Le mur

Sur le chemin du retour, le silence était de mise. Je ne disais rien, craignant de m'attirer les foudres de mon petit ami qui semblait tout sauf ouvert à la conversation. Il se contentait d'avancer, le regard fixé droit devant lui, les mains dans les poches. Son visage reflétait à quel point il était bouleversé. L'envie de le questionner me démangeait, surtout lorsque je repensais à sa dernière phrase :

- Des choses que j'aurais préféré ne pas entendre, avait-il dit.

A vrai dire, lorsque j'avais posé la question, j'attendais un peu plus de précisions de sa part… Après tout, cela nous concernait tous les deux, non ? En vérité, son attitude à mon égard me blessait. Je me sentais rejetée, oubliée, en proie à un vif sentiment d'injustice. Pourtant, je ne fis rien pour en savoir plus. Sasuke serait bien obligé de tout m'expliquer, à un moment ou à un autre. Je préférais qu'il choisisse lui-même quand, où et comment, car je pressentais que la discussion serait longue et désagréable. Il saurait mieux que moi quand m'annoncer la nouvelle… de quelque nature qu'elle fût.

Nous étions enfin rentrés chez lui. Enfermés dans sa chambre, nous étions allongés l'un à côté de l'autre, murés dans ce silence gêné qui n'en finissait pas. Sasuke était tourné vers la porte tandis que, de mon côté, je m'étais collée contre le mur. Dos à dos, nous avions l'air d'un couple en mauvais termes. Pourtant, nous étions simplement mal à l'aise… Sasuke savait qu'il avait des choses à me dire mais il ne savait probablement pas comment aborder le sujet. Quant à moi, je ne savais tout simplement pas comment l'amener à se confier. Nous étions dans l'impasse.
Une heure s'écoula ainsi. J'étais incapable de fermer l'œil. Trop de choses se bousculaient dans ma tête. Dehors, la pluie tombait toujours, tambourinant contre les volets. Des chats se battaient quelque part au loin et leurs cris résonnaient de manière lugubre dans toute la rue. Mon esprit se tourna vers ma deuxième préoccupation de la journée : ma mère. Le lendemain, il me faudrait lui faire face… Hiromi nous avait accueillis avec une certaine froideur à notre retour. Elle m'avait expliqué que ma mère était passée me prendre, furieuse, et qu'elle lui avait reproché de me couvrir, ce qui était absolument faux. Je m'étais sentie coupable et avait promis à Hiromi de rentrer chez moi dès le lendemain pour régler mes problèmes avec ma génitrice. Or, j'étais effrayée à cette perspective. Comment allais-je lui expliquer que j'avais absolument besoin qu'elle me laisse sortir à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit ? Elle allait croire que je trempais dans des trucs louches. Elle aurait raison. Elle allait s'imaginer que je me mettais en danger. Et elle aurait encore raison. J'avais beau retourner le problème une centaine de fois dans ma tête, je ne trouvais pas de solutions.

Mes paupières se faisaient de plus en plus lourdes et mon esprit commençait à vagabonder quelque part vers la frontière des rêves lorsque, soudain, Sasuke bougea. Je le sentis se retourner et se rapprocher de moi. Lentement, ses doigts remontèrent le long de mon dos pour venir soulever mes cheveux et, presque aussitôt, je pus apprécier le contact de ses lèvres sur la peau de mon cou. Puis, sa bouche descendit vers mon omoplate, s'égara sur mon épaule. Entre temps, sa main s'était faufilée jusqu'à ma taille et elle ne tarda pas à venir se loger tout contre mon ventre. Il se rapprocha un peu plus et mêla ses jambes aux miennes sans cesser de m'embrasser. Enfin, il avait décidé de franchir la barrière qui s'était érigée entre nous. Je fermai les yeux et distillai chaque seconde de ce précieux moment.

- Sakura ?, chuchota-t-il en approchant ses lèvres de mon oreille.

