'empoigna par les épaules et l'on me mit sur mes deux jambes. Je chancelai. Et je pleurais, fort, toujours plus fort. Quelqu'un me serrait contre lui. Un homme. Son odeur ressemblait à celle de Sasuke.

- Sa… Sasu… Sasuke…, sanglotai-je contre ce torse masculin à l'odeur familière.
- Sakura, hé, qu'est-ce qu'il s'est passé ?

La voix d'Itachi. J'aurais dû savoir que c'était lui. Derrière j'entendis Hiromi et Okita, son mari, murmurer. J'avais fait tant de tapage que cela, au point de réveiller toute la maison ? Oui, surement… J'avais un trou béant dans la poitrine, aussi douloureux que si quelqu'un l'avait creusé à l'aide d'une vieille pelle rouillée. Ma respiration était saccadée et laborieuse, l'oxygène était comme bloqué dans mon larynx, je ne parvins pas tout de suite à articuler. Itachi fit preuve d'une patience infinie. Au bout d'un temps interminable, je pus enfin aligner deux mots. Puis trois. Enfin, je fus capable de débiter une phrase complète. La phrase qui allait faire pâlir Itachi :

- Sasuke est parti se faire exécuter chez Madara.