Hola!
Me voici aujourd'hui avec quatre (et j'ai bien dit quatre!) nouveaux chapitres. On peut dire que cela vous en fait, de la lecture. Ne vous esquintez pas trop les yeux sur vos écrans en lisant tout ça
J'ai hésité à vous en poster quatre, j'avais d'abord l'intention d'en mettre deux comme à mon habitude. Mais ces quatre-là constituent pour moi la charnière entre ce qu'il s'est passé jusqu'à présent et les évènements futurs, aussi me voyais-je mal les dissocier. Je ne pouvais décemment pas vous imposer un délai (probablement trop long, comme d'hab) entre ces chapitres. Bref, j'espère qu'ils vous plairont et profitez-en, cela n'arrivera pas tous les jours! ^^
A très vite!
35 - La ronde des Saints de glace
Kumamori me regardait avec un mélange de désir et de peur. Pour ma part, je me tenais droite, souriante et tâchais de paraître aussi innocente que possible.
- Je vous prie de bien vouloir excuser mon comportement, Monsieur, dis-je en m'inclinant. J'ai agis de manière irréfléchie. Je vous promets que cela ne se reproduira pas à l'avenir.
- Qu'est-ce qui l'a faite changer d'avis ?, demanda Kumamori à Orochimaru d'un ton suspicieux.
- Elle a simplement compris où se trouvait son intérêt, cher ami, dit mon supérieur en souriant. Vous savez, les femmes ont parfois des réactions excessives, je ne vous apprends rien. Après réflexion, elle a vite réalisé son erreur.
- Vraiment ?, fit mon futur mari, visiblement sceptique.
- Monsieur, je serai honorée de devenir votre épouse, dis-je tout en essayant de refréner mon envie de lui sauter à la gorge à nouveau. Mon comportement est inexcusable, mais laissez-moi l'opportunité de vous montrer que je peux être douce et aimante.
- Je te donne cette opportunité, déclara Kumamori. Tu vas rester avec moi quelques heures, nous verrons jusqu'où va ta détermination.
Ces paroles me firent l'effet d'une douche froide. Je n'avais pas prévu ça... Alors que je pensais avoir le temps de me préparer psychologiquement, ce type ne l'entendait pas de cette oreille. Mon estime pour lui descendit à un niveau en dessous de zéro. Malgré tout, je fis en sorte de ne pas me départir de mon sourire.
- Comme Monsieur le souhaite, dis-je en m'inclinant à nouveau.
- Je vous laisse, alors, dit Orochimaru en affichant toujours un air ravi. Mon cher, je suis heureux de voir que vous êtes revenu sur votre décision. Je vous assure que cette petite ne vous posera plus le moindre problème.
- C'est ce que nous verrons..., grommela l'homme d'affaire.
Orochimaru quitta la pièce et Kumamori s'approcha de moi. Je gardai les yeux fixés sur le mur pendant qu'il me tournait autour tel un vautour en chasse.
- Orochimaru m'a appris ce qu'il t'était arrivé, murmura-t-il. Quelle sale histoire, ce que ces hommes t'ont fait est impardonnable. Heureusement, moi, je n'aurai pas à te forcer la main.
Il caressa ma joue du bout des doigts et je frissonnai malgré moi. Il ne parut pas s'en rendre compte. Doucement, il retira les pinces de mes cheveux, qui tombèrent souplement sur mes épaules.
- Tu as de très beaux cheveux, dit-il en les caressant.
- Je vous remercie, chuchotai-je pour qu'il n'entende pas les tremblements dans ma voix.
Il tira sur la fermeture éclair de ma robe, qui tomba à mes pieds. A partir de cet instant, je fermai mon esprit et ne pensai plus à rien.
Quelques heures plus tard, Orochimaru vint me récupérer. Il m'observa un instant et je lu dans son regard à quel point je paraissais misérable.
- Croyez-moi, mon ami, je me sens comme un jeune homme !, s'enthousiasma Kumamori. Revenez me voir tout à l'heure avec le contrat, je le signerai avec plaisir. Au fond, cette petite n'a rien de dangereux. Et puis, j'aime les femmes qui ont du caractère !
Il rit et Orochimaru le salua d'un signe de tête, comme s'il se sentait flatté.
- Ma petite Sakura, poursuivit l'homme de Kumo, vous vous tiendrez prête pour dans un mois. Je viendrai vous chercher devant chez vous, si vous le souhaitez.