Je ne répondis pas, perdue quelque part entre le rêve et la réalité, entre le sommeil et l'éveil, entre la terre et le ciel. Les doigts de Sasuke s'étaient insinués sous ma nuisette et caressaient la peau de mon ventre avec délicatesse. Ils remontèrent, tout en douceur, tandis que Sasuke murmurait de nouveau mon nom. Je feignis une fois de plus d'être endormie. Ou plutôt, je ne trouvai pas en moi l'énergie de remuer les lèvres pour lui répondre. Alors, le corps de Sasuke se plaqua contre le mien et sa main vint se loger sur l'un de mes seins, l'englobant dans sa chaleur. Je n'avais pas peur. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le contact de la main de Sasuke sur ma poitrine ne me procurait rien d'autre qu'une étrange sensation de flottement mêlée de plaisir. Même lorsqu'il fit aller et venir ses doigts sur l'arrondi de mes seins, je ne me dérobai pas. Encouragé, il redoubla de caresses. Sa main explora ma poitrine sous tous les angles avant de redescendre sur ma taille, puis mes hanches, mes cuisses. Je ne ressentais toujours aucune crainte. J'étais dans un état second où seules les délicieuses sensations qu'il me procurait atteignaient mon cerveau. Je me surpris à soupirer, fort. Je sentis quelque chose se durcir, là, contre mes lombaires. Ce fut le premier élément qui me ramena sur terre. Le second fut lorsque Sasuke glissa sa main entre mes cuisses et que ses doigts effleurèrent mon intimité à travers le tissu de mon sous-vêtement. Ce simple geste suffit à faire disparaître plaisir et rêverie. Comme si l'on m'avait soudainement tirée d'un profond sommeil, je fus aussitôt saisie d'un violent sursaut.

- Non !, m'exclamai-je en me redressant tout en m'enveloppant de mes bras.

- Eh, Sakura, chuut, n'aies pas peur, ce n'est que moi, murmura Sasuke en plaçant un doigt sur ma bouche.

Je le repoussai d'un revers de main et me recroquevillai un peu plus.

- Ne me touche pas, bredouillai-je en sentant la peur m'écraser la gorge.

- D'accord, je ne te toucherai plus, promit-il d'une voix calme. Calme-toi, okay ?

Je respirai à fond plusieurs fois, inspirant, expirant au rythme des battements de mon cœur. Sasuke attendit patiemment, les yeux fixés sur moi. Il faisait nuit, aussi ne distinguais-je pas ses traits, pourtant j'aurais juré qu'ils étaient empreints de tristesse. Lorsque j'eus réduit le rythme de mes pulsations de moitié, je pris soudain conscience de la façon dont je m'étais adressée à lui et de la violence avec laquelle je l'avais rejeté.

- Pardon, Sasuke…, murmurai-je, au bord des larmes. Je ne voulais pas…

- Arrête de t'excuser, Sakura, soupira-t-il. C'est moi qui ai fait le con. Tu m'as pourtant bien dit que tu n'étais pas encore prête et ça, si je ne suis pas capable de le comprendre après ce que tu as vécu, alors… Non, c'est à moi de m'excuser, je n'aurais pas dû mais… J'ai peur qu'on ne puisse jamais… Si cette nuit est la dernière que l'on passe ensemble, je…

Plaît-il ?

- Qu'est-ce que tu racontes ?, dis-je d'une voix brisée. La dernière ? Pourquoi est-ce que ce serait la dernière, Sasuke ?

Rien. Il ne dit rien. J'avais bien compris que quelque chose ne tournait pas rond. Depuis qu'il avait eu Orochimaru au téléphone, il était sombre, pensif. Jusqu'à cet instant, je m'étais montrée compréhensive, j'avais fait preuve de patience. Mais ses derniers mots résonnaient dans mes oreilles comme s'il les avait hurlés. Je me levai précipitamment et écrasai l'interrupteur situé près de la porte. Il fallut quelques secondes à mes yeux pour s'habituer à la soudaine clarté et je ne pus donc pas soumettre Sasuke au regard inquisiteur que je lui avais réservé. Pourtant, lorsque je pus enfin poser mes yeux sur lui, je regrettai ma récente cécité. Il paraissait si… vulnérable. Assis sur le matelas, il fixait un point invisible du mur, une expression indescriptible sur le visage. Il paraissait complètement dépassé.

