Chapitre Six

Samedi, tout est permis.

Demain serait une autre journée.

La matinée était déjà bien avancée quand Karin se réveilla en sursaut, un léger filet de sueur perlait sur son front. Elle jeta un regard sur son réveil, il affichait les chiffres 09h24. La jeune fille souffla, elle avait trop traîné au lit, pourquoi Yuzu n'était pas venue la réveiller ?

« Bien dormi ? » lança une voix qui fit sortir la jeune fille de ses pensées.

Ah, oui, c'est vrai. On l'avait affublé d'un garde du corps. Celui-ci était appuyé contre le mur, près de la fenêtre de sa chambre, et observait le paysage à travers la fenêtre.

« Mouais » répondit simplement la jeune fille. Elle n'avait pas envie de discuter de bon matin. Elle observait le jeune homme aux cheveux argenté, il était déjà habillé. Elle avait vraiment traîné ce matin. Quel jour étions-nous déjà ? Samedi. Aujourd'hui, elle avait prévu d'aller jouer une partie de football avec ses amis pour ensuite passer la fin d'après-midi chez Urahara.

Elle quitta son lit, prit des vêtements propres et alla dans la salle de bain.

« Je vais me préparer puis on descendra manger », lança-t-elle à l'adresse du shinigami avant de fermer la porte derrière.

Le jeune homme se tourna vers la porte fermée, toujours appuyé contre le mur, les bras croisés. Karin avait vraisemblablement quelque chose sur la conscience, et elle ne semblait pas vouloir en parler. Il ferma les yeux et soupira, c'était bien une Kurosaki. Un cri le tira de ses pensées.

Il se précipita dans le couloir, à sa grande surprise, Karin sortit en même temps de la salle de bain, et lança un regard inquiet dans la direction d'où venait le cri.

« Non ! Oto-san, ne monte pas ! »

On entendait les efforts de la jeune fille pour empêcher son père de monter les escaliers, sans résultat. Celui-ci déboucha en trombe à l'étage. Quelle ne fut pas sa surprise à la vue de la scène qui se déroulait devant. Sa jeune, adorable, magnifique petite fille, en serviette de bain, les cheveux dégoulinant le long de son corps. À côté d'elle, un jeune homme.

« KARIN-chan~ ! Ma petite fille... Tu as tellement grandi durant mon absence. Tu rentres même avec des garçons maintenant » cria le père, ému aux larmes. Il tenta de se jeter sur la jeune fille, qui réalisait à l'entente de ses paroles le quiproquo énorme dans lequel elle s'était fourrée.

La jeune fille esquiva son père, comme à son habitude. Celui-ci, en se jetant sur sa fille, avait repoussé Toshiro contre le mur. Ce dernier avait le regard empreint de surprise.

Il murmurait un « Shiba-tai..~ » étouffé par un coup du père de Karin, qui dit :

« Karin-chan~ tu réussis même à m'éviter. Quelle fille cruelle, alors que je viens de rentrer de voyage ! »

La jeune fille leva les yeux au ciel et répondit :

« Arrête de t'exciter, le vieux. »

« C'est vrai papa. Si tu m'avais écouté jusqu'au bout, je t'aurais expliqué que c'était un ami d'Ichigo qui logerait chez nous durant un certain temps. »

Tiens, se dit Karin, son idiot de frère avait réussi à trouver une excuse pour justifier la présence de Toshiro chez eux.

« Mais, Yuzu ! Pourquoi semblait-il sortir de la chambre de Karin ? »

« Parce que Rukia dort déjà dans la chambre d'Ichigo et que nous n'avons plus de pièce libre depuis que Karin et moi avons une chambre chacune ! Du coup, vu que Karin le connaît, Ichigo s'est dit qu'on mettrait un futon dans sa chambre et qu'il dormirait là. Tu sais, ce n'est pas la première fois que Toshiro vient à la maison. »

Puis elle gloussa et échangea un regard avec mon père, plein de sous-entendus. Celui-ci eut éclair de lucidité dans le sien et sourit avec un air niais.

