Je sais vous ne l'attendiez plus mais le voilà ! Le troisième chapitre de cette fiction ! Merci pour tous vos commentaires, vous n'imaginez pas à quel point ils m'ont fait plaisir ! Je voudrais seulement rectifier une petite chose : non, Diana n'était pas en tenue d'Eve, elle était couverte du tee-shirt de Paul et de sa serviette. Je me suis rendue compte que la manière selon laquelle je l'avais écrit pouvait prêter à confusion, donc j'ai rectifié ^^

Merci a lili pour sa review, j'espère que la suite te plaira ^^

3. Les idiots se la jouent chevaliers servants

Quelqu'un sonna alors que nous nous apprêtions à passer à table avec Grand-mère. Lorsque j'ouvris la porte je fis face à Sam Uley, le dealeur de drogues attitré de la Push. J'ouvris des yeux ronds, surprise de le voir sur le pas de ma porte à cette heure-ci. Depuis quand les trafiquants font-ils du colportage ?

-Bonsoir, je m'appelle Sam, me dit-il gentiment. Je ne sais pas si tu te souviens de moi mais je viens fréquemment au restaurant de tes parents.

-Evidemment que je me souviens, répondis-je, un peu perplexe.

-Voilà tes affaires, nous avons fini par les retrouver.

Il me tendit mon sac avec un sourire aimable et je souris à mon tour, soulagée.

-Merci beaucoup, c'est vraiment très gentil !, m'exclamai-je. Où étaient-elles ?

-Didi, qui est-ce ?, intervint ma grand-mère en se faufilant dans le vestibule. Oh, bonsoir Sam.

Ils échangèrent tous deux un long regard que je ne compris pas puis il prit congé sans avoir répondu à ma question. D'ailleurs ça me taraudait, comment avait-il fait ? Ou plutôt comment avaient-ils fait ? Après tout il avait parlé d'un nous, et à moins qu'il ne soit schizophrène ou qu'il ne parle de lui au pluriel, cela impliquait plusieurs personnes. Le diner se déroula en silence, nous étions toutes les deux plongées dans nos pensées, bien que je ne comprenais pas ce qui pouvait bien préoccuper ma grand-mère.

Le lendemain matin alors que j'arrivai à l'école Kim me sauta littéralement dessus :

-Par pitié, aide-moi !

-Quoi, tu es pourchassée par le grand méchant loup ?, répliquai-je en souriant.

-Très drôle. Mon père organise un barbecue demain midi.

-Eh bien, il a la foi, la coupai-je en faisant allusion au beau temps si caractéristique de notre région.

-Crois-le si tu veux mais apparemment il ne pleuvra pas. Enfin bref. Toute l'équipe de basket sera présente. J'ai besoin de toi ! Aussi bien sur le plan psychologique que culinaire, je n'y arriverais pas toute seule.

-Hum… Comment te dire ça de façon à ce que tu ne te vexes pas, fis-je semblant de réfléchir.

-Je t'en supplie, ne me lâche pas sur ce coup !

Je la regardais, vraiment peu disposée à passer mon samedi en compagnie de ''mâles testostéronés'', surtout depuis l'épisode d'hier. Mais elle arborait ses yeux de chiens battus et je dus bien céder.

Je passai ma journée dans la crainte de croiser Paul à chaque détour d'un couloir mais heureusement pour moi il semblait s'être une fois de plus fait porter pâle. Petite nature.

Je vis le lendemain approcher à toute vitesse sans que je ne puisse y faire quoi que ce soit ? C'est donc avec appréhension que je franchissais le seuil de la maison de Kim sans me donner la peine d'annoncer ma venue, après tout cet endroit était comme un deuxième chez-moi. Je trouvais mon amie dans la cuisine virevoltant du poste de travail à la table en passant par le four non sans jeter un coup d'œil affolé à la pendule.

-Calme-toi, je suis là, ça va aller, la rassurai-je en attrapant un tablier.

-Enfin ! J'ai bien cru que tu allais me faire faux bond !, s'exclama-t-elle en se détendant un peu.

Je soupirai en levant les yeux au ciel, comme si j'étais du genre à faire ça.

-Dois-je te rappeler le Thanksgiving de l'année dernière ?, répliqua-t-elle avec un sourire amusé.