- Sasuke, dis-moi ce qu'il se passe, ordonnai-je en prenant place près de lui.

Je l'enlaçai et posai ma tête sur son épaule. Il était chaud. Mes lèvres goûtèrent l'arôme sucré de sa peau. J'aurais tant voulu… Pourquoi fallait-il que je me braque en permanence ? Qu'avais-je à redouter de lui ? Il s'était pourtant montré si doux, il avait procédé par étapes, comme s'il demandait mon autorisation à chaque centimètre parcouru. J'avais cru un instant que, cette fois, je n'aurais pas à l'arrêter. Mais la réalité m'avait rattrapée. J'en étais incapable. Je ne pouvais tout simplement pas. J'avais beau adorer le toucher, ressentir le besoin permanent de l'avoir à mes côtés, je n'arrivais pas à contrôler cette peur, à la dominer. Pourtant, à cet instant, le contact de sa peau nue sous mes bras et l'odeur de son parfum me donnait envie de me fondre en lui. Pourquoi fallait-il que mon esprit refuse ce que mon corps désirait tant ? Cet antagonisme allait finir par me rendre folle…

- Sasuke…, murmurai-je en le serrant un peu plus fort.

Je fis remonter mes mains sur son torse, lentement, tout en embrassant la ligne de sa mâchoire. J'avais honte de me conduire ainsi avec lui. Je savais que j'aurais dû tout faire pour endormir son désir au lieu de l'attiser. Mais c'était plus fort que moi. Après ce qu'il venait de dire, tout ce que je voulais, c'était le sentir près de moi. Comme je l'espérais, mes caresses eurent peu à peu raison de lui. Ses muscles se contractèrent et il serra les poings, désireux de montrer le maximum de résistance. Pourtant, je le sentais frissonner sous mes doigts. J'entendais son cœur battre de plus en plus fort, son souffle s'accélérer. Soudain, il pivota, fit pression sur mes épaules et me coucha sur le lit. Une seconde plus tard, il était au-dessus de moi, ses yeux noirs plongés dans les miens. Ses iris brillaient d'une lueur ardente qui suffit à m'électrifier.

- Arrête ça, grogna-t-il avant de m'embrasser.

Ce fut un baiser long, profond et plein de frustration. Les mains de Sasuke bloquaient fermement mes poignets. Je les soupçonnais de s'être accrochées là pour résister à la tentation d'aller se promener sur d'autres parties de mon corps. En guise de compensation, la bouche de Sasuke descendit dans mon cou puis plus bas, toujours plus bas, jusque dans mon décolleté.

- Sasuke, stop, le prévins-je en me crispant.

Il s'arrêta. Mais la pression de ses doigts autour de mes poignets s'affermit. Une peur qui commençait à m'être familière infiltra mon sang, qui ne fit qu'un tour. Néanmoins, je ne le repoussai pas. Pour la première fois, la raison avait pris le dessus sur mes instincts. Sasuke n'avait pas l'intention de me faire le moindre mal. Il était capable de se contrôler. Tout ce que je devais faire, c'était attendre qu'il veuille bien me lâcher.
Alors j'attendis. Longtemps. Sasuke ne bougeait pas, les mains toujours fermement agrippées à mes poignets, le visage plongé entre mes deux seins. Je sentais son souffle sur ma peau. Je fixais le plafond, parcourue de tremblements, priant pour qu'il se relève, et vite. Je tentai de dégager une main mais c'était peine perdue. Il ne me lâcherait pas. Je me forçai néanmoins à ne pas céder à la panique, répétant encore et toujours cette phrase : Sasuke ne me ferait jamais le moindre mal. Jamais. Il allait très vite se rendre compte de ce qu'il était en train de faire, il allait finir par se redresser. Alors, il s'excuserait, oui, c'était certain. Il lui fallait juste un peu de temps, un tout petit peu plus de temps.
Deux minutes plus tard, alors que j'étais sur le point de dire à la raison d'aller se faire foutre, Sasuke releva brusquement la tête. Il croisa mon regard effrayé et libéra aussitôt mes bras, que je m'empressai de ramener autour de ma poitrine. Il quitta le lit sans un mot d'excuse et alla ouvrir le premier tiroir de son bureau, dont il tira une petite boite en bois. Il la contempla quelques instants avant de s'intéresser à ce qu'il y avait à l'intérieur. De là où j'étais je ne pouvais voir ni le contenu de la boite, ni le visage de Sasuke, qui me tournait le dos. Mais lorsqu'il se retourna et que je compris ce qu'il avait l'intention de faire, je blêmis.

