Yo!
Voila deux nouveaux chapitres avec, pour une fois, pas trop de retard! Concernant l'ellipse narrative qui en a surpris quelques uns, il s'agissait avant tout de ne pas faire avancer l'histoire trop vite et, surtout, il fallait que Sakura s'endurcisse pour les besoins de la suite. Vous comprendrez bientôt où je veux en venir! J'espère malgré tout que cela ne vous a pas trop rebutés et que vous continuerez à suivre cette histoire qui, je vous le garantis, n'a pas fini de vous surprendre... Je dis ça, je dis rien! ;)
Bonne lecture et à bientôt!
Nappes de brouillard
Orochimaru me garda à ses côtés une bonne partie de la nuit. Il rayonnait. Il ne cessait de distribuer des compliments à ses hommes, souriait à tout un chacun et chantonnait lorsqu'il pensait que personne ne l'entendait. Tout allait bien pour lui. Je fis de mon mieux pour accomplir les petites tâches qu'il me confiait sans montrer le moindre signe de relâchement. Mais, au fond de moi, un gouffre d'une profondeur infinie s'était formé. Je ne cessais de me repasser la scène. Le sourire triste de Pain après que j'ai déversé ma colère sur lui, ses lèvres qui remuaient alors qu'il adressait ses derniers mots à Konan, le cri de cette dernière après qu'il ait mis fin à sa vie, son si beau visage défiguré par le chagrin. J'avais été l'actrice de cette tragédie. J'avais beau me chercher des excuses, c'était bien moi qui avait pressé la détente pour mettre fin aux souffrances de Konan. Une fois de plus, j'avais ôté une vie. Mais celle-ci me paraissait bien plus précieuse que toutes les précédentes. En tuant Konan, c'était une part de moi, celle qui représentait l'espoir, que j'avais assassinée. Konan et Pain s'aimaient du même amour qui nous liait, Sasuke et moi. Mais la vie ne leur avait pas fait de cadeau pour autant. Lorsque je revoyais leurs deux corps sans vie, je ne pouvais m'empêcher de voir Sasuke et moi à leur place. Était-ce là notre destin ? Étions-nous fatalement condamnés à subir le même sort ? Pour moi, il était désormais évident que c'était la seule issue. J'étais prête à accepter ma mort. Mais je voulais le revoir une dernière fois...
Alors, lorsque Suigetsu me déposa devant chez moi vers quatre heures du matin, j'attendis qu'il ait disparu au bout de la rue pour faire volte face et redescendre en direction du centre. Quelque part, une chouette chantait de façon lugubre. Une voiture passa et ses phares m'aveuglèrent un court instant. Mais je continuai ma route, déterminée. Mes pas résonnaient sur le trottoir en une petite musique qui se répercutait contre les murs des maisons. Je l'écoutai s'envoler dans le silence et laissai mes pensées s'égarer. Un chat surgit devant moi, me vrilla de ses grands yeux jaunes, puis disparu dans une haie. Je ramenai mes bras autour de moi pour me réchauffer dans cette fraîche nuit de juin.
Je ne marchai pas longtemps, cinq minutes tout au plus, avant d'arriver à destination. Je me teins debout devant cette maison qui recelait mon plus grand trésor et la contemplai avec respect. J'avais peur, mais pas de mourir. J'avais peur qu'il ne se trouve pas chez lui. Je jetai un regard derrière moi, vérifiai que personne ne se dissimulai dans l'ombre, puis attrapai un caillou par terre. Je le fis tourner rêveusement entre mes doigts, songeuse. Encore quelques secondes, et je pourrais revoir son visage. Un sourire aux lèvres, je pris mon élan et jetai la pierre contre les volets de la chambre de Sasuke. Je me baissai pour prendre un second projectile et le fit voler à son tour. Trois, quatre, cinq pierres y passèrent avant qu'une lumière ne s'allume dans la pièce, filtrant à travers les volets. Mon cœur se mit à battre très fort. J'aurais voulu crier son nom, j'aurais voulu m'envoler pour pouvoir le rejoindre, lui hurler de se dépêcher. L'impatience menaçait de me consumer lorsque j'entendis la fenêtre s'ouvrir. Je retins mon souffle. Puis, ce fut le loquet du volet qui se souleva, les battants s'écartèrent en grinçant et...
