Hi guys!

Ouh que oui, cela fait longtemps, bien, bien, biiiien longtemps! Comme d'hab je m'en excuse. Cette année a été apocalyptique pour moi. Trop de boulot, beaucoup trop de boulot. M'enfin, m'en voila venue à bout, et c'est merveilleux, surtout parce que je l'ai réussie! =D
Je me suis relancée dans mes écrits avec bonheur (je ne fais plus que ça depuis trois jours, c'est redevenu une drogue) alors évidemment, j'arrive avec un chapitre! Que dis-je, deux! Et ils sont longs... Les prochains chapitres seront longs, globalement. Et il va se passer pas mal de choses!
J'espère que vous êtes toujours là au rendez-vous =) Je sais que je ne vous mérite pas mais si vous répondez présent ce sera merveilleux!

A très très vite!


Souffle d'un vent nouveau

- Alors, tu te sens prête ?

Je me retournai vers Naoki, qui faisait tourner son stylo entre ses doigts. Il me gratifia d'un sourire charmeur, un sourire auquel j'étais habituée désormais. Mais qui n'avait toujours aucun effet sur moi. Je souris à mon tour. Naoki m'était sympathique, malgré ses tentatives répétées pour me séduire. Je posai mon regard sur sa main, qui tremblait un peu, et demandai :

- Et toi ?
- Pas le moins du monde, soupira-t-il. J'ai envie de me barrer.
- Dis-toi qu'après ça, on sera libre, dis-je pour lui donner du courage.
- Mouais, fit-il. N'empêche que c'est chiant.
- Silence dans la salle, s'il vous plait !, cria une femme d'apparence austère qui entrait à cet instant.

Je pivotai pour me placer face à mon bureau. J'avais beau faire la fière, je n'étais pas rassurée. Cette fois, je n'avais pas le droit à l'erreur. Je gardai en pensée les encouragements que ma mère m'avait donnés ce matin et priai pour que le sort fut clément avec moi.
Jusque là, cela c'était plutôt bien passé. J'étais confiante, mais cette dernière ligne droite m'angoissait affreusement. L'épreuve n'avait rien de terrible par rapport à tout ce que j'avais dû affronter au cours de la semaine. Pourtant, c'était la dernière et je tenais à terminer en beauté.

- Vous, au fond, faites-moi le plaisir de ranger ce téléphone qui dépasse de votre poche !, ordonna l'examinatrice. Je vais distribuer les sujets.

Elle s'exécuta aussitôt. J'entendis Naoki me souhaiter bonne chance, puis ce fut le silence. Lorsque mon sujet d'Espagnol arriva devant moi, je pris une profonde inspiration avant de lire le texte qui nous était proposé. Il était question d'une jeune fille qui souhaitait abandonner l'école après le lycée pour aller vivre avec son petit copain. Elle se lançait dans une joute argumentative avec ses parents, visiblement peu enclins à la laisser abandonner ses études. La jeune fille, une certaine Karina, ne se laissait pas démonter et tentait d'expliquer à ses parents à quel point sa vie d'adolescente était pourrie et qu'elle espérait mieux de la vie active. Mouais, tout à fait bidon comme sujet de bac, songeai-je. Le message subliminal était qu'il ne fallait pas s'arrêter au diplôme du secondaire. Partez à l'université, les enfants ! Voila ce que le ministère de l'éducation souhaitait nous inculquer à travers ce texte. Pourtant, moi, tout ce que je retenais de ce joyeux numéro, c'était que cette Karina craignait. Que savait-elle de la vie d'adulte, d'abord ? N'était-elle pas satisfaite de vivre sans problèmes financiers, sans souci de logement ? N'avait-elle pas des amis avec qui partager des soirées de rires et de jeux ? Comment pouvait-elle balancer tout cela aux orties sans réfléchir ? Elle soulevait des problèmes de liberté, d'autonomie, de responsabilités, mais que connaissait-elle de ces choses-là du haut de ses dix-sept ans ? Rien. Elle était bien ingrate, cette Karina.
Naoki soufflait toutes les deux minutes, ce qui me fit sourire. L'espagnol n'avait jamais été son fort, ni l'anglais d'ailleurs, ni même aucune matière littéraire. Lui, c'était un vrai scientifique, un pur et dur. Il ne savait parler qu'une seule langue étrangère, celle des mathématiques. Lorsqu'il s'agissait de philosopher, d'interpréter l'histoire ou de rédiger des notes sur un film relatant les origines de l'obésité aux États-Unis, il butait. Par contre, lorsqu'il s'agissait d'écrire des pages et des pages de calculs, de trouver la faille dans un logiciel informatique ou d'émettre des hypothèses sur la physique quantique, il n'y en avait pas un qui lui arrivait à la cheville. J'imaginais que c'était là ce qu'on appelait une vocation. Même s'il ne comprenait pas un traître mot au problème de Karina, il n'était pas concerné puisque, de toute façon, il était d'ors et déjà admis dans une école préparatoire de maths renommée à l'autre bout du pays. Son chemin était déjà tout tracé, et je l'enviais pour ça.

Je répondis aux questions avec une facilité qui m'étonna moi-même et ne mâchai pas mes mots lorsqu'il s'agit de critiquer la décision de Karina à travers une expression écrite de trois cents mots. J'apposai le point final à ma copie une heure avant la fin de l'épreuve puis j'allai déposer ma feuille auprès de l'examinatrice, signai à côté de mon nom, attrapai mon sac et quittai la classe. Je descendis les escaliers qui menaient dans la grande cour du second lycée de Konoha, celui où je passais mon bac cette année. Les lieux ne m'étaient pas totalement inconnus puisque c'était aussi là que j'avais passé mon bac l'année précédente. Un souvenir désagréable.