-Je ne pouvais quand même pas prévoir que notre serveur tomberait malade –ces étrangers j'te jure, 'sont pas fichus de se couvrir correctement, ronchonnai-je de mauvaise grâce. Au fait il semblerait que les infos ne se soient pas trompées pour une fois et qu'il ne pleuve effectivement pas aujourd'hui.

-Mouais, essaie de détourner la conversation, se moqua-t-elle. Mais tu as raison, quelle première ! Un jour sans que cette chose humide ne dégouline du ciel, c'est à marquer dans le calendrier. Je vois que tu as même sorti la robe pour l'occasion ! Et sans collant ! Oulala ma chère, tu fais des folies !

-Tu parles, je l'ai acheté en juin et c'est la première fois que je peux la porter.

-Bonjour Didi ! La robe, carrément !, s'exclama John –alias le père de Kim, en pénétrant dans la pièce, les mains noircies par le charbon.

-Il faut savoir vivre dangereusement, assurai-je faussement sérieuse.

Il hocha à son tour la tête avec un air grave qui nous fit éclater de rire.

-Bien, le barbecue est prêt, les garçons ne devraient pas tarder, tu devrais monter te changer avant qu'ils n'arrivent ma chérie.

-Qu'est-ce qui ne va pas avec ma tenue ?, s'offusqua sa fille.

-Euh, hésita-t-il, gêné. Je pensais que tu mettrais quelque chose de différent pour l'occasion. Enfin tu peux tout aussi bien rester comme ça, tu es très bien ! Simplement si tu éprouvais l'envie de te changer…

-Je m'en occupe, intervins-je en retenant un sourire alors qu'il se perdait dans ses explications.

Je poussais Kim dans les escaliers sans tenir compte de ses protestations.

-Dar-ling ! Jared vient déjeuner, tu ne peux certainement pas te permettre de porter cette… chose !, fis-je en prenant un faux air pincé et un accent pompeux pour éviter de la blesser.

Elle achetait tous ses vêtements dans la friperie de la réserve, par manque d'argent soi-disant. Certes elle ne pouvait pas non plus se permettre de s'offrir du Made in France mais tout de même elle pourrait s'habiller mieux, son père était même le premier à lui proposer de faire du shopping –bien que dans le cas où elle acceptait il finissait par me déléguer la tâche, assez peu à même de la conseiller. Non, si elle ne s'achetait que des choses banales et peu chères c'était surtout par manque de considération pour elle-même et il était temps que cela cesse !

Si cette dernière année devait être celle de tous les changements autant en profiter pour ''l'arranger'' un peu.

Je farfouillais pendant longtemps dans sa penderie, franchement désespérée par ce que j'y trouvais –je n'étais pas non plus une fashion victime mais tout de même il y avait des limites. Finalement je tombais sur quelque chose de convenable mais j'hésitais quelques instants, incertaine. Puis j'arrêtais de réfléchir et lui tendais le vêtement. Elle me fixa avec des yeux ronds avant de se reprendre et de secouer la tête pour marquer sa désapprobation, d'ailleurs maintenant que j'y prêtais attention ses cheveux aussi auraient bien besoin de changements. Ils tombaient devant ses yeux et cachaient même tout son visage. Il allait y avoir du boulot.

-Di, non, je ne peux pas porter ça, protesta-t-elle alors que je lui mettais la robe dans les mains.

-Si tu peux et tu vas le faire. Aller, dépêche-toi !

Elle se laissa finalement convaincre, je réussi même à lui attacher les cheveux grâce à d'habiles ruses mais elle refusa tout net le maquillage. Tant pis, ce serait pour la prochaine fois.

Enfin je me reculais pour admirer mon ''œuvre'' et je souris, plutôt fière.

-C'est fou ce que tu lui ressembles, souffle-je.

Elle rougit puis se dirigea vers son miroir, un peu anxieuse. Lorsqu'elle aperçut son reflet, elle se figea et pendant un temps j'eu un peu peur qu'elle ne pique une crise mais elle se retourna simplement vers moi pour m'offrir un sourire étincelant.

Quand nous descendîmes, tous les ''invités'' étaient déjà présents –on ne pouvait certes pas les voir mais les ricanements dignes des crétins sans cervelle qu'ils étaient ne laissaient aucun doute. Kim hésita avant de les rejoindre et je la poussais légèrement dans le dos pour l'encourager. Nous lançâmes un bonjour à la cantonade, bonjour auquel seuls quelques rares répondirent. Quelle surprise.

