L'oeil du cyclone

Les paroles d'Orochimaru avaient attisé ma curiosité et, d'une certaine façon, elles avaient aussi éveillé ma crainte. Les personnes que je connaissais et qui pouvaient potentiellement l'intéresser se comptaient sur les doigts de la main. J'espérais qu'il ne me réservait pas de mauvaise surprise.
Je le suivis jusqu'au quatrième sous-sol, un étage réservé aux cellules et autres salles d'interrogatoires – qui n'étaient autre que des salles de torture. Je n'aimais pas cet endroit, dont l'air était empoisonné par l'odeur de sang et de désespoir qui y régnaient. J'avais déjà abattu un certain nombre de personnes ici.
Je me souvenais parfaitement du premier homme que j'avais dû tenir en joue pendant qu'Orochimaru l'interrogeait. C'était un nouveau fournisseur qui avait essayé d'escroquer Orochimaru en remplaçant la moitié de sa marchandise par un produit de moins bonne qualité dont il avait refusé de révéler l'origine. Après deux heures d'interrogatoire poussé au cours duquel les hommes de mon supérieur s'était fait un plaisir de refaçonner le visage du prisonnier à grand renforts de coups de poing, Orochimaru m'avait demandé de l'achever. J'avais regardé cet homme couvert de sang, dont les yeux brillaient encore d'une lueur de défi, et ma main s'était mise à trembler. Orochimaru n'avait rien dit, se contentant de m'observer pendant que je fixai cet homme attaché, sans défense, mais encore capable de courage. Sa vie et sa mort m'appartenaient. Pour la première fois, j'avais pris conscience du danger que représentait cette arme pour son détenteur. Chaque balle vous arrache un petit morceau d'humanité pour le remplacer par un sentiment de toute puissance, une vague de pouvoir qui prend possession de vos nerfs et de votre sang. J'avais tiré. J'avais vu cet homme s'écrouler et se vider de son sang sur la table. J'avais vu son crâne percé et ses yeux éteints. Alors, j'avais ouvert ma main et je l'avais placée devant mon visage, comme pour vérifier que l'instrument qui venait d'ôter la vie à ce corps avait été mû par elle. Depuis ce jour, je n'avais plus été la même. C'était le premier homme que je ne tuais pas pour ma propre défense. C'était le premier homme inconnu qui mourait de ma main. Et il y en avait eu d'autres, tant d'autres que j'avais cessé de les compter. Des jeunes, des vieux, des braves, des lâches, des pères de famille qui me suppliaient au nom de leurs enfants, des fils qui me suppliaient au nom de leurs parents. Toutes ces vies avaient disparues de ce monde en emportant une dernière image, le visage de leur meurtrier. Mon visage.
Peu à peu, j'avais appris à lever un mur entre mes victimes et moi. Très vite, je n'entendis plus leurs cris, je n'entendis plus leurs supplications, je ne vis plus couler les larmes et le sang. Le visage neutre, je me contentais d'appuyer sur la détente lorsque Orochimaru me le demandait. Je regardais le corps rendre son dernier souffle de vie avec indifférence, puis je m'en retournais et quittais les lieux. Souvent, la folie de mon existence me rattrapait la nuit, dans les ténèbres insondables de mes cauchemars. Je me voyais couverte de sang, une épée à la main, une centaine de corps sans vie à mes pieds. Et je riais, je sentais le pouvoir m'envahir et me posséder, je l'accueillais avec délice. Car oui, cette sensation de puissance était délicieuse. Lorsque je me réveillais, je prenais conscience de ce que j'étais devenue et je pleurais face à l'image monstrueuse que j'avais de moi. Voila ce qu'était ma vie, désormais.

