Disclaimer: Harry Potter appartient à JK Rowling et cette traduction que je fais de l'histoire de Lord Silvere n'est pas utilisée à des fins commerciales.

Reviews: Merci à tous pour vos commentaires de la dernière fois. Je n'en dirais pas plus, bonne lecture à tous!

Chapitre 6 : Sorcier, Potioniste, Etranger, Espion

Le trajet jusqu'à Poudlard fut presque sans incident pour Bellatrix. Au lieu de choisir une place dans l'un des compartiments privés ce qui l'aurait obligé à parler avec d'autres étudiants, elle choisit une voiture publique dans laquelle se trouvaient plusieurs sièges libres et une petite table. Même s'il y avait d'autres personnes autour d'elles, la plupart d'entre eux gardaient le silence. Et les quelques personnes qui se demandaient curieusement pourquoi Bellatrix Black se trouvait dans un compartiment public savaient qu'il valait mieux ne pas la déranger. L'arrangement était parfait car elle voulait être seule pour pouvoir penser.

Bellatrix se savait fortunée par le fait que son père soit venu personnellement lui dire au revoir ce matin. D'une part, cela signifiait qu'elle n'avait pas eu à faire avec Lestrange et elle savait ce qu'il voulait d'elle. N'ayant que peu de cervelle, il réfléchissait uniquement avec ses hormones d'adolescent.

Etant seule, elle pouvait ainsi réfléchir à ce que son père lui avait demandé ainsi qu'aux possibles implications. Son oncle, Orion Black et son père savaient exactement qu'elle serait à Poudlard. Cela ne pouvait que signifier qu'ils pensaient qu'Harry serait à sa portée. En fait, il était hautement probable qu'ils se soient arrangés pour que ce soit le cas.

La porte de la voiture s'ouvrit et Bellatrix grogna quand elle reconnut instantanément les nouveaux-venus – la source de ces discussions à voix haute et incessantes ne pouvait être que l'un des Lestrange. Bellatrix jeta un bref coup d'œil à la porte avant de tourner rapidement la tête, indiquant à tout ceux qui la regardaient qu'elle ignorait délibérément ce qu'il se passait dans cette voiture. Elle remarqua avec dédain que le jeune Lucius Malfoy était pendu à chacun des mots de Rabastan, alors que Rodolphus parlait en faisant de grands gestes, essayant sans doute de décrire ses fantastiques exploits, tout à fait impossibles d'ailleurs, de Quidditch.

« Bella ! » lança Rodolphus quand il l'aperçut, à son grand déplaisir. Elle n'avait franchement pas envie de lui parler maintenant. En fait, en considérant ce que Harry avait laissé échapper avant de quitter la réception des Black à Noël, elle n'était plus sûre de vouloir être associée avec les Lestrange. Sa mère pensait que l'un des deux frères serait un bon parti pour elle. Ils étaient d'une lignée de sang pur et riches et étaient connus pour être violents, cruels et sans merci sur le champ de bataille même s'ils étaient incapables et fainéants dès qu'ils entraient dans l'arène politique.

Après avoir passé un peu de temps autour d'eux, Bellatrix avait vite découvert qu'il y avait entre eux et elle de très importantes différences inconciliables. Bellatrix estimait beaucoup sa vivacité d'esprit, ses compétences et sa finesse et pensait que la connaissance donnait du pouvoir – ce qui expliquait pourquoi elle était la meilleure élève de sa classe. Les frères Lestrange cependant considéraient qu'avoir un cerveau était complètement inutile et cela se voyait – ils étaient seulement costauds et batteurs dans l'équipe de Quidditch et brutaux à l'extrême. La subtilité n'était pas leur fort et ils préféraient utiliser un marteau quand une simple pichenette aurait suffi.

Ils étaient aussi généralement les derniers de la classe, même si ce n'était pas nécessairement dû à un manque de talent. Toutes les personnes qui auraient eu tendance à se moquer de leurs faibles résultats gardaient sagement la bouche fermée. Les trois étudiants qui avaient un jour osé dire un mot de travers avaient fini à l'infirmerie avec de multiples os cassés. Les dits étudiants avaient servi d'exemple et d'avertissement pour leurs pairs. Pour Bellatrix qui aimait le prestige et le pouvoir, et l'accomplissement, quelqu'un d'aussi peu impressionnant qu'eux ne méritait pas d'être remarqué.

Puis, quand Rodolphus marcha bruyamment vers elle, bousculant plusieurs élèves sur le passage, elle tourna délibérément la tête et regarda par la fenêtre.

« Bouge Bella, » la pressa-t-il. Quand elle ne se déplaça pas, il gloussa et répéta. « Bouge sur le côté Bella. »

Bella continua à l'ignorer et elle pouvait presque entendre les rouages tourner dans sa tête. Elle calcula les chances pour qu'il finisse à piquer une crise et réprima un sourire quand elle réalisa que les chances étaient plutôt élevées. Elle resta opiniâtrement sur son siège, même quand Rodolphus essaya de la pousser sur le côté, gentiment d'abord, puis avec plus de force. Elle contrecarra ses intentions avec un sort de glu informulé, se sentant fière de faire en sorte qu'il ne puisse pas la déplacer, même si elle commençait à se demander si il finirait par essayer de soulever le siège pour l'en déloger.

« Putain Bella, bouge ! » cria-t-il d'une voix forte.

Bellatrix tourna finalement la tête, le fixant d'un regard froid qui le fit frissonner et elle prononça finalement un mot. « Non. »

Elle prit grand plaisir à voir que la moitié des personnes du compartiment eut soudainement envie d'aller visiter leurs amis dans les autres voitures alors que l'autre moitié pâlit considérablement.

« Allez, pourquoi ne me laisses-tu pas m'asseoir à côté de toi ? » se plaignit Rodolphus.

Bellatrix garda le silence et le fixa jusqu'à ce qu'il renonce, et fasse demi tour avec un air furieux qui menaçait quiconque de lui faire une remarque sur son échec à s'asseoir à côté de sa prétendue petite-amie. Elle continua à fixer son dos jusqu'à ce que la porte ne se referme, puis laissa échapper un soulagement silencieux. Je commence vraiment à haïr cet imbécile, pensa-t-elle. Enfin, qui croit-il être ? Me donner des ordres ? Moi ! Me traiter comme si j'étais sa propriété – comme si Bellatrix Black pouvait appartenir à quelqu'un.

Ce compartiment resta presque vide pendant le reste du voyage jusqu'à ce que le Poudlard Express arrive à Pré-au-Lard et elle quitta le train avec sa valise avant que quelqu'un n'essaye de lui adresser la parole. Elle garda un œil sur les Lestrange et s'assura de les éviter. A la place, elle choisit de monter dans une calèche avec trois infortunés élèves de deuxième année qui étaient prêts à partir en courant, terrorisés quand ils arrivèrent à Poudlard.

Elle se demandait toujours ce que son oncle avait fait – elle savait que ce n'était pas son père – même si elle le respectait, elle savait qu'il n'avait pas l'esprit aiguisé de son oncle. Orion Black était un manipulateur de génie capable de s'engager dans des intrigues et des subterfuges sans qu'on puisse remonter jusqu'à lui. En fait, c'était son style et il excellait dedans. Avec le pouvoir politique d'Orion Black derrière lui, Harry Ashworth pouvait être ce qu'il voulait, même Ministre de la Magie mais cela devait être quelque chose de moins ambitieux, quelque chose de moins reconnaissable s'il prévoyait de changer le futur.

Sa réponse concernant le travail de Harry arriva dès qu'elle entra dans la Grande Salle et regarda la Table des professeurs. Elle s'arrêta si brusquement que la personne derrière elle lui rentra dedans, la faisant presque tomber. Dans d'autres circonstances, elle se serait retournée et lui aurait fait payer mais elle était trop abasourdie par ce qu'elle voyait pour réagir.

Assis à la table des professeurs, juste entre le Professeur Chourave et le Professeur Flitwick, dans la chaise habituellement occupée par Horace Slughorn se trouvait Harry Ashworth. Elle continua à le fixer jusqu'à ce qu'il la remarque dans la foule. Il lui fit un sourire faible et haussa des épaules. Son expression l'informa qu'il était aussi surpris qu'elle de se retrouver à Poudlard et elle sentait toute l'énergie nerveuse qu'il dégageait.

