La foule regardait ce couple insolite. La chanteuse et la photographe américaine, enlacées dans une étreinte qui scellait leurs retrouvailles. Cela faisait sourire les gens et leur montrait que, finalement, la vie continuait.
La foule fini par se désintéresser d'elles quand la musique reprit. Quinn en profita pour faire signe à Rachel de la suivre et elles allèrent dans sa chambre. La blonde s'assit sur son lit tandis que la brune ne savait pas quoi faire. Rachel regardait autour d'elle, encore étonnée d'être en compagnie de Quinn mais surtout, d'être en vie.
- Qu'est ce que tu aimerais faire ? S'enquit Quinn tout en enlevant sa veste car elle supposait que la vue d'un uniforme rendait son amante mal à l'aise.
- Un bain. Cela fait des années que je n'en ai pas prit.
Un haussement de sourcils de la part de Quinn lui apprit que la jeune femme était surprise.
- Je…
- Fait moi couler un bain s'il te plaît. Coupa Rachel qui ne voulait pas répondre à d'éventuelles questions.
Quinn obtempéra et s'acquitta de sa tâche en sifflotant « cheek to cheek ».
- C'est prêt. Dit elle quelques minutes plus tard en revenant dans la chambre ou Rachel n'avait pas bougé de place.
La blonde pencha la tête et observa sa compagne qui semblait ailleurs.
- Rachel ? fit doucement la photographe.
La brune cligna des yeux et se tourna vers la jeune femme qui mit les mains dans ses poches.
- C'est prêt. Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à me le dire. L'informa Quinn en s'asseyant dans un fauteuil.
- D'accord. Répondit Rachel d'une voix atone. Je peux laisser la porte ouverte ?
- Comme tu le souhaites. Répondit la jeune femme en farfouillant dans ses poches pour récupérer ses cigarettes.
Dans la salle de bain, Rachel se regardait dans le miroir. Son corps avait encore les marques des privations subies et son regard se posa sur le tatouage qui était sur son avant bras gauche. Une lettre et une série de chiffres Symbole de l'infamie, pire que l'étoile jaune qu'elle avait été obligée de porter. Symbole honni mais qui restait à jamais gravé sur sa peau. Symbole qu'elle ne voulait pas faire voir à Quinn mais Rachel savait qu'elle ne pourrait pas le cacher indéfiniment.
Quinn… Seule personne qui l'avait fait tenir toutes ces années. C'est le souvenir de l'été 1936 qui avait permis à la brune de s'accrocher, de tenir bon. Elle l'avait su dès leur première rencontre. C'était Quinn et personne d'autre.
Rachel fini par s'arracher à sa contemplation pour aller dans la baignoire ou elle soupira d'aise en sentant l'eau chaude sur son corps. Depuis quand n'avait elle pas prit le temps de prendre un bain et de se laisser aller ?
- Tout va bien ? S'enquit Quinn depuis la chambre.
- Oui, ne t'inquiète pas.
- Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à me le demander.
- Entendu.
Rassurée par cette réponse, la blonde esquissa un sourire, posa ses jambes sur l'autre fauteuil et ferma les yeux.
Rachel n'avait plus rien à voir avec l'adolescente de jadis. Quelque chose en elle s'était brisé mais Quinn attendrait que Rachel en parle.
- Quinn ?
- J'arrive. Répondit la blonde en se levant.
La photographe arriva dans la salle de bain et vit Rachel, assise dans la baignoire, les genoux remontés jusqu'au menton, tremblante de tout ses membres.
- Tu as froid ? S'enquit la jeune femme tout en vérifiant la température de l'eau.
Le regard vert se promena sur les parties du corps qui étaient visibles et s'arrêta sur l'avant bras gauche. Et Quinn su ce que Rachel avait fait toutes ces années. La blonde avait bien eu un doute mais avait espéré que ce ne soit pas le cas. Elle serra les poings et se retint à grand peine de donner un coup de pied contre la baignoire.
