Le coin de la traductrice :
Bonjour à tous !
Même si c'est le 24 décembre, il n'y a pas de raisons pour ne pas poster la suite de cette histoire. Alors voici un nouveau chapitre. Je suis désolée, c'est loin d'être le chapitre le plus gai de cette histoire (et le timing tombe un peu mal, je dois bien l'avouer), mais bon, c'est comme ça. Merci encore pour vos reviews. Je suis très contente que cette histoire vous plaise.
Je vous souhaite à tous un très joyeux Noël (en vous souhaitant plein de beaux cadeaux...)
Bonne lecture !
Bises ;)
Peaseblossom
Disclaimer : l'œuvre originale est de Jk Rowling, pour le reste, c'est damnedscribblingwoman qu'il faut remercier.
Chapitre 4
.
Une grande aventure
La pendule du rez-de-chaussée venait tout juste de sonner huit heures quand Hermione se réveilla. Les rideaux n'étaient pas assez épais pour bloquer la lumière qui entrait dans la chambre sans être invitée, empêchant la petite fille de se rendormir. La sorcière s'assit, repoussant la couverture dont quelqu'un avait pensé à la couvrir.
Elle essaya d'ignorer la partie ennuyante de son cerveau qui continuer de revenir aux événements des jours précédents. Alors peut-être que Maman n'était pas venue, et que Papa ne l'avait pas ramenée à la maison, et elle ne s'était même pas accommodée de la simple tâche de faire comme si elle était normale pendant quelques heures, mais elle était restée au lit à pleurer comme si ça allait tout résoudre. Il fallait aller de l'avant, comme le disait toujours Mrs Watson.
« C'est l'heure de se lever, Matilda. »
Récupérant la poupée de sous la couverture, Hermione l'assit contre le mur. Ce n'est qu'au moment où elle entreprit de se lever qu'elle remarqua le plateau de lait et de cookies sur la table de chevet. Il y avait une petite carte contre le verre qui disait : « Offrande de paix. »
La petite fille sourit à cette petite attention, se sentant soudainement extrêmement coupable de la froideur avec laquelle elle avait traité Drago. Ce n'était pas de sa faute si son chemin vers le développement personnel impliquait qu'elle se débarrasse de toutes les choses étranges qui la désignaient comme différente. Et bien qu'Hermione n'ait pas vraiment de point de comparaison, elle ne pouvait s'empêcher de suspecter que peu d'enfants avaient des amis imaginaires comme lui.
Quoi qu'il en soit, c'était bientôt Noël, et personne ne devrait être seul pour Noël. Prête en un temps record, Hermione s'empara d'une poignée de cookies et descendit en courant au rez-de-chaussée. Mrs Watson l'appela, lui criant de s'asseoir pour prendre son petit-déjeuner, mais la petite fille l'ignora et se précipita à l'extérieur.
Drago ne fut pas surpris quand la petite fille s'assit sur le sol gelé à côté de lui en lui tendant un cookie. Il n'y avait pas de grande habileté à réussir à manipuler les Gryffondors, même les Gryffondors miniatures, et il savait qu'Hermione allait être touchée par son geste.
« Ne t'assieds pas trop près, Granger, fit-il dédaigneusement. Je crains pour ma vie. »
Oui, peut-être que la gentillesse n'était pas exactement son genre.
« C'est drôle, » dit-elle sèchement, mais son sourire se fana et la sorcière détourna le regard, s'attaquant à un autre cookie.
Drago chercha les bons mots pour dire ce qu'il voulait dire. Ce n'était pas qu'il pensait qu'il ne pouvait pas se montrer plus malin qu'une enfant de sept ans, mais Granger avait toujours été entêtée, et il ne voulait pas qu'elle se braque simplement pour le contrarier.
« Il y a un endroit, commença-t-il, où l'on peut aider les gens comme toi. »
Hermione arrêta de tripoter la neige.
« Aider comment ?
- Ils peuvent faire en sorte que les choses que tu fais s'en aillent. »
Qu'est-ce que c'était sinon une carotte au bout d'un bâton ?
« Ils peuvent me rendre normale ?
- Sûr, une Moldue normale, à l'intérieure et à l'extérieure, » cracha Drago, se surprenant lui-même de cette petite saute d'humeur.
