Disclaimer: Harry Potter appartient à JK Rowling et cette traduction de l'histoire de Lord Silvere que j'effectue n'est pas utilisée à des fins commerciales

Chapitre 21 : De graves conséquences

Lily faisait de son mieux pour lire son livre mais elle ne pouvait pas s'empêcher de regarder de l'autre côté de la pièce, là où Bellatrix se tenait devant sa coiffeuse. Sur la table se trouvaient la baguette de son père décédé et la bague que le Professeur Ashworth lui avait rapportées. Lily trouvait ça curieux qu'Ashworth ait pu lui transmettre ces souvenirs aussi vite – il devait être présent quand le Ministre Black était mort. Cependant elle ne s'épancha pas sur cette étrangeté. Le problème venait de la bouteille de whisky pur feu qui était à portée de Bellatrix.

Ses expériences passées avaient appris à Lily que lancer une discussion alors que Bellatrix était devant son miroir était inutile. Elle avait beau essayer, Lily n'arrivait pas à trouver les bons mots de réconfort à dire à cette fille qui venait tout juste de perdre son père. Abandonnant sa lecture, Lily regarda Bellatrix arranger ses cheveux de manière à porter son épingle à cheveux préférée. Puis elle mit le bijou noir dans ses cheveux et se regarda un instant dans le miroir avant de se servir un autre verre de whisky pur feu.

N'étant plus capable de continuer à regarder Bellatrix ou de lire dans ce silence oppressif, Lily roula hors du lit et quitta la pièce en prenant avec elle le livre qu'elle était en train de lire. En arrivant dans la salle commune, elle vit qu'elle avait plusieurs lieux possibles où s'asseoir. Cependant, Sirius Black l'avait aperçue et lui fit signe de s'asseoir avec lui et James Potter.

A contrecoeur, Lily s'approcha d'eux. « Vous faites vos devoirs ? » demanda-t-elle.

« Ouais, » dit Sirius même s'il était plutôt évident qu'il n'avait pas touché sa plume ou son parchemin depuis un certain temps. James, d'un autre côté, semblait être occupé avec un manuel de métamorphose, même si Lily remarqua qu'il lui jetait des petits regards quand il pensait qu'elle ne le voyait pas.

« Je vois, » dit Lily. En temps normal elle aurait essayé une remarque sarcastique, mais Sirius était poli et il venait juste de perdre deux membres proches de sa famille d'affilée. Se sentant mal à l'aise, Lily s'assit avec eux et fit comme si elle allait lire son livre.

Mais il semblait que Sirius voulait parler. « Comment va Bella ? » demanda-t-il.

« Elle n'a presque pas bougé, » soupira Lily. « Je crois qu'elle est toujours sous le choc. »

« Pas encore de larmes ? » demanda calmement James, levant les yeux de son manuel.

« Non, » dit Lily.

James hocha la tête lentement. « Je n'étais pas vraiment sûr si elle était capable de pleurer. Elle semble toujours si… dure. »

« Mais c'est son père qui est mort, » dit Sirius. « Ils ont toujours eu une relation assez proche – du moins jusqu'à ce qu'elle n'arrive à Poudlard. »

« Oh ? » dit Lily, exprimant son intérêt quant au passé de Bellatrix.

« Bella et ma tante ont toujours eu de fortes personnalités, » expliqua Sirius. « Elles ne s'entendaient pas. Quand Bella a grandi, elle allait travailler avec mon oncle et il faisait de son mieux afin que les relations entre Bella et ma tante ne s'aggravent pas plus. »

« Et ses sœurs ? » demanda James.

Sirius haussa des épaules. « Andromeda a toujours porté un masque d'apathie et a réussi à ne pas s'attirer d'ennuis. Ma tante n'avait donc plus qu'à se concentrer sur Narcissa. Elle a eu toute son attention. Elle est un peu trop gâtée mais elle n'est pas mauvaise. »

« Donc tu penses qu'elle est très touchée ? » dit James.

« Oui, je pense, » dit Sirius, en se penchant en arrière pour arrêter les devoirs qu'il ne faisait pas de toute façon. Il hocha la tête, pensif. « Réfléchis. Mon père et mon oncle étant maintenant morts, elle n'a plus personne de proche dans la famille Black. Quand elle rentrera à la maison cet été, sa vie va être un véritable enfer. »

Lily leva les yeux au ciel. « Tu sembles oublier le professeur Ashworth. Elle est très proche de lui. Il y a aussi le fait qu'elle a dix-sept ans et donc majeure dans le monde magique. Elle peut transplaner où elle veut quand elle veut et éviter sa mère si leur relation est vraiment si mauvaise.

Sirius se mordit les lèvres. « Je pense que tu as en partie raison. Elle est majeure et elle a hérité pas mal d'argent de mon père. Quand à Ashworth, cependant, il va peut-être quitter la Grande Bretagne et rentrer chez lui en Australie. Elle sera assez seule dans ce cas, même si elle choisit de déménager hors de la demeure familiale. »

« Pourquoi le professeur Ashworth ferait ça ? » demanda Lily.

