Salutations!

Non, je n'ai toujours pas disparu! Et je reviens même avec quatre nouveaux chapitres! J'espère qu'ils vous plairont, même si je n'en suis pas pleinement satisfaite. En tout cas, Sasuke is back, et ça je sais que ça vous fera plaisir =)

Je m'excuse encore pour ce délai, même si vous y êtes désormais habitués... Au moins, vous avez de quoi lire!

A bientôt!


39 - Un éclat à travers la brume

Deux jours plus tard, je m'éveillai lentement, bâillant et m'étirant allégrement. La pièce était sombre, je n'avais aucune idée de l'heure qu'il était. Après m'être étirée le dos, je me laissai retomber sur le lit et fixai les ténèbres au dessus de ma tête. Aussi désespérée que pût paraître ma situation, je me sentais bien. Je n'avais plus besoin de me soucier des missions confiées par Orochimaru, ni du regard inquiet que ma mère posait sur moi à chaque fois que je quittais la maison. Bien qu'en fuite, bien qu'enfermée la majeure partie de la journée, j'étais en quelque sorte plus libre que je ne l'avais été depuis des mois. Naruto était là, près de moi, et il m'apportait un véritable réconfort. Son sourire avait retrouvé la joie et l'insouciance que je lui avais toujours connu. Il paraissait lui aussi bien plus heureux qu'à l'époque où je lui mentais.

Requinquée par la longue nuit de sommeil que je m'étais accordée, je finis par quitter mes draps et me dirigeai à tâtons jusqu'à l'interrupteur. La lumière m'aveugla pendant quelques secondes, alors que je pénétrai dans la salle de bain. Je levai mes yeux vers mon reflet et fronçai le nez. Même après deux jours, je ne me faisais toujours pas à ces cheveux trop courts et trop noirs. Je baissai la tête, fit couler un peu d'eau sur mes doigts et frottai mes yeux et mon visage. Puis, je me lavai les mains avant de mettre mes lentilles. Cette dernière étape avait le don de me mettre en rage dès le matin. Quand je pensais à la quantité de personnes qui enfilaient ces choses tous les matins, j'avais envie de leur tirer mon chapeau. Pour ma part, il me fallait au moins dix essais pour chaque œil avant d'arriver à quoi que ce soit. Parfois, quand je croyais avoir bien placé ma lentille, une gêne me faisait réaliser qu'elle était à l'envers. Il fallait alors que je recommence... Enfin, après cinq minutes d'efforts, mes lentilles furent en place, et à l'endroit. J'appliquai un peu d'eye liner et de mascara sur mes yeux, puis repartis dans la pièce principale pour enfiler les vêtements que Suigetsu m'avait donnés et qui appartenaient autrefois à sa mère. Ainsi vêtue, coiffée et maquillée, j'avais tout l'air d'une jeune adulte prête pour aller au travail. C'était risible.

Je gagnai les escaliers en me demandant si Naruto était levé. Peut être était-il sorti acheter du lait, il avait remarqué la veille qu'il n'y en avait plus. Je souris en songeant qu'il était vraiment aux petits soins pour moi. Ce qui n'était pas pour me déplaire.
Je poussai la trappe et jetai un coup d'œil dans l'espoir de l'apercevoir. Personne. Puis j'entendis des voix provenir du salon et ma bonne humeur s'envola. Qui cela pouvait-il bien être ? Les parents de Naruto seraient-ils rentrés à l'improviste ? Je ne pouvais pas le croire. Si c'était le cas, il ne fallait surtout pas qu'ils me voient.

- Ah, tu es là, dit une voix derrière moi.

Je me retournai et vit Naruto venir vers moi, un plateau remplit de verres sur les bras.

- Viens, j'ai une surprise pour toi, dit-il en passant à côté de moi.

Prudente, je lui emboîtai le pas jusqu'au salon. Son entrée fut accueillie par un soudain brouhaha. C'est alors que je reconnus les voix. Toutes les voix.