Elle avait sept ans, et il était invisible, sa définition de la normalité était le moindre de ses problèmes. Hermione ne sembla pas remarquer son emportement, cependant.
« Ils peuvent vraiment me réparer ? demanda-t-elle avec un empressement qui ne fit rien pour dissimuler l'aggravation de son choix de mots.
- Oui, dit-il simplement, ne se faisant guère confiance pour dire quoi que ce soit d'autre.
- Mais pourquoi m'aideraient-ils ?
- Ils vivent pour aider les petites filles en détresse, dit-il sèchement.
- Mais pourquoi m'aiderais-tu ?
- Quelle sorte d'ami imaginaire je serais si je ne le faisais pas ?
- Tu as dit que tu n'étais pas mon ami imaginaire.
- J'ai menti.
- Est-ce que tu mens, là ?
- Peut-être. »
Il y avait tant de l'Hermione plus âgée dans la manière qu'elle eut de lever les yeux au ciel que le mieux que Drago put faire fut de garder une expression neutre. Sept ans en enfer, et elle était à blâmer. Il ne pouvait trouver aucun réconfort à sa propre pénitence, ni à une quelconque pitié. Il utiliserait la sorcière pour sortir de cet endroit maudit, et ensuite, la mission de sa vie serait de lui montrer ce qu'était la vraie souffrance.
« Si nous partons demain, on pourrait être rentré pour la fin du mois, » dit-il avec un sourire qui ne révélait rien de son humeur.
Les Malefoy n'étaient rien sinon des gens patients. Il aurait sa vengeance en temps utile.
Le sourire d'Hermione se transforma en froncement de sourcils.
« Je ne peux pas y aller, dit-elle, tout enthousiasme envolé. Maman et Papa n'aimeraient pas ça. Je ne peux pas y aller. »
Il se demanda ce qui était arrivé aux vrais Mr et Mrs granger pendant la guerre. Il les avait vus bien assez souvent auparavant, à King's Cross : ordinaires, petits bourgeois, Moldus, rayonnants de fierté envers leur Sang-de-Bourbe de fille.
« Ta mère et ton père veulent une enfant normale, dit-il. Une enfant qu'ils peuvent aimer et dont ils peuvent être fiers, qu'ils peuvent exhiber devant leurs voisins. Comme tous les parents. »
Il fit une pause d'une seconde avant d'ajouter :
« Ou peut-être qu'ils ne s'en préoccupent plus tant que ça. »
Le tout était d'appuyer juste assez fort.
« Tu as une sœur, non ? »
Les yeux d'Hermione s'emplirent de larmes, mais elle ne détourna pas le regard.
« Tu te trompes, dit-elle.
- Si tu le dis, » dit-il en haussant les épaules.
Et il attendit.
« Tu peux vraiment m'emmener là-bas ? » demanda-t-elle après quelques minutes de silence.
Drago réprima un sourire, assurant à la petite fille que non seulement il pouvait l'y emmener, mais qu'il s'assurerait qu'elle rentre saine et sauve à la maison ensuite.
Mrs Watson était encore en train de ronfler légèrement quand Drago et Hermione passèrent sur la pointe des pieds devant la porte de sa chambre le matin suivant. La petite fille avait fait un petit sac avec tout ce dont elle pourrait avoir besoin lors de son voyage vers l'endroit magique appelé Poudlard. Ses maigres possessions incluaient un change de vêtements, sa poupée Matilda, et un seul livre, son exemplaire x fois lu de La petite Princesse.
Elle aurait bien pris quelques autres livres, des amis chéris et les compagnons constants de l'enfance, mais Drago avait menacé de la laisser sur le bord de la route si elle faisait seulement mine de demander qu'il l'aide à porter son sac, donc elle avait pensé que ce serait mieux ainsi. Ce devait être un court voyage après tout, peut-être quelques jours seulement. Elle serait rentrée avant qu'aucun livre ne puisse lui manquer.