« Le professeur Slughorn va bientôt être capable de revenir enseigner, » souligna James, à moitié concentré sur son livre. « Ashworth sera sans emploi. Pas seulement ça, il ne faut pas oublier le Seigneur des Ténèbres. Ashworth serait fou de rester dans le coin. »

« Seigneur des Ténèbres ? » couina Lily, comme si elle avait reçu un coup dans le ventre.

« Oups, » dit James, se reconcentrant soudainement sur son livre et évitant le regard de Sirius. Mais c'était inutile cependant. Au lieu d'être en colère, Sirius regardait nonchalamment de l'autre côté, faisant comme s'il n'avait pas entendu la gaffe de James. Voyant qu'il était fait, James essaya de limiter les dégâts. « Ne t'en fais pas, c'est rien,» murmura-t-il.

Lily les regarda tous les deux. « Vous en avez trop dit. Maintenant vous allez tout me dire. »

Sirius soupira et ramena son attention sur le groupe. « Apparemment, mon défunt père a découvert qu'il existe un autre Seigneur des Ténèbres. C'est pourquoi ils ont fait campagne pour que mon oncle devienne Ministre de la Magie. Le professeur Ashworth travaillait pour eux pour essayer de saboter la montée au pouvoir de ce mage noir. C'est le Seigneur des Ténèbres qui a tué le père de Bellatrix. Et probablement aussi mon père. »

« Comment savez-vous que c'est le Seigneur des Ténèbres qui l'a fait ? » demanda Lily, vaguement effrayée mais aussi suspicieuse.

« Ashworth me l'a dit, » rétorqua Sirius. « Quand il attendait Bella, j'ai demandé si le Seigneur des Ténèbres était présent quand Cygnus est mort. Il a dit oui. »

« C'es pourquoi, » intervint James, « Ashworth serait fou de rester ici quand Slughorn reviendra et le rendra sans emploi. D'après ce que tu as dit avant, Ashworth agissait comme si la seule raison pour laquelle il était en vie était à cause du sacrifice de Romulus Malfoy. Ce n'est qu'une question de temps avant que le Seigneur des Ténèbres n'abatte Ashworth. Tu sais, pour se débarrasser de tous les témoins. »

« Je vois, » dit Lily, la gorge sèche. « Qui d'autre est-ce que ce mage noir veut tuer ? »

Sirius regarda Lily, son jeune visage se fendant d'une grimace. « Probablement les nés-de moldus et les moldus.

Quelques heures après minuit, Harry abandonna et admit qu'il n'arriverait pas à s'endormir. La mort de Romulus et Cygnus pesait lourdement dans son esprit. Encore plus que la responsabilité qui reposait maintenant sur ses épaules. Sans les Black et les Malfoy, que pourrait-il faire d'utile dans sa lutte contre Voldemort ? Complètement réveillé et alerte, il sortit de son lit et s'habilla lentement en pesant ses options.

Harry marcha jusqu'à son salon, s'avachit dans un fauteuil et se pencha en arrière. Il commença à faire l'inventaire de ses atouts. Il avait Bella pour allié, de l'argent pour ses dépenses et des informations sur Voldemort et le futur, même si celles-ci commençaient à perdre de la valeur. Cela ne s'annonçait pas bien, mais d'un autre côté, le ministère était armé contre Voldemort et Dumbledore avait été prévenu. Peut-être que le directeur avait même déjà formé l'Ordre du Phoenix. Maugrey avait laissé échapper qu'il connaissait l'existence du Seigneur des Ténèbres, il était donc plausible de croire que Dumbledore avait passé l'information à quelques personnes.

Se permettant un peu de repos, Harry ferma les yeux. La clé était de tuer Voldemort, de lui couper l'herbe sous le pied. Est-ce que l'Ordre et le Ministère le comprendraient ? Quoi qu'il en soit, il devait trouver un moyen d'apporter plus d'informations à Dumbledore. Le vénérable sorcier était celui qui avait le plus de chances de retarder le plus Voldemort afin qu'Harry trouve un moyen d'accomplir la prophétie et de tuer le Mage Noir.

Harry était toujours dans son fauteuil, à songer à sa situation quand il entendit la porte s'ouvrir et se fermer. Il ouvrit les yeux afin de découvrir l'identité de son visiteur. C'était Bellatrix. Il ressentait trop d'émotions pour montrer sa réaction mais son désir de vouloir être plus gentil que d'habitude avec Bellatrix, désormais sans père l'incita à se redresser et à jouer l'hôte sympathique. « Tu ne peux pas dormir, toi non plus ? » demanda-t-il, la regardant avec attention. Elle portait un peignoir noir, les bras croisés sur sa poitrine. Il se demanda s'il devait commander quelque chose en cuisine – mais il ne savait pas si les elfes de maison pouvaient préparer quelque chose si tard dans la nuit.

