Wouhou je n'ai pas mis deux ans ! Je suis fière de moi, je sens que j'arriverais à la finir celle-là ! En tout cas merci à Saphyre, Chair, Apokhalypso et Guest pour vos reviews, vous êtes géniaux, je vous nem !

5. Explications et nouvelles fréquentations

Le lendemain matin, j'oubliais un moment les évènements de la veille avant que l'enveloppe dans laquelle j'avais mis les clichés dépassant de mon sac ne me ramène brutalement à la réalité. Je ne savais toujours pas si je devais les emmener avec moi en cours au cas où ils tomberaient entre de mauvaises mains mais si je décidais de les confronter et qu'ils niaient effrontément je pourrais toujours les leur montrer pour appuyer mes arguments. Malheureusement, Paul avait une fichue tendance à se mettre en colère rapidement et j'avais peur qu'il ne les détruise. J'avais bien conservé les négatifs mais je préférais ne pas avoir à les développer à nouveau.

C'est donc le ventre noué que je me rendais au lycée, il fallait bien avouer qu'avoir une conversation avec des êtres à sang chaud capables de se transformer en bêtes sauvages, qui soit dit en passant étaient peut-être responsables des meurtres dans la région, n'avait rien de très rassurant.

Cependant, et dans un sens heureusement, je ne les croisais pas de la journée, apparemment les deux gugusses s'étaient à nouveau faits porter pâle. Leur absence m'énerva, à les voir se pavaner sans arrêt je les pensais plus courageux que cela.

Mais alors que je me ruais dehors, pressée de rentrer chez moi comme bon nombre de mes congénères, j'aperçus Paul appuyé contre un arbre bordant le chemin que j'empruntais toujours. J'inspirais un grand coup et me dirigeais d'un pas décidé dans sa direction.

-Il me semble que je dois t'expliquer deux trois choses, commença-t-il dès que j'arrivais à sa hauteur.

J'acquiesçai, il semblait nerveux ce qui me surprit de sa part. Il s'enfonça dans les bois et malgré mes réticences à l'idée de me retrouver seule avec lui, trop loin pour que quelqu'un m'entende et me vienne en aide, je le suivais.

-Je me suis creusé la tête toute la nuit afin de trouver la meilleure façon possible d'aborder le problème mais il semblerait qu'il n'y en ait pas. Enfin j'imagine que le fait que tu ne te sois pas enfuie en hurlant en me voyant est un début plutôt prometteur… Alors voilà, samedi soir tu me parlais des légendes de notre tribu que vraisemblablement tu connais par cœur, et bien elles sont vraies dans le sens où certains membres de notre tribu sont capables de muter en loups afin de protéger la population des vampires.

Il fit une pause afin d'observer ma réaction. J'essayais également d'analyser ce que je ressentais mais mon cerveau semblait lui aussi être parti se promener dans les bois. J'avais conscience que j'aurai du être en train de hurler, de me taper la tête contre l'arbre le plus proche ou même de le frapper lui aussi (ce qui semblait bien pire que me fracasser contre un tronc) mais apparemment mon petit crâne n'avait pas encore assimilé la chose. Quoiqu'il en soit, je l'invitais à développer un peu et tentais de rester calme et ouverte d'esprit.

-Mais qu'est-ce que ça change concrètement, hormis le petit problème de fourrure et la production flagrante de testostérone supplémentaire ?

-Notre température corporelle est plus importante, comme si on avait de la fièvre, on peut courir plus vite, notre vision et notre odorat se sont développés ce qui n'est pas toujours agréable, certaines filles s'aspergent vraiment trop de parfum ! Quand au petit problème de fourrure comme tu dis, il nous faut un certain temps pour s'y habituer et réussir à le contrôler. Ça a été encore plus dur pour moi que pour Jared étant donné que j'ai tendance à m'emporter facilement. Mais Sam était là et nos parents ont été géniaux et compréhensifs. Enfin mon grand-père fait parti du conseil donc il était déjà au courant des légendes.

-C'est un loup aussi ?

-Non, ça faisait un bout de temps qu'il n'y en avait pas eu mais avec le retour des Cullen dans la région nos gènes se réveillent. Enfin je ne m'en plains pas, même si les tours de garde sont assez épuisants.