Ne voulant pas que Mrs Watson s'inquiète à son sujet, elle laissa un mot près de la huche à pain, où la vieille femme allait obligatoirement le voir. Les lettres soigneusement dessinées disaient :
« Chère Mrs Watson, je suis partie pour une grande aventure. S'il vous plaît, ne le dites pas à Maman et Papa. Je vous raconterai tout à mon retour. Bises, Hermione. »
Hermione n'avait jamais été si tôt dehors, et les arbres familiers semblaient étrangement menaçants dans le demi-jour de l'aube. Le ciel était clair, mais l'air froid de l'hiver la glaça jusqu'aux os malgré son épais manteau. Il ne fallut pas longtemps, toutefois, avant que le pas vif imposé par Drago ne la réchauffe.
« Où est Poudlard, au fait ? demanda-t-elle, sa voix résonnant trop fort dans le vide du petit matin.
- Ecosse, » dit Drago distraitement.
Hermione s'arrêta net.
« Ecosse ? »
Sa voix retentit, stridente, à ses propres oreilles.
« On ne peut pas marcher jusqu'en Ecosse. »
Drago se tourna vers elle, en levant les yeux au ciel :
« Et pourquoi non, que diable ?
- C'est trop loin ! »
Hermione essaya de se représenter une carte de la Grande-Bretagne dans sa tête.
« On ne peut pas marcher si loin. Il faut qu'on prenne un train. Ou un bus. Ou un avion !
- Une enfant de sept ans voyageant toute seule, ricana-t-il. Je suis certain que ça n'attirerait l'attention de personne. On marche, Granger. Bouge. »
Il se retourna sans un mot de plus. Ce fut quelques secondes avant qu'elle ne le suive, mais il ne lui était pas venu à l'esprit de ne pas le faire. La décision avait été prise, et elle irait jusqu'au bout malgré ses doutes. Elle pensa à la photo qu'elle avait mise de côté entre les pages de son livre, la même photo qui se trouvait avant sur sa table de chevet, sa mère et son père, et sa petite sœur encore bébé qu'elle voulait désespérément arriver à connaître. Elle voulait être sur cette photo aussi. Elle espérait qu'un jour ce soit le cas. Alors elle suivit, parce qu'elle n'allait pas abandonner la seule chose qu'elle voulait le plus au monde.
Drago réalisa rapidement le défaut de son plan. Malgré tout ce qu'Hermione pouvait essayer pour suivre, ses courtes jambes n'allaient pas plus vite. Elle traînait derrière lui sans se plaindre, ou pas trop en tout cas, et essayait de garder le rythme, mais en un jour, ils avaient couvert moins du tiers de la distance qu'il aurait couvert tout seul. A ce rythme, sept ans passeraient encore avant qu'ils n'atteignent Poudlard.
Il maudit sa chance, l'absence d'alternatives et elle. Surtout elle. Il maudit la petite fille qui ne pouvait aller plus loin que là où ses jambes pouvaient la porter, et il maudit la sorcière plus âgée qui l'avait envoyé dans un monde où il ne pouvait pas même utiliser sa baguette. Il aurait pu les faire transplaner à Pré-au-Lard en moins de temps qu'il n'en fallait pour dire Poudlard, mais il n'osait pas essayer sans sa baguette. Il ne tenait pas à l'idée de passer le reste de l'éternité désartibulé. Il vivait dans ce qui ressemblait suffisamment à des limbes comme ça.
Il observa la petite fille endormie. Même si elle s'était roulée en boule et se trouvait si proche du feu qu'il craignait à demi qu'elle ne tombe dedans, elle tremblait toujours de froid. Il se leva avec un soupir et déposa sa cape sur elle. Pas qu'il se soucie particulièrement qu'elle gèle ou pas, mais morte, elle ne lui était d'aucune utilité.
Aussi irritant soit-il de l'admettre, elle avait raison. Ils ne pouvaient pas marcher jusqu'en Ecosse. Ils seraient déjà chanceux d'arriver à Londres, et il n'était pas du tout sûr de vouloir aller dans la capitale. Il avait prévu d'éviter la civilisation le plus possible : les Moldus étaient assez difficiles en ce qui concernait les enfants errant sans surveillance.
Non. Ce dont il avait besoin, c'était un balai, et si Londres n'était pas une option, il savait exactement où l'obtenir.
Ils partirent tôt le jour suivant et il les poussa en avant sans pitié, imposant un pas plus rapide que le jour précédent. Le Wiltshire n'était pas affreusement loin, c'était en tout cas bien plus près que l'Ecosse, et il ne voulait pas perdre davantage de temps.
