Chapitre 6: Le soleil des Terres de l'Ouest
Le son régulier d'une lame se frottant à une pierre rugueuse se mêlait aux gazouillis de quelques oiseaux, tandis que Sesshomaru prenait tout son temps à affiner Bakusaiga. Il contempla les écritures délicates qui ornaient la lame redoutable. Ils étaient maintenant presque arrivés aux frontières orientales et il n'avait pas encore eu la chance de l'utiliser…quelle déception. Il fronça les sourcils, tandis qu'il pensa à toutes les odeurs suspectes qu'il avait captées durant leurs voyages. Ces odeurs n'appartenaient pas toutes à des youkais alliés, il le savait. Leur parcours vers les frontières avait beau être des plus banals, il s'attendait à ce que le chemin du retour soit tout autre. Il ne se donna pas la peine de partager ses prédictions: ni Jaken, ni Rin n'avaient besoin d'en être informés pour l'instant.
Ils avaient bien d'autres préoccupations de toute façon…
« Riiiiiin! Où te caches-tu? », croassa le youkai crapaud. « Rin…il faut s'en aller immédiatement! »
Sesshomaru essaya de ne pas grincer les dents, tandis qu'il subissait les interpellations harcelantes que son serviteur adressait à sa protégée. Il avait oublié à quel point la voix de Jaken pouvait atteindre des notes particulièrement aiguës lorsqu'il s'adressait à Rin. Il se demanda brièvement comment il avait réussi à supporter ses croassements insupportables toutes ces années sans lyncher le crapaud.
« Une minute, maitre Jaken! Je suis presque prête! », répliqua la jeune femme joyeusement.
« Ne vois-tu pas que nous n'attendons?! Il faut partir! », rétorqua le démon crapaud impatiemment.
Sesshomaru jeta un regard distrait à Jaken. S'il n'avait pas été un être faisait preuve d'un contrôle herculéen, il n'aurait sans doute pas réussi à combattre l'irrépressible envie de rouler des yeux à l'instant précis où son serviteur s'est mis à taper du pied en guise d'impatience, apparemment incapable d'attendre une minute de plus.
« J'y suis presque! », protesta Rin, un soupçon moins joyeuse.
« Petite sotte ingrate, tu es irrespectueuse envers notre maitre! Viens sur-le-champ! », hurla-t-il.
Ça suffit…
Sesshomaru replaça sa lame dans son fourreau et se leva.
« Jaken »
« O-oui maitre… », répondit le crapaud.
« Je trouve irritant que tu prennes les libertés de parler en mon nom », prévint-il, avec un ton chargé de menaces. Il n'avait pas besoin de voir Jaken pour comprendre que la panique était en train d'envahir son métabolisme, anticipant sans doute un violent châtiment.
« Toutes mes excuses, maitre. Je ne le ferai plus », dit-il s'inclinant à profusion.
Sesshomaru décida d'éviter de piétiner son serviteur tandis qu'il se dirigeait vers sa protégée : la journée était encore jeune et il n'en verrait jamais la fin sans un massacre s'il ne faisait pas un petit effort pour garder la tête froide.
Il se déplaça silencieusement à travers la forêt luxuriante pour rejoindre Rin. Il s'appuya contre le tronc d'un arbre et croisa les bras, tandis qu'il examinait sa protégée en train de se préparer. La vue était plutôt intéressante.
Même s'ils avaient passé la nuit en lieux sauvages, elle avait réussi à enfiler un furisode de soie vert pâle, avec des motifs de feuilles argentées : gracieux, simple et fluide : à la fois élégant, et en laissant planer le doute sur son statut social. Son visage était un brin plus pâle qu'à l'accoutumée, ses yeux foncés attirant instantanément le regard avec une ligne de fard sur chaque paupière. Elle avait un pendentif discret de feuille verte, qu'elle venait tout juste de recevoir de ses amis humains grâce à leur correspondance : en guise de cadeau de fête hâtif. Ses vassaux avaient fait tout un cas du concept de fête d'anniversaire typiquement humain, mais c'était un autre sujet...qu'il préférait oublier pour l'instant.
Il la regarda tranquillement se peindre les lèvres d'une teinte magenta. Un choix qu'il trouvait judicieux. Rose aurait été enfantin, rouge : sulfureux (ou du moins, c'est ce qu'il avait appris récemment), son choix qui se berçait entre les deux lui donnait un charme énigmatique : communiquant qu'elle avait l'âge d'être mariée, mais ne cherchait pas désespérément à attirer l'attention.
Il trouvait son allure générale raffinée et plaisante : beaucoup plus attrayante à regarder que les…innombrables aspirantes dame de l'Ouest qui avaient vainement tenté d'attirer son attention, tentant de l'impressionner avec des lèvres exagérément pulpeuses, des épaules nues ou des décolletés de mauvais goût, ne laissant aucune place à l'imagination, exhibant toujours un peu plus de leur peau au fil des ans, comme si elles étaient trop idiotes pour comprendre que les apparences scabreuses ne lui invoquaient que répulsion et dégout.
Les quelques rares femmes qui n'avaient pas joué la carte du scandale étaient habituellement des princesses fades, cachées entre quatre murs toutes leurs vies, n'étant élevées et n'existant que dans le but précis de porter des héritiers beaux et puissants, des femelles ennuyeuses conçues dans le seul but d'être des épouses effacées et soumises…Vraiment pathétique…
Il avait la conviction que toutes les épouses potentielles appartenaient à ces deux catégories. C'était l'une des raisons, parmi d'autres, expliquant pourtant il n'avait pas trouvé de femme.
Il fronça les sourcils, se demandant soudainement pourquoi il avait osé comparer Rin à toutes ces femmes. Bien sûr que Rin était différente : ce n'était pas une youkai, elle n'était même pas noble.
Et ce n'était surtout pas une prétendante…C'était Rin…
…Et pourtant, il ne pouvait s'empêcher de reconnaitre sa beauté toute en harmonie, exacerbée par son splendide sourire, sans doute son plus grand atout. À sa grande surprise, elle était devenue plutôt grande, ce qu'il n'avait pas du tout anticipé, considérant à quel point elle était petite et maigrichonne alors qu'elle était enfant. Ses cheveux étaient à la fois épais et doux au toucher, son parfum floral léger et accueillant. Même…sa silhouette était des plus agréables…Maudit soit Tenmaru et ses commentaires à l'effet qu'elle était voluptueuse…Ses propres yeux masculins n'avaient même pas remarqué à quel point elle avait changé avant les remarques osées de son cousin. Dorénavant, sa perception de Rin était salie à jamais par des contraintes… qui n'avaient jamais été un problème auparavant… Tout cela était si déconcertant…
C'était certainement un motif acceptable pour tuer Tenmaru.
Sesshomaru fronça légèrement les sourcils. Il n'aimait pas du tout la nature de ses pensées. Il savait que Rin était charmante. S'il ne l'avait pas nécessairement remarqué auparavant : sa cour le forçait à en prendre note sur une base quotidienne. Il savait qu'elle était une source de distraction pour beaucoup de gens au château, beaucoup faisant partie de la gent masculine…
Mais à présent, il prenait conscience qu'il n'était pas mieux. Ses gestes parlaient d'eux-mêmes. Il avait pris le temps de la regarder un peu trop de fois, lui a même adressée la parole seulement pour entendre le son de sa voix…il a fait intrusion dans son espace personnel et murmuré à son oreille pour narguer sa mère…ou pour aucune raison logique…sauf peut-être pour sentir le cœur de sa protégée battre la chamade, due à sa proximité. Est-ce qu'il aurait fait toutes ces choses insensées s'il ne l'avait pas trouvée attirante?
Il n'était pas un idiot. Non…il n'aurait définitivement rien fait de cela.
Quand était-elle devenue une femme au juste? Il n'arrivait franchement pas à s'en souvenir…il n'avait pas prêté attention à sa métamorphose. Il est vrai qu'il ne l'avait vue que très rarement au cours des dernières années…c'était comme s'il n'y avait eu aucune transition. Jadis, elle n'était qu'une enfant qu'il devait protéger, avec une personnalité joyeuse qui arrivait à l'apaiser. À présent, elle conservait certes, sa gaieté de jadis, mais elle avait dorénavant une enveloppe qui le rendait des plus confus. Non seulement cela, mais sa personnalité était devenue plus complexe…il ne savait pas tout de cette nouvelle Rin devenue femme…Mais il savait qu'il la trouvait drôle, brillante, et parfois maladroite, mais d'une manière si charmante…
Il était fasciné par le fait que presque tous les gens de la cour semblaient l'apprécier, mais il ne pouvait que comprendre…Il l'aimait bien…lui aussi…
Elle leva finalement les yeux et poussa un soupir de stupéfaction lorsqu'elle remarqua qu'il la fixait avec bien peu de subtilité : un rouge profond grimpant sur ses joues, malgré la poudre qu'elle avait appliquée. Il refoula une folle envie de toucher cette joue, pour en apprécier la chaleur.
Ses yeux noisette exprimèrent un brin d'appréhension avant que son sourire habituel n'apparaisse.
« Mon seigneur…vous…vous me fixiez », observa-t-elle avec timidité.
Il ne se donna pas la peine de nier. Le déni ne ferait qu'empirer les choses : admettre qu'il avait quelque chose à se reprocher.