Au lieu de répondre à la question d'Harry, Bellatrix le dévisagea, ses yeux ayant l'air assez éteints. Remarquant cette curiosité, Harry fronça les sourcils et agita sa main devant son visage. Ses yeux la suivirent mais quelque chose semblait mort en elle. « Bellatrix ? Tu vas bien ? » demanda-t-il.

« Je n'arrive pas à dormir, » lâcha-t-elle, dévisageant toujours Harry avec ses yeux violets. Ses bras tombèrent sur le côté et elle avança un peu vers le canapé, puis s'arrêta et continua son étude d'Harry.

Immédiatement, Harry réalisa qu'elle était bourrée. Il soupira doucement. « Il vaut qu'on te ramène au lit, » dit-il. « Si nous avons un peu de chance, nous te trouverons une potion de sommeil sur le chemin. Après une bonne nuit et une potion de gueule de bois, tu te sentiras bien mieux. »

Il semblait que ce n'était pas la réaction que Bellatrix attendait. Elle serra la mâchoire et regarda ailleurs que vers Harry, lui montrant son pâle profil et délicat.

Harry réprima un soupir et fit de son mieux pour la réconforter. « Que veux-tu Bella ? »

Elle ramena son regard vers lui. Lentement, elle s'approcha, détacha sa robe de chambre puis s'en débarrassa, la laissant uniquement en sous-vêtements. Incapable de s'en empêcher, Harry la regarda, remarquant ses belles courbes. Ayant obtenue la réaction désirée, Bellatrix se pencha, puis s'assit sur les genoux d'Harry. Il fut trop étonné pour réagir. En un instant, elle s'accrocha à lui et plaça ses lèvres sur les siennes.

C'était un baiser très humide et aromatisé au whisky pur feu. Ceci, combiné à la réalisation qu'elle était une étudiante de dix-sept ans, Harry se raidit soudainement. Bellatrix sentit immédiatement la réaction d'Harry et l'interpréta comme un signe de révulsion et de rejet. Elle brisa le baiser, plaça sa tête contre la poitrine d'Harry et commença à sangloter de manière incontrôlée. Harry la prit dans les bras et essaya de la réconforter, mais en vain. Elle continua à pleurer.

Tenant toujours Harry entre ses bras, et la tapotant occasionnellement dans le dos, Harry essaya d'analyser la situation. Etait-elle vraiment venue le voir pour le séduire ? Ou était-ce venu soudainement à cause de l'alcool ? Il secoua la tête tout en essayant de décider s'il devait la laisser assise sur ses genoux ou si il devait y aller et lui trouver quelque chose à manger et à boire.

Finalement, Harry se sentit trop fatigué pour faire quoi que ce soit. Au bout d'un moment, ses sanglots s'affaiblirent et il somnola pendant une vingtaine de minutes. Quand il se réveilla, elle avait complètement arrêté de pleurer, mais était restée assise sur les genoux d'Harry. Remarquant que ses jambes commençaient à être engourdies, Harry essaya de bouger un peu pour que son sang circule à nouveau. Le mouvement alerta Bellatrix qu'il était réveillé et elle bougea sa tête afin de regarder Harry dans les yeux. Cette grande proximité entre son visage et le sien le rendait mal à l'aise – ça et le fait que ses yeux étaient encore peu éteints.

« Tu te sens mieux ? » demanda Harry.

« Un petit peu mieux, » admit Bellatrix après un moment. Elle était clairement encore sous l'influence de l'alcool mais semblait s'être un peu ressaisie.

Harry hocha la tête. « Je pense que j'ai quelques sucreries dans la pièce. Si tu descends de moi, je peux les chercher. Cela te fera peut-être sentir mieux. »

Bellatrix baissa la tête et rougit. « Bien sûr, » dit-elle, descendait rapidement, bien que maladroitement. Rougissant toujours, elle récupéra son peignoir et le remit. « La pire séduction du siècle, » confessa-t-elle, sa voix montant dans les aigus. « Le moins que j'aurais pu faire, c'était de porter une lingerie un peu plus sophistiquée – ou rien du tout. »

Harry ne put s'empêcher de sourire. Bellatrix, dans toute sa splendeur était de retour, bien qu'encore un peu bourrée. « Tu es quand même magnifique, » dit-il, en retrouvant une chocogrenouille et en la lui tendant. « Cela devrait t'aider. »

Elle accepta le chocolat ainsi que le fauteuil près de la table à café sur laquelle elle se percha, les jambes croisées. Il ne l'avait encore jamais vu assise ainsi. Il l'attribua à son état d'ivresse. Harry retourna sur son canapé et la regarda gouter délicatement le chocolat. Harry trouvait cette image adorable. Malgré sa fascination quant à son apparence, la fatigue qui l'avait poussé à somnoler était de retour. Harry savait que c'était le signe qu'il pouvait encore avoir quelques heures de sommeil avant la fin de la nuit.

« Harry ? »

« Oui, » marmonna-t-il, essayant de garder les yeux ouverts.