Hermione était fatiguée, affamée et elle avait froid, et elle n'était pas d'humeur à se laisser tyranniser par les inclinations dictatoriales de Drago. La prise de bec du petit matin tourna au débat de milieu de journée et au match d'éclats de voix de fin d'après-midi.
« Tu es méchant ! cria-t-elle, le visage rougi par le froid.
- Et tu es insupportable ! répliqua-t-il en criant. Si j'avais su que tu allais être aussi pénible, je t'aurais laissée là où tu étais. Je préférerais avoir affaire à une horde d'Hippogriffes plutôt que devoir te supporter une seconde de plus. »
Hermione eut une exclamation scandalisée.
« Retire ça !
- Comme si tu savais seulement ce qu'est un Hippogriffe, fit-il avec mépris.
- Je le sais aussi.
- Tu ne saurais pas ce qu'est un Hippogriffe même s'il te mordait au visage.
- Tu es méchant, méchant, méchant ! »
Elle jeta son sac et croisa les bras, le dos tourné.
« Parfait, reste là. Tu peux continuer de crier dans le vide comme une folle. Peut-être qu'un fermier viendra et t'enfermera, « parce que c'est qu'on fait aux fous. »
Se détournant d'elle, Drago commença à marcher, mais juste à ce moment, un énorme tas de neige sortie de nulle part lui tomba dessus et faillit le faire tomber. En l'absence d'arbres dans le coin, il n'eut aucun mal à savoir qui blâmer.
« Granger, gronda-t-il, tu ferais bien mieux d'apprendre à contrôler tes pouvoirs avant que je ne te torde le cou.
- Oh, je voulais faire ça, » répliqua-t-elle d'un ton sec, révoltée.
Sans réfléchir, il envoya un déluge de neige dans sa direction, mais la sorcière se protégea d'instinct. La force de son sortilège l'obligea à reculer de quelques pas, mais la neige ne la toucha pas. Elle semblait si offensée qu'il ne put s'empêcher de rire de son indignation. Sa distraction momentanée lui coûta cher, alors que la sorcière reprenait l'offensive, le frappant soudainement à coup de tourbillons de neige et d'une armée de boules de neige.
L'air de vouloir le prendre au mot quand il disait qu'elle ne pouvait pas réellement le blesser, Hermione fut résolue à lui prouver qu'elle le pouvait sacrément bien, et elle ne s'en contenta pas. Plus amusé qu'ennuyé, Drago repoussa les attaques de la petite fille, renvoyant assez de neige dans sa direction pour remettre ce petit singe en place.
Drago avait un meilleur objectif, mais Hermione avait la plus grosse cible, et à la fin, cela se révéla un avantage supérieur. Le sorcier tomba dramatiquement à genoux.
« Je me rends, » cria-t-il, les mains en l'air.
La petite fille marcha vers lui victorieusement.
« Me déclares-tu vainqueur ? demanda-t-elle avec grandeur.
- Je te déclare idiote. »
Il attrapa ses mains et l'attira sur le sol, plaquant une poignée de neige sur son visage. Hermione couina de rire et se détourna de lui. Sans lui donner le temps de riposter, Drago se laissa tomber sur le dos, tentant de retrouver son souffle.
« C'est de la triche, se plaignit-elle, tout aussi hors d'haleine et un sourire dans la voix. Maintenant qu'on est par terre, on pourrait faire des anges de neige. »
Sans attendre de réponse, elle commença à bouger les bras et les jambes ensemble.
« Parce que tu n'es pas suffisamment trempée comme ça ? se moqua-t-il.
- Le froid ne me dérange pas.
- La pneumonie pourrait. Debout. »
Se remettant sur ses pieds, Drago jeta un regard alentours à la recherche de son sac à dos abandonné. Ils faisaient une jolie paire tous les deux, échevelés, trempés jusqu'aux os et à moitié gelés.
Le sourire d'Hermione se fana quand elle comprit qu'il avait l'intention de reprendre leur voyage, mais Drago était fatigué de discuter. Il ferait bientôt noir de toute façon, ils pouvaient aussi bien trouver un endroit où se sécher.