Bellatrix se reprit et se dirigea vers la Table des Serpentard, s'asseyant à sa place habituelle. Elle avait fermé à nouveau son visage mais son esprit bouillonnait. Par Merlin, quand avait-il trouvé ce job à Poudlard ? Et depuis quand Slughorn avait-il perdu son emploi ? Il n'y avait pas eu d'ouvertures avant et l'absence de Slughorn signifiait qu'Harry était là pour le remplacer – elle écarquilla soudainement des yeux. Ils n'avaient pas…pensa-t-elle. C'était du ressort de son oncle de faire renvoyer un professeur, mais il n'avait jamais eu le désir de s'impliquer à Poudlard ou avec le directeur.

Bellatrix était si distraite qu'elle ne remarqua pas que sa sœur Narcissa flirtait avec Lucius Malfoy, deux sièges plus loin, quelque chose qu'elle aurait immédiatement critiqué sinon. La présence d'Harry à la table des professeurs l'étonnait et elle ne se demandait qu'une chose : que pensait son oncle d'Harry Ashworth s'il était prêt à risquer le courroux de Dumbledore ?

Les discussions s'arrêtèrent brusquement, et elle sortit de ses pensées. Le directeur venait de se lever, son expression grave au lieu de celle joyeuse qu'il affichait habituellement. « Bienvenue pour ce nouveau semestre, » dit-il. « En plus des rappels habituels que je vous donne après les vacances, il y a une annonce supplémentaire que je dois faire. Notre très cher Professeur Slughorn a récemment eu un accident infortuné. Même si sa vie n'a pas été mise en danger, j'ai le regret de vous informer que le Professeur Slughorn n'a pas pu revenir parmi nous et il ne reviendra pas avant un certain temps. »

Des chuchotements commencèrent à toutes les tables et Bellatrix remarqua que Lestrange et ses amis se regardaient tous. Bellatrix ne comprenait pas ce qu'il y avait de si particulier quant au stupide accident du professeur de potions. De l'autre côté, Bellatrix réalisa qu'il était probable que ce n'était pas un accident – mais Lestrange et ses amis ne savaient pas ce qu'elle savait, elle.

Dumbledore continua à parler dès que les chuchotements s'arrêtèrent. « Durant son absence, les cours du Professeur Slughorn seront assurés par Harry Ashworth. »

Bellatrix se figea, regardant Harry et Dumbledore. Même si Harry avait été engagé, il ne semblait pas que Dumbledore soit terriblement enthousiaste à ce sujet. Si Slughorn avait vraiment eu son accident il y a quelques jours, Orion avait dû littéralement forcer Harry dans la gorge du directeur. Les prochains mots du directeur renforcèrent davantage ses suspicions.

« Mr Ashworth a été… hautement recommandé, » annonça Dumbledore, regardant Harry avec une expression neutre. « Je suis sûr qu'il sera un excellent professeur. »

Bellatrix haussa un sourcil. Peut-être que oui, peut-être que non – se référant à ce qu'elle avait vu de lui, elle était prête à parier qu'il ne savait pas gérer une classe entière pleine d'étudiants excités. Elle en revint à se demander ce que son père et son oncle voyaient chez Ashworth. Comment avaient-ils su ou sentis qu'il fallait s'associer avec lui ? Elle était certaine qu'il ne leur avait pas dit qu'il venait du futur et il n'avait rencontré personne d'autre qu'elle à ce qu'elle sache.

Elle se figea en y pensant. A ce qu'elle sache. Il faudrait qu'elle lui parle, et vite. Si quelqu'un d'autre savait qui il était vraiment, alors il faudrait qu'elle ajuste ses plans. Cela n'irait pas si quelqu'un d'autre qu'elle profitait du fait qu'il soit un voyageur temporel. Il était à elle, elle l'avait trouvé la première après tout.

Durant le repas, Bellatrix essaya de parler avec les autres Serpentard, surtout pour essayer de découvrir ce qu'ils pensaient d'Harry. La plupart d'entre eux s'en moquaient, elle s'y attendait, puisque cela les importait peu de savoir qui leur donnait des cours, du moment qu'ils réussissaient leurs examens à la fin de l'année. Certains étaient ouvertement hostiles, pensant que quelqu'un d'aussi jeune et clairement nerveux serait une proie facile pour eux – Bellatrix se promit de dire à Harry d'arrêter de montrer si facilement ses émotions. Il était un livre ouvert qu'elle pouvait lire avec aise, et il ne faisait nul doute que d'autres le pourraient aussi.

C'était autour de ces personnes qu'elle avait choisi de s'asseoir car ils étaient un peu plus intelligents que les autres limaces qui l'avaient irritée. Lucius Malfoy par exemple avait une bonne tête sur ses épaules même s'il était plus jeune. Il s'exerçait pour devenir un maître en manipulant les gens pour obtenir ce qu'il voulait – il était presque aussi doué qu'elle. Le fait qu'il ignorait les avances de sa sœur alors qu'elle savait qu'il s'intéressait à Narcissa lui prouvait qu'il était suffisamment malin pour tout faire et obtenir sa jeune sœur.

Puis il y avait Severus Rogue. Ce garçon en savait déjà plus sur les potions, celles connues et celles exotiques que la plupart des professeurs et définitivement bien plus que Slughorn n'en connaitrait jamais. Bellatrix savait que son indifférence et son attitude hautaine cachaient une grande intelligence qui n'était trahie que par ses yeux perçants. Si quelqu'un allait remarquer qu'Harry ne devrait pas être ici, ce serait soit l'un, soit l'autre. Jetant un coup d'œil au côté de la table où étaient assis les frères Lestrange et leurs amis, Bellatrix les enleva rapidement de sa liste de personnes menaçantes. Rodolphus et Rabastan étaient bien trop occupés à s'intéresser à leur petite personne pour se poser des questions sur un étrange professeur de potions. Nott se s'intéressait pas aux potions et Parkinson était trop occupée à tenir le bras de Nott pour remarquer autre chose.

Décidant qu'elle devrait faire le premier pas, Bellatrix attendit que le festin se termine et s'excusa rapidement de sa petite clique. Elle s'avança vers la table des professeur, faisant de son mieux pour paraître normale tout en essayant de capter l'attention de Harry. Il la vit assez facilement et heureusement avait eu la prévoyance de se déplacer à un coin plus tranquille de la table. « Par Merlin, comment as-tu réussi à venir ici ? » siffla-t-elle quand elle fut suffisamment proche, prenant soin à regarder autour d'elle et de vérifier que personne ne pourrait l'entendre.

« Malfoy, » répondit Harry calmement. « J'avais mentionné devant lui durant cette soirée chez vous que je cherchais un emploi. Il a entendu parler de l'accident de Slughorn et a pensé à moi. Il a tout arrangé. »

« Malfoy ? » demanda Bellatrix en se figeant. Il n'y avait pas de doute pour elle que Malfoy avait en effet tout arrangé. Mais cela signifiait que son oncle préparait quelque chose avec l'ancien Malfoy ce qui n'avait rien d'une coïncidence. Non, il y avait bien quelque chose en cours et elle devrait être prudente avec son père et son oncle pour trouver la vérité. « Connais-tu au moins quelque chose sur les potions ? »

Harry fit une grimace. « Pas spécialement, mais je ne voulais pas rater cette opportunité Cela ne peut pas être si difficile. » En tout cas, cela ne peut pas être si difficile sans Rogue soufflant dans mon cou et attendant que je loupe une étape pour m'enlever des points, pensa-t-il.

« Je verrais si je peux t'aider, » souffla Bellatrix. Tout se passait bien trop rapidement – et même si ce n'était pas une bonne chose si Harry devenait un pion dans les plans de son oncle ou ceux de Malfoy, il était ici maintenant et il fallait qu'ils en profitent. Si Harry paraissait incompétent devant les élèves, ce ne serait pas trop grave. Mais si c'était le cas devant Dumbledore, alors commencerait son interrogatoire sur pourquoi Malfoy avait appuyé pour qu'Harry soit accepté à Poudlard. Cela pourrait même obliger Malfoy et son oncle à accélérer leurs plans, quels que soient leurs plans.

« Nous verrons, » dit Harry, pas particulièrement impatient d'accepter son offre. « Ecoute, je dois y aller maintenant. Dumbledore m'a demandé de venir dans son bureau. Je pense que la manière dont j'ai été ajouté à son équipe l'ennuie légèrement. Je suppose qu'il n'apprécie pas que Malfoy m'ait engagé à sa place. »

« Oui, » approuva Bellatrix, réfléchissant rapidement. « Il faut que tu saches que ce qu'a fait Malfoy n'est pas habituel, si Dumbledore aborde le sujet ou semble y penser, mais fais comme si tu étais reconnaissant pour le travail et remercie-le. Et s'il te plait, ne lui dis pas que tu ne connais rien de l'enseignement des potions. »

Harry réprima une remarque acide sur la façon dont elle voulait contrôler ses moindres mouvements. Même si c'était pratique d'avoir un allié – même si temporaire jusqu'à ce qu'elle obtienne ce qu'elle voulait – ce n'était pas comme s'il n'avait aucune expérience et qu'il ne savait pas comment marchait Dumbledore. Il prononça un bref « okay », avant de faire demi tour.