- Tu ne rentres pas ?, demanda Naruto en regardant derrière lui. Montre-toi un peu, qu'on rigole !

Le cœur serré, incapable de croire à ce que j'avais entendu, je pénétrai dans la pièce.

- Sakura, c'est bien toi ?, s'écria Hinata en se précipitant vers moi. Impossible !

- Bonjour, belle brune, ça te dirait un petit verre ?, ironisa Kiba avant de partir de ce rire si proche d'un aboiement.

Ils étaient tous là. Hinata, Kiba, Ino, Shikamaru. Ils étaient tous assis autour de la table basse en bois massif et une infinie surprise éclairait leurs yeux. Aussi grande fut elle, elle ne pouvait pas surclasser la mienne. Je dus me retenir au chambranle pour ne pas défaillir. Hinata soulevait mes cheveux en faisant des commentaires sur la qualité de la couleur. Et tu penses que tu arriveras à retrouver ta couleur d'origine ? Elle tourna autour de moi et maugréa en constatant que j'avais encore perdu du poids. Ino se précipita pour m'enlacer, pendant que Shikamaru étouffait un bâillement. Kiba lui donna une claque derrière la tête.

- Vous..., balbutiai-je.

Je fus incapable d'en dire plus. L'émotion me gagna et je dus retenir mes larmes tout en m'efforçant de rester debout. Je ne parvenais toujours pas à croire à l'image que j'avais devant les yeux. Tous mes amis, réunis devant moi. C'était décidément une très belle journée qui s'annonçait...

Cinq minutes plus tard, j'avais retrouvé mes esprits. Naruto m'avait presque nourrie de force en enfonçant une madeleine dans ma bouche pendant qu'Hinata me servait un jus de fruit. Je mâchai avec difficulté, la gorge toujours serrée par l'émotion. Tous les regards étaient tournés vers moi et ma nouvelle apparence.

- Tu veux que je te dise ?, dit Shikamaru. Même en sachant que c'est toi, je n'ai pas l'impression que c'est toi.

- C'est fou ces lentilles, ça change complètement ton regard, ajouta Ino. Il est plus froid.

- Plus froid et plus sexy !, dit Kiba, ce qui lui valu un coup de coude de la part d'Ino.

Je manquai de m'étouffer avec ma madeleine, avalai une gorgée de jus pour faire glisser puis laissai mon rire exploser. Je me sentais flotter, en proie à une allégresse depuis longtemps oubliée. Un rien provoquait mon hilarité. A cet instant, et pour la première fois depuis deux ans, j'étais profondément heureuse.

- Je suis content que tu ne vois pas d'inconvénient à ce que je les ai invités, dit Naruto en souriant. J'avais un peu peur que tu ne sois pas d'accord... Au fait, je leur ai tout raconté.

Je failli une fois de plus m'étouffer, mais pas de rire. Outrée, j'ouvris une bouche remplie de madeleine, ce qui l'amusa beaucoup. J'avalai tant bien que mal, avant de m'écrier :

- Comment as-tu pu faire ça ? Tu aurais dû me demander d'abord !

- Et tu aurais refusé !, argua Naruto. Tu as mis un an et demi avant de me le dire à moi, alors combien de temps étaient-ils censés attendre, eux ? Dix ans ?

- Tu entends par là que Sakura t'aime près de sept fois plus que nous, Naruto ?, dit Shikamaru après un rapide calcul.

- Elle m'aime au moins dix fois plus que vous, c'est évident !, dit mon meilleur ami avec fierté.

- Et Sasuke, cent fois, ajouta Hinata d'un air attendri en battant des cils.

Le sourire de Naruto disparut immédiatement et il adopta une expression faussement vexée. Puis il quitta la pièce en marmonnant quelque chose à propos de petits gâteaux. C'est alors qu'Hinata se précipita pour m'enlacer. Elle me serra fort contre elle.

- Je n'imagine pas combien ça a dû être dur pour toi, dit-elle en me libérant. Et nous qui t'avons dit toutes ces choses horribles...

