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Chapitre 2

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_ John, debout !

John se réveilla en sursaut, heurté de plein fouet au visage par son oreiller.

_ Mmmh… Quoi ?

_ Debout !

_ Quoi ? Quessiya ?

Pataugeant dans un bancal reste de sommeil, John frotta ses yeux embrumés, puis distingua la silhouette de Sherlock qui s'agitait dans sa chambre en lui jetant divers vêtements sur le lit.

_ Une brève vient d'apparaître dans les sites d'informations, expliqua-t-il, un suicide apparent à Greenwich. Lève-toi, nous y allons.

John eut alors l'idée de regarder son réveil. Les lettres lumineuses agressèrent presque sa vision.

_ Quoi ? Sherlock, il est trois heures du matin !

_ Justement, la scène de crime sera encore fraiche. Allez, debout !

Comprenant qu'il n'avait pas le choix, John obtempéra, bailla bruyamment, puis passa ses vêtements en grognant. Sherlock était déjà redescendu pour rassembler ses affaires, John l'entendait s'agiter dans sa chambre.

Ils parvinrent à attraper un taxi, et roulèrent en direction de Greenwich.

_ Alors ? Demanda finalement John alors qu'ils dépassaient Oxford Circus. Qu'est-ce qu'on sait sur cette affaire ?

_ Un homme a appelé la police en affirmant avoir entendu un coup de feu dans l'appartement voisin du sien. L'appel remonte à une heure, maintenant. Le Met doit déjà être sur les lieux.

_ Et en quoi ça nous intéresse ?

_ Suicide apparent. J'aime les suicide apparent parce qu'ils n'en ont jamais que l'apparence et qu'il est toujours plaisant de démontrer qu'il s'agit d'un meurtre.

_ Qu'est-ce qui te fait dire qu'il ne s'agit pas réellement d'un suicide ?

Sherlock, qui saisissait diverses choses sur l'écran de son téléphone portable, leva les yeux sur lui.

_ L'arme du suicide. Selon les informations contenues dans l'article, il s'agit d'une arme à feu. Un automatique, pour être exact.

_ Et alors ?

_ Les femmes utilisent rarement les armes à feu pour se suicider à moins de ne pas avoir d'autre choix. Et encore moins dans la tempe. C'est un moyen trop violent, pas assez féminin.

_ Pourquoi ?

_ La vanité, John. Une femme a toujours le souci de son apparence en toute circonstance. Par reflexe, elle choisira un moyen ou un endroit plus discret. La tempe avec une arme à feu est trop ostentatoire.

_ Si tu le dis…

John avait fini par apprendre à ne jamais insister quand Sherlock se montrait ainsi aussi sûr de lui. Il s'adossa à la banquette du taxi, frottant ses yeux encore alourdis. Bon sang, qu'est-ce qu'il aurait donné pour rester au lit… Il espérait juste que la scène de crime ne fût pas trop longue et qu'il tiendrait suffisamment le coup.

Ils arrivèrent enfin à Greenwich, et arrêtèrent le taxi à une distance suffisante de la scène de crime pour ne pas attirer l'attention sur eux. A l'exception de quelques fenêtres allumées, la zone où ils descendirent du véhicule était déserte, mais ils entendaient déjà au loin la sirène d'une voiture de police qui s'éloignait.

Ils s'avancèrent dans une rue déserte qui déboucha sur une rue un peu plus large, dans laquelle se pressaient quelques badauds. Une nuée de lumières colorées attirèrent alors leur attention vers une façade d'immeuble devant laquelle étaient rassemblés les équipes du Yard.

Sherlock analysa les lieux d'un coup d'œil. Deux voitures de police, le camion du légiste. De toute évidence, ils n'avaient pas encore évacué le corps de la victime, ce qui était une bonne nouvelle.