Je lui posais milles questions sur sa ''condition'', j'étais fascinée et il se montrait étonnamment patient. J'appris qu'ils entendaient toutes les pensées des autres sous leur forme lupine, ce qui devait être relativement gênant bien que fort pratique pour se coordonner. Sam, le cueilleur de champignon hallucinogènes, était en fait leur alpha, leur chef quoi et il s'était ''imprégné'' d'Emily, une jeune fille dont la blessure au visage m'avait toujours un peu effrayé mais qui était adorable et faisait les meilleurs cookies que j'ai jamais mangé. Oh et apparemment Jared s'était également ''imprégné'' de, je vous le donne entre milles, ma meilleure amie secrètement amoureuse du gugusse depuis la maternelle. Enfin bon, j'étais heureuse pour elle bien que j'émettais quelques réserves par rapport à lui, ce n'était pas parce que soudainement Mère Nature avait décidé de le transformer en canidé qu'il devenait sympathique.

Lorsque je rentrais enfin chez moi, plutôt satisfaite de la façon dont les choses s'étaient déroulées –c'est-à-dire sans incident menant à une situation dans laquelle je me retrouvais nez à nez avec le grand méchant loup, seule au fond des bois- je trouvais ma grand-mère dans le salon devant sa machine à coudre. Elle semblait m'attendre et avait une mine soucieuse. Lorsqu'elle m'aperçut ses traits se détendirent et elle me sourit gentiment. Je m'excusais de ne pas l'avoir prévenu de mon retard mais il semblait qu'elle avait autre chose en tête.

-Alors Paul t'a expliqué la situation ?, attaqua-t-elle innocemment alors que je m'attablais devant un chocolat chaud.

La tasse faillit bien m'échapper des mains mais je réussi à reprendre contenance et à jouer à celle qui n'avait pas compris la question.

-Diana, je suis au courant tu sais, n'oublie pas que je suis au Conseil. Nous avons été avertis immédiatement après que tu les ais croisés. Alors, dis-moi tout, que t'a-t'il expliqué ?

Je lui résumais rapidement ce que j'avais appris un peu plus tôt et elle m'écouta avec attention sans pour autant paraître surprise.

-T'a-t'il parlé de l'imprégnation ?, demanda-t-elle finalement.

Je lui parlais d'Emily et de Kim mais elle ne sembla pas satisfaite. Pourtant lorsque j'essayais d'en savoir plus, elle changea de sujet en me montrant la robe qu'elle était en train de me coudre.

Le lendemain je fus cordialement invitée chez Sam et Emily pour prendre le thé, ce qui de mon point de vue était un code pour ''Je voudrais vérifier que tu ne te tapes pas la tête contre les murs et que tu ne risques pas de dévoiler notre petit secret''. Paul me conduisit donc chez eux après les cours et je devais bien avouer que l'idée de me retrouver avec trois potentielles boules de poils dotées de crocs et de griffes monstrueuses me fichait légèrement la frousse. Ce qui d'un côté me rassura un peu concernant ma santé mentale.

Heureusement Emily était un véritable ange et elle me mit tout de suite à l'aise tandis que son compagnon me dévisageait d'une manière qu'il devait sans doute penser discrète. Quand aux deux autres, ils essayaient vraisemblablement de paraitre sous leur meilleur jour en enchainant les plaisanteries. Bon je devais bien avouer qu'ils étaient plutôt drôles même si je camouflais mes sourires derrière ma tasse. On aurait dit deux jeunes chiots et pour un peu ils auraient presque pu être attachants, enfin jusqu'à ce que Emily ne dépose un plat encore fumant de petits gâteaux et qu'ils ne les engouffrent en deux temps trois mouvements. La maîtresse de maison du les réprimander pour que Paul daigne me tendre quelques miettes avec un sourire d'excuse.

Je décidais de rentrer chez moi par mes propres moyens mais avant de partir je mis les choses au clair :

-Je ne compte pas divulguer votre secret à qui que ce soit, commençai-je en me tournant vers Sam qui sembla rassuré. Il est hors de question que je fasse ton éloge à Kim, tu es assez grand pour te débrouiller tout seul et si tu oses mal de comporter je te jure que je te le ferais payer, poils ou pas. Emily c'était vraiment très gentil de me recevoir, je tiens à te rendre la pareille un jour ! Et Paul, eh bien à demain !

Jared, dont c'était le tour de garde, m'accompagna derrière la maison et après un salut de la main se transforma à quelques mètres à peine de ma petite personne. La crise de panique que tout le monde semblait attendre depuis que j'avais découvert leur petit secret, eut la bonne idée de survenir à ce moment là et je hurlais à plein poumon tandis que je courrais dans une direction aléatoire.