Il ne savait que trop bien comment parler avec Dumbledore.

« Dragées Bertie Crochue », murmura Harry à la gargouille gardant le bureau du directeur. Il était content qu'aujourd'hui au moins, il n'avait pas à deviner le mot de passe. Il ne pouvait qu'imaginer combien il devait avoir l'air idiot ce jour où il avait crié à la gargouille toutes les sucreries possibles et imaginables, moldues ou sorcières qu'il connaissait.

« Entrez, » dit Dumbledore après que la gargouille se soit déplacée sur le côté et que Harry ait monté l'escalier et frappé à la porte du bureau.

Harry entra dans le bureau et ferma la porte derrière lui en silence. Il sourit faiblement au vieux sorcier mais n'arriva pas vraiment à trouver ses mots alors qu'il s'approcha nerveusement du bureau.

« Mr Ashworth, » le salua Dumbledore sur un ton neutre. « S'il vous plait, asseyez-vous. »

Harry s'assit. Il ne pouvait pas faire grand chose pour l'instant à part attendre que Dumbledore ne parle.

« Nous nous rencontrons de nouveau. »

« En effet, » agréa Harry.

Dumbledore caressa sa barbe et attrapa avec son autre main un petit bol en verre. Il le tendit à Harry en souriant d'un air absent. « Un bonbon au citron ? »

« Euh – non merci, » répondit Harry en secouant la tête. Il avait essayé une fois et s'était promis de ne plus jamais en manger.

« Dites moi Harry – puis-je vous appeler Harry ? »

« Bien sûr. »

Dumbledore hocha la tête et prit un bonbon. « Donc, dites moi Harry, comment se fait-il que quelqu'un comme vous fasse la rencontre de Romulus Malfoy et l'impressionne tant qu'il reçoive une si haute recommandation une semaine plus tard ? »

Au moins, son ton n'était pas accusateur – pas encore. Mais Harry savait que Dumbledore était curieux et il fallait qu'il désamorce cette curiosité immédiatement avant qu'elle ne croisse et que le directeur ne commence à chercher et qu'il trouve qu'Harry Ashworth n'existait pas vraiment. « Miss Black m'a gentiment invité à leur fête de Noël parce que j'étais nouveau dans le pays. Elle semblait impatiente que je fasse la rencontre de ses proches. »

Harry décida de s'en tenir au minimum de vérité afin d'éviter de se contredire plus tard sur sa couverture. « J'ai rencontré Mr Malfoy là-bas et j'ai mentionné que j'étais en train de rechercher tout type de travail puisque je n'avais pas encore décidé ce que je voulais faire. Je ne m'attendais pas à ce qu'il me recontacte mais il l'a fait il y a deux jours et m'a dit qu'il y avait une place disponible dans votre équipe si j'étais qualifié. »

« Je vois. »

Harry haussa des épaules, pas vraiment perturbé par la réponse du directeur. La posture de Dumbledore était toujours détendue, ses yeux intrigués mais pas encore suspicieux. « Je voulais vraiment vous remercier pour m'avoir accepté je sais que ce n'est pas facile de faire confiance à quelqu'un dont on ne sait rien et dont on ne connaît pas les qualifications. »

« Bien sûr, » répondit Dumbledore gracieusement, même s'il ne regardait plus vraiment Harry. En fait, il regardait dans le vide et Harry pensa qu'il semblait distrait par quelque chose. « Vous êtes le bienvenue Harry, mais je dois être franc. Votre position ici n'est que temporaire, jusqu'à ce que Horace récupère de sa… maladie. Cela n'a rien de personnel. »

« Je comprends, » répondit Harry. « Quoi qu'il en soit, je vous suis vraiment reconnaissant pour la chance d'être ici. Peut-être que quand Mr Slughorn sera revenu j'aurais trouvé une autre place. » Harry s'arrêta avant de mentionner qu'il était sans doute plus qualifié pour enseigner la DCFM car il pensa que ce n'était sans doute pas une bonne idée d'apprendre à Dumbledore qu'il avait beaucoup de compétences dans ce domaine là.

« Bien, je vous souhaite bonne chance pour votre recherche actuelle, » dit Dumbledore en attrapant une pile de papiers et en la tendant à Harry. « Comme vous le savez sans doute, les potions sont une matière primordiale à Poudlard. C'est une épreuve majeure des BUSES et des ASPICS qui sont nos tests de fin de cycle ici en Grande Bretagne. » Il jeta un coup d'œil à Harry par dessus ses lunettes. « Mr Malfoy a laissé entendre que vous étiez familier avec notre système scolaire ? »

« Je le suis, » admit Harry. « Contrairement au système américain, l'éducation australienne est très similaire à celle britannique. Cela fait longtemps que je n'ai plus entendu certains termes mais je m'en souviens suffisamment. »

« Bien, bien. Maintenant, il est impératif que vos étudiants réussissent leurs tests, surtout s'ils ont des ambitions de carrière élevées. »

« En effet. » Harry se demanda si Dumbledore s'était donné la peine de sortir ce speech à Rogue. Si c'était le cas, le maitre de potions aux cheveux gras n'avait pas bien écouté.

Dumbledore continua regardant maintenant un autre dossier de papiers qu'Harry reconnu immédiatement car il s'agissait d'une copie de son dossier scolaire qu'il avait remise à Malfoy à sa demande. « Cela me rassurerait de savoir si vous avez eu vos BUSES et ASPICS en potion mais comme Mr Malfoy me l'a rappelé, vous n'avez pas été scolarisé en Grande Bretagne. » Dumbledore leva un sourcil. « Mais je suppose que votre travail dans des écoles étrangères a suffi à vous rendre compétent. »

Le regard vide que lui jeta Dumbledore n'était ni hostile ni suspicieux mais simplement évaluateur et Harry comprit que le directeur ne savait pas quoi faire de lui pour l'instant et allait attendre et voir comment il se débrouillait avant d'émettre un jugement. Mais Harry pouvait presque entendre ce qu'il pensait. Si vous êtes incompétent, nous le saurons bien assez tôt.

« Je le suis, » dit Harry avec bien plus de confiance qu'il n'en avait vraiment. En effet, il n'avait même pas passé ses ASPIC. L'école avait fermé avant la fin de sa septième année car la guerre avait empiré et les étudiants de tout âges étaient montés au front pour lutter contre Voldemort ou pour lui. Cela avait été navrant de voir de si jeunes visages dans les deux camps alors que ce conflit concernait en réalité les générations précédentes.

« Très bien », dit Dumbledore. « J'ai inclus un certain nombre de choses que vous trouverez utiles, surtout en milieu d'année. Vous trouverez en priorité une liste de potions et le programme que les cinquièmes et les septièmes années doivent avoir maitrisé pour passer respectivement leurs BUSES et leurs ASPICS. Il y a aussi une copie du programme du professeur Slughorn pour toutes ses classes. Malheureusement, les plans ne sont pas à jour donc il faudra que vous discutiez avec chacune de vos classes pour savoir ce qu'ils ont abordés ou pas encore vu. »

« Merci, » dit Harry, regardant distraitement les papiers en questions, reconnaissant de ne pas avoir à établir lui-même un programme pour une matière qu'il n'aimait pas. Au moins, il savait qu'il pourrait apprendre ce qu'il ne connaissait pas dans la bibliothèque. Feuilletant la liasse de papiers pendant le directeur parlait, Harry réalisa soudainement avec horreur qu'il devrait inévitablement passer beaucoup de temps à lire à des livres de potions.

« Une dernière chose, » nota Dumbledore, « même si les cinquièmes et les septièmes années sont les seuls élèves à passer des test standardisées, je vous recommande hautement de suivre le plan de cours du Professeur Slughorn pour les autres années. Il a aussi laissé ses documents des années précédentes dans on bureau. Je vous conseille d'y jeter un coup d'œil afin que vous puissiez enseigner parfaitement les potions à vos élèves. »

Même si son ton n'était pas sceptique, Harry savait que Dumbledore se demandait intérieurement si Harry était vraiment capable d'enseigner cette matière. Je me le demande aussi, pensa Harry. Au pire, songea-t-il, il pourrait toujours suivre l'exemple de Rogue et écrire les instructions au tableau puis laisser la classe se débrouiller en silence. Il y avait bien des personnes qui pourraient y arriver et il pourrait noter les autres en fonction de ça.

