Pour ceux qui lisent cette fiction depuis son commencement, il y a trois ans, et qui suivent comme ils peuvent sans se remémorer totalement les évènements importants de l'histoire, voici un chapitre qui devrait vous plaire!

Pour les autres, ceux qui ont lu toute ma fiction d'une traite assez récemment, j'espère que vous ne vous ennuierez pas! J'ai tout fait pour rendre ce chapitre vivant, alors j'espère que c'est réussi. Dans tous les cas, il me parait important.


Naruto ne réapparut pas au cours de la journée. Je m'éveillai en proie à un sentiment de frustration qui m'empêcha même d'apprécier le vol des oiseaux et le chant des sirènes. Ma mère passa me voir après son travail et elle m'avoua que c'était elle qui avait appelé mon meilleur ami.

- J'ai pensé qu'il était temps de laisser vos querelles de côté et que ça pourrait te faire du bien de le voir, dit-elle en souriant.

Oui, moi aussi j'y croyais, songeai-je. Mais Naruto était parti comme il était venu et son manque de confiance à mon égard m'avait profondément blessée. Avant que tous ces événements n'arrivent, jamais il n'aurait laissé la parole de médecins passer avant la mienne. Folle ou pas folle. Il aurait au moins cherché à vérifier mes dires. Mais notre amitié avait bien trop souffert des mensonges que je lui avais servi autrefois. Même si sa réaction me faisait souffrir, je ne faisais que récolter ce que j'avais semé. Alors, malgré ma blessure, je m'efforçais de ne pas trop lui en vouloir. J'ignorais où il était à présent. Je ne voulais pas croire qu'il fut déjà reparti chez lui. Même s'il me prenait pour une dingue, j'avais besoin de sa présence.

Cette nuit là, ce ne fut pas Deidara, Hidan ou les autres que je vis en rêve, ce fut Naruto. Il marchait vers l'horizon et je cherchais à le rattraper, sans jamais pouvoir l'atteindre. Je me mettais à courir, mais il faisait trop chaud alors je finissais par tomber de fatigue tandis qu'il continuait à s'éloigner jusqu'à disparaître. C'est alors que je commençais à me gratter, à arracher ma peau par lambeaux, à...

- Arrête ça, Sakura !

Je me réveillai en sursaut. Suigetsu était penché vers moi, ses beaux yeux chargés d'une lueur de révolte, il tenait mes deux poignets dans sa main. Je réalisai que j'étais couverte de sang. Ce sang provenait de mes bras, que j'avais de nouveau lacérés. C'est alors que la douleur surgit, terrible. Je me mordis la joue pour ne pas hurler. Suigetsu attrapa deux serviettes sur la pile de mes affaires de toilettes et en enveloppa mes bras.

- Tu n'appelles pas une infirmière ?, grimaçai-je en palpant doucement mes blessures.

- Pour qu'elle te shoote ?, ironisa Suigetsu. Non merci, je te veux en état de parler.

Il s'écarta légèrement et Naruto apparut derrière lui. Une vague de chaleur me submergea lorsque je compris qu'il m'avait écouté. Suigetsu n'était pas venu tout seul, c'était Naruto qui était allé le chercher.

- Alors tu as accepté de me croire, finalement..., soupirai-je de soulagement.

- Au début, non, avoua-t-il. Puis je me suis dit que tu méritais que je te laisse une chance...

- Merci, dis-je avec sincérité.

- Alors vous deux, vous êtes potes, maintenant ?, demanda-t-il en désignant Suigetsu.

Je souris à l'intéressé, qui contemplait toujours mes bras d'un air renfrogné.

- Suigetsu est la seule personne de confiance qu'il me reste, dis-je en attrapant sa main.

Suigetsu se dégagea en affichant un air faussement dégoûté.

- Pas de débordements d'affection, merci bien, se moqua-t-il.

- Eh !, m'offusquai-je en riant. Qui m'a offert ses bras en me disant « Je vais te protéger » , hein ? Et après tu parles de débordements d'affection !

Ses joues prirent une couleur rosée qui lui allait à ravir.

- Tu étais en plein délire !, se justifia-t-il. Tu aurais pu te faire mal ! Je n'allais quand même pas te dire d'aller te faire foutre !

- Tu aurais eu ma mort sur la conscience, admis-je.

- Ben tiens !, souffla Suigetsu en levant les yeux au ciel.

