Chapitre 3 : Meurtres de minuit

Rin sentit les rayons de soleil à travers ses paupières et entendit les oiseaux gazouiller à profusion. Elle ouvrit les yeux. Une nuit sans rêve…c'était si rare depuis les…incidents…elle se sentait si reposée.

Elle fut surprise de remarquer qu'elle n'était plus dans la caverne…mais bien en dessous d'un chêne avec une matière duveteuse et chaude sous elle. Elle s'assit dans l'herbe, s'étira paresseusement et jeta un œil au matériel sur laquelle elle s'était endormie. Un large sourire se répandit sur son visage.

La fourrure de Sesshomaru!

Elle la prit dans ses bras et apporta instinctivement la fourrure blanche à son visage…l'odeur de son maitre était là…comme toujours…

Elle sourit avec nostalgie, lorsqu'elle se rappela le nombre de fois qu'elle s'était endormi sur cette fourrure quand elle était plus jeune. Bien sûr, elle ne l'exigeait pas tout le temps, mais parfois, lorsqu'elle était triste, malade ou qu'elle avait froid, il la laissait se blottir contre la matière duveteuse et réconfortante.

Elle se sentit un peu émue. S'il l'avait laissé avec son étoffe, c'est qu'il devait se rappeler à quel point elle aimer s'assoupir dessus, ou simplement la câliner ou l'utiliser en guise de couverture. Elle rougit. Elle devait maintenant lui rapporter!

Elle se leva et essaya de reconnaitre le paysage qui l'entourait. Ce ne fut pas très long avant qu'elle aperçoive la petite entrée de la caverne dans laquelle ils s'étaient réfugiés la veille. L'entrée était au bas d'une petite colline, couverte de rochers et d'herbes longues. Elle vit son maitre au sommet de la petite montagne. Il semblait contempler les nuages vaporeux qui couvraient partiellement le ciel matinal. Rin prit un moment pour l'observer. À quel point il était majestueux au sommet de la colline, sa chevelure argentée et ses vêtements immaculés gracieusement soufflés par le vent.

C'était difficile de croire que la même personne l'avait laissée s'endormir dans ses bras la nuit dernière. Si splendide au premier regard, distant et mystérieux, et pourtant il avait toujours été bon, patient et protecteur envers elle. La plupart des gens voyaient une créature dangereuse, un tueur de sang-froid, mais elle arrivait seulement à voir son cœur plein de bonté. Elle ne comprenait pas pourquoi autant de gens avaient peur de lui. Il n'était pas impulsif ou assoiffé de sang comme d'autres youkais. À ses yeux, il n'était dangereux qu'aux gens qui le méritaient. L'esprit de Sesshomaru n'avait rien de malfaisant…

Mais c'était sa perception de gamine qui guidait ses pensées…Selon ce qu'elle avait entendu à son sujet au village, elle avait ensuite compris que Sesshomaru s'abstenait de montrer sa nature cruelle devant elle…et une fois de plus elle se sentait touchée, c'était la preuve évidente qu'elle avait de l'importance à ses yeux, il voulait qu'elle ait une haute estime de lui.

Elle sourit et marcha dans sa direction. Elle était soulagée de se rappeler aussi facilement pourquoi elle l'aimait tant quand elle était petite…pourquoi elle avait été si dévastée quand il l'avait laissée dans un village d'humains…

…pourquoi elle avait attendu si longtemps, jour après jour, qu'il la ramène dans son univers youkai, avant qu'elle ne réalise qu'il se pouvait bien que ce ne soit pas la meilleure option pour elle…

Elle pensa à ce que Kaede lui avait appris, aux avertissements d'un certain moine avant qu'elle ne quitte son maitre pour de bon, ils parlaient tous des différences fondamentales entre humains et démons et le fait que leurs univers respectifs sont tout simplement irréconciliables.

Elle savait que leurs intentions étaient bonnes, et avec les années, elle commençait à comprendre ce qu'ils voulaient dire, mais pour l'instant, avec la fourrure de son seigneur sur ses épaules et cette merveilleuse vue de lui qui contemplait le ciel, elle voulait croire qu'il était plus qu'un souvenir d'enfance.

Le seigneur youkai la regarda tandis qu'elle s'approchait de la colline. Il songea à lui donner un coup de main, mais après avoir vu la jeune femme se débarrasser de ses zoris avec désinvolture et courir pied nu sur la colline gazonneuse, il en conclu qu'elle n'avait pas besoin d'aide. Elle le darda de son plus beau sourire.

« Bon matin maitre. Comment allez-vous aujourd'hui? », lui demanda-t-elle joyeusement.

« Je devrais être celui qui te pose cette question », répondit-il simplement, silencieusement satisfait de pouvoir apercevoir son sourire habituel.

« Oh…et bien ça va…mon pied va mieux et j'ai si bien dormi! », répondit-elle joyeusement. « Après l'orage démentiel, les éclairs, la course et tout cela, je ne pensais jamais que… ». Elle stoppa son papotage lorsqu'elle jeta un œil dans la même direction que son maitre.

« Oh ! Est-ce vraiment ce que je pense que c'est? », s'enquit-elle.

« Oui...Impressionnant, n'est-ce pas? », s'enquit-il stoïquement.

« Impressionnant, j'en sais rien. Terrifiant, oui! Est-ce réellement là où nous étions hier? »

« Je crois bien »

Rin observa les arbres ravagés par l'orage. Plusieurs éclairs semblaient être tombés dans un périmètre restreint, un saule mature presque complètement en morceaux. L'endroit exact où ils s'étaient cachés la veille!