Le reste du rendez-vous se passa rapidement puisque Dumbledore avait d'autres rendez-vous après avoir donné à Harry son bureau et son appartement. Quand il partit une heure et demie plus tard, il était enfin prêt à commencer ses nouvelles obligations en tant que professeur remplaçant à Poudlard.

« Je n'aime pas du tout ça, » grogna Maugrey énervé, faisant un geste au barman pour une autre tournée de bière.

Dumbledore était arrivé aux Trois Balais en retard la première nuit de ce nouveau semestre et avait trouvé le vieil auror grognon, noyant ses suspicions dans l'alcool. Même si le directeur admettait que le soudain « accident » de Slughorn et le remplacement d'Ashworth après avoir été chaudement recommandé par Malfoy et le Conseil d'administration, étaient légèrement suspicieux, il n'arrivait pas à trouver l'énergie de s'en inquiéter.

« N'êtes vous pas un peu paranoïaque, Alastor ? » commenta Dumbledore en s'asseyant et en faisant un geste à la serveuse quand elle lui demanda s'il voulait commander quelque chose. Le repas à Poudlard l'avait suffisamment rassasié.

« C'est louche, » argumenta Maugrey, avalant une gorgée de bière. « J'arrive à imaginer Slughorn ayant un accident mais si on met tout bout à bout, il y a trop de coïncidences. Nous avons quand même Malfoy qui fait tout pour nous mettre dans les pattes un jeune homme inconnu et potentiellement dangereux. C'est impossible qu'il n'ait pas une raison cachée. »

« Romulus a toujours été trop sournois pour son propre bien, » agréa Dumbledore, « mais nous n'avons pas encore assez d'informations pour tout comprendre pour l'instant. Mr Ashworth dit avoir rencontré Romulus brièvement et avoir mentionné qu'il cherchait un travail. Il y a une bonne chance pour que ce soit légitime. » Il souhaitait juste croire à ce qu'il disait, il voulait les croire. La dernière chose dont il avait besoin de se soucier, c'était une menace interne car Malfoy avait développé un intérêt pour les affaires internes de Poudlard.

« Cela doit être un coup fourré, » murmura Maugrey. « Peut-être que c'est un espion. Peut-être même un assassin. »

Le directeur haussa des épaules d'un air fatigué. « Autant que je saches, Mr Ashworth ne connaît pas suffisamment Romulus Malfoy pour avoir fomenté un mauvais coup. La seule connexion d'Ashworth avec la Grande Bretagne, c'est une vague connaissance dans la famille Black. S'il y avait un coup en cours, cela viendrait certainement d'eux. »

« Autant que vous sachiez, » insista Maugrey. « Et qui sait qui tire les ficelles derrière Malfoy ? Orion Black pourrait manipuler et Malfoy et Ashworth à sa guise. Il est bien plus malin que vous ne le pensez. »

« Même Orion Black aurait du mal à manipuler Romulus. Non, il serait bien plus simple pour la famille Black de s'occuper eux-mêmes de leurs affaires que de convaincre Romulus d'être leur intermédiaire. »

« Donc, ça ne vous dérange pas d'avoir un inconnu assis à votre table des professeurs et qui, si ça se trouve pourrait essayer de vous poignarder par derrière ? » grogna Maugrey, terminant d'une gorgée son verre.

« Honnêtement Alastor, je ne vois pas de raison de m'en inquiéter » dit Dumbledore. « Le jeune Mr Ashworth ne me paraît pas être un assassin et il n'a certainement donné aucune raison pour que nous croyons qu'il ait d'autres motifs nébuleux. »

« Le meilleur assassin est celui qui ne semble pas l'être. »

« C'est peut-être le cas, mais quand j'ai discuté avec lui, je n'ai rien détecté de mauvais chez lui. Il était parfaitement poli, même si un peu nerveux. Certainement pas le comportement d'un chasseur de prime sorcier. »

Maugrey regarda le sorcier d'un air suspicieux. « Il semble aussi savoir beaucoup de choses sur l'école et sur la Grande Bretagne en général pour quelqu'un qui n'y a jamais mis les pieds. »

Dumbledore n'avait pas de réponses à cette question et resta silencieux pendant un moment. « C'est vrai, » admit-il finalement, « mais tant que Mr Ashworth n'aura pas prouvé qu'il n'est pas digne de confiance, je pense que nous devrions lui laisser le bénéfice du doute. Si je me laisse distraire par Ashworth, je vais finir par négliger mes autres obligations. Nous avons en ce moment des problèmes plus sérieux avec le Magenmagot. »

Maugrey hocha la tête, comprenant parfaitement ce que voulait dire Dumbledore. « Je suppose que les affaires d'Etat sont plus importantes que l'existence d'un jeune homme étrange. Et ce n'est pas comme s'il était dans les rues en train de mettre le bazar – contrairement à d'autres jeunes gens. »

« On n'en sait rien, » dit Dumbledore lentement. « Mais pour l'instant le recrutement étrange d'un professeur remplaçant en potions est le dernier de mes soucis. Même si Malfoy complote contre Poudlard ou contre moi, il y a suffisamment de soucis dans les familles de sang pur pour qu'il soit occupé. Quant à Mr Ashworth… s'il est capable, alors tant mieux. Si ce n'est pas le cas, il sera remplacé quand Horace aura récupéré et qu'il sera de retour.

Harry arriva dans la salle de potions le matin suivant avant que les premiers élèves n'arrivent. Il aurait le plaisir d'enseigner aux quatrièmes de Serpentard et Gryffondor, quelque chose qu'il attendait avec beaucoup d'impatience. A sa connaissance, la rivalité entre les deux maisons était tout aussi mauvaise qu'à son époque. Il se sentait chanceux d'avoir le plan de cours donné par le directeur. Cela le soulagerait un peu de son stress. En plus il était assez familier avec beaucoup de potions et était content d'avoir pu choisir une potion qu'il connaissait un peu plus que les autres pour son premier essai.

Décidant de s'inspirer du professeur Rogue, il écrivit les instructions de la potion choisie sur le tableau, puis cacha le tout derrière un charme d'illusion. Peu après qu'il eut fini, arrivèrent les premiers élèves et Harry réalisa pourquoi le Rogue de son époque préférait arriver dans la classe quand tous les étudiants étaient arrivés et installés. En effet, il sentait tous les yeux se poser sur lui, certains avec intérêt, certains avec condescendance, mais tous étaient curieux. Harry fit semblant d'étudier un texte au hasard pour éviter de les regarder dans les yeux jusqu'à ce que la cloche sonne.

Quand ce moment arriva, il leva la tête. Tous les mots qu'il avait soigneusement prévus s'étaient envolés dès qu'il avait regardé tous ces étudiants le dévisageant. Assis au premier rang, côtes à côtés, ou du moins tant que c'était possible pour un Gryffondor et un Serpentard, se trouvaient Severus Rogue et une fille qu'il n'avait vu qu'en photos. Malgré le fait qu'elle était aujourd'hui bien plus jeune, il ne pouvait pas se tromper : des longs cheveux roux et des yeux verts pleins de vie : Lily Evans.

Deux rangs derrière eux, il y avaient des visages bien plus familiers. Installés sur deux bancs se trouvaient les quatre Maraudeurs. Sirius était immanquable, avec ses cheveux noirs en bataille et son sourire goguenard et Remus Lupin était aussi émacié qu'il le serait dans le futur. Harry savait que le jeune homme rondouillard à côté de Lupin était Peter Pettigrow, et il le fixa plus que nécessaire. Réalisant qu'il le fixait trop, il déplaça son regard sur James Potter qui essayait de creuser un trou à l'arrière du crâne de Rogue avec ses yeux.

Malgré le fait qu'ils s'étaient déjà rencontrés, c'était la première fois qu'Harry pouvait examiner soigneusement son père. Il pouvait voir pourquoi tant de personnes disaient qu'il était le portrait craché de son père, car en regardant le jeune James Potter, Harry avait l'impression de regarder dans un miroir. Cependant il y avait de subtiles différences. Les yeux étaient bleu au lieu de vert, et James Potter avait une attitude qu'Harry n'avait jamais eu – une sorte de sentiment de supériorité ou d'invincibilité qui venait du fait qu'il était le meilleur. Harry se demanda curieusement d'où cela lui venait puis s'arrêta quand il réalisa qu'il devrait probablement commencer les cours.