- Je savais que tu finirais par revenir, dit Madara en me contemplant de haut.
Je me réveillai en sursaut, un cri au bord des lèvres. Un rêve ! Ce n'était qu'un rêve... Je me redressai en soupirant et jetai un œil à mon réveil. Il était cinq heures du matin. Cela faisait seulement une heure que j'étais rentrée. Après avoir passé plus de trente minutes à me retourner dans mon lit, j'avais fini par plonger dans un sommeil tourmenté. Et voilà que ce rêve m'en avait ressorti.
Mon cœur battait encore à l'idée de revoir le visage de Sasuke. Je fermai les yeux et tentai de me le représenter mais il manquait trop de détails. Cela faisait si longtemps que je n'avais pas pu contempler ses yeux noirs, ses pommettes hautes, ses lèvres gourmandes... L'idée que j'en avais gardé n'était pas à la hauteur de la réalité, je le savais. Mais, pire que tout, l'image ne me suffisait pas. Ma peau pleurait son absence en permanence, je me languissais du contact de ses mains, de la douceur de sa peau sous mes doigts, de la délicatesse de ses lèvres sur les miennes. Cela, aucun rêve ne pourrait me le rendre. L'émotion que je ressentais à ses côtés était impossible à reproduire s'il n'était pas là.
J'allumai ma lampe de chevet et enveloppai mon corps à demi nu dans une veste longue. Puis je m'accroupis pour fouiller sous mon lit, à la recherche d'une boite. Alors que je cherchais, je me sentis coupable. La vérité, c'était que je m'étais promis de ne plus y toucher. Je les avais jetées au loin, car si elles m'apportaient un peu de réconfort sur le moment, elles ne faisaient que raviver ma douleur une fois rangées. Mais, à cet instant, j'en avais besoin. Il fallait que je les trouve.
Enfin, ma main se referma sur la boite à chaussure que je cherchais. Je l'extirpai du dessous de mon lit d'un geste rapide, l'ouvris et contemplai son contenu. Les feuilles étaient soigneusement pliées, empilées avec soin. Je les sortis une à une pour vérifier qu'elles étaient bien toutes là. Oui, il y en avait quinze. J'attrapai celle du dessus, m'adossai au mur et, délicatement, je dépliai la première lettre. Elle datait du 03 février de l'année précédente.
« Sakura,
Si je pouvais buter Madara et Pain, je le ferais. Ils n'ont pas montré le moindre signe de remords lorsqu'ils sont revenus et ont refusé de me dire où ils t'avaient emmenée. J'ai appris par la suite qu'ils t'avaient jetée au milieu du parc, ces salauds. Heureusement que Minato t'a trouvée. J'imagine que Naruto doit encore plus me détester maintenant... Et il a raison, je crois, quoi que tu en dises.
C'est donc la première fois que cette clé te revient, j'espère que tu penseras à vérifier son contenu avant de la passer à Orochimaru. Sinon, tant pis, je me ferai engueuler. Si tu as trouvé ce fichier, pense à me le faire savoir quand tu feras passer la clé dans l'autre sens.
J'ai pensé qu'on pourrait se servir de ce système pour communiquer sans que Madara ne soit au courant. Je ne sais pas si ça pourra durer, mais autant en profiter tant qu'on le peut.
Prends soin de toi, ne fais confiance à personne.
Sasuke »
Mes larmes avaient commencé à couler à la simple lecture de mon nom. Il avait écrit ça pour moi, il y avait si longtemps. Bien sûr que j'avais pensé à vérifier la clé, c'était même la première chose que j'avais faite en rentrant chez moi. J'avais réalisé très tôt que la clé pouvait constituer le dernier fil conducteur entre nous. Je me rappelais parfaitement avoir rédigé ma réponse dans les minutes qui avaient précédé mon départ pour le repaire, ce jour-là. Dès qu'Orochimaru m'avait rendu la clé, je m'étais empressée d'y copier mon fichier avant de la remettre à Anko.