Lorsqu'il vit sa fille, John n'en revint pas. J'appréhendais un peu sa réaction mais il sembla qu'il le prit bien, il semblait même ému. Vêtue de la robe de sa mère, la ressemblance avec cette dernière était plus que frappante.

-Tu es très jolie, déclara gentiment Jacob qui avait noté le changement. Toi aussi d'ailleurs, poursuivit-il en me regardant.

Je le remerciais pour nous deux, Kim devenant d'un très joli rouge pivoine sous le compliment et ayant momentanément oublié qu'elle était un être doté de la parole.

Je m'approchai du buffet que nous avions préparé pour l'occasion dans l'espoir de tuer le temps en grignotant quelque chose. Je venais de saisir une assiette et je me retournais pour me servir lorsque j'eu l'excellente surprise de trouver Paul face à moi. Surprise j'en lâchais le plat qu'il rattrapa avec une facilité déconcertante. Il me le tendit avec un sourire se voulant très certainement amical. Méfiante, je fronçais les sourcils de perplexité et repris l'objet, en veillant bien cette fois à ce qu'il ne se précipite pas à la rencontre de la terrasse, tout plein d'amour pour les petites briques rouges.

Je m'éloignais, peu à même d'engager la conversation, du moins de façon polie. Mais il me suivit sans toutefois ouvrir la bouche et, au bout d'un moment, lasse de cette situation, je lançai :

-Si c'est pour tes affaires que tu t'inquiètes, j'ai le regret de te dire que je ne les ai pas encore lavées. Bien sûr, je ne m'attends pas à ce que tu saches combien de temps le lavage de vêtements nécessite, et particulièrement dans un endroit humide comme celui-ci. J'imagine que tu n'as pas non plus la moindre idée de comment fonctionne un lave-linge et que tu es même du genre à dire que le lave-linge ''marche'', ce qui est grammaticalement incorrect étant donné qu'il n'a ni pied ni jambe. Je m'arrête là sinon je vais disserter sur les débiles dans ton genre qui, quand ils parlent, font affront à notre belle langue shakespearienne.

Contrairement à ce que j'avais espéré, ma tirade ne lui cloua pas le bec. Il ne resta même pas à me dévisager pendant de longues secondes avec un air idiot.

-Je vais faire comme si tu ne m'avais pas ouvertement qualifié de débile et je ne répondrai pas au fait que tu me crois incapable de faire fonctionner un… Comment ça s'appelle déjà ce truc, là, qui permet de faire je ne sais pas trop quoi d'ailleurs avec des vêtements ?

J'allais lui lancer une remarque acerbe avant de me rendre compte qu'il plaisantait.

-Très drôle, grommelai-je.

N'empêche, le fait qu'il n'ait même pas pris la mouche me surprenait vraiment, connaissant son caractère susceptible…

-Je me suis dit qu'on était partis sur de mauvaises bases, toi et moi, Diana, commença-t-il en appuyant bien sur mon prénom comme pour me prouver qu'il ne l'avait pas oublié. D'ailleurs la manière dont il le prononçait était terriblement sexy –bien que je ne l'avouerai jamais à voix haute.

-Et tu penses qu'en te moquant de moi ça ira mieux ?, rétorquai-je, énervée par mes propres pensées.

-Je ne me moque pas, c'était une blague pour que tu te détendes, visiblement ça n'a pas eu l'effet escompté et j'en suis désolé. Note bien que je n'ai pas dit ''je m'excuse'' comme l'aurait fait n'importe quel débile dans mon genre qui, quand il parle, fait affront à notre belle langue shakespearienne.

J'haussai un sourcil, n'appréciant guère qu'il se rit si ouvertement de moi. Je m'apprêtais donc à le remettre à sa place lorsqu'un grand bruit nous fit nous retourner.

Kim se trouvait assise par terre, une expression interloquée sur le visage, comme se demandant ce qu'elle pouvait bien faire là, au milieu de débris de verre qui devaient très certainement former un plat avant ''l'accident''. Jared se tenait à côté d'elle, bien campé sur ses deux pattes arrière. Un lion importuné durant sa sieste par un vulgaire et quelconque insecte n'aurait pas paru plus dédaigneux que cet idiot en cet instant. Il ne semblait même pas enclin à bouger ne serait-ce que le petit doigt pour l'aider à se relever.