« Bien… » commença-t-il, cherchant les bons mots. « Bienvenue, j'espère que vous avez passé de bonnes vacances. »

La classe le fixa sans dire un mot. Harry se racla la gorge et recommença, déterminé de ne pas se laisser intimider par un groupe d'adolescents de quatorze ou quinze ans. « Comme vous le savez, je suis Harry Ashworth et je remplacerai votre professeur de potions jusqu'à nouvel ordre. »

Pettigrow leva une main.

« Oui, » demanda Harry.

« Euh… c'est pas vous qui avez explosé une bande de voyous qui se battaient dans le chemin de traverse pendant Noël ? »

« Les journaux ont exagéré j'en suis sûr, » dit Harry. « Et je n'ai certainement pas « explosé » quelqu'un. Mais oui, j'y étais. »

Plusieurs reniflements forts qui ressemblaient curieusement à des rires réprimés suivirent sa réponse et Harry remonta rapidement jusqu'à James Potter et Sirius Black. Il les fixa du regard, faisant de son mieux pour faire son visage à la Rogue. « Un commentaire Messieurs ? »

« Non, pas du tout, » répliqua Sirius alors que James secoua la tête.

Harry continua à les regarder, refusant de se laisser intimider par le fait qu'il regardait son père et son parrain. Merde, c'est moi l'adulte ici et ce sont les enfants, pensa-t-il.

Sa concentration fut rompue quand il réalisa que quelqu'un d'autre le regarda de l'autre côté de la pièce. Se tournant et trouvant instinctivement la source des regards avec ses réflexes aiguisés par des années de guerre, il découvrit que sa mère le regardait intensément, ses sourcils plissés suspicieusement. Parfait, je vais m'occuper d'elle aussi, songea Harry. « Vous avez une question Miss… ? » demanda-t-il.

« Evans, » répondit-elle automatiquement. « Vous êtes d'où ? »

Il remarqua d'un air absent que personne ne l'avait pas appelé professeur pour l'instant, même s'il s'en moquait un peu mais cela signifiait qu'il devrait soit intimider cette classe pour qu'elle suive ses instructions ou la persuader d'une manière ou d'une autre. Pensant brièvement à sa fausse identité pour éviter des conflits éventuels il répondit. « Australie. J'ai beaucoup voyagé et vous pourrez peut-être trouver que j'ai un léger accent américain. »

« On ne s'est pas déjà vu ? »

« Non » répondit Harry rapidement, réalisant trop tard qu'il avait peut-être répondu trop vite.

« Vous êtes sûr ? »

« Je ne suis pas sûr de comprendre Miss Evans. Que voulez savoir au juste ? »

« Ce n'est pas parce que vous êtes d'un autre pays que je ne vous ai jamais rencontré. C'est tout à fait possible que j'ai déjà voyagé dans l'un des endroits où vous avez été et que je vous ai croisé par hasard, » l'informa Lily, sur un ton un peu précieux.

« Vous avez donc voyagé quelque part et vous m'y avez vu ? » demanda Harry, sentant un début de mal de tête arriver.

Lily sembla réfléchir un moment, une expression interrogative sur le visage mais répondit bientôt. « J'ai beaucoup voyagé avec ma famille mais je ne me souviens pas vous y avoir rencontré. »

« Vous avez donc votre réponse Miss Evans, » dit Harry, se préparant à commencer la leçon. « Maintenant … »

« Mais j'ai quand même l'impression de vous avoir déjà vu. »

« Qu'importe, » marmonna Harry, se massant les tempes. « Si vous vous rappelez, tenez moi au courant. » Bon courage pour te rappeler le futur, maman.

D'un geste négligent de la baguette, Harry dissipa l'illusion du tableau et révéla la recette de la potion. « Votre tâche pour aujourd'hui, » dit-il pour expliquer. « Finissez avant de partir, étiquetez-la avec votre nom et laissez la sur mon bureau. » Ne voulant pas être totalement comme Rogue, il ajouta. « Si vous avez des questions, je vous aiderai. »

Alors que la classe éclata en un chaos contrôlé car les élèves commençaient leur travail, Harry s'assit sur sa chaise et se demanda ce qu'il ferait s'ils n'y arrivaient pas. Un soupir de dégoût attira son attention et Harry en reconnut immédiatement la source : Severus Rogue. Le regard sur son visage montrait clairement qu'il pensait qu'il était trop bon pour une telle potion et Harry fut tenté de retirer des points de Serpentard.

« Monsieur, » appela Lily en s'approchant de son bureau alors que les autres étudiants commençaient à travailler. « Je ne suis pas sûr que nous étions supposés faire cette potion aujourd'hui.

Le mal de tête se transformer en migraine. « Est-ce vraiment important ? » demanda-t-il, faisant de son mieux pour garder une ton neutre.

« Et bien, nous étions supposé les apprendre dans un certain ordre. Le directeur ne vous a-t-il pas donné le plan de cours du Professeur Slughorn ? »

Maintenant je sais ce que Rogue ressentait quand Hermione était lancée, pensa Harry, se sentant presque désolé pour l'homme qui était assis à côté d'elle normalement. Même s'il aimait énormément Hermione, quelque fois elle l'énervait avec la façon qu'elle avait de planifier les choses à l'extrême et de s'énerver quand tout ne se passait pas comme prévu.

Harry sortit à contre cœur la pile de papiers qu'il cherchait. « Oui, il l'a fait. Et pour votre information, Miss Evans, cette potion est prévue pour ce semestre, selon le directeur. »

« Mais monsieur… »

Harry avait vraiment besoin d'une aspirine maintenant. Regardant et remarquant Rogue qui lisait le tableau avec un ennui à peine dissimulé, Harry sut qu'au moins Rogue y arriverait parfaitement. Pour une fois dans sa vie, il était reconnaissant auprès de futur maitre de potions. Décidant qu'il fallait étouffer l'œuf dans son nid avant que la situation n'empire il se leva et attrapa le manuel de quatrième année, se préparer à défendre ses méthodes d'enseignement.

« Sachant que je suis nouveau dans cette classe et ne sachant pas où le Professeur Slughorn s'était arrêté, je sens que je dois évaluer les compétences de chacun d'entre vous avant de prendre une décision sur ce que je vous enseignerai la prochaine fois. Selon votre manuel de cours, cette potion est parfaitement acceptable pour votre âge et votre niveau.

« Mais nous n'avons pas… »

« Miss Evans » dit Harry lentement, cherchant désespérément à lui cacher à quel point il était nerveux. « Même si j'apprécie vos tentatives pour aider, je préfèrerai que vous commenciez votre potion. Maintenant. »

Le reste du cours se passa dans un silence complet, mais Harry remarqua que Rogue semblait le regarder avec bien moins de dédain qu'il ne l'avait fait en entrant dans la pièce. Ça c'est une pensée effrayante, songea Harry, moi, étant le modèle de Rogue. Dix minutes avant la fin du cours, les derniers étudiants avaient placé leur potion terminée sur son bureau et Harry décida de les libérer plus tôt. Il fut récompensé par quelques exclamations réjouies de la classe et quand ils partirent, il eut l'impression qu'ils ne le haïssaient pas.

Content de cette petite victoire, il essaya de trouver un moyen de noter les deux douzaines de potions sur son bureau. Les observant à la lumière du cachot, il réalisa bientôt que ce serait un gros problème puisqu'elles étaient toutes d'une couleur ou texture différente. Il avait l'impression de se cogner la tête dans un mur et il choisit de mettre sa tête dans ses bras.

« Comment, par Merlin suis-je supposé noter leurs potions ? » se demanda Harry à voix haute. Il connaissait seulement la couleur appropriée pour le résultat final, et n'avait jamais examiné ou utilisé de tubes de potions à son époque.

Rogue, pensa-t-il soudainement. Il a dû réussir. Cherchant parmi les échantillons, il trouva finalement celui qu'il voulait et le regarda et soupira de soulagement quand il vit que sa potion avait la bonne couleur. Se souvenant de Dumbledore lui disant que sa mère était brillante en potions, il trouva son échantillon à elle aussi et sourit de soulagement quand il vit qu'il équivalait celui de Rogue et sa compréhension des potions. Il avait maintenant deux échantillons tests pour noter les autres.