- Tiens, tu as fini toi aussi, me lança Yoko, une fille de ma classe qui passait l'épreuve dans une autre salle, lorsque je passai le portail.
- Oui, ça n'avait rien de compliqué, dis-je en haussant les épaules.
- Alors, comment ça s'est passé finalement ?, demanda-t-elle avec un sourire. Ton bilan, cette année ?
- Je pense que je m'en suis pas trop mal sortie, assurai-je d'un air satisfait.
- Et tes projets pour l'année prochaine ?, s'enquit-elle avec cette excitation qui caractérise chaque élève de terminale. Tu vas dans quelle fac ?

J'eus l'impression qu'un bloc de pierre venait d'atterrir dans mon estomac et mon sentiment de bonheur éclata comme un ballon. Je ne voyais pas pourquoi je m'enthousiasmais à ce point à l'idée d'avoir mon bac. Au fond, j'aurais très bien pu ne pas l'avoir. Contrairement à Karina, moi, je n'avais pas le choix. J'étais coincée ici. Pour l'instant...

- Je ne sais pas encore, balbutiai-je sans oser lui avouer que je n'irais pas à la fac. J'attends encore des réponses.
- Ils soûlent, ces administratifs !, s'emporta Yoko. C'est pareil pour moi, j'attends désespérément que l'université de Suna daigne me répondre, sans quoi je n'aurai d'autre choix que d'aller à Kumo. Parce que la fac d'Iwa, merci ! Qui voudrait aller là-bas, franchement ?

Elle rit. Pour ma part, je me retins de lui balancer mon poing à la figure. Moi, j'aurais aimé y aller à la fac d'Iwa. En fait, n'importe quelle fac aurait fait l'affaire. Konoha ne proposait pas de parcours scientifique parmi ses programmes universitaires, allez savoir pourquoi. Quant à partir, c'était hors de question, pas avec mes... attaches. Ces satanés liens qui enserraient mes chevilles et me retenaient prisonnière ici, peut-être jusqu'à la fin de mes jours. Mais tout cela allait peut être changer...

Cela faisait près d'un an et demi que je travaillais pour Orochimaru. Dix-huit mois durant lesquels mon rôle au sein de son organisation avait évolué. Le plan qu'Orochimaru avait mis en place avec la clé USB avait été un franc succès. Après que Madara ait perdu la moitié de son patrimoine en moins de six mois et fait exécuter près d'un tiers de ses hommes, il en était venu à la conclusion que plus rien ne devait filtrer nulle part. Il s'occupait de tout lui-même, quitte à sacrifier plusieurs heures de sommeil chaque jour. Toutes les données concernant ses affaires étaient conservées sur un ordinateur dernier cri protégé de la meilleure façon possible. Même le meilleur des hackers aurait eu du mal à en tirer la moindre information. Mais, loin de s'en montrer irrité, Orochimaru s'était considéré comme satisfait et avait décidé de mettre fin à la mission. Il avait eu ce qu'il voulait. Pendant que Madara perdait de l'argent et des hommes, Orochimaru, tel un serpent agile, avait su s'immiscer dans chacune des failles de son rival pour tirer profit de ses faiblesses. Il avait signé des contrats avec nombre de grandes figures qui travaillaient autrefois avec Madara et, tandis que les finances du vieil Uchiwa battaient de l'aile, il avait également conclut des accords avec une partie de ses fournisseurs. Désormais, Orochimaru avait le monopole des activités illégales à Konoha et dans les bourgades voisines. A sa grande fierté, il était parvenu à évincer Madara du trône qu'il occupait depuis si longtemps.
J'avais cru pouvoir profiter de sa bonne humeur pour négocier ma liberté. Lorsqu'il m'avait annoncé que mon rôle d'intermédiaire était terminé, j'avais senti une vague de soulagement me submerger. Mais, une fois de plus, j'avais fait preuve d'une extrême naïveté. Lorsque je lui avais soumis ma requête, Orochimaru m'avait rit au nez, avant de déclarer qu'il avait encore besoin de moi pour d'autres besognes. C'est ainsi qu'il m'avait nommée à ses côtés et que j'avais rejoint l'équipe qui était chargée de sa protection lors de ses déplacements. Si certains pouvaient voir là une preuve de confiance, je n'y voyais personnellement rien d'autre que de la méfiance. Il savait que sa décision m'avait rendue amère et il désirait prévenir toute tentative de vengeance en gardant un œil sur moi en permanence. Il appliquait ainsi à la lettre le proverbe qui voulait que l'on garde près de soi ses amis et encore plus près ses ennemis. Étant constamment sous ses yeux, je ne pouvais me permettre de faire un seul pas de travers.
Des ennemis justement, cette promotion incongrue m'en avait valus quelques uns. Les hommes d'Orochimaru ne comprenaient pas ce qu'ils considéraient comme un traitement de faveur et voyaient d'un mauvais œil ma promiscuité avec leur chef. J'étais donc constamment sur mes gardes lorsque j'évoluais seule dans le repaire, ce qui fort heureusement n'arrivait que très rarement. La plupart du temps, j'étais soit avec les membres de mon équipe, dont Zaku faisait partie, soit avec Suigetsu. Inutile de préciser qu'Orochimaru évitait au maximum de me laisser arpenter seule les couloirs, de crainte que je planifie le moindre complot à son égard. Pourtant, toutes ces précautions ne pouvaient le protéger des pensées qui germaient de plus en plus souvent dans mon esprit.
En effet, si mon nouveau travail m'avait valu quelques frayeurs, il m'avait également endurcie. La différence était notable et, lorsque je laissais mon esprit vagabonder dans le passé, je songeais souvent à ce que mon nouveau moi aurait fait dans les situations qui m'étaient alors apparues comme inextricables. Je songeai à ce que je ferais, à présent, si je devais me rendre dans un entrepôt où m'attendaient des types aux motivations douteuses. Je songeais à ce que j'aurais fait ce jour-là, lorsque Madara m'avait brutalement arrachée des bras de Sasuke pour me jeter, inconsciente, dans le parc. Oui, je songeais à tout cela et je pensais que je n'étais alors qu'une jeune fille faible, perdue dans un monde auquel elle n'appartenait pas. Ce monde, désormais, c'était le mien. Et je n'avais plus l'intention de me laisser faire.