Paul me rattrapa avant que je ne me perde complètement dans les bois et je me débattais en criant comme une sauvage alors qu'il m'immobilisait fermement. J'essayais même de le frapper bien que cela ne devait pas franchement lui faire mal étant donné qu'il devait avoir l'habitude de combattre des vampires. Je ne pouvais pas dire la même chose de mon pauvre petit corps, peu habitué à toutes formes de sport et encore moins de combat et je m'arrêtais net lorsqu'un craquement effroyable se fit entendre. Je levais lentement mon poignet à la hauteur de mon visage afin de l'examiner avec attention puis fondis en larmes lorsqu'une douleur aigue se fit sentir.

Je ne sais plus trop comment je me retrouvais aux urgences de l'hôpital de Forks –car évidemment à la réserve il y avait tout juste un vieux chaman/médecin qui s'occupait essentiellement des anciens, à attendre le résultat de ma radiographie. Finalement une infirmière m'annonça que le Docteur Cullen n'allait plus tarder avant de me laisser à nouveau seule. L'information mit quelques temps à monter jusqu'à mon cerveau mais le nom déclencha une nouvelle crise de panique et je me ruais instinctivement vers la porte avant que Dracula n'arrive.

Evidemment j'appuyais avec la mauvaise main sur la porte et Emily –que je n'avais pas encore remarquée, me força à me rassoir.

-Où sont les autres ?, lui demandai-je en examinant la pièce.

Elle me sourit patiemment et m'expliqua qu'ils attendaient dans la voiture car l'odeur vampiresque les dérangeait. J'avais l'impression que ce n'était pas la première fois qu'elle le disait toutefois elle ne se plaignit pas. Je trouvai étrange que Sam la laisse rencontrer celui dont l'odeur lui titillait les narines et je lui posai la question mais elle ne me répondit pas, se contentant de me sourire de manière innocente. J'imagine que le pauvre n'avait pas trop eu le choix.

Lorsque Dracula daigna finalement venir s'occuper de la pauvre petite humaine que je suis, je restai en extase devant ses traits somptueux et me pâmait rien qu'à entendre sa voix. Il avait des yeux absolument sublimes et j'étais comme hypnotisée. Le seul bémol était sa peau glacée mais le froid eut au moins le mérite d'atténuer la douleur.

A travers mon admiration, je compris tout de même que j'avais une vilaine fracture et que j'allais devoir garder un sublimissime bandage pendant pas mal de temps. Ça allait être pratique en cours dis donc !

Je quittais le beau docteur à regret et suivis Emily jusqu'au gros pick-up qui m'avait vraisemblablement amenée jusqu'ici. Je ne pus m'empêcher de sourire devant leurs grimaces de dégoût et restais silencieuse pendant tout le trajet jusqu'à chez moi. Durant le trajet je me rendis compte que la présence du Dr Cullen était pour le moins étrange, sa famille n'avait-elle pas déménagé au grand malheur de la fille du shérif qui était allée jusqu'à se perdre dans les bois pour déprimer en paix ? Enfin bon, j'imaginai que quitter son travail du jour au lendemain ne devait pas être évident, il devait très certainement attendre qu'ils lui trouvent un remplaçant, ce qui ne courrait pas les rues dans le coin.

Paul s'excusa un nombre incalculable de fois et promit de m'aider avec mon travail scolaire et Sam avait eu le temps de me concocter une excuse plus ou moins plausible que je pourrais servir à tous ceux qui me poseraient des questions.

En rentrant j'expliquais donc à mes parents qu'en me promenant sur les rochers j'avais glissé et en essayant de ne pas tomber à l'eau je m'étais fracturée le poignet. Une fois rassurés, je vis bien que cela les embêtait un peu mais je les convainquis que j'arriverais toujours à les aider au dinner.

Le lendemain, avant le cours d'espagnol, Jared et Paul vinrent nous saluer, Kim et moi. Elle écarquilla les yeux si fort que j'eu peur qu'ils ne sortent de leurs orbites et elle ne décrocha pas un mot malgré les efforts des deux garçons pour la faire parler. Je vis bien que Jared semblait un peu déçu mais il n'était apparemment pas découragé pour autant et une fois en classe il redoubla ses efforts en essayant d'engager la conversation alors qu'il se situait de l'autre côté de la rangée, au grand damne de la fille à ses côtés qui tentait par tous les moyens d'attirer son attention. Je les observais, essayant de deviner ce dont il pouvait bien lui parler, il avait l'air de vouloir en savoir plus sur elle, ce que je trouvais louable. Au moins il ne la draguait pas de manière lourde. Enfin pour le moment il ne s'était qu'imprégné, il n'avait pas forcément de sentiments amoureux, même si d'après Paul c'était la suite logique des évènements.