« Maintenant que mon père est mort, ainsi que mon oncle, certaines options ne me sont plus ouvertes. Du moins, je n'ai plus vraiment beaucoup de bonnes options. »

« Hmmm. »

« Quand les cours seront finis, cela te dérangera-t-il que je m'installe avec toi ? » demanda doucement Bellatrix.

Harry haussa les épaules, se sentant légèrement mal à l'aise. Depuis qu'il était arrivé dans le passé, lui et Bellatrix s'étaient bien entendus et il la sentait proche de lui, même plus proche que Ron et Hermione ne l'avaient été. Cependant, il y avait l'aspect romantique à considérer. Il n'était pas encore prêt à s'engager dans une relation, du moins pas au même stade que Bellatrix voulait. « Je n'ai pas vraiment de chez moi. »

« Tu as suffisamment d'or pour acheter une maison, » lui rappela Bellatrix, sa voix, toujours douce et calme, bien que sérieuse. « De plus, tu en as assez pour louer une chambre dans un pub ou un hôtel en attendant. »

« C'est vrai, » admit Harry, ses pensées vaguement tournées vers l'or des Black et des Malfoy qu'il contrôlait. Cela lui rappela qu'il devait lui parler de l'or Malfoy mais ce n'était pas là le bon moment.

« Alors ? Ça te va ? Harry, s'il te plait. Ce serait une erreur pour moi de retourner chez ma tante et ma mère maintenant. De plus, maintenant que la guerre est sur le point de vraiment débuter, nous devons continuer à travailler ensembles. Je promets que je ne…euh…que j'attendrais que tu sois prêt pour refaire ce que je viens de faire, » dit Bellatrix, ses joues se colorant de rouge. « A moins bien sûr que… »

« Très bien, » accepta Harry, la coupant délibérément. Il réalisa que c'était en fait l'option la plus décente pour elle. Les termes semblaient aussi bons. Il pourrait lui faire tenir la promesse de garder ses distances, même s'il suspectait qu'elle continuerait à le pousser au mariage ou trouverait d'autres moyens pour le séduire. »

« Merci, Harry, » dit Bellatrix, semblant complètement sérieuse et sincère.

Harry hocha la tête. « Et bien, nous avons encore le temps de dormir un peu cette nuit. Si cela ne te dérange pas, je vais me coucher. »

« Très bien, » dit Bellatrix, ayant l'air satisfaite. « Je te vois demain. »

Le lendemain, Harry entra dans la Grande Salle ayant hâte de prendre son petit-déjeuner. Voyant les plats sur les tables des étudiants et le nombre d'étudiants présents, Harry en déduisit que les elfes venaient juste de servir la nourriture. C'était une bonne chose parce que cela lui donnerait assez de temps pour préparer son cours de la matinée.

Quand il arriva à la table des professeurs, il découvrit deux lettres qui l'attendaient. Harry les ignora et se servit une généreuse dose d'œufs, de pommes de terre et de bacon dans son assiette. Un peu de sirop par dessus pour adoucir le tout, et Harry fut aux anges. Il se servit un peu de jus de citrouille, puis regarda son courrier.

La première lettre venait d'Alastor Maugrey. Le contenu de la lettre était bref. En fait, Maugrey demandait qu'Harry le rencontre aussi vite que possible pour discuter de la mort du Ministre Black. Harry devait juste suggérer l'heure et le lieu. Si Harry ne se décidait pas assez rapidement, Maugrey serait ravi de lui offrir une escorte pour le lieu de son choix.

Harry leva les yeux au ciel. Maugrey ou Prewett ou les deux pensaient probablement qu'il était coupable d'avoir tué Black et Malfoy. Un sérum de vérité ou un serment magique suffirait de résoudre le problème. Il n'y avait rien de ce qu'il s'était passé cette nuit, excepté le fait que Malfoy lui avait demandé de prendre son or, qu'Harry n'était pas prêt à partager avec le Ministère. Ils pourraient peut-être même être impressionnés en découvrant que je suis presque devenu sous-secrétaire, ricana Harry. Que penserait alors Ombrage ? Vaguement, Harry se demanda si l'odieuse sorcière avait déjà commencé à travailler au Ministère.

La prochaine lettre était inattendue et déconcertante. Elle venait du professeur Dumbledore. La présence d'Harry dans le bureau du directeur était immédiatement requise après la fin du petit-déjeuner d'Harry.

Harry prit plus de temps que nécessaire pour manger afin de réfléchir à ce que Dumbledore lui voulait et ce qu'il devrait dire. Il se pouvait bien que Dumbledore veuille plus de détails sur la façon dont le Seigneur des Ténèbres avait tué Cygnus Black. Là, Harry pourrait l'aider. Dumbledore en voudrait-il plus ? Harry supposa qu'il pourrait broder un peu. Peut-être pouvait-il faire le nécessaire pour devenir une source primaire d'informations sur Dumbledore et finalement l'Ordre. Au moins, cela l'informerait sur les actions de l'Ordre.