Naruto sourit tristement. J'imaginais très bien ce qu'il pouvait se passer dans sa tête. La relation que j'entretenais avec Suigetsu ressemblait beaucoup à celle qui nous unissait auparavant. Nous avions perdu un peu de cette complicité par la force des événements, mais je ne voulais pas croire qu'elle ait disparu pour toujours. Même si à présent je m'entendais beaucoup mieux avec Suigetsu qu'avec Naruto, ce dernier était et resterait mon meilleur ami. Nous avions partagé trop de choses, bonnes ou mauvaises, pour que cette petite mésentente change quoi que ce soit à l'amour que j'avais pour lui.

- Naruto t'a dit pourquoi je voulais que tu sois là ?, demandai-je à Suigetsu.

Celui-ci perdit de sa superbe et sembla soudain embarrassé.

- Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, Sakura, dit-il avec précaution. Si tu n'as pas voulu l'impliquer jusqu'à présent, c'est pour une bonne raison...

- Non, c'était une mauvaise raison, affirmai-je fermement. Si je lui avais raconté, on n'en serait peut être pas là.

- T'as raison, il serait peut être mort, confirma cyniquement Suigetsu.

- Ça n'a jamais été à moi de le protéger, déclarai-je sans prêter la moindre attention à sa remarque. J'aurais dû tout lui dire depuis bien longtemps. Ça a toujours été nous trois, Sasuke, Naruto et moi.

- Euh, ça fout un peu les jetons quand on vous écoute parler d'un point de vue totalement extérieur..., nous coupa Naruto.

Je ris doucement devant sa mine troublée. Je devais bien lui donner raison. Cette entrée en matière n'avait rien de bien rassurant pour lui.

- Pourtant c'est vrai, assurai-je en le regardant avec sérieux. Si je ne t'ai rien dit, c'est parce que je pensais que ton ignorance te protégerait. C'est parce que je te connais si bien et que je savais que si je te disais tout, tu mettrais ta vie en danger pour moi... mais aussi pour Sasuke.

- Que dalle, grommela mon ami. Je ne me serais pas mouillé pour sauver les petites fesses de Sasuke. Il peut bien se démerder tout seul.

- Tu dis ça maintenant, mais je te garantis que tu vas changer d'avis, certifiai-je tout bas.

- Même moi je peux te dire que Sasuke, c'est un vrai, ajouta Suigetsu. Il en a fait des tonnes pour Sakura, je t'assure.

- Des tonnes comme la foutre dans la merde, la refiler en pâture à ses potes et la bourrer de drogues, s'énerva Naruto. Ça oui, on peut dire qu'il en a fait des tonnes pour elle ! Regarde, si elle est dans cette piaule aujourd'hui, c'est encore à cause de lui ! Stress post-traumatique... On va voir si mon poing dans sa gueule ça va lui en refiler un, de stress post-traumatique...

Je grimaçai. L'image qu'il avait de Sasuke était affreuse, ce n'était pas nouveau. Il allait être difficile de remplacer cet affreux tableau par un portrait différent. Peut-être que nos deux témoignages ne seraient pas suffisant pour le convaincre que Sasuke n'avait rien à voir avec ce qu'il venait de décrire. J'espérais néanmoins que cela marcherait. S'il ne croyait pas cette partie de l'histoire, le reste s'en trouverait déformé. Or, il fallait absolument qu'il nous croit. Sa soudaine réapparition avait fait naître un embryon de plan dans mon esprit et, même s'il était encore en état d'élaboration, sa réussite impliquait qu'il accepte la vérité. Et qu'il apporte enfin sa pierre à l'édifice.

- Je vais avoir besoin de vous, déclarai-je en regardant Naruto et Suigetsu tour à tour. Vous savez comme moi que je ne suis pas... au top de ma forme. Je refuse de me laisser interrompre par une énième seringue. Je veux donc qu'au premier signe avant-coureur de stress vous fassiez tout pour me rassurer avant que je ne me mette à crier, à pleurer, à gesticuler ou à me gratter. Cette histoire comporte beaucoup de passages à risque, alors soyez vigilant.

- Je veux bien être ton garde-fou, accepta Suigetsu avec humour.

- D'accord, dit Naruto en gardant néanmoins ses distances.

Il restait sur ses gardes, ce qui n'avait rien d'étonnant. Mais ce qu'il allait entendre répondrait à bon nombre de ses interrogations passées. Il ne le savait pas encore, mais son esprit allait subir un brusque changement de direction. J'espérais qu'il y était plus ou moins préparé.

