Voilà la suite!

Bonne lecture et on se retrouve en bas,

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Berlin, zone américaine

Rachel se tenait devant l'immense bâtisse qui fut sa maison. Elle contemplait la façade noircie dont les fenêtres avaient volées en éclat. Sans que la brune ne s'en rende compte, une larme coulait le long de sa joue. Inconsciemment, Rachel avait espéré que la maison serait toujours intacte et que ses pères l'accueillerait avec un chaleureux sourire mais ce n'était pas le cas. Cette réalité la frappa. Du bout des lèvres, Rachel récita la prière des morts.

Depuis quelques minutes, une femme d'une quarantaine d'années observait la rescapée des camps avec beaucoup d'attention, trouvant la jeune femme familière. Ce fut en se rapprochant de la mince silhouette que Leni réalisa qui c'était.

- Rachel. Murmura-t-elle d'une voix étranglée par l'émotion.

- Oui ? répondit la brune en se retournant et qui esquissa un sourire en reconnaissant Leni.

- Tu es…

- Vivante. Compléta Rachel d'une voix atone.

- Dieu merci. Murmura Leni en la serrant dans ses bras. Merci mon dieu…

- Qu'est ce qui est arrivé à ma maison ?

- Bombardement…. Et occupation.

- Occupation ? fit la brune sans comprendre.

- Après votre départ, la maison fut mise en vente pour une bouchée de pain et je l'ai rachetée.

- Tu as du faire une sacrée bonne affaire. Constata Rachel, amère.

- Crois moi ou non, si je l'ai rachetée, c'était pour que tu puisses la retrouver quand tu rentrerais. Rétorqua Leni en regardant la jeune femme. Je ne voulais pas que des mains étrangères touchent à ce qui était à toi et à tes parents.

- J'ai tout perdu.

- Non. Une maison, ça se reconstruit. (Sourit) Et j'ai eu le temps de sauver quelques objets t'appartenant. Pour moi, tu allais revenir.

- Et si je n'étais pas revenue ?

- J'aurai tout donné à Quinn. D'ailleurs, comment va-t-elle ? Elle est toujours à Nuremberg ?

- Oui. Le procès doit bientôt se terminer. Ensuite, nous partirons en Amérique. Du moins, si j'en ai toujours envie.

- Pourquoi tu ne le ferai pas ? Ce serai un nouveau départ pour toi après tout ce qui vient de se passer.

- Et si Quinn finissait par se lasser de moi ? fit Rachel d'une petite voix. Et si ce que j'avais vécu m'empêchait d'être heureuse et de savourer la vie à sa juste valeur ?

- Quinn est là et elle peut t'aider. Je ne pense pas qu'elle se lasserai de toi. Tu connais beaucoup de personnes qui iraient dans un pays en ruine pour retrouver quelqu'un que l'on a passionnément aimé ? (soupire) Que tu sois indécise, c'est normal. Après tout, Quinn t'offre l'opportunité de vivre avec elle et de recommencer une nouvelle vie. Part parce que tu en a envie et ne reste pas pour ça. Termina Leni en désignant les restes de la maison.


Le temps que Leni prépare une boisson chaude et envoie un télégramme à Quinn pour la prévenir que Rachel était avec elle, la brune s'était aventurée dans le grenier ou la blonde avait entreposé quelques objets lui ayant appartenu. La jeune femme retrouva avec joie des photos de ses pères, quelques livres, un tourne-disque ainsi qu'une boîte à bijoux mais ce qui la combla plus qu'autre chose, ce fut de retrouver un coffre en bois. Toute son enfance et son adolescence étaient contenues là dedans. Des jouets, des livres mais surtout les nombreuses lettres reçues de Quinn. Elle ne les relit pas, se contentant de les tenir dans ses mains.

Rachel se rendait compte que tous ses compatriotes n'étaient pas à mettre dans le même sac. Certains, comme Leni, avaient fait tout ce qui était possible pour que les perosnnes disparues puissent retrouver ce qui leur appartenait. Un certain soulagement s'empara de Rachel à cette pensée et Leni la rejoignit avec deux tasses d'un liquide fumant.

- Qu'est ce que c'est ? demanda la brune en prenant une tasse.

- Du café. Du vrai obtenu contre des bas de soie. Répondit Leni avec un sourire en coin. C'est fou tout ce qu'on peut trouver avec des bas de soie.

Rachel porta la tasse à ses lèvres et soupira d'aise en buvant le liquide amer.

- Je m'en veux. Dit la blonde après quelques minutes de silence.

- De ?

- J'aurai du avoir le courage de te cacher mais il y avait la peur des uniformes noirs. Cela t'aurai évité de…

- Ou pas. Répliqua doucement Rachel. J'ai survécu à tout ça en me raccrochant à l'infime espoir que j'avais de revoir Quinn et parce qu'il fallait que je vive pour pouvoir tout raconter.

- C'est pour ça que tu étais à Nuremberg ?