Quelles sont les chances pour je puisse faire ça pour toutes les autres potions ? se demanda-t-il. Les chances étaient plutôt bonnes songea-t-il. Après tout, Rogue et sa mère ne pouvaient pas se tromper tous les deux en même temps. Avec cette pensée en tête, il mit les flacons de côté et commença à se préparer pour son prochain cours.

Quand ils arrivèrent, Harry était d'une bien meilleure humeur qu'il ne l'avait été ce matin. Sa présentation ne précéda pas des remarques ou des regards interrogateurs des Poufsouffles ou des Serdaigles. Il leur donna la même potion que les classes précédentes, s'attendant à une autre discussion mais il fut agréablement surpris quand les élèves haussèrent des épaules, acceptant son explication de vouloir les jauger et commencèrent à travailler sans sourciller. A la fin de la classe, il avait une douzaine de flacons qui ressemblaient à ceux de Rogue et Lily et il était confiant de pouvoir les utiliser pour noter ses deux classes.

Il était de bonne humeur quand il arriva dans la Grande Salle pour le déjeuner et avait hâte d'avoir son prochain cours. Si les choses continuent comme ça, ce sera un jeu d'enfant, pensa Harry. Il resta de bonne humeur jusqu'à ce qu'il réalise que sa prochaine classe était d'un niveau ASPIC. Harry commença à souhaiter que Rogue soit dans l'une de ces classes car il y aurait au moins une personne dont il était certain de la réussite.

Pensant à Rogue dans une classe avancée, il eut une idée. Il nota quelques idées sur une serviette, puis il termina son repas.

Quand il revint dans sa salle de classe, il découvrit, à sa surprise que Bellatrix était déjà là. « Tu n'es pas un peu en avance pour le cours, » demanda-t-il.

« Pour le cours, oui, » répondit-elle. « Cependant, je voulais te parler avant pour m'assurer que tu sais ce que tu fais. Si tu te loupes, notre situation sera plus difficile. »

« Notre, hein ? » commenta Harry, surpris par le sarcasme qu'il réussit à réprimer.

Bellatrix ignora le ton d'Harry et continua. « J'ai interrogé plusieurs étudiants que tu as eu en cours ce matin – subtilement bien sûr. Il semblerait que tu ais fait un assez bon boulot. La plupart d'entre eux t'aiment bien. Etonnamment, j'ai même entendu des bonnes choses sur toi venant des Serpentards. Le seul bémol, c'est que certains d'entre eux trouvaient que tu étais un peu crédule. »

« Crédule? » demanda Harry d'une voix faible.

« Il n'y a pas de problèmes, » commenta Bellatrix. « Il y a beaucoup de sorciers célèbres et puissants qui étaient un peu crédules. Parfois ça peut être un avantage. »

« Qu'ils pensent que je suis niais ? » marmonna Harry. « Je pensais que j'avais l'air sympathique. »

Bellatrix haussa des épaules. « Quoi qu'il en soit, j'allais dire que ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Si tu parais sympa et simple, peut-être même un peu niais, personne ne pensera que tu représentes une menace. »

Harry grommela quelque chose d'inintelligible. Il n'aimait l'idée de se forger une réputation de stupidité. « Cela ne m'aidera pas si tout le monde pense que je suis complètement incompétent. »

« Bien sûr, » approuva Bellatrix, « Il faut que nous changions cette tendance. Nous ne voulons pas que tu apparaisses comme un idiot devant ma famille. »

« Ta famille ? » Harry la regarda bizarrement.

Bellatrix eut l'air stupéfaite et elle rougit faiblement. « Rien, » se rattrapa-t-elle rapidement. « Les autres élèves vont bientôt arriver. Tu ferais mieux de te préparer. »

Harry avait des soupçons mais décida ne pas la rappeler alors qu'elle allait s'installer à sa place. Quelques minutes plus tard, le reste des étudiants arriva et en jetant un coup d'œil dans la pièce, Harry sut qu'il lui faudrait trouver une solution. Il y avait beaucoup de visages familiers – ils n'étaient pas dans ses albums photos mais sur le champ de bataille.

Se rappelant qu'il avait lutté et gagné contre certaines de ces personnes dans le futur, il trouva la détermination pour ressembler au professeur strict et dur que Rogue deviendrait. « Bienvenue à tous, » annonça-t-il. « Pendant ce semestre, vous travaillerez différemment de d'habitude. Il y a un certain nombre de potions à travailler cette année et c'est ma responsabilité de vous les présenter pour que vous soyez prêts pour vos ASPICS. Vous serez divisé en groupes et je demanderai à chaque groupe d'étudier certaines potions, de les maitriser et de les faire. Puis vous présenterez votre travail devant le reste de la classe. Les présentations commenceront lundi de la semaine prochaine. Puisque le laps de temps est relativement court, je suis prêt à accepter des volontaires pour ce groupe et leur donner des crédits supplémentaires. »

Les étudiants semblaient penser que c'était une bonne idée. Harry se sentit assez productif en divisant les potions et en les assignant à chaque étudiant. Il y eut bientôt un silence studieux alors que les élèves commençaient à travailler sur leurs potions attribuées.

Ce ne sera finalement pas si difficile, songea Harry.

Alors que le Professeur Binns commença à parler, la plupart des étudiants s'endormirent. Bellatrix cependant en profita pour écrire une lettre à son père. Elle avait prit du temps pour repenser à sa conversation avec son père à Kings Cross et en avait déduit que l'inquiétude de son père et de son oncle quant aux mauvaises relations que pourrait avoir Harry, montrait qu'ils pensaient à le mettre dans la confidence.

Même si Bellatrix était méfiante quant au fait qu'Harry Ashworth devienne un pion d'Orion Black, elle n'avait rien contre les opportunités qu'une association Black-Ashworth pourrait créer pour elle. D'une part, elle pourrait continuer ses plans pour l'Ancienne et Noble Maison des Black mais aussi pour Harry. Il y avait aussi la chance qu'elle connaisse des choses que même Orion ne partageait pas avec son père. Bien sûr, elle avait besoin qu'Harry coopère avec elle.

Avec Orion Black derrière lui, Harry pourrait faire de grandes choses – et si on prenait en compte qu'Harry avait mentionné qu'il hériterait du patrimoine des Black dans le futur, cela aiderait à comprendre ce que le vieil homme préparait.

Ainsi, Bellatrix était maintenant d'écrire ou plutôt d'élaborer avec sa plume une lettre de recommandation. Il fallait juste que son père ne comprenne pas que c'était une telle lettre. Son but était de paraître comme une fille désintéressée qui ne faisait qu'exécuter la demande de son père.

Cher Père,

En ce qui concerne Harry Ashworth :

Le directeur semble peu content qu'Ashworth ait été intégré dans l'équipe professorale mais personne d'autre ne semble s'en soucier. Ashworth est perçu par la plupart des gens comme un jeune homme agréable et moyen même si tout le monde se souvient de son intervention dans ce combat au chemin de Traverse.

Il ne semble pas que les Potions soient le fort d'Ashworth. Mais heureusement il semble avoir bien pris les choses en main. Il n'a pas de problèmes pour enseigner aux plus jeunes et il n'a que quelques petites difficultés avec les quatrièmes et cinquièmes années. En ce qui concerne les sixièmes et les septièmes années, il a tout misé sur un travail d'équipe. Les cours ne sont certes pas simples maintenant mais il semble avoir gagné le respect au moins des élèves les plus sages.

En ce qui concerne les relations d'Ashworth avec les bonnes personnes, je ne pense pas que vous deviez vous inquiéter. Je semble être la seule personne qu'il connaît – tous les autres élèves et professeurs ne semblent être que des connaissances qu'il traite avec neutralité.

J'essaierai de vous tenir au courant en fonction de mes examens.

Votre fille,

Bellatrix

Harry s'affaissa dans un fauteuil près de la cheminée dans ses appartements privés. Le fauteuil était un peu trop moelleux à son goût mais il n'allait pas se plaindre alors qu'il pouvait se reposer et se féliciter silencieusement pour avoir survécu à sa première semaine en tant que professeur à Poudlard. A part le premier jour, il n'avait pas ressenti l'envie d'étrangler quelqu'un, avait fait de son mieux pour éviter les Maraudeurs et plus important, il ne pensait pas que quelqu'un s'était plaint de lui. C'était maintenant vendredi soir et il avait hâte d'avoir son week-end de livre même s'il passerait sans doute son dimanche à essayer de trouver une solution pour noter les devoirs de la semaine passée et des semaines à venir.