Alors je commençai mon récit. Je revins des mois en arrière, presque deux ans plus tôt, lorsque Sasuke avait présenté ses premiers comportements étranges. Naruto affirma se souvenir de cette époque. Je retournai à l'épisode douloureux où nous étions tous deux allés rendre visite à Sasuke après avoir appris qu'il consommait régulièrement de la coke. Je ranimai ses souvenirs concernant les mois qui avaient suivis, Sasuke froid et distant, violent même. Je lui expliquai comment j'avais décidé d'agir, le courrier que j'avais envoyé à Itachi et la certitude que j'avais eu à propos de Sasuke traînant avec les membres de l'Akatsuki.

- Je t'ai demandé le numéro de Suigetsu à ce moment-là, tu te souviens ?, demandai-je. En fait, je suis allée lui demander des informations sur l'Akatsuki. Et Suigetsu m'a donné ce flyer, au sujet d'une soirée privée. Ils cherchaient des serveuses.

- Alors c'est là-bas que tu étais pendant ce réveillon du jour de l'an ?, s'exclama Naruto. Tu avais dit que tu le fêtais en famille...

- Et j'ai dis à ma mère que je le fêtais avec vous, ajoutai-je avec un sourire contrit. Premier mensonge. Mais Sasuke a appris que je viendrais à la soirée, et ça ne lui a pas plus du tout.

Je lui rappelai l'épisode du lycée et lui racontai comment Sasuke m'avait attrapée à la sortie de la classe pour me dire combien j'étais inconsciente, que ce n'étaient pas mes affaires, et caetera. Je pus enfin lui expliquer comment j'avais eu ce fameux coup au front.

- Vous vous en foutez sûrement, mais c'est à partir de ce moment-là que mes sentiments pour Sasuke on refait surface, précisai-je en songeant de façon amusée à la panique qui m'avait envahie lorsque j'avais réalisé que j'aurais souhaité qu'il m'embrasse.

- T'as raison, on s'en fout, confirma Suigetsu.

- Pas moi, dit Naruto.

Il me regarda avec curiosité et hésita un court instant avant de poser une question qui lui tenait visiblement à cœur.

- Pourquoi être attirée par lui, tout à coup ? Je ne l'ai jamais compris. Sasuke est devenu brusquement quelqu'un d'autre et toi, tu es tombée à ses pieds. Ça m'a rendu dingue. C'était son côté bad boy qui te plaisait ? Les paroles horribles qu'il t'a balancées à la figure ? La violence de son comportement envers toi ?

- Je ne comprends pas vraiment non plus, avouai-je en pesant mes mots. Je pense que la peur de le perdre m'a fait prendre conscience que je ne le voyais pas uniquement comme un ami. Mais ça a été un choc pour moi aussi, si ça peut te rassurer. Je me suis posé beaucoup de questions...

- Pas assez, si tu veux mon avis, souleva Naruto en hochant la tête d'un air blasé.

- Oh si, crois-moi, assurai-je en songeant aux prises de tête que je m'étais imposées et que j'avais également imposées à Sasuke.

Je butai un peu en racontant les événements qui avaient suivi, car ils nécessitaient que je prononce les noms auxquels il m'était déjà difficile de penser. Je parvins à décrire le harcèlement dont j'avais été victime au cours de la soirée par Deidara et les autres. Impartiale, je parlai même de l'absence de réaction de Sasuke.

- Pourquoi ça ne m'étonne pas..., ricana Naruto sans chercher à dissimuler son irritation.

- Attends la suite, l'exhortai-je.

Un profond malaise commença à prendre possession de moi lorsque je lui fis part de la menace que les membres de l'Akatsuki avaient proférée à mon encontre afin de m'attirer jusqu'à l'entrepôt dans lequel ils passaient le plus clair de leur temps.

- Et tu y es allée tout en sachant ce qui allait t'arriver ?, s'exclama Naruto. Qu'est ce qui ne va pas chez toi ?

- Mes proches étaient en danger, Naruto !, me défendis-je. Ma mère, toi, Hinata ! Que voulais-tu que je fasse ?

- Tu aurais dû aller voir la police, dit mon ami d'un ton laissant deviner que c'était là une évidence pour lui.

- Et qu'aurait-elle fait ? Tu penses sérieusement que la police a suffisamment d'effectifs pour mettre quelqu'un devant la porte de chacun des membres de mon entourage ?