« Les arbres sont dangereux durant une tempête », observa-t-elle.

« Ceux qui sont hauts », spécifia-t-il.

« Ou peut-être est-ce moi! », s'exclama-t-elle. « Les éclairs qui me tombent dessus deux fois dans la même année, je vais commencer à croire que j'attire la poisse! »

« Ne sois pas stupide. La malchance n'existe pas », rétorqua-t-il.

« Vous avez peut-être raison…Je suppose que nous étions simplement au mauvais endroit au mauvais moment », songea-t-elle tout haut.

« Si tu es prête, nous devrions continuer », suggéra le seigneur youkai. « Nous avons une longue journée devant nous ».

« Oui, bien sûr! Allons-y avant qu'il ne pleuve encore! »

Rin commençait vraiment à croire qu'elle attirait la malchance.

Ses insinuations sur le fait que les arbres étaient dangereux durant les orages ont été suivies d'éclairs absolument déments la veille. Et maintenant, sa blague innocente sur une possibilité d'averse était devenue réalité.

Au moins, elle avait apporté un parapluie, mais il n'était pas assez grand pour pouvoir les protéger tous les deux. Le seigneur youkai ne semblait pas être dérangé par une marche sous la pluie au début, mais même s'il faisait mine de rien, Rin pouvait deviner qu'il n'était pas très enchanté par le mauvais temps, ses traits étant encore plus austères qu'à l'habitude…elle ne pensait même pas que c'était possible avant cette journée malheureuse.

Rin trouvait le parcours pénible aussi. Le bas de son yukata n'était pas protégé de la pluie, et ses zoris ne cessaient de s'enfoncer maladroitement dans la boue qui couvrait les sentiers.

Si la température n'avait pas été aussi fraîche, elle se serait débarrassée de ces nuisances il y a bien longtemps!

Et elle commençait à être vraiment à s'ennuyer. Sesshomaru était encore moins loquace qu'à l'habitude. Il répondait à ses questions au moyen de monosyllabes la plupart du temps. À un certain point, elle était si ennuyée qu'elle se mit à chanter au sujet de la pluie, de forêts perdues depuis des lustres, de fées et d'elfes, mais le seigneur ne sembla pas être dérangé par le son de sa voix.

Elle pensa à ses amis…Kagome, Inu-Yasha, Miroku, Shippo, Sango…Elle savait que la grande sœur de Kohaku vivait des moments très difficiles, n'ayant pas le luxe d'une distraction comme Rin. Elle espéra qu'ils aillaient tous bien et pris note mentalement de leur écrire dès qu'ils arriveraient sur les Terres de l'Ouest.

Après cela, elle pensa à Jaken et à Ah Un. Elle avait hâte de les revoir…et elle avait aussi très hâte de voir où Sesshomaru habitait. Elle n'était jamais allé au château des Terres de l'Ouest. Sesshomaru n'avait pas été très volubile quand elle lui avait posé des questions à ce sujet, lui mentionnant seulement que son « manoir » était relativement récent. Le château d'Inu Taisho avait été détruit il y a plusieurs décennies et Sesshomaru ne s'était jamais donné la peine de le faire reconstruire…jusqu'à la mort de Naraku. C'était après la fin de la sombre époque du Shikon no tama que ses ambitions pour ses terres l'avaient motivé à reconstruire les quartiers centraux de son domaine. Rin essayait de se l'imaginer. Probablement un château énorme et élégant, avec plein d'arbres autour, mais avec peu de servants, parce que son seigneur appréciait beaucoup la solitude…et elle n'arrivait pas à s'imaginer le reste. Est-ce qu'il y avait une salle de trône? Une bibliothèque? Sesshomaru avait-il un bureau personnel? Est-ce qu'il y avait d'autres gens que Sesshomaru et Jaken qui y habitaient? La mère à Sesshomaru peut-être? Peut-être une épouse, des enfants?

Rin voulut instantanément chasser cette pensée. C'était si idiot, si Sesshomaru avait une femme, elle l'aurait su.

Mais elle avait pourtant un doute…Sesshomaru était certes mystérieux au sujet de sa vie personnelle. Ce n'était pas impossible qu'il se soit uni d'une femme il y a longtemps. Un mariage arrangé peut-être? C'était peut-être la raison pour laquelle il semblait tant apprécier sa vie de vagabond. Elle jeta un œil à Sesshomaru. Il était détrempé de la tête aux pieds. Ses cheveux habituellement brillants collaient sur les côtés de son visage. Rin pensa qu'il avait l'air vraiment las du déluge, mais elle ne souhaitait pas le lui rappeler. Peut-être qu'il profiterait d'une petite distraction…

« Dites, Sesshomaru-sama… », débuta-t-elle. Un coup d'œil du youkai lui confirma qu'elle avait son attention. « Est-ce qu'il y a…une dame des Terres de l'Ouest? »

Sesshomaru haussa un sourcil. « Eh bien…oui. »

Les yeux de Rin s'écarquillèrent. Elle n'arrivait pas à y croire! « Qu-quoi? Vous avez une épouse? »

Elle fut persuadée d'apercevoir un peu d'amusement dans ses yeux d'ambre avant qu'il ne réponde. « Et alors? »

« Mais vous ne me l'avez jamais dit! Jamais dit à personne, en fait! Comment serait-ce possible? Ça ne fait aucun sens! »

« Tu as raison Rin. Cela n'a aucun sens »

Elle sembla confuse un moment. « Alors… »

« Je n'ai pas d'épouse. La Dame des Terres de l'Ouest est ma mère pour l'instant », expliqua l'inuyoukai.