Ils firent le tour du quartier afin de repérer les accès. De l'autre côté du pâté d'immeuble, il y avait une résidence dans laquelle des curieux allaient et venaient. Ils pourraient peut-être s'introduire par là. Il devait y avoir un accès pour les toits, par lesquels ils pourraient infiltrer l'immeuble qui les intéressait.

Ils attendirent donc dans les parages, jusqu'à ce qu'une petite vieille dame alla pour rentrer chez elle. Ils se précipitèrent à sa suite, Sherlock lui décochant un sourire charmeur en plaisantant sur l'animation dans la rue d'à-côté. La dame lui sourit en retour, ajoutant que l'on était plus en sécurité nulle part, ce dont Sherlock n'eut cure, mais il s'abstint de le montrer. John avait patiemment et vaillamment réussi à lui faire comprendre que l'amabilité passait beaucoup plus inaperçue que la hauteur. Ils plaisantèrent une minute avec la dame qui finit par disparaitre dans un ascenseur, puis montèrent les escaliers jusqu'aux toits. Tel que prévu, les deux communiquaient. Il ne fut ensuite pas difficile pour eux de trouver la porte de secours qui menait à l'intérieur.

Le bâtiment était la proie des allées et venues de ses occupants. Les voisins entraient et sortaient de leurs appartements au gré de leur curiosité. Sherlock fit la grimace car leur présence allait certainement compliquer son infiltration, mais pour le moment, elle les dissimulait de la police en les faisant passer pour des locataires de l'immeuble.

La scène de crime se trouvait trois étages plus bas. Le niveau tout entier avait été bouclé et les locataires priés de rester chez eux afin de faciliter le travail de la police. Fort de son autorité naturelle et d'un ancien insigne de Lestrade, Sherlock se fraya un chemin parmi les curieux amassés devant le ruban jaune qui fermait l'accès à l'escalier et passa dessous sans façon, suivi de près par John qui sortait son calepin et prenait rapidement quelques notes pour rentrer dans la peau de son personnage.

Celui-ci pria pour qu'ils ne fussent pas reconnus par un agent qui avait l'expérience de leurs intrusions. Mais la chance semblait être de leur côté en ayant posté devant la porte de l'appartement de la victime un jeune agent qui hocha la tête sans sourciller devant l'insigne que Sherlock brandit sous son nez.

_ L'on m'a informé que le témoin était encore présent, attaqua-t-il d'emblée. Je voudrais lui parler.

L'agent pointa alors du doigt en direction d'un homme mal rasé en t-shirt et en jogging.

_ Juste là, monsieur.

Sherlock marcha aussitôt vers le témoin, suivi de John. Il le salua, puis se plaça de façon à voir la porte de l'appartement et les agents qui y circulaient pour le cas où l'un d'eux le reconnaîtrait. Il avait déjà repéré l'issue de secours au bout du couloir.

_ C'est vous qui avez appelé la police pour le coup de feu ? Demanda-t-il en guise de préambule.

L'homme se dandina nerveusement d'un pied sur l'autre. Réaction de peur. Fin de la trentaine, fils unique, probablement né et élevé dans le quartier. Pas d'animal domestique, célibataire. Son t-shirt tendu sur sa bedaine montrait les restes de la pizza surgelée qui lui avait servi de repas. Reliquats d'huile de moteur sous les ongles : garagiste ou assimilé.

Sherlock releva également ses goûts pour les bières de basse qualité, manqua de lui conseiller l'usage de casques antibruit au travail à en juger par la façon dont il tournait l'oreille dans leur direction, mais s'abstint, attendant la réponse.

_ Oui, c'est moi…, répondit l'homme dans un souffle qui sentait le tabac et en grattant frénétiquement un bras constellé de prises de sang.

_ Racontez-nous exactement ce que vous avez vu et entendu.

_ Ecoutez… j'ai déjà tout dit à vos collègues, qu'est-ce que vous voulez de plus ? J'étais tranquille devant ma télé, et puis « bang ! », d'un coup. Je vous jure, j'ai flippé.