Naruto croisa les bras mais ne dit rien de plus. Alors je poursuivis mon récit. Tandis que j'expliquais de quoi avaient été faites les premières minutes au sein de l'entrepôt, je commençai machinalement à me gratter. Ma voix déraillait et je sentais que je commençais à m'emmêler les pinceaux. Et pour cause, je ne pensais plus qu'aux visages de ces cinq hommes. Je les voyais précisément, au détail près. Les cheveux rouges de Sasori. Les dents aiguisées de Kisame. Le sourire nonchalant d'Hidan. L'expression diabolique de Deidara. Les traits durs et fermés de Kakuzu. Je revoyais cette scène, ces cinq visages tournés vers moi lorsque j'étais entrée, tels des lions affamés face à une antilope sans défense. Je revis Kisa, la jeune et gentille Kisa, m'amener avec elle dans cette pièce qui sentait le parfum et les vêtements neufs. Je me remémorais son expression sombre et triste tandis qu'elle m'apprêtais pour me servir aux monstres qui la dévoraient depuis un an déjà.

- Sakura, stop, tu dois arrêter, dit une voix douce.

Ce fut comme si l'on m'avait réveillée d'un profond sommeil. Je sursautai et réalisai que Naruto tenaient mes deux mains dans les siennes. Je sentis les larmes chaudes rouler sur mes joues. Quand avais-je commencé à pleurer ? Les serviettes qui recouvraient mes bras étaient par terre, je devinais que je m'en étais débarrassée pour reprendre ma sanglante besogne. Suigetsu était déjà en train de les ramasser.

- J'ai crié ?, demandai-je à voix basse.

- Non, répondit Naruto.

- C'est bien, dis-je en souriant faiblement.

Je laissai Suigetsu protéger de nouveau mes bras en laissant les larmes couler. Naruto serra mes mains.

- Ne continue pas si c'est trop dur, me supplia-t-il. Je te jure que c'est horrible de te voir comme ça. J'aimerais que ces mecs soient en vie pour pouvoir les tuer une deuxième fois !

J'échangeai un regard furtif avec Suigetsu mais, heureusement, Naruto ne s'en rendit pas compte.

- Vraiment, passe à autre chose, tu n'as pas besoin de me raconter ça..., dit-il d'un air gêné.

- Je dois te le raconter, tranchai-je.

- Pourquoi ?, s'enquit Naruto d'un air incrédule.

- Parce que Sasuke me sauve à ce moment-là de l'histoire, annonçai-je avec un petit sourire tendre.

Je racontai donc l'arrivée de Sasuke et la façon dont il s'était interposé entre les cinq hommes et moi en me revendiquant avec courage. Je n'oubliai pas de parler du petit sachet de poudreuse blanche qui avait volé vers lui, ni de la mise en garde de Deidara. Puis je décrivis la petite pièce réservée à Sasuke, l'alcool qu'il m'avait proposé, son rail de coke, la douche purifiante. C'est presque amusée que je parlai du coup de colère de Sasuke et de la claque que je lui avais assénée. Naruto sembla particulièrement ravi de l'entendre. Mais il déchanta lorsque j'expliquai comment Sasuke et moi, l'alcool et la drogue aidant, avions fini par...

- … faire ce que deux amis ne font pas, formulai-je avec nostalgie.

- On s'en fout, déclara Suigetsu en faisant mine de bailler.

- Cette fois je suis d'accord, ajouta Naruto sans rien dissimuler de sa désapprobation.

Mais nous avions été interrompus, racontai-je en tâchant de me concentrer sur ma respiration. Les larmes aux yeux, les dents serrées, je visualisai la scène en même temps que je la décrivais avec des mots. Sasuke qui me sommait de m'enfuir. Ma tentative avortée de passer la porte. Les mains de Deidara qui m'entraînaient, alors que Sasuke se débattait, retenu...

- … par les quatre autres, récitai-je, le regard fixé sur le mur. Il criait mon nom. Il m'appelait, sans savoir si je l'entendais. Au bout d'un moment, je ne l'ai plus entendu. J'ai fermé mon esprit. Je ne les comptais plus, je laissais faire les choses.

Ma voix ne sortait plus que sous la forme de chuchotements. Une larme solitaire s'échappa de mon œil droit et roula jusqu'à mon menton. Tout allait bien, je ne ressentais aucune peur, je ne me sentais pas oppressée, je maîtrisais mon pouls et ma respiration était on ne peut plus normale. J'avais passé ce cap.

