Bien le bonjour à tous!

Tout d'abord, merci pour vos reviews, c'est toujours aussi agréable de les lire. Je m'adresse en particulier à Lucie, qui m'a honorée par sa review si longue et complète, merci beaucoup! Et non, ne t'inquiète pas, je ne suis nullement vexée, tes reproches étaient toujours teintés de compliments donc même si je l'avais voulu je n'aurais pas pu me sentir blessée ^^ J'aime beaucoup la façon dont tu perçois Sasuke, j'ai volontairement cherché à en faire un personnage complexe, tiraillé, blanc et noir à la fois. C'est drôle parce que suivant les lecteurs, la faute ne retombe jamais sur la même personne. Certaines personnes me disent détester Sakura, avec son incapacité flagrante à arranger les choses, tandis que d'autres admirent son courage et sa volonté. Pour Sasuke, même chose, je vois un peu de tout. Ça me fait plaisir car c'est toujours ainsi dans les histoires, certains adorent des personnages que d'autres détestent. C'est une question de goût et de la façon dont on perçoit personnellement l'histoire.

Parlons de ces chapitres. Une petite précision, l'Hellébore est une plante qui fleurit en hiver. Aussi appelée "Rose de Noël", elle peut être blanche, noire, verte ou violette. Suivant les couleurs, elle n'a pas la même signification en langage des fleurs. Elle peut être symbole d'espoir mais aussi d'une inquiétude profonde pour l'être aimé. Voila =) Ceci afin que vous soyez à même de comprendre le titre ^^

Concernant le deuxième chapitre que je vous propose aujourd'hui, eh bien... Vous verrez bien! Mais il est là pour... souffler un peu, même s'il n'est pas vraiment joyeux à proprement parler.

C'est tout! J'espère qu'ils vous plairont. Pardon d'avoir tardé à les poster mais bon, vous finissez par me connaître je pense... ^^


Pétales d'Hellébore

- Qu'est-ce que tu racontes ?, s'emporta Itachi d'un air furieux.

J'avalai ma salive et tâchai une fois de plus de contrôler l'amas de sanglots qui m'obstruait la gorge.

- Un type est venu…, hoquetai-je. Un certain Pain. Il… Il a dit que Madara savait pour Orochimaru et que… que Sasuke devait le suivre. J'ai voulu l'accompagner, je le voulais vraiment, il fallait que… que je sois là pour le défendre mais… il m'a… il m'a…

- Calme-toi, murmura Itachi. Rien ne dit que Madara va le tuer.

- Si !, m'exclamai-je en le fusillant du regard. Tu l'as dit toi-même, il ne… il n'acceptera jamais que… Il préféra le voir mort plutôt que de le savoir du côté d'Orochimaru !

Itachi soupira et je pleurai de plus belle. Je me sentais si inutile, si impuissante. Incapable de protéger Sasuke, lui qui m'avait déjà secouru tant de fois ! Je me serais donné des gifles. Je savais ce que je pouvais faire, la seule chose qui pourrait empêcher la mort de Sasuke : avouer le meurtre de Deidara et Hidan. Si je disais la vérité à Madara, il comprendrait que Sasuke n'avait jamais eu l'intention de le trahir. Mais… Cela signifierait ma mort, pure et simple. Or j'étais incapable de me sacrifier ainsi, je n'avais rien d'une héroïne. J'avais peur, je ne voulais pas mourir. Mais je ne voulais pas non plus que Sasuke meurt à ma place, pour une faute qu'il n'avait pas commise. Mon manque de courage me dégoutait. Je me haïssais tant que c'en était insupportable.

- Retournez vous coucher, dit Itachi à ses parents adoptifs. Je vais gérer ça.

- Ma petite Sakura, tu…, murmura Hiromi.

- Rentre, Hiromi, ordonna Itachi d'un ton plus sec.

Celle-ci abdiqua à contrecœur, non sans me lancer un dernier regard dans lequel je pus déceler la profondeur de son inquiétude. Okita passa un bras autour de ses épaules et l'entraîna avec lui dans la maison. Je les regardai partir, le regard vide, les joues trempées de larmes. Eux non plus ne méritaient pas ça. Ils avaient toujours été si gentils avec moi ! Par ma faute, l'un de leurs fils allait perdre la vie. Pourraient-ils seulement me pardonner un jour ? J'enfouis une fois de plus mon visage dans mes mains et maudis le jour où j'avais décidé de me frotter à l'Akatsuki. Tout n'avait été qu'une suite d'erreurs monumentales.