Réalisant que l'arrêt au bureau de Dumbledore le rendrait en retard s'il ne se dépêchait pas, Harry termina rapidement son repas et quitta la Grande Salle. Quelques minutes plus tard, il montra l'escalier et frappa à la porte du directeur.

« Entrez, » lança Dumbledore.

Harry entra, fermant la porte derrière lui. Dumbledore fit un signe fatigué vers Harry pour qu'il s'asseye devant son bureau. Visiblement, le directeur était épuisé. Ses mouvements étaient lents et ses yeux bleus étaient troublés. Harry était perturbé, non seulement parce qu'il voyait Dumbledore dans un tel état, mais aussi parce que les yeux troublés de Dumbledore le fixaient maintenant intensément. Finalement, le directeur attrapa son bol de bonbons au citron et en proposa à Harry. « Une pastille au citron ? »

« Oui, merci, » dit Harry, acceptant la pastille pour essayer d'être poli.

« La perte du Ministre Black est une tragédie, » dit Dumbledore, reposant le bol sur son bureau sans en prendre une. « Peut-être une plus grande tragédie que tout le monde le pense, » ajouta-t-il.

Harry hocha la tête, mais il n'avait pas le cœur à parler –même pas pour combler le silence.

« J'ai cru comprendre que vous étiez là quand ça s'est passé, » dit lentement Dumbledore.

« Oui, » admit Harry. « C'était assez moche. J'ai eu de la chance de m'en sortir vivant. »

Dumbledore hocha la tête pour le confirmer, ses yeux maintenant dirigés vers l'un des divers portraits sur le mur, même s'il ne semblait pas vraiment en regarder un en particulier. « Je suis sûr que le Ministre voudra que vous lui disiez tout ce que vous savez. J'espère que vous coopérerez. Non seulement, vous avez des informations sur ce qu'il s'est passé cette nuit, mais vous avez indubitablement des informations sur ce que vous, les Black, et le regretté Mr Malfoy faisiez pour combattre ce Seigneur des Ténèbres. »

« Bien sûr, » dit Harry. « J'ai déjà été contacté. Je me mettrai à leur disposition. »

« Bien, » dit Dumbledore. Il s'arrêta un instant puis insista. « Vous, les Black et Mr Malfoy avez accompli bien plus de choses que vous ne le réalisez. Le Ministère s'est préparé pour un conflit et a adopté la bonne ligne de conduite. Je peux vous assurer Harry, que l'ancien Directeur Foxe aurait été un piètre leader dans de telles difficultés. Puis, il y avait la Ministre Thornton. » Dumbledore fronça des sourcils. « Je suis pas complètement sur que son retrait du bureau était aussi légitime qu'Orion Black a voulu nous le faire croire. J'admettrai, cependant, que si elle avait été aux commandes aujourd'hui, cela aurait été problématique. »

Harry haussa modestement les épaules. « Je ne peux pas vraiment dire que j'ai été impliqué dans cette manœuvre politique. »

« Non, je ne crois pas, » dit Dumbledore. Il sourit brièvement. « Si vous aviez été plus impliqué dans les négociations politiques de la famille Black, vous auriez passé la nuit à rallier leurs alliés. En réalité, c'est Davian Prewett qui l'a fait. Il semblerait qu'il est devenu l'héritier des alliances forgées par la famille Black. Je pense qu'il est sûr de dire qu'il sera notre prochain Ministre de la Magie, Harry. »

« Je vois, » dit Harry, se demandant s'il aurait pu avoir un impact sur qui deviendrait le prochain Ministre. Cela n'aurait pas changé grand chose, songea-t-il. Je n'aurais jamais pu devenir Ministre moi-même et je ne crois pas qu'il y ait quelqu'un de plus compétent que Prewett.

Dumbledore hocha la tête, se penchant dans son siège et regarda le vide. Finalement, il prit une expression sérieuse et s'adressa à Harry. « J'ai une autre raison pour avoir demandé de venir ce matin, Harry. »

« Oh ? » dit Harry.

« Oui, » dit Dumbledore. « Il s'agit d'une affaire délicate. Je ne veux pas pour embarrasser ou vous couvrir de honte, et je ne veux pas non plus que vous pensiez que je suis votre ennemi. Cependant, j'ai bien peur ne plus avoir le choix. »

Soudainement, Harry se sentit très concerné. « De quoi s'agit-il, directeur ? »

Dumbledore soupira calmement. « S'il vous plait, laissez moi vous expliquer les faits et mon raisonnement avant de m'interrompre. Je peux vous assurer que je vous donnerai une chance de répondre. »

Se sentant très confus, Harry hocha la tête, n'ayant pas le choix.

« Harry, » dit Dumbledore, « comme vous le savez, les préfets doivent patrouiller dans les couloirs la nuit. La nuit dernière, Bellatrix Black a été vue quitter vos quartiers. »

Harry grimaça et se pencha en avant pour s'expliquer, mais Dumbledore leva la main, rappelant à Harry qu'il voulait terminer avant d'être de nouveau interrompu.