- Sakura ?

Je levai les yeux vers Yoko, qui m'observait d'un air à la fois vexé et inquiet. De toute évidence, elle attendait une réponse de ma part, réponse qu'il allait m'être difficile de donner puisque je n'avais pas écouté un traître mot de ce qu'elle avait raconté au cours des deux dernières minutes.

- Pardon, tu disais ?, demandai-je en affichant un sourire faux. Désolée, je repensais à une question qu'on a eu hier en maths et à laquelle j'ai mal répondu, je crois.

Si seulement mes pensées pouvaient se limiter à des choses aussi futiles..., songeai-je tout en essayant de paraître attentive.

- Je te demandais si tu comptais venir chez moi ce soir?, dit Yoko d'un air bougon. Pour fêter la fin des examens ? Enfin, tu sais bien, je te l'ai déjà dis hier mais je crois que tu n'étais pas sûre de pouvoir venir...
- Ah !, fis-je, prise de cours. Eh bien... En fait, non, je ne peux pas. J'ai promis à ma mère de manger avec elle, on doit aller au cinéma après, enfin tu vois ? Je suis désolée, vraiment...
- Ce n'est pas grave, grommela Yoko. De toute façon, je ne me faisais pas de fausses idées, tu n'es jamais disponible quand on fait des soirées...

Je tiquai sous le reproche. Si je ne venais pas aux soirées, c'était tout simplement parce que j'étais trop occupée ailleurs à tenir en joue des types pour les faire parler, ou à essayer d'interpréter les visages impassibles d'une cinquantaine de personnes en essayant de déterminer laquelle serait la plus susceptible de dissimuler un calibre 38 sous sa veste de costard ou dans les plis de son étole, ou bien encore à soutenir le regard d'un homme en face de moi, armé jusqu'au dent, pendant que nos chefs respectifs tentaient de dissimuler leur hostilité réciproque sous un discours d'une politesse exquise mais qui laissait néanmoins filtrer des intentions meurtrières. Tout cela, je ne pouvais bien évidemment pas l'expliquer à Yoko. Je me contentai donc d'un sourire d'excuse emprunt d'amertume.

- Je sais, concédai-je. J'ai un emploi du temps assez chargé.
- Des activités extrascolaires ?, s'enquit-elle d'un ton curieux.
- Je..., hésitai-je. Oui, en quelque sorte.
- Non, c'est surtout son mec qui lui prend du temps, déclara une voix derrière nous. Comme il n'est pas au lycée, tu dois passer ton temps avec lui, hein ?

Je me retournai, surprise. Naoki. Il souriait de toutes ses dents, visiblement fier de lui. Je haussai un sourcil.

- Qu'est-ce que tu racontes ?, demandai-je sans parvenir à dissimuler mon agacement.
- Oh, arrête, fais pas celle qui comprend pas, ricana le jeune homme sous l'oeil attentif de Yoko. On sait tous que tu as un mec, et que ce n'est pas n'importe qui. Sinon, tu penses bien que j'aurais tenté ma chance. Et que je n'aurais pas été le seul à le faire. Mais bon, je tiens à ma vie quand même...

Il me fit un clin d'oeil. Sa franchise avait quelque chose de déstabilisant, parfois. Pourtant je n'étais pas étonnée par ses paroles. Je n'étais pas complètement aveugle. J'avais bien compris ce que signifiaient ses manœuvres et ses tentatives de drague à mon égard. Je n'y avais jamais prêté attention, même si Naoki était quelqu'un de drôle et sympathique, dont la beauté était indiscutable. Ses yeux d'un vert sombre, profond, ses cheveux bruns ébouriffés et son sourire craquant en avaient charmé plus d'une au lycée. Il n'y avait qu'à voir la façon dont Yoko le regardait. Si elle avait pu l'embrasser, là, tout de suite, elle l'aurait fait. Ce qui m'inquiétait davantage, c'était son allusion à « mon mec » et au fait qu'il n'était pas « n'importe qui ». Je savais bien, au fond de moi, ce que ces paroles pouvaient signifier. Mais j'espérais me tromper.

- Je ne vois toujours pas de quoi tu parles, déclarai-je avec prudence en espérant que Naoki m'en dirait plus.

Ce dernier fronça les sourcils, comme agacé par mon entêtement. Cet air soudain sérieux lui allait à ravir.

- Sasuke ?, fit-il en haussant les sourcils. Tu sortais avec lui l'année dernière, pas vrai ? J'imagine que c'est toujours le cas.