« Allez, Otô-san, viens manger ton petit-déjeuner » dit-elle d'un air entendu en poussant son père vers les escaliers.

Une fois les deux perturbateurs disparus, Karin tendit la main à Toshiro pour l'aider à se relever. Celui-ci refusa son aide et se releva sans effort, en détaillant toutefois du regard la jeune fille. Quand le rouge lui monta aux joues, il baissa le regard, ce qui surprit la jeune fille qui se rendit enfin compte de sa tenue, avant de devenir elle-même cramoisie. Elle était là, en serviette de bain, devant le petit capitaine. La jeune fille retourna en vitesse et claqua la porte de la salle de bain.

Voilà, premier jour et ils se retrouvaient déjà dans une situation gênante. La jeune fille soupira, cette situation allait être pire que ce qu'elle pensait. Elle s'habilla en vitesse puis retourna dans sa chambre, où Toshira l'attendait. Alors qu'elle se coiffait les cheveux, devant son miroir, l'élastique en bouche, elle observait du coin de l'œil son ami. Comme à son habitude, le jeune homme se tenait près de la fenêtre et observait le ciel à travers celle-ci. Il avait un regard profond et songeur. À quoi pouvait-il bien penser ?

Après quelques secondes, la jeune fille se reconcentra sur sa chevelure. Elle s'évertuait maintenant à faire un semblant de couette. Elle galérait, elle n'était pas douée quand il s'agissait de ce genre de choses... La coiffure, encore un truc de filles... Elle poussa un grand soupire et relaissa tomber ses cheveux, qui descendaient maintenant en dessous de ses épaules. Elle entendit dans son dos un petit rire moqueur. Elle se retourna vivement, agacée, pour voir le jeune homme qui l'observait, une lueur moqueuse dans le regard bien qu'il ait repris un visage impassible. Karin était agacée, elle n'arrivait pas à cerner totalement le caractère du capitaine de la dixième division.

« Allez, le comique, on va déjeuner » dit-elle, décidant de ne pas relever les moqueries de son camarade.

Elle quitta la chambre, Toshiro sur les talons. Ce dernier se retint de sourire. Puis une pensée vint le mettre de mauvaise humeur. Il allait encore devoir subir les sous-entendus en rafale de la famille Kurosaki.

Les deux adolescents arrivèrent dans la salle du petit-déjeuner où Yuzu s'affairait à la préparation de la table. Ce matin, il y avait du riz et de l'omelette avec du jambon pour déjeuner. Autour de la table, il y avait six couverts. Une petite chaleur naissait dans le coeur de Yuzu, elle aimait recevoir des gens à la maison, elle aimait la perspective d'un avenir où, tous les dimanches, la famille se retrouverait autour d'un bon repas. Malgré le manque de figure maternelle à la maison, la jeune fille avait développé ce sentiment en elle. Elle était ravie de voir la famille s'agrandir et appréciait Rukia et Toshiro. Oui, certes, son frère et sa soeur niaient savamment l'affaire, mais croyez-en son flair, ils finiraient ensemble, tôt ou tard.

Pour Ichigo et Rukia, cela faisait des années maintenant qu'ils se tournaient autour. Rukia avait un caractère sulfureux, qui savait réconforter son grand-frère, mais également le remettre d'aplomb. Elle était douce et forte. De plus, elle était la seule qui pouvait faire naître cette lueur dans le regard d'Ichigo. On voyait qu'il tenait à elle, il lui arrivait de la regarder tel un trésor, telle une vie. Yuzu n'aurait su l'expliquer, mais elle sentait un lien puissant entre les jeunes gens. Rukia représentait en quelque sorte la « vie » d'Ichigo. On aurait pu croire que c'était clicher de dire ça et Yuzu n'était pas au courant des détails, mais elle connaissait son frère et savait que Rukia était un tournant dans la vie de l'adolescent.