- Ce n'est pas grave, Hinata, soupirai-je. Vous ne pouviez pas savoir.

Je ne m'étais pas attendu à devoir affronter cette situation deux fois dans la même semaine. A présent tout le monde était au courant. Super.
Alors que je n'avais eu aucun complexe à tout raconter à Naruto, je me sentais un peu gênée que quelques-uns des détails de mon histoire fussent connus de mes autres amis. Pudeur soudaine ou crainte du jugement, je ne pouvais le dire. Mais certains épisodes récents de mes péripéties, et notamment celui qui concernait Kumamori, ne me rendaient pas fière. J'aurais préféré que cela reste ignoré de tous, et particulièrement de mes plus proches amis qui savaient que cela ne me ressemblait pas. Que pensaient-ils de moi à présent ?

- Tu as été très courageuse jusqu'à présent, Sakura, dit Kiba qui, pour une fois, parlait sérieusement.

- J'aurais été incapable de survivre, moi, approuva Ino en se serrant contre son homme. Je serais morte depuis longtemps.

- C'est surtout psychologiquement que ça a dû être dur, dit Hinata en me caressant la tête. C'est normal que tu aies déraillé.

- Moi à ta place j'aurais déjà sauté par la fenêtre, renchérit Shikamaru. Elle est bien trop compliquée, ta vie...

Une vague de chaleur gagna tout mon corps et je me sentis sourire comme une idiote. De quoi avais-je peur ? C'était justement parce qu'ils me connaissaient si bien que ce que j'avais fait n'avait aucune importance aux yeux de mes amis. Cette fois, ils n'étaient pas là pour me juger, mais pour me soutenir. Je n'étais plus seule. Je me sentis une fois de plus gagnée par l'émotion et battis des paupières pour chasser mes larmes.

- Et maintenant, c'est quoi le plan ?, demanda Naruto en entrant dans la pièce les bras chargés de gâteaux.

- Le plan ?, demandai-je, prise au dépourvu.

- Bah ouais, le plan, quoi, dit-il en haussant les épaules. Rassure-moi, tu as bien un plan ?

- Je..., hésitai-je en sentant tous les regards converger vers moi.

C'était assez soudain. J'avais effectivement réfléchi à une stratégie pour atteindre mon objectif, à savoir rayer Madara de la liste de mes problèmes, mais c'était avant que tous mes amis ne fissent leur apparition. Alors que Naruto, Suigetsu et moi pouvions nous qualifier d'équipe en effectif réduit, nous disposions à présent d'une main d'œuvre certaine. La présence de mes amis présentait également l'avantage d'éloigner les soupçons de Naruto. Avec un si grand nombre de personnes sous son toit, mon meilleur ami apparaîtrait comme un jeune homme normal profitant de l'absence de ses parents pour faire la fête. Aux yeux des personnes qui étaient à ma recherche, il paraîtrait inenvisageable que je me cache au milieu de toute cette agitation.
J'entrevoyais une ébauche de plan qui permettrait de crédibiliser ma disparition tout en prenant les devants sur un autre de mes problèmes. Je pourrais ainsi mettre mes amis à contribution sans trop les mettre en danger. Il était évident qu'ils ne supporteraient pas d'être laissés pour compte, pas après avoir fait tout ce chemin. A présent, ils connaissaient tout de mon univers. Même si cela était nouveau pour eux, je n'avais plus l'intention de les empêcher d'en faire partie.

- Bien, alors voici le plan, dis-je avec sérieux. Ils faut que vous partiez tous à ma recherche. Allez dans les magasins, au lycée, à la bibliothèque, parlez aux gens dans la rue... Allez dans la zone industrielle, surtout. Montrez-vous aussi actifs et déterminés que si j'avais vraiment disparu.

- Pourquoi faire ? Je ne te suis pas..., dit Kiba en fronçant les sourcils.