Ce nom, je ne l'avais pas entendu depuis longtemps. Orochimaru ne le prononçait plus depuis que Sasuke ne lui était plus d'aucune utilité. Au début, Suigetsu aimait m'interroger à son sujet mais il avait vite renoncé lorsqu'il avait vu l'effet dévastateur que cela avait sur moi. C'était devenu un tabou entre nous. Ma mère n'en faisait jamais mention non plus, préférant se comporter comme s'il n'avait jamais existé. J'ignorais encore si c'était par respect pour moi ou par rancœur envers lui. De toute façon, le résultat était le même. Naruto et les autres étaient partis à l'université, loin de toutes ces questions et loin des problèmes posés par notre amitié. Non, il n'y avait qu'un seul endroit où j'entendais encore ce prénom se répéter sans cesse, et cet endroit n'était autre que mon esprit. Sasuke ne l'avait jamais quitté, pas une seule seconde. Toutes mes pensées, tous mes actes, toutes mes paroles, rien n'était fait sans que je m'interroge sur ce qu'il aurait fait ou dit à ma place. Rien n'était fait sans que je me demande ce qu'il penserait de moi en me voyant. Non, Sasuke ne m'avait pas quittée un seul instant. Mais il semblait avoir quitté toutes les lèvres, jusqu'à ce que Naoki prononce son nom.

- Oui..., déclarai-je dans un souffle. Oui, on sortait ensemble.

Puis je me mis à réfléchir. Quelque chose n'allait pas.

- Comment sais-tu ça ?, demandai-je d'un ton accusateur.

Un silence gêné s'installa. Yoko rougissait et fuyait mon regard. Je devinai qu'elle aussi était au courant. Seulement, il n'y avait que Naoki pour mettre les pieds dans le plat de cette façon. Combien de personne était au courant de ma relation avec Sasuke ? Et surtout, dans quelles circonstances l'avaient-ils appris ?

- Je te rappelle qu'on était déjà dans le même lycée pendant ta première terminale, grommela Naoki.
- La dernière fois que Sasuke a mis les pieds au lycée, on ne sortait pas encore ensemble, dis-je d'un ton soupçonneux. Tu n'as donc pas pu nous voir au bahut.

Naoki se gratta l'arrière de la tête, gêné. Ce geste me rappelait tristement quelqu'un, un jeune homme blond rieur que j'avais longtemps considéré comme mon meilleur ami. Naruto. On ne pouvait pas dire que nous nous étions quittés en très bons termes. Bien que nous eussions tous deux fait des efforts pour ne plus laisser la question de Sasuke s'immiscer entre nous, le sujet n'avait cessé de revenir sur le tapis, accentuant les tensions qui régnaient de plus en plus au sein de notre groupe d'amis. Peu de temps avant son départ pour l'université, nous avions eu une violente dispute après qu'un sachet de méthamphétamines fut tombé de ma poche. J'avais eu beau lui assurer que ce n'était pas pour moi – Suigetsu m'avait demandé de les déposer chez lui en rentrant – il n'avait pas voulu me croire. Tout comme il ne me croyait pas lorsque je lui assurais ne plus voir Sasuke. Il restait persuadé que nous nous voyions en cachette et, évidemment, tous les autres s'accordaient à le croire lui plutôt que moi. Bref, il était parti pour la fac en me demandant de ne pas chercher à le joindre. Il avait besoin de réfléchir, soit disant. Je ne m'étais pas encore totalement remise de cette séparation et certaines de ses paroles me faisaient encore l'effet d'un coup de poignard lorsqu'il m'arrivait d'y repenser. Il me manquait affreusement. Le savoir loin de moi m'était insupportable mais, ce qui était mille fois plus douloureux, c'était de connaître la piètre opinion qu'il avait de moi.
Naoki avait le rire facile et il avait cette franchise qui n'avait cessé de me rappeler Naruto tout au long de l'année. C'est pourquoi, malgré la sympathie qu'il m'avait tout de suite inspirée, je ne pouvais m'empêcher de me montrer froide et parfois même désagréable envers lui. Mais je tachais toujours de me rattraper par un sourire de temps en temps. Pourtant, à cet instant, je n'avais pas du tout envie de sourire.

- 'Tain, moi et ma grande gueule, grogna Naoki en détournant le regard. On oublie, okay ?
- Non, décrétai-je en riant jaune. Non, on n'oublie pas, Naoki ! Comment as-tu su ?
- C'est juste..., dit-il en réfléchissant. Voila, même si tu ne m'as jamais calculé, moi, je... Enfin, je voyais bien avec qui tu traînais. Et ce mec, Sasuke... Je voyais aussi comment il te regardait. J'ai compris que si vous ne sortiez pas encore ensemble, ça allait sûrement se faire bientôt, c'est tout...

La bonne blague ! Alors que j'étais moi-même parfois incapable de comprendre ce qui se cachait derrière le masque d'impassibilité de Sasuke, ce rigolo comptait me faire croire qu'il y avait perçu un intérêt quelconque à mon égard ? Sasuke n'était pas le genre de personne à laisser transparaître ses émotions, quelles qu'elles soient. Jamais il n'aurait laissé passer quoi que ce soit, même pas un battement de cil, qui aurait pu signaler qu'il ressentait quelque chose pour moi. De plus, j'étais persuadée que Sasuke avait pris conscience de ses sentiments à peu près en même temps que moi. Impossible, donc.

- Je ne te crois pas, dis-je en croisant les bras.

Naoki échangea un regard confus avec Yoko et je compris qu'il avait inventé tout cela en espérant éviter la vérité. Je les fixai ostensiblement, sentant qu'ils étaient tous deux déstabilisés.