- Je n'ai pas pu aller dans le tribunal. Je n'y arrivais pas. Le fait d'être à nouveau avec Quinn aurait du me donner une raison supplémentaire d'y aller mais je ne pouvais pas. Ils ont prit ma vie et toutes les personnes qui me sont chères et il ne me reste plus rien. Ils m'ont brisée. Je suis comme morte de l'intérieur.

- Tu as gardé ta capacité à aimer. Objecta la blonde en regardant la jeune femme. Tu es en vie parce que tu aimes et ça, ils n'ont pas pu te l'enlever. Ta vie n'est pas ici.

- Ici, c'est chez moi.

- Non. Chez toi, c'est là ou se trouve Quinn. Rachel, tout n'est que ruine et désolation. Il va falloir du temps pour que notre pays se relève et retrouve sa dignité. Tu as une occasion unique de tout reprendre à zéro et d'avoir la vie dont tu rêves.

- C'est tout ce qu'il me reste.

- Et Quinn dans tout ça ? En restant ici, tu ne feras que de te morfondre. Tu ressasseras sans cesse tout ce qui t'es arrivé et tu finiras par te foutre en l'air.


Le feu dans la cheminée crépitait et Leni le regardait d'un air absent. Assise dans un confortable fauteuil, face à la cheminée, l'allemande était perdue dans ses pensées. Rachel dormait dans une des chambres à l'étage et la blonde se demandait si elle avait raison en la poussant à partir. Elle sursauta en entendant le parquet grincer mais fut rassurée en reconnaissant la silhouette de Quinn.

- Bonsoir. Fit la photographe en s'asseyant dans un fauteuil adjacent au sien, l'air épuisé. Ou est Rachel ?

- Dans ton ancienne chambre. Elle dort. Tu as fait vite.

- Profité d'une liaison entre Nuremberg et Berlin. Après, j'ai réquisitionné une motocyclette et me voilà.

Quinn farfouilla dans les poches de sa veste et en extirpa un paquet de cigarettes. Elle en alluma une, tendit le paquet à Leni et les deux femmes fumèrent en silence.

- Le procès ?

- Fini. Tous coupables. Les trois quart vont être pendus dans les jours qui viennent et les autres vont être emprisonnés.

- Comment a-t-on pu laisser de telles horreurs se produire ? murmura Leni.

- Je l'ignore. Répondit Quinn. Je suppose que vous aurez les réponses plus tard. (Soupire) Que comptes-tu faire de la maison de Rachel ?

- Lui donner. C'est à elle qu'elle appartient.

- C'est une ruine.

- Mais ça se reconstruit. Objecta doucement Leni. (Silence de Quinn) A quoi tu penses ?

- Faudra que tu trouves un architecte et voir ce qu'on peut faire de cette maison. Si on peut la refaire à partir de ce qu'il reste ou pas.

- Cela risque de coûter très cher.

- Et alors ? L'argent n'est pas un problème, tu le sais.

- Tu es quelqu'un de bien. Constata Leni.

- Je suis surtout amoureuse. Concéda Quinn avec un sourire en coin. S'il faut reconstruire la maison de son enfance pour avoir un de ses sourires, je le ferai.

- Rachel a peur que tu te lasses d'elle.

- Ridicule.

- Montre-lui.

- Encore faudrait il qu'elle me laisse l'approcher. Rétorqua la photographe qui fini par se mordre la lèvre.

- Il faut lui laisser du temps. Dit Leni qui voyait ou Quinn voulait en venir. Peut être que Rachel a peur de ta réaction face à son corps.

- J'avoue que je ne te suis pas. Rachel reste Rachel.

- Tatouage. Rétorqua doucement l'allemande en jetant son mégot dans la cheminée.

- Elle ne m'en parle pas.

- Aie confiance.

- Je ne suis plus sûre de vouloir connaître son histoire avec tout ce que j'ai entendu au procès. Avoua Quinn en baissant la tête.

- Je pense qu'une bonne nuit de sommeil te fera le plus grand bien. Déclara Leni d'un ton maternel. Tu es épuisée.

- Et toi ? demanda la blonde en se levant.

- Moi ? Je vais passer une nuit blanche à ressasser mes erreurs.


Le lendemain matin, la maisonnée était silencieuse. Leni avait fini par s'endormir dans son fauteuil et Quinn avait rejoint Rachel. Cette dernière se réveillait doucement et fut surprise de découvrir sa compagne à ses côtés, allongée sur le ventre, visage tourné vers elle et un bras posé sur son ventre. Rachel se rendit compte que la blonde était complètement nue et ne put s'empêcher de sourire. Cette vision la ramenait en 1936, dans cette même chambre, dans à peu près la même position sauf qu'à l'inverse de maintenant, elles venaient de faire l'amour.

Le regard chocolat s'arrêta sur le visage, notant l'expression sereine qui s'en dégageait.

Et moi qui hésite entre partir et rester. Je sais que je suis à ma place avec Quinn. C'est ça que j'ai envie de voir tout les matins.

Quinn bougea dans son sommeil et s'allongea complètement sur la brune qui, parfaitement réveillée, posa ses mains sur le dos de son amante, dessinant des formes sans s'en apercevoir, tirant des frissons au grand corps endormi.