« Ah je vois… », répondit-elle, déjà plus calme. Elle lui lança un sourire espiègle. « Je suppose que vous vous êtes bien amusé avec cette plaisanterie, maitre? »

« Hmph…ta réaction était en effet exagéré », dit-il.

Elle fut presque certaine de voir l'ombre d'un sourire sur ses lèvres.

Le seigneur youkai s'arrêta ensuite à un carrefour, observa un écriteau décrépi, pointant vers un chemin qui menait à une partie plus dense de la forêt. Rin la lut elle aussi.

« Otaki. Est-ce un village? », s'enquit-elle.

« Oui. Je crois que nous devrions s'y arrêter pour la nuit. »

« Vraiment? Ne croyez-vous pas que les villageois risquent de réagir négativement à notre présence? », s'enquit-elle prudemment.

« J'en serais surpris », répondit simplement son compagnon.

Rin comprit rapidement pourquoi.

Le village était déserté…un véritable lieu de solitude. La plupart des huttes étaient à moitié détruites et un cimetière au fin fond du village semblait bien rempli. Il n'y avait évidemment aucune âme qui vive à l'intérieur du village, sauf les leurs.

« Quel endroit désolant », commenta-t-elle. « Est-ce que vous savez ce qui s'est passé? »

« Je crois que ce lieu a été abandonné il y a une décennie. Les sbires de Naraku devaient les importuner à l'époque », supposa Sesshomaru.

Il y avait quelque chose de lugubre à propos de cet endroit. Rin n'était pas du tout certaine d'aimer ce village fantôme.

« Devrions-nous vraiment rester ici pour la nuit? Nous avons quelques heures avant le coucher du soleil… »

« Nous pouvons soit rester ici et nous reposer dehors. Il n'y aura plus d'abris couverts avant que nous atteignions mes Terres. Les humains ont tendance à ne pas vouloir trop s'approcher des territoires youkais ».

« C'est dommage. Alors, je suppose qu'un toit est un toit ».

Ils trouvèrent rapidement un abri encore décent. C'était une auberge abandonnée, avec un toit solide, et pas aussi poussiéreuse que les autres habitations du village. Il y avait même un foyer rudimentaire avec du bois presque sec, comme si des voyageurs y étaient passés il n'y a pas si longtemps.

Rin regarda la pluie tomber par la fenêtre pendant un bref instant. L'après-midi était désormais tardif, et il faisait déjà plus sombre…sans doute à cause de la véritable pluie drue et sans fin!

« Je crois que c'était une bonne idée d'arrêter maintenant, il fait déjà presque nuit », dit Rin, mais elle n'eut aucune réponse. « Sesshomaru-sama », dit-elle en tournant de nouveau son regard à l'intérieur.

Elle aperçut Sesshomaru juste à temps pour le voir enlever avec nonchalance une partie de ses habillements détrempés — le laissant torse nu — pour ensuite tordre le haut de ses habits afin d'en chasser le surplus d'eau. Rin sentit de la chaleur lui monter aux joues, tandis qu'elle ouvrit un sac pour y retrouver une petite serviette, qu'elle avait empruntée à Kagome.

« Voilà…mon seigneur…vous pouvez prendre ceci », dit-elle timidement.

Il la regarda brièvement. « Tu pourrais en avoir besoin. »

« Pas autant que vous »

Il contempla le morceau de tissus un bref moment avant de le prendre de ses mains.

« Je te remercie », dit-il d'un ton bref.

« Je vais faire le tour maintenant, si cela ne vous dérange pas », répondit-elle avec un sourire, en fixant le plancher.

« Fais ce que tu veux », dit-il en s'essuyant une épaule et un bras.

Rin le salua et se retira rapidement de la pièce, et poussa un soupir de soulagement une fois qu'elle en fut sortie. Elle avait déjà vu des hommes à moitié nus auparavant, le plus souvent durant l'été, mais de voir son seigneur de cette façon...c'était une autre histoire! Elle rougit une fois de plus, tandis qu'elle se remémorait ses épaules et son torse de guerrier…un heureux mélange de minceur et de muscles bien sculptés…très plaisant à regarder! Avec ses vêtements amples, c'était difficile de savoir à quoi il ressemblait réellement…Kohaku avait l'air d'une crevette à côté de lui…

Rin se secoua la tête et essaya de se changer les idées. Elle se sentait triste et coupable de penser à son ami défunt de cette manière. Les apparences étaient une question si futile, comparée aux évènements qu'elle essayait si fort d'oublier. Elle laissa tomber ses effets personnels dans la chambre la plus douillette qu'elle puisse trouver. Il y avait un futon toujours en bon état, et une large fenêtre. Elle ferma les portes coulissantes et changea de tenue.

Elle comprit soudainement le besoin apparemment urgent de Sesshomaru de se débarrasser de ses vêtements mouillés. Elle se sentait beaucoup mieux dans un yukata sec.

Elle se demanda spontanément s'il avait aussi dû tordre le tissu de ses pantalons.

« Oh non pas encore…espèce d'esprit tordu! », s'exclama-t-elle avec exaspération.