Heureusement son père cria son nom en se précipitant vers elle, oubliant momentanément son barbecue et, pour faire bonne figure devant son coach, Mister Crétin Numéro Deux du bien se remuer un peu et tendre avec un sourire crispé une main qui se voulait secourable en direction de mon amie. Mais alors qu'elle s'en saisissait avec hésitation, l'expression de son ''chevalier servant'' changea étrangement et un sourire plus sincère parut s'afficher sur ses lèvres. Il l'aida à se remettre sur pied et la dévisagea sans prendre la peine d'essayer d'être discret. Kim se tortillait de gêne, se demandant probablement quoi faire.

Je me décidais donc à intervenir et, m'apercevant qu'elle saignait légèrement, j'en profitais pour l'entrainer dans la maison, mettant au préalable mon assiette dans les mains de Paul qui ne sembla pas s'en offusquer –qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez lui en ce moment ?

Jared, qui n'avait toujours pas lâché la main de Kim, me lança un regard offusqué lorsque je l'éloignais de lui. J'haussais un sourcil dans une mimique que je souhaitais dédaigneuse et nous enfermais dans la salle de bain du rez-de-chaussée.

-Qu'est-ce qui s'est passé ?, interrogeai-je en la forçant à s'assoir sur le bord de la baignoire et en farfouillant dans l'armoire à pharmacie en quête d'un désinfectant.

-Je transportais le plat à salade, je n'ai pas vu Jared et je lui ai foncé dedans. Il n'a même pas bougé d'un seul pouce !

-Oui j'ai vu ça, il n'a pas esquissé le moindre mouvement pour t'aider !, m'insurgeai-je. Bien que je ne devrais pas être si étonnée après tout.

-Non je ne parle pas de ça : quand je l'ai heurté, c'était comme si je m'étais pris un mur ! Mon épaule me fait d'ailleurs un mal de chien, gémit-elle.

Je la dévisageais, étonnée, puis décidais de ne pas m'étendre sur le sujet, de toute façon des coups frappés à la porte m'en empêchèrent. Pensant qu'il s'agissait de son père, je lui criai d'entrer mais c'était Jared qui se tenait sur le seuil. Il sembla ne pas se rendre compte de ma présence car il dévisageait Kim d'une manière fort étrange, comme un aveugle qui découvrirait les merveilles du monde après être resté des années dans le noir.

Je ne savais pas à quel jeu il jouait mais ça n'augurait rien de bon. Il ne manquerait plus qu'il ait parié avec ces ignares qui lui servent d'amis de la séduire pour ensuite l'humilier publiquement, au mieux devant toute l'école.

Non je ne regardais pas trop de films, enfin peut-être un peu aussi, mais avec ces idiots il valait mieux s'attendre à tout et surtout au pire.

Je lui demandai donc de manière acerbe –pour bien lui faire comprendre qu'il n'avait rien à faire ici et qu'il ferait mieux de ficher le camp, la raison de son intrusion –qui n'en était pas vraiment une à proprement parler mais bref.

Il sembla alors se rendre compte de ma présence et me regarda d'un air méchant. J'étais persuadée qu'il allait m'envoyer paître et me préparai donc mentalement à lui retourner gentiment la pareille mais Mister Crétin Number One que je n'avais pas vu, le rappela à l'ordre avant qu'il n'ait pu ouvrir la bouche. On aurait presque dit qu'il avait grogné. Ils s'affrontèrent dans un duel de regards puis finalement Jared, après tout simple second à la tête de ce régime, plia devant la suprématie du Roi de la Crétinité.

Je faisais un peu d'humour mais très sincèrement j'avais l'impression qu'ils allaient se battre ici même, sur le champ, et que ça n'aurait pas été très joli à voir. Je pouvais les critiquer tant que je le voulais mais je devais tout de même reconnaître qu'ils me fichaient la frousse. On aurait dit deux bêtes sauvages.

Finalement ils se tournèrent vers nous et Paul prit congés en s'excusant de l'intrusion de son ami et en nous priant de bien vouloir prévenir leur Coach qu'ils s'en allaient. Une affaire urgente soi-disant. Au passage il prit l'autre guignol –qui n'avait franchement pas l'air de vouloir bouger- par l'épaule et l'entraina de force dehors.

-Qu'est-ce que c'était que ça ?, me demanda Kim, interloquée, une fois qu'ils furent partis.

-Je n'en ai pas la moindre idée, avouai-je, mon cerveau tournant à cent à l'heure dans l'espoir de trouver une réponse cohérente.

