Le coin de la traductrice :
Bonjour ! Voici le deuxième chapitre de cette fic, que je traduis toujours avec l'aimable autorisation de l'auteure. J'ai été ravie de voir que le premier chapitre vous avait plu et intrigué. J'espère que celui-ci apportera quelques réponses à vos questions. En tout cas, merci à tous !
Bonne lecture !
Bises ;)
Peaseblossom
Disclaimer : l'univers est à JK Rowling et l'histoire est de damnedscribblingwoman.
Chapitre 2
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Invisible
Mr Johnson ne vit pas la neige tomber jusqu'à ce qu'il en soit couvert. Il pesta bruyamment, en essayant d'en débarrasser ses cheveux et ses épaules. Ajoutant l'insulte au préjudice, une boule de neige lancée par une petite fille espiègle vers l'un de ses amis dévia contre toute attente, et assez inexplicablement, de sa trajectoire, et atterrit sur la tête de l'homme avec un bruit sourd. Pendant un moment, aucun des enfants ne bougea, mais en moins d'une seconde, ils étaient écroulés de rire, trop jeunes pour faire preuve de tact et trop amusés pour être discrets.
Echouant à percevoir l'humour de la situation, un Mr Johnson livide se lança à la poursuite des enfants, mais n'avait pas fait deux pas que, marchant sur une plaque de glace cachée, il glissa et tomba, atterrissant lourdement sur le dos. Ça ne fit qu'accroître l'hilarité tapageuse des petits démons. Le plus âgé d'entre eux fit, assez fort, une remarque assez intelligente et un peu plus qu'insolente sur les inconvénients de la gravité.
Mr Johnson fut sauvé par l'arrivée soudaine de Mrs Branson, une veuve âgée qui, pendant quarante ans, avait été la directrice de l'école locale, et qui, n'ayant jamais réussi à être intimidée par les magouilles de leurs parents, n'était pas prêt d'être défaite par l'insubordination de leur progéniture.
Elle dispersa les petits vandales d'un mot acerbe, et entreprit de sermonner Mr Johnson, l'un de ses nombreux anciens élèves, sur la double importance de regarder où l'on marche et de garder son sang-froid.
Drago réfléchit aux mérites de jeter un autre tas de neige sur Mrs Branson, mais son public était parti, et il lui sembla soudain que c'était trop d'effort que d'enquiquiner le monde. Son intérêt évanoui, il commença à descendre la rue, ne faisant que peu d'efforts pour éviter les autres passants. Une jeune rousse sauta de côté, surprise, quand il la heurta accidentellement de l'épaule. Ne voyant personne dans son voisinage immédiat, elle haussa les épaules et reprit sa marche.
Cela dégrada encore son humeur déjà bien entamée, et Drago força le pas, soudain pressé d'échapper à la ville pleine de Moldus. D'habitude, il aimait l'hiver, mais jamais plus que depuis les dernières années. Dans un monde où personne ne pouvait le voir, ses empreintes dans la neige lui semblaient une preuve manifeste qu'il était là, qu'il existait, que quelque part dans le monde il y avait une trace de lui. Parfois même il en doutait. S'il n'y avait personne pour le voir ou l'entendre, existait-il ailleurs que dans son propre esprit ? C'était une question pour les philosophes et les intellectuels, et il n'était ni l'un ni l'autre, mais il n'avait rien d'autre que du temps, et trop peu de choses pour le remplir.
Le sortilège de Granger était à la fois ingénieux et cruel, et Drago n'aurait jamais pensé que cette pimbêche de Sang-de-Bourbe possédait le genre de pouvoir nécessaire à sortir une malédiction aussi élaborée. Elle l'avait envoyé dans le passé, au moins trente ans en arrière, faisant en sorte que si personne ne pouvait le voir, il n'y aurait personne non plus pour se souvenir de lui ou le regretter. Le temps passait, atrocement lentement, lui semblait-il, mais ne l'atteignait pas. Il ne vieillissait pas et il ne changeait pas, égal à ce qu'il était quand le sort l'avait touché.
Ça faisait déjà sept ans, et il se demandait parfois si sept deviendrait soixante-dix, sept cents, sept mille, et qu'il continuerait d'être là, coincé dans cette uniformité vide, existant sans exister, vivant mais effacé, pire qu'un fantôme et incapable de mourir ou de vivre correctement. C'était des pensées qui le hantaient, et il faisait des efforts délibérés pour les tenir à distance, car ce chemin ne menait qu'à la folie.
Il sortit de la ville et choisit un chemin au hasard à travers les champs couverts de neige. Il marchait sans se presser, jouant distraitement avec la neige autour de lui. Ses tornades de neige, certaines plus grosses, d'autres plus petites, mais toutes profondément irritantes pour l'unique cheval de l'autre côté de la clôture, attrapaient et reflétaient la lumière du soleil d'hiver.
Il avait mis beaucoup de temps à apprendre comment canaliser ses pouvoirs sans baguette, quelque chose qu'il avait, un temps, cru impossible. Les premiers jours, il avait désespérément essayé de remplacer sa baguette d'aubépine, fouillant chez Ollivanders plus d'une fois à la recherche d'une baguette qui lui céderait. Aucune baguette n'avait répondu à son contact, comme si elles pouvaient sentir qu'il était une créature ensorcelée, un pied dans le monde, un pied au-dehors. Il dut faire avec. Il y avait toujours des choses qu'il ne pouvait pas faire, des sorts qu'il ne pouvait pas jeter, mais il avait une éternité pour s'améliorer.