Elle prit la décision de ne pas aller le rejoindre tout de suite, pensa que le youkai pourrait bien apprécier un peu de solitude et d'intimité. Elle s'allongea sur le futon et jeta un œil paresseux dehors. De la pluie drue…encore et encore…Mère Nature était vraiment très capricieuse ces temps-ci…Ou peut-être était-ce Kaede qui faisait tomber de l'eau sur eux, peut-être s'opposait-elle à l'idée que sa petite Rin parte à l'aventure avec le seigneur des Terres de l'Ouest une fois de plus…

Les paupières de Rin devinrent soudainement très lourdes. Le son de la pluie l'endormait. Après quelques instants, elle s'assoupit paisiblement.

Elle était de retour au village, contemplant un arbre.

« Regarde Rin! Des nashis! », s'exclama une voix masculine.

Rin jeta un œil à Kohaku, et sourit. « Tu les aimes bien, ceux-là, n'est-ce pas? »

« Tout le monde les aime! », dit-il tandis qu'il prit une poire de l'arbre fruitier. « Est-ce que tu en veux? »

« Peut-être plus tard », dit-elle, tout sourire. Elle grimpa sur une branche et le regarda dévorer le fruit.

« Tu es sûre que tu n'en veux pas? », s'enquit-il innocemment.

« Non merci. Tu sais bien que ce n'est pas mes favoris »

« Bien sûr, j'aurais dû me rappeler! Je parie que tu attends Inu-Yasha et Kagome »

« Oui! », dit-elle en tapant des mains. « Ils vont ramener des melons, enfin! »

Il sourit. « Alors, que comptes-tu faire aujourd'hui? »

« Oh pas grand-chose…sauf manger des melons comme s'il n'y avait aucun lendemain », dit-elle avec un large sourire. « Nous avons de bonnes provisions d'herbes, je ne crois pas que Kaede va avoir besoin de moi aujourd'hui »

« C'est bien. Peut-être qu'une fois que Kagome et Inu-Yasha seront revenus, Sango va me libérer de mes fonctions pour la journée. Nous pourrions aller aux chutes desquelles je t'ai parlé », suggéra-t-il.

Rin remarqua qu'il était en train de virer à l'écarlate. Il cachait quelque chose.

« Tu me parles de ces chutes encore? Qu'ont-elles de si merveilleuses? Tu sembles si pressé de me les montrer », dit-elle avec un sourire.

Un rire timide s'échappa de ses lèvres tandis qu'il rougissait encore davantage. « Et bien tu sais…je voulais montrer cet endroit spécial à une personne spéciale… »

Maintenant c'était au tour de Rin de rougir. Elle avait entendu Kagome et Sango potiner il y a deux jours de cela, à propos de l'intention de Kohaku de lui demander sa main. Kohaku et Sango avaient consulté Kaede au sujet de cette idée, parce que Rin n'avait pas d'autre famille qu'ils pouvaient à qui demander la permission.

Rin s'était demandé brièvement pourquoi Sesshomaru ne leur était pas venu à l'esprit, c'était vrai qu'il ne pouvait pas vraiment être considéré comme un véritable proche, il visitait de temps à autre, mais qui était-il vraiment pour elle?

Elle comprenait Kohaku de ne pas vouloir attendre encore six autres mois pour demander la bénédiction à une personne qu'elle ne voyait presque plus…Mais elle lui devait tout de même la vie, cela lui semblait une courtoisie tout à fait logique de lui en parler avant.

Elle décida finalement d'arrêter de penser à des choses desquelles elle n'était même pas censée être au courant. Ce n'était pas comme si Sesshomaru allait s'y opposer de toute façon. Il allait probablement accepter d'être présent, lui donner un cadeau extravagant et après cela…elle n'allait sans doute plus jamais le revoir.

Elle sentit des noeuds dans son ventre quand cette pensée lui traversa l'esprit. Elle avait l'impression que de perdre Sesshomaru était comme perdre une partie d'elle-même. En son for intérieur, la fillette qui avait été très attachée au seigneur youkai hurlait d'agonie. Mais elle oublia rapidement cette pensée lorsqu'elle vit Kohaku écarquiller les yeux et laisser tomber le reste de son fruit.

« Que se passe-t-il, Kohaku? », s'enquit-elle en fronçant les sourcils.

Il dégaina son arme. « Rin, fais attention! »

Elle regarda dans la même direction que lui et vit une paire d'yeux verts acide.

Elle entendu ensuite un cri aigu et assourdissant.

Rin se réveilla en sursaut. Était-ce son propre cri qu'elle avait entendu ou autre chose?

L'obscurité était complète autour d'elle. Elle ne savait pas combien de temps elle avait dormi, mais elle supposa que c'était maintenant le milieu de la nuit. Elle entendit soudain un autre cri aigu provenant de l'extérieur. Elle jeta un oeil par la fenêtre et vit la silhouette d'un spadassin trancher un démon qui ressemblait à un lézard. Une lueur argentée lui confirma que le bourreau était bien Sesshomaru. Elle sentit une vague de panique l'envahir : ça semblait être une espèce d'embuscade!

Elle jeta un nouveau coup d'œil dehors et vit d'autres ennemis s'approcher, mais le youkai les tua facilement…mais l'inquiétude continua tout de même de la tenailler.

Elle entendit soudain des pas légers et rapides à l'intérieur…définitivement pas ceux à Sesshomaru. Elle refoula une exclamation de stupeur et marcha sur la pointe des pieds pour s'appuyer contre le mur près de la porte. Ces démons semblaient faibles et elle était certaine d'avoir déjà tué des bêtes de cette espèce…mais jamais de cette manière : Sango ou Kohaku n'étaient jamais bien loin. Cette fois-ci, elle devrait se débrouiller par ses propres moyens.