- Non, venez me chercher ici, murmurai-je avant d'ajouter : Monsieur.
- Très bien, très bien, dit-il. Je vous remercie en tout cas pour cette démonstration, ma chère. Vous fûtes exquise.
- Vous me flattez, Monsieur, chuchotai-je.
Je me sentais prête à m'évanouir. Heureusement, Orochimaru salua une dernière fois son invité et m'entraîna à sa suite dans le couloir.
- Je dois prendre une douche, lâchai-je dès que nous fûmes suffisamment loin.
- Je n'en doute pas, dit mon supérieur. C'est du beau travail que tu as fait là, jeune fille. Et une grande preuve de courage.
- Vous m'avez vendue comme une pute, Orochimaru, dis-je sèchement.
- Ne sois pas si dramatique, tu veux ?, me sermonna-t-il en levant les yeux au ciel. J'ai simplement voulu faire un cadeau à un ami. Peux-tu me le reprocher ?
Je dus résister à une forte envie de le frapper. Heureusement, je ne me laissai pas aller à mon impulsion car cela m'aurait sûrement valu un aller simple pour le paradis. Cependant, ces quelques heures m'avaient fait réfléchir. Alors que Kumamori s'amusait en croyant être aussi vigoureux qu'un taureau, j'avais compris que je ne pourrais pas le supporter. Si cet homme me touchait à nouveau, je ne pourrais m'empêcher de le tuer. Oubliées les méthodes insidieuses de la veuve noire, un coupe papier qui traînait et fini le vieux pervers. Je n'avais pas suffisamment de sang-froid pour vivre ainsi, c'était impossible.
Alors, je pris un gros risque. Un énorme risque. Cette idée qui s'établissait dans ma tête depuis des mois, c'était le moment de l'assumer. C'était un projet gigantesque, sûrement trop gros pour moi, mais c'était le seul moyen que j'avais trouvé pour que Sasuke et moi puissions être réunis à nouveau. A présent, j'y voyais également un moyen de me sortir de ce pétrin. Si Orochimaru l'acceptait. Sans hésiter davantage, je laissai les mots franchir mes lèvres avant de perdre tout courage.
- Si je tue Madara d'ici un mois, accepterez-vous d'annuler cet accord avec Kumamori ?, demandai-je calmement.
Orochimaru se tourna vers moi avec surprise.
- Tu n'es pas sérieuse, décréta-t-il.
- On ne peut plus sérieuse, répliquai-je.
Tout cela était mûrement réfléchi. J'avais simplement attendu le meilleur moment pour mettre ce plan en place. Dans l'idéal, j'aurais voulu disposer d'un peu plus de temps et d'une meilleure technique de tir. C'était la raison pour laquelle j'avais laissé cette idée germer avec patience, sans me précipiter. J'avais passé plus d'un an à la regarder grandir, à recueillir les pour et les contre. Les pour l'avaient remporté haut la main. Ce projet n'était pas une une idée en l'air, il avait été pensé, remanié, et il m'apparaissait désormais comme tout à fait réalisable.
- Madara est trop bien protégé, tu ne pourras jamais l'atteindre, se moqua Orochimaru. Je comprends que tu sois désespérée, mais ce n'est pas une raison pour se lancer dans une mission suicide.
- Madara n'est plus si bien protégé, déclarai-je en utilisant les arguments que j'avais passé des mois à élaborer. Les hommes qu'il a constamment à ses côtés sont majoritairement des nouveaux promus, le sang neuf qu'il a été obligé d'engager après avoir éliminé les trois quart de ses hommes l'année dernière. Ces hommes ne lui sont pas aussi fidèles que les précédents, certains ont peut être même été recrutés de force en l'absence d'effectifs suffisants. N'est ce pas vous qui m'avez dit, il n'y a pas si longtemps, qu'un chef ne confiait jamais de missions importantes aux hommes soumis sous la menace mais qu'ils les réservaient aux hommes fidèles ? Je ne peux pas croire que vous n'ayez pas pensé à utiliser cette faiblesse. Qu'est ce qui vous dit que, si Madara est attaqué, la majorité des hommes censés le protéger ne prendront pas la fuite ? De plus, depuis que Pain est mort, l'occasion est inespérée. Pain était toujours non loin de Madara, prêt à sauter sur la moindre souris qui s'en prendrait à son dîner. Lui mort, Madara n'est plus flanqué que d'une bande d'empotés sans cervelle.
- Qu'en sais-tu ?, s'enquit Orochimaru en plissant les yeux.