- Non, Sasuke, pas maintenant, dis-je d'une voix suppliante. Epargne-moi ça, s'il te plait.

- J'en ai besoin, prétexta-t-il en serrant ses doigts autour du petit sachet de cocaïne.

- Non, tu n'en as pas besoin, tu en as envie, nuance, précisai-je d'un ton sévère. Ecoute, tu sais aussi bien que moi que tu deviens… quelqu'un d'autre quand tu es défoncé. Tu ne peux pas m'imposer ça, pas après que…

- Oh, fous-moi la paix !, s'énerva-t-il en me fusillant du regard. Ça fait deux jours que t'es là, deux jours que j'ai rien pris ! Tu ne te rends pas compte des efforts que je fais pour toi ?

Je pinçai les lèvres, ne trouvant rien à répondre à cela. Non, je n'avais pas réalisé qu'il était resté net pendant tout ce temps. En fait, depuis que je m'étais pointée chez lui en revenant du lycée, il n'avait rien consommé. Comment avais-je pu passer à côté de ça ?

- Tu as raison…, admis-je en soupirant.

- Oui, j'ai raison, confirma-t-il avec sécheresse. Dors, si ça te fait plaisir, comme ça tu n'auras pas à me supporter.

- Non, décrétai-je.

Je m'extirpai des draps et ouvrit l'un de ses placards pour en extraire une couette aux motifs criards qu'il conservait depuis l'enfance. Il me regarda faire, les sourcils froncés.

- Je vais dormir en bas, l'informai-je lorsqu'il m'interrogea du regard.

- Ne sois pas ridicule, Sakura, grogna-t-il. Tu peux dormir ici, je ne vais pas te manger.

- Ce n'est pas la question, dis-je en attrapant un coussin. Bonne nuit.

- Ouais, c'est ça, fit-il en claquant la porte derrière moi.

Il avait dû réveiller ses parents et son frère. Bah, de toute façon, ils auraient vite compris ce qu'il s'était passé en me voyant dormir sur le canapé. Dire que, cinq minutes plus tôt, Sasuke et moi étions si proches… Quelque chose était allé de travers, mais quoi ? Commençait-il à ressentir une trop grande frustration face à mes refus répétés ? Etait-ce son envie soudaine de se shooter qui était en cause ? Sasuke était toujours plus agressif lorsqu'il était en manque. Les accrochages que nous avions eus au lycée en étaient la preuve. Particulièrement ce jour-là, lorsqu'il avait levé la main sur moi à la sortie des cours. Après une journée entière passée en classe, il devait être à cran… Alors je n'osais imaginer ce que ce devait être après ces deux jours de calvaire. Oui, je comprenais qu'il fût à bout, mais… C'était quand même dur à avaler. Que n'aurais-je donné pour qu'il se débarrasse de cette saleté ! Au fond, c'était elle qui avait la première place dans son cœur. Il n'y avait qu'à voir : à cause d'elle, j'allais devoir passer la nuit sur le canapé ! Lorsque je la critiquais, Sasuke était hors de lui, allant jusqu'à se montrer odieux, et quand il s'abandonnait dans ses bras, je n'étais plus que secondaire. Cela faisait-il de la cocaïne ma pire rivale ? Etais-je jalouse de l'importance qu'elle avait aux yeux de Sasuke et de la dépendance qu'elle avait réussi à faire naître en lui ? La réponse était oui. Sans elle, les choses auraient été beaucoup plus simples entre lui et moi. Petit à petit, elle était en train de me piquer mon petit ami…