Je reportais mon attention sur Jacob, assis à côté de moi, lorsque je l'entendis grogner à voix basses sur les deux loups. Il n'avait pas l'air de les porter dans son cœur, ce que je pouvais comprendre vues toutes les rumeurs qui couraient sur eux. Pourtant, puisque j'étais à présent dans la confidence et que Paul s'était montré relativement aimable ces derniers temps, sans compter qu'il m'avait sauvé la mise plus d'une fois, je ressentis le besoin de les défendre.

Jacob me dévisagea étrangement, apparemment surpris de ma réaction puis il soupira d'une manière défaitiste.

-Alors comme ça toi aussi tu es amoureuse de leurs corps musclés, moi qui pensais que tu les haïssais autant que moi.

-Amoureuse ? Moi ? De ces gugusses ? Jamais de la vie ! Seulement, je les ai un peu côtoyés récemment et ils sont moins stupides que ce que je pensais.

Il me jeta un coup d'œil sceptique mais n'aborda plus le sujet de tout le cours.

Lorsque je retrouvais Kim elle semblait songeuse et malgré tous mes efforts pour la ramener sur terre, elle resta dans la lune toute la journée. Je savais bien que le rapprochement aussi soudain qu'inespéré de Jared la torturait mais je me résignais à aborder le sujet. Si elle voulait en parler, ce serait à elle de prendre l'initiative.

Elle rentra directement chez elle après les cours tandis que j'accompagnais Chris, Melody et le reste de la petite bande chez Mike afin de préparer des affiches pour sa future campagne. Je ne doutais pas qu'il ferait un excellent président du bureau des élèves car il avait de bonnes idées mais il n'était pas vraiment populaire alors nous imaginâmes toutes sortes de plans complètement loufoques ou plus réalistes pour lui faire gagner des voix. Mike, Beaver et Pat étant des génies en informatique, ils n'auraient aucun souci à pondre une vidéo génialissime qui épaterait la galerie. Ils s'y attaquèrent sur le champ tandis qu'avec Melody et Chris nous nous occupâmes des pancartes à grand renfort de paillettes.

Le lendemain matin, j'étais en train de les accrocher un peu partout avec enthousiasme lorsque Paul vint me saluer.

-C'est très… Coloré, remarqua-t-il en les examinant avec un sourire.

-C'est trop tu crois ?, lui demandai-je soudain inquiète que Mike ne perde à cause de nous.

-Mais non c'est parfait ! Par contre je ne savais pas du tout que ce gars était dans notre lycée.

-C'est ça le souci, personne ne le connait alors on affiche sa photo sur tous les murs pour que les gens retiennent sa tête. A ce propos j'ai besoin de toi. Est-ce que par le plus grand des hasards tu pourrais nous aider un petit peu ? Parce que selon moi, il a vraiment de chouettes projets à défendre mais j'espérais que tu nous dises un peu ce que les gens dans ton genre c'est-à-dire plus, comment dire, ''cools'' que nous attendent du président des élèves.

J'avais hésité quelques instants entre ''sportifs'', ''populaires'' et ''nigauds'' avant de finalement me dire que ''cools'' était ce qui était le moins dégradant pour chaque parti.

-Ah oui, comment tu avais formulé ça déjà ? Le roi des crétins ?

Oups, apparemment il s'en souvenait. Je lui offris mon plus beau sourire d'excuse et tentai par tous les moyens de le convaincre de nous venir en aide.

-Je ferais absolument n'importe quoi en échange, promis ! Enfin pas vraiment n'importe quoi mais on se comprend, rectifiai-je précipitamment en remarquant une lueur soudaine d'intérêt dans sn regard. Par exemple, si Jared veut passer du temps avec Kim, je peux peut-être arranger la chose.

Ou pas, mais bon à situation désespérée…

Il finit par accepter, plus ou moins de bonne grâce, ça je ne saurais le dire, mais le but était atteint. Après les cours, lorsque nous rejoignîmes mes amis chez Mike, ma petite bande de joyeux lurons resta bouche bée pendant pas mal de temps alors que je faisais rapidement les présentations. Apparemment ils pensaient que je plaisantais lorsque je disais que j'allais nous ramener un spécimen dépourvu de toute faculté intellectuelle. Que ce soit Paul devait participer grandement au choc étant donné que depuis la maternelle (oui j'étais déjà une exclue et une langue de vipère à cet âge) je ne pouvais m'empêcher d'accompagner son patronyme d'une série d'insultes. Cependant, je devais bien admettre que depuis quelques temps, mes propos étaient devenus nettement moins virulents à son encontre.