- Sakura, calme-toi, répéta Itachi en m'attrapant par les épaules. Je ne pense pas que Madara ait l'intention de tuer Sasuke.

Je ne pris même pas la peine de répondre. Cherchait-il à me réconforter ? A quoi bon, puisque rien ne pourrait jamais m'ôter le sentiment que tout était de ma faute. Cette culpabilité, je devrais en supporter le poids toute ma vie.

- Ecoute-moi, insista-t-il. Madara n'est pas du genre à faire du sentiment, je peux te l'assurer. S'il avait vraiment décidé d'éliminer Sasuke, il aurait demandé à Pain de le tuer à l'instant où vous êtes rentrés. S'il l'a convoqué, c'est qu'il a l'intention d'entendre ce qu'il a à dire.

- Le résultat sera le même, bredouillai-je. Sasuke n'avouera jamais que… que je suis responsable de tout ça. Il voudra me protéger ! Il mentira, il… il dira que c'était sa décision de rejoindre Orochimaru !

- Même s'il fait ça, Madara ne le tuera pas, assura Itachi.

- Comment peux-tu en être aussi sûr ?, m'énervai-je en fixant ses pupilles aussi noires que celles de son frère.

- Madara a déjà perdu cinq de ses hommes dans un attentat perpétré par Orochimaru, expliqua calmement Itachi. C'est très mauvais pour son image. Un chef incapable de protéger la vie de ses hommes sur son propre territoire perd de sa crédibilité. S'il se couvre encore de ridicule à cause d'Orochimaru, ses fournisseurs et associés pourraient être tentés de le laisser tomber au profit de son rival. Ce n'est pas du tout dans son intérêt. Sasuke est un membre de sa famille et s'il vient à mourir à son tour, même si rien ne prouve que ce soit à cause d'Orochimaru, Madara en subira de lourdes conséquences.

Son discours me paraissait cohérent mais je n'étais pas rassurée pour autant. Tout ceci relevait plus de l'optimisme que de la certitude.

- Et si… si Madara ne fait rien et que ses alliés apprennent que Sasuke travaille pour… pour Orochimaru, ce sera encore pire, non ?, demandai-je à mi-voix.

- C'est pour ça qu'à mon avis il va s'arranger pour ramener Sasuke sous sa coupe, confirma Itachi.

- Orochimaru ne laissera jamais partir Sasuke, assurai-je.

Itachi fronça les sourcils. Malgré tout ce qu'il disait, il ne paraissait pas lui-même convaincu par ses paroles.

- On verra, dit-il en guise de conclusion.

- Qu… quoi ?, m'emportai-je, en proie à la panique. Alors on reste là, les bras croisés, en… en espérant que Sasuke revienne vivant de chez Madara ? C'est ça, ton plan ?

- Que veux-tu faire d'autre ?, demanda Itachi d'un ton empli de tristesse.

N'importe quoi, fus-je tentée de lui répondre. Je ne pouvais tout simplement pas rester sans rien faire. L'attente finirait par me faire mourir d'angoisse, cela, j'en étais certaine. Je n'avais pourtant pas l'embarras du choix. C'était attendre ou… agir. Aussitôt, je sus ce que j'allais décider. Alors, avant qu'Itachi ait eu le temps de réagir, je pris mes jambes à mon cou et me précipitai dans la rue.

- Sakura !, s'exclama le jeune homme.

Je ne répondis pas à son appel. Je descendis la rue à pleine vitesse et bifurquai dans une autre, priant pour que ma fuite ait été suffisamment inattendue pour retarder le moment où Itachi se lancerait à ma poursuite. Aussitôt, je sautai par-dessus un portail et me dissimulai derrière une colonne de granit. Je l'entendis passer en courant mais, heureusement, il n'avait pas eu le temps de voir où je m'étais cachée. J'aurais été incapable de le semer, il courait beaucoup plus vite que moi. J'étais donc soulagée d'avoir pu lui échapper par ce stratagème. J'attendis qu'il fût revenu sur ses pas, bredouille, avant de risquer un œil dans la rue. Personne. Je me faufilai hors de la cour où j'avais trouvé refuge et me remis à courir. Le manoir de Madara ne se trouvait pas très loin mais je devais faire vite. J'ignorais ce que ce dernier avait l'intention de faire avec Sasuke, j'ignorais même si je servirais à quelque chose. Probablement pas. Tout ce que je savais c'était que, à cet instant, je n'aspirais à rien d'autre qu'à rejoindre Sasuke. J'avais peur, terriblement peur, mais j'étais animée d'une sorte de folie qui surpassait tout cela. Sasuke était ma bouée de sauvetage, le lien qui me rattachait à la vie, alors je ne laisserais pas cet homme me le ravir aussi facilement. Quant à mourir… Je frissonnai. Je ne voulais pas, oh non, et je fus plusieurs fois tentée de revenir en arrière. Mais je devais aller de l'avant, je ne pouvais pas me retourner. Sasuke avait besoin de moi.