Je descendis les marches, doucement, suivant le tracé dit « de nuit » qui consistait à poser le pied sur les zones qui ne faisaient pas craquer l'escalier. Parvenue au rez-de-chaussée, je dépliai le clic-clac le plus silencieusement possible avant d'y jeter le coussin et la couette. Je m'enroulai dans la couverture et enfouis mon visage dans l'oreiller, brusquement accablée par le poids de toutes ces choses qui rendaient ma vie si difficile. Etrangement, je pensais à Hinata. Comme je l'enviais, à présent plus que jamais ! Naruto était une perle, le genre de mec que toutes les filles rêveraient d'avoir. Il était beau, drôle, attentionné et, si l'on oubliait son excès d'entrain qui pouvait se révéler fatiguant à la longue, il était plutôt facile à vivre. Sasuke… Eh bien, Sasuke, ce n'était pas tout à fait la même chose. Beau, il l'était indéniablement. Drôle euh… Bon, il pouvait l'être mais c'était loin d'être sa caractéristique première. En fait, les seules formes d'humour qu'il semblait connaître étaient l'ironie et le cynisme…Attentionné, il l'était quand il l'avait décidé, mais ce pouvait aussi être le dernier des rustres. Il me l'avait déjà démontré à de nombreuses reprises… Malgré tout, j'étais très mal placée pour lui reprocher quoi que ce soit à ce sujet-là. Je n'étais pas ingrate au point d'oublier tout ce qu'il avait fait pour moi et ce qu'il avait dû sacrifier pour ma sécurité (à commencer par le bout de chair manquant à son oreille). Enfin, dire qu'il était facile à vivre constituait en soi une blague plutôt bonne. Sasuke n'avait jamais eu un caractère facile. Il s'était toujours montré un peu froid, asocial et colérique. Mais la cocaïne exacerbait cette part de sa personnalité. Oui, décidément, Hinata avait bien de la chance…

J'en étais là de mes réflexions lorsque j'entendis du bruit à l'extérieur. Intriguée, je levai la tête. Rien. Le silence était revenu. Je restai ainsi pendant près de deux minutes, aux aguets, puis je finis par me convaincre que ce devait être un animal errant. Après tout ce que j'avais vécu ces derniers temps, je voyais le danger partout. Ce n'était pas les chats qui manquaient, là dehors, et les rongeurs n'étaient pas non plus en reste. Si je devais sursauter au moindre craquement, la nuit promettait d'être longue… Je reposai la tête sur mon coussin, le cœur battant, lorsque j'entendis une voix s'élever dans le jardin. Les chats, ça ne parle pas. Les rongeurs non plus, d'ailleurs. J'eus soudain un très mauvais pressentiment. Je me levai et, à pas de loups, m'approchai de la porte d'entrée pour y coller mon oreille. Il y avait bien quelqu'un qui parlait. Tendue, je m'apprêtais à aller chercher Sasuke lorsque des coups retentirent contre la porte. Un frisson glacé me parcourut l'échine. Qui cela pouvait-il être ? Il était près d'une heure du matin. Qui que ce fût, cela ne présageait rien de bon.
Mais rien ne m'obligeait à ouvrir. Oui, j'allais faire comme si je n'avais rien entendu. Je m'apprêtais à regagner mon lit quand un bruit dans la serrure attira une fois de plus mon attention. Il y eut un « clac » et, pendant que je restais là, paralysée, un cri bloqué dans la gorge, la porte s'ouvrit.