Cette dernière, bien que parfois garçon manqué dans son attitude, pouvait également couver le jeune homme d'un regard étrange. Chaque fois que le garçon était blessé et se reposait dans sa chambre, Rukia restait à la maison. Yuzu avait donc eu l'occasion d'observer la jeune femme. Comme Orihime, Ishida et Chad, Rukia se faisait du sang d'encre pour Ichigo, mais quelque chose était différent dans son regard. Il y avait cette sorte de connexion entre eux, dès que l'un était mal, l'autre avait ce regard qui signifiait que sa vie était au bout du fil, émotionnellement. Yuzu se souvenait également de cette période où Ichigo était déprimé, deux ans auparavant. Il agissait bizarrement à la maison et on ne voyait plus Rukia. Quelques mois après, quand il revint de l'autre monde, comme le lui avaient expliqué son père et sa sœur, il était redevenu lui-même et Yuzu avait recommencé à voir Rukia traîner dans les parages. La jeune sœur d'Ichigo avait bon espoir qu'un jour, les deux jeunes gens se rendent compte que ce n'était pas une amitié qui les liait, mais bien plus que ça.

Concernant Karin et Toshiro, les choses étaient un peu plus compliquées. Elle sentait qu'il y avait un feeling entre eux, mais qu'ils plaçaient une sorte de barrière autour d'eux pour se protéger. Cela faisait longtemps maintenant que le jeune homme et Karin se voyaient. Certes, c'était plus rare qu'Ichi-nii et Rukia, mais elle sentait que ces rencontres étaient tout aussi importantes. Elle ne connaissait pas Toshiro, mais elle sentait en lui que le jeune homme ne s'ouvrait pas facilement, pourtant, elle devinait également qu'il appréciait le temps passé avec Karin. Cette dernière appréciait également passer avec le garçon. Bien qu'elle ait des amis masculins, on sentait que quelque chose en Toshiro attirait Karin. Bref, ces deux-là en étaient encore au stade de la découverte.

Yuzu sourit en posant le dernier plat à table. Certes, elle n'avait pas de dons paranormaux que le reste de sa famille, mais elle avait ce don-là, elle. Ce pouvoir d'observer les gens. D'ailleurs, elle avait bien senti que depuis quelques jours son frère et sa soeur lui cachaient des choses. Elle se doutait que c'était pour son bien, donc elle ne cherchait pas à leur forcer la main.

La table prête, tout le monde s'y installa. Karin et Toshiro, l'un en face de l'autre. Yuzu était à côté de Karin, son père en face d'elle. Deux choses avaient été installées aux extrémités de la table pour l'occasion, où étaient donc installés Rukia et Ichigo.

Le repas se voulait enjoué et Yuzu ne remarqua pas les regards lourds de signification que s'échangeaient père et fils, en regardant une fois de temps en temps Toshiro et Karin. Isshin avait bien reconnu Toshiro, évidemment. S'il était là, ça voulait dire qu'il y avait un gros problème. Il aurait une discussion avec Ichigo et son remplaçant le plus tôt possible.

Karin expédia son petit-déjeuner, elle devait vite retrouver ses amis sur le terrain de foot. Elle jetait des regards pressants à son petit garde du corps, pour qu'il se dépêche de finir son assiette.

Une fois son repas fini, Karin se leva et débarrassa son assiette. Elle revint à table, alors qu'Ichigo et Rukia débarrassaient leurs assiettes également. Elle se planta à côté de Toshiro, les bras croisés, et frappa du pied.

« Allez, dépêche-toi ! On doit y aller. »

« Où ? »

« Au terrain de foot, voyons ! On est samedi, il y a match ! Peu importe, dépêche sinon je pars sans toi ! » s'impatientait la jeune fille, se dirigeant désormais vers les escaliers pour aller chercher ses affaires. Elle montait les escaliers en courant, trouvait son sac dans sa chambre, y rangea son porte-feuille et son téléphone. Chose faite, elle descendit et ne trouva pas Toshiro dans le salon.

« Bon sang, où il est passé maintenant ? » marmonna la jeune fille agacée.