- Puis, quand tout fut fini, Sasuke est arrivé, continuai-je à mi-voix. Il pleurait. Tu l'as déjà vu pleurer, Naruto ? Pour moi, c'était la première fois. Même lorsqu'on était gosses, Sasuke ne pleurait jamais. Même lorsqu'il revenait à l'école couvert de bleus, il ne montrait aucun signe de tristesse ou de peur. Mais là, il pleurait. Et ce sont ses larmes qui m'ont ramenée à la vie.

Je marquai une courte pause pour essuyer mes yeux noyés de reconnaissance. Naruto et Suigetsu respectèrent mon silence. Naruto paraissait touché, mais je sentais que je ne l'avais pas encore pleinement converti à cette nouvelle version des faits. Quant à Suigetsu, ses yeux brillaient d'une étrange lueur, que je perçu comme un mélange de honte et de colère. Il regardait par la fenêtre, le regard lointain, sans desserrer les mâchoires. J'ignorais qu'il prenait tant à cœur ce qu'il m'était arrivé.

- La suite tu la connais, poursuivis-je. Sasuke m'a amenée à l'hôpital. La police m'a tourné le dos, après que Madara ait fait jouer ses relations. Et puis je n'étais pas tirée d'affaire, ils voulaient que je revienne dès que je serais rétablie. Pour m'humilier une deuxième fois, mais de manière plus horrible encore.

Je lui fis part du rôle qu'était supposé jouer Sasuke lors de cette rencontre et il parut au bord de la nausée. C'était bien. S'il réagissait ainsi, cela signifiait qu'il commençait à croire à mon histoire. C'était tout ce que j'attendais de lui pour le moment.
Je parlais du premier sacrifice que Sasuke s'était révélé prêt à faire pour moi : je parlai de sa proposition de fuir tous les deux quitte à sacrifier nos proches, et de mon refus catégorique. Puis je dépeignis notre arrivée dans l'entrepôt, la poudre que j'avais consommée sous le regard furieux de Sasuke. Je fus reconnaissante à Naruto de ne pas relever ce point-là. Pourtant, cet écart allait me coûter cher, il le comprendrait par la suite. Enfin, vint le moment d'expliquer la proposition que Deidara avait faite peu avant que la fusillade ne nous interrompe.

- Sasuke était prêt à tuer Itachi de ses propres mains, Naruto, insistai-je. Tu sais combien il aime son frère.

- Je sais aussi qu'il lui en veut terriblement pour ce qu'il lui a fait, contesta mon ami d'un air circonspect. Ce n'était peut être pas un si grand sacrifice pour lui.

- Tu ne crois pas ce que tu dis, soupirai-je. Mais passons. Quand les premières balles ont sifflé à nos oreilles, Sasuke s'est jeté sur moi pour me protéger. Une balle a frôlé son crâne et a emporté un morceau de son oreille. Tu ne l'as pas revu pour pouvoir le constater mais...

- Si, je l'ai revu, rétorqua Naruto.

- Oh, fis-je, coupée dans mon élan.

- Je suis allé le voir le lendemain du jour où mon père t'a récupéré dans le parc, confia Naruto. Je voulais lui casser la gueule, purement et simplement. Mais ce qui m'a ouvert la porte n'était pas Sasuke, ce n'était que l'ombre de lui même. On voyait tout de suite qu'il n'avait rien dormi de la nuit. Quand il m'a vu, il m'a demandé si j'étais venu lui reprocher quoi que ce soit te concernant. Quand je lui ai dis où on t'avait retrouvée et dans quel état, il m'a dit que je pouvais le cogner, qu'il ne se défendrait pas. C'est à ce moment-là que j'ai vu son oreille. Je lui ai demandé ce qui lui était arrivé, mais il n'a rien dit. Je ne pouvais quand même pas lui taper dessus dans son état. Alors je l'ai simplement traité de con, et je me suis barré.

Il sembla un peu honteux d'avoir fait cette confidence après ce que je venais de lui révéler. Je lisais dans ses yeux que son opinion sur Sasuke changeait progressivement. Il n'y avait plus autant de colère, il n'y avait que du doute et du chagrin. Peut être commençait-il enfin à saisir la mesure de l'horreur de la réalité, peut être réalisait-il enfin combien il avait été dans l'erreur pendant tout ce temps. Je ne tenais pas à le bousculer de trop, aussi marquai-je une courte pause pour lui laisser le temps de faire le ménage dans sa tête. Comme je l'avais prédit, son esprit commençait tout juste à virer de bord. Ce ne devait pas être une sensation très confortable. De plus, connaissant Naruto, il allait s'en vouloir terriblement. Lorsqu'il réaliserait que Sasuke n'avait jamais cessé d'être celui qu'il avait toujours connu, lorsqu'il comprendrait qu'il n'était pas coupable de tout ce dont il l'avait accusé, cela serait difficile pour lui. Si Sasuke n'était plus un traître, alors il se considérerait comme traître lui-même, pour ne pas avoir cru à son innocence. C'est pourquoi je prenais garde à de pas faire apparaître Sasuke plus blanc qu'il ne l'était. Je tenais à ce que Naruto sût tout, sans rien omettre. Alors bien sûr, je parlerais de ses sautes d'humeur, exacerbées par le manque et, quand le moment viendrait, je lui raconterais comment, parfois, j'avais eu peur de lui. Il fallait que Naruto ait encore quelques bonnes raisons de lui en vouloir, sinon cela le détruirait.