- Tout le monde ne dort pas, à ce que je vois, commenta Madara en pénétrant dans la maison comme si c'était chez lui.

Pain venait derrière lui, toujours aussi intimidant avec son regard froid et ses innombrables piercings. Sans prendre la peine de m'interroger, je me précipitai vers les escaliers, mais il me retint par le bras et, d'un geste, m'attira contre lui. J'eus tout juste le temps de crier « Sasuke ! » avant qu'il ne plaque une main sur ma bouche. Ce dernier ne tarda pas à faire son apparition en haut des escaliers. Il avait enfilé un t-shirt et un pantalon, ce qui était une bonne chose. Le fait que je me soucie de sa tenue vestimentaire dans un moment pareil pouvait paraître bizarre mais je n'aurais pas aimé le voir débarquer en caleçon.

- Qu'est-ce que vous foutez chez moi ?, demanda-t-il d'une voix menaçante.

- Ne t'adresse pas à moi sur ce ton-là, Sasuke, ordonna Madara en lui faisant signe de descendre. Je suis venue mettre les choses au point avec toi.

- Ça ne pouvait pas attendre demain matin ?, grommela Sasuke en descendant les escaliers. Relâchez Sakura et après, on pourra parler.

- C'est justement à ce sujet que je voudrais que l'on discute, précisa le vieil homme en affichant un sourire satisfait.

- Vous m'avez laissé trois jours, lui rappela Sasuke. Alors foutez-lui la paix.

- Tu as tout à fait raison, je t'ai accordé trois jours, confirma Madara en souriant de plus belle. Mais je ne m'attendais pas à ce que tu règles ce problème en moins de vingt-quatre heures ! Tu as été efficace, je ne peux que t'en féliciter.

- Que…, commença Sasuke en fronçant les sourcils.

- Orochimaru m'a contacté il y a environ une heure, expliqua le chef de l'Akatsuki. Nous avons beau nous détester, il arrive que nous ayons besoin de causer un peu, tous les deux. J'ai été surpris d'apprendre qu'il t'avait accordé ce que tu lui avais demandé. Bien sûr, toi, tu t'es bien gardé de me l'annoncer… On peut dire que tu travailles de nouveau pour moi, donc… C'est une très bonne chose.

- Si vous le dites, grommela Sasuke. Mais ça ne justifie pas que vous débarquiez chez moi à cette heure-ci. Encore une fois, je vous demande de relâcher Sakura.

A cet instant, Hiromi et Okita apparurent au sommet des escaliers, le visage inquiet. Derrière eux venait Itachi.

- Bonsoir, Madame, Monsieur, dit Madara d'un ton poli. Veuillez m'excuser pour cette visite tardive, vraiment. Itachi… Ravi de te revoir.

- Je ne peux pas en dire autant, Madara, fit Itachi en le gratifiant d'un regard furieux. Qu'est-ce qu'il se passe ici ?

- Je règle une affaire avec ton frère, expliqua le vieil homme. Rassure-toi, je n'en ai pas pour longtemps.

Il se tourna vers Sasuke. Du coin de l'œil, je vis Itachi parlementer avec ses parents qui continuaient d'observer la scène d'un air un peu paniqué. Il cherchait visiblement à les convaincre de retourner dans leur chambre.

- Je te présente la situation telle qu'elle est, Sasuke, dit Madara en tournant autour de Pain, qui me maintenant toujours d'une main de fer. Tu es de nouveau sous mes ordres. Bon. Mais ta charmante amie appartient encore à Orochimaru. Ne crois pas que j'ignore cela. Tu comprendras que, dans ces conditions, vous deux… Ce n'est malheureusement plus possible.