Elle fit mine d'ignorer le silence de plomb et le darda d'un sourire. « De quoi j'ai l'air? »
Il hésita un bref instant. De quoi avait-elle l'air? Beaucoup trop belle, les furisodes sont les pires pour enflammer l'imagination, mettant en valeur ses courbes de jeune femme nubile…d'une manière appropriée…mais à la fois…si…malsaine…Maintenant, il ne voulait même plus que ses vassaux ne la voient. Il risquait de les abattre au premier regard un peu trop insistant dirigé vers elle…et ce regard viendrait vite, il le savait.
Il ferma les yeux brièvement. Il devait se concentrer. Il devait garder son flegme.
« Plus que convenable », répondit-il finalement, avec une sincérité convaincante.
« Oh… »
C'était maintenant à son tour d'être hésitante. Elle avait dû remarquer que quelque chose clochait avec lui.
« Merci! Maintenant, est-ce que vous croyez que je devrais me faire un chignon provocateur? », s'enquit-elle à la blague.
Il sourit avec ses yeux d'ambre et tourna les talons.
« Cesse de plaisanter. Viens », ordonna-t-il.
Elle hocha la tête avec un large sourire et le suivit…apparemment inconsciente de la nature de ses pensées.
Il ne leur restait que quelques lieux à parcourir avant d'arriver à la résidence de Kachikimaru. Sesshomaru avait insisté pour qu'il n'y arrive pas la nuit tombée, afin qu'aucun de ses vassaux ne puisse anticiper sa visite, une nuit sous leur toit leur donnant l'opportunité de réfléchir sur le motif de leur visite surprise. Rin avait comprit que cela devait être une stratégie pour s'assurer qu'aucun d'entre eux ne soient préparé à son arrivée, les faisant avouer leurs torts avec plus d'aisance. Leur quête semblait plutôt simple : rassembler Kachikimaru, Katashi et Dame Kizuisen dans la même pièce, et essayer de trouver un moyen de régler leurs querelles. Elle était très surprise que Sesshomaru accepte de se livrer à un tel exercice de diplomatie, mais lorsqu'elle avait posé la question, Jaken lui avait fait un sermon sur la manière avec laquelle le youkai était devenu très puissant, en renouant tout simplement les liens avec les anciens sujets à son paternel. La reconstruction de plusieurs manoirs et forteresses détruites pendant l'ère d'Inu Taisho avait aussi attiré de nouveaux vassaux, du Sud et des Territoires Centraux : rendant les terres de Sesshomaru encore plus vastes. Les Terres de l'Ouest, auparavant laissée en désolation et décentralisées, avaient retrouvé leur lustre et prestige de jadis, et ce, en très peu de temps : moins d'une décennie. C'était une progression d'une rapidité extrême, en standards youkais.
Après avoir entendu ces histoires, Rin avait rappelé à Jaken à quel point il s'était moqué d'elle, lorsqu'elle lui avait demandé quelle serait sa place sur les Terres de l'Ouest quand elle était petite, prétendant que sa vie serait beaucoup trop courte pour qu'elle puisse voir de ses propres yeux l'empire de leur maitre. Après quelques remarques à l'effet qu'elle n'était qu'une gamine impudente, le crapaud avait reçu toute une pierre derrière la tête. Rin avait dû retenir un sourire moqueur, se rappelant à quel point Sesshomaru avait délibérément choisi la pierre la plus pointue qu'il puisse trouver comme projectile de prédilection. Certaines choses ne changent jamais…quoique…jadis, elle avait toujours eu l'impression que les mauvais traitements de Sesshomaru envers son serviteur n'étaient qu'une démonstration de son impatience, alors qu'aujourd'hui, elle était convaincue qu'il y avait aussi un peu d'ennui et de sadisme parmi sa liste de motifs. À sa propre surprise, cette cruauté quelque peu superflue ne la faisait même pas broncher.
Elle interrompit ses réflexions au sujet des passetemps favoris de son seigneur lorsqu'Ah Un s'arrêta. Elle jeta un œil devant elle et remarqua que Sesshomaru avait dégainé Bakusaiga. Il était immobile comme une pierre, prêt à brandir sa lame. Elle plaça instinctivement une main sur son obi, où elle avait caché sa dague. Une brise fraiche fit virevolter quelques mèches argentées gracieusement dans les airs. Rin contempla avec admiration. Sesshomaru était de loin la personne la plus élégante qu'elle ne connaisse en présence du vent : chaque brise un accessoire parfait pour complémenter ses allures divines.
Rin frissonna, ses vêtements n'étant pas convenables pour un changement aussi inattendu de la température.
Le youkai guerrier rangea finalement sa lame avec un froncement de sourcil.
« Que se passe-t-il maitre, les ennemis se sont enfuis? », s'enquit Jaken.
« Hmph…ils étaient loin », observa évasivement le seigneur youkai. « Allons-nous-en »
« Sur-le-champ! », s'empressa de répondre le serviteur, en emboita le pas.
Ah Un reprit la marche également, tandis que Sesshomaru restait immobile. Il se décida à suivre les autres, seulement lorsque le dragon l'eut rattrapé. Il avait apparemment attendu volontairement, afin de pouvoir s'adresser plus facilement à sa protégée, auquel il jeta un regard exprimant de la curiosité.
« Que caches-tu sous ton obi, Rin? », s'enquit-il avec flegme.
Rin cligna des yeux quelques fois. Mais comment avait-il pu remarquer?
« C'est…c'est une dague…Un vieux truc que Kaede m'a appris : ne jamais quitter la maison sans moyen de défense »
« Tu n'en auras plus besoin », annonça-t-il glacialement.
Rin lui jeta un œil inquiet. L'avait-elle insulté ou quelque chose du genre?
« Vous…avez sans doute raison, mon seigneur. Mais c'est tout de même utile pour chasser », observa-t-elle.
« Hmph…Peut-être, mais tu ne peux pas t'en servir pour te défendre. Tu n'as aucune chance sur ces territoires…et particulièrement en ces lieux instables», rétorqua-t-il stoïquement.
« Vous sentez des ennemies, mon seigneur? »
« Oui… », répondit-il simplement, avant de poursuivre. « Les mêmes tribus nomades que celles nous ayant attaqués dans la ville fantôme…et celles qui s'en sont pris à ton village », annonça-t-il, tout en examinant sa réaction.
Rin croisa les bras nerveusement. « Vous voulez dire…qu'il y a des serpents? »
« Oui…Ils ne devraient pas errer par ici. Ils viennent des Terres Centrales et c'est là qu'ils doivent rester », répliqua-t-il avec un froncement de sourcil.
« J'espère que nous ne les croiserons pas », commenta Rin avec une crainte évidente.
Elle pouvait les voir dans son imaginaire, comme si c'était hier. Sourires sadiques, yeux verts acides, crocs acérés sur Kohaku.
Elle pouvait de nouveau entendre ses propres cris…
« Rien ne va t'arriver », répondit Sesshomaru. « Assure-toi seulement de ne pas agir impulsivement », conseilla-t-il.
« D'accord », répondit-elle, au moment qu'une autre pensée frappa son esprit.
« Et attendez…Sesshomaru-sama? La dame qui sera votre compagne au mariage…elle est des Terres Centrales, n'est-ce pas? »
Sesshomaru la darda d'impassibilité glaciale. « Qui t'a dit ça? »
Rin haussa les épaules. « Quelle importance? Tout le monde en parle au manoir. »
« Tout le monde…Hmph… »
« Est-ce pour cette raison que vous ne l'aimez pas? C'est une vassale des Terres Centrales qui ne remplit pas ses obligations? », s'enquit Rin avec aplomb.
Elle regretta instantanément d'avoir posé cette question. Elle jura avoir vu des dagues acérées dans ses yeux d'ambre lorsqu'il lui jeta un regard de biais. Elle ravala sa salive et joua avec une de ses manches nerveusement: une tension si lourde s'était installée qu'elle avait impression de suffoquer.
À cet instant précis, elle aurait tant aimé qu'ils arrivent enfin à destination!
« Quoi d'autre disent-ils à son sujet, Rin? », s'enquit-il d'une voix basse, après un long moment de silence accablant.
« R-rien! Je veux dire…pas grand chose…seulement que…elle sera votre compagne…contre votre volonté », murmura-t-elle.
Et le silence s'ensuivit. Encore.
« Vous savez…Je comprends pourquoi vous êtes aussi mécontent, mon seigneur. J'étais en colère aussi quand Kagome essayait de me présenter à des garçons du village. Je me sentais toujours un peu trahie… »
Sesshomaru sembla se calmer, Rin retrouva enfin la faculté de respirer.
« Il s'agit de Dame Amane », dit-il avec une indifférence saupoudrée de dédain. « Elle est l'héritière des Terres Centrales… »
Les yeux de Rin s'écarquillèrent. « Alors…il s'agit d'une princesse? »
« Elle va succéder au règne de son père sous peu. Certains disent qu'elle a déjà pris le contrôle de ses terres», répondit-il froidement.
Rin n'arrivait pas à y croire. Une princesse! Bien sûr, Sesshomaru avait toutes les raisons d'être en colère : elle était son égal. Il ne pouvait simplement la rejeter du revers de la main : comme les prétendantes habituelles. Rin avait entendu dire que les Terres Centrales sont très vastes, puissantes, et même un brin impérialiste.
…Ce qui signifiait que toute cette histoire de…compagne était beaucoup plus sérieuse que ce que Rin avait d'abord cru.