- Deidara et Hidan, dis-je en prononçant leurs noms avec prudence. Ils ne sont pas morts dans la fusillade. Ils nous ont donné des armes, ils voulaient que nous les aidions à défendre leur entrepôt. Mais moi... je n'étais pas dans mon état normal. J'étais défoncée, et pas qu'un peu. Je n'ai pas saisi la fatalité de mon geste, je me croyais dans un autre monde. Alors...

Je pris une grande inspiration. Cet épisode marquait un véritable tournant dans ma vie, et il fallait que je le raconte avec toute la fidélité dont j'étais capable pour que Naruto comprenne combien cela m'avait changée. Je puisai les mots au plus profond de ma mémoire, parlai du contact froid de l'arme dans mes doigts, des dos de mes agresseurs devant moi, de la colère qui m'avait envahie, des deux coups de feu. Je revis les deux corps tomber au sol. Je vis leur souffle s'éteindre. Mais ils avaient survécu. Comment avaient-ils pu survivre ? Pourquoi n'étaient-ils pas morts, comme cela aurait dû être ? Des hommes honnêtes recevaient des balles tous les jours, des pères, des frères, des fils, et pourtant mourraient sous les lamentations de leur famille. Hidan et Deidara, qui étaient tout à la fois violeurs, voleurs, meurtriers et dealers de drogue, eux, avaient survécu. Où était la justice dans tout cela ? Nulle part. La justice, j'avais cru la faire moi-même mais j'avais échoué. Désormais, c'était eux qui allaient faire leur propre justice. Ils allaient me retrouver et ils me feraient subir la même chose, encore et encore.

- Ils vont me tuer..., murmurai-je tout bas. Ils vont me violer, puis ils vont me tuer. Ils vont me trouver, ils vont me trouver, ils vont me trouver...

La panique m'étouffait, je ne pouvais plus respirer. Pourquoi je ne pouvais plus respirer ? Il me fallait de l'air, il...

« Clac ». La gifle me ramena à la réalité. Hébétée, je clignai des yeux face au visage inquiet de Suigetsu. Ce dernier avait encore la main levée, prêt à me gifler à nouveau. Son autre main était posée sur ma bouche, pour étouffer mes cris. Naruto le tira en arrière, visiblement hors de lui.

- Ne la frappe pas !, grogna-t-il, le regard menaçant.

- C'était le seul moyen de la sortir de là, se justifia Suigetsu avec humeur. Elle m'a mordue !, ajouta-t-il en regardant sa main qui, effectivement, portait la marque de mes dents.

- Je suis désolée, me lamentai-je. Je suis désolée...

- C'est pas grave, grommela mon ami en agitant sa main dans l'espoir que la douleur s'estompe.

Naruto prit sa place à mes côtés et, avant que j'ai eu le temps de m'en rendre compte, il me serrait contre lui. Interdite, je ne réagis pas immédiatement. Puis je m'agrippai à lui, plongeai ma tête dans le creux de son épaule et me mis à pleurer.

- On ne peut pas continuer comme ça, grommela Naruto. Ça va la tuer...

- Elle a déjà vu pire, crois-moi, assura Suigetsu.

- Ce n'est pas une raison, insista mon meilleur ami d'un ton lourd de colère.

- Non, je dois continuer, dis-je en repoussant doucement Naruto. Je peux le faire.

Naruto recula mais emprisonna ma main dans la sienne, déterminé à ne pas me lâcher.

- Je te crois, d'accord ?, dit-il précipitamment en capturant mon regard. Je te crois, alors tu n'as pas besoin de me raconter la suite, ça n'a pas d'importance. Je ne dirai plus jamais que tu mens, plus jamais...

