Voilà la suite. En espérant qu'elle vous plaise.
Bonne lecture et on se retrouve en bas,
Enjoy ;)
13
Rachel raconta l'indicible à une Quinn qui ne pipa mot.
Auschwitz, Ravensbrück, Bergen-Belsen.
Cherchant ses mots, essayant de trouver les bons mots pour mettre un nom sur ce qu'elle avait vécu. L'arrivée au camp, la rampe, la sélection, les files contenant des femmes, des enfants et des vieillards qui ne reviendraient jamais, happés par la fumée des crématoires. La tonte intégrale du corps. Le tatouage du matricule. La robe rayée. L'étoile jaune. Les coups, les brimades, les humiliations, les pendaisons et les punitions publiques, la promiscuité dans les Blocks, les expériences médicales, la hantise des sélections, les transports noirs mais quelques notes d'espoir, comme cette déportée française qui offrit à Rachel une gamelle de soupe car elle venait d'apprendre la libération de Paris ou la doctoresse du Revier qui l'avait fait sortir de la mauvaise file en dépit de ses jambes enflées.
- Quand les Anglais ont libéré le camp, cela faisait plus de deux semaines que j'étais allongée sur ma paillasse au Revier. Allongée près d'une morte, j'attendais que la mort vienne. Je ne réagissais plus à rien, j'étais comme morte de l'intérieur. Quand j'ai vu le soldat se pencher vers moi, j'ai d'abord pensé que c'était un SS qui venait nous tuer mais en fait, c'était un jeune Anglais. Il semblait perdu et terrorisé. You gonna be fine now miss.
Rachel se tut, passant volontairement sous silence son « retour » à une vie normale, ne voulant pas raconter à sa compagne les quelques semaines qui ont suivi sa sortie de Bergen-Belsen.
Mai 1945, zone américaine
Dans un hospice transformé en hôpital par les américains, après plusieurs semaines passés dans une chambre individuelle pour cause de typhus, Rachel refaisant lentement surface. La brune ne se souvenait pas de sa libération, ni du pauvre sourire du soldat anglais qui ne comprenait pas dans quoi il était tombé. Elle venait de sortir de plusieurs semaines passées entre la vie et la mort et le médecin qui s'occupait d'elle ne croyait pas à une éventuelle guérison. Pour lui, Rachel était perdue des suites de sa maladie et des nombreuses privations mais le corps humain reste un mystère.
Tout le temps ou Rachel fut inconsciente, son esprit lutta pour qu'elle vive. Tout son être n'était tendu que vers un seul but, revoir une dernière fois Quinn et lui dire tout ce qu'elle n'avait jamais pu lui dire.
- Docteur, elle est consciente ! s'exclama une infirmière qui venait tout les jours prendre les constantes de l'ancienne déportée.
Rapidement, un médecin vint au chevet de Rachel qui ne comprenait pas pourquoi il y avait tant de remue ménage autour d'elle.
- Savez vous quel jour nous sommes ? demanda t'il en vérifiant ses fonctions vitales.
- Je… Je ne sais pas. Avoua Rachel.
- Nous sommes le 8 mai 1945. La guerre est finie depuis ce matin.
- Il faut que je sorte. Balbutia la jeune femme. Il faut que je m'en aille, que je la retrouve. Que je lui dise que je suis vivante.
- De qui parlez-vous ?
Rachel ferma les yeux et, l'espace d'un instant, le médecin cru que sa patiente était retombée dans sa léthargie.
- Je veux me voir.
- Je ne pense pas que…
- Je veux me voir ! hurla Rachel. Ça fait quatre ans que je ne me suis pas vue dans un miroir !
Le médecin fit signe à l'infirmière d'acquiescer à la demande de la jeune femme et elle revint quelques minutes plus tard avec une psyché.
- Nous allons vous aider à vous mettre debout. Dit l'homme avec un sourire engageant.
- Je peux me lever toute seule. Protesta la rescapée.
- Vous ne pouvez pas. Fit doucement l'infirmière. Laissez-moi-vous aider.
Aidée par le médecin et l'infirmière, Rachel se mit péniblement debout. La tête lui tournait et elle fut surprise de sentir du carrelage froid sous ses pieds au lieu de la terre battue des Blocks.
- Vous allez avoir un choc. Murmura l'homme en regardant la jeune femme.
Rien n'avait préparé Rachel à son reflet dans le miroir.
Elle ne se reconnaissait pas. Elle savait que c'était elle mais ne reconnaissait plus son corps. Trente quatre kilos et des jambes aussi fines que des allumettes. Des yeux profondément enfoncés dans leurs orbites, des cernes, les cheveux tondus, des plaies sur tout le corps. Rachel avait l'impression de voir un cadavre, un mort-vivant. Une odeur douceâtre, écœurante parvenait à ses narines et elle réprima une envie de vomir. S'en apercevant, le médecin dit :
- Cela ne vient pas de l'hôpital mais de vous… Vous sentez la mort…
- Mon Dieu… murmura simplement la jeune femme en s'effondrant sur son lit sous les regards gênés du médecin et l'infirmière.
- Mon Dieu… murmura Quinn d'une voix blanche.
- Maintenant, tu sais. Dit Rachel avec tristesse. Tu sais tout ce qui m'est arrivé, tout ce que j'ai vécu.
- Si j'avais su…
- Tu n'aurai rien pu faire. Nous avions peur. Nous avions tous peur. (Soupire) J'ai peur de ne plus être celle que tu as aimée et que tu aimes encore. Termina-t-elle en baissant la tête.
La photographe posa une main sous son menton et, délicatement, lui releva la tête. La brune remarqua une larme qui coulait sur la joue de la blonde et vit de la douleur ainsi que de la colère dans le regard de sa compagne.
- Mon regard sur toi ne change pas. Dit-elle doucement tout en la regardant. Et je ne vois pas pourquoi. Rachel, c'est une chose d'avoir entendu et vu les témoignages et films sur les camps lors du procès car, je pensais que ça n'allait pas me faire grand-chose quand tu me raconteras tout cela mais… T'entendre chercher tes mots, tes hésitations… C'est comme si je touchais l'horreur du bout des doigts… Et la larme qui coule sur ma joue ne montre que toute la colère que j'ai en moi, que j'ai envers tous ceux qui t'ont fait ça. Qui vous ont fait ça. Je serai prête à déplacer des montagnes pour en avoir un en face de moi et lui faire payer tout le mal qu'ils t'ont fait.
- Quinn, je n'ai aucun désir de vengeance. Je ne peux pas, ce serai m'abaisser au même niveau qu'eux et je ne veux pas. Je suis en vie et c'est le plus important. Je t'ai retrouvée et je suis avec toi, chez toi, dans ton pays, à prendre un nouveau départ, loin de tout ça. (soupire) Je n'ai pas envie de me replonger dans tout ces souvenirs, d'être obsédée par l'idée de la vengeance. Tout ce que je veux, c'est réaliser mes rêves avec toi.
- Et je t'aiderai à tous les réaliser, sans exception. Promis la jeune femme en l'attirant contre elle. Je t'aime Rachel.
- Tu sais ce que j'aimerai là, maintenant ? Que tu me prennes dans tes bras et que nous allions dans notre chambre… Que tu me montres encore et encore que mon corps n'est pas que source de douleur mais également de plaisir…
Le prochain chapitre est en cours d'écriture.
A bientôt,
Thirteen