J'attrapai la seconde lettre de la pile et parcourut les quelques lignes qu'elle contenait, puis je lu la troisième. Plus le temps s'écoulait et plus les lettres s'allongeaient. Sasuke me parlait de son frère, de ses parents, de Madara. Il demandait continuellement si j'allais bien, comment j'étais traitée au repaire d'Orochimaru et insistait sur le fait que je devais toujours me tenir sur mes gardes. Il ne disait pas grand chose sur lui, comme d'habitude. Tout ce qu'il disait, c'était de ne pas m'inquiéter. Alors que je ne me gênais pas pour lui dire combien il me manquait et comme j'aurais voulu être près de lui, ce genre de sentiments n'apparaissaient pas dans ses lettres. Mais je ne lui en voulais certainement pas pour ça. Sasuke ne s'étalait pas sur ce qu'il ressentait à l'oral, alors je ne m'étais pas forcément attendue à de grands épanchements à l'écrit. Ses inquiétudes à mon égard, sa considération et ses multiples appels à la prudence étaient pour moi une preuve de son affection. De plus, il finissait toujours ses lettres par un « Prends soin de toi » qui me comblait toujours de bonheur.
Mes larmes coulaient à flot, mon cœur saignait mais, faisant fi de la douleur, je continuais à lire. Certains de ses mots me faisaient rire, d'autre me faisaient peur et la plupart me faisaient pleurer. Enfin, j'arrivai à la dernière. Elle datait du mois de Novembre.
« Sakura,
Je pense qu'on ne pourra bientôt plus communiquer par ce biais. Madara est devenu complètement parano, il tue à tour de bras ses hommes les plus proches. Je suis surpris de ne pas y être encore passé.
Visiblement, pour le moment en tout cas, il n'a pas l'air de se douter de quoi que ce soit. C'est quand même assez con de sa part, je trouve. Bien sûr il me surveille très étroitement, et Itachi n'y échappe pas non plus. Je crois que même mes parents sont suivis maintenant. Mais il n'a toujours pas fait le lien avec Anko et le lycée. Malgré ça, il ne laisse plus rien passer. Comme je te l'ai dit la dernière fois, il a investi dans du matériel de dingue et il stocke tout là-dessus, il change les mots de passe tous les jours. Je l'entends souvent râler dans son coin à propos de ces fuites d'informations, alors je crois qu'il est déterminé à y mettre fin. On verra comment ça évolue.
Méfie-toi de Zaku, s'il te plait. Ce mec ne me plaît pas et, si tu veux tout savoir, le savoir près de toi m'est insupportable. Je ne sais pas de quoi il est capable, alors ne le lâche pas des yeux quand il est dans les parages. Et, si possible, évite d'être seule avec lui. Quand tu seras meilleure tireuse que lui, descends-le, je serai plus tranquille.
Si tu dois devenir membre de la garde rapprochée d'Orochimaru, par pitié, ne fais rien de stupide. Laisse les autres se faire tuer à ta place, utilise les comme boucliers s'il le faut. Et s'il ne reste qu'Orochimaru debout, cache-toi derrière lui. Il peut crever, j'en ai rien à foutre. Fais attention, vraiment.
Encore une fois tu te retrouves au milieu des fauves, et j'aimerais pouvoir venir te chercher. Mais on est coincés tous les deux, toi comme moi, pas vrai ? On s'en sortira malgré tout, c'est une promesse que je te fais.
J'espère voir revenir cette clé, mais je sens que c'est la fin. Quand Orochimaru n'aura plus besoin de moi, il te foutra peut être la paix. J'espère que ça arrivera.
Prends soin de toi, je ne t'oublie pas.