« Ne commence même pas, avertit-il en jetant son sac sur son épaule. On ne peut pas dresser le camp à découvert : quelqu'un pourrait voir le feu. »
Il lui tendit la main.
« Nous n'irons pas loin. »
Hermione coupa la poire en deux, prit sa main et le suivit sans plus d'objections. Ils marchèrent en silence quelques minutes, avant de s'arrêter finalement sur le flanc d'une colline. L'emplacement du lieu les protégerait du vent aussi bien que des regards indiscrets.
Cependant, ça ne les protégea pas du tout du froid. Ils se blottirent l'un contre l'autre près du petit feu que Drago avait conjuré, et le sorcier drapa sa cape autour d'eux. Le tissu ensorcelé l'avait gardé en vie lors des nuits où il aurait dû geler, où personne ne se hasardait dehors s'il pouvait rester à l'intérieur, et il les garderait au chaud. Pour le remercier, Hermione lui offrit la moitié de sa barre de céréales, la seule nourriture qu'il leur restait au monde.
Ce ne fut pas long avant que la sorcière ne se mette à sommeiller doucement, la tête penchée sur son bras. Le sommeil lui échappa, cependant. Même s'il pouvait les faire se faufiler dans Poudlard, même s'il pouvait trouver le miroir, qu'arriverait-il ensuite ? Il ne savait pas quel sort elle avait jeté, et même si la vraie Hermione pouvait le défaire, à quoi pouvait lui servir une petite fille qui ne voulait rien d'autre qu'oublier que la magie avait un jour existé ? Il cherchait un miracle et il n'était pas assez bête pour l'attendre. La magie avait ses limites, et sa chance s'était enfuie bien avant cette nuit à Poudlard. Mais s'il avait le choix entre nager ou couler, alors il nagerait. Même s'il cela ne devait jamais le conduire sur le rivage.
Le matin suivant, il les conduisit vers le plus proche village pour trouver de la nourriture. Ce retard l'agaçait, mais pas autant que l'humeur querelleuse d'Hermione. La sorcière affamée semblait déterminée à chercher la bagarre, et il n'était qu'à moitié en état de lui donner satisfaction. Un estomac vide ne faisait pas beaucoup pour améliorer son humeur non plus.
Il était surtout énervé parce qu'il aurait pu très facilement éviter leur situation délicate actuelle en soulageant lui-même le généreux garde-manger de Mrs Watson. Il avait depuis longtemps compris la valeur d'un Charme d'Extension Indétectable bien placé, et il aurait pu emporter suffisamment de denrées pour tout leur voyage.
Mais Drago n'y avait pas pensé. En sept ans, il avait pris l'habitude de marcher çà et là, d'attraper une pomme s'il avait un creux, de chiper une assiette de bacon et d'œufs si l'envie lui en prenait, de se laisser affamer un jour ou deux si cela lui semblait préférable à se trouver dans les alentours de gens qui voyaient à travers lui, lui parlait dessus et continuer d'avancer malgré lui. Pour parler simplement, il n'avait pas compté sur le fait que les jeunes enfants, tout comme les chiots et les chouettes, avaient besoin d'être nourris régulièrement et qu'ils avaient besoin de quelqu'un pour le faire.
Trouver le village fut facile, le plus dur fut de convaincre Hermione qu'elle devait rester dans le champ tout proche, où il était le moins probable qu'un villageois bien intentionné la voit et se demande pourquoi une enfant se promenait ainsi, livrée à elle-même. Les personnes bien intentionnées étaient souvent juste importunes, et les Moldus bien intentionnés étaient les pires du lot. Avec ou sans magie, Drago ne voulait pas se mettre dans le pétrin. Et s'il se sentait légèrement mesquin quant à l'incapacité de la petite fille de vivre d'air et d'eau fraîche et d'arrêter de l'ennuyer, il garda cette information pour lui.
Hermione s'ennuyait. Elle s'ennuyait et elle avait faim, et elle était énervée contre Drago qui l'avait laissée toute seule pour ce qui lui semblait des heures. C'était bien beau de dire qu'il était plus sûr pour elle de rester hors de vue, mais il ne comprenait tout simplement pas ce que c'était que de s'ennuyer autant, sans rien avoir à faire ni personne à qui parler. Ça ne comptait pas qu'elle ait passé plusieurs après-midi toute seule, avec personne d'autre que Matilda pour lui tenir compagnie, tout en étant parfaitement satisfaite. Maintenant, elle s'ennuyait, et sa poupée était d'un maigre réconfort. Il n'avait pas besoin d'être si difficile. Personne ne l'aurait remarquée et elle ne se serait pas mise dans le pétrin.