Ses traits étaient ravagés de chagrin. Enfin, son esprit avait pleinement effectué son demi-tour. Il comprenait, à présent. Et, comme je l'avais prédis, il s'en voulait à mort. Tout dans son attitude hurlait ses regrets. Je ne voulais pas qu'il se mette dans cet état. Ce n'était pas sa faute.

- Je vais continuer, décidai-je. Tu dois tout savoir.

Je ne lui laissai pas le temps de protester et enchaînai sur ma rencontre avec Orochimaru et les menaces qui nous plaçaient, Sasuke et moi, à sa merci. Je racontai la suite de l'histoire d'un ton morne, sans marquer la moindre pause, comme si je me plaçais d'un point de vue éloigné, comme si tout cela ne me concernait pas et que ces événements étaient arrivés dans la vie d'une toute autre personne. Mon retour au lycée, ma dispute avec Naruto et les autres, le point de rendez-vous fixé par Orochimaru, ma course effrénée jusqu'à parvenir chez Sasuke, le comportement de ce dernier à mon égard, parce qu'il était perché. Naruto fronça le nez, mais n'émit aucun commentaire en m'entendant expliquer comment Sasuke m'avait reproché de le tenter et comment il m'avait indirectement menacée. Comme je me l'étais promis, si je prenais plaisir à lui narrer les actes d'héroïsme de notre ami, je ne lui cachais pas pour autant ses mauvais côtés.
Je parlai de notre visite au repaire, de mes retrouvailles avec Suigetsu et de notre rencontre avec Zaku. Puis vint le moment d'introduire Pain et comment il avait emporté Sasuke avec lui vers ce que je croyais être une condamnation à mort. Je parlai de la colère du vieil Uchiwa, de son mépris à mon égard et de la façon dont il m'avait utilisée comme moyen de pression pour forcer Sasuke à revenir dans son camp. Puis, je racontai comment Orochimaru avait établi un plan pour faire de Sasuke une taupe au sein de l'Akatsuki, sans que je ne fus au courant. Enfin, je décrivis l'arrivée de Pain et de Madara chez Sasuke en pleine nuit, la violence dont Pain avait fait preuve, la sentence qui était tombée et qui annonçait notre séparation définitive.

- Ils m'ont embarquée, endormie et jetée dans le parc, conclus-je. C'est là que la police m'a retrouvée et que ton père m'a ramenée chez toi.

Naruto était rouge de confusion.

- Alors ce bleu sur ton visage, c'était un coup de ce Pain..., comprit-il. Sasuke n'y était vraiment pour rien.

- Comme je te l'avais dit, confirmai-je. Mais tu ne dois pas t'en vouloir, à ta place n'importe qui aurait abouti à la même conclusion...

- N'importe qui, peut-être, s'énerva Naruto. Mais Sasuke était censé être mon meilleur pote ! Et je l'ai laissé tombé, je vous ai laissé tombés tous les deux, j'ai cru à ce que tout le monde racontait sur lui, sur toi ! J'ai cru que tu fermais les yeux sur le mal qu'il te faisait, alors qu'en fait...

- Tu ne pouvais pas deviner, insistai-je.

- Non, mais j'aurais pu essayer de comprendre, dit-il fermement.

Je lui jetai un regard navré. Je ne savais pas quoi lui dire pour le réconforter. Il avait ses torts, mais la quasi-totalité de la faute retombait sur Sasuke et moi, qui avions refusé de le mettre dans la confidence. Je ne trouvai pas les mots pour lui faire comprendre qu'il était toujours plus facile d'avoir des regrets une fois qu'on connaissait la vérité. Il était impossible d'agir et de penser correctement si l'on n'avait pas toutes les cartes en main. Gênée, je poursuivis malgré tout. J'expliquai le plan d'Orochimaru, l'histoire d'Itachi et Anko, la façon dont mon chef les avait utilisés pour servir ses intérêts.

- J'ai pu garder le contact avec Sasuke par l'intermédiaire de cette clé, racontai-je. Puis, Orochimaru a jugé qu'il était inutile de continuer. J'ai cherché à négocier ma liberté, il me la refusée.

- Et tu n'as pas revu Sasuke depuis tout ce temps ?, demanda Naruto.

- Je ne l'ai même pas aperçu, confirmai-je avec un sourire triste.