La grande bâtisse était devant moi, avec son immense portail, mais j'étais incapable de faire le moindre geste. Il pleuvait. De l'eau glacée tombait sur mon visage, mes mains, s'insinuait dans mon manteau, trempait mes cheveux. Je tremblais de froid mais même la pensée de me trouver à l'intérieur, au chaud, ne suffisait pas à me convaincre d'appuyer sur le bouton de la sonnette. J'étais toujours tiraillée entre la volonté de rejoindre Sasuke et la peur qui me rongeait les sangs lorsque le portail s'ouvrit devant moi, grinçant sur ses gonds. Au loin, je vis la lourde porte du manoir s'ouvrir et un vieillard apparut sur le perron, vêtu d'une épaisse robe de chambre noire.

- Je me demandais quand tu allais te décider à arriver, me cria-t-il de sa voix pleine d'autorité.

- Eh bien, je suis là, répondis-je avec toute l'assurance dont j'étais capable. Où est Sasuke ?

- A l'intérieur, m'annonça Madara. Te joindras-tu à nous ?

Je le fixai avec appréhension, craignant que ce fût un piège. Mais après tout, j'étais venue pour ça, non ? Alors, prenant mon courage à deux mains, je fis un pas hésitant dans sa direction, puis deux. Très vite, mes jambes se gorgèrent de ma détermination et j'accélérai l'allure jusqu'à me retrouver face à face avec Madara Uchiwa, qui me considéra d'un air impassible. J'avais si froid que je claquais des dents. Cependant, cela ne m'empêcha pas de toiser le vieil Uchiwa avec fierté. Ce dernier s'écarta et m'invita à entrer d'un geste, ce que je fis sans la moindre hésitation.
Une bouffée de chaleur gagna tout mon corps lorsque je pénétrai dans la maison, et ce n'était pas seulement dû à la différence de température. Sasuke était assis dans un fauteuil, juste en face de moi, une expression désapprobatrice sur le visage. Je me précipitai à sa rencontre et il se leva juste à temps pour que je puisse me jeter dans ses bras. Son odeur, sa chaleur, la douceur de sa peau. Tout cela, je croyais l'avoir perdu à jamais. C'était si bon de le serrer contre moi, de sentir sa présence.

- J'ai cru…, hoquetai-je contre son épaule.

- Sakura, tu es trempée…, soupira-t-il en caressant le sommet de mon crâne. Tu n'aurais pas dû venir.

- Je sais, admis-je.

Une porte claqua derrière moi et je sursautai. Ce simple bruit suffit à briser mon bonheur. Je me rappelai où j'étais et pour quelles raisons. Certes, j'avais retrouvé Sasuke et il était bien vivant, mais combien de temps pouvions-nous espérer passer ensemble avant que Madara ne s'occupe de mon sort ? Je me retournai pour faire face à celui qui, désormais, tenait notre destin entre ses mains. Tout en s'approchant, il ne nous quittait pas des yeux. Il prit place sur le même fauteuil que lors de notre entretien, plusieurs semaines plus tôt.

- Quelque chose à boire, Sakura ?, proposa-t-il. Tu dois être gelée. Je peux te faire porter un café, ou bien un thé.

- Non, merci, refusai-je d'un ton acide.

Je jetai un coup d'œil à l'immense horloge appuyée contre l'un des murs de la pièce. Ses aiguilles découpaient le temps et leur « tic, tac » résonnait bruyamment dans le silence qui s'était installé. Elles affichaient deux heures et quart du matin. Dire qu'il y avait tout juste vingt-quatre heures, j'étais tranquillement endormie dans mon lit, rêvant du lycée et de mes retrouvailles avec mes amis. Tant de choses s'étaient passées depuis…

- Assieds-toi, je t'en prie, m'invita Madara. Tu étais justement au centre de la conversation, tu arrives donc à point nommé.