Une fois la surprise passée, nous prîmes tous fébrilement des notes –comme les élèves sérieux que la plupart d'entre nous étaient loin d'être, pendant qu'il nous expliquait gentiment comment toucher un plus large panel de votants potentiels. Même Melody avait arrêté de le dévorer des yeux et Kim avait cessé de le dévisager sceptiquement. Il eut l'air de plutôt bien s'amuser en notre compagnie et eut la bonne idée de chanter les louanges de Star Wars, se plaçant ainsi directement parmi les personnes les plus génialissimes du monde dans l'esprit des jumeaux. Il participa même à la fabrication de nouvelles affiches et se chargea d'en accrocher certaines le lendemain, jour qui correspondait également à celui où j'avais rendez-vous chez la conseillère d'orientation.

Que ce soit si tôt dans l'année me déprimait mais d'après nos professeurs l'année allait très vite passer et après tout je ne savais toujours pas ce que je voulais faire de ma vie. J'adorais lire et écrire, j'avais même pondu quelques nouvelles que je n'osais toujours pas envoyer à des journaux car je devais avouer que malgré mon air bravache j'avais peur du refus. Je crois bien que mes parents comptaient sur moi pour reprendre leur restaurant et ça me plairait sûrement, après tout je n'aspirais pas à de brillantes études dans une université prestigieuse de l'Ivy League et quitter la Push n'était pas ma préoccupation première. J'aimais ma petite vie tranquille et si jamais j'avais besoin de m'évader je pouvais toujours vivre par substitution grâce à mes personnages.

C'est à peu près ce que je lui racontais. Elle m'orienta vers des cursus littéraires, des études de journalisme et me proposa même une brochure vantant les mérites d'un programme culinaire. Bref, rien de bien nouveau mais je me promis de faire des recherches.

Je me rendis dans le gymnase où la phase finale de sélection des cheerleaders se déroulait, bien décidée à encourager mon amie cette fois-ci.

Alors que j'observais des filles effectuer moultes figures avec plus ou moins de grâce, je pensais à Paul, à Jared et à Sam. A cause de leur petit problème de fourrure étaient-ils condamnés à rester à la Push pour la défendre toute leur vie ?

-Paul hein ?, m'interrompit Kim alors que j'étais en pleine réflexion.

Je la dévisageai, surprise qu'elle ait deviné l'objet de mes pensées.

-Comment se fait-il que tu ais réussi à le convaincre de nous aider ?

Tant mieux, elle ne lisait pas mon esprit mais je ne pouvais décemment pas lui avouer ce que je lui avais offert en retour. Je tentais donc de m'en sortir avec une pirouette, en omettant seulement une petite partie de l'histoire.

-Oh et bien je lui ai dit que je lui devrais une faveur.

-Une faveur ? Mais tu es complètement folle ! As-tu idée de ce qu'un type dans son genre peut bien demander comme ''faveur'' ?

-Parce que tu en sais plus peut-être ?

-Des trucs…

Elle s'interrompit pour regarder rapidement autour d'elle afin de vérifier que personne ne nous prêtait attention et murmura finalement :

-Des trucs sexuels !

Je dus mobiliser toute la force mentale que j'avais pour ne pas exploser de rire en cet instant. Malheureusement Paul, assis quelques rangées plus loin, ne se priva pas lui. Visiblement, Monsieur avait écouté toute la conversation –à moins bien sûr qu'une cruche refaite ne se soit cassée la binette, et s'amusait beaucoup aux dépends de ma prude amie. J'eus beau vouloir le fusiller du regard, lorsqu'il se tourna dans notre direction ses yeux rieurs m'en coupèrent l'envie. Dieu qu'il était mignon !

Il remarqua que je le fixais avec un peu trop d'insistance et eut un sourire orgueilleux qui eut le mérite de me ramener sur Terre. Heureusement c'était le tour de Melody et j'eus alors une excellente raison de me détourner.

Je ne l'avais jamais vue danser et encore moins sauter dans tous les sens de la sorte mais elle avait une manière gracieuse de se mouvoir et un sourire éclatant qui me poussèrent à me lever et à crier avec enthousiasme pour l'acclamer lorsqu'elle eut fini. Son intégration officielle dans l'équipe quelques minutes plus tard déclencha de nouveaux hurlements de joie et nous nous ruâmes sur le terrain pour la serrer dans nos bras et la féliciter avec chaleur.