Sasuke. »
Un flot d'émotions me submergea et je serrai la lettre dans ma main si fort que mes ongles passèrent au travers de la feuille. De toute façon, j'étais presque toujours obligée de les réimprimer après chaque lecture. Cette lettre était sans pareille. Comme s'il était vraiment persuadé que c'était la dernière, Sasuke avait laissé filtré un peu de ses sentiments. Sa référence à Zaku était en réponse à ce que je lui avais confié dans ma précédente lettre, où j'avais raconté les multiples tentatives de mon instructeur pour s'attirer mes faveurs. Bien sûr, je n'étais pas obligée de lui en parler, mais la femme qui était en moi avait ressenti le besoin d'attiser sa jalousie. Avec le recul, je m'en voulais un peu. Sasuke avait déjà suffisamment de raisons de s'inquiéter pour moi, il était inutile d'y ajouter le harcèlement de Zaku. Mais à travers le petit paragraphe qu'il lui avait dédié, j'avais pu ressentir son amour pour moi, ce qui m'avait apporté un immense réconfort.
Je relu la phrase dans laquelle il me promettait que nous allions nous en sortir et souris à travers mes larmes. J'étais certaine qu'il n'avait pas fait cette promesse en l'air, cependant les circonstances étaient différentes. A présent, je ne voyais pas comment nous pourrions nous tirer de cette situation. A moins que je mette mon idée à exécution. Mais il était trop tôt pour l'envisager.
Je rangeai les lettres dans la boite en me promettant à nouveau de ne plus y toucher, tout en sachant pertinemment que je ne tiendrais pas cette promesse. Je remis la boite sous le lit, éteignis la lumière et m'allongeai. Un temps infini s'écoula avant que mes larmes ne se tarissent. Mais je finis par tomber de fatigue et sombrait de nouveau dans des rêves agités dans lesquels Sasuke mourrait sous des pluies de balles.
Deux mois s'écoulèrent au cours desquels j'accomplis mon travail auprès d'Orochimaru avec assiduité. Mes leçons d'entraînement au tir se déroulaient comme d'ordinaire avec Zaku, ce dernier ponctuant certaines de ses phrases d'allusions salaces. Je suivais également des leçons d'arts martiaux avec Kabuto, le bras droit d'Orochimaru, un homme renfermé et peu bavard. Cela faisait un an qu'il avait pris en charge mon entraînement. Orochimaru me l'avait imposé, prétextant que je n'aurais pas une arme à disposition en toutes circonstances. Cet entraînement me plaisait, il me permettait de me défouler. Comme au tir, c'était toujours lorsque j'imaginais Madara en face de moi que je montrais toute l'étendue de mes talents. Dernièrement, il m'arrivait aussi d'imaginer Orochimaru lorsque je me battais contre Kabuto. La mort de Pain et Konan m'étaient restées en travers de la gorge. Je savais qu'Orochimaru était cruel mais il avait toujours eu cette part d'humanité qui, selon moi, le rendait très différent de Madara. Si cette humanité existait, il ne m'en avait pas donné la preuve lorsqu'il m'avait ordonné d'exécuter les deux membres de l'Akatsuki.
Mais il avait payé cet acte au centuple. Après que trois embuscades se fussent soldées par un échec, Orochimaru avait fini par admettre que les informations données par Pain étaient fausses. J'avais été aussi surprise que lui par la façon dont Pain avait parfaitement joué son rôle. Il avait débité des mensonges pendant près de trente minutes sans sourciller, de la manière la plus naturelle possible. N'importe qui d'autre se serait aussi laissé avoir. J'avais été ravie d'apprendre ce coup du sort qui montrait à Orochimaru les limites de son pouvoir. Lui qui se croyait infaillible, il avait dû admettre sa défaite. Et rien ne pouvait me faire plus plaisir.