- Pas l'heure. Marmonna la photographe.

Rachel se retint d'éclater de rire et songea que c'était la première fois qu'elle était réveillée avant la blonde. En général, Quinn se réveillait toujours la première et regardait Rachel dormir. La brune nota les cernes de sa compagne et soupira.

Elle est épuisée

La jeune femme frémit en sentant une main de Quinn se poser sur son sein gauche et se demanda s'il fallait qu'elle repousse la main baladeuse ou non. Contact léger et aérien qui rappelait à la brune tant de souvenirs.

- Quinn, tu dors vraiment ? Murmura Rachel en sentant une des jambes de la blonde se mettre entre les siennes.

La photographe fini par ouvrir les yeux et se mit sur ses avant-bras, son regard plongé dans les méandres du regard chocolat.

- Cela fait un moment que je suis réveillée. Concéda-t-elle avec un léger sourire. Tu es magnifique…

- Non. Répondit Rachel en fermant les yeux. Je ne le suis pas.

- Tu l'es à mes yeux. Murmura tendrement Quinn en se penchant vers elle. Tu l'es beaucoup plus que moi…

Rachel posa ses mains contre le dos de la blonde et soupira de bien-être en sentant Quinn contre elle.

- Ton corps n'est pas que de la douleur. Il est aussi source de plaisir. Laisse-moi te montrer à quel point tu es belle à mes yeux. Laisse-moi rendre hommage à ton corps comme il se doit… termina la blonde en posant ses lèvres contre les siennes.

Bientôt, la chambre retentit de gémissements et de cris étouffés. Rachel redécouvrait son corps dans les bras de Quinn et la blonde, malgré toute l'envie qu'elle avait de la faire sienne sur le champ, prenait son temps. Il n'y avait rien de maladroit dans leur étreinte. Juste l'envie de posséder l'autre, de retrouver l'être aimé, de rassurer l'autre, de se donner sans pudeur et sans retenue.

- Encore. Murmura Rachel en reprenant son souffle.

- Tout ce que tu voudras mon amour…


Quelques heures plus tard, les deux jeunes femmes sont allongées dans le lit, nues et enlacées. Du bout des doigts, Quinn caressait le bras de la brune qui avait enfoui sa tête contre son épaule.

- Si tu savais à quel point je t'aime. Murmura la brune.

- Plus que ma propre vie. Répondit la photographe sans cesser ses caresses sur le bras.

- Tu ne m'as jamais dit quelle vie tu avais aux Etats-Unis.

- Je dilapide l'héritage paternel.

- Ton père…

- Mort depuis des années. J'ai hérité des trois-quarts de sa fortune, ma mère du reste. (Sourit) selon ses propres mots, je fous en l'air l'argent de mon défunt père en ayant une conduite qu'il n'aurait pas approuvé de son vivant. Grand bien lui fasse. Je l'aurai écoutée, je serai mariée à un riche crétin et pondu des p'tites têtes blondes.

- Elle n'a pas l'air commode ta mère.

- Elle n'a qu'à pas écouter les commérages de la haute société. Parce qu'à les écouter, je ne suis bonne qu'à m'enivrer de champagne et à me vautrer dans le stupre. Enfin, ça me fait bien rire.

- Dans quel monde tu vis ? demanda Rachel, sidérée des propos de son amante.

- Le monde de l'hypocrisie ou comme le dit si bien Santana un troupeau de mal baisés ayant un balai enfoncé profondément dans le cul.

Quinn sourit en pensant à sa meilleure amie qui venait du même milieu qu'elle et pour qui choquer les gens et l'opinion publique était une seconde nature.

- Tu rencontreras Santana et Brittany. Nous nous connaissons depuis que nous sommes petites. Elles te connaissent déjà grâce aux lettres que nous nous envoyions régulièrement et elles ont hâte de te rencontrer.

- Je commence à avoir peur.

- Il ne faut pas. Dit Quinn en riant. Britt et San ne te mangeront pas, au contraire. Et depuis le temps que San me casse les pieds pour te connaître…

Rachel opina doucement de la tête et murmura :

- Cela me fait peur de partir pour un pays inconnu mais ici, ce n'est plus ma place. Je me sens comme… étrangère. Etrangère dans mon propre pays. Ironique n'est ce pas ? Je devrais rester ici et œuvrer pour faire le bien autour de moi mais ce n'est pas ma place. J'ignore ou elle est depuis que j'ai vu ce qui restait de ma maison.

- Ça se reconstruit.

- Avec quel argent ? Je n'ai plus rien.

- J'ai ce qu'il faut. Répondit Quinn. Je peux et je ferai de toi la femme la plus heureuse du monde. Pour avoir un seul sourire de toi, je suis prête à soulever des montagnes. (Murmure) Et le jour où tu te sentiras prête à me parler, je serai là.

- Tu ne m'abandonneras pas, n'est ce pas ?

- Jamais. Fit la blonde en la serrant plus forte. Je resterai toujours auprès de toi.


La quatrième partie est en cours d'écriture

A bientôt!

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