Nous passâmes à côté de nombreuses cellules, certaines vides, d'autres occupées. Les prisonniers ne nous accordèrent pas la moindre attention. Leurs regards vides en disaient long sur leur condition. Je détournai les yeux et suivit mon supérieur jusqu'à l'une des salles d'interrogatoire. Orochimaru posa la main sur la poignée, poussa la porte et s'écarta pour me laisser entrer. Je pénétrai dans l'enceinte et reconnut tout de suite l'homme au cheveux roux qui me regardait à travers ses grands yeux marrons. A en juger par son expression, il ne s'attendait pas du tout à me voir apparaître devant lui. Il retrouva vite ses moyens et adopta une expression fermée en voyant Orochimaru.

- Pourquoi l'avoir amenée ?, demanda-t-il avec froideur.
- Sakura m'accompagne souvent dans ce genre de situation, déclara mon supérieur. Que vous vous connaissiez relève du pur hasard.

Pain esquissa un sourire moqueur, peu enclin à croire de telles paroles. Orochimaru m'avait conduite en ce lieu intentionnellement. Et il le savait. Il attrapa l'un de ses multiples piercings et le fit tourner entre ses doigts.

- Admettons, dit-il calmement. Quel est son rôle, ici ?
- Peut-être n'auras-tu jamais à l'apprendre, cela dépend de toi, répondit Orochimaru. Tu sais ce que je veux.
- Je sais ce que vous voulez, confirma Pain. Et je ne peux pas vous le donner.
- C'est bien dommage, soupira son geôlier. J'espérais plus de coopération de ta part.
- Ne me faites pas rire, répliqua sombrement Pain. Vous auriez détesté vous voir ôter le plaisir de me torturer.

Orochimaru partit d'un rire grave et prit place sur la chaise qui faisait face à Pain.

- Tu es courageux, salua-t-il en vrillant son prisonnier de ses yeux reptiliens. Pain... Le bras droit de Madara. Bien sûr que tu es courageux, sinon pourquoi le vieux t'aurait-il choisi pour l'épauler ? Je ne pensais pas avoir un jour la chance de t'accueillir entre ces murs. Sais-tu que ta présence ici relève vraiment d'un coup du sort ? Tu fais d'ordinaire partie de ces personnes que l'on ne peut atteindre, et pourtant te voilà ! S'il n'y avait pas eu cette jeune fille, cette délicate petite fleur dont tu t'es entichée, jamais je n'aurais pu mettre la main sur toi !

Le visage de Pain se décomposa. Il pâlit, serra les dents et, pour la première fois, je vis la peur se peindre sur son visage.

- Konan, c'est ainsi qu'elle se nomme, n'est-ce pas ?, continua Orochimaru. L'amour est une belle chose, je comprends que les jeunes gens se laissent piéger. Pourtant, Sakura ici présente est la preuve vivante des dégâts que ce sentiment peut engendrer.

Il se tourna vers moi et m'adressa un sourire qui se voulait compatissant. Pour ma part, je ne me départis pas de mon expression froide.

- Je n'aurais pas cru qu'une personne comme toi, un homme droit, loyal, sévère, puisse se laisser entraîner là-dedans, se désola Orochimaru. Je pensais que l'Akatsuki représentait tout pour toi. Et pourtant, par ton attitude insouciante, tu mets l'Akatsuki en danger.

Il soupira, comme s'il regrettait cette situation. Pourtant, je le savais, il tenait sa victoire entre ses mains. La capture de Pain signifiait la fin de Madara. En tant que bras droit, Pain était une source inépuisable d'informations qu'Orochimaru allait recueillir minutieusement.

- Je vous laisse entre amis, déclara Orochimaru en se levant. Je vais aller chercher les éléments... convaincants qui, je n'en doute pas, te rendront plus enclin à la discussion.

Il quitta la pièce et je demeurai là, immobile. Par mesure de précaution, je sortis mon arme de son étui et la tint prête au cas où Pain ferait le moindre geste dans ma direction. Je m'appuyai contre le mur, face à lui, en silence. Une minute s'écoula sans que l'un de nous n'émette la moindre parole. Puis Pain leva brusquement les yeux vers moi et son regard me cloua sur place.