- Naoki, tu es vraiment..., couina Yoko. Franchement, Sakura, tu devrais laisser tomber. Ça date tout ça et je ne pense pas... Je crois que tu n'aimerais pas entendre ce qu'il a à dire.
- Oh que si, je veux l'entendre !, m'exclamai-je.
- C'est déjà bizarre que tu ne sois pas au courant, jugea Naoki en croisant les bras. Tout le monde ne parlait que de ça quand tu es revenue au lycée après que...

Il n'acheva pas sa phrase, mais je compris qu'il faisait référence à mon agression. De toute façon, la totalité des élèves ou presque avait été mis au courant de cet aspect de ma vie privée, je le savais parfaitement. Cela n'avait rien d'étonnant. Seulement, j'ignorais ce qu'était ce fameux « ça » dont tout le monde parlait après mon retour en classe.

- Des rumeurs ont circulé après que tu sois revenue, continua-t-il tout en laissant clairement paraître sa gêne. Je pensais que tu savais tout ça...
- Tout ça quoi à la fin, Naoki ?, m'emportai-je. J'avais d'autres choses à penser, si tu veux tout savoir. Les potins qui circulaient à mon sujet ne m'intéressaient pas !
- Et pourquoi ça t'intéresse maintenant, alors ?, demanda-t-il sur le même ton. Pourquoi cet intérêt soudain pour ce que les gens ont pu raconter ?
- Que..., suffoquai-je. Mais parce que tu m'en parles, justement ! Je croyais... Je pensais que les gens parlaient de moi, et uniquement de moi. De ce qu'il m'était arrivé et... Mais après ce que tu as dis, j'aimerais savoir ce qui a été dit sur Sasuke ! Quel genre de réputation lui avez-vous fait ? Ce n'est pas « n'importe qui », as-tu dit ? En quoi n'est-ce pas « n'importe qui » ? Qu'est ce que vous savez sur lui ?

Je m'étais un peu trop emportée. Mon cœur battait fort dans ma poitrine et je me sentais en proie à un vif sentiment de colère. A force d'entendre tout le monde dire du mal de Sasuke, je ne le supportais plus. De quel droit des gens qui ne le connaissaient même pas se permettaient-ils de prononcer la moindre parole à son sujet ? Ne pouvaient-ils pas le laisser tranquille ? J'eus soudain un sentiment de haine profonde envers le genre humain et son besoin permanent de jaser sur tout et n'importe quoi.
Naoki et Yoko n'étaient pas fiers. Ils ne cessaient de jeter des regards à droite et à gauche, comme à la recherche d'un moyen de se tirer de cette situation. Mais je ne les lâcherai pas.

- Alors ?, insistai-je.
- Il y a eu des rumeurs, murmura Yoko. Mais comme je te le disais, Sakura, tout ça est loin et je ne pense pas qu'il soit nécessaire de...
- C'est à moi de dire s'il est nécessaire ou non d'en parler, décrétai-je avec fermeté. Cela me concerne, et pas vous. Qu'est ce qu'elles disaient, ces rumeurs ?

Naoki croisa mon regard et s'y ancra. Une lueur décidée brillait au fond de ses pupilles, et je compris qu'il allait enfin tout me dire.

- Des gens disaient que Sasuke était là le jour où tu as été agressée, dit-il en appuyant sur chaque mot. Il paraît que ce serait même lui qui t'aurait amené à l'hôpital. C'est à partir de là que les gens ont su que vous étiez ensemble, comme quoi ça vous aurait rapprochés, et tout. Apparemment, certains disaient que les types qui t'ont... Enfin, que c'étaient des potes à lui.

Incroyable. J'étais estomaquée. D'où que fussent sorties ces rumeurs, elles étaient fondées. J'ignorais qui avait bien pu les lancer, mais c'était visiblement quelqu'un qui était au courant de nos affaires.

- C'est n'importe quoi, niai-je cependant avec aplomb. C'est bien Sasuke qui m'a amenée à l'hôpital, mais c'est parce que je l'avais appelé. Et les mecs qui... Enfin, ils n'avaient rien à voir avec lui. Il ne les connaissait même pas.
- Ouais, bon, c'est juste que, quand ces gars sont morts, certains disaient que c'était ton mec qui les avait butés, conclut Naoki en me fixant ostensiblement.

Non, en fait, pour deux d'entre eux, c'était moi, songeai-je.

- Des gens l'auraient vu rentrer chez lui ce jour-là, couvert de sang, ironisa Naoki. Enfin, ce ne sont que des rumeurs. Tu sais, les gens causent quand il se passe des choses autour d'eux. Enfin, toujours est-il que tout le monde le craignait déjà un peu avant, depuis qu'il s'était battu avec ton autre pote, Naruto je crois ? Les gens disaient qu'il était tombé dans quelque chose de louche. Donc, après tous ces événements, tout le monde a flippé encore plus. C'est connu qu'il vaut mieux pas lui chercher la merde. Mais bon, comme je te l'ai dit, ce ne sont que des rumeurs. Je ne pense pas qu'il ait vraiment tué ces mecs !

Il rit. Pas moi. Tout cela m'inquiétait. En vérité, Sasuke était réellement rentré chez lui en sang ce jour-là. Un sang qui était surtout le sien, mais en sang malgré tout. Quelqu'un nous avait-il vus ? Cette personne avait-elle fait le lien entre la mort des types de l'Akatsuki, mon agression et le sang sur Sasuke ? Si c'était le cas, cette personne n'en avait pas dit un seul mot à la police. Mais je n'aimais pas ça.