« D'un autre côté, si Madara disparaît, il ne m'empêchera plus de revoir Sasuke », songeai-je sur le chemin du retour, ce jour-là. Suigetsu avait encore du travail, aussi rentrais-je à pied. Il était trois heures de l'après-midi, le soleil brillait et une chaleur étouffante gênait ma respiration. Je ne portais qu'un short, un débardeur en toile et des sandales, pourtant je mourrais de chaud. Malgré tout, j'étais contente de pouvoir profiter du soleil. D'ordinaire, je passais la majorité de mon temps dans les sous-sols humides du repaire. Mes lunettes de soleil sur le nez, je marchais d'un pas tranquille en fredonnant un air que j'avais entendu ce matin-là à la radio. Autour de moi, des champs à perte de vue. Le repaire d'Orochimaru se trouvait dans les montagnes et on ne pouvait y accéder qu'en empruntant de petites routes de campagne. Le trajet entre le repaire et ma maison était assez long, puisqu'il me fallait près de deux heures en marchant d'un pas rapide, mais il était rare que je le fasse à pied. Puisqu'il faisait beau ce jour-là, cela ne me dérangeait pas.
Alors que j'avais quitté le repaire depuis une heure, une longue voiture noire approcha et freina après m'avoir dépassée. Je tentai de voir le visage du conducteur mais les vitres étaient teintées. J'entendis la voiture s'arrêter et faire marche arrière. Aussitôt, les visages de Deidara et Hidan s'imposèrent à mon esprit et je me sentis soudain aussi glacée qu'en plein hiver. Alors que je plongeais la main dans mon sac pour saisir mon arme, la voiture s'arrêta à côté de moi et la vitre arrière se baissa pour révéler... un homme mûr. Enfin, un homme entre cinquante et soixante ans, à première vue.
- Bonjour, Mademoiselle, dit-il avec un léger accent. Désirez-vous que l'on vous dépose quelque part ?
- Euh, non, merci, balbutiai-je en sentant le soulagement m'envahir. Il fait beau, je préfère marcher.
- Il n'y a pas grand chose dans les environs, déclara l'homme en regardant autour de nous. D'où venez-vous ?
« Non mais je t'en pose des questions, moi ? », grommelai-je en mon fort intérieur. Malgré tout, je souris aussi poliment que possible.
- Je me promène parfois par ici, dis-je. Comme vous dites, il n'y a pas grand chose, je peux m'y balader tranquillement.
J'insistai sur le « tranquillement », histoire de lui faire comprendre que j'aimerais bien qu'il me lâche la grappe. L'homme hocha la tête, me salua puis la voiture repartit en direction des montagne. Je la suivis des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans un virage.
- Non mais quel vieux pervers, marmonnai-je en reprenant ma route.
Mais je n'étais plus aussi tranquille qu'avant. Cette voiture qui s'était arrêtée à côté de moi m'avait fait peur et, malgré mes tentatives pour l'oublier, je ne parvenais pas à retrouver mon calme. Depuis que Pain m'avait mis au courant pour Deidara et Hidan, j'essayais de ne pas y penser pour ne pas faire de ma vie un calvaire. Je n'avais toujours pas pris de décision concernant Sasuke non plus. Cela faisait donc deux mois que cette révélation pesait sur mes épaules, sans personne avec qui la partager. Pendant un court moment, j'avais envisagé d'en parler à Suigetsu, mon seul allié et ami dans cette aventure, mais j'avais rapidement changé d'avis. Je ne voulais pas qu'il s'inquiète pour moi, pas alors qu'il commençait tout juste à découvrir le bonheur avec Karin. Tous deux s'étaient mis en relation depuis peu, quelques semaines à peine. Ils se disputaient toujours autant, mais leurs paroles étaient toujours enveloppées dans un cocon d'affection, ce qui avait quelque chose d'attendrissant. Orochimaru n'avait rien trouvé à redire, « dans la mesure où cela ne les empêchait pas de faire leur travail ». Moi, j'étais contente pour eux, tout simplement. Pourtant je préférais éviter d'être avec eux dans la mesure du possible. L'amour qu'ils partageaient me rappelait trop celui dont on m'avait privée.
Le lendemain, je me levai tôt pour m'occuper du ménage à la maison. Lorsque je vérifiai mon portable, je remarquai que j'avais un message de Suigetsu.