« Il n'est pas approprié que de telles relations entre professeurs et étudiants existent, » continua Dumbledore. « Je reconnais cependant qu'il y a des circonstances atténuantes. D'une part, Bellatrix est majeure dans le monde sorcier. Deuxièmement, vous êtes un proche ami de la famille. Et troisièmement, la famille venait de vivre cette nuit une horrible tragédie. Il y a aussi le fait que Bellatrix Black est une jeune femme extrêmement entreprenante. Cependant, le fait est qu'il y a une distance à respecter entre les étudiants et les professeurs. »

Harry avait l'impression d'avoir reçu un coup de poing dans l'estomac. Il aurait dû être plus prudent.

« Maintenant, » dit Dumbledore, « il y a aussi le fait que vous avez été recruté pour être remplaçant parce que le professeur Slughorn est tombé malade. Il vient de récupérer. Vu que mon professeur titulaire de potions est capable de reprendre son travail, et vu que les activités du professeur de potion remplaçant vous placent sous un mauvais jour, il serait irresponsable de ma part de vous garder dans l'équipe professorale de Poudlard. Harry, je vais vous demander de partir. »

Dumbledore leva de nouveau sa main, anticipant le fait qu'Harry allait répliquer. « Je ne le fais pas par méchanceté, Harry. Je vous ferai une lettre de recommandation pour les emplois éventuels auxquels vous postulerez. Vous recevrez votre paie à la fin du mois. De plus il y a une conséquence positive. Vous pourrez librement faire la cour à Bellatrix, même si elle restera étudiante. »

Harry était trop surpris pour répondre pendant une minute ou deux. Finalement, il sortit sa seule défense. « Directeur, je peux prouver qu'il ne s'est rien passé entre nous la nuit dernière. Nous n'avons pas… »

Directeur secoua la tête. « Cela n'est pas important Harry. Le fait qu'elle ait quitté vos appartements dans une telle tenue n'est pas tolérable. Je ne veux pas savoir ce qu'il s'est passé derrière ces portes fermées. »

Désespéré, Harry réfléchit à une défense possible, mais ne put en trouver aucune. « Quand dois-je partir ? » dit-il finalement.

« Avant le déjeuner, » dit Dumbledore. « Je suis désolé que cela soit si rapide, mais le Professeur Slughorn arrivera dans moins d'une heure pour reprendre vos cours. Il voudra avoir l'occasion de retourner dans ses quartiers et son bureau avant demain. »

« Je suppose que je ferai mieux de commencer, » soupira Harry.

« Oui, » dit Dumbledore. « Vraiment Harry, je suis désolé que cela se passe de cette façon. Peut-être que quand Miss Black aura quitté Poudlard et qu'il y aura un poste disponible dans notre équipe, nous pourrons vous engager de façon permanente, mais pas en tant que maitre de potions, je pense. »

Harry se leva et se tourna pour partir, même s'il lui jeta un dernier coup d'œil. « La défense contre les Forces du Mal a toujours été mon point fort, » dit-il.

Dumbledore sourit et ses yeux pétillèrent légèrement. « Je suis heureux de l'entendre, Harry, plus que vous ne pourriez le penser. »

Harry ferma la porte sur le directeur. « Je pense que je le sais bien, » marmonna-t-il.

Cela ne prit pas beaucoup de temps à Harry pour faire ses bagages. Il n'avait pas beaucoup de possessions, n'étant arrivé qu'il y a quelques années dans le passé. A la fin, ce qu'il lui prit le plus de temps, ce fut de mettre à jour les dossiers des étudiants pour le professeur Slughorn, qui, comme Harry le savait, était déjà en train de redonner ses cours dans la salle de potions.

D'une certaine façon, c'était un soulagement. Harry supposa qu'avec la mort d'Orion, de Cygnus et de Romulus, il aurait maintenant bien plus de temps pour comploter contre le Seigneur des Ténèbres. Harry n'était pas complètement sûr de savoir que faire, maintenant que le jeu avait été si drastiquement altéré la nuit d'avant. Il savait cependant qu'il trouverait des choses à faire. Il avait en effet aidé durant la guerre de l'Ordre contre Voldemort pendant de nombreuses années.

Il avait presque fini quand quelqu'un frappa à la porte. Harry leva les yeux et découvrit que c'était sa mère. « Lily, » dit-il, en souriant.