- Tu sais d'où venaient ces rumeurs ?, demandai-je. Je veux dire, les gens citaient-ils quelqu'un ? Je ne sais pas, « une voisine m'a dit que », « mon cousin a vu untel qui lui a dit que » ou « mon chien m'a raconté que » ?
- Non, dit Yoko qui se sentait visiblement beaucoup plus à l'aise maintenant que la tempête était passée. C'était surtout des « il paraît ».

Je gardai le silence, songeuse. Lorsque nous étions arrivés chez Sasuke après la fusillade, nous étions bien trop préoccupés pour nous assurer que personne ne nous avait vus. Il y avait peut être des gens dans la rue ce jour-là ou une grand-mère à sa fenêtre, occupée à regarder passer les voitures d'un œil morne. Pour le coup, elle aura vu autre chose que des chauffards et des enfants sans ceintures de sécurité. Oui, pour le coup, elle aura eu quelque chose à raconter. A sa voisine, à sa fille, à ses petits enfants, lesdits petits enfants étant peut être dans le même lycée que moi... Au fond, tout cela n'avait rien de surprenant. Il n'y avait aucune raison de croire que quelqu'un avait lancé ces rumeurs dans un but bien précis. Comme celui d'attirer le regard de la police sur Sasuke. De la même façon, il était parfaitement possible que quelqu'un ait déjà vu Sasuke et la bande de Deidara traîner ensemble. De tels rapprochements n'avaient rien d'étrange dans une si petite ville. Non, il n'y avait aucune raison de s'inquiéter.

- A toi, maintenant, se lança Naoki en me donnant un léger coup sur l'épaule du dos de la main. Sasuke n'a pas vraiment buté ces types, pas vrai ?

Je levai les yeux vers lui et souris avec un maximum de naturel, ce qui ne fut pas chose facile après tout ce que j'avais entendu.

- Non, assurai-je. Bien sûr que non. Il y a eu une fusillade, c'est tout.
- Et vous étiez au milieu ?, dit-il d'un air choqué.
- Je préférerais ne pas parler de ça, déclarai-je d'un ton catégorique. Désolée de ne pas satisfaire votre curiosité, mais ce ne sont pas vraiment de bons souvenirs pour moi...

Et puis, de toute façon, ce ne sont pas tes affaires, eus-je envie d'ajouter. Mais je me retins. Naoki avait visiblement compris qu'il s'engageait sur une mauvaise pente. Il bredouilla des excuses et garda le silence pendant une minute. J'avais envie de partir. Mais nous avions convenu avec Suigetsu qu'il viendrait me récupérer et que nous irions ensemble au repaire. Orochimaru avait du travail pour moi, ce qui ne m'enchantait guère. J'aurais aimé, comme toute lycéenne normalement constituée, pouvoir fêter la fin de mes examens en toute insouciance.
Un coup de klaxon vint mettre fin à ma morosité. Je tournai la tête et vit Suigetsu au volant de sa veille berline blanche qui n'était d'ailleurs plus si blanche que ça.

- Sakura !, m'appela-t-il. Bouge !
- J'arrive, répondis-je en hissant mon sac sur mon épaule.

Yoko et Naoki fixaient tous deux Suigetsu avec intérêt. Je glissai un rapide « bonnes vacances », avant de me diriger vers la route. Mais une main se ferma sur mon poignet et je fis volte face.

- Je connais ce mec, Sakura, dit Naoki en fronçant les sourcils. Ce qui est plus surprenant, c'est que tu le connaisses aussi.
- Je ne vois pas ce qu'il y a de surprenant là-dedans, fis-je d'un air étonné. J'étais au collège avec lui.
- Peut être, mais..., hésita-t-il en se mordant la lèvre. Fais gaffe, okay ?

Son expression soucieuse avait quelque chose d'attendrissant qui m'empêcha de me mettre en colère. Je ramenai doucement mon bras vers moi et secouai la tête d'un air amusé.

- Ne t'inquiète pas pour moi, déclarai-je. Suigetsu n'a rien de dangereux.

Je le gratifiai d'un sourire, agitai la main et rejoignis la voiture en deux petite foulées. Naoki me regarda monter du côté passager et son regard ne me quitta pas jusqu'à ce que je disparaisse de son champ de vision.

- Ce type n'avait pas l'air emballé à l'idée de te laisser partir avec moi, dit Suigetsu d'un air moqueur. Ton petit ami ?

Je le gratifiai d'une grimace.

- Tu te fous de moi ?, ricanai-je. Tu sais bien que je n'ai pas de copain.
- Car tu aimes et tu aimeras toujours Sasuke, l'homme de ta vie, si beau et merveilleux que les autres hommes ne peuvent lui arriver à la cheville, minauda Suigetsu d'un ton narquois.

Alors que je n'avais pas entendu ce nom depuis si longtemps, il ne cessait de résonner à mes oreilles ce jour-là. Suigetsu évitait en général d'y faire allusion, j'étais donc surprise de l'entendre le prononcer aussi légèrement. J'ignorais ce que cela présageait.

- C'est ça, moque toi, ris-je en lui assénant un petit coup derrière la tête.
- Ben quoi, c'est pas vrai ?, rigola-t-il avec un sourire en coin.