« Alors… », débuta-t-elle, pas certaine de vouloir poursuivre. « Si vous deviez la marier, est-ce que cela voudrait dire que les Terres Centrales et les Terres de l'Ouest vont s'unir? »
« Ce dont tu parles est de la pure fiction », annonça-t-il sèchement, évitant volontairement de formuler une réponse nette à sa question. « Elle ne sera jamais mon épouse »
« Et comment savez-vous que vous ne l'aimerez pas? Dame Amane…héritière des Terres Centrales…avec un nom et un titre aussi distingués…je parie qu'elle doit être d'une beauté majestueuse… »
Le youkai décida de ne pas honorer sa protégée d'une réponse.
Elle ne le poussa pas à répondre non plus. Sa froideur semblait empreinte d'une note d'amertume…Il était vraiment difficile à déchiffrer, mais Rin pouvait facilement deviner que son esprit était enfoui quelque part dans un lieu sombre. Elle avait besoin de changer de sujet. Mais il prit de l'avance sur elle.
« Dame Kizuisen…n'est pas une youkai ordinaire. C'est en fait une des raisons pour laquelle j'ai besoin de ton assistance », admit Sesshomaru.
« Qu'a-t-elle de spécial? », s'enquit Rin avec curiosité.
« C'est une illusionniste. Elle a la rare faculté de se téléporter, elle et n'importe qui en sa présence, comme bon lui semble. Elle doit être distraite pendant que je m'occupe des deux autres, ou nous risquons de les perdre. »
« Oh, vous voulez une diversion alors? D'accord, pigé! », répondit Rin joyeusement. « J'ai bien hâte de voir de quoi elle a l'air… »
« Peux-tu la garder occupée, sans risque d'interruption? », s'enquit Sesshomaru.
« Pfff! Du gâteau! Je suis impossible à arrêter quand je commence mon papotage », rétorqua Rin avec un sourire espiègle.
Sesshomaru n'avait pas de difficulté à la croire.
« Hmph…Et bien, fais tout ce qui est nécessaire pour arriver à tes fins. Mens s'il le faut », lui suggéra-t-il.
« Devrais-je rester loin des hommes, mon seigneur? », s'enquit Rin avec curiosité. « Votre mère m'a dit que je devrais garder mes distances avec eux. »
« Et pourquoi donc? », s'enquit-il, dérangé par les interférences de sa mère sur des sujets qui ne la concerne pas.
« Ils peuvent être…un peu dépravés, à ce qu'il parait », répondit-elle en rougissant un peu.
« …Dépravés? » Il fonça les sourcils. Il réalisa qu'il ne les connaissait pas du tout, il les avait peut-être rencontrés une ou deux fois, sans qu'aucune femme ne soit présente…Cela risquait d'être un sale problème…avec sa protégée si élégamment habillée…
« Oh, ne vous en faites pas. Si nécessaire, je peux me débrouiller avec les hommes un peu pervers…il y en a plusieurs à mon village », rétorqua-t-elle avec confiance.
«… S'ils te touchent, ils vont mourir », annonça le youkai avec détachement.
Rin hocha la tête, mais elle ne savait pas trop quoi penser de cette mise en garde. Dame Sasori avait raison : Sesshomaru pouvait être un protecteur assez extrême. Elle haussa les épaules. Au moins, sa propre sécurité allait être le dernier de ses soucis.
…
Rin fixa la large porte de fer. Sesshomaru se tenait derrière elle, regardant impassiblement son serviteur marteler la porte avec son bâton.
« Ouvrez cette porte immédiatement », ordonna Jaken.
Sesshomaru fronça les sourcils. Tambouriner la porte était inutile…Était-ce réellement une bonne idée de se donner toute cette peine pour ces vassaux? Il n'allait pas attendre un instant de plus pour le savoir.
« Jaken…Recule-toi. »
Il ne lui fallut qu'un coup de coude un peu nonchalant pour que la porte ne s'ouvre.
« Whoa…la porte avait l'air beaucoup plus solide qu'elle ne l'est réellement », observa Rin avec stupéfaction.
« Les facultés incomparables de notre maitre nous sauvent une fois de plus. Allons-y », commenta le crapaud avec fierté.
« Pas toi, Jaken. Tu restes avec Ah-Un », rétorqua l'inu-youkai.
« P-pourquoi? », s'enquit-il misérablement.
« Rin va s'occuper de converser…et je n'ai besoin de personne pour parler en mon nom », rétorqua-t-il avec une note venimeuse dans la voix.
Jaken sembla stupéfait. « Oui, m-maitre », balbutia-t-il.
« Désolé, maitre Jaken », murmura Rin avec un sourire désolé.
Tandis qu'ils entraient à l'intérieur, Jaken poussa un soupir d'indignation et alla s'assoir à l'ombre d'un arbre.
Les choses pouvaient être pire, au moins il savait où était son maitre.
…
Dès qu'ils furent entrés à l'intérieur, Rin et Sesshomaru entendirent des ronflements. Ils trouvèrent la source de bruit exubérant dans une salle de séjour : un ivrogne empestant l'alcool, qui dormait profondément.
« Il est ivre », commenta Rin, ressentant le besoin de constater l'évidence.
« Hmph », se contenta de commenter Sesshomaru avec un mépris évident, en jetant un œil au vassal assoupi.
« Il n'est pas seul. Trouvons les autres », dit-il tandis qu'il faisait quelques pas de plus, mais dès qu'il fut arrivé à la pièce voisine, il s'immobilisa.
« Que se passe-t-il, maitre. On ne peut pas aller plus loin? », s'enquit Rin avec confusion.
« Je crois que nous risquons de faire…interruption », l'informa simplement Sesshomaru.
Dès qu'il se tut, elle les entendit. Des bruits sourds, suivis d'une espèce de vacarme. Et ensuite, après quelques instants…un gémissement.
Rin devint écarlate. Non, ça ne pouvait pas être possible! Alors c'est ce que la mère de Sesshomaru voulait dire par… « dépravé ».
« Je suppose qu'il doit s'agir de Dame Kizuisen », commenta Rin, incertaine de quelle manière réagir.
« Évidemment », commenta Sesshomaru avec irritation.
Rin ne put s'empêcher de glousser. « Oh Kami, si Dame Kaede était là, elle me dirait de me couvrir les oreilles! »
Et ensuite, un autre, puissant gémissement se fit entendre. Rin couvrit sa bouche, stupéfaite. Si quelqu'un lui avait dit qu'elle se retrouverait un jour avec Sesshomaru à entendre une démonstration d'affection aussi explicite, elle supposa que se serait esclaffée sans fin. Mais à présent que cela se produisait réellement, le malaise était assez déconcertant.
Elle jeta un œil à Sesshomaru. Il la regarda en retour. Ses yeux d'ambre communiquaient quelque chose qui s'apparentait à une folle envie de…bain de sang…
« Bon, il faut faire quelque chose », observa Rin pensivement.
« Autre que le meurtre? », s'enquit Sesshmaru glacialement.
« …Et bien…je peux peut-être jouer la sotte », suggéra Rin.
« La sotte? », s'enquit Sesshomaru.
« Oui, la sotte. Mais…bien… », elle s'arrêta. « Est-ce que vous savez s'ils…vous savez… »
Sesshomaru haussa un sourcil.
« Vous avez un bon odorat, je suis certaine que vous pouvez le savoir », expliqua-t-elle avec les joues virant à l'écarlate.
« Hmph…ça non…Je dirais qu'ils en sont encore à la…phase exploratoire… »
Les joues de Rin prirent un teinte encore plus foncée, c'était très bizarre d'entendre Sesshomaru-sama utiliser ce genre de vocabulaire.
« B-bon d'accord, ce n'est pas si mal alors. Voyez comment ça marche… »
Rin approcha brusquement la pièce dans laquelle étaient les deux personnes. Elle prit un vase dans ses mains et le jeta sans hésiter sur le sol.
Les bruits sourds stoppèrent. Des bruits de pas furent ensuite entendus, et ensuite, quelqu'un sortit de la pièce.
Un homme. Des traits prononcés, cheveux noirs, yeux rouges. Il regarda Rin avec stupéfaction.
« Oh je suis si désolée! », s'exclama-t-elle innocemment. « Je cherchais la dame de la maison, et je crois avoir brisé quelque chose ».
« Vous êtes humaine », observa le youkai, en l'examinant. Elle crut le voir regarder sa silhouette, de la tête aux pieds. Elle espéra sincèrement que Sesshomaru n'ait pas remarqué.
« Et bien oui. Je suis Rin », dit-elle, en le dardant d'un sourire.
Il la regarda en écarquillant les yeux. « Rin…Comme…la protégée humaine du seigneur Sesshomaru? »
C'était dorénavant au tour à Rin d'être étonnée.
« Qu-quoi, de quoi vous parlez? », s'enquit une voix féminine.
Rin la vit enfin : visage fardé de blanc, lèvres rouges et pulpeuses, un kimono rouge plutôt mal attaché. La dame leur sourit largement.
« Oh Kami! Je n'arrive pas à y croire! C'est bien vous?! »
« Qu-quoi? », s'interloqua Rin, qui ne comprenait plus rien.
« Il s'agit de ma protégée », les interrompit Sesshomaru avec irritation. Comment pouvaient-ils faire mine de l'ignorer de la sorte?