Elle entendit un bruit faible de grognement et des reniflements. Elle s'arrêta de respirer, mais hurla mentalement lorsqu'elle réalisa que le démon avait probablement déjà senti son odeur. Elle était piégée.

Elle tenait sa dague serrée dans sa main. Elle vit la créature ouvrir lentement la porte. Elle vit une lame et un museau écaillé entrer lentement dans la pièce.

Elle brandit son arme et attaqua la bête d'un coup précis. L'ennemi avait, semble-t-il, anticipé son attaque et tenta aussi de la trancher. Les deux lames se fracassèrent. La bête jeta un regard moqueur à la jeune femme. Rin savait qu'elle n'allait pas triompher dans une bataille de force contre ce démon, qui était à peu près de la même taille qu'elle. Elle recula d'un pas, bondit du côté gauche de la créature et lui trancha le bras. Le lézard hurla son agonie et la fusilla du regard. Il essaya de la trancher quelques fois à une vitesse féroce que Rin avait de la difficulté à surpasser.

Elle vit soudain un éclair argenté et un éclat carmin. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle aperçut les restes de son opposant en plusieurs morceaux sur le sol, et une paire d'yeux ambrée briller dans la pénombre.

« Est-ce que ça va, Rin », s'enquit Sesshomaru.

« Oui », elle murmura.

Il était toujours torse nu et maintenant couvert du sang des attaquants. On dirait qu'il avait tué plusieurs ennemis avec ses griffes, qui étaient facilement la partie la plus sanguinolente de son anatomie. Au clair de lune, Rin considérait qu'il avait une allure à faire frémir.

Elle entendu des bruits de pas de nouveau, et vit le youkai jeter un œil rapide vers la porte. Il sortit lentement de la pièce. Rin remarqua avec fascination à quel point il était silencieux. Elle se décida à le suivre, ne voulant surtout pas être seule de nouveau.

Deux créatures se tenaient de l'entrée, et n'avaient apparemment pas remarqué que Sesshomaru et Rin étaient seulement à quelques pas. Le youkai avança, lentement, comme un prédateur qui vivait pleinement l'instant présent.

Les lézards virent tous les deux Sesshomaru au même moment. Reconnaissant que leur force ne pouvait égaler celle de leur opposant, ils décidèrent apparemment de s'enfuir, laissant tomber leurs armes et prenant leurs jambes à leur cou.

Rin sentit le soulagement l'envahir, mais seulement pour un bref moment. Sesshomaru n'avait apparemment aucune intention de les laisser s'enfuir. Il courut dans leur direction et en quelques secondes seulement les massacra brutalement avec Bakusaiga. Elle vit son maître regarder ses proies avec une froide satisfaction. Les yeux de Rin s'écarquillèrent.

Après toutes ces années, c'était la première fois qu'elle voyait son maitre tuer davantage par amusement que par devoir.

La cruauté duquel parlaient les villageois n'était donc pas que de pures spéculations. Cette pensée la dérangeait profondément. Tous ses rêves d'enfance semblaient maintenant vidés de leur substance, pour laisser place à un néant lugubre.

« Rin? »

La femme regarda distraitement son maitre. « Oui? »

« Tu n'as plus à avoir peur maintenant. Ils sont tous morts», confirma Sesshomaru, tandis qu'il nettoyait sa lame.

Elle savait tout cela. Elle ravala sa salive et essaya de garder la tête froide. Apparemment, son expression l'avait trahie. Elle ne savait pas quoi lui dire.

« Tu peux retourner te reposer si tu veux. Il reste quelques heures avant l'aube », ajouta le seigneur youkai.

« Suis-je obligée », demanda-t-elle avec hésitation. « La pluie s'est arrêtée, n'est-ce pas? Nous pourrions partir tout de suite… »

« Nous pourrions, mais je t'assure qu'il n'y a plus personne à l'horizon », insista-t-il, en haussant un sourcil.

Maudit soit-il…il avait deviné qu'elle ne disait pas tout! Rin baissa les yeux.

« Je ne suis plus fatiguée…et l'endroit est plein de cadavres de démons à présent. Je préfèrerais vraiment partir », répliqua-t-elle. Au moins cette partie était entièrement vraie.

Les traits du youkai s'adoucirent un peu. « Je vois…prépare-toi alors. »

Et après cela, Rin s'inclina rapidement et quitta la pièce. Sesshomaru la regarda s'éloigner silencieusement, elle pouvait sentir ses yeux dans son dos. Elle jura mentalement…cela n'avait jamais été son genre d'être aussi formelle avec lui.

Pour une fois, le temps n'était pas désastreux. Les nuages de pluie semblaient avoir pris la poudre d'escampette. Le clair de lune illuminait leur chemin. La vue était franchement splendide, mais Rin n'arrivait pas à en profiter.

Elle sentit les yeux de Sesshomaru sur elle une fois de plus. Elle savait qu'il se doutait que quelque chose n'allait pas. Même si aucun son ne sortait de sa bouche, sa curiosité était palpable, son regard sagace lui rappelant qu'elle n'avait nulle part où se cacher, et qu'elle allait devoir se décider à parler éventuellement.

Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle pouvait lui dire. Hé Sesshomaru-sama, je ne savais pas que toutes les mauvaises langues qui disent que vous êtes cruel et sans remords avaient raison? Ridicule! Cela lui semblait tout à fait absurde de même envisager lui révéler la nature de ses pensées.

Elle savait très bien qu'il était un puissant youkai, et que ses proies ne se comptaient plus depuis longtemps. Elle n'arrivait même pas à comprendre pourquoi le fait de le voir tuer deux démons la troublait à ce point. C'était seulement logique qu'il les abatte. Ils auraient pu aller chercher des renforts ou auraient pu dire à d'autres qu'une jeune jouvencelle à l'allure délicieuse se dirigeait vers les Terres de l'Ouest. Après tout, leur groupe les avait attaqués en premier. Ce n'était pas que de simples passants.

En réalité, elle se disait plutôt que c'était la lueur de satisfaction dans ses yeux qui la dérangeait le plus. C'était la seule personne parmi ses proches qui pouvait ressentir quelques formes de satisfaction en contemplant les corps inertes de ses opposants. Kagome, Sango, Miroku et Shippo n'aimaient jamais tuer un opposant. Inu-Yasha profitait bien d'une bonne bataille, mais c'était le défi du combat qu'il aimait, et non pas le meurtre en tant que tel. Si Sesshomaru ressentait de la satisfaction devant un ennemi défait, est-ce que cela voulait dire qu'il était exactement comme les villageois le décrivaient? Un youkai sans cœur qui tue pour le plaisir? Était-ce pour cette raison qu'il partait pendant de si longues périodes, lorsqu'elle voyageait avec lui…pour soulager ses envies de massacres?

« Tu sembles fatiguée, Rin », dit Sesshomaru, soudainement déterminer à briser le silence. Si inhabituel, pensa Rin, mais en même temps, cela n'était pas dans ses habitudes de lui cacher des choses.

« Je-je vais bien, mon seigneur », marmonna-t-elle.

« Est-ce que tu aimerais que je porte tes effets personnels un certain temps? », s'enquit-il.

Rin refoula un sourire. Elle reconnaissait une vieille tactique subtile, qui consistait à lui poser quelques questions au hasard sur son état, mais son but ultime était toujours de connaitre la source de ses tourments. Vu sa nature bavarde, parler d'un problème l'amenait habituellement à ensuite parler d'un autre…enfin…cette petite stratégie connaissait un assez bon succès. Elle savait qu'elle était un livre ouvert, et son maitre s'en souvenait…Il était beaucoup trop perspicace pour un être aussi stoïque. Elle espéra seulement que pour une fois, elle pourrait garder un secret…

« Ce serait bien », répondit-elle finalement. Elle lui donna son sac avec un sourire timide, en fixant son armure, mais un regard rapide vers ses yeux d'ambre lui confirma que le supplice n'était pas terminé.

Un long silence s'abattit sur eux. S'ensuivit un autre regard perçant du youkai. Rin ne savait pas si elle allait pouvoir tenir longtemps, elle craignait l'issue finale.

« La façon avec laquelle tu as tranché le bras de ce démon était impressionnante, je dois admettre » , commenta Sesshomaru. « Je ne savais pas que tu arrivais à faire des attaques offensives »

« Je n'ai pas du tout aimé tuer ce démon, mon seigneur. La créature horrible a saigné partout sur le splendide futon que je venais tout juste de trouver », répliqua Rin.

Elle se maudit intérieurement…pour le ton insistant qu'elle avait employé lorsqu'elle avait dit ne pas avoir aimé tuer la créature. S'il n'avait toujours pas trouvé la source de ses tourments, il était sur le point de mettre le doigt dessus.

« Je ne savais pas que tu détestais à ce point la vue du sang. Je suppose que tu n'as pas aimé me voir le trancher en morceaux », dit-il en haussant un sourcil.

Rin eut envie de hurler. Pourquoi se donnait-il la peine de poser toutes ces questions, alors qu'il était aussi sagace?! Il savait déjà tout!

Elle décida de ne pas répondre.

« Je croyais que tu y étais habituée, puisque ton village est fréquemment la cible d'attaques. Tu es aussi l'amie de plusieurs exterminateurs de démons, si je me rappelle bien », continua-t-il.

Pourquoi était-il aussi taciturne quand elle s'ennuyait et tout le contraire quand elle voulait rester tranquille? Elle sentait qu'elle était sur le point de dire quelque chose qu'elle allait regretter.

« Pourquoi êtes-vous soudainement aussi loquace et curieux, mon seigneur? Est-ce tous ces meurtres qui vous ont mis de bonne humeur? »

Elle le vit froncer les sourcils. Elle posa une main devant sa bouche.

« Je suis désolée, je n'aurais pas dû dire cela », balbutia-t-elle. « C'était stupide! Je m'excuse, je m'excuse, je m'excuse! »

« Tu ne devrais pas t'excuser pour avoir partagé ton opinion, Rin », répondit-il stoïquement. « Est-ce la source de tes tracas? L'idée j'ai aimé tuer tous ces démons? »

La gorge de Rin devint soudainement très sèche…le fait qu'elle était sur le point de confronter Sesshomaru au moyen de ses jugements d'humain la terrifiait plus qu'une tempête d'éclairs.

« Eh bien…vous ne semblez pas être dérangé par le sang et le fait de tuer… », débuta-t-elle prudemment, « je suis désolée, maître. Je doute que ce soit une bonne idée que je parle aussi ouvertement »

« Pourquoi? »

« Vous n'allez pas aimer ce que je vais dire »

« J'insiste. Dis la vérité », rétorqua-t-il. Rin ravala sa salive, incertaine de comment procéder.