- Sasuke ne vous a-t-il pas fait part de ces informations ?, demandai-je en retour.
- Il se pourrait, répondit mon supérieur.
- Cela fait des mois que vous tournez autour du pot, conclus-je. A mon sens, il y a longtemps que vous auriez dû vous attaquer à Madara directement.
Orochimaru garda le silence, les bras derrière le dos, songeur. Je marchai à ses côtés sans interférer, respectant son silence.
- Tu te crois capable de l'atteindre, toi ?, ironisa Orochimaru après une minute de réflexion.
- Je ne garantis rien, mais si c'est pour échapper à la vie qui m'attend à Kumo, je suis prête à essayer, déclarai-je.
Orochimaru me lança un regard en coin et un léger sourire se forma sur ses lèvres.
- Tu sais que je ne t'ai pas refilée à ce vieux Kumamori par plaisir, n'est-ce pas ?, dit-il. J'ai toujours su qu'il y avait du potentiel chez toi. Tu n'as pas froid aux yeux et tu es prête à tout pour atteindre tes objectifs. On se ressemble beaucoup, au fond.
- Je ne vous ressemble en rien, niai-je sèchement.
Il rit, visiblement amusé.
- Eh bien, soit, ma chère Sakura, dit-il en me tendant la main. Si Madara meurt de ta main d'ici trente jours, j'annulerai mon contrat avec Kumamori ! Je lui trouverai une autre fille, une qui ne risquera pas de l'étouffer dans son sommeil ou de l'égorger avec un éclat de théière ! Je vais même te dire mieux : si tu y parviens, je te rends ta liberté, même si cela me coûtera de te voir partir.
- J'ai votre parole ?, demandai-je en serrant sa main.
- Je te donne ma parole d'honneur, ma belle, assura Orochimaru en me gratifiant d'un large sourire. Tu as un mois.
- Et ce sera suffisant, affirmai-je avec détermination.
Je lui tournai le dos et partis d'un pas assuré en direction des escaliers. Je sentis son regard dans mon dos et m'interrogeai un instant sur ce qu'il pouvait bien penser. Il ne m'en croyait pas capable. C'était certain, sinon pourquoi aurait-il accepté si vite ? Mon audace l'avait peut être impressionné, mais cela s'arrêtait là. Même si je tuais Madara, Orochimaru ne pourrait étendre son empire sans les relations que lui conférerait son accord avec Kumamori. Il n'en sortirait pas totalement gagnant. Or, il avait quand même accepté, il avait donné sa parole. Que valait cette parole, je n'en avais aucune idée, mais je n'avais pas d'autre choix que de lui faire confiance. Pour l'instant.
Je dévalai les escaliers et gagnai rapidement le premier étage. Une minute plus tard, je pénétrai dans les sanitaires et fut ravie de constater que la douche était libre. Je fonçai dans la cabine, verrouillai la porte derrière moi et me débarrassai de mes vêtements. J'actionnai la douche et me sentis revivre lorsque l'eau se mit à couler sur mes épaules. Je me frottai énergiquement pour me débarrasser de toute trace des caresses de Kumamori sur ma peau. Non, décidément, je ne pourrais m'offrir à lui à nouveau. J'avais pris la bonne décision.
A présent, il s'agissait d'établir un plan. Malgré ce que j'avais affirmé à Orochimaru, tuer Madara ne serait pas une mince affaire. Certes, il était moins bien protégé. Certes, il était vulnérable. Il ne me serait pas pour autant facile de l'atteindre. Encore une fois, j'allais devoir me frotter à l'Akatsuki. J'espérais néanmoins que cela ne se passerait pas comme la dernière fois. Mais je n'étais plus aussi naïve qu'avant, j'avais désormais la totale mesure du danger auquel j'allais devoir faire face. Tout ce qu'il me restait à faire, c'était d'avancer prudemment. La moindre erreur me serait fatale.
Je sortis de la douche en me sentant purifiée. Je n'avais d'autre choix que de remettre ma robe à dentelle, cependant. J'enfilai mes chaussures et quittai les sanitaires. Tous les regards étaient tournés vers moi. Rien de surprenant, une jeune fille dans une telle tenue n'avait rien d'ordinaire dans ces locaux. Je rejoignis le salon dans lequel m'avait amenée Orochimaru ce matin-là et troquai ma robe contre celle que je portais en arrivant. Je glissai mes pieds dans mes sandales, attrapai mon sac et m'apprêtais à partir lorsque...