Le couple sembla soudain remarquer le seigneur youkai. L'homme parut soudain assez mal à l'aise, tandis que la femme semblait complètement inconsciente du fait que le plus puissant youkai des Terres de l'Ouest avaient toutes les raisons du monde de l'accuser d'adultère. Elle n'avait pas l'air particulièrement brillante.
« Alors vous êtes vraiment elle! Rin la protégée de maitre Sesshomaru », s'exclama la femme avec stupéfaction.
« Qu'en est-il de moi? », s'enquit Rin avec curiosité. « Comment se fait-il que vous me connaissiez par mon nom? »
« C'est la folie furieuse à votre sujet dans tous le royaume. N'avez-vous pas entendu la chanson à votre sujet? »
« Quelle chanson? », s'enquit Sesshomaru, avec un froncement de sourcils.
Kizuisen les darda d'un sourire joyeux. « Le Soleil des Terres de l'Ouest, bien sûr! »
Rin la regarda avec stupéfaction. Une chanson à son sujet…C'était ridicule! Mais elle se rappela qu'ils avaient un boulot à faire.
« Incroyable, vous devez absolument m'en parler », dit-il avec un large sourire.
…
« Je suis désolée que nous n'ayons rien de plus raffiné, votre visite est des plus surprenantes », expliquant la femme youkai, en essayant de se rafraichir avec un éventail, avec son kimono qui ne cessait de glisser de ses épaules.
Rin fixa tous les plats de nourriture devant eux, et sentit son ventre faire un grondement du tonnerre. Elle s'assit à la table. Sesshomaru resta debout, le dos appuyé contre le mur, apparemment dégouté par tout ce qui l'entourait.
« Oui, j-je n'aurais jamais cru que vous vous seriez donné la peine de venir ici en personne…Vous devez être très occupé avec le mariage de votre cousin, Sesshomaru-sama », renchérit l'homme. Il semblait se douter que quelque chose ne tournait pas rond.
« Les questions relatives au mariage concernent la Dame de l'Ouest, Kachikimaru. Je n'arrête jamais mes patrouilles », rétorqua Sesshomaru froidement.
« Bien sûr, bien sûr, mon seigneur », répliqua-t-il, et ensuite, il sourit. « Des patrouilles avec votre protégée humaine, comme dans la chanson ».
« Je crois tout de même que c'est idiot. Pourquoi des youkais feraient une chanson à mon sujet? », s'enquit Rin avec un sourire timide.
« Pourquoi vous dites? Regardez-vous! Vous êtes toute une prise… », rétorqua Dame Kizuisen avec un clin d'œil.
« Oui, toute une prise », renchérit Kachikimaru, en la fixant.
« Qu'est-ce qui se passe ici? », s'enquit une troisième voix.
« Katashi, mon amour, te voilà! » s'exclama Dame Kizuisen en se jetant dans les bras du nouveau venu et en l'embrassa passionnément.
L'autre vassal disparut subitement de la pièce. Rin supposa qu'il devait se sentir mal à l'aise…compte tenu ce qu'elle comprenait de leur relation étrange.
Rin n'aimait pas beaucoup cet endroit…il y avait beaucoup trop de démonstration d'affection dans cette maison. Était-ce une espèce de bordel? C'était tout un changement de sa vie plutôt pudique au village : Kaede ne voulait même pas qu'elle participe aux conversations féminines de Kagome et Sango, affirmant qu'une jouvencelle ne pouvait entendre leurs propos.
Mais Kaede n'était plus dans les parages, et Rin avait quand même eu quelques conversations intéressantes avec Kagome, mais tout de même…
Sesshomaru resta impassible. Il jeta un œil à Rin, apparemment curieux de sa réaction. Il s'approcha finalement de la table et s'assit à côté d'elle.
« Changement de plan », dit-il d'une voix basse.
« Que se passe-t-il, mon seigneur? », s'enquit-elle.
« Quelque chose cloche avec Kisuizen »
« Et bien…elle se comporte comme une… », débuta Rin.
« Oui », l'interrompit-il. « Encore beaucoup plus qu'à l'habitude, et elle semble complètement inconsciente du danger. J'ai entendu quelques choses à son sujet, mais rien à l'effet qu'elle est d'une incroyable imbécilité », dit le seigneur youkai, en fronçant les sourcils.
« Alors, qu'en est-il? »
« Je crois qu'elle est possédée. »
« Je ne trouve pas qu'elle a l'air très dangereuse », murmura Rin.
« Ce ne sont pas tous les sorts de possession qui rendent les youkais violents. En fait, les maléfices plus subtils sont beaucoup plus difficiles à détecter. Il pourrait s'agir d'une ruse », observa-t-il.
« Alors qu'est-ce qu'on fait? »
« Je déteste devoir arriver à ce constat, mais il est préférable que je m'occupe de la femme. Ils ne voudront pas que je m'approche de la femme : tu devras les distraire»
« D'accord », chuchota-t-elle. Elle arrêta finalement de résister à ses envies et se servit dans les plats invitants de viande et de riz devant elle.
« Je ne mangerais pas cela, si j'étais toi », dit-il, en fixant la nourriture d'une mine douteuse.
« Pourquoi? Est-ce empoisonné? », s'enquit Rin avec inquiétude.
« Non…seulement…dégoutant », rétorqua-t-il, incapable de camoufler son dédain.
« Mais ça l'air délicieux…», protesta Rin. Elle avait si faim. Elle n'avait plus l'habitude de tenir seulement avec ce qu'elle pouvait trouver dans la forêt, dorénavant.
« La pestilence est nauséabonde », insista-t-il, en fronçant encore davantage les sourcils.
« Moi je trouve que ça sent bon », répliqua Rin. « Si ce n'est pas empoisonné, je vais l'essayer ».
« Tu vas le regretter »
Elle prit une bouchée. « Bah…c'est pas trop mal », rétorqua-t-elle, avec un peu de doute. « Pas frais du jour…mais je ne pense pas être malade. J'ai mangé pire dans ma vie », conclut-elle.
Sesshomaru exprima son plus haut niveau de dégout dans sa palette d'émotion. Rin fut incapable de refouler un sourire moqueur.
« Sesshomaru-sama…Je n'arrive pas à croire que je n'y avais jamais pensé auparavant… »
« Quoi? »
« Vous avez la fine gueule! », murmura-t-elle d'un air enjoué.
« De quoi tu parles? », s'enquit-il froidement.
Rin ne put s'empêcher de pouffer rire. « Oh, ça fait tout son sens maintenant. Bien sûr que vous l'êtes. Le truc sur le fait que vous ne mangez pas de nourriture humaine, ou à peu près rien d'autre, en fait. Cela explique pourquoi toute la nourriture à votre château est absolument divine. C'est la seule manière d'arriver à vous faire avaler quelque chose… »
Il haussa un sourcil, ne comprenant vraiment pas pourquoi elle se moquait de lui de la sorte.
« Je ne suis pas…peu importe ce que tu dis », rétorqua-t-il froidement. Il ne comprenait même pas pourquoi il avait ressenti le besoin de répondre.
« Bien sûr que vous l'êtes », le taquina-t-elle. « Vous savez, les gamins font souvent la fine gueule aussi »
Il lui lança un regard irrité. « Tu n'as absolument pas de gout », rétorqua-t-il sèchement, sur la défensive.
« Oh Sesshomaru-sama, ne le prenez pas mal, qui aime bien châtie bien », dit-elle joyeusement, en tapotant son épaule amicalement.
Il se demanda brièvement quand au juste avait-elle commencé à agir de manière aussi familière avec lui.
« Mes salutations, Sesshomaru-sama », dit Katashi, l'ivrogne auparavant assoupis.
Sesshomaru fit des efforts incommensurables pour ne pas froncer le nez. Son odeur fétide était encore pire que celle de la nourriture. Il commençait sérieusement à penser qu'il aurait dû écouter sa mère…et les tuer tous, plutôt que d'essayer de vaines solutions pacifiques.
« Bonjour, Katashi-sama », répondit sa protégée avec un sourire. « Je suis Rin ».
« Ma femme me l'a déjà dit », répondit-il avec un sourire enjôleur. « Encore plus jolie que ce que la chanson implique»
« Oh, cesser vos plaisanteries! », répondit Rin avec un rougissement.
« Oh, mais elle est vraiment jolie», renchérit Kachikimaru qui venait tout juste de réapparaitre.
Dame Kizuisen était dans la pièce voisine en train de préparer d'autres victuailles. Sesshomaru songea à filer discrètement de la pièce pour en finir au plus vite, mais avant qu'il ne trouve le moyen de disparaitre… »
« Sesshomaru-sama, vous devez nous dire où vous avez récolté cette protégée à l'allure délicieuse », ajouta Katashi, en se pourléchant les babines.
« Oui, si j'en trouve une la moitié aussi belle qu'elle, j'en serais ravi », commenta Kachikimaru.
Sesshomaru les observa silencieusement, ses traits chargés d'hostilité. Le massacre sanglant était désormais éminent.
« Je parie qu'elle doit être si douce…beaucoup plus docile que les courtisanes youkais habituelles », ajouta l'un d'entre eux, complètement inconscient du danger.
Rin refoula un soupir d'exclamation. Une esclave charnelle…c'est ce qu'il pensait qu'elle était…C'était horrible, mais elle supposa qu'elle devait s'y attendre, venant de tels hommes de bas étage. Rin et Sesshomaru échangèrent un regard.