Essayant de se débarrasser des ténèbres qu'il sentait planer au-dessus de lui, Drago entra dans la forêt qui s'étirait devant lui. Il n'avait aucune idée d'où il se trouvait, mais comme il n'avait aucune destination particulière à l'esprit, ça ne l'inquiétait pas tellement. Il avait marché pendant à peu près deux heures quand il fit une halte soudaine au bord d'une petite clairière, sidéré à la vue d'une petite fille qui construisait un château de neige. Elle ne pouvait avoir plus de six ou sept ans. Ses mains étaient rouges à cause du froid, et elle semblait calme et concentrée en expliquant les formalités à la poupée qui se trouvait à côté d'elle.
« On appelle cela des douves, pour défendre le château des agresseurs. Une plus grande tour ? Oui, tu as raison, nous avons besoin d'une plus grande tour. »
La neige changea et se déplaça, commandée par le mouvement de sa petite main, et la tour en question grandit de quelques centimètres.
« Nous avons aussi besoin d'un méchant, » déclara-t-elle bien sagement.
Concentrée sur un tas de neige à quelques décimètres de là, la magie de la petite sorcière sculpta la neige jusqu'à ce qu'une créature à mi-chemin entre un cochon et un hippogriffe en jaillisse.
« Nous l'appellerons Sir Dentpointue. Maintenant, tu dois défendre le château, Matilda, » ordonna-t-elle à la poupée.
La chose déguenillée flotta dans les airs jusqu'à se retrouver face à face avec le monstre de glace, et commença à le frapper à la tête de toutes ses forces de poupée, propulsant de la neige partout.
Drago prit une grande inspiration, en essayant de réfléchir. Aucun enfant n'avait cette maîtrise de la magie, certainement pas sans baguette, mais ce n'était pas ce qui l'avait frappé. Il connaissait la fillette. Il n'avait jamais connu Granger aussi jeune, mais elle n'était pas si différente de ce qu'elle était à onze ans, quand il l'avait vue pour la première fois dans le Poudlard Express. Elle avait les mêmes cheveux indisciplinés, les mêmes incisives trop longues, la même attitude orgueilleuse qu'elle ne dépasserait jamais vraiment. Mais ce n'était pas possible. La chronologie était fausse. Il était trop tôt : elle n'aurait même pas dû être née. Et pourtant c'était elle, il en était sûr.
Il repensa à cette nuit à Poudlard, à leur combat dans la tour. Il pouvait toujours la voir jeter son sort. Et il ne l'avait pas touché, pas en premier. Il avait touché le miroir et avait rebondit vers lui. Vers eux ? Cette stupide garce les avait ensorcelés tous les deux. L'hilarité de la situation le submergea et il éclata de rire, un brin d'hystérie dans la voix. Il était environ trente ans trop tôt, il était invisible, elle était une gamine, et c'était la chose la plus ridicule qu'il ait jamais entendue.
Granger perdit toutes ses couleurs et bondit sur ses pieds, ses constructions de neige s'aplatissant dans une bourrasque de neige et de glace.
« Je ne faisais rien du tout, » dit-elle d'un air coupable.
Il se tut immédiatement et émergea de la lisière des arbres.
« Tu peux me voir. »
Ce n'était pas une question : elle regardait droit vers lui.
« Evidemment, dit-elle, les bras serrant sa poupée alors qu'elle faisait un pas en arrière.
- Pas si futée que ça après tout, hein Granger ? gronda-t-il.
- Je ne suis pas censée parler aux inconnus, » murmura-t-elle avant de se tourner pour partir.
Mais Drago était plus grand et plus rapide, et il n'eut aucun mal à lui couper la route.
« Oh non, tu ne t'en vas pas. »
Elle poussa un cri perçant quand il lui attrapa le bras, mais il ne la lâcha pas.
« Toi et moi, on a beaucoup de choses à se dire. »
Mais alors, le sol se mit à trembler, accompagné des claquements cinglants et sauvages des branches des arbres proches. Drago lâcha son bras, essayant de protéger sa tête du soudain assaut de glace et de neige qui fonçait sur lui de toutes les directions. Il avait tellement d'eau et de glace sur le visage qu'il ne vit jamais la branche qui le frappa, l'envoyant voler à travers les airs. La chute chassa tout l'air de ses poumons et il lui fallut un moment pour retrouver ses repères.
Hermione avait fait quelques pas vers lui quand il était tombé. Elle semblait sur le point de fondre en larmes.
« Je suis désolée, dit-elle en se mordant la lèvre. Je ne voulais pas… Je suis désolée. »
Et là-dessus, elle tourna les talons et partit en courant. Drago la laissa partir. Il y avait de la neige partout : il n'aurait aucun mal à suivre sa piste jusqu'à l'endroit d'où elle venait.
Il examina la clairière autour de lui. La neige était jonchée de brindilles et de branches cassées, de morceaux d'écorce et de glaçons. Il n'était pas inhabituel pour les enfants de perdre le contrôle de leur magie. En tout cas, c'était plus commun que de les voir posséder assez de maîtrise magique pour construire des châteaux de glace sophistiqués. Mais il n'avait jamais rien vu qui aille jusque-là. Apercevant la poupée oubliée à quelques mètres, il la ramassa avant de partir à la poursuite de Granger.