- Réfléchis, Kiba, répondit Shikamaru. Nous sommes tous revenus à Konoha et Sakura a disparu. Est-ce que ça ne paraîtrait pas bizarre, voire même suspect, si nous ne faisions pas un minimum d'efforts pour la retrouver ? Les gens penseraient tout de suite que nous la cachons ou que nous savons où elle est.

Je n'en attendais pas moins de Shikamaru. Sa matière grise devait déjà fonctionner à plein régime. S'il existait une faille dans mon plan, je pouvais compter sur lui pour la trouver. C'est donc confiante que je poursuivis mes explications.

- Je ne veux pas seulement que vous demandiez après moi, déclarai-je. Discrètement, faite courir le bruit que deux hommes sont à ma recherche et que vous craignez pour ma sécurité. Je parle de Deidara et Hidan, bien sûr. Vous ne les avez jamais vu et je n'ai malheureusement pas de photos à vous fournir, mais une simple description devrait suffire. Deidara a les cheveux longs, blonds et les yeux bleus. Sa taille se situe dans la moyenne. Hidan, cheveux courts, gris, le plus souvent coiffés en arrière. Il a des yeux d'un brun presque rouge et lui, par contre, est très grand. Il n'a rien de sympathique, contrairement à Deidara qui est assez charismatique et qui parvient toujours à amadouer les gens.

Mes poings se serrèrent et ma respiration s'accéléra. J'avais dû les visualiser avec précision pour donner ces informations. Hinata attrapa ma main dans la sienne, la serra et m'offrit un sourire compatissant. Je souris en retour, étrangement détendue. Depuis que j'avais trouvé refuge sous le toit de Naruto, je parvenais beaucoup mieux à contrôler mes crises, malgré l'absence de médicaments. Sa présence me rassurait. De plus, cette maison dans laquelle j'avais tant de souvenirs était un environnement bien plus sécurisant que ma chambre d'hôpital froide et silencieuse.

- Je veux savoir où ils sont, décrétai-je avec détermination. Je n'attendrai pas qu'ils viennent à moi, ce sera moi qui irai vers eux.

- Ce sera nous, précisa Naruto en mâchant son gâteau. Ne compte pas sur moi pour te laisser aller vers ces types toute seule.

Sa sollicitude à mon égard avait quelque chose de touchant et je posai sur lui un regard chargé d'affection. Pourtant, je ne le laisserai pas se mettre entre moi et l'Akatsuki. Cette affaire ne concernait que moi et je comptais bien la régler, seule.

- Toi, Naruto, j'ai un travail particulier à te donner, continuai-je comme s'il ne s'était rien passé. Si tu l'acceptes, bien sûr. A mon sens, il n'y a que toi qui puisses le faire mais si tu refuses, j'enverrai Suigetsu.

- Accouches..., soupira mon ami avec impatience.

- Il faut que tu ailles chez Sasuke, dis-je de but en blanc. Cette fois, je veux que tu sois vraiment, vraiment, vraiment en colère. Frappe-le s'il le faut, ça doit rester crédible. Et surtout, tu lui remettras une copie de mon dossier médical.

Shikamaru sourit. Ce fut bien le seul. Visiblement, nul autre que lui n'avait compris le but de la manœuvre.
Sasuke n'avait pas débarqué chez Naruto comme nous nous y étions attendu. Cela ne pouvait vouloir dire qu'une chose : Madara l'avait consigné chez lui. Il n'était probablement pas rassuré de me savoir dans la nature, loin de sa surveillance, et préférait éviter tout risque de rencontre inopportune ou de rendez-vous secret. Or, je savais que pour atteindre Madara, j'avais besoin d'un allié dans son camp. Cet allié, évidemment, c'était Sasuke.
A l'hôpital, j'avais passé des heures à réfléchir à un moyen d'entrer en contact avec lui sans attirer les soupçons. Lorsque Naruto avait fait son apparition, ce moyen m'était soudain apparu. Madara ignorait que Naruto connaissait toute l'histoire. Mieux, il n'avait sûrement pas envisagé que je puisse lui dire quoi que ce soit un jour. Le vieil homme avait appris à me connaître, et il savait que je préférerais affronter le danger seule plutôt que de mettre la vie de Naruto en jeu. Jamais il ne considérerait Naruto comme un danger, encore moins si ce dernier lui servait un peu de cette immense haine qu'il ressentait pour Sasuke.