Je soupirai en secouant la tête d'un air blasé. Bien sur que c'était vrai. Mais dis comme ça, cela me faisait passer pour une jeune fille pure et naïve éperdument amoureuse d'un homme supposé parfait. Or, je n'étais pas une jeune fille pure et naïve – ou du moins plus maintenant – et Sasuke était loin d'être un homme parfait. Il était orgueilleux, colérique, parfois violent, froid et distant, il était impulsif et rancunier. Oui, des défauts il en avait. Cela ne m'empêchait pourtant pas d'être amoureuse de lui. Ses qualités, à mes yeux, ramenaient ses défauts à l'état de détails dérisoires. Son courage, son sang-froid, son intelligence et sa perspicacité. Son dévouement, inébranlable, sa volonté de fer mais aussi ses petites faiblesses qui le rendaient humain. Et sa tendresse. Cette tendresse qui filtrait parfois à travers sa carapace et qui m'enveloppait de chaleur lorsque j'en avais le plus besoin.
Une douleur familière m'étreignit la poitrine et je fermai les yeux pour la laisser m'envahir. J'avais appris à ne plus essayer de faire disparaître cette douleur. Elle faisait partie de moi. J'avais fini par accepter qu'elle me rongerai jusqu'à ce que Sasuke me soit rendu.

Je sortis mon téléphone de mon sac pour appeler ma mère. La sonnerie résonna dans mon oreille une fois, puis deux, trois jusqu'à :

- Allô ?, répondit une douce voix féminine.
- Salut maman, dis-je en souriant.
- Bonjour ma puce, alors ça s'est bien passé ?, demanda-t-elle.
- Très bien, enfin tu sais, l'espagnol ce n'est pas tellement ce qui me pose problème, déclarai-je. J'avais validé l'épreuve l'année dernière.
- Mmmh, c'est bien, approuva-t-elle. Tu rentres à la maison ?
- Justement, je t'appelai pour te dire que je vais chez Yoko ce soir, dis-je avec assurance. C'est une fille de ma classe, je t'ai déjà sûrement parlé d'elle ? Elle fait une soirée pour fêter la fin des examens, alors...

Suigetsu me lança un regard amusé et je lui tirai la langue. J'avais l'habitude de mentir à ma mère, comment faire autrement ? Elle croyait mes problèmes terminés depuis bien longtemps et il était normal que je fasse tout pour que cela demeure ainsi. Il n'était pas toujours facile de justifier mes escapades nocturnes mais dans un cas comme celui-là, l'excuse était toute trouvée.

- Bien sûr, profites-en bien !, dit ma mère avec enthousiasme. Tu dors là-bas ou tu comptes rentrer dormir à la maison ?
- Je ne sais pas encore, avouai-je en songeant que je n'avais aucune idée de ce qu'Orochimaru attendait de moi ni du temps que cela prendrait. S'il y a de la place pour dormir, je resterai là-bas, sinon je rentrerai.
- D'accord, je préférerais que tu dormes là-bas, je n'aime pas trop te savoir dans la rue en plein milieu de la nuit..., soupira-t-elle.
- Je sais, maman, dis-je en tâchant d'adopter un ton rassurant. Je te tiens au courant, d'accord ?

Elle me souhaita de passer une bonne soirée, m'encouragea à ne pas trop boire d'alcool et me mis en garde contre les garçons mal attentionnés. Des paroles de mère, en somme. Je lui confirmai que tout irait bien et que je ferai attention, ce qui me valut un nouveau sourire moqueur de Suigetsu, puis raccrochai.

- Je ne comprends pas comment ta mère peut encore gober tes excuses bidons, ricana-t-il.
- Je pense qu'inconsciemment elle fait tout pour ne pas chercher plus loin, admis-je en rangeant mon téléphone. L'année dernière a été vraiment difficile pour elle et...
- C'est pour toi qu'elle a été difficile, me coupa Suigetsu avec sérieux. N'inverse pas les rôles. C'est elle qui devrait s'inquiéter pour toi, et pas l'inverse.
- J'ai l'impression d'avoir déjà entendu ça quelque part..., grommelai-je en grimaçant.

Ma relation avec ma mère était redevenue ce qu'elle avait toujours été. Les tensions n'existaient presque plus entre nous mais, comme le disait Suigetsu, elle n'était pas totalement dupe. Selon moi, elle se doutait de quelque chose mais l'année passée lui avait servi de leçon : elle savait qu'elle ne pouvait rien faire pour m'arrêter et préférait fermer les yeux plutôt que de prendre le risque de voir notre relation se dégrader à nouveau. Je me souvenais des paroles qu'elle avait prononcé à cette époque, disant que c'était à elle de me protéger. Mais comment espérait-elle me protéger d'Orochimaru, elle qui était si pure, douce et incapable de voir le mal lorsqu'il se présentait juste sous son nez ? La mêler à tout cela, c'était jeter un chaton dans une fosse aux lions. Je préférais la bercer d'illusions, lui faire croire que tout allait bien, et qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter. Dans le milieu auquel j'appartenais désormais, c'était moi la mère et elle, la fille à protéger.

- Tu sais ce qu'Orochimaru me veut ?, demandai-je d'un ton faussement insouciant, comme si rien ne s'était passé.
- Non, admis Suigetsu. La routine, j'imagine. Il va vouloir que tu l'accompagnes à je ne sais quelle entrevue. Dans tous les cas, où il ira, tu iras.
- Oui, parce qu'il ne me lâche pas d'une semelle, grommelai-je en croisant les bras.
- Est ce que tu peux vraiment le lui reprocher ?, fis mon ami en me jetant un bref regard du coin de l'oeil. A sa place, moi non plus je ne te lâcherais pas d'une semelle.
- Parce que je ne suis pas digne de confiance ?, m'exclamai-je d'un ton outré.
- Non, parce qu'il ne faut jamais sous-estimer une femme au cœur brisé, récita-t-il en levant un doigt au ciel. C'est connu, ça.
- Mouais..., grognai-je avec amertume. Et ce n'est pas tout à fait faux...