« Le chef veut te voir. Je passe te prendre à 9h. Si tu dors encore, je monte te chercher et je te traîne de force. »
Je souris. Tant pis pour le ménage. Il était huit heures. Je descendis déjeuner, pris une douche rapide, enfilai une robe légère et des ballerines, puis attrapai mon sac dans lequel je gardai toujours un jean, un t-shirt et des baskets. J'ignorais ce que me voulais Orochimaru mais une robe et des ballerines n'était peut-être pas la tenue appropriée. Je relevai rapidement mes cheveux, que je fis tenir sur ma nuque à grand renforts de pinces, puis je dévalai les escaliers jusque dans l'entrée. Il était neuf heures cinq. J'ouvris la porte sur un Suigetsu prêt à frapper.
- Quelle synchronisation !, m'exclamai-je en souriant.
- Contente que tu sois debout, soupira Suigetsu. Malgré ce que j'ai dis, je ne pense pas que j'aurais eu la force de te soulever.
Je remarquai en effet qu'il avait les traits emprunts de fatigue.
- Tu n'as pas dormi ?, demandai-je.
- Nan, confirma mon ami alors que je verrouillais la porte. Je devais terminer à huit heures et rejoindre Karin chez moi, mais Oro voulait te voir donc il m'a demandé de venir te chercher. Comme si j'étais un foutu taxi. C'est sur qu'il n'a pas assez de mecs sous ses ordres, il aurait pas pu envoyer quelqu'un d'autre !
- Tu me poses et tu vas te coucher, d'accord ?, le consolai-je en me dirigeant vers sa voiture. Ce n'est pas bien loin !
- Mouais, grommela-t-il. Allez, monte.
Il conduisit beaucoup trop vite, ce qui n'avait rien de rassurant lorsqu'on avait conscience de son état de fatigue. Je me cramponnai au siège en tâchant de dissimuler mon malaise. Si je lui faisais des reproches sur sa conduite il allait mal le prendre, c'était certain. Lorsque nous parvînmes à l'entrée, je fus surprise de le voir descendre de la voiture. Alors que je l'interrogeais, il grogna :
- Stan et Torpille sont à l'entrée. T'as vu comment t'es fringuée ? Si tu y vas toute seule, ils vont te bouffer.
- Oh !, fis-je avec reconnaissance. Merci, je n'avais pas pensé à ça.
- Ça ne m'étonne pas, soupira-t-il.
Nous prîmes la direction de la porte, c'est alors que je remarquai une longue voiture noire aux vitres teintées sur le parking. La voiture de l'homme que j'avais rencontré la veille. J'étais étonnée de la voir à cet endroit, même si cela n'avait rien de surprenant lorsqu'on y réfléchissait. Un tel véhicule jurait un peu avec les petites autos et les engins agricoles que l'on croisait habituellement sur cette route.
- Tu sais à qui est cette voiture ?, demandai-je à Suigetsu en lui indiquant la berline noire.
- Non, répondit mon ami. Pourquoi ?
- Je l'ai croisée sur la route hier, quand je rentrais, confiai-je. Le mec c'est arrêté, un type dans la cinquantaine. Un vieux pervers.
- Il t'a fait des propositions ?, demanda Suigetsu en me gratifiant d'un clin d'œil.
- Oh mon Dieu, non !, fis-je d'un air dégoûté. Il voulait savoir d'où je venais. Et il a proposé de me déposer. Enfin, des trucs de vieux pervers quoi.
- C'était peut être juste un vieil homme gentil et serviable, répliqua le jeune homme. T'es parano, ma grande.
- Tu parles, ricanai-je. Si la vie m'a bien appris quelque chose, c'est que les personnes gentilles, serviables et désintéressées, ça n'existe pas.
- Tu es aigrie, conclut Suigetsu d'un ton taquin.
- Disons que je suis aigrie, admis-je.
Suigetsu rit alors que nous arrivions au niveau de la porte. Stan et Torpille sifflèrent en regardant mes jambes et je me contentai de les ignorer. Suigetsu les remit à leur place et, une minute plus tard, nous étions à l'intérieur.
Orochimaru était là, souriant. Il avait l'air heureux comme tout. Bizarrement, cela ne me disait rien de bon.