- Madara a sûrement fait installer des micros, et peut être même des caméras chez Sasuke, expliquai-je. Si tu vas le voir, il sera mis au courant, je n'en doute pas. Mais tout ce qu'il verra, c'est un jeune homme plein de rage contre celui qu'il pense responsable de tout ce qui est arrivé à leur amie commune. Tu remettras le dossier juste avant de partir, tu peux même lui jeter à la figure, ça fera plus vrai. Tu lui diras que tu veux qu'il réalise le mal qu'il a fait, ou n'importe quoi qui justifie que tu lui donnes ces papiers.

Je marquai une pause, attrapai un gâteau et croquai dedans. Le goût sucré se répandit dans ma bouche et m'apporta un peu de chaleur.

- L'une des pages de ce dossier sera complètement revue, dis-je avec un petit sourire. A la place de l'avis du médecin, il y aura des consignes écrites de ma main.

- Il faut que ce soit une page du dossier au cas où il y aurait des caméras, comprit Hinata en ouvrant une bouche stupéfaite. Comme ça, ils ne se douteront pas que c'est un message de ta part, ils penseront que c'est un simple document médical.

- Exactement, confirmai-je, assez fière de moi.

- Tout ça c'est très bien, déclara Shikamaru d'un air concerné, mais s'ils ont le moindre doute, ils n'auront qu'à zoomer et ils pourront alors lire ce qui est écrit.

- Je sais, arguai-je, c'est pourquoi je laisserai quelques phrases écrites par le médecin et je rédigerai mon texte en dessous. Sasuke aura le temps de se mettre hors de vue des caméras. De toute façon, Madara ne doit plus avoir beaucoup d'hommes préposés à la surveillance puisqu'il est en manque d'effectifs. Avec un peu de chance, tout cela passera inaperçu...

- Je n'aime pas trop placer les choses importantes entre les mains de la chance, dit Shikamaru en retour. Non, laisse-moi faire de ce côté-là. Je n'ai pas chômé cette année et, à côté de mes cours de physique...

- … que tu as continuellement séchés..., le coupa Kiba d'un air taquin.

- … j'ai suivi des cours d'informatique, enfin je devrais plutôt dire de piratage informatique, poursuivis Shikamaru en ignorant la remarque de son ami. Ça peut s'avérer très utile quand on aime... prendre son temps dans la vie, comme moi, mais qu'il faut bien passer les premières années barbantes pour enfin atteindre un niveau intéressant. J'ai pu modifier mes notes directement sur l'un des ordinateurs de mon école avec ça...

Il paraissait très fier de lui. Bien sûr, Shikamaru s'était toujours ennuyé en classe au lycée. Le niveau était trop bas pour lui, disait-il, alors il préférait ne rien faire. Il s'endormait au cours des examens et ne répondait donc jamais à toutes les questions. Il avait fourni un effort un peu plus important en terminale, afin d'obtenir les notes nécessaires à son entrée dans une prestigieuse école de physique nucléaire. Il faudrait attendre la troisième ou quatrième année avant qu'il ne montre un réel intérêt pour les enseignements qu'on y dispensait. Tout cela était encore trop facile pour lui. Or, Shikamaru aimait les défis. Jusqu'à présent, personne n'avait réussi à lui en proposer un qui fut à son niveau.

- Tu t'occuperais des micros et caméras ?, demandai-je avec espoir.