Suigetsu me lança un regard inquiet. Ce n'était pas la première fois que je laissais entendre qu'Orochimaru avait des raisons de se méfier de moi. Suigetsu avait déjà essayé de me pousser à la confidence, me demandant si j'avais planifié quelque chose pour regagner ma liberté. Mais je n'avais rien révélé. Pourtant, cela faisait plusieurs semaines qu'une idée avait germée dans mon esprit. Une idée trop dangereuse pour être partagée. De toute façon il était trop tôt, cela attendrait...

La voiture s'engagea sur le chemin qui menait au repaire. Fort heureusement, Orochimaru avait rapidement considéré qu'il n'était plus nécessaire de m'endormir sur le trajet. Je lui en étais reconnaissante car ce gaz avait une fâcheuse tendance à me liquéfier le cerveau. Au bout d'un chemin dissimulé entre deux arbres, nous nous engouffrâmes dans un tunnel qui menait à un gigantesque cul de sac souterrain. Suigetsu gara la voiture entre deux places vides et nous descendîmes dans un même mouvement. L'air sentait l'humidité, l'essence et la roche. Une odeur à laquelle j'étais désormais habituée. Nous marchâmes en silence jusqu'à une double porte blindée gardée par deux immenses hommes à l'air patibulaire. L'un était brun, avait une mâchoire carrée et répondait au doux nom de Torpille. Le second, brun lui aussi et à peine moins massif, se faisait appeler Stan. Tous deux étaient des abrutis qui ne pensaient qu'à trois choses : l'alcool, le fric et les femmes. Orochimaru leur fournissait suffisamment des trois éléments pour qu'ils lui soient fidèles. Quant à moi, je ne les portais pas dans mon cœur. Pire, je me méfiais d'eux. J'ignorais de quoi ils étaient capables, mais j'espérais ne jamais le découvrir. Ils ressemblaient un peu trop à cinq hommes de ma connaissance qui, fort heureusement, avaient disparu de la surface de la Terre.

- Salut Suigetsu, lança Stan en nous voyant approcher. Tu es encore avec la petite beauté ? Faudra que tu partages un jour, mon pote!
- Il n'y a rien à partager, Stan, dit patiemment Suigetsu. Tu nous ouvres ?
- Allez, rien qu'un bisou, rigola Torpille en tendant sa joue. Ma belle, pour un bisou, je te laisse entrer.
- Va mourir, grommelai-je.

Torpille éclata de rire et commença à taper le premier des cinq codes nécessaires à l'ouverture de lourde porte.

- J'adore cette fille, rit-il. Elle a un caractère de feu ! Je me demande si t'es aussi brûlante au pieu, faudra bien que tu me laisses vérifier un de ces quatre.

Il acheva de taper les codes et la porte s'ouvrit en un imperceptible « clic ». Suigetsu me fit signe de passer devant après avoir jeté un regard noir aux deux gardes. Je savais qu'il ne les appréciait pas non plus.
La porte se referma lourdement et Suigetsu grogna quelque chose à propos de deux gros porcs. Je ressentis un élan d'affection à son égard. Une fois de plus, je songeai que sans son appui j'aurais depuis longtemps sombré dans la dépression.
Le hall d'entrée était comme toujours vivement éclairé et une foule de personnes entraient et sortaient des différents couloirs auquel il permettait d'accéder. Orochimaru ne tarda pas à apparaître, souriant. Sa promptitude à se présenter devant nous n'avait rien d'étonnant. Les multiples hommes postés un peu partout sur la route, dissimulés dans les arbres aux endroits stratégiques, avaient dû le prévenir de notre arrivée.

- Je vous attendais, les enfants, dit-il en habillant ses fines lèvres d'un sourire. J'ai récupéré cela pour toi, Sakura. Cette dernière épreuve s'est-elle bien passée ?

Il me tendit mon arme dans son étui. Je fis glisser le chargeur et, constatant avec plaisir qu'il ne manquait aucune balle, le remis en place.

- Je pense que oui, répondis-je en plaçant l'arme autour de ma taille. De toute façon, ce n'est pas comme si mon bac allait me servir à quelque chose ici...
- Ne soit pas négative, veux-tu ?, me sermonna doucement mon supérieur. Il vaut mieux l'avoir que ne pas l'avoir, tu ne penses pas ?
- J'imagine, oui, admis-je.
- Bien, suis-moi, dit-il en s'engageant dans l'un des couloirs. Suigetsu, je veux que tu ailles au troisième sous-sol, Karin t'attends là-bas, elle te dira quoi faire.
- Karin, sérieusement... ?, grommela mon ami en prenant la direction opposée.

Son expression dépitée était trompeuse. Karin et Suigetsu étaient toujours en train de se disputer, chacun ayant toujours quelque chose à reprocher à l'autre. Pourtant, ils jouissaient d'une grande complicité. Contrairement à ce qu'il affirmait, Suigetsu n'était pas insensible aux charmes de la belle rousse. Et j'avais souvent surpris Karin en train de regarder Suigetsu, avec une lueur plus proche de l'attendrissement que de la colère dans les yeux. Le fait qu'un amour puisse naître dans un endroit aussi inhospitalier, froid et dangereux avait quelque chose de fascinant.

- J'ai un nouveau pensionnaire en cellule depuis hier soir, expliqua Orochimaru en marchant. Quelqu'un qui ne t'est pas étranger, je crois. J'ai pensé que tu apprécierais peut être de régler tes comptes avec lui.