Rukia rigola en percevant les paroles de la jeune fille, sans que celle-ci ne s'en rende compte.

« Tant pis pour lui, je m'en vais. Yuzu, j'y vais ! À ce soir. »

Alors, elle partit dans le couloir pour quitter la maison. À sa grande surprise, Toshiro l'y attendait, chaussures aux pieds, prêt à partir. La jeune fille l'ignora et s'assit sur la marche, pour mettre ses propres baskets. Là, le garçon décida de taquiner la jeune fille et lâcha, de son air habituel :

« Tu es en retard, Karin. »

La jeune fille leva les yeux vers le jeune homme, qui arborait son petit sourire en coin. Il avait décidé de l'ennuyer ce matin, on dirait. Enfin, cette petite proximité qui s'instaurait entre eux lui faisait chaud au cœur alors elle répondit par un sourire éblouissant. C'était drôle de voir cet aspect de Toshiro, taquin. D'ailleurs, ce dernier se laissa déstabiliser l'espace d'un instant par le sourire que lui lançait la jeune fille. Elle le surprenait toujours, elle faisait partie des rares personnes qui étaient capables de le désarmer aussi facilement. L'instant passé, la jeune fille était debout, la main sur la poignée de porte, pour ouvrir celle-ci.

« Allez, on nous attend » lança-t-elle, en courant pour rejoindre le terrain de football.

Le jeune homme la rattrapa facilement. En effet, même dans son gigai, il faisait preuve d'une bonne condition physique ainsi qu'une bonne endurance.

Karin et Toshiro firent donc la course jusqu'au terrain, où les attendaient les amis de Karin.

Au dessus des escaliers qui conduisaient au terrain, Karin se stoppa, totalement essoufflée. Elle se pencha, posa ses mains sur ses genoux pour prendre appui dessus, et tenta de reprendre son souffle. Toshiro, lui, respirait à peine plus fort que d'habitude.

Peu après leur arrivée, un garçon cria :

« Eh, mais c'est Toshiro ?! »

« Oye ! Karin, comment t'as fait pour nous l'amener ? » lança un autre adolescent.

La jeune fille se redressa et adressa un sourire à ses coéquipiers, suivi d'un geste victorieux de la main, avec son pouce levé.

« Secret ! »

Karin, souffle repris, descendit les marches suivi d'un Toshiro silencieux. En effet, celui-ci avait repris sa contenance habituelle. Alors que Karin et ses compagnons étaient habillés de tenues disparates, l'équipe adverse arborait des maillots uniformes.

Toshiro se dirigeait vers le bord du terrain, les mains dans les poches, pour se poser et observer le match. C'était sans compter sur Karin qui retournait vers lui à grands pas.

« Hey, mais tu fais quoi là ? On commence le match ? »

Le jeune homme arqua un sourcil.

« Bah quoi, tu pensais quand même pas venir et rester planter à côté du terrain ? »

Le garçon ferma les yeux et soupira. Il fallait s'en douter effectivement. Elle retira donc la main de ses poches et suivit docilement la jeune fille. Elle avait le don de lui faire faire tout ce qu'elle voulait. Enfin, jouer au ballon ne le dérangeait pas non plus, cela dit.

Leur équipe rejointe, le match allait débuter. Chacun mettait au point sa stratégie. Comme vous vous en doutez, la stratégie de l'équipe de Karin se reposait sur cette dernière ainsi que sur Toshiro. Le match débuta et Toshiro avait déjà la balle au pied...

Plus d'une heure et demie plus tard, le match se finissait sur un 3-0, inutile de vous dire qui avait gagné, vous le savez.

Karin et ses coéquipiers allèrent se coucher dans l'herbe. Il était aux alentours de midi. Karin s'était allongée près de l'un de ses amis, Toshiro à ses côtés.

« Merci Toshiro ! » dit l'un des garçons allongés dans l'herbe.

« Oui, sans toi, on ne les aurait jamais battus ! » s'exclamait un autre.