« Et je pensais qu'être assis en face d'une classe était difficile, » murmura-t-il, ayant maintenant un nouveau regard sur les professeurs.

Le rugissement des flammes le sortit de son introspection quand les flammes devinrent vertes et la tête de Romulus Malfoy apparut. « Mr Ashworth, j'espérais tomber sur vous. Comment allez-vous ce soir ? » demanda le patriarche Malfoy sur un ton plaisant.

Harry cilla à la soudaine apparition de la tête de Malfoy se demandant pourquoi son bienfaiteur l'appelait à Poudlard. « Pas trop mal, merci. Et vous ? »

« Je vais très bien. Comment s'est passée votre première semaine en tant qu'enseignant ? » demanda Malfoy, surprenant Harry avec la sincérité dans sa voix.

« Pas trop mal en fait » répondit Harry honnêtement. « Il faudrait un peu de temps pour que je m'y habitue, mais je suis heureux d'avoir ce travail. Merci encore pour votre coup de main. »

Malfoy sourit et Harry comprit de qui Lucius tenait son sourire effrayant. « N'en parlons plus. J'ai simplement entendu qu'une position à Poudlard venait de se libérer et j'ai suggéré votre nom pour le poste. Il faut que vous remerciez le Conseil d'Administration, pas moi. »

« Je m'assurerai donc de les remercier aussi quand je les verrai, » dit Harry, se demandant combien d'administrateurs du conseil il avait dans sa poche. Mais il était quand même reconnaissant envers cet homme et il ne semblait pas être malveillant. Certes, Harry reconnaissait qu'il était manipulateur mais il fallait s'y attendre. Mais contrairement à Lucius dans le futur, il n'était pas malveillant. Harry se demanda négligemment ce que Draco dirait s'il savait qu'Harry avait sympathisé avec son grand-père. Ce serait assez amusant si Harry pouvait dire à Draco que son grand-père l'aurait considéré comme une disgrâce à leur famille.

Malfoy fit une pause puis parla, peut-être sur un ton trop badin. « Dites-moi Ashworth, pourquoi ne passeriez-vous pas à mon manoir ce soir ? C'est le week-end et vous n'avez sans doute pas de travail à faire cette nuit et j'aimerai beaucoup savoir comment mon fils s'en sort à l'école. »

« Bien sûr, » répondit Harry après une brève hésitation. Il n'était pas certain de la raison pour laquelle Malfoy l'invitait soudainement chez lui mais s'il lui tournait le dos maintenant, il n'y gagnerait rien. Il savait que Malfoy avait un agenda secret. Harry s'y attendait même. Il espérait juste que, quoi que ce soit, cela ne se retournerait pas contre lui plus tard.

« Excellent ! » approuva Malfoy. « Que diriez-vous de venir dans une demi-heure ? »

« Ce serait bien. »

« Parfait. Dites juste Manoir Malfoy quand vous prendrez la poudre de cheminette. Je vous attendrais Mr Ashworth. J'ai hâte que nous discutions. »

« Pareillement. Je vous verrais plus tard. »

Malfoy sourit et disparut. Harry s'adossa dans son fauteuil pendant un moment, se demandant pourquoi Malfoy avait bien pu l'inviter, puis il se leva et regarda sa garde robe. Peut-être que tout ce shopping avec Bellatrix avait finalement été une bonne chose. L'horloge sonna et Harry réalisa après s'être habillé qu'il n'avait plus de cinq minutes avant de partir.

Avant d'avoir pu attraper de la poudre de cheminette, il entendit des coups contre sa porte. « Qui donc peut venir me voir maintenant ? » murmura-t-il, se dirigeant vers la porte.

« Oui ? » demanda-t-il avant même d'avoir ouvert complètement la porte. « Miss Evans… » haleta-t-il avant de se reprendre rapidement. « Que puis-je faire pour vous ? » Qu'est-ce qu'elle me veut, pensa-t-il.

Lily entra simplement dans son séjour et Harry haussa un sourcil devant cette intrusion. Elle semblait simplement s'attendre à être invitée à entrer. Il ne s'attendait certainement pas à ça de sa part. Voyant qu'elle était debout au centre de la pièce, il ferma la porte derrière lui et se rendit à son bureau lui faisant un signe pour qu'elle s'asseye.

« Une nouvelle fois Miss Evans, en quoi puis-je vous aider ? »

« Je voulais juste passer et m'excuser pour notre premier cours, » dit-elle rapidement et il réalisa qu'elle était nerveuse. C'est un peu tard, non ? pensa-t-il. Le premier cours avait été lundi main. Mais bon, il devait prendre ce qui était à sa portée.

« Il n'y a plus de problèmes, Miss Evans, » répondit-il calmement.

« C'est juste que… » Lily haussa des épaules. « Je ne voulais pas vous questionner. Je suppose que j'étais juste habituée à la façon de faire du Professeur Slughorn et ce changement à la moitié de l'année était… perturbant. J'avais travaillé sur un programme de travail et de révision mais puisque vous allez enseigner les choses dans un ordre différent… »

C'est donc ça, songea Harry. Elle était agacée parce que j'ai bouleversé ses habitudes ? Il haussa des épaules mentalement. Tant que ce n'était rien de sérieux, il n'en moquait un peu. Et ce n'était pas comme s'il ne pouvait pas sympathiser avec elle. Le souvenir de Rogue en tant que professeur de DCFM pendant sa troisième année quand il remplaçait Lupin était assez traumatisant. Harry espérait juste qu'il n'avait pas laissé la même impression.

« Je suppose que j'étais un peu trop sec moi-même, » admit-il prudemment.

« N'en parlons donc plus, » dit Lily en lui souriant. « Je suis sûr que vous savez ce que vous faites sinon le professeur Dumbledore n'aurait jamais accepté votre candidature. »

« J'en suis sûr, » dit Harry, se demandant négligemment comment il pourrait faire sortir sa mère de la pièce d'ici les prochaines… il regarda l'horloge. Deux minutes ?

« Maintenant, » continua Lily, n'ayant pas de mal à passer d'un sujet à l'autre. « Je pourrais jurer vous avoir déjà rencontré. Vous semblez si… familier. Cela vous dérangerait-il terriblement de m'en dire un peu plus sur vous. Je pense que je pourrais ainsi parler de vous à mes parents pour savoir si nous nous sommes déjà vus avant. »

Même si le comportement de Lily était presque présomptueux et qu'il devait être au Manoir Malfoy d'ici peu, il n'arrivait pas à trouver les mots pour la renvoyer ou la blesser. Harry s'assit et commença à lister les lieux où avait vécu Harry Ashworth. La maitrise des faussaires se révéla bientôt. Même s'il semblait que la famille Evans avait souvent voyagé, ils n'avaient jamais croisé le faux Harry Ashworth. Ashworth ne s'était jamais approché des attractions touristiques durant les saisons touristiques.

Quand l'horloge sonna la demi-heure, Harry en profita pour terminer la conversation. « Je suis désolé Miss Evans, mais je dois couper court à cette entrevue, » annonça-t-il en se levant.

Lily comprit, se leva et se dirigea vers la porte. « Peut-être pourrons nous en parler une autre fois, » dit-elle. « Mais appelez-moi Lily maintenant. »

Harry hocha la tête gravement et ferma la porte derrière elle. Il marcha après rapidement vers la cheminée, y jeta une poignée de poudre de cheminette, cria « Manoir Malfoy » et avança dans les flammes vertes. Sortir de l'âtre du Manoir Malfoy était difficile mais Harry y arriva, bien qu'il se sentait un peu malade.

« Mr Ashworth, » appela Romulus Malfoy depuis une porte proche, « bienvenue au Manoir Malfoy, ma demeure ancestrale. »

« C'est très beau » commenta Harry tout en surveillant les environs. Comparé au Square Grimmaud, la maison des Malfoy était très aérée et bien décorée. Harry n'était pas un expert en architecture mais il supposa que le style était français.

« Oui, c'est ce que j'ai toujours pensé, » dit Malfoy. « Et si je vous faisais faire un petit tour du propriétaire ? »

Harry accepta. Romulus semblait très impressionné par sa propre maison et Harry devait agréer même s'il sentait que le style était très surfait. Malgré cela, Harry fit de son mieux pour sembler abasourdi par la richesse du manoir, complimentant souvent Romulus et le remerciant pour l'opportunité de voir sa splendide demeure. Si Harry devait un jour attaquer de nouveau le manoir, il pourrait dire qu'il en connaissait bien l'intérieur.