« Professeur, » dit-elle lentement. « Est-ce vrai que vous nous quittez ? »

« Oui, » admit Harry. « C'est vrai. »

« Pourquoi ? »

Harry haussa des épaules, ne voulant pas vraiment admettre à sa mettre qu'il était suspecté d'avoir couché avec Bellatrix Black. Maintenant qu'il y pensait, Hermione, Ron et toutes les autres personnes du futur auraient été dégoutés. Mme Weasley aurait eu une attaque. La future version de Sirius aurait cependant peut-être ri. « Mes services ne sont plus requis, » dit-il lentement. « Professeur Slughorn est guéri. »

« Ils auraient quand même pu attendre jusqu'à la fin du semestre, » dit Lily d'un ton hautain. « Ce n'est pas si loin. »

Harry ne savait pas si elle remettait en question la raison qu'il lui avait donnée ou si elle critiquait l'école. Il espérait que c'était le dernier choix. « Quoi qu'il en soit, je n'ai pas le choix, » dit Harry. Il s'arrêta et étudia Lily. « Je veux que vous sachiez, Lily, que ça a été un réel plaisir de faire votre connaissance. Si jamais vous avez besoin d'aide, je veux que vous m'appeliez. »

« Peut-être pourriez-vous me donner quelques astuces pour le duel, » dit Lily. « Sirius et James m'ont parlé du Seigneur des Ténèbres. Ils pensent qu'il veut tuer les nés-de-moldus et les sangs-mêlés. »

Harry hocha la tête. « Oui, c'est exactement ce qu'il veut faire. Je peux vous le garantir. »

Les yeux de Lily s'écarquillèrent. « Donc vous pensez que je suis en danger ? »

« Probablement, » dit Harry, se demandant si elle serait un jour une cible. Il y avait peu de chance qu'elle donne naissance à un autre Harry Potter – du moins si les livres sur les voyages temporels étaient corrects. « Regardons ça de cette façon, » commença Harry, « il est impossible d'être trop paranoïaque quand on a à faire à un Seigneur des Ténèbres. Il faut toujours prendre des précautions et rester avec les gens en qui on a confiance. »

Lily hocha la tête, acceptant immédiatement le conseil d'Harry. Même si elle avait été informée sur le Seigneur Noir, l'ajout personnel d'Harry sur la question n'était pas rassurant.

Harry hésita un peu, puis décida d'arrêter de jouer la prudence. « J'aimerai également vous donner un petit conseil, Lily. Votre amitié avec Severus Rogue n'est pas une mauvaise chose. Cependant, il a certains problèmes. Il sera facilement séduit par les arts noirs. Peut-être pourrez-vous le sauver, mais s'il vous plait, ne vous investissez pas trop. Choisissez quelqu'un capable de s'opposer dès le début au Seigneur des Ténèbres. »

« N'est-ce pas un peu trop tôt pour que je commence à sortir avec quelqu'un, » demanda Lily, en souriant timidement.

« Si vous le dites, » marmonna Harry. « Restez juste prudente. »

« Je le ferais, Professeur Ashworth. Je suppose que je devrais mieux vous laisser maintenant. » Elle se tourna et partit.

Mais avant qu'elle n'ait atteint la porte, Harry la rappela. « Lily, » dit-il.

« Oui ? »

Harry enleva la bague que lui avait remise Romulus Malfoy, celle jumelle de celle qu'avait possédé Cygnus Black. Il possédait maintenant la chevalière Malfoy et n'avait plus besoin de garder l'autre. « Prenez ça, » dit-il. « Si jamais vous êtes dans le pétrin et que vous avez besoin d'aide, tournez la pierre. Je ferais ce que je peux pour vous aider. Je le promets. »

Lily prit la bague et la glissa à un doigt de sa main droite. « Merci professeur. Je pense que c'est une très belle bague. »

Puis, elle s'en alla. Harry finit rapidement de mettre à jour les dossiers du professeur Slughorn. Il regarda brièvement dans les tiroirs et les armoires pour s'assurer qu'il n'avait rien oublié. Finalement, il vérifia ses poches pour s'assurer que toutes ses valises réduites y étaient. Il était prêt à partir.

Il se dirigea vers le hall d'entrée et croisa une Bellatrix très pâle. L'expression triste sur son visage ainsi que sa posture lui donnaient un air très fragile. Bellatrix s'avança et serra brièvement Harry dans ses bras. « C'est ma faute, » dit-elle lentement.

« Tout va bien, » dit Harry. « Vraiment. J'ai beaucoup de choses à faire. Je vais tout simplement trouver un endroit où rester et m'occuper. Ce n'est pas vraiment comme si j'avais besoin d'un travail maintenant. »

« Ouais, » dit Bellatrix. « Tu as tout l'argent des Black. »

« Et celui des Malfoy, » ajouta Harry voix basse afin que personne ne puisse l'entendre. « Romulus m'a remis sa bague et m'a fait vider la voute Malfoy. »

Bellatrix lui fit un grand sourire. « C'est la meilleure nouvelle que j'ai entendue de la journée. Je suppose cependant que tu n'as pas de propriété Malfoy. »

« Non, » dit Harry. « Je suppose qu'il ne pouvait pas faire ça. »

« Ainsi Lucius va quand même hériter de quelque chose, » songea Bellatrix. « Il sera capable de se rebâtir petit à petit une autre fortune. »

« Il vaut mieux que ça que lui avoir laissé tout l'or nécessaire pour commencer, » répondit Harry.