Karin se redressa d'un bond.

« Allez les gars ! Oui, il nous a bien aidés, mais même sans lui, on aurait réussi à gagner ! »

« Oh c'est bon capitaine, pas la peine de prendre la mouche » répondit l'un, d'un ton taquin.

« Oui, on sait bien que tu ne nous aurais pas laissé perdre » lâcha un autre.

La jeune fille se recoucha, les bras croisés, bougonne. Toshiro avait observé la situation. Il était toujours captivé par l'attitude de la jeune fille. Elle était toujours positive, enjouée, motivée. Cela avait le don de le surprendre. Même si la jeune fille était fatiguée, encourait une grande menace, elle n'hésitait pas à se retrousser les manches pour ses proches. Elle le lui avait déjà prouvé à plusieurs reprises.

« Bon, c'est pas tout ça les gars, mais on a promis à mamy Haru de passer chez elle après le match » rappelait Karin, en se préparant au départ.

Toshiro se redressa d'un coup. Mamy Haru ?

« J'espère qu'elle nous aura préparé à dîner », s'exclama un de ses amis.

Alors comme ça, ils la connaissaient tous ? Se demanda le capitaine de la dixième division.

« Tu la connais, elle en aura encore trop fait, comme d'habitude » répondit Karin, levée, en train de s'épousseter le derrière.

Toshiro eut une pointe de jalousie, mais aussi de chaleur en lui. Il était jaloux que d'autres aient découvert une partie de son jardin secret, mais ravi à l'idée que Haru-ba-chan reçoivent régulièrement de la visite. Elle le méritait. Il était aussi surpris, mais au final, pas tant que ça. Karin avait tenu sa promesse auprès de la vieille dame de venir lui rendre visite. La jeune fille était vraiment honnête.

Tout le petit groupe était levé et attendait l'adolescent aux cheveux argentés. Celui-ci levait les yeux, surpris.

« Bah alors, tu viens ? Je suis sûre que Mamy Haru va être ravie de te voir ! » lança Karin, en tendant la main au jeune homme. Celui-ci se releva, sans saisir l'aide que lui proposait son amie. Eh oui, la fierté ne le quittait pas.

Tous partirent en direction de mamy Haru. Toshiro, même s'il ne le montrait pas, était content de rendre visite à la vieille dame. Depuis le temps qu'il ne l'avait plus vue... Les mains dans les poches, le shinigami suivait le petit groupe qui se déplaçait joyeusement. Vu la façon dont ils marchaient, ils connaissaient bien le chemin qu'il fallait emprunter pour rejoindre la maison de mamy Haru. Soudain, une sensation étrange s'empara de lui. Il se retourna vivement. Rien. Il n'y avait rien derrière lui. Pourtant, il aurait juré...

« Oye ! Toshiro, arrête de traînasser, nous y sommes presque ! » lui cria Karin, une vingtaine de mètres plus loin. La sensation du shinigami de glace se redoubla, il avait aperçu quelque chose derrière la jeune fille.

« Merde... » murmura le jeune homme, il était trop loin et avec les amis de Karin, impossible de ne pas griller sa couverture de shinigami. La jeune fille, par instinct, avait ressenti une différence dans le comportement du capitaine et s'était retournée vivement. Il n'y avait rien. Elle se retourna pour retrouver Hitsugaya qui s'était habilement rapproché d'elle.

« Quelque chose ne va pas ? » murmura doucement la jeune fille, pour ne pas alerter ses autres compagnons.

« Je ne sais pas », répondit Hitsugaya, qui recherchait la présence qui les guettait quelques secondes auparavant. Le sentiment d'alerte qu'il avait ressenti avait disparu.

Quelques minutes plus tard, tous arrivèrent à l'entrée de la demeure de mamy Haru. Cette dernière les accueillit chaleureusement, comme à son habitude.

« Alors mes petits, comment s'est déroulée votre partie ? »

« On les a dégommé ba-chan ! » répondit l'un.