- Le chef m'a dit que tu serais là.
Zaku. Il avait passé la tête dans l'ouverture de la porte et me regardait avec intérêt.
- Tu es là depuis combien de temps ?, en sentant le rouge me monter aux joues.
- Suffisamment longtemps, répondit-il en souriant d'un air gourmand.
- Voyeur..., grommelai-je en passant devant lui.
- Je plaide coupable, dit-il en me lançant un regard lubrique. Estime-toi heureuse que je ne t'ai pas sauté dessus. T'es à croquer en petite tenue.
- Dégage, grognai-je en quittant la pièce.
Il me rattrapa en trottinant, un sourire satisfait sur le visage.
- Allez, quoi, dit-il en m'emboîtant le pas. Parait que t'as laissé le vieux de Kumo te passer dessus ? Pourquoi j'y aurais pas droit ?
Je m'arrêtai net et le regardai, décomposée.
- Qui t'as dit ça ?, murmurai-je alors qu'un froid glacial gagnait tout mon corps.
- Le chef, répondit Zaku. Même que le vieux aurait dit que t'étais « exquise ». Dire que je te prenais pour une sainte nitouche. Laisse-moi en avoir un peu...
Il m'attira vers lui et passa sa main sous ma robe. Mon poing partit en une fraction de seconde et s'écrasa sur sa pommette.
- Lâche-moi !, hurlai-je en m'attirant les regards de deux hommes qui passaient par là. Ne me touche pas !
Zaku, hébété, frotta sa joue avant de me fusiller du regard.
- Sale pute, cracha-t-il. A la première occasion, je te saute, t'entends ?
Je frémis sous le poids de la menace mais affrontai son regard avec bravoure.
- Crevard, l'insultai-je. Tu peux toujours rêver.
- Dis-moi, miss prude, Sasuke est au courant que t'écartes les jambes si facilement ?, demanda Zaku d'un air hargneux. Je suis sûr qu'il sera ravi d'apprendre ça...
Non. Non, non, non, non. Sasuke ne devait jamais savoir. S'il l'apprenait, quelle opinion aurait-il de moi ? Il me détesterait. Il ne voudrait plus jamais de moi. Je l'avais repoussé tant de fois, je lui avais répété que je n'étais pas prête. J'avais refusé de lui offrir mon corps, maintes et maintes fois. Même si c'était dur, même si cela le mettait en colère, il ne me l'avait jamais reproché. Alors que penserait-il de moi en apprenant que je m'étais donnée à un inconnu ? Un homme de plus de trente ans mon aîné, vicieux et profondément mauvais ? Le simple fait de l'imaginer suffit à me faire pâlir d'angoisse. Zaku s'en rendit compte immédiatement.
- Ah ?, dit-il avec malice. Non, ne me dis pas que tu n'avais pas l'intention de le lui dire ? C'est vraiment trop con, moi qui suis si bavard...
Il me fit un clin d'oeil et je dus me retenir pour ne pas le frapper une seconde fois.
- Bien sûr, je suis prêt à marchander..., dit-il comme s'il me faisait une fleur. On travaille ensemble, c'est la moindre des choses...
- Tu es..., grognai-je en me sentant parfaitement impuissante.
- Trop sympa, je sais, me coupa-t-il. Après c'est toi qui vois, je ne veux pas te forcer...
Il leva la main et caressa ma mâchoire du bout de l'index. J'écartai sa main d'un geste brusque.
- Non ?, dit-il en fronçant les sourcils. T'es conne ou quoi ?
- Si Sasuke apprend que j'ai couché avec ce type, il m'en voudra terriblement, dis-je avec colère. Il me détestera, il me maudira. Mais je n'avais pas le choix, c'était ça ou mourir. Si je couche avec toi, par contre, il ne me le pardonnera jamais, quelle que soit la raison. Alors va, va lui dire, j'en ai rien à foutre. Et s'il apprend que tu m'as fait un tel chantage, je ne donne pas cher de ta peau.
Je lui lançai un ultime regard dans lequel je fis passer toute la haine et le dégoût qu'il m'inspirait, puis tournai les talons. J'avais à peine fait quelques pas lorsqu'il cria :
- Je te conseille de surveiller tes arrières, Sakura !