- Tu es contente, hein ?, dit-il d'un ton amer. Tu penses que je l'ai mérité. Tu peux avoir ta vengeance, maintenant.
- Non, répondis-je après un cours instant de réflexion. Je ne prends aucun plaisir à te voir dans cette situation.
- Je ne te crois pas, déclara-t-il. La première fois que tu m'as vu, je t'ai enlevé Sasuke, tu te souviens ? Et la deuxième fois, c'est toi que j'ai emporté loin de lui. Tu te dois de me haïr.
- Je ne t'aime pas, confirmai-je. Mais ma colère n'est pas dirigée contre toi. Tu as obéi aux ordres de Madara. Si je te blâmais pour tout ça, si je te considérais comme coupable, alors je serais aussi coupable que toi. Moi aussi j'ai blessé des gens, déchiré des familles et brisé la vie d'autres personnes depuis que je travaille pour Orochimaru. Cela ne me plaît pas, mais il en va de ma survie et de celle de mes proches. Alors je m'exécute, c'est tout.

Pain me contempla en silence, les sourcils légèrement froncés. Puis il baissa la tête et se plongea dans une profonde réflexion.

- Les rôles sont inversés à présent, dit-il au bout de quelques secondes. Tu es là, en position de force, et ton chef ne va pas tarder à rappliquer avec Konan.
- Tu n'en sais rien, répliquai-je en faisant tourner mon arme entre mes doigts.

Il rit, d'un rire triste dans lequel filtrait sa colère et son impuissance.

- Je le sais, affirma-t-il. Tout simplement parce que c'est le seul moyen de pression qu'il a sur moi. Madara ne m'a pas choisi comme bras droit par hasard. De tous ses hommes, j'étais le seul sans attache, sans ami, sans famille. J'ai toujours jugé cela inutile. C'est la raison pour laquelle Orochimaru n'avait aucun intérêt à me capturer. Puis Konan a rejoint l'organisation.

Il sourit légèrement.

- Ce qui est drôle, c'est que je ne l'ai pas reconnue tout de suite, dit-il. Elle était dans le même orphelinat que moi pendant quatre ans. Mais elle avait été adoptée, elle. Je ne pensais pas la revoir un jour. C'est ce qu'on pourrait appeler une amie d'enfance, un peu comme toi et Sasuke.

Cette histoire semblait bien triste. Mais je ne me laissai pas attendrir. Je savais qu'il ne me racontait cela que dans un seul but : faire pencher la balance en sa faveur. En faisant la parallèle entre son histoire et la mienne, il espérait que j'intervienne en sa faveur auprès d'Orochimaru. Que croyait-il ? Je n'avais pas une telle influence sur mon chef. Si sa décision était prise, rien de ce que je pourrais dire ne le ferait changer d'avis.

- Je dois te dire quelque chose, dit-il après une courte pause. Je pense que tu as le droit de le savoir et je ne pense pas que quiconque puisse te mettre au courant à part moi.

Je le regardai avec intérêt, tout en restant sur mes gardes. Qu'il me fît ainsi cadeau d'une information était suspect. Que me devait-il ? Malgré ce que ses paroles laissaient entendre, je savais qu'il ne regrettait pas le rôle qu'il avait joué dans ce qu'il m'était arrivé.

- Pourquoi devrais-je t'écouter ?, demandai-je calmement. Tu peux bien me raconter tout ce que tu veux, qu'est-ce qui me dit que ce ne sera pas un tissu de mensonges ?
- Rien, admit-il. Je ne fais que te dire ce que je sais, que tu me croies ou pas ce n'est pas mon problème.

Il sembla gêné un court instant, puis poursuivit :

- Et puis je crois que Konan t'aime bien. Sasuke lui a parlé de toi, elle te trouve très courageuse. Et comme elle a été touchée par ton histoire, je pense qu'elle voudrait que je te mette en garde.
- En garde contre quoi ?, demandai-je malgré moi, piquée au vif.