Peut-être Paul n'était-il pas d'accord avec cette histoire de pari ? Mais non, cela supposerait de lui une trop grande grandeur d'âme et ce n'était pas son genre. Alors quoi ? Il voulait que Jared commence plus tard son entreprise de séduction ? Après tout leur entraineur était présent et il ne voulait certainement pas qu'il ait une mauvaise image d'eux. Oui ça devait être quelque chose comme ça, bien que cette hypothèse ne me donnât pas entièrement satisfaction.

Après le déjeuner, j'aidais à ranger la terrasse et à faire la vaisselle, puis je les quittais à mon tour afin de prendre mon service au dinner.

Il n'y avait que des habitués et je prenais plaisir à converser avec eux, à écouter leurs blagues généralement de mauvais goûts ainsi que les dernières nouvelles des environs. Deux hommes discutaient à propos d'une famille qui vivait près de Forks, les Cullen. J'avais entendu beaucoup de choses sur eux, et ce n'était pas souvent positif. Pourtant lorsque je l'avais rencontré au sujet de ma grand-mère, le docteur Cullen m'était apparu comme quelqu'un de particulièrement aimable, de même que sa femme. Quand à leurs prétendus enfants adoptés, ils semblaient plutôt hautains et d'après ce que j'avais compris ne se mêlaient jamais avec d'autres jeunes de leur âge, du moins jusqu'à l'arrivée d'une certaine Isabella, la fille du shérif. Mais c'était leur apparence qui faisait surtout jaser. Ici à proximité d'une réserve Quileute, leur peau exagérément blanche ne passait pas inaperçue. Certes le faible taux d'ensoleillement de la région ne facilitait pas les choses mais c'était tout de même fort étrange.

Les rumeurs allaient bon train mais je préférais ne pas y prêter attention, certaines étant relativement absurdes. Cependant il semblerait qu'elles ne persistent plus très longtemps car d'après l'un des deux hommes, la famille avait choisi de déménager, au grand désespoir d'Isabella. Apparemment cette dernière avait été retrouvée il y a quelques jours dans les bois par Sam, qui faisait partie des patrouilleurs lancés à sa recherche. Il semblerait qu'elle se trouvait dans un état déplorable.

Je la plaignais, être ainsi le sujet de tant de déplaisants racontars n'était pas chose facile et ne devait certainement pas l'aider à aller mieux.

Je me détournais finalement de leur table, après les avoir servi, lorsqu'un groupe d'étrangers fit son entrée. Ils portaient des chaussures de marche et de grosses polaires et je supposais qu'ils devaient faire de la randonnée dans la région. Je leur indiquai une table, en tâchant d'ignorer leur regard lubrique. Je revins quelques temps après pour prendre leur commande et eu droit à de nombreux commentaires tous plus plaisants et agréables les uns que les autres. Je restai professionnelle et leur adressai malgré tout un sourire poli mais en repartant l'un d'eux me mit la main aux fesses. Puis il se tourna vers ses amis qui n'avaient rien perdu de la scène et tous partirent d'un rire gras et bruyant.

Je rougis terriblement, ne sachant plus où me mettre ni comment réagir, je ne pouvais raisonnablement pas envoyer bouler des clients. Une voix furieuse mit pourtant fin à mon dilemme.

-Excuse-toi !

Je vis Paul se diriger vers nous avec une mine furieuse et, pendant un instant, je pensai bêtement qu'il s'adressait à moi. Cependant il empoigna l'homme par le col de sa chemise et réitéra son ordre.

L'autre le regardait avec un air suffisant. Bien que le Quileute soit fichtrement impressionnant, il était seul contre quatre et les compagnons de l'individu carraient les épaules dans une posture menaçante. Je restais à côté, interdite, mais dans un éclair de lucidité j'entrevis ce qui allait se passer si je n'intervenais pas et comment cela finirait pour le pauvre mobilier.

Je n'avais aucune envie de ternir la réputation du restaurant de mes parents à cause d'un idiot qui avait fait un geste stupide et d'un autre idiot qui tout d'un coup voulait jouer au chevalier servant. Ce rôle ne lui allait définitivement pas. Peut-être avait-il lui aussi fait un pari avec ses amis, peut-être devait-il me séduire moi, ce qui expliquerait bien des choses et entre autre son attitude dans les vestiaires, lorsqu'il s'était montré si prévenant.