Je l'ignorai et poursuivis ma route. Même si Zaku se débrouillait pour que Sasuke apprenne ce qu'il s'était passé entre Kumamori et moi, j'en assumerais les conséquences. Si j'avais accepté de coucher avec lui, il s'en serait vanté auprès de tout le monde et Sasuke aurait fini par l'apprendre, j'en étais persuadée. Il détestait Zaku et le percevait comme un véritable danger pour moi. Les lettres que j'avais relu la veille étaient là pour me le rappeler. Alors non, c'était décidément un chantage dans lequel je ne pouvais marcher.
Je descendis les escaliers jusqu'à atteindre la lourde porte d'entrée. J'appuyai sur le bouton qui la déverrouilla et sortit. Stan et Torpille étaient encore là.
- Eh ma belle, dit Torpille en m'attrapant par le bras. Reste un peu avec nous, on s'ennuie.
J'entrai dans une fureur noire. Tout m'explosa à la figure, les baisers de Kumamori, la main de Zaku sur ma cuisse, son haleine sur ma joue, la poigne de Torpille autour de mon bras. J'en avais assez. C'en était trop.
- Foutez-moi la paix !, m'exclamai-je en me dégageant. Allez aux putes, tous autant que vous êtes, et lâchez-moi ! Merde !
Je partis en courant, les larmes aux yeux. Malgré la douche, le vent sur ma peau me faisait l'effet de mille caresses de Kumamori. J'avais envie de vomir. Les larmes coulaient le long de mes joues, intarissables, tandis que je courais sur cette route de campagne. Un merle posé sur une barrière me regarda, comme s'il se demandait quelle mouche m'avait piquée, avant de s'envoler en poussant des cris courroucés. Lui aussi, il m'en voulait. Le soleil brillait au-dessus de ma tête et je m'interrogeai un court instant sur l'heure qu'il pouvait être. Il faisait chaud. Mes foulées ne tardèrent pas à se raccourcir, puis ma course se transforma en marche. Je pleurais encore, inlassablement. Je me dégoûtais. J'étais une personne sale, détestable et si Sasuke refusait de me revoir après ce que j'avais fait, ce n'était que justice. C'était tout ce que je méritais.
Il faisait chaud, vraiment très chaud. Ma respiration était difficile, rendue chaotique par les sanglots, et l'air était douloureusement sec. Mes larmes séchaient à mi-chemin entre mes yeux et mon menton. Je fouillai dans mon sac à la recherche d'une bouteille d'eau, puis je me souvins vaguement l'avoir laissée sur la table de la cuisine ce matin-là. Tant pis, ça n'avait pas d'importance. Plus rien n'avait d'importance.
Une sensation étrange prenait possession de mon corps. Je me sentais comme enfermée. J'avais envie de courir, de fuir loin de cet endroit, mais je n'en avais plus la force. Mes mains tremblaient, je les levai devant mon visage en pleurs. Je serrai les poings devant mes yeux, mais les tremblements étaient toujours là. Je toussai, comme si quelque chose voulait sortir de mon corps et faisait pression sur mes bronches. J'avais chaud. Beaucoup trop chaud. Mais alors, quel était ce froid qui glaçait mes membres ?
Je sentais que quelque chose n'allait pas, mais une force inconnue me poussait à continuer. Il fallait que j'avance, il fallait que je rentre à la maison. Alors, tout irait mieux. Oui, tout irait mieux. J'essayai de garder cette idée en tête, mais j'avais du mal à me concentrer. Le bruit de mes sanglots accompagnait le chant des oiseaux, mais tout ce que j'entendais, c'était le vent. Tout ce que je sentais, c'était le vent. Son contact me faisait l'effet d'une main moite. C'était répugnant.
J'avais oublié ce qui avait trait à la maison. Je ne pensais qu'aux mains moites qui se promenaient sur mon corps. Je toussai une nouvelle fois. Mes larmes paraissaient vouloir couler à l'infini. Ma tête n'allait pas bien. J'avais mal, j'avais chaud, je me sentais écrasée. J'avais peur, peur sans savoir pourquoi.
Mon esprit déraillait. Je le sentais. Il ne m'appartenait déjà plus. Il ne cessait de m'imposer des images, comme un diaporama en avance rapide. Je secouai la tête, mais c'était trop douloureux. La douleur était partout. Dans mes mains contractées, dans mes yeux en pleurs, dans mes pieds en feu. Les images défilaient, elles m'enveloppaient et dansaient autour de moi. J'avais de plus en plus envie de vomir. Une fois de plus, je toussai, mais le monstre ne voulait pas sortir. Alors les images continuaient de tourner, tourner, tourner autour de moi. Je ne comprenais pas, je ne comprenais plus ce que je devais faire. Mais j'avais mal, terriblement mal.