-Bien joué !, s'exclama Paul qui nous avait apparemment rejoint lui aussi. C'était du bon boulot, ta bonne humeur est contagieuse et je suis persuadé que tu vas nous donner des ailes lors des matchs !

Je crois bien que sa remarque la flatta plus que toutes celles dont nous étions en train de l'abreuver et elle rougit furieusement avant de le remercier vivement. Je la dévisageais sans comprendre, si ce n'était pas du flirt ça !

-Y aurait-il un souci Princesse ?, demanda-t-il en m'attirant à l'écart. As-tu peur que je te propose des trucs… sexuels ?

-Haha. Pourquoi viens-tu la voir et lui parles-tu de manière si séduisante ? A moins que… Tu ne t'es quand même pas imprégné d'elle ?

Je ne savais pourquoi mais cette perspective ne plaisait mais alors pas du tout du tout !

-Quoi ? Non, bien sûr que non ! J'ai quand même le droit de m'intéresser à tes amis ! A moins que tu ne sois jalouse ?

-Jalouse ? De quoi ?, répliquai-je sèchement.

Avant qu'il n'ait eu le temps de rétorquer, Ryan trouva que c'était le moment pour lui de se manifester en sortant quelque chose de très spirituel, c'est-à-dire une remarque d'un niveau tellement bas qu'elle ferait sûrement mourir de rire ses petits copains footballeurs. Bon, je me devais de préciser que ce type était un dieu vivant dans notre petite réserve car la nature avait eu la bonne idée de le doter d'une chevelure blonde éclatante et d'yeux bleus ''océan'' –d'après un blog qu'un groupe de préadolescentes lui avait consacré. Les voies de la génétique étaient impénétrables… A moins que sa mère ne lui teigne les cheveux depuis qu'il est bébé et ne le force à mettre des lentilles. Enfin bon c'était relativement peu probable, et puis comme personne n'avait jamais su qui était le père –je pariais sur un suédois, un cafouillage de gènes permettant à un récessif de contrer un dominant –ou quelque chose du même style la bio ce n'est vraiment pas mon truc, était plus probable.

Ryan donc, cria haut et fort pour s'assurer que tout le monde l'entende :

-Il prenne vraiment n'importe qui de nos jours ! Enfin j'imagine qu'il faut bien des gens pour faire pilier et porter les autres. Au moins celle-là fera une solide fondation pour vos pyramides !

Il y eu un instant de flottement durant lequel personne ne réagit. Melody tentait de rester indifférente à ces propos, Pat et Beaver avaient une de ces conversations mentales auxquelles je ne comprenais jamais rien et Chris serrait les poings et se retenait d'aller les envoyer dans la gueule d'ange de l'imbécile, ce qui aurait été vraiment stupide. Finalement ce fut Mike –que je soupçonnais d'avoir un faible pour notre amie depuis quelques temps, qui le fit. La première pensée qui me vint à l'esprit fut que je ne serais plus la seule avec un bandage au poignet puis je réalisais qu'il semblait se porter relativement bien alors que Ryan gisait à terre, l'air complètement sonné.

Heureusement les entraineurs intervinrent avant que la situation ne dégénère et que les copains du crétin ne se décident à entrer dans la danse, ce qui aurait mal fini pour mes potos à moi.

J'allais m'enquérir de l'état de mon ami qui semblait tout à fait serein alors que ses jointures s'étaient mises à saigner. Très honnêtement je m'attendais à le voir crier et pleurer comme une fillette dans les prochaines secondes mais il n'en fit rien. Devant mon regard étonné, il s'expliqua :

-Mon père m'a obligé à prendre des cours de boxe très tôt pour ''que je devienne un homme, un vrai''.

-J'aurai plutôt parié sur le karaté, intervint Pat avec un air songeur.

-C'est un peu raciste, fit remarquer son frère avec le même air.

Mais sa remarque eut au moins le mérite de détendre l'atmosphère et nous partîmes tous d'un grand éclat de rire, quoique un peu nerveux au début.

-Voilà ça c'est le genre de choses qu'il faut faire pour gagner des voix, expliqua Paul en le félicitant d'une claque virile dans le dos. Encore félicitations Melody, tu t'es bien débrouillée ! Passez une bonne fin d'après-midi !

Il prit congé sans même m'adresser la parole, il se contenta juste d'un rapide coup d'œil. Donc quoi, maintenant que je lui avais présenté de nouvelles personnes plus ambitieuses que moi et certainement plus intéressantes, et que je lui avais juré de ne parler à personne de son petit problème poilu, je devenais à nouveau transparente ?