Je me raidis. Son extrême politesse dissimulait toujours quelque menace. Ici, elle était palpable. J'ignorais de quoi ils étaient en train de parler mais je devinais que cela n'allait pas me plaire. Loin d'accepter son invitation à m'asseoir, je me rapprochai de Sasuke, anxieuse.

- J'expliquais à Sasuke que sa trahison m'avait profondément blessé, poursuivit-il en fixant l'intéressé de son regard de rapace. J'attendais mieux de sa part. Itachi aussi m'a tourné le dos autrefois mais, au moins, il a su faire preuve d'un certain doigté en échangeant sa liberté contre des informations sur Orochimaru. Voilà ce que j'appelle faire preuve de noblesse. Toi, Sasuke… Cette façon d'agir, quelle incivilité ! Me laisser tomber alors que j'ai déjà subi de lourdes pertes avec cette fusillade…

- Comment avez-vous su que…, commençai-je.

Le visage ridé de Madara perdit toute trace d'aménité lorsqu'il se tourna vers moi. Sa bouche se durcit, sa mâchoire se serra, ses yeux s'écarquillèrent. Ses traits parurent se déformer et adopter une toute autre conformation, si bien qu'il me fut difficile de le reconnaître une fois la transformation achevée. S'il avait pu tuer par sa seule volonté meurtrière, je n'aurais pas survécu au regard empli de colère, de haine et dégoût qu'il posa sur moi. La force de son aversion était si grande qu'instinctivement, j'eus un mouvement de recul. Je pris alors conscience que cet homme me haïssait du plus profond de son âme. Je frissonnai avant même qu'il ne lâche son venin sur moi, avec toute la cruauté dont il était capable :

- Tais-toi, je ne t'ai pas donné la parole ! Pour qui te prends-tu ? Tu n'es qu'une fille que j'ai embauchée en tant que serveuse, un jouet que j'ai concédé à mes hommes, bonne à jeter après usage ! Tu n'es rien à mes yeux !

- Madara…, grogna Sasuke en serrant les poings.

Le vieil homme se tourna vers lui sans se départir de sa mine hostile, qui n'avait plus rien à voir avec son masque de politesse habituel.

- Le nierais-tu, Sasuke ?, s'enquit-il. Qu'est-ce que je te disais juste avant que ton amie ne nous fasse l'honneur de sa présence ? Elle n'est qu'un boulet à ta cheville, rien d'autre. Elle n'est pas de ce milieu et n'a rien à y faire. Débarrasse-t-en avant qu'elle ne t'attire davantage d'ennuis.

Le silence qui suivit cette remarque était lourd de colère. Pour ma part, je dus me retenir pour ne pas me laisser une fois de plus gagner par l'émotion. Il venait de prononcer les mots qui pesaient sur mes épaules depuis tout ce temps. Oui, il m'effrayait, oui, il était plein de malveillance et, oui, je n'aurais pas dû accorder la moindre valeur à ses paroles. Pourtant, au fond de moi, je savais qu'il avait raison. J'avais été stupide, du début à la fin. J'avais décidé de me frotter à un milieu qui me dépassait, si bien que, jour après jour, Sasuke devait subir les conséquences de mon manque de discernement.

- Enfin !, soupira Madara en levant les yeux au ciel. Ce n'est pas plus mal que tu te sois attaché à cette idiote, cela va servir mes intérêts. Si cette fille compte à ce point pour toi, Sasuke, tu vas me faire le plaisir de quitter Orochimaru et de revenir près de moi, là où est ta place en tant qu'Uchiwa.

- Je ne peux pas faire ça, déclara calmement Sasuke. Je vous l'ai déjà dit, j'appartiens à Orochimaru désormais.

- Vraiment ?, s'étonna son aïeul en affichant un horrible sourire. Tu ne devrais pas être aussi catégorique. Pain ?

Je regardai à droite et à gauche, prête à voir surgir le jeune homme que j'avais vu un peu plus tôt. Mais, malheureusement pour moi, il n'était ni à droite, ni à gauche. Il était derrière moi. Lorsque je m'en rendis compte, c'était trop tard. Il m'avait tirée par le bras et, une seconde plus tard, j'étais coincée dans l'étau de ses bras, une lame de couteau caressant dangereusement la peau de mon cou. Tétanisée, j'avalai ma salive et risquai un regard en direction de Sasuke. Ce dernier me considérait avec horreur. Je comprenais parfaitement ce qu'il se passait dans son esprit. Il devait se faire les mêmes réflexions que moi. Nous étions coincés.