Puis je vis un visage, celui de Deidara. Les autre suivirent, puis vint Madara, Orochimaru. Zaku. Kumamori. Ils riaient. J'entendais leurs voix résonner dans mes oreilles. C'était eux qui voulaient sortir, ils m'écrasaient de l'intérieur, ils me faisaient du mal. Je toussai encore une fois et une larme salée s'infiltra dans ma bouche. Non, je ne voulais plus les voir. Je voulais qu'ils s'en aillent, qu'ils cessent de me torturer. Leurs rires devenaient de plus en plus proches, de plus en plus aigus. Puis, je réalisai que c'était moi qui riais. Je riais à m'en faire mal au ventre. Un éclat de lucidité me fit réaliser que je devenais folle. Je pétais complètement les plombs. La panique s'empara de moi et je poussai un cri en m'arrêtant brusquement de marcher. Je secouai la tête à nouveau, je toussai, je tremblai. Je ne comprenais pas... Mais qu'y avait-il à comprendre ?
- Qu'est ce qu'il m'arrive... ?, sanglotai-je.
J'avais peur. J'avais peur qu'ils me retrouvent. Deidara et Hidan, et s'ils me voyaient, et s'ils étaient là ? Non, ils ne me voyaient pas. Pourtant ils riaient, je les entendais. Ils venaient me chercher. Ils... Quelqu'un me toucha. Je sursautai. Je toussai encore une fois en poussant un léger cri de frayeur. Non, respire, il ne se passe rien, respire. Mais je ne pouvais plus respirer. Il faisait trop chaud. Pourtant, je mourrais de froid. Et le vent soufflait autour de moi, toujours plus puissant, toujours plus caressant. Je lui hurlai de s'en aller, mais il emporta mon cri avec lui et l'étouffa dans les cieux. Je me remis à courir mais c'était trop dur. Marcher, alors. Au moins marcher. Je ne pouvais pas rester immobile. Il fallait que je marche, sinon, ils me trouveraient.
Depuis combien de temps étais-je partie ? Longtemps, ou peut être pas. Je ne savais plus très bien. Le soleil me martelait de ses rayons, il m'écrasait de son poing invisible. Le vent caressait mes bras et mes jambes nus. Je ne le supportais plus.
- Laisse-moi, ne me touche pas, murmurai-je à travers mes larmes.
Je marchais de plus en plus lentement, puis je finis par m'arrêter. J'étais à bout de souffle, je ne voyais plus rien, je n'entendais plus les oiseaux, tout ce que je sentais, c'était les caresses du vent, les mains de tous ces hommes sur ma peau. Je me laissai tomber à genoux, la tête dans les mains.
- Non, non, non, couinai-je en frottant mes bras et mes jambes. Allez-vous en ! Allez-vous en !
Je me frottais énergiquement mais les mains ne s'en allaient pas. Ma peau était souillée. Alors, je l'attaquai avec mes ongles, je me griffai jusqu'au sang, hurlant de douleur. Il faisait très chaud. Je ne voyais plus rien. Je n'entendais plus rien. Je pleurais, pleurais et pleurais encore. Pourquoi pleurais-je ? Je ne m'en souvenais plus. Le vent soufflait, il murmurait à mon oreille. Il me disait combien j'étais faible, combien j'étais vile et vicieuse. Il disait qu'il aimait que je sois vile, qu'il aimait les femmes fortes.
- J'aime les femmes qui ont du caractère !, dit-il avec la voix de Kumamori.
Il redoublait de caresses. Je ne pouvais toutes les écarter, je ne pouvais pas résister ! Mais il le fallait, il fallait que je les fasse disparaître, que j'élimine, que j'arrache chaque centimètre de peau qu'ils avaient touché. Mes cris me déchiraient la gorge, mais j'avais trop mal. Il fallait que cela sorte. Il fallait que cela s'arrête. A présent, le vent m'appelait. Il murmurait mon nom, Sakura, Sakura, Sakura...
- Sakura !
- Non, ne me touche pas !, hurlai-je.
- C'est moi, c'est Suigetsu, hé, calme-toi !
- Ne me touche pas ! Va-t-en ! Laisse-moi !
- Tu voudras bien m'excuser, mais je n'ai pas le choix...
Ma tête me fit mal. Le soleil avait tapé fort, cette fois. Le vent disparu. La douleur disparut. Je sombrai.