- Ma belle Sakura, dit-il en s'approchant. Ma douce, ma tendre, j'ai une mission cruciale pour toi aujourd'hui.
Oula, beaucoup trop de compliments. Il me brossait dans le sens du poil. Je commençai vraiment à avoir peur.
- Va te coucher Suigetsu, dis-je à mon ami qui attendait patiemment qu'on lui donne son congé. Et quelle est cette mission cruciale ?
Suigetsu me donna une petite tape sur l'épaule et s'en alla sans demander son reste. Le sourire d'Orochimaru s'élargit, si c'était encore possible.
- Qui aurait cru que tu serais la clé de mon succès, hein ?
Je levai un sourcil, intriguée. Qu'entendait-il par là ? Encore une fois, tout cela n'avait rien de bien rassurant.
- Suis-moi, ma jolie, dit-il en s'engageant dans le couloir.
Orochimaru me fit prendre deux escaliers, tourna à droite, à gauche, dans des couloirs parcourus par une foule de personnes empressées. Finalement, il passa une porte et s'effaça pour me laisser entrer. C'était un salon assez douillet, à la lumière tamisée. Le canapé en cuir d'un brun chaud paraissait très confortable. Un tapis aux motifs orientaux recouvrait une large portion du sol et ses couleurs vives s'accordaient parfaitement avec le reste du mobilier, façonné dans un bois de rose très foncé. Les murs étaient recouverts d'une peinture ocre épaisse qui assombrissait un peu la pièce tout en la rendant encore plus chaleureuse. Je levai la tête vers Orochimaru, sans comprendre.
- C'est ici que j'ai besoin de toi, dit-il en souriant face à mon air déconcerté. Mais d'abord, tu dois te changer.
Il m'entraîna vers une porte qui se découpait dans le mur au fond de la pièce, l'ouvrit et me fit pénétrer dans ce qui semblait être le même salon, mais en plus petit. Une robe sublime avait été déposée sur l'un des fauteuils en cuir, ainsi qu'une paire de talons aiguilles assortis.
- Enfile ça, je vais envoyer quelqu'un pour le maquillage et la coiffure, ordonna Orochimaru.
- Je ne comprends pas, déclarai-je en sentant l'appréhension me nouer l'estomac.
- Tu comprendras bien assez tôt, se contenta de dire mon chef avant de quitter la pièce.
Je m'approchai de la robe, tendue. C'était une robe bustier blanche, taillée dans un tissu léger et recouverte d'une fine dentelle. Elle était cintrée à la taille, les plis de la jupe s'évasant jusqu'à un niveau légèrement au dessus des genoux. De fins rubans roses habillaient la robe au niveau du col et de la taille. Je l'enfilai sans trop réfléchir, ainsi que le collier de perles nacrées qui avait été déposé avec. Les boucles d'oreilles représentaient des fleurs de cerisier en argent peintes dans un rose pâle léger et frais. Les chaussures, roses également, étaient aussi recouvertes de dentelle et m'allaient parfaitement. Tout ceci était très mignon mais j'avais l'impression d'être tout droit sortie d'un film romantique. Il ne me manquait plus que les boucles dans les cheveux et les rubans blancs. Une jeune fille choisit ce moment là pour pénétrer dans la pièce. Lorsque je la reconnus, je fus estomaquée.
- Kisa ! C'est bien le dernier endroit où je m'attendais à te trouver !
- Oh !, fit la jeune fille en me reconnaissant à son tour. Je... Je travaille pour Monsieur Orochimaru maintenant...
Pauvre fille, passer d'un monstre à un autre..., songeai-je. Mais Orochimaru était ce que l'on pouvait qualifier de monstre civilisé. Cela devait la changer de Deidara et sa bande. Au moins, j'osais croire qu'ici personne ne cherchait à lui retirer ses vêtements.
- Monsieur Orochimaru m'a recueillie il y a quelques semaines, expliqua la jeune fille tout en me faisant asseoir sur une chaise. J'étais retournée dans ma famille après la fusillade mais... Mon père, il...