- Relâchez-là, cracha Sasuke au vieil Uchiwa.

- Cela dépend de toi, Sasuke, dit celui-ci d'une voix qui avait retrouvé toute sa miellosité. Tu vas dire à Orochimaru que tu ne peux plus travailler pour lui.

- Il me tuera si je fais ça, précisa Sasuke. Vous n'y gagnerez rien.

- Qui sait ?, dit Madara. Je fais confiance à ton pouvoir de persuasion.

Les traits de Sasuke se durcirent. Son regard fit la navette entre Madara, Pain, le couteau et moi-même. Il hésitait, pourtant il savait qu'il n'avait pas le choix. Le contact de la lame sur ma peau me glaçait. Chaque seconde semblait durer une éternité. Un instant, j'imaginais ce qu'il se passerait si Sasuke refusait. Le tranchant de la lame s'enfoncerait dans la fine membrane de mon cou, libérant un flot de sang dans lequel je finirais par me noyer. Je serais libérée de mes chaînes, de tout cet enfer. Rien que la mort, le silence, l'oubli. Cette idée avait quelque chose de tentant, je devais bien l'avouer. Mais un seul regard en direction de Sasuke suffit à me la rendre détestable. A quoi bon me soulager de tout ce poids si je devais le perdre en contrepartie ? Alors, un véritable courant de terreur parcourut mon corps. Perdre la vie, je m'en fichais, mais je ne pouvais m'y soustraire tant que Sasuke ferait partie des vivants. Face au silence de celui-ci, Pain accentua la pression du couteau sur ma gorge. Paniquée, je ne pus retenir un petit cri. C'est alors que Sasuke se crispa.

- Dites-lui de la lâcher, ordonna-t-il. Je parlerai à Orochimaru.

Madara sourit puis il fit un signe de tête à Pain et, aussitôt, je fus libérée. Je gagnai le fauteuil, tremblante. Il fallait que je m'assoie. Je ne me sentais pas loin de défaillir… Sasuke fut immédiatement à mes côtés. Il prit ma main dans la sienne et me chuchota un « ça va ? » auquel je répondis par l'affirmative.

- Jeunes gens, dit Madara en s'extirpant de son fauteuil, je ne voudrais pas paraître désobligeant mais je ne suis pas de la première jeunesse et vous m'avez fait lever en pleine nuit. Sasuke, je te laisse trois jours pour régler ça. Passé ce délai, cette jeune fille recevra la visite de Pain. Quant à toi, Sakura…

J'avalai ma salive. Je m'attendais au pire. Il me regarda encore du haut de toute sa haine et je me sentis minuscule à côté de lui, aussi vulnérable qu'une fourmi face à un enfant destructeur. Je baissai rapidement les yeux, dans l'attente du verdict. Il ne pouvait pas me tuer, non, car ma survie faisait partie de son contrat avec Sasuke. Je n'étais pas rassurée pour autant. J'avais malheureusement appris que la mort n'était pas la pire chose qui pût arriver à un être humain. Mourir, c'était un état subit, une page tournée si vite qu'on n'avait même pas le temps d'en avoir conscience. C'était la fin de la vie et, certes, cela signifiait la fin des rires, de la bonne humeur, de l'insouciance et de l'amour, mais cela mettait également un terme à toute souffrance. Une délivrance et un fardeau. Une porte de sortie et une voie sans issue. Quelle que fût la façon dont on la voyait, la mort ne méritait même pas que l'on s'étende dessus. Elle fascinait, elle effrayait, elle était constamment redoutée mais, au bout du compte, les vraies victimes étaient ceux qui devaient rester en vie. Eux seuls portaient le poids du deuil et devaient faire face, jour après jour, au chagrin qu'il engendrait. Le chagrin, oui. Le chagrin et la douleur. Voilà quelles étaient les véritables épreuves de la vie, voilà ce qui constituait la pire chose qui pouvait arriver à un Homme. Souffrir et ressentir. Subir les douloureux aspects de son état d'être humain. Vivre dans la peur, peur d'avoir mal, peur d'être trop heureux et de tout perdre, peur de ne jamais être heureux, peur d'avoir peur, tout simplement. C'était le quotidien de chacun. Mais, lorsque la peur devenait réalité, c'était un véritable cauchemar. Or, Madara avait ce pouvoir, celui de me blesser profondément, lentement, à petit feu, sans atteindre à ma vie. Cette vérité était depuis longtemps ancrée dans mon esprit. Alors j'attendis, le cœur au bord des lèvres, qu'il annonce ma sentence. Son regard assassin ne cessait de me transpercer. Le silence ce fit pesant. Se voulant rassurant, Sasuke serrait mes doigts dans les siens mais j'en avais à peine conscience. Petit à petit, le visage de Madara se mua de nouveau en celui d'un vieillard ordinaire. Je ne pus retenir un bref soupir de soulagement. Quel que fût son pouvoir sur moi, il avait apparemment renoncé à s'en servir ce jour-là. Ses lèvres s'étendirent en un dernier sourire froid et cruel, le plus intimidant qu'il m'ait été donné de voir.