- Je vais d'abord vérifier qu'il y en a, mais si c'est le cas je pense qu'il vaut mieux ne pas les couper, répondit mon ami. Ce serait beaucoup trop louche que Naruto débarque et, comme par hasard, que tout le système de surveillance se mette à déconner. Par contre, je peux parfaitement récupérer d'anciennes images et me débrouiller pour les diffuser à ce moment-là, au moins pendant le temps que mettra Sasuke a découvrir ce que cache vraiment ce dossier. En plus, même si je veux bien admettre que Sasuke est maître dans la dissimulation de ses émotions, je ne pense pas qu'il arrivera à rester de marbre lorsqu'il se rendra compte que d'un, tu n'as pas disparu, et que, de deux, Naruto est impliqué avec toi dans une combine destinée à buter son boss...

- Mmmh, approuvai-je en hochant la tête. Tu as sans doute raison.

- Naruto, passe-moi ton ordinateur, je vais m'y mettre tout de suite, ordonna Shikamaru en s'étirant comme un chat.

Naruto quitta la pièce en un seul bond et, dix secondes plus tard, il était de retour, son ordinateur portable sous le bras. Il le tendit à notre ami, une insondable admiration dans les yeux. Pour Naruto qui avait toujours été un grand enfant, voir quelqu'un pirater un système à distance relevait de la science-fiction. Fébrile, il s'assit à côté de Shikamaru et étudia le moindre de ses gestes pendant le temps que dura l'opération. Shikamaru fronçait les sourcils, soupirait, relançait des analyses. Je crus un instant qu'il n'y arriverait pas. Mais, à mon grand étonnement, et après une heure d'efforts, il finit par ouvrir un dossier contenant une multitude de fichiers audio, lesquels étaient nommés d'après la date d'enregistrement.

- C'est ça ?, demandai-je en constatant que le premier enregistrement remontait à l'année précédente.

- Ouais, des micros, répondit Shikamaru. Mais pas de trace de caméras... à l'intérieur.

Il ouvrit un autre dossier, qui contenait des vidéos. Je reconnus immédiatement les différents angles qui apparaissaient sur les images.

- L'entrée de la maison, dis-je en désignant l'une de vidéos. Et ça, c'est le jardin.

Je touchai l'écran là où j'apercevais le garage, la fenêtre de la chambre de Sasuke, celle d'Itachi et celle de leurs parents, la rue, la boite aux lettres.

- Tous les coins d'où peuvent venir des visiteurs, ou un contact quel qu'il soit, déduisit Shikamaru. Apparemment, ton gars a considéré qu'il suffisait de surveiller ce qui entrait. J'imagine qu'ils doivent vérifier le courrier, aussi, ainsi que la connexion internet. Et il y a aussi ça...

Il ouvrit un troisième dossier qui contenait des fichiers audio, comme le premier.

- Encore des micros ?, demandai-je en fronçant les sourcils. Pourquoi ces fichiers ne sont-ils pas dans le même dossier que les autres ?

- Parce que ce ne sont pas des enregistrements à partir de micros, répondit Shikamaru en ouvrant l'un des fichiers.

On entendit une tonalité, puis deux, puis trois. Enfin, un « allô » retentit, et je reconnus tout de suite la voix.

- Hiromi, soufflai-je. Ce sont des écoutes téléphoniques.

- J'espère que tu n'avais pas prévu de contacter Sasuke par téléphone, ironisa Ino.

- Bien sûr que non, niai-je aussitôt, je me doutais bien qu'il avait mis en place ce genre de choses...

- Mais alors comment ?, demanda Kiba. Tu ne vas pas envoyer Naruto lui balancer des dossiers à la gueule tous les jours, quand même ?

Tout le monde éclata de rire. Évidemment, ce n'était pas une solution que j'avais envisagée. Non, mon plan était beaucoup plus osé, mille fois plus risqué que cela. Mais s'il réussissait, c'était la victoire assurée.

- Je ne lui ferai pas parvenir de message, expliquai-je lorsque j'eus retrouvé mon sérieux. Pas de courrier, pas de coup de fil, pas de dossier. Non, je vais aller chez lui directement.

Silence dans la salle. De toute évidence, je les avais perdus.