« C'était la première fois que je vous voyais tuer d'aussi près. Votre manière de les tuer est bien différente de quiconque au village… »

« Tu avais peur? », s'enquit-il soudainement.

« Qu-quoi? Non! », s'exclama-t-elle. « Et bien…peut-être un peu… », admit-elle.

Elle ne savait plus quoi dire. Son silence rendait les choses encore pires…Le silence était vraiment en train de la tuer!

« Rin, je suis le seigneur des Terres de l'Ouest. Je suis un youkai. Je tue fréquemment pour protéger mes terres, ma personne et tout ce qui m'importe…cela t'inclut aussi », dit-il.

Rin ravala de nouveau sa salive, ayant l'impression de marcher sur des coquilles d'œufs.

« Je sais tout cela…mais, j'ai entendu des choses au village…à propos de votre cruauté, du fais que vous tueriez sans raison, ou par plus plaisir. Bien sûr, j'ai toujours cru que tout cela était faux… »

« C'est faux. Je tue toujours pour une raison », répondit-il froidement.

« Je sais que c'était logique de tuer ces deux démons plus tôt…il voulait probablement me manger, ou pire encore… ». Elle s'arrêta.

« Continue », ordonna-t-il.

« Les villageois…ils disent que vous tuez des humains comme passetemps…», laissa-t-elle échapper de ses lèvres. « Est-ce vrai? »

« Bien sûr que non », rétorqua-t-il. Rin trouvait qu'il avait l'air presque offensé, mais elle devait savoir la vérité…

« Ils disent que vous avez fait tout un massacre dans un village voisin, il y a plusieurs années de cela… »

Sesshomaru resta silencieux pour un bout de temps. Rin se tourna vers lui. Il semblait pensif.

« Je ne tue plus inutilement. Je tue seulement les humains qui constituent une menace ou qui ne peuvent être raisonnés par la défaite. Je tue aussi à l'occasion ceux qui sont des nuisances générales…des tueurs, des bandits. J'ai aussi tué des violeurs, une ou deux fois. Quand je vois des humains ou des démons qui se comportent comme des bêtes, je les traite conséquemment », expliqua-t-il.

« …Je vois… », murmura Rin. Le « plus » de sa phrase était un aveu assez net, mais elle ne voulait pas insister. Il n'avait jamais jugé ses habitudes humaines , pouvait-elle réellement questionner sa nature youkai?

« J'ai déjà tué inutilement dans le passé », admit-il. « Mais c'était avant de te rencontrer ».

Rin sentit des noeuds dans son ventre. Elle était blessée par le fait qu'il ait déjà tué des gens de son espèce gratuitement…comme le démon serpent qui avait tué Kohaku ou celui qui avait tiré une flèche à Kaede…mais elle était également profondément touchée par le fait qu'il ait avoué ouvertement avoir changé ses…habitudes de meurtres... grâce à elle.

« Pourquoi avez-vous cessé? », s'enquit-elle.

« Tu m'as fait comprendre que les humains sont des êtres comme les autres…et que certains d'entre eux peuvent mériter protection »

« Qu'ai-je fait pour vous faire penser de cette manière? »

« Tu ne m'as pas détesté au premier regard. Il me semblait juste de t'accorder le même traitement. »

Rin ressentit une profonde vague de remords. Rien n'était simple…et elle venait de comprendre que tout ce qu'il faisait –absolument tout – transcendait la simple cruauté.

Elle comprit que la haine gratuite entre humains et démons dicte tout…mais pourquoi donc? Sa propre existence avait été un enfer à cause de bandits humains, avant qu'elle ne rencontre Sesshomaru. Comment pouvait-elle le juger? Elle avait méprisé sa propre espèce si longtemps…mais elle avait tout de même réussi à respecter les humains de nouveau, seulement parce que lui –un démon– l'avait laissée dans un village d'humains, pour qu'elle se réconcilie avec les siens…

Et aujourd'hui, elle osait le juger.

Elle se trouvait soudainement très idiote.

« Je suis désolée de vous avoir jugé, maitre. De toutes les personnes sur ces terres, j'aurais dû être la première à vous comprendre. Je me sens si stupide… », souffla-t-elle, les yeux pleins d'eau.

« Ne le sois pas. Ta méfiance envers les youkai te gardera en vie », dit-il simplement.

« Non, je ne veux pas être comme ça. Je peux me méfier du démon ordinaire, mais je ne devrais pas me méfier de vous. Je vous dois tout! »

« Cela ne change rien au fait que je sois un youkai pur-sang », répliqua-t-il calmement.

« Je m'en fiche! Kaede et les autres ne vous aiment peut-être pas beaucoup, mais vous êtes important à mes yeux. Ce que vous faites ne devrait pas m'importer, même si vous tuez au quotidien, même si vous aimez cela. Cela ne m'importe plus », balança-t-elle avec indignation. « Je…je ne veux pas vous perdre, comme j'ai perdu Kaede, Kohaku, ma mère, mon père et mon frère. Je ne comprends peut-être pas qui vous êtes, mais je veux que ça change. Je veux connaitre, et comprendre tout ce que vous êtes…avant qu'il ne soit trop tard. »

« Il n'y a pas d'urgence Rin, je ne vais nulle part », répondit-il simplement.