Le tour fut bientôt fini et Romulus emmena Harry dans un petit parloir à l'arrière de la maison. « Je crains que ma femme ne soit pas à la maison, » dit Romulus « Et comme vous le savez mon fils est à Poudlard. Sinon je vous les aurais présentés. Comment s'en sort Lucius ? »

« Il s'en sort bien, » répondit Harry, essayant de se souvenir d'un détail spécifique à raconter. Harry n'avait pas encore sérieusement interagi avec le jeune homme. « Il semble bien s'entendre avec ses camarades. Rodolphus Lestrange semble être un de ses très bons amis mais il passe aussi du temps avec la jeune Narcissa Black. »

« Lestrange ? Lucius n'en a jamais parlé… » commenta Romulus vaguement. « Comme je le disais, ma famille n'est pas à la maison mais j'ai invité un de mes amis pour la soirée. »

En entrant dans la pièce, Harry découvrit que l'ami de Romulus n'était autre qu'Orion Black. Le patriarche Black se tenait en face d'un miroir. Il étudiait son propre reflet ainsi que celui de Romulus et celui d'Harry. Harry fut une nouvelle fois frappé par son apparence. L'âge avancé n'avait ni adouci ni affaibli l'homme, en fait il paraissait être plus dur. Il avait l'air relativement vieux pour avoir un enfant de l'âge de Sirius mais Harry supposait que certains sorciers et sorcières se mariaient simplement plus tard.

« Orion, Mr Ashworth vient d'arriver, » annonça Malfoy.

Orion se tourna et regarda Harry droit dans les yeux. « Bienvenue Mr Ashworth. »

Harry hocha la tête, préférant ne rien dire car il ne trouvait rien d'intelligent à dire. Il fut sauvé d'un silence gênant par Romulus qui invita négligemment ses invites à s'asseoir autour d'une petite table.

« Je parlais avec Harry ici présent, » dit Malfoy avait un étrange sourire sur le visage. « Il me disait que Lucius passe du temps avec le garçon Lestrange. »

Harry se demanda pourquoi Romulus racontait cela à Orion, mais il supposa qu'ils étaient amis et qu'Orion connaissant donc Lucius. Harry n'eut ni confirmation ni déni de son hypothèse car la réaction d'Orion n'était pas très révélatrice.

« C'est bon de voir un professeur qui montre un intérêt personnel envers ses étudiants, » dit Orion d'un ton grave, se penchant en arrière dans son fauteuil, mais ne se détendant pas.

Harry haussa des épaules. « Je les vois régulièrement c'est dur de ne pas remarquer ce genre de choses. »

« Vous avez raison », commenta Romulus en claquant des doigts. Un plateau avec plusieurs plats apparut et il le tendit à Orion et Harry qui se servirent. Il claqua une nouvelle fois des doigts et quelques verres apparurent, chacun contenant une sorte de liquide ambré. Harry supposa qu'il s'agissait de whisky-de-feu, mais comme il n'avait jamais eu le temps dans le futur d'essayer d'autres boissons, il ne pouvait pas l'identifier avec certitude.

« Nous aimerions savoir à quel point vous êtes doué pour observer et commenter certaines choses, » commença Romulus.

« Oui, » ajouta Orion calmement.

Harry les regarda l'un après l'autre, essayant désespérément de lire leurs visages afin de trouver quoi répondre. Il aurait dû mieux se préparer pour interagir avec les interlocuteurs les plus importants du monde magique ou du moins il aurait dû venir avec une stratégie en tête. Voulait-il infiltrer les disciples de Voldemort ou voulait-il apparaître comme un personnage neutre ? « Je ne sais pas, je ne suis pas particulièrement intelligent, » dit-il en pensant à Hermione. « Mais j'aime penser que je ne suis pas non plus un imbécile. »

« N'est-ce pas le cas de tout le monde ? » dit Malfoy avec un petit sourire. Harry se remémorait de nouveau à Lucius, mais le sourire n'était pas aussi agressif qu'il ne l'était de son temps.

Orion sortit de ses poches une liasse de papiers. Quand il y jeta un bref coup d'œil Harry vit qu'il s'agissait de journaux et de parchemins. « Faites moi une faveur et regardez ces articles de journaux, Mr Ashworth. Dites moi ce que vous en concluez. Dites nous ce que vous pensez. »

Harry prit le tas de papier et commença à les examiner tandis que Romulus et Orion buvaient leurs verres et regardaient Harry intensément. Chaque article détaillait un combat ou un problème similaire à celui dans lequel il avait été impliqué – même s'il semblait que chacun d'entre eux était moins sévère que le sien. Il y avait de temps en temps des sorciers et sorcières blessés au point de devoir être admis à l'hôpital mais à d'autres reprises, le combat était stoppé avant que quelqu'un ne soit blessé.

Les pensées d'Harry filaient à toute vitesse alors qu'il essayait de trouver quoi répondre aux deux sangs-purs. Il y avait des choses évidentes qu'Harry pouvait dire mais Harry ne pensait pas qu'Orion et Romulus s'y intéresseraient. Harry opta pour commencer à parler et espéra que cela l'aiderait un peu. « Et bien, il est évident qu'il y a eu de nombreuses perturbations ici. »

Romulus et Orion hochèrent la tête, tout en écoutant Harry avec toute leur attention.

« Chaque perturbation a été causée par le même groupe de personnes. De jeunes gens, sortis depuis peu de Poudlard Quand ils ont été entendus, ils ont généralement mentionné la même chose.

« C'est vrai, » dit Orion prudemment, levant ses sourcils. « Que voyez-vous d'autre ? »

Harry grimaça intérieurement. Il ne s'en sortait pas bien. Un enfant de dix ans aurait pu le leur dire. « S'ils disaient le même type de choses, cela signifiait que ce qu'ils ressentent est un problème commun pour tous. Pour être honnête, je peux voir ce qui les dérange, même si leur solution n'est particulièrement pas sage. » Qu'ils y réfléchissent un peu, soupira Harry. Quelles que soient les personnes avec qui ils sympathisent, j'ai raison en disant que leur comportement est idiot.

Orion soupira. « Oui, c'est bien vrai. »

Le patriarche Black allait ajouter quelque chose mais Harry fut soudain inspiré et développa son raisonnement, même s'il tricha un peu. « Non seulement ils y a ces ressentis mais quelqu'un ou quelque chose doit les ancrer activement en eux. » Harry supposa qu'une personne vraiment maline aurait pu deviner cela sans connaître la future montée au pouvoir de Voldemort mais il était prêt à se justifier s'il le devait.

« Impressionnant, » dit Romulus. « Vous n'êtes pas né de la dernière pluie Ashworth. »

« En effet, » agréa Orion. « Maintenant regardez les parchemins. »

Harry le fit et découvrit de nombreuses notes sur les différentes attaques qui avaient été faites contre les moldus. Les blessures étaient plus sérieuses mais le Ministère avait réussi à en guérir la plupart. Il se demanda comment Orion avait réussi à mettre la main sur ces rapports. Il n'y avait qu'une observation qu'Harry pouvait faire – surtout car il n'arrivait pas à émettre une opinion pas alors qu'il connaissait déjà la réponse. « Organisation, » dit-il finalement.

« En effet, » dit Orion. « Organisation. »

Harry s'assit et regarda les deux sorciers plus âgés, incertain de ce qu'il devait dire. « Qu'est-ce qui se cache derrière tout cela selon vous, » demanda-t-il. Il ne voulait pas dire si c'était bien ou mal car il ne savait pas avec certitude comment se positionnaient Orion et Romulus quant à Voldemort.

« Ce n'est pas bien, » dit Romulus.

« C'est vrai, » dit Harry, ne s'engageant pas.

« Nous espérions qu'en vous plaçant à Poudlard, vous pourriez garder les oreilles ouvertes, » dit Orion calmement. « Romulus et moi aimerions avoir plus de détails sur ce qu'il se trame derrière notre dos ou même devant nous. Il est évident que Lucius ne dit pas tout à son père, comme vous nous l'avez montré ce soir.

Harry hocha la tête. « Je pourrais faire ça. »

« Je pense avoir raison en disant que mon ami ici présent n'est pas enchanté à l'idée que Lucius soit aussi proche des frères Lestrange, » dit Orion et Romulus hocha la tête affirmativement. « Nous craignos que les Lestrange ne soit pas de bonnes personnes à fréquenter. »

« Très bien, » dit Harry. « Je peux garder un œil sur eux et découvrir ce qu'ils préparent. »

« Excellent, » dit Orion. « Vous pouvez voir ce qui doit être fait et nous prévenir si nécessaire. »