« D'ailleurs, tu sauras jamais qui nous a rejoints ! » répondit un autre.

Sur ces mots, Hitsugaya franchissait à son tour, suivant Karin de près, l'entrée du domaine. Haru fut surprise de le voir et en fut émue. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas eu l'occasion de voir son petit protégé, qui plus est, accompagné de la gentille Karin.

« Mon garçon, quel plaisir de te voir parmi nous » lui dit la vieille femme, adressant au jeune homme un sourire sincère.

« Désolée pour le retard mamy Haru ! »

« Pas de problème ma petite Karin. Maintenant, tout le monde à table » pressa la vieille dame.

Tous les invités se retrouvèrent dans la salle à manger. Là les attendaient leurs assiettes déjà installées autour d'un kotatsu.

« Je vais de ce pas mettre un couvert supplémentaire », s'exclama la maîtresse de maison, comme si sa jeunesse lui était rendue.

« Ne te dérange pas Haru-ba-chan, je vais le faire » lui dit Karin.

« Laisse nous faire pour une fois mamy » s'exclama l'un des joueurs de foot.

« Oui, installe-toi. On va apporter tout le nécessaire » ajouta un autre.

« Toshiro, tu viens nous aider ? » lança Karin, déjà dans la cuisine.

Le jeune homme à peine agenouillé se releva sous les ordres de sa désormais protégée. Enfin, protégée, peut-on dire cela de quelqu'un qui est aussi autoritaire ? Le shinigami de glace sourit à cette pensée.

Arrivé dans la cuisine, il constatait sans difficulté que Karin faisait aller tout le petit monde comme elle le souhaitait.

« Ah te voilà. Tu peux apporter le plat de curry à table ? » dit la jeune fille, affairée dans entre les plats, les serviettes et autres.

Toshiro balayait du regard la pièce pour trouver le plat que lui pointait son amie. Celui-ci était sur le réchaud.

« Il est déjà prêt, il suffit de l'apporter à table. Mamy Haru s'y met toujours dès le matin quand on vient, on a juste à mettre les plats à table et à déguster » expliquait Karin.

Tout le monde donnait un coup de main et Toshiro voyait bien que Haru-ba-chan était touchée d'être entourée comme ça. Cela lui réchauffait encore une fois le coeur.

Le repas se déroulait entre éclats de rire et railleries. C'est alors que Karin s'absentait dans la cuisine, pour répondre à un appel téléphonique. Toshiro, qui était installé près de mamy Haru, suivit la demoiselle du regard.

« Toshiro, tu sais, elle ne s'envolera pas » dit l'ancêtre, sortant le jeune homme de ses pensées.

Il fut surpris de la remarque, les garçons continuaient à se chamailler autour de la table et ne prêtait pas attention à la situation.

« Je sais, mamy » répondit le jeune homme, toujours attentif à ce qu'il se passait dans la cuisine.

« Alors mon garçon, pourquoi nous rends-tu visite cette fois ? » demanda l'ancêtre, une pointe d'inquiétude dans la voix.

« Je n'ai pas besoin de raison pour venir te voir », répondit Toshiro, se tournant cette fois vers Haru, pour échanger un regard avec elle. Il ne voulait pas que la dame s'inquiète.

« Avoue cependant que tu ne le fais pas souvent », répondit la vieille dame, jouette.

« Je n'en ai pas souvent l'occasion » éluda le capitaine de la dixième division.

« Ou ce n'est pas moi à qui tu rends visite quand tu en as l'occasion ? » rétorqua-t-elle.

Décidément, la vieille dame avait décidé de le titiller jusqu'au bout. Enfin, c'est le moment que choisit Karin pour revenir s'installer autour de la table.

Le regard de Toshiro fut automatiquement attiré par le retour de la jeune fille, ce que ne manqua pas de remarquer mamy Haru. Elle remarqua également la tête ennuyée qu'arborait la jeune fille et le regard inquiet que lui lançait Toshiro. La vieille dame se régalait de les observer, c'était son petit drama à elle. Alors, connaissant les deux adolescents, elle décida de poser la question elle-même, car aucun d'eux n'aurait pris l'initiative d'en parler comme ça.

