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Chapitre 8

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Ils parvinrent à Baker Street extrêmement tendus. Même après avoir refermé derrière eux la rassurante porte bleue, ils ne pouvaient s'empêcher de se dire que ç'avait été très juste. La lumière n'avait pas été allumée dans l'appartement et la lampe torche du policier était trop forte pour distinguer quoi que ce fût. Sherlock doutait que l'agent eût pu les reconnaître, mais John n'était pas de cet avis. Infiltrer les scènes de crime allait devenir de plus en plus difficile.

Il monta prestement les escaliers, droit vers sa chambre.

_ Plus jamais ça, Sherlock, décréta-t-il alors. Plus jamais ça. La prochaine fois, on fera comme je l'ai proposé, on empruntera des uniformes. Toi qui aimes tant te déguiser, tu seras servi.

_ John.

_ Quoi ?

Il se retourna, pour voir Sherlock debout sur le pas de la porte du salon qui le regardait. Il fronça les sourcils, perplexe, puis intrigué par le regard un peu crispé du détective, il redescendit. Sherlock était droit comme un i, raide et figé. John suivit son regard et, aussitôt, un frisson d'alarme lui courut le long du dos.

Lestrade.

Celui-ci était assis dans le fauteuil de Sherlock, patient. John repensa fugitivement à la descente de police lors de « L'Étude en Rose », où le lieutenant s'était trouvé dans ce même fauteuil à les attendre. Il regarda autour de lui, s'attendant presque à voir apparaître les autres membres de l'équipe. Mais le calme dans l'appartement lui fit comprendre que Lestrade était venu seul, et l'atmosphère qui se dégageait de la présence de l'officier était radicalement différente de celle lors de la descente de police. L'attitude nonchalante de Lestrade avait laissé place à une palpable tension. Les jambes croisées avaient cédé le pas aux coudes posés sur les genoux. Le regard qu'il posa sur Sherlock et John n'avait plus les accents du triomphe, mais était mâtiné d'une sorte de tendre tristesse.

_ Lestrade, salua Sherlock sans autre formule de politesse.

_ Sherlock, répondit Lestrade avec un hochement de tête. John.

Celui-ci ne répondit pas, tendu comme un arc. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas revu le lieutenant face-à-face, et l'émotion qu'il en éprouvait était très différente de celle quand il l'observait au pub.

Il y eu un profond silence.

_ Que nous vaut l'honneur de votre visite, Lestrade ? Demanda alors Sherlock pour briser la glace. Vous allez nous passer les menottes pour être intervenus sur votre scène de crime ?

Lestrade se redressa et s'adossa dans le fauteuil. Ses yeux n'exprimaient aucune animosité, sinon une intense mélancolie.

Puis il laissa échapper un souffle qu'il semblait retenir depuis longtemps. Il frotta son visage fatigué.

_ Non, répondit-il alors. Je ne suis pas là pour ça.

_ En ce cas, si c'est pour nous donner un avertissement, sachez qu'il y a tout lieu de croire qu'il ne sera pas suivi.

Mais Lestrade n'avait pas l'air de l'entendre. Il regarda John et Sherlock à tour de rôle, à la fois intrigué et triste.

_ Pourquoi vous êtes ici ? Demanda-t-il alors.

Sa question les prit par surprise. Ils échangèrent un regard, peu certains de la réponse à apporter.

Le lieutenant semblait avoir vieilli de dix ans. Ses cheveux étaient plus gris que d'habitude, ses traits plus marqués. Ses épaules paraissaient ployer sous le poids de l'âge et des soucis. Il semblait beaucoup plus fatigué que la dernière fois que John l'avait vu.

Il s'avança.

_ Quelque chose ne va pas, Greg ?

Celui-ci leva les yeux sur lui.

_ Pourquoi vous êtes ici ? Répéta-t-il. Vous ne devriez pas être là.

_ Tu connais Sherlock. Lui refuser une enquête est comme refuser un os à un chien. Mais on peut te promettre que nous n'avons pas interféré. Enfin, si… D'une certaine façon.

_ Merci pour la comparaison, siffla Sherlock.

Celui-ci avait détaillé Lestrade en quelques coups d'œil. Joues pas rasées, costume pas changé depuis deux jours, les poches d'un homme qui n'avait pas dormi sous les yeux, gouttes de café sur la chemise. Lestrade était à cran, il tenait à peine debout, semblait sur le point de flancher d'une seconde à l'autre.

_ Quelque chose vous tracasse, analysa Sherlock. Et cela n'a rien à voir avec nos interventions dans vos enquêtes, auquel cas vous l'auriez déjà dit. C'est plus vicieux, plus insaisissable. Donovan vous a encore bourré le crâne à mon sujet ?

Lestrade ouvrit la bouche pour parler, mais s'abstint au dernier moment. Il les regarda à nouveau, silencieux. Puis il sembla prendre une décision et se leva. Ses gestes avaient quelque chose d'empesé.

_ Venez avec moi, dit-il alors. Je crois que je dois vous montrer quelque chose.

John sentit Sherlock se tendre.

_ Si c'est une ruse pour nous coffrer à Scotland Yard, siffla ce dernier, je regrette, mais ça ne marche pas avec moi.

_ Ça n'a rien à voir avec le Yard, répondit Lestrade.

Sa réponse avait été si claire et si spontanée que même Sherlock ne perdit pas son temps à la mettre en doute. Il regarda le lieutenant, un pli soucieux sur le front, mais consentit à lui emboîter le pas.

Ils quittèrent Baker Street. Devant la porte, était garée une voiture de ville. Lestrade ouvrit les portières et fit un geste dans leur direction.

_ Montez.

Les mains dans les poches, Sherlock le regarda suspicieusement, puis monta finalement dans le véhicule. John suivit, peu certain de ce que Lestrade avait l'intention de leur montrer. Son attitude fatiguée avait tous les aspects d'une incroyable tension. Avaient-ils commis une erreur quelque part ?

Le trajet se fit dans un grand silence, John regarda les rues défiler à-côté de lui sans les remarquer. Puis un bâtiment attira son attention, et il comprit alors la direction qu'ils prenaient.

_ Quoi ? Greg…

_ On est bientôt arrivés, John.

La voix du lieutenant était douce, mais ne laissait aucune place à la négociation.

Ils descendirent de voiture, et Lestrade mena la marche. John et Sherlock suivirent, perplexes. Ils entrèrent, avancèrent sans un mot, Lestrade toujours en tête. Puis il finit par s'arrêter, s'écarta, et se tourna vers eux.

_ Bien, et maintenant ? Demanda-t-il.

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Note: changement de warning au prochain chapitre...

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