Cette pensée me mit en colère et je m'interposai entre les deux hommes.

-Va-t-en, ordonnai-je à Paul d'un ton qui ne souffrait aucune réplique.

Il me dévisagea, perplexe, se posant visiblement des questions sur ma santé mentale.

Voyant qu'il n'esquissait pas le moindre geste, je me répétai :

-Dehors !

Il finit par relâcher le client et par s'en aller, plus furieux encore. Je priai simplement pour que ça en reste là et qu'il n'ait pas l'idée stupide de revenir avec sa bande d'amis testostéronés pour se venger.

-C'est bien petite, tu sais où est ta place, lança l'homme alors que Paul allait passer la porte.

Je le vis distinctement s'arrêter et serrer les poings. J'eu peur un instant qu'il ne change d'avis mais heureusement il sortit. Je respirai à nouveau librement. Le reste de la soirée ne se passa pas très bien. La tablée des étrangers était bruyante et les autres clients s'en allaient petit à petit, en leur jetant des regards indignés qu'ils faisaient mine de ne pas voir. Je devais faire la fermeture et à la fin j'étais la seule employée encore présente. J'attendais avec impatience qu'ils partent parce qu'ils me faisaient un peu peur. Ils étaient visiblement ivres et je craignais de ne pas être en mesure de me défendre si jamais ils décidaient de s'en prendre à moi. Il y avait bien mes parents à l'étage mais ils devaient dormir profondément et le restaurant était si bien insonorisé que je doutais qu'ils m'attendent si jamais j'appelais au secours.

Enfin ils se levèrent et se dirigèrent vers moi pour payer. L'un d'eux me demanda avec un sourire qui ne m'inspirait rien de bon :

-Voulez-vous que nous vous aidions à fermer les stores ?

-Non, merci. C'est fort aimable à vous mais vous ne seriez plus en mesure de sortir, répliquai-je poliment.

-On ne demande peut-être que ça, ricana un autre. Aller, on va vous aider, dites-nous seulement où il faut appuyer.

-Je vous assure que je peux me débrouiller seule.

-En êtes-vous vraiment sûre ?, rétorqua un troisième qui était passé derrière le comptoir sans que je ne m'en aperçoive.

Mon cœur s'affola mais je tentai de rester calme et de réfléchir à un moyen pour me sortir de là. La clochette de la porte retentit, annonçant de nouveaux arrivants.

-Messieurs dames, bonsoir !, s'exclama Sam d'une voix joviale que contredisait son regard froid.

Paul et Jared l'encadraient de part et d'autre et affichaient une moue sinistre. Mais, comme si de rien n'était, tous trois prirent place à une table, attendant visiblement que je vienne prendre leur commande.

Les quatre hommes s'étaient éloignés lorsqu'ils étaient entrés et hésitaient visiblement quand à la marche à suivre. Les Quileutes étaient vraiment très imposants et pour une fois je me surpris à bénir le ciel que ces trois-là soient sous stéroïdes. Ou bien qu'ils se soient prêtés à une expérience étrange entrainant une augmentation de leur masse corporelle. Ou encore qu'ils aient été enlevés par des martiens qui auraient arrêté le temps pour ensuite les obliger à suivre des séances de sport intensives, avant de les ramener sur Terre et de permettre au temps de reprendre son cours. En tout cas je leur étais profondément reconnaissante d'être intervenus. Car ce ne pouvait pas être un hasard, ils ne pouvaient pas être venus ici simplement pour commander un burger.

Je contournais le randonneur qui sembla sur le point de me bloquer le passage mais finalement il n'en fit rien et au bout de quelques instants, lui et sa petite bande quittèrent le restaurant.

Je m'approchais donc de leur table, cafetière en main, mais lorsque je voulu les servir, mes doigts tremblaient tellement que je renversais tout.

Doucement Paul saisit ma main, prit la carafe et me força à m'assoir pendant que Sam nettoyait la table et que Jared tentait de sourire d'un air réconfortant qui faisait plus psychopathe qu'autre chose mais j'appréciai l'effort.

Finalement ils fermèrent le magasin et me raccompagnèrent à l'étage avant de sortir par la porte de service.

Cette journée avait décidément eu son lot de surprise et Jared et Paul m'apparaissaient à présent sous un jour nouveau. Enfin pas trop quand même, après tout ils restaient des idiots.

Je me demande comment ils se comporteront lundi.