Le visage de Sasuke se durcit mais il ne sembla pas surpris par les paroles de son aïeul. Je compris qu'il s'était attendu à ce que cela arrive et, aussitôt, toutes les pièces du puzzle se mirent en place. Je sus ce qu'Orochimaru avait dit à Sasuke. Tout était clair désormais. Les larmes me montèrent aux yeux et je mordis dans le doigt de Pain, qui retira sa main suffisamment longtemps pour que j'aie le temps de crier à Sasuke :

- Tu savais ! Tu savais ce qui allait se passer, c'est pour ça que tu as parlé de dernière nuit tout à l'heure ! Pourquoi tu ne m'as rien dit, Sasuke ? Si tu…

Pain ne me laissa pas le loisir d'achever ma phrase. Rendu furieux par l'audace dont j'avais fait preuve en plantant mes dents dans sa main, il me fit pivoter vers lui et me frappa au visage d'un revers de main qui m'envoya par terre. Le choc fut rude, si bien que je ne montrai aucune résistance lorsqu'il me souleva par le bras pour me repositionner sur mes jambes. Mes sens étaient un peu chamboulés mais, peu à peu, la réalité reprit ses droits. Si j'étais encore trop sonnée pour ouvrir les yeux, j'avais au moins conscience de ce qu'il se passait autour de moi.

- … refais ça, je te jure que je te dérouille !, criait Sasuke.

- Calme-toi, Sasuke, dit Itachi qui, d'après l'intensité de sa voix, s'était rapproché de son frère.

- Elle n'avait qu'à se tenir tranquille, prétexta Pain. Au moins, maintenant, elle est un peu plus calme…

- Tu te fous de ma gueule ?, s'égosilla Sasuke. Lâche-la tout de suite, lâche-la sinon…

- Sinon quoi, Sasuke ?, demanda Madara. Que comptes-tu faire au juste ? Pain a peut-être un peu exagéré mais il a raison, maintenant on peut espérer qu'elle ne nous dérange plus. De toute façon, nous n'allons pas nous attarder ici plus longtemps. Pain, emmène-la.

- Oh, oh, oh, attendez, dit Sasuke. Vous l'emmenez où ? Je peux parfaitement la ramener chez elle.

- Non, décréta le vieil homme. Tu ne m'as pas entendu ? A partir d'aujourd'hui, tu n'as plus rien à faire avec elle. Vous ne vous verrez plus, ni de près, ni de loin. Pas de contact, de quelque nature que ce soit. Pas de téléphone, pas de mail, pas de lettres ni de messages d'aucune sorte. Vous ne vous connaissez plus. Et ce aussi longtemps que tu travailleras pour moi et qu'elle travaillera pour Orochimaru.

- Mais…, commença Sasuke.

- Je te ferai surveiller, Sasuke, insista le chef de l'Akatsuki. De jour comme de nuit. Si on me rapporte que vous avez communiqué, j'enverrai Pain s'assurer que cela n'arrive plus. Tu m'as bien compris ?

- Dites-moi au moins où vous l'emmenez !

- Tu n'as pas à le savoir, dit Madara. Tu devrais t'estimer heureux que je ne la fasse pas supprimer tout de suite. Ne vois là aucune magnanimité de ma part. Simplement, je crois pouvoir dire que de sa survie dépends ta loyauté. Tu m'obéis et je peux t'assurer qu'aucun mal ne lui sera fait.

Je n'entendis rien de la réponse de Sasuke. A vrai dire, je n'entendis plus rien du tout. Il fit soudain très froid, si froid… Le vent murmura à mon oreille et je compris que Pain venait de m'entraîner dehors. Il me déposa sur une surface froide mais confortable, dans un espace dont la température m'apparut un peu plus clémente. Une voiture. Il m'avait installée à l'arrière d'une voiture. Un spasme de panique me fit brusquement ouvrir les yeux. Non, ils n'avaient pas le droit de faire ça, ils ne pouvaient pas m'enlever Sasuke, une fois de plus, pas après que je l'ai enfin retrouvé… Je m'apprêtais à ouvrir la bouche pour protester, mais trop tard. Le visage de Pain apparut devant moi et, une seconde plus tard, il appliquait un linge sur mon nez et ma bouche.

- Non…, eu-je le temps de murmurer avant de plonger dans un profond sommeil.