Rin fut choquée lorsqu'elle réalisa qu'il n'allait pas réfuter leurs assertions. En fait, il ne semblait pas très chaud à l'idée de dire quoi ce que soit…son regard signifiant quelque chose du genre « Hmph. Fais ce que tu veux, je ne mêlerai pas à ces absurdités ».
Ou du moins, c'est ce qu'elle croyait avoir compris…
Dans un élan de spontanéité, elle se décida à faire quelque chose qu'elle allait sans doute regretter plus tard. Sesshomaru allait être fâché…Mais il avait demandé une diversion efficace après tout…
« Oh…je crois qu'on devrait changer de sujet. Sesshomaru-sama n'est pas très…bavard à ce sujet », répondit Rin en tournant au pourpre.
« On parle de quel sujet au juste? », insista Katashi, intrigué.
« Et bien…vous savez… », murmura-t-elle mystérieusement. « Le sujet…de la chair… »
Elle sentit les yeux de Sesshomaru la transpercer, n'essayant même de camoufler à quel point il était stupéfait. Il ne s'attendait surtout pas à ce qu'elle participe aux conversations dépravées de ses vassaux. Mais elle décida de l'ignorer.
« Ha! Alors le terme protégée c'est en fait un surnom pour…ce que vous faites, n'est-ce pas? »
Les deux hommes la regardèrent avec attention, chaque mot sortant de sa bouche comme la 7e merveille du monde.
Rin essaya de ne pas les fixer trop directement. Ils étaient encore bien pires que Miroku ou même Tenmaru : ils la dégoutait au plus haut point.
Elle remarqua ensuite que Sesshomaru avait disparu. Elle devait continuer sa diversion, et ça allait être beaucoup plus facile sans ses regards accusateurs. Elle sourit narquoisement aux deux hommes.
« Je ne suis pas certaine de comprendre à quoi vous pensez… », dit-elle d'un murmure évocateur.
« Oh…Dame Rin, ne nous posez pas de telles questions qui torturent notre imagination! Dites-nous en plus! », implora Katashi.
Rin prit ensuite conscience qu'elle n'avait aucune idée quoi répondre. Elle n'était qu'une pucelle : elle ne pouvait pas…improviser éternellement sur des choses sur lesquelles elle n'avait qu'une connaissance très limitée.
Elle eut soudain un éclair de génie et décida de copier le contenu d'une conversation de Sango et Kagome qu'elle avait épiée, et espéra que tout se déroule pour le mieux.
« Et bien…vous savez…Sesshomaru-sama est tout un noceur. Il est plutôt féroce. Des fois, je dois même cacher mes ecchymoses et des traces de griffes…», dit-elle, avec une fausse honte.
Elle espéra sincèrement qu'il ne pouvait entendre, ou bien il allait sans doute l'exiler pour toujours des Terres de l'Ouest.
« OOOOHHH! », s'exclamèrent les deux hommes à l'unisson.
« Et c'est toute une frénésie les soirs de pleine lune », ajouta Rin, avec un soupir exaspéré. « C'est comme si son côté bestial était toujours plus fort à ce moment du mois…Mon corps d'humaine a de la difficulté à le supporter… »
Elle entendu soudain un cri aigu. Les deux hommes remarquèrent ensuite que le seigneur était disparu, et se jetèrent dans la pièce adjacente, libérés de l'emprise qu'elle avait sur leurs esprits tordus.
…
Sesshomaru s'empressa de quitter la pièce. La stratégie de Rin, bien que douteuse, était des plus efficace. Il supposa que c'était le mieux qu'elle puisse faire pour distraire ces deux…youkais dégoutants. Pourquoi se donnait-il la peine de les épargner déjà?
Il se déplaça rapidement dans la cuisine, il devait être rapide, ou les choses avec Rin risquaient de dégénérer. Elle jouait carrément avec le feu avec les deux autres.
Sesshomaru fixa la femme solitaire qui essayait de défroisser son kimono. Un effort futile : son apparence générale était complètement ratée.
Dès qu'elle remarqua sa présence, un sourire suggestif se dessina sur ses lèvres.
« Maitre Sesshomaru…mais que faites-vous ici? », demanda-t-elle, avec un ton chargé d'espiègleries.
Il resta immobile. Elle marcha lentement dans sa direction, d'une manière qu'elle voulait séduisante. Il essaya de ne pas manifester de dégout.
Il ne lui fallut que quelque seconde, pour identifier le pendentif maudit, attaché à une chainette, enfoui sous ses vêtements…quand son kimono ne glissait pas de ses épaules...
Dès qu'elle fut à sa portée, il tira sur la chaine d'un coup sec, brisant le pendentif coloré glissant dans sa paume. Elle poussa un cri aigu et s'effondra sur le sol, apparemment inconsciente. Sesshomaru fronça les sourcils, cela avait été plutôt facile…Le youkai fixa d'une manière distraite le bijou dorénavant brisé, tandis que les deux vassaux se précipitaient dans la pièce, suivie rapidement par sa protégée.
« Sesshomaru-sama, que s'est-il passé? Qu'avez-vous fait à ma femme?! », s'enquit Katashi avec inquiétude.
« Je l'ai sauvé », rétorqua-t-il avec mépris.
« Oh Kami! Merci! Merci mille fois, Sesshomaru-sama! », s'exclama Kachikimaru avec soulagement. « Je me doutais bien que quelque chose ne tournait pas rond avec elle! »
« Que voulez-vous dire? », s'enquit Katashi, ne comprenant pas ce qui se passait.
La femme youkai s'éveilla, elle sembla confuse.
« Où-où suis-je? », s'interrogea-t-elle.
Rin poussa un soupir d'exclamation. Sa voix qui semblait soudainement un peu plus douce et semblait presque…embarrassée?
« Kizuisen, mon amour! Comment vas-tu? », s'enquit Katashi.
Elle le repoussa avec dégout, et sembla également troublée par son apparence.
« Que se passe-t-il, ma chérie? », insista Katashi.
Kizuisen lui lança un regard assassin. « Je ne suis pas tienne, espèce d'idiot! »
Rin jeta un regard à Sesshomaru. Il avait vu juste. La pauvre femme n'était pas elle-même et ne ressentait rien du tout pour ce Katashi. Quelqu'un, quelque part, les avait piégés tous les trois.
…
« C'est incroyable », pensa Rin tout haut. « Je me sens si mal pour Dame Kizuisen »
« Elle a été idiote d'accepter un pendentif d'un inconnu», rétorqua Jaken avec exaspération. « Un enchantement d'amour…Je n'ai pas entendu parler de cela très souvent. Mais je suppose que celui qui a fait cela a cru qu'il s'agissait de la stratégie la plus brillante pour piéger une femme…aussi peu honorable. Elle fut certes la cause de beaucoup d'ennuis… »
Sesshomaru menait la marche. Il était heureux d'être sorti de ce lieu de damnation.
Au moins les malentendus entre les vassaux étaient réglés. Kachikimaru, qui se doutait que quelque chose n'allait pas avec Kizuisen, la surveillait constamment…tout en s'adonnant à d'autres types d'activités... Katashi, si frustré par l'attitude dévergondée de sa nouvelle femme, s'était mis à boire encore plus que d'habitude. Ce qui expliquait –semble-t-il– pourquoi les deux n'avaient pas assuré adéquatement la sécurité des frontières.
Bien sûr, étant conscient que les méthodes douces n'allaient pas l'aider à maintenir son autorité, Sesshomaru leur ordonna de se débarrasser des intrus sur les zones orientales dans les plus brefs délais, ou sinon il jurait de revenir personnellement pour mettre fin à leurs jours. Cela allait sans doute suffire.
Il lui restait toutefois quelques troubles conjugaux à régler : la femme l'a supplié d'annuler son union avec l'ivrogne pour qu'elle puisse retourner avec son ancienne flamme. Et l'ivrogne refusait de se retrouver sans femme : maintenant tout cela pouvait être la source de nouveaux problèmes…
Au moins, Rin avait dit aux vassaux qu'elle était en fait une comédienne, dans son village, et que toutes les histoires sulfureuses qu'elle avait dites au sujet de son seigneur n'étaient qu'une supercherie nécessaire pour que Sesshomaru puisse s'approcher de Dame Kizuisen. Ils semblèrent un peu déçus par cette nouvelle, mais Sesshomaru était soulagé que Rin se soit donnée la peine d'effacer au plus vite toutes les sales histoires avec lesquelles elle avait rempli leur imagination fertile. Il jeta un œil à sa protégée, qui était assise sur Ah Un, plongée dans ses pensées.
« Est-ce vrai? », s'enquit-il.
« Quoi? »
« Que tu es une comédienne. »
« Absolument pas. Je voulais seulement rendre ma prestation un peu plus acceptable », expliqua-t-elle, avec les joues virant à l'écarlate. « J'espère ne pas vous avoir trop troublé avec mes histoires »
« Hmph », se contenta-t-il de répondre, peu enclin à la collaboration.
« Je suis désolée, maitre, mais ils avaient déjà insinué certaines choses. Je savais qu'ils allaient croire tout ce que j'allais leur dire si je prétendais être votre…heu…»
« Bien sûr », poursuivit-il, ne souhaitant pas nécessairement entendre le reste tout haut. « C'était des histoires auxquelles ils étaient enclins à croire », raisonna-t-il. « Mais j'ai trouvé que tu étais plutôt habile à manier ce sujet… »
Rin rougit. Malheureusement, il semblait que Sesshomaru avait bel et bien entendu son histoire dans toute sa terrifiante intégralité.