J'en avais assez des dangers qui pesaient sur ma tête. Les gens n'avaient-ils pas autre chose à faire qu'à s'appliquer à rendre ma vie toujours plus compliquée ?

- Deidara et Hidan, répondit Pain en me regardant droit dans les yeux. Ils sont vivants.

Ce fut comme une pierre dans mon estomac. Je ne voulais pas le croire, non, je ne pouvais pas le croire. Je les avais tués de ma main et cela, même si Pain était censé l'ignorer, moi je le savais parfaitement. Ils ne pouvaient pas être vivants, c'était impossible.

- Impossible, répétai-je à voix haute. Comment penses-tu me faire avaler une telle énormité ?
- Appelle ça comme tu veux, dit Pain en haussant les épaules, mais le mot qui convient à ce genre de situation est « miracle ». Après la fusillade, Madara a rapidement envoyé des hommes sur les lieux. Deidara et Hidan étaient encore en vie. Le chef les a fait soigner pour apprendre ce qu'il s'était réellement passé ce jour-là. Ce fut long, ils sont restés longtemps dans le coma, mais ils s'en sont tirés.
- Je ne te crois pas, décrétai-je en sentant néanmoins la peur s'insinuer dans mes veines.
- C'est ton droit, dit Pain. Pourtant, la première chose qu'ils ont fait en se réveillant, ce fut de me révéler le nom de la personne qui leur avait réellement tiré dessus. Ce nom, tu le connais, hein ?

Mes doigts commençaient à trembler. C'était mauvais. Tout cela était vraiment très mauvais pour moi. Pain sembla prendre conscience de ce qu'il se passait et il afficha un sourire satisfait.

- Tu leur as tiré dans le dos, raconta-t-il en mimant le geste. Ce n'est pas très fair play. Mais ça peut se comprendre, après ce qu'ils t'avaient fait.
- Si tu dis vrai, comment se fait-il que Madara ne m'ait pas encore supprimée ?, l'interrogeai-je.
- Parce que Madara n'est pas au courant, répondit Pain. Deidara et Hidan savaient que s'ils lui disaient la vérité, il enverrait quelqu'un pour te tuer. Mais ces deux abrutis ont autre chose en tête... Je crois qu'ils comptent bien se venger par eux-mêmes.
- Et pourquoi ne l'as-tu pas dis toi-même à Madara ?, insistai-je. Tu es son fidèle bras droit, non ? Je ne peux pas croire que tu aies des secrets pour lui. Et ma vie ne vaut rien à tes yeux.
- Je ne lui ai rien dit, confirma-t-il. J'ai gardé cela pour moi à la demande de Konan. Comme je te l'ai dit, je crois qu'elle t'apprécie.

Je ne parvenais pas à croire à cette histoire. Deidara et Hidan ne pouvaient pas être en vie, c'était hors de question, je ne l'accepterais jamais. Pourtant... Quelque chose me poussait à croire Pain. Il y avait une note de crédibilité dans ce qu'il venait de me raconter. Et puis, quel besoin aurait-il eu de me raconter cela si ce n'était pas la vérité ? Son discours n'avait pas pour but de m'attirer quelque part, non, il voulait simplement que je sois sur mes gardes. Il ne pouvait tirer aucun bénéfice de cette histoire.
Je réfléchis ainsi pendant un certain temps, pétrifiée à l'idée que ce qu'il m'avait raconté fut vrai. Puis je levai la tête et posai la seule question véritablement déterminante :

- Où sont-ils à présent ?
- Madara leur a ordonné de quitter la ville, répondit Pain. Je ne sais pas où ils sont allés. Mais à mon avis, ils ne vont pas tarder à revenir.
- Depuis combien de temps sont-ils partis ?, m'enquis-je.
- Six mois, fut la réponse que Pain me donna.
- Sasuke est au courant ?, demandai-je.

Six mois auparavant, la clé passait encore de main en main. Même s'il ne pouvait pas me le communiquer directement, il avait les moyens de me tenir informé. Je ne pouvais pas croire que Sasuke m'ait dissimulé quelque chose d'aussi important.