Je n'eus pas le temps de lui poser la question car il avait déjà disparu et j'avais promis à mes parents que je leur donnerai un coup de main. Cependant, je ruminais pendant tout le trajet jusqu'au restaurant.

Je me débrouillais tant bien que mal avec ma main gauche, heureusement à cette heure-ci les clients commandaient essentiellement à boire et je n'avais pas de lourds plateaux à porter. D'ailleurs il n'y avait pas grand monde.

La clochette de l'entrée tinta signalant l'arrivée d'un nouvel arrivant et je me tournais la porte avec un sourire accueillant qui se figea lorsque je reconnus Jared, qu'est-ce qu'il fichait ici ?

Il s'approcha avec un air timide du comptoir et s'assit sur un des sièges, comme s'il n'était pas sûr que ce soit une bonne idée.

-Un milkshake s'il te plaît.

Son ton poli et aimable contrasta tellement avec la dernière fois qu'il était venu ici avec Paul et qu'ils m'avaient reluquée ouvertement que je me demandais comment on en était arrivé là. Mais apparemment il avait quelque chose à me demander.

Il se décida finalement à aborder le sujet alors que je déposai sa boisson devant lui.

-Ton poignet te fait toujours mal ou ça va déjà un peu mieux ?

-J'ai des antidouleurs donc ça va. Jared ne tourne pas autour du pot et crache le morceau.

-En fait, j'espérais que tu pourrais m'en dire un peu plus sur Kim. Je sais que tu ne comptes pas m'aider et je comprends pourquoi, ajouta t'il précipitamment en voyant mon expression. Mais je ne sais pas quoi faire pour la dérider. J'ai essayé tous les sujets possibles et imaginables pendant le cours d'espagnol et elle n'a pas ouvert une seule fois la bouche ! Alors j'aimerai juste que tu me donnes quelques indices, les sujets à aborder, ceux à éviter absolument, des choses comme ça. D'ailleurs tu dois une faveur à Paul.

-Ah il t'en a parlé, bon s'il veut l'utiliser comme ça c'est son choix après tout. Alors, ce que tu dois savoir sur Kim… Sa mère est décédée lorsqu'elle était très jeune alors évite de lui en parler, c'est un sujet qui fâche.

-Oui je suis au courant, son père est mon entraineur après tout.

-Ah oui exact. Elle est timide et un peu prude aussi et elle est absolument fan de comédies romantiques en tout genre. Elle adore les films de Woody Allen, elle voudrait un chien mais son père refuse, elle déteste le jaune parce que c'est la couleur de la robe qu'elle portait le jour où sa mère est décédée. Elle a plusieurs petits boulots pour aider son père, elle travaille à la bibliothèque de la réserve et à la mairie de Forks à l'occasion.

Les informations sortaient sans lien logique entre elles mais ça n'avait pas l'air de déranger Jared qui buvait littéralement mes paroles, essayant d'en retenir le plus possible. Je lui posais à mon tour quelques questions, histoire d'en savoir un peu plus sur lui. Il évita de parler de sa vie avant sa transformation, parce qu'il avait conscience qu'il était un véritable idiot alors et me divertit avec des anecdotes amusantes sur sa condition de loup.

A ma grande surprise le courant passait plutôt bien et je me surpris à éclater de rire à plusieurs occasions.

-Ca va, vous vous amusez bien ? C'est ton tour de garde je te rappelle, déclara froidement Paul que je n'avais pas entendu entrer.

Son ami m'adressa un sourire penaud avant de déguerpir en vitesse, visiblement ça lui était sorti de la tête.

-Tu ne pourras plus me demander de trucs sexuels maintenant !, déclarai-je avec bonne humeur alors que le nouveau venu prenait la place de Jared.

-Pardon ?

-Tu sais, la faveur que je devais te faire ? Bah je ne te dois plus rien à présent !

-Pourquoi ça ?

-Eh bien j'ai aidé ton copain à connaître un peu mieux la femme de sa vie, donc on est quitte. Il y a un souci ?, continuai-je en voyant sa mine furieuse.

-Je vais le tuer, l'étrangler de mes propres mains !

-Paul ? Je t'en supplie calme-toi et ne te transforme pas ici !

Ses tremblements se calmèrent et il fixa son bras avec insistance. Je suivis donc son regard et m'aperçus que j'avais posé ma main dessus pour qu'il se détende un peu. Je rougis furieusement et m'écartais rapidement.