« Oh j'ai juste répété ce qu'une… humaine au village disait sur son petit-ami… »
Elle n'allait surtout pas lui dire qu'il s'agissait en fait de problèmes conjugaux qui concernaient Kagome et Inu-Yasha. Elle craignait que Sesshomaru ne survive pas à cette journée s'il devait apprendre que les détails scabreux concernaient son demi-frère.
« Alors cela n'était pas inspiré d'histoires personnelles…», poursuivit-il, avant qu'il ne puisse songer à se retenir.
« Absolument pas, mon seigneur », répondit-elle en virant à l'écarlate. « Je-je…honnêtement j'ai hésité avec ces deux hommes. Si je ne m'étais pas rappelée de l'anecdote, j'aurais été à court d'idées assez rapidement… »
Sesshomaru fronça les sourcils discrètement. Il avait un peu de difficulté à tout croire ce qu'elle était en train de lui dire. Il avait toujours cru qu'elle devait être une mauvaise menteuse, mais elle avait prouvé aujourd'hui qu'elle était capable de porter un masque plutôt facilement, lorsque nécessaire.
Ses pensées bifurquèrent ensuite vers les explications qu'elle lui avait données sur sa relation avec l'ancien élu de son cœur. Était-elle aussi chaste qu'elle ne le prétendait? Ou avait-elle déjà batifolé avec ce Kohaku?
Mais bien sûr…il n'allait jamais lui poser de questions directes à ce sujet. Ce n'était franchement pas de ses affaires, de toute façon. Il avait manifesté beaucoup trop de curiosité déplacée.
En fait, ce genre de pensée ne devrait même pas traverser son esprit.
« Alors…vous n'êtes pas fâchée contre moi, Sesshomaru-sama? »
« Pourquoi devrais-je l'être? », s'enquit-il évasivement.
« Et bien…mes propos grossiers? », répondit-elle, avec timidité.
« Je peux faire avec », répondit-il. « Mais ce que je ne pourrais accepter est que tu me mentes », dit-il. « Tu ne ferais jamais cela, n'est-ce pas? »
Les yeux de Rin s'écarquillèrent. « Oh Kami…Je ne vous mens pas, Sesshomaru-sama! Jamais! »
« Jamais? », s'enquit-il, en haussant un sourcil.
« Je le jure! Et bien…j'imagine qu'il peut m'arriver d'omettre certaines choses, une fois de temps en temps…mais je ne serais jamais malhonnête à votre égard », répondit-elle, l'air un peu blessée qu'il ait même douté d'elle.
Omettre certaines choses…il le faisait aussi. Tout le temps. Il supposa qu'il devrait la laisser tranquille. Son explication était satisfaisante.
Ils n'osèrent plus rompre le silence pendant un bon bout de temps. Leur parcours était encore une fois très tranquille, trop tranquille…
Rin finit par s'impatienter.
« Maitre Jaken », s'enquit-elle. « Est-ce que vous savez il nous reste combien de temps avant d'être de retour? »
« Au moins une demi-journée encore, Rin. Ne te rappelles-tu donc pas le temps que cela nous a pris pour se rendre jusqu'ici? », l'interrogea-t-il avec impatience.
« Oh et bien…Je voulais seulement savoir si j'allais être de retour à temps pour ma leçon de danse avec Tenmaru »
Elle ne pouvait le voir, mais elle pouvait jurer que Sesshomaru venait de tourner son regard perçant vers elle.
« Qu…quoi? Mais pourquoi perds-tu ton temps avec le vassal de Sesshomaru-sama? Je suis certain que tu déplais grandement au maitre », rétorqua Jaken, mais il regretta amèrement cette remarque, lorsqu'il aperçut Sesshomaru l'étriper du regard. Il avait oublié –encore- l'aversion du maitre qu'on parle en son nom.
« Et bien, Tenmaru peut être un gentilhomme. Il a besoin d'une compagne féminine pour l'aider durant ses cours de danse, et ça m'aide aussi. Je vais être prête pour les célébrations », expliqua Rin, sans trop comprendre les jugements de Jaken.
« Quoi, tu penses qu'une humaine comme toi va attirer l'attention pendant des célébrations mondaines de youkais? », rétorqua Jaken.
Aussitôt dit, ce dernier reçut un projectile, mais Rin ne prêta guère attention à la nouvelle démonstration de violence.
« Et bien en fait, j'ai appris que les convives peuvent faire des demandes d'avance lorsqu'on souhaite danser avec une personne en particulier…J'ai reçu quelques requêtes déjà », dit-elle avec un sourire radieux. « Je crois que je vais être assez occupée, même si je n'ai pas de cavalier pour la soirée »
« Je suppose que c'était à prévoir, venant de celle qui a été surnommée le Soleil des Terres de l'Ouest », commenta Sesshomaru avec une expression indéchiffrable.
Rin sourit timidement et regarda brièvement le paysage, dans l'espoir que ses joues pourpres passent inaperçues. « Et bien…puisque vous venez tout juste d'insister sur l'importance pour moi d'être honnête à votre égard, mon seigneur, je vais donc être directe… »
Il haussa un sourcil inquisiteur. Elle le regarda avec un visage écarlate et des grands yeux noisette tourmentés. Qu'allait-elle donc lui demander?
À voir son expression, il se demanda subitement si cela devait être quelque chose que Jaken devrait entendre.
« Accepteriez-vous de danser avec moi, Sesshomaru-sama? », s'enquit-elle d'une supplication gênée.
Il ne répondit pas. En fait, il la regarda avec une mine pensive pendant un long moment, avant de regarder à nouveau à l'horizon et de se donner la peine de répondre.
« Tu sais que je suis accompagné. J'ai des obligations »
Les épaules de Rin tombèrent.
« …Mais je suppose que je peux t'accorder la dernière danse de la soirée », répondit-il, avec un regard légèrement plus doux.
Elle lui lança un sourire radieux.
« Oh vraiment? C'est si gentil! Vous avez toute ma gratitude, Sesshomaru-sama! »
Il hocha la tête, mais fronça les sourcils lorsqu'une rafale brusque s'abattit sur eux. Il remarqua soudainement de nouvelles odeurs.
…Enfin ils étaient là…
« Rin. Jaken. »
« Que se passe-t-il, maitre? », s'enquit le crapaud.
« Cachez-vous »
À peine une seconde après que l'ordre eut quitté ses lèvres, un énorme youkai volant s'abattit sur eux, essayant d'attraper une proie avec ses griffes acérées. Sesshomaru le repoussa d'un coup de lame, tandis que Jaken et Ah Un s'élancèrent hors du sentier pour se trouver une cachette. Rin ne leur prêta pas attention, se dirigea dans la direction opposée et s'accroupit dans la forêt, dague en main.
Le démon volant tenta une nouvelle attaque, mais Sesshomaru l'atteignit d'un seul coup, provoquant une effusion carminée. Il ne fallut que quelques instants pour que des intrus de toute sorte se précipitent sur lui, se battant bec et ongles pour tuer le seigneur des Terres de l'Ouest. Un effort futile, considérant qu'il avait très peu de difficulté à prédire toutes leurs tentatives de le trancher, mordre, frapper. Il en massacra plusieurs d'un seul mouvement rapide de Bakusaiga, et tua même quelques-uns avec ses griffes, lorsqu'il jugeait que l'ennemi n'était pas digne d'une mort honorable.
C'est alors qu'elle les vit. Une horde de youkais serpents.
Des yeux verts acides
Des sourires sadiques
Ses propres cris.
Elle essaya de ne pas y penser, mais c'était plus fort qu'elle, une vague de d'effroi qui l'accablait vicieusement depuis si longtemps l'enveloppa sans possibilité de la contrer.
« Rin! Fais gaffe! », hurla Kohaku.
Mais avant qu'elle ne puisse agir, il la poussa sur le sol, la protégeant d'un serpent qui venait tout juste d'essayer de refermer ses crocs sur sa chair tendre.
« Kohaku! »
« Cache-toi! », cria-t-il
Elle recula et se alla cacher derrière un rocher, assistant au spectacle que donnait l'exterminateur de démons qui tentaient d'en tuer deux à la fois. Avec une lancée précise de son arme, il transperça le corps de l'un d'entre eux. Kohaku tira sur sa chaine pour attaquer de plus belle.
Rin se secoua la tête. Non…elle ne pouvait pas se rappeler…pas maintenant…ce n'était vraiment pas le temps.
Il n'y aurait jamais de bon temps pour se rappeler une telle horreur…
Le ciel s'obscurcit. Elle jeta un œil aux nuages sombres et vit un éclair. Elle poussa un soupir de stupéfaction. Encore…Mais pourquoi autant de tempêtes?
Un cri bestial la ramena à la bataille, Sesshomaru venait tout juste d'empaler un des serpents avec sa lame. La bête hurla son agonie, et il retira sa lame d'un mouvement brusque tranchant délibérément son corps en deux, tandis que le regard de l'inuyoukai se portait déjà sur une nouvelle proie. Les yeux de Rin s'écarquillèrent, cette vue sanglante lui semblait si familière.