- Je ne crois pas, confirma Pain. Sauf si Madara lui en a parlé, et j'en doute car Sasuke serait devenu fou après ça, il n'a pas pu l'apprendre de lui même.

- Il ne doit pas savoir, décrétai-je fermement. Sinon, il se mettra en danger, il désobéira à Madara et il se fera tuer. Il ne...

La porte s'ouvrit à cet instant et une superbe jeune femme pénétra dans la pièce. Ses cheveux étaient noirs aux reflets bleutés et une petite rose bleue était fixée à l'une de ses mèches sur sa tête. Sa silhouette était grande, fine et élancée. Cela ne l'empêchait cependant pas d'avoir de jolies formes bien proportionnées. Elle se tenait droite, fière, le visage serein. Ses grands yeux étaient marrons, d'une teinte similaire à celle des yeux de Pain, et ils étaient cerclés de khôl. Ses longs cils noirs venaient caresser ses joues à chaque battement de cil. Je demeurai bouche bée devant tant de beauté. Lorsqu'elle vit Pain, elle se précipita vers lui.

- C'est de ma faute, déplora-t-elle d'une belle voix douce, je n'aurais jamais dû rejoindre l'Akatsuki ! Laisse-le me tuer, ce n'est pas grave, mais ne trahis pas Madara ! Il te tuera sinon ! Ne...
- Calme-toi Konan, murmura Pain d'une belle voix que je ne lui connaissais pas. Je ne laisserai rien t'arriver, et tant pis pour Madara.
- C'est le bon esprit, approuva Orochimaru lorsqu'il entra à son tour.
- Ne dis pas ça !, s'exclama Konan. Si j'ai la vie sauve ici, c'est toi qui la perdras lorsque Madara apprendra que tu...
- Je ne te laisserai pas mourir, dit Pain avec détermination.

C'était une décision sans appel. J'observai Pain, le regard affectueux qu'il posait sur Konan et la façon délicate dont il la touchait. La jeune femme, elle, regardait Pain avec toute la chaleur de l'amour d'une femme, teintée de désespoir. Mon cœur se serra. Malgré ce que j'avais décidé, je ne pouvais m'empêcher de me voir à travers Konan. Quant à Sasuke, il se serait sacrifié de la même manière que Pain. Le mur que j'avais l'habitude d'ériger dans de telles situations ne cessait de s'écrouler. Je ne pouvais me détacher de cette scène, je ne parvenais pas à me protéger du halo d'amour qui émanait de ces deux personnes. Non, cette fois-là seulement, je fus incapable de faire preuve d'indifférence. Ces deux êtres nous ressemblaient trop.
Konan choisit cet instant pour remarquer ma présence. Elle se tourna vers moi et, après avoir promené son regard sur moi, elle demanda :

- Tu es Sakura, n'est ce pas ?
- En effet, répondis-je d'une petite voix.

Elle sourit.

- Tu es aussi jolie que je l'imaginais, dit-elle avec gentillesse. Sasuke m'a beaucoup parlé de toi.
- Je..., hésitai-je en sentant une boule de chagrin se former dans ma gorge.
- Allons, montre-moi de ce courage dont on m'a si souvent parlé, m'encouragea-t-elle. Il n'y a rien que tu puisses faire pour nous, de toute façon.