Je passais mon temps à espérer le croiser quelque part, mais cela n'était jamais arrivé. Nous étions presque voisins, pourtant je n'avais plus posé les yeux sur lui depuis cette fameuse nuit où Madara était venu nous séparer. Je me doutais que ce dernier y était pour quelque chose. Sasuke était probablement obligé de rester confiné chez lui lorsqu'il n'était pas avec Madara. Le plus difficile était d'ignorer ce qu'il était devenu. Dans les lettres qu'il m'avait fait parvenir, Sasuke n'avait pas caché qu'il prenait encore de la drogue, ce qui ne m'avait pas vraiment surprise. J'avais peur de l'état dans lequel j'allais le retrouver, si je le revoyais un jour. Lors de notre dernière correspondance, il paraissait encore avoir la santé, du moins était-ce ce que j'avais ressenti à travers ses mots. Mais près de dix mois s'étaient écoulés depuis, dix mois durant lesquels il avait pu se passer beaucoup de choses. J'évitais d'y penser, cela ne servait à rien, hormis à me faire du mal.

- Depuis je fais partie de l'équipe qui s'occupe principalement de protéger Orochimaru durant ses déplacements, déclarai-je. Mais je suis aussi ce qu'on appelle une exécutrice. J'ai fait pour lui... beaucoup de choses que je n'aurais jamais pensé faire.

Je faisais évidemment référence aux gens que j'avais tué. J'eus honte d'avouer que je ne connaissais pas leur nombre, que j'avais cessé de les énumérer. Lorsque quelqu'un connaît le nombre de personnes qu'il a tuées, c'est qu'il n'en a pas tuées assez. Au bout d'un moment, le cerveau refuse de se souvenir, il refuse de mettre un nombre sur ces visages. Il préfère oublier et se contenter de croire que chaque nouveau meurtre n'est qu'une répétition du premier, et que cela ne va pas plus loin. Le cœur n'est pas assez grand pour contenir les regrets qu'engendre chaque vie retirée. Les véritables assassins ne connaissent pas le nombre exact de leurs victimes ou, s'ils croient le connaître, ils se trompent.

- Mais maintenant Orochimaru me craint, déclarai-je avec un sourire sans joie. Il ne veut plus de moi à ses côtés, il a peur que je puisse lui nuire ou nuire à son organisation. Il a vu de quoi j'étais capable, bien sûr, et je ne peux pas lui en vouloir d'agir ainsi. Je ne lui serai jamais fidèle, alors il veut m'éloigner. La solution s'est présentée à lui sans qu'il ait même à s'en préoccuper.

C'est avec difficulté que je parlai de Kumamori, de notre rencontre sur la route et de l'audace dont il avait fait preuve en me revendiquant auprès d'Orochimaru. Bien sûr, ce dernier avait été trop heureux de me concéder à son associé. Naruto m'écoutait attentivement tandis que je lui expliquais comment la colère m'avait possédée au point que je m'en prît directement à Kumamori. Ce qui me valu un aller simple en cellule. Puis je lui fis part de mes réflexions, qui m'avaient poussée à faire machine arrière. La honte me consuma lorsque je lui expliquai jusqu'où j'étais allée pour prouver ma détermination. Puis, ce fut un profond malaise qui commença à me ronger, et j'attrapai la main de Naruto pour rester ancrée à la réalité. Ce dernier semblait sur le point d'exploser. A cet instant, sa tête devait regorger d'informations dont toutes n'étaient pas les bienvenues. En lui racontant toute mon histoire, je savais que je l'avais sérieusement déstabilisé. Je m'en voulais un peu de lui avoir imposé cette épreuve, mais j'étais heureuse de ne plus avoir le moindre secret pour lui. Enfin si, il en restait un.

- Maintenant, écoutez-moi bien tous les deux, dis-je en rassemblant mon courage. J'ai fais un marché avec Orochimaru.

- Je crois qu'il faut que tu arrêtes de faire des marchés, Sakura, grommela Naruto. Et je suis sérieux.

- Celui-là pourrait bien être le dernier, assurai-je en souriant, amusée. Et je vais avoir besoin de vous.

- Pourquoi je sens que ça ne va pas me plaire..., soupira Suigetsu en croisant les bras.

Je lui jetai un regard qui ne fit que confirmer ses craintes. Il fit la moue mais son visage reflétait une profonde attention.

- Si ça peut t'empêcher de partir à Kumo avec ce vieux con, j'en suis, dit Naruto d'un air déterminé.

- C'est le cas, confirmai-je. Orochimaru annulera ce contrat, et il a par ailleurs assuré qu'il me rendrait ma liberté, si je supprimais Madara pour de bon.

Les visages de mes deux amis affichèrent la même expression scandalisée. Cela allait être difficile de les convaincre...