L'arme de Kohaku atteignit de nouveau sa cible, mais cette fois le bout pointu de sa lame transperça la bête d'un côté. Il tira violemment ce qui eut pour effet de dépecer la bête, mais ses yeux étaient déjà rivés sur un autre serpent. Il le fixa avec mépris, tandis qu'il courait dans sa direction. Rin jura qu'elle vit la bête lui faire un sourire sardonique.
Kohaku lança de nouveau son arme et atteignit la bête écaillée, mais cette fois, sa peau était trop épaisse : son arme dorénavant coincée dans une écaille, il était incapable la ramener vers lui.
« KOHAKU! ATTENTION! »
Au moment où il réussit à déloger son arme, la bête noire attrapa Kohaku avec son énorme queue rampante et le leva de terre, pour ensuite l'étrangler.
Sesshomaru balança Bakusaiga afin de tenter de trancher le nouvel ennemi en deux une nouvelle fois, mais sa lame se buta à de sombres écailles dures comme le roc. L'inuyoukai fronça les sourcils et recula de quelques pas. Le serpent se jeta sur lui, ses énormes crocs prêts à le transpercer. Sesshomaru l'évita avec aise, bondissant du côté gauche du reptile. Mais il n'avait pas prédit que la bête ne l'attrape avec sa queue, s'enroulant autour de son avant-bras. Il était piégé.
Ses yeux se portèrent ensuite à un espace entre deux écailles à l'arrière de la bête. Il prit sa lame de son bras piégé et attaqua avec l'autre, et planta le bout pointu de Bakusaiga en plein au centre du point faible.
La bête hurla.
Rin sentit son sang se glacer. Non…pas encore…
Kohaku se débattit contre la bête, incapable de respirer. Il essaya de la frapper avec ses poings, ses pieds, mais rien ne fonctionnait, les écailles étaient trop dures.
« Kohaku, non », murmura Rin, prise de panique. Elle devait faire quelque chose. Elle prit sa dague et courra dans la direction de la bête.
« NON RIN! NE T'APPROCHE PAS », hurla Kohaku, visible fâché, même s'il pouvait à peine parler, ses lèvres déjà bleutées.
Rin ne l'écouta pas. Elle courut et attrapa l'arme de Kohaku dans l'herbe. La bête ne semblait pas aimer ce qu'elle voyait, suivant la jeune femme de ses yeux.
Elle regarda le serpent avec ses yeux noisette chargés de haine. Elle venait tout juste de trouver son point faible. La bête lui sourit d'une manière maléfique avant de s'élancer sur elle, tenant toujours Kohaku. Rin sauta et évita de justesse le monstre. Elle transperça la bête entre deux écailles au moyen de sa dague : cette dernière hurla et lâcha Kohaku.
Rin lui lança son arme, Kohaku l'attrapa avec aisance et hocha la tête : signifiant silencieusement sa reconnaissance. La bête, maintenant en colère, essaya de nouveau de s'en prendre à Rin. Elle réussit à l'éviter, mais c'était à ce point de justesse qu'elle sentit un éclair de douleur sur son pied. Elle poussa un gémissement et se laissa choir sur le sol, en jetant un regard terrifié au serpent.
Kohaku lança son arme sur la plus grosse fente qu'il pouvait trouver entre les écailles de la bête : dans son dos. La bête hurla et s'effondra sur le sol, à l'agonie. Kohaku tourna la tête vers Rin et vit qu'elle saignait. Il courra dans sa direction en déchirant une de ses manches pour la soigner.
« Rin, est-ce que ça va? », s'enquit-il doucement. Il jeta un œil méfiant à la bête : elle n'était pas encore morte.
« Kohaku », murmura Rin « Il faut s'en aller. »
« Je sais », répondit-il. Il la prit dans ses bras et courut du plus vite qu'il le put. Tandis qu'il s'éloignait, Rin vu la bête ouvrir les yeux et ramper dans leur direction. Elle ne put s'empêcher de crier.
Kohaku regarda derrière son épaule et poussa un soupir de stupéfaction. Le serpent fit un bon dans leur direction. Kohaku sauta d'un côté pour l'éviter et les deux tombèrent abruptement sur le sol. Quand Rin ouvrit les yeux, elle remarqua qu'Inu-Yasha avait immobilisé la bête, et s'adonnait à un combat de force brute avec l'assaillant. Soulagée, Rin se tourna vers Kohaku. Il lui sourit : elle fit de même.
Mais ensuite, elle vit une ombre planer sur eux. Elle leva les yeux et hurla de nouveau. Kohaku attrapa la dague et poussa brusquement la jeune femme plus loin dans l'herbe.
Après le coup asséné à son point faible, la bête laissa aller le bras de Sesshomaru et tomba mollement sur le sol. L'inuyoukai la contempla avec mépris, avant de jeter un regard au-dessus de son épaule pour examiner Rin. Il l'avait entendu crier. Il fronça les sourcils, il remarqua à quel point elle semblait terrifiée.
« Rin… »
« Sesshomaru-sama…il y en a d'autres, je suis persuadée », dit-elle d'une voix tremblotante.
« Je sais », dit-il simplement. Il leva la tête avant même que l'ombre ne plane sur lui. Rin ressentit de nouveau l'effroi, lorsqu'elle vit un monstre aux serres acérées se jeter sur lui.
Une terrible ombre. Un mauvais présage qu'elle voulait à tout prix oublier.
Mais il n'y avait pas que cette créature ailée, il y avait aussi celui avec les écailles de pierre qui avait rouvert les yeux, et rampait en direction de Sesshomaru.
Les yeux de Rin s'écarquillèrent. Elle avait cru que Bakusaiga avait eu raison de la bête! C'était comme avec Kohaku. Non…elle ne pouvait pas laisser cette prophétie de malheur avoir lieu une fois de plus.
Tandis que la lame de Sesshomaru se frappa aux griffes de la bête qui voletait au-dessus de lui, Rin courut le plus rapidement qu'elle le plus, dans la direction du serpent, dague en main.
Rin secoua la tête, et la tourna de nouveau vers Kohaku qui venait de la repousser pour la protéger de la menace planant au-dessus d'eux. Il eut à peine le temps de bloquer les crocs avant que le serpent ne s'abatte sur lui, mais la lame était trop courte, et la bête était trop forte.
Rin hurla, soudainement envahie d'horreur et de désarroi, tandis qu'elle le voyait se faire complètement transpercer par les crocs mortels. Il y avait du sang partout, sur son visage, ses vêtements…
Rin chassa les mauvaises pensées, tandis qu'elle poursuivait sa course. Elle leva sa dague, et la bête se jeta sur elle. Mais avant qu'ils ne puissent entrer en contact, elle vit un éclair immaculé se matérialiser devant elle. Sesshomaru attaqua la bête avec sa lame, la transperçant à travers sa bouche et sa tête. Rin sentit une vague de soulagement l'envahir. Elle crut un instant qu'ils étaient de nouveau en sécurité, jusqu'à ce qu'elle vit les yeux d'ambre d'écarquiller. Sesshomaru la prit dans ses bras et les deux tombèrent sur le sol.
Rin hurla son épouvante lorsqu'elle vit des crochets de serpent transpercer de nouveau la chair, éclaboussant du sang sur ses vêtements…Son sang…Son visage était si près, crispé de douleur.
Kohaku réussit à percer la bête à travers sa gueule, la tuant pour de bon. Il la repoussa et se leva subitement.
Rin courut vers lui. Il était couvert de son propre sang, son visage terriblement livide.
« KOHAKUUU! », cria-t-elle, des larmes pleins les yeux. Il lui répondit d'un sourire pâle.
« Kohaku! Arrête de bouger! Le poison! »
Il ne l'écouta pas et l'embrassa pleinement sur les lèvres. Pour un très bref moment, elle oublia son terrible état et lui retourna le baiser, tandis qu'un torrent de larmes déferlait sur ses joues.
Elle l'aimait. Elle l'aimait tant! Elle ne pouvait le perdre.
Il rompit le baiser et tomba dans l'herbe, un sourire vide sur ses lèvres. Elle tomba à genoux, à son chevet, de nouvelles larmes brouillant sa vision.
« Kohaku…s'il te plait…ne me laisse pas », supplia-t-elle.
« Je t'aime », murmura-t-il.
Aussitôt dit, elle n'eut même pas le temps de lui dire adieu : la lumière s'éclipsant de ses yeux pour toujours.
Rin se jeta sur son corps inerte, et lui hurla de se réveiller. Elle cria encore plus lorsque ses prières ne furent pas exhaussées, et éclata en sanglots.
Il n'y avait plus rien à faire. Il n'était plus.
Rin sentit ses yeux s'emplirent de larmes lorsqu'elle vit Sesshomaru se rouler sur le sol, relever son arme et trancher la tête du nouvel assaillant qui venait tout juste de le mordre, qui tomba ensuite sur le sol, totalement inerte. Il se releva et rangea son épée. Rin vit du sang couler sur le sol. Sesshomaru remarqua et tenu son bras, examinant brièvement tout le rouge qui souillait sa manche jadis immaculée.
« Sesshomaru-sama. Non! », s'exclama-t-elle en se relevant.
Il lui jeta un regard froid.
«Mon seigneur, s'il vous plait asseyez-vous. S'il vous plait ne… »
« À quoi as-tu pensé?! », lui demanda-t-il brusquement, ses yeux d'ambre exprimant une furie glaciale.
Elle s'immobilisa, tandis qu'elle pleurait toujours, confuse.