Pain attrapa la main de Konan et demanda à Orochimaru ce qu'il voulait savoir. Mon supérieur afficha un large sourire et commença à poser des questions. Pain n'en laissa pas une seule sans réponse, débitant son discours d'un ton ferme et décidé. Orochimaru prenait des notes, hochait la tête, riait parfois. Il était visiblement très content de lui. De mon côté, je repensais à ce que Pain m'avait confié. J'étais désormais certaine qu'il s'agissait de la vérité. Pain était décidé à mourir. Il n'avait plus aucune raison de mentir désormais. Alors Deidara et Hidan étaient vraiment en vie. Ils étaient quelque part sur cette Terre, la tête pleine d'idées de vengeance. Ils reviendraient à Konoha un jour ou l'autre, j'en étais certaine. Ils viendraient me tuer. Mais se contenteraient-ils de ma mort ? J'en doutais. Tels que je les connaissais, ils chercheraient à me faire souffrir. Et ils savaient mieux que personne comment m'atteindre. Leur cible était toute trouvée. Il fallait absolument que je mette en garde Sasuke. Mais si Sasuke apprenait qu'ils étaient en vie, il chercherait à me protéger par tous les moyens, quitte à s'attirer les foudres de son aïeul. Ce dernier n'hésiterait alors pas à m'éliminer une bonne fois pour toute. Je ne pouvais pourtant pas prendre le risque de laisser Sasuke dans l'ignorance, pas alors qu'il risquait d'être attaqué à tout moment. Pour le mettre au courant, je devrais passer par mes intermédiaire habituels, Anko et Itachi, et je ne doutais pas qu'Itachi surveillerait son frère pour l'empêcher de faire n'importe quoi. Mais son influence fraternelle était assez limitée, en effet il était rare que Sasuke prît ses conseils en considération. Non, Itachi ne serait d'aucun secours. Mais alors que faire ?
Un temps infini s'écoula sans que je prenne de décision. Il était hors de question de mettre au courant Sasuke pour des raisons évidentes. Pour autant, le laisser dans l'ignorance n'était pas une solution non plus. A défaut de choisir la meilleure voie, j'espérais être capable de trouver celle qui nous conduirait moins vite à la catastrophe.

- Bien, s'exclama soudain Orochimaru, merci pour ces précieuses informations. Sois tranquille, je les utiliserai à bon escient. Sakura, je te laisse terminer, ici.

Un énorme poids s'abattit sur mon cœur. Qu'entendait-il par là ?

- Attendez, vous ne les relâchez pas ?, demandai-je piteusement.
- A quoi bon ?, s'enquit-il. Celui-là sera tué dès que Madara se rendra compte qu'il l'a trahi. Quant à cette jeune femme, ce serait pitié que de la laisser vivre dans la douleur d'avoir perdu l'homme qu'elle aime.
- Sale serpent !, s'emporta Pain en se levant. Vous m'aviez promis qu'elle aurait la vie sauve !
- Tu m'as entendu promettre quelque chose, toi ?, s'étonna Orochimaru en ramassant ses notes. Ceci n'était que ton interprétation, mon jeune ami. Tu m'as vu entrer avec ton amie alors tu as conclu un peu trop hâtivement... Qui te dis que je n'avais pas l'intention de vous tuer tous les deux, et ce dès le départ ?

Il afficha un sourire mauvais qui me révolta.

- Vous avez les informations que vous désiriez, laissez leur une chance de s'enfuir !, plaidai-je. Qu'est ce que cela peut vous rapporter de...
- Je ne te demande pas ton avis, Sakura, dit-il fermement. C'est un ordre que je te donne.
- Mais..., insistai-je.
- A toi de voir qui tu préfères voir mourir, ces deux-là ou ta chère maman, me coupa mon supérieur. Je t'attends en haut dans une minute. Ne me fais pas attendre.

Il quitta la pièce en fermant doucement la porte derrière lui. Le poids de mon arme dans ma main sembla soudain se multiplier. Pain et Konan me regardaient, silencieux.

- Fais ce que tu as à faire, Sakura, dit doucement la jeune femme. C'est sûrement mieux ainsi. Si je meurs en même temps que Pain, cela m'épargnera bien des souffrances.
- Non !, m'exclamai-je. Vous... Je ne peux pas faire ça.
- Penses au mal que je t'ai fais, laisse remonter ta colère !, me conseilla Pain.
- Je n'ai plus de colère, décrétai-je.
- Tu mens, assura-t-il.
- Je n'ai plus de colère !, m'énervai-je. Pas contre vous ! Je...