La chaumière où elle avait vécu si longtemps avec Mrs Watson était suffisamment isolée pour que personne n'y vienne, à part le facteur une fois par semaine, et Mike qui venait du magasin avec leur commande habituelle de provisions. Il y avait des fermes aux alentours, mais pas d'enfants, et il n'y avait personne pour s'intéresser à la jeune protégée de ma vieille veuve Watson.
Maintenant elle était là, si près d'un endroit où des gens vivaient, plus de gens que dans toutes les fermes près de la maison, et peut-être des enfants de son âge, et ce crétin au caractère de cochon ne la laisserait pas les approcher. Eh bien, elle ne supporterait pas ça. Il n'était ni son père, ni son frère, elle n'était pas entièrement convaincue qu'il n'était pas juste le fruit de son imagination, et il n'avait pas le droit de lui dire ce qu'elle devait faire. Elle irait au village, elle irait y jeter un œil, et peut-être même qu'elle le trouverait et s'assurerait qu'il prenne quelques-uns des pâtés qu'elle aimait.
Pleine de détermination, Hermione jeta son livre dans son sac à dos, descendit Matilda de son perchoir, le tronc d'un arbre, et partit dans la direction que Drago avait prise. Il ne fallut pas longtemps avant qu'elle voit les maisons, et pas beaucoup plus pour qu'elle ne voit plus d'arbres. Il y avait des gens aux alentour, des gens dans des boutiques, des gens dans des voitures, des gens pressés, des gens qui flânaient, et bien trop tôt, elle commença à attirer des regards curieux. Hermione commençait à se demander si ça n'avait pas été une bêtise après tout, quand elle repéra un groupe d'enfants dans un square devant elle. Trois garçons plus âgés et une fille se concentraient sur un jeu de billes, quand quelques mètres plus loin, un groupe d'enfants plus jeunes sautaient par-dessus des carrés dessinés sur le sol.
Hermione décida qu'une petite fille à l'air timide et aux cheveux roux était la moins intimidante du lot et s'arrêta près d'elle avec décontraction, regardant les autres enfants jouer. La petite fille regarda vers elle et sourit avec hésitation, mais elle rayonna positivement quand son regard tomba sur la poupée dans les bras d'Hermione.
« C'est Matilda, » dit Hermione, en souhaitant en savoir davantage sur la manière de parler aux autres enfants.
Elle n'avait pas beaucoup d'expérience, mais elle aurait besoin d'apprendre pour être une bonne sœur pour Anna.
« Je m'appelle Hermione Granger, au fait, qui es-tu ?
- Elle, c'est Gail, dit une fille plus âgée en cessant de jouer. Elle ne parle pas beaucoup. Je m'appelle Josie, là, c'est Karim, Liv, Sarah et Tommy. Eux là-bas… »
Elle désigna du doigt le groupe plus âgé.
« Eh bien… ne t'occupe pas d'eux. Tu veux jouer ? »
Hermione voulait beaucoup jouer, mais quand bien même maîtrisait-elle le latin, l'allemand et le grec, connaissait tous les rois et reines d'Angleterre depuis la conquête normande et pouvait citer la capitale de tous les pays de l'hémisphère nord, elle était lamentablement ignorante des choses aussi terriblement importantes que les règles de la marelle.
Confiant Matilda à la garde de la petite Gail, Hermione écouta attentivement les explications plutôt éparses de Josie. Elle suivit la suggestion de Karim qui disait qu'il n'y avait pas de meilleur moyen d'apprendre que de le faire, et sauta, essayant de faire attention aux avis enthousiastes de Sarah, Karim et Tommy, tous prêts à partager leur compétence avec cette petite fille remarquablement ignorante.
Quand ils furent fatigués de la marelle, ils s'efforcèrent d'apprendre à Hermione comment jouer au jeu de ficelle, puis suivirent plusieurs parties de Jacques a dit et d'un jeu excitant de cache-cache. A la fin, Hermione était essoufflée, les joues rougies et les cheveux dans tous les sens, mais elle passait un très bon moment. C'était suffisant pour lui faire oublier à quel point elle avait faim.