« Qu-quoi? »
« Mon seigneur, vous êtes blessé! », l'interrompit Jaken. « Et c'est à cause de l'imprudence des sottises de Rin! »
« Pourquoi ne prends-tu pas les devants, Jaken? Nous allons te rattraper », rétorqua Sesshomaru avec indifférence.
« M-mais… »
« Cesse de bafouiller. Laisse-nous », ordonna Sesshomaru impérieusement, la violence rampant dans sa voix rauque.
Terrifié, Jaken se contenta de dodeliner de la tête et s'enfuit presque à la course.
Sesshomaru se tourna de nouveau vers Rin, la colère toujours visible sur ses traits. Rin était pâle, tremblotante. La pluie commença à tomber, mais il ne restait plus de violence dans le ciel. Seulement de la peine, comme dans son cœur.
Elle fixa ses yeux d'ambre exprimant l'effarouchement, et ensuite son avant-bras ensanglanté, et ensuite elle retourna à l'ambre mordant de froid.
« Pourquoi as-tu fait cela? », s'enquit-il d'une voix basse. « Pourquoi t'es-tu mêlé à ce combat? »
Elle le regarda avec tristesse et confusion. « Je suis désolée, Sesshomaru-sama… »
« Tu aurais pu te faire tuer! », contre-attaqua-t-il, la mâchoire tendue, sourcils froncés.
« M-mais mon seigneur. Je…Je…Vous êtes celui qui saigne en ce moment, pourquoi me parlez-vous de moi? », pleura-t-elle.
Il s'approcha d'elle et leva sa manche souillée. Elle poussa un soupir de stupéfaction lorsqu'elle vit deux entailles dans son avant-bras.
« Sesshomaru-sama, non! Il doit y avoir du poison, il faut… »
« Assez! », rétorqua-t-il brusquement. « Cette blessure ne saigne même plus. Je suis un youkai : je me régénère, presque instantanément. Je peux résister au poison. Tu ne peux pas. As-tu seulement idée de l'état dans lequel tu trouverais en ce moment si le serpent avait réussi à t'atteindre? »
Rin se contenta de le regarder, ne préférant pas répondre.
« Tu saignerais à profusion. Tu serais empoisonnée. Ta vie ne tiendrait plus qu'à un fil, Rin… »
« J-je comprends. Je suis désolée », chuchota-t-elle, tandis que d'autres larmes coulaient.
« Je ne suis pas certain que tu comprennes réellement. Je ne peux plus te perdre une autre fois! Est-ce clair? », rétorqua-t-il rudement.
« Vous croyez que vous êtes le seul qui a le droit d'être inquiet? », rétorqua-t-il dans un élan de colère. « Je me suis mêlée de la bataille parce que vous n'aviez pas vu que celui avec les écailles noires était toujours en vie. C'était exactement comme lorsque Kohaku est mort…du début jusqu'à la fin…un serpent à l'agonie…une attaque par derrière… »
« Tu crois que je ne l'avais pas senti? » s'enquit-il, visiblement insulté.
« Je n'avais aucun moyen de le savoir! Mais je ne pouvais pas rester là, alors que vous auriez pu mourir! », répliqua-t-elle, contrariée.
« Pourquoi pas? »
« Parce que j'ai déjà perdu mon amoureux, ma tutrice et que vous êtes la personne la plus importante qu'il me reste! », rétorqua-t-elle, les lèvres tremblotantes.
Cette réplique eut l'effet d'une flèche qui le transperçait, mais la colère bouillait toujours.
« Tu penses que je ne suis pas capable de m'occuper de ma propre personne? », rétorqua-t-il.
Rin fronça les sourcils. Il était si têtu, il ne comprenait rien du tout.
« Je sais que vous êtes puissant, mon seigneur. Je sais que vous êtes plusieurs fois plus fort que Kohaku. Cependant, les excès de confiance peuvent nous rendre arrogants, et des mauvaises choses peuvent se produire. Au village…tout avait été si calme pendant tant d'années après la mort de Naraku. Nous avions accumulé cet excès de confiance duquel je parle. Nous n'étions plus prudents. Nous nous pensions invincibles, parce que nous n'avions pas encore rencontré encore un ennemi plus fort que nous, nous pensions que nous avions notre vie entière devant nous. Et voyez ce qui est arrivé…Et si…et si la même chose vous arrivait? », s'enquit Rin, qui sanglotait maintenant abondamment?
Sesshomaru la regarda silencieusement, pensif.
Il refoula un soupir, il n'était plus en colère, il se sentait même mal de l'avoir grondé.
Elle ne l'avait pas délibérément sous-estimé, comme il l'avait pensé. Elle avait fait preuve d'imprudence à cause de ses propres craintes. Elle n'avait pas évalué en détail ses risques de défaite, avant de se mêler au combat. Son expérience passée l'avait à ce point troublé qu'elle n'avait pas vu d'autres options que d'agir avec bravoure.
Il s'efforça de trouver les mots justes.
« Rin… »
Il la regarda pleurer un bon moment. Elle tomba sur ses genoux, n'essayant même pas de contrôler ses sanglots. Il se sentait atrocement coupable.
« Tu dois comprendre…qu'il ne m'arrivera pas la même chose qu'à l'exterminateur de démon. »
« Comment pouvez-vous en être certain? »
« C'est de la simple logique. Je sais bien que je peux mourir au combat. Cependant, de me battre n'est pas une simple occupation, c'est dans mon sang. L'ennemi doit posséder une puissance exceptionnelle pour compromettre mes chances de survie. Les probabilités que tu meures sont incomparables. Il est futile et dangereux de mettre ta vie en péril de la sorte… »
Elle le contempla avec du désespoir dans ses yeux noisette. « Je suis désolée, mon seigneur…c'est juste que…Vous me sortez toujours du danger. Vous essayez même d'effacer ma peine. Je vous dois tout. Je sais que cela n'arrivera pas de mon vivant, mais…si vous mourez, je suis perdue »
« Ne dis pas ça », prévint-il sèchement.
« Je suis désolée, mais c'est comme ça que je me sens, je n'y peux rien », dit-elle, en baissant les yeux, fixant son propre reflet dans une flaque d'eau. Ses cheveux étaient à la fois mouillés et ébouriffés, et des coulisses sombres souillaient ses joues, sous ses yeux rouges. Elle avait une mine atroce.
« Il s'agenouilla en face d'elle. Elle sentit tune main lui toucher délicatement le menton, pour la forcer à le regarder dans les yeux. Au moins, la colère s'était volatilisée.
« Je sais que tu souffres, Rin. Parfois je t'entends pleurer la nuit », débuta-t-il avec un regard perçant.
Elle s'arrêta de respirer.
« Mais je suis ton protecteur. C'est sur moi que les coups doivent être portés. Toi, tu devrais seulement…trouver un moyen de laisser le passé derrière …», murmura-t-il.
Elle hocha la tête, chassa ses larmes du revers de la main, tenta de se nettoyer un peu le visage, tout en contrôlant ses sanglots. « Oui…Oui…vous avez entièrement raison », chuchota-t-elle d'un souffle tremblotant.
Elle devait lâcher prise…Laisser Kohaku, Kaede…les deux maintenant des vestiges du passé. Ils étaient partis pour toujours, et il n'y avait rien qu'elle pouvait faire. Elle ne pouvait surtout pas être impulsive et risquer sa propre vie à cause de ses peurs et de ses souvenirs noirs. Ni l'un ni l'autre n'auraient voulu qu'elle se mette dans un tel état…
Sesshomaru…il avait été un fragment de son passé…pendant de nombreuses années. À la fin, elle l'avait presque complètement laissé derrière elle. Mais maintenant il était de retour, il était son présent. Elle ne l'avait pas réalisé au début…mais il était vraiment réapparu au moment où elle en avait le plus besoin…
Elle se rappela lorsque Kohaku était mort : à quel point elle avait réalisé que son amour pour lui était fort.
Et maintenant…en seulement quelques semaines, c'était Sesshomaru qui était redevenu le centre de son univers, une fois de plus…Elle prit conscience à quel point elle avait besoin de lui.
Elle leva les yeux et lui sourit faiblement. Oui, elle avait tant besoin de lui!
Elle se jeta dans ses bras et l'enlaça fermement, consciente de son armure froide, elle blottit tout de même son visage contre l'une de ses épaules.
« Rin », dit-il, un peu tendu, incertain de comment il devait réagir.
« Sesshomaru-sama…promettez-moi une chose… », murmura-t-elle, toujours dans ses bras. « Je vous en supplie…ne m'abandonnez pas »
Ses yeux d'ambre s'adoucirent. Il glissa un bras autour d'elle.
« Ne sois pas stupide. Tu sais bien que je ne ferais jamais une chose pareille », murmura-t-il à son oreille.
…Fin de chapitre…
A/N : Bon je sais que la scène du milieu avec les vassaux pervers c'est un peu n'importe quoi, mais je me suis bien amusée en l'écrivant X)
Bon réponse à ceux qui n'ont pas de comptes :
Hiyoki-chan : Ahh t'en fais pas trop Hiyoki, ça va commencer à chauffer très bientôt ;)
Nahilliam : Oui ça faisait longtemps :) Oui c'est exactement pour ça que je me donne la peine de traduire cette fic, et aussi parce que je veux améliorer mes compétences en traduction, mais bon :) J'espère que tu l'aimeras!
Bon et des petits commentaires en cette nouvelle année qui s'amorce, ce serait sympa :)