Sans même me laisser le temps d'agir, Pain se leva, s'empara de mon arme et recula vers le fond de la pièce, le canon pointé dans ma direction. Hébétée, je clignai des yeux devant ce retournement de situation.

- Tu t'es endurcie, c'est bien, dit Pain en souriant faiblement. Mais tu n'es pas encore suffisamment forte pour ce milieu. Tu es trop facilement manipulable. Tant que tu auras des doutes, des gens s'en serviront contre toi.

Une vague de fureur me submergea, violente.

- Alors c'est ça ?, m'écriai-je. Tout ce que tu m'as dit, c'était pour que je baisse ma garde ? Tu n'attendais que ça, pas vrai ? Pouvoir me piquer mon flingue ! J'aurais dû le savoir, un pourri comme toi ne change jamais ! Qu'est ce qui m'a pris d'avoir pitié d'un tel bâtard ! J'aurais dû te tuer, j'aurais dû te laisser crever, espèce de...

Pain sourit, d'un petit sourire triste qui le rendait adorable sous tous ses piercings.

- Tu vois que tu portais encore un peu de colère en toi, finalement, soupira-t-il en levant les yeux au ciel.

Puis, il posa ses yeux sur Konan. Des mots franchir ses lèvres, qui ne parvinrent pas jusqu'à moi. Konan écarquilla les yeux et se précipita mais, trop tard, aussi rapide que l'éclair, Pain avait levé l'arme à sa tempe et il avait tiré. Son corps retomba mollement sur le sol, comme une poupée de chiffon. Ses yeux ouverts étaient vides.
Le cri déchirant que poussa le jeune femme me fit l'effet d'un coup de couteau dans le cœur. C'était un cri de désespoir profond, un cri qui relevait de la douleur la plus insupportable que l'on puisse imaginer. C'était un appel au secours.
Alors, lentement, pendant qu'elle pleurait sur le corps sans vie de l'être qu'elle aimait tant, je m'approchai pour ramasser l'arme. Sans prêter attention à la douleur qui m'enserrait la poitrine, je me relevai et visai la jeune femme. Cette dernière perçu mon mouvement et se retourna lentement. Son visage était recouvert d'un mélange de larmes, de maquillage et de sang. Ses yeux étaient hantés par une lueur de folie, berceau d'une douleur insondable. Elle ouvrit la bouche et murmura :

- Merci...

Puis le coup partit et son corps retomba sur celui de Pain, son sang se mêla au sien. Mon regard ne les quitta pas, mon bras ne retomba pas, je fus comme paralysée. Sur mes joues, des larmes ruisselaient discrètement, comme pour se faire oublier. Pain avait pris un gros risque en se suicidant. Comment avait-il pu être sûr que je tuerais Konan ? La réponse était pourtant évidente. Il avait perçu mon empathie à leur égard, il avait compris que je voyais Sasuke et moi à travers eux. Il avait parié qu'en voyant Konan, je comprendrais sa douleur, je me l'approprierais et que, naturellement, je lui accorderais la libération que j'aurais espérée à sa place. En si peu de temps, Pain m'avait parfaitement analysée.

Je dus me ressaisir rapidement car Orochimaru ne m'attendrait pas indéfiniment. Je jetai un dernier regard au couple sans vie, leur rendit un dernier hommage silencieux puis essuyai mes larmes d'un revers de main avant de quitter la pièce. Sur le chemin qui menait à la sortie du cachot, je fis disparaître toute trace de tristesse, de colère et de souffrance de mon visage pour revêtir mon masque d'indifférence. En arrivant près d'Orochimaru, je m'étais métamorphosée. Mon supérieur attendit que je sois à son niveau pour demander :

- C'est fait ?
- C'est fait, répondis-je posément sans le regarder.

Il lécha le bout de son pouce à l'aide duquel il enleva une tâche de sang sous mon œil.

- Ma belle petite tueuse, dit-il affectueusement en tirant la porte pour me laisser passer.