Des larmes perlèrent à ses yeux.
- Il n'a pas voulu de moi, continua-t-elle en ravalant ses larmes. Ma famille est très traditionnelle. Pour mon père, une fille qui avait été souillée ne valait plus rien et ne pouvait lui apporter que des malheurs.
J'étais bouche bée. Comment de tels comportements pouvaient-ils encore exister de nos jours ?
- Et ta mère ?, demandai-je d'un ton compatissant. Tu es sa fille, elle n'a pas pris ta défense ?
- Ma mère est morte quand j'étais petite, dit Kisa en souriant faiblement. Je ne me souviens pas trop d'elle mais elle était très douce, je suis sûre qu'elle m'aurait acceptée...
Un léger soupir franchit ses lèvres tandis qu'elle brossait mes cheveux.
- Enfin, je me suis retrouvée sans foyer, sans parents, poursuivit-elle. Je suis retournée machinalement sur les lieux de la fusillade, parce que cet entrepôt me rattachait à quelque chose de familier... C'est là qu'Orochimaru m'a trouvée. Je lui ai expliquée qui j'étais et il a accepté de me prendre à son service. Depuis, je m'occupe de coiffer et préparer les dames qui se trouvent dans ses rangs.
Elle afficha un large sourire, visiblement satisfaite de son sort. J'étais contente pour elle, même si j'aurais préféré la savoir ailleurs. Kisa était une jolie fille douce et si gentille, je ne la croyais pas capable de survivre bien longtemps dans ce milieu... Avec un peu de chance, Orochimaru ne l'exposerait pas trop aux laideurs et aux dangers de cet environnement. Elle en avait vu bien assez comme ça...
Elle me raconta sa nouvelle vie tout en tirant, bouclant, froissant les mèches de mes cheveux une à une, à grand renfort de produits qui exhalaient un parfum exquis. Elle ramena mes cheveux en un chignon défait duquel s'échappait des mèches bouclées et légères qui retombaient doucement sur mes épaules. Elle avait également glissé quelques épingles ornées de perles dans mon chignon.
Puis elle s'attaqua au maquillage, qu'elle voulut léger. Elle se contenta de déposer un peu de rose vivifiant sur mes lèvres, poudra mes joues, et appliqua un peu de fard à paupière de couleur prune et de mascara sur mes yeux.
- Tu es vraiment très belle, déclara-t-elle en contemplant son travail.
- Merci, fis-je en me levant, l'ennui, c'est que je ne sais toujours pas pourquoi, ou pour qui, je dois être belle.
- Tu ne le sais pas ?, s'étonna Kisa. Je croyais que Monsieur Orochimaru te l'avait dit... Il veut te faire rencontrer l'homme influent qui est venu de Kumo.
- Un homme influent ? Qui est-ce ? Et pourquoi devrais-je le rencontrer ?, demandai-je sans être certaine de vouloir entendre la réponse.
- Je ne sais pas, il m'a simplement dit que tu devais rencontrer ce monsieur et qu'il fallait que tu sois la plus jolie possible, expliqua Kisa d'un air gêné. Je suis désolée, j'aurais dû te le dire dès le départ, on dirait que je suis encore complice de quelque chose qui va t'arriver contre ton gré...
Elle leva ses grands yeux bleus vers moi et je lus dans son regard à quel point elle avait peur pour moi. Cette fille était décidément trop gentille.
- Ne t'inquiète pas, assurai-je en souriant, Orochimaru veut sûrement impressionner ce type. J'imagine que je ne serais pas la seule fille.
Ces paroles étaient destinées à la rassurer autant que moi. Mais je n'y croyais pas. Karin était une fille sublime, définitivement un atout si Orochimaru cherchait à faire voir qu'il était entouré de jolies femmes. Or, Karin ne serait pas là lors de cette fameuse rencontre, pour la bonne raison qu'elle était avec Suigetsu, dans la maison de ce dernier. Je me mordis la lèvre. J'ignorais ce qui allait encore me tomber dessus, mais cela sentait le roussi pour moi...