- Sakura, je crois que tu viens de prononcer les mots les plus stupides que l'on pourrait envisager dans cette situation, dit Kiba à demi-voix. Tu n'étais pas sérieuse, hein ? C'était pour déconner ?

- Pas du tout, dis-je en souriant devant leurs airs décontenancés. J'ai bien réfléchis et ça me paraît être le meilleur moyen.

- En quoi aller sonner chez Sasuke, dire « Bonjour, ça fait un bail ! » et se faire chopper par les méchants dans la minute qui suit constitue un bon plan ?, demanda Naruto en haussant le ton. Il y a quelque chose qui m'échappe, je crois !

- Parce que je ne dirai pas, « Bonjour, ça fait un bail ! » et que, en théorie, je ne me ferai pas chopper par les méchants dans la minute qui suit !, rigolai-je. Non, je compte bien aller chez lui plusieurs fois, incognito.

- Incognito comment ?, bougonna Naruto.

- Incognito comme ça, répondis-je en me désignant de la tête aux pieds.

Silence à nouveau. Bon, je ne les avais pas encore convaincus. Je comprenais leur réticence. Ce plan m'avait paru fou à moi aussi. Pourtant, c'était le meilleur parmi ceux que j'avais envisagé. Il fallait que je leur explique tout depuis le début, sinon j'avais peu de chance de m'attirer leurs faveurs. Alors je me lançai dans une longue et pénible explication, qu'ils écoutèrent avec patience. Leurs visages changèrent, passant de l'incrédulité au scepticisme, puis à l'hésitation, à l'approbation jusqu'à aboutir à :

- C'est brillant !, s'exclama Ino en se frottant les mains. Tu es un génie, Sakura !

- Oui, enfin, ce plan n'est pas sans failles non plus..., objecta Shikamaru en croisant les bras. Il y a beaucoup de choses qui, si elles ne se passent pas comme tu l'as prévu, risque de tout foutre par terre.

- Tu as déjà vu un plan sans faille, Shikamaru ?, demanda Naruto. Je ne crois pas que ça existe.

- En me laissant un peu de temps, disons une semaine..., commença notre ami.

- Nous n'avons pas le temps, le coupa Kiba. C'est maintenant qu'il faut s'y mettre. Sakura a besoin de temps pour tout mettre en place et la dead-line est dans vingt jours.

- Oui, bon..., admit Shikamaru. Disons que ton plan n'est pas mal, alors. On s'en contentera.

Ino lui tira la langue, ce qui le fit sourire. Je ne m'attendais pas à ce que la stratégie que j'avais mise en place contente pleinement Shikamaru. Son génie faisait de lui quelqu'un de pointilleux et de perfectionniste. Il pouvait toujours déceler la moindre erreur dans un mécanisme et il n'était pas dans son habitude de tourner le dos et de faire comme si cette erreur n'existait pas. Tant qu'il ne refusait pas catégoriquement que le plan fut mis en place, je considérais que le risque, bien qu'existant, n'était pas suffisamment important pour l'inquiéter vraiment.

- Une seconde, Sakura, dit Naruto. Quand tu dis que je dois remettre ton dossier à Sasuke... Tu veux dire tout le dossier ?

Je voyais parfaitement où il voulait en venir. Mon dossier médical regroupait les évaluations et commentaires de tous les médecins qui s'étaient occupés de moi. Parmi ces diagnostics, il y avait une chose qui n'allait pas plaire à Sasuke...

- Oui, tout le dossier, confirmai-je en faisant mine de m'intéresser à l'écran de l'ordinateur.

- Mais il y a le..., commença mon ami.

- Je sais très bien ce qu'il y a dedans, le coupai-je en levant les yeux vers lui. Je le sais, d'accord ? Sasuke aurait fini par l'apprendre de toute façon.

- Bon, comme tu veux, abdiqua Naruto en haussant les épaules.

- Alors, c'est parti, conclus-je en les regardant les uns après les autres. On s'y met aujourd'hui.