« Je sais…mais si on continue comme ça, je crains que nous devenions des étrangers. Je ne veux surtout pas que ça arrive », dit-elle avec sincérité. « Vous m'avez laissé un choix il y a longtemps, mais je ne suis plus une enfant. Et je réalise aujourd'hui que je ne vous connais pas autant que je l'aimerais. Je veux vous connaitre véritablement, avant de faire un choix qui aura des conséquences sur le reste de ma vie »

Le youkai se sentit un peu secoué par ses mots. Il est vrai qu'il avait été un gardien et un protecteur envers elle, mais il avait peu partagé sur sa personne avec Rin. Elle n'était qu'une enfant…

Ridicule…il ne partage absolument rien avec personne: qu'ils soient youkais ou humains, adultes ou enfants. Est-ce que cela pouvait être différent avec sa protégée? L'enfant bavarde qu'elle était s'est transformée en brillante jeune femme, elle l'avait prouvé aujourd'hui. Elle n'était pas qu'une demoiselle qui chante des contes de fées avec sa jolie voix…Elle était…autre chose…son âme beaucoup plus vieille que ce qu'elle ne le laissait deviner.

Après cette mûre réflexion, il réalisa qu'il l'avait contemplée tout ce temps, avec une expression qui semblait la troubler. Il n'aurait pas dû laisser tomber sa garde. Il ressentit le besoin de lui dire quelque chose.

« Tu es véritablement une adulte, Rin », dit-il.

Elle rougit légèrement. « Mais qu-que voulez-vous dire? »

« Tu dis t'être trompée à mon sujet. Je me suis trompé aussi. Tu es beaucoup plus pensive que je ne te pensais capable de l'être »

Les joues de Rin prirent encore une teinte plus foncée. Elle n'était pas certaine si elle devait le prendre comme un compliment ou une insulte. Pensait-il qu'elle n'était qu'une gamine sotte?

« Et-et bien, merci mon seigneur. Je suis soulagée que vous ne pensez pas que je ne suis qu'une jeune gamine…naïve… »

« L'âge n'a rien à voir. Plusieurs youkais ne grandissent jamais », insista-t-il. « Je t'assure qu'il s'agit bien d'un compliment ».

Encore une fois, elle avait l'impression qu'il avait lu ses pensées. Elle sourit simplement. Un lourd poids venait d'être libéré de ses épaules. Elle avait craint que ses pensées chargées de jugements soient accueillies avec regard hautain ou de la dérision, ou qu'il lui suggère carrément de retourner dans son village de mortels. Elle était heureuse de s'être trompée.

« Tes pensées sur notre relation semblent beaucoup plus profondes que les miennes. Je suis satisfait que tu les aies partagés », commenta le seigneur youkai. « Je ne croyais pas que tu étais troublée par le fait que nous prenions nos distances »

Encore…il venait d'amorcer un nouveau sujet. Il était en effet plein de surprises…pensa Rin.

« J'étais triste que vous ne veniez plus aussi souvent…mais je croyais normal qu'il faille passer à autre chose dans ma vie…afin d'être une personne normale…mais à présent, je réalise que j'aimerais me départir de cette normalité pour un petit bout de temps. Et être l'humaine sauvage qui voyage avec son seigneur youkai de nouveau », dit-elle avec un sourire.

Sesshomaru resta silencieux un instant…si long que Rin ne s'attendait plus à avoir une réponse. Il se décida finalement à s'arrêter, elle le regarda curieusement.

« Si tu te débarrasses de ce standard de normalité, il serait juste que je fasse de même»

« Hmmm? Qu'est-ce que vous voulez dire? », s'enquit-elle curieusement.

« Je partage peu sur ma personne, car je crois que la socialisation est généralement futile », débuta-t-il.

Elle ne put s'empêcher de sourire à ses paroles.

« Mais je suis conscient que la création de liens est impossible sans des concessions des deux parties ».

Maintenant il parlait comme un tacticien ou un diplomate. Elle essaya de cacher son amusement.

« Je vais tenter d'être un peu plus ouvert qu'à mon habitude avec toi. Considère-toi privilégiée. »

Son sourire devint radieux. Elle n'avait pas été aussi heureuse depuis leur départ…et bien avant…

« C'est un marché alors? », s'enquit-elle en lui tendant la main.

Il regarda la main tendue avec un brin de curiosité. « Qu'est-ce que c'est? Une espèce de tradition humaine? »

« Et bien…heuu…oui! C'est une manière d'arriver à une entente. Serrer la main veut dire que nous concluons notre marché et qu'il faut maintenant le respecter»

« Hmph…C'est divertissant. Comme si un simple mouvement de la main était suffisant pour créer un lien de confiance? », s'enquit-il.

Elle afficha une mine un peu déçue un moment. « Ouais…et bien, c'est une façon de voir les choses. Mais pour les gens qui ont une parole, c'est un symbole appréciable »

Elle crut voir un peu d'amusement dans ses yeux. « Si cela a de l'importance pour toi, je vais le faire »

Et sur ce, il prit la main de sa protégée afin d'échanger la banale formalité. Rin se sentit comme une fillette surexcitée lorsqu'elle sentit sa main chaude sur la sienne.

Il avait beau avoir un comportement stoïque, il n'était pas froid du tout. Non…il n'y avait vraiment rien de froid au sujet du seigneur des Terres de l'Ouest.

…Fin de chapitre…

A/N : prochain chapitre, ils arrivent sur les terres de l'ouest, et commencent graduellement, à être de plus en plus proche…