- Qui sait ce que l'avenir te réserve ?, dit-il enfin. Tout ce que je peux te conseiller, c'est de retourner à ta petite vie de lycéenne sans problèmes et de laisser Sasuke tranquille. Il n'est pas fait pour toi.

Je ne me faisais pas d'illusion. Ce soit disant conseil n'en était pas un : c'était un ordre, voire une menace. Mais il ne pourrait pas me séparer de Sasuke. Jamais. Je ne le permettrais pas. Après la peur et le soulagement, la colère envahit chaque cellule de mon corps. J'oubliai l'identité de l'homme qui se trouvait devant moi, j'oubliai ce qu'il pouvait nous faire subir, à moi et à mes proches, j'oubliai ce que j'avais vécu et ce qu'il pouvait encore me faire vivre. Tout ce que je savais, c'était que je le détestais au moins autant qu'il me haïssait. Aveuglée par la rage, je me redressai, prête à bondir. Heureusement, Sasuke se plaça devant moi et, alors que je me levai, il m'attira contre lui. Sous couvert de m'enlacer, il approcha ses lèvres de mon oreille.

- Sakura, Pain pourrait te tuer en une seule seconde, me chuchota-t-il. Viens, partons.

Pain… Lui aussi, je l'avais oublié. La voix de Sasuke dans le creux de mon oreille avait suffi à apaiser ma fureur et j'avais brutalement réalisé ce que je m'apprêtais à faire. Horrifiée par ma propre folie, je ne pus que hocher la tête, docile, et suivre Sasuke lorsqu'il m'entraîna vers la porte.

- Ah, une dernière chose, dit Madara qui semblait avoir parfaitement compris ce qu'il venait de se passer. La prochaine fois, dites à Orochimaru qu'il organise vos rendez-vous avec plus de discrétion. L'église, franchement ? En pleine lumière, juste sous mon nez ? Il se moque de moi !

Il partit d'un rire franc qui me fit frissonner. Nous quittâmes le manoir sans un regard pour Madara et Pain. Il pleuvait encore mais je m'en fichais éperdument. Sasuke tenait ma main dans la sienne et le peu de chaleur que cela m'apportait suffisait à me combler. Nous fîmes le chemin du retour en silence, les yeux hagards. J'ignorais ce que Sasuke allait bien pouvoir raconter à Orochimaru pour le convaincre de le laisser partir. Il voulait Sasuke, il le voulait rien que pour lui. J'avais beau retourner la situation dans tous les sens, je ne voyais aucun argument susceptible de le faire changer d'avis. Je fermai les yeux et resserrai ma prise autour des doigts de Sasuke. Ce dernier tourna ses yeux vers moi et captura mon regard avant d'esquisser un petit sourire. Ce sourire n'avait rien de joyeux ; on y lisait la résignation, la peur, l'impuissance. Mais aussi un petit peu d'espoir, une lueur d'amour qui me fit sourire à mon tour. Je pris conscience de la chance que j'avais de l'avoir à mes côtés à cet instant. Je savourai ce sentiment de reconnaissance et le laissai me submerger. Je me refusais à penser à ce que nous réservait l'avenir. Peut-être allais-je mourir dans trois jours. Peut-être Sasuke allait-il mourir demain. Peu importe. Tout ce qui comptait, c'était de ne pas l'avoir perdu ce soir-là.