-Je ferais mieux d'y aller, déclara-t-il au bout d'un moment de silence gêné. J'ai deux trois comptes à régler et je ne voudrais pas détruire ton restaurant au passage.

Peu de temps après son départ, je fus enfin remplacée et je pus rentrer chez moi, c'est-à-dire un étage plus haut. J'appelai ma Grand-mère histoire de vérifier qu'elle allait bien mais seul le silence me répondit. Avec un soupir, je me décidai à partir une fois de plus à sa recherche et en profitai pour emmener Doug avec moi.

Je commençai par le cimetière sur la colline mais évidemment elle n'y était pas. Je me rendis alors à l'épicerie mais la seule tête connu que je croisais entre les rayons fut celle d'Emily qui me salua joyeusement.

-Bonjour ! Tu te souviens de moi n'est-ce pas ? La petite-amie de Sam ?

-Oui bien sûr, comment vas-tu ?

-Très bien, je songeais justement à venir te rendre visite pour prendre des nouvelles de ton poignet et te proposer de passer à la maison vendredi après les cours. Comme tu le sais sûrement il y a un match de baseball très important, enfin d'après les garçons parce que très honnêtement je n'ai jamais vraiment compris l'engouement des gens pour ce sport, et Sam dans son extrême bonté a proposé à quelques personnes de venir le regarder chez nous. Me voilà donc obligée de cuisiner pour une dizaine de personnes, sans compter que certains mangent comme quatre et j'aurai vraiment besoin d'aide et d'un soutien féminin.

J'acceptai son invitation en riant après tout ça pourrait être sympa, mais je devais d'abord vérifier que mes parents n'auraient pas besoin de moi. Après tout lors des soirs de match il y avait souvent foule au restaurant et bien que mon poignet fût cassé ils auraient sans doute besoin d'une main supplémentaire pour les aider.

Je repartis de bonne humeur en direction des habitations des amis de ma Grand-mère. Personne ne l'avait vu mais tous me proposèrent un breuvage qu'il aurait été impoli de refuser et je dus sourire devant les vieilles photos que j'avais déjà vu cent fois. Finalement lorsque je quittai la dernière maison il faisait déjà nuit et je rentrais à la maison dans l'espoir de l'y trouver. Je passai par les bois, car j'avais cette horrible image en tête d'elle coincée dans un quelconque fossé, incapable d'ne sortir et appelant à l'aide sans que personne ne l'entende. Heureusement que Doug était là car ce n'était pas fichtrement rassurant comme endroit surtout au vu des récents meurtres dans la région.

Evidemment je ne croisai pas âme qui vive et malheureusement il n'y avait toujours personne lorsque je rentrais. Je commençai donc à faire les cent pas devant l'entrée, de plus en plus inquiète à mesure que les minutes passaient.

Alors que, ni tenant plus, je ressortais pour partir une nouvelle fois à sa recherche, je la vis descendre avec un immense sourire d'un énorme pick-up noir.

-Mais enfin, où donc es-tu allée ? Je t'ai cherchée dans toute la réserve, j'étais morte d'inquiétude ! Il faut que tu dises où tu vas lorsque tu sors !

Elle me regarda avec un air penaud, comme une enfant prise en faute. Finalement le chauffeur, qui n'était autre que Paul évidemment, se décida à la défendre.

-Ta grand-mère était seulement à la réunion quotidienne du Conseil qui s'est certes un peu éternisée mais ce n'est pas la fin du monde.

-Pas la fin du monde ! Tu sais exactement quel âge elle a ? Et si elle faisait un malaise ou une mauvaise chute dans les bois et que personne n'était là pour lui venir en aide !

-C'est justement pour cette raison que je lui ai proposé de la raccompagner.

-Et depuis quand est-ce que tu prends part à ces rencontres d'abord ?, repris-je sans tenir compte de sa remarque. Pourquoi est-ce que tu ne m'as rien dit ?

-Je ne pensais pas que c'était quelque chose d'important. Maintenant ma chérie, rentre à la maison je vais préparer le repas. En tout cas, merci Paul c'était très aimable de votre part. Ma puce, sois gentille et remercie-le au lieu de le foudroyer du regard.

-Il aurait pu me prévenir qu'il était avec toi !

-Et comment aurais-je pu savoir que tu la cherchais, je n'ai même pas ton numéro.

-Oh mais c'est ça l'idée ! Grand-mère, ce week-end que tu le veuilles ou non tu te mets la technologie ! Je vais t'acheter un portable !