Rachel ne cherchait même plus à cacher cette maudit marque. La brune devinait sans peine que sa compagne était en colère mais fut surprise de sa réaction. Au lieu de voir la photographe hors d'elle, Rachel la sentit se glisser toute habillée derrière elle et la prendre dans ses bras. La brune frissonna en sentant les lèvres de la blonde contre sa nuque et ne put s'empêcher de soupirer d'aise.
- Je suis tellement désolée. Murmura Quinn contre sa nuque. Si j'aurai su…
- Qu'aurai tu fait ?
- Je t'aurai emmenée avec moi… J'aurai été te chercher.
- Je ne pouvais pas abandonner mes pères et tu ne savais pas ce qui se passait pour nous à cette époque. L'Allemagne était un monde clos et en 1936, j'étais trop jeune.
- Cela t'aurai épargné tout ça. Fit Quinn en désignant le tatouage.
- Tu n'as pas à te sentir coupable. Je suis vivante et c'est le principal. Objecta Rachel.
Des images revenaient à la mémoire de la photographe. Celles du film projeté sur les camps. L'horreur de Bergen-Belsen, les chambres à gaz et les fours crématoires d'Auschwitz, les corps poussés dans les fosses communes à coups de bulldozers, le témoignage de madame Vaillant-Couturier.
Les trains s'arrêtaient le long de la rampe juive et les prisonniers, entourés de SS et de chiens, ouvraient les wagons. Les déportés en sortaient, hagards et épuisés par des semaines de train. (…) Ils descendaient avec leurs bagages et leurs vivres, chacun essayait de retrouver les siens, de rester entre eux (…) Les hommes d'un côté, les femmes et les enfants d'un autre.
Au bout de la rampe se trouvait le sélectionneur. Avec sa badine, il désignait deux files. Ceux qui pouvaient travailler et ceux qui partaient directement pour la chambre à gaz…
Sans qu'elle ne s'en rende compte, Quinn avait raffermi son étreinte autour de Rachel, comme si elle avait peur qu'elle s'en aille, que leurs retrouvailles ne soient qu'une illusion de son esprit mais ce n'était pas le cas.
- Raconte-moi. Murmura la photographe.
- On ne raconte pas Auschwitz. Répliqua sèchement la brune.
- Rachel…
- Pas maintenant, pas aujourd'hui. Je ne veux pas gâcher nos retrouvailles par une histoire que tu as déjà entendue.
La blonde, même si elle fut déçue de la réponse de sa compagne, embrassa sa nuque et murmura :
- Que fait tu ici, à Nuremberg ?
- Assister au procès mais je n'en ai pas le courage. Je voulais voir ceux qui ont décidé de faire ma vie un enfer et leur dire tout ce que j'ai subit. Mais je n'ai pas pu le faire… Et toi, pourquoi est tu ici ?
- Pour te retrouver sous prétexte de couvrir ce procès pour l'agence Reuters. Je suis un de leurs correspondants. Parce qu'en dépit des années qui ont passées, de mes silences, je n'ai jamais pu t'oublier. Voilà la raison de ma présence ici.
Rachel ne sut quoi répondre à la jeune femme et s'allongea complètement sur son amante qui croisa les mains sur son ventre.
- Quand tout ceci sera fini, je t'emmènerai à New York… Nous irons écouter Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Judy Garland… Nous danserons sur du Glenn Miller et du Louis Armstrong… Je te ferai découvrir la statue de la Liberté, le Metropolitan Museum of Art, le Brooklyn Museum… Tu réaliseras tes rêves, même les plus fous.
- Avec toi ?
- Toujours. Confirma Quinn. J'essaierai de te faire oublier ce que tu as vécu et j'essaierai de te montrer que l'Homme a su faire de grandes et belles choses….
Une troisième partie est en cours d'écriture.
A bientôt,
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