_ Quelle heure, à peu près ? Poursuivit Sherlock alors que John prenait consciencieusement des notes.

Le témoin leva vaguement les yeux en l'air, sondant sa mémoire.

_ Je sais pas, moi. Quelque chose comme onze heures et demie du soir. On était en plein milieu du dernier épisode de NCIS sur Channel 5. J'aurais pu me dire que ça venait de la télé, mais ça a fait un tel boucan…

_ Vous avez appelé la police immédiatement après ?

Le témoin leva les mains dans une posture défensive.

_ Hola, on voit que vous aimez vivre dangereusement, vous autres. Moi, je bosse dans une casse, je mate des films avec une bière et une pizza. J'entends des coups de feu, vous pensez bien que je vais pas me risquer à jouer les héros. Oui, j'ai appelé tout de suite, j'allais pas prendre le risque de laisser ce type se pointer chez moi.

_ Appeler la police est déjà héroïque en soi, intervint John pour faire bonne mesure. La plupart des gens préfèrent se cacher et attendre que ça passe.

Il jeta un œil sur Sherlock.

_ Tu as fini ? S'enquit-il.

Sherlock se détourna, signe qu'il avait effectivement fini. John remercia le témoin avec un petit sourire et suivit Sherlock qui avait pris la direction de l'appartement.

_ Tu veux vraiment prendre le risque d'entrer ? Demanda-t-il avec appréhension. Ils doivent être une dizaine, là-dedans.

_ Justement, l'on se fera moins remarquer.

John en doutait toujours, mais il était constamment impressionné par cette mathématique où les chances d'être vus étaient inversement proportionnelles au nombre de personnes présentes sur les lieux.

L'appartement était petit, un simple deux pièces sobrement aménagé. Sherlock remarqua aussitôt les meubles manquant et le peu de vêtements dans l'armoire de la chambre. Problèmes d'ordres financiers, donc. Le petit meuble près de la porte d'entrée croulait sous le courrier. Banque, bureau de prêt, l'existence ne devait pas être prospère pour la victime. A-côté du courrier, le voyant du répondeur clignotait. Sans attendre, Sherlock pressa le bouton de lecture : « salut, Allison, c'est Mandy ! Tu peux me rappeler dès que tu as ce message, s'il te plait ? Bisous ! ». Il nota l'heure de l'appel : 22h37. Il se pencha ensuite sur la serrure de la porte. Celle-ci avait été crochetée, mais discrètement au point que c'en était presque indétectable. Travail de professionnel. Sherlock ne put réprimer un sourire : le suicide n'était effectivement qu'apparent.

_ Sherlock…, fit alors la voix de John dans son dos.

Celui-ci reconnut aussitôt le ton pressant et se redressa, quittant l'appartement sans attendre. Dans le couloir, s'avançait le lieutenant Dimmock, en grande conversation avec ce qui semblait être le premier agent de police à être arrivé sur les lieux. Il ne les avait pas encore vus. Sherlock réprima un juron et, Dimmock étant toujours en train de converser, retourna rapidement jeter un coup d'œil rapide sur la pièce principale, où se trouvait le corps de la victime. Pas de traces de lutte, aucun objet manquant en dehors de ceux qui avaient été revendus, même s'il était difficile de faire la différence. Verre vide sur la table basse, deux ongles cassés, chauffage éteint, pendule en retard de quatre minutes, un petit morceau circulaire de ce qui ressemblait à de l'aluminium, il emmagasina tout ce qu'il put voir en quelques secondes à peine. Puis eut juste le temps de se détourner et de marcher dans le couloir, John sur les talons. D'un pas vif mais sûr, ils avancèrent vers la sortie de secours précédemment repérée, et prirent la fuite.

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Note: oh, j'ai oublié de mentionner une info trèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèès importante: warnings à prévoir pour les derniers chapitres. Juste histoire que vous soyez au courant et/ou préparés...

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