A ce moment-là, les cloches de l'église toute proche l'alerta de l'heure tardive. Etonnée, elle regarda sa montre. Drago serait furieux. Elle était là depuis presque deux heures. Il devait probablement la chercher. Ou peut-être qu'il était déjà parti, et l'avait laissée toute seule. Elle était dans le pétrin jusqu'au cou.
« Je suis désolée, mais il faut que je parte, » dit-elle, en prenant son sac à dos.
Elle tendit la main pour récupérer Matilda, mais Gail fronça les sourcils, serrant un peu plus la poupée contre elle.
« Non, dit la petite fille.
- Gail, donne-lui sa poupée, ordonna Karim.
- Non, insista la petite fille, en se détournant d'eux.
- Tu me la donnes maintenant. »
Hermione saisit l'épaule de la petite fille et la fit se retourner. Elle essaya d'attraper la poupée des bras de Gail, qui commença à pleurer bruyamment, répétant le seul mot qu'Hermione lui avait entendu dire toute la journée : « Non. »
L'un des grands garçons qui jouaient aux billes bondit sur ses pieds et poussa Hermione loin de Gail.
« Oh, tu laisses ma sœur tranquille, » ordonna-t-il.
Âgé de dix ou onze ans, il se dressa au-dessus d'Hermione, mais elle n'allait pas se laisser intimider. Matilda était sa seule amie au monde, et elle n'allait pas la laisser prisonnière de cette petite fille déraisonnablement malpolie.
« Elle a ma poupée, » dit Hermione, en essayant de nouveau de mettre la main sur elle.
Gail poussa un cri perçant, se cachant derrière son frère, qui empoigna son manteau et attira son visage vers le sien.
« Peter… » tenta Josie.
Mais le garçon la coupa :
« Tu restes en dehors de ça, Bennet. C'est ça poupée maintenant. »
Son souffle était tiède contre le visage d'Hermione et la petite fille se tortilla, essayant de se dégager.
« Tu t'en vas et tu n'embêtes plus ma sœur. »
Il était plus vieux qu'elle, plus grand qu'elle et plus fort qu'elle, mais c'était sa poupée et elle était dans son droit, et elle refusait d'être persécutée par des gens aussi méchants.
« C'est ma poupée, répéta-t-elle, la rage prenant le pas sur la peur et le bon sens, elle va me la rendre maintenant. »
Peter rit.
« Ou quoi, espèce de naine ? » la défia-t-il ?
La poussée d'énergie le poussa en arrière avec tant de force qu'il n'eut même pas le temps de réagir avant de heurter la fontaine de pierre quelques mètres plus loin. Il tomba sur le sol comme un jouet cassé, immobile et silencieux.
Gail, qui était aussi tombée sur le sol, emportée dans le sillage du sort d'Hermione, hurla à la vue de son frère et courut vers lui, en pleurs, laissant la poupée derrière elle. Du sang teintait la neige autour de la tête de Peter et beaucoup d'autres enfants coururent vers lui, certains pleurant, d'autres regardant autour d'eux à la recherche d'un adulte, ou de quiconque susceptible d'aider. Certains enfants ne bougèrent pas. Ils fixèrent avec horreur l'étrange petite fille qui avait blessé leur ami sans lever le petit doigt.
Leur horreur était une version diluée de celle d'Hermione. Elle ne pouvait s'empêcher de fixer le corps brisé de Peter. Qu'avait-elle fait ? Comment avait-elle pu… Elle était un monstre. Ses parents avaient raison : elle était dangereuse et imprévisible, et personne n'était en sécurité près d'elle. Du mouvement à la périphérie de sa vision lui fit lever les yeux vers Josie, qui tressaillit et recula.
Elle aurait dû écouter Drago. Il lui avait dit de ne pas bouger, et elle ne l'avait pas écouté, et maintenant, quelqu'un était mort ou sur le point de mourir et c'était de sa faute, et pourquoi n'avait-elle pas pu juste faire ce que l'on lui avait dit de faire ? Etranglant un sanglant, Hermione tourna les talons et courut.