« Karin, tout va bien ? Tu as l'air ennuyée, cet appel ne t'a pas annoncé de mauvaise nouvelle, n'est-ce pas ? » demanda la vieille dame.

La jeune fille se redressa et lança un regard rapide à Hitsugaya avant de se tourner vers mamy Haru pour lui répondre, un sourire gêné aux lèvres :

« Ne t'inquiète pas mamy Haru. Je vais juste devoir partir plus tôt que prévu parce que ma petite soeur m'a demandé d'aller chercher quelques articles pour elle en ville. Elle doit rester à la maison pour aider mon père avec les patients et doit absolument avoir tout ça pour soir. »

Hitsugaya leva les yeux au ciel. Voilà maintenant qu'il devait aller faire du shopping. Il pensait y avoir échappé en étant séparé de sa vice-capitaine.

« Je suis rassurée alors mon enfant. Ce n'est pas une séance de shopping qui viendra à bout d'une jeune fille » dit la vieille dame, amusée.

« Haha... ha... ha... » fit la jeune fille, gênée. Elle tentait d'être enjouée, mais ne cessait de jeter des regards à Toshiro, gênée. Elle se mordillait même la lèvre. C'était clair, elle s'en voulait d'imposer ça au jeune homme. Elle-même n'appréciait pas spécialement ce genre de sortie, mais le connaissant, elle était certaine que ce n'était pas non plus sa tasse de thé. Ça allait être une après-midi compliquée.

Toshiro parvint enfin à décrypter les expressions de la jeune fille. Elle était ennuyée de lui imposer ça. Certes, ce n'était pas son occupation préférée, mais en y réfléchissant bien, il devait la protéger, c'était sa mission. Peu importe donc que ça soit en ville ou chez elle. Le mieux était que la jeune fille passe du bon temps, il ferait donc le nécessaire pour que tout se passe bien. Il lui fit donc un de ses rares, rares, rares sourires pour la rassurer.

Karin fut alors requinquée et reprit son attitude habituelle. Elle se leva et déclara assurée :

« Je suis désolée les gars, mais Toshiro et moi on a des trucs à faire ! On va vous laisser ici ! »

« OK, Karin ! »

« On se voit lundi. »

« Ça marche », leur répondit-elle, leur faisait un signe de la main, le pousse un l'air.

Alors qu'elle remettait ses chaussures, elle se tourna vers ses amis et dit d'une voix autoritaire :

« & je ne veux pas savoir que vous êtes parti en laissant à mamy Haru toute la vaisselle. »

« Rhooo... » dirent-ils en coeur.

La jeune fille ne rajouta rien, mais son regard en disait long. Mamy Haru était amusée, elle savait que de toute façon les garçons ne seraient jamais partis en la laissant comme ça, mais la façon dont Karin gérait la situation la faisait toujours rire. Cette jeune fille était pleine d'énergie et si forte de caractère, cependant, quelques minutes plus tôt, elle avait pu découvrir un côté plus doux et timide chez elle. Même si ce ne fut que pendant un bref instant, c'est le genre de chose que la dame retenait.

Une fois sortie, la jeune fille se tourna vers Toshiro qui la suivait sans un mot.

« Tu es sûr que ça ne te dérange pas ? » lui demanda-t-elle, tracassée.

« Je te suivrai où tu iras », dit le garçon, sur un ton sans appel.

La jeune fille fut rassurée et ces mots lui firent chaud au coeur. Connaissant le garçon, même s'il se donnait un air distant, elle savait maintenant traduire ce genre de remarque. Alors, le baume au coeur, elle s'exclama à haute voix :

« Bien, c'est parti pour une après-midi shopping alors ! »

Sur ces mots, elle fit un clin d'œil à son ami, ce qui le déstabilisa quelque peu, et commença à courir dans la direction de l'arrêt de bus pour rejoindre le centre commercial.