« C'est vrai, » dit Bellatrix. « Où vas-tu vivre maintenant ? »

« Je ne sais pas, » dit Harry. « Je n'y ai pas encore pensé. »

« Peut-être devrais tu continuer à louer une chambre jusqu'à ce que je puisse te rejoindre, » suggéra Bellatrix. « Mon père avait l'habitude d'acheter et de vendre des propriétés. Je pense que je pourrais nous trouver une bonne affaire qui sera facilement protégée. Je connais de bons tuyaux. »

« C'est un bon plan, » dit Harry. « J'ai également pensé à la communication entre nous deux. Je peux faire le sort de projection et te rencontrer ici à Poudlard.

« Je n'y avais pas pensé, » dit Bellatrix, ayant l'air assez excitée. « C'est une très bonne idée. Tu pourras me trouver dans la Chambre des Secrets. Je vais finir de découper cette carcasse de basilic. Si je n'y suis pas, vérifie ensuite la Salle sur Demande. »

« En fait, j'avais une autre idée, » dit Harry, se rappelant comment il avait remis à Lily l'une des bague Malfoy. « Cette bague de ton père, c'est quelque chose que Malfoy lui avait donné. Si tu tournes la pierre, cela te permettra de joindre la bague de famille Malfoy. » Il leva la main. « Tourne-la et je te rejoindrai dans la Salle sur Demande aussi vite que possible. »

Bellatrix haussa un sourcil. « C'est une bague spéciale, » observa-t-elle. « Cependant, je préfère la Chambre des Secrets. Je vais après tout y passer tout mon temps libre. Je n'enverrai pas de signal si je n'y suis pas. »

« Okay, » dit Harry, se demandant pourquoi elle préférait ce lieu.

« Très bien, » dit Bellatrix.

« Ouais, » dit Harry. « Je suppose que je te verrai bientôt. » Cela commençait à ressembler à un rendez-vous gênant. Harry décida de lui serrer la main et partit. Heureusement, Bellatrix ne choisit pas de rester assise et de le regarder partir. Elle monta l'escalier dès qu'Harry quitta l'entrée du château.

Lord Voldemort était à l'agonie. La méthode employée par Romulus Malfoy pour faire tomber le mage noir avec lui avait été faite pour laisser la victime, si elle survivait, dans de terribles souffrances. Quelques potions n'avaient pas été faites pour être enflammées. En conséquence, pour Voldemort, les effets avaient été désastreux. Sa tête et ses mains étaient maintenant sévèrement brûlées. Les sorts de soins et les potions n'avaient pas pu le guérir entièrement. Maintenant, il n'y avait plus qu'un tissu cicatriciel et d'horribles marques. Pire, il avait encore l'impression d'être en feu. Cela n'arrangeait pas son humeur.

La porte de la pièce dans laquelle Voldemort était assis, seul, s'ouvrit sur l'un des Lestrange. Il s'approcha lentement. « Mon Seigneur, » commença Rodolphus Lestrange. « Lucius et Mulciber viennent de revenir de Gringotts. »

« Fais les entrer, » ordonna sèchement Voldemort. Il ne voulait pas bouger plus que nécessaires les muscles de son visage.

« Il en sera fait selon vos désirs, » répondit Rodolphus en s'inclinant et en quittant le Seigneur des Ténèbres pendant un court instant.

Voldemort prit une profonde respiration et ferma les yeux, essayant de contrôler ses émotions. Satisfait sur sa sérénité et prêt à s'occuper de ces idiots incompétents, il ouvrit les yeux et tourna la tête pour faire en sorte que son visage soit caché dans les ombres de la pièce. Il ne voulait pas que ses partisans voient l'étendue de ses blessures.

Finalement, Lucius et Mulciber entrèrent dans la pièce. Immédiatement, Voldemort comprit qu'ils étaient porteurs de mauvaises nouvelles. C'était déconcertant car Voldemort avait été sûr qu'ils ne pourraient pas échouer cette mission.

« Rapport, » siffla Voldemort. Il réalisa qu'il était déjà en train de perdre son calme mais se rassura par le fait que ce sifflement lui permettait ne pas trop bouger son visage.

Ni Lucius ni Mulciber ne voulaient être celui à apporter la nouvelle et un bref duel de volontés s'engagea. Mulciber gagna. Il était plus âgé et plus intimidant. Il y avait aussi le fait qu'il connaissait Voldemort depuis plusieurs années maintenant. Il poussa Lucius en avant.

Lucius tomba aussitôt à genoux. « Mon Seigneur, » dit-il, « il n'y avait plus d'or dans la voute. »

« Comment est-ce possible ? » demanda Voldemort. Ses blessures et sa posture dans l'ombre l'empêchaient de montrer sa colère mais il était sûr que Lucius avait entendu la malfaisance dans sa voix.

Lucius était trop effrayé pour parler. Finalement, Mulciber intervint. « Mon Seigneur, » dit-il d'une voix doucereuse, « les gobelins ont sous-entendu que l'or a été retiré par une personne étant venue avec la chevalière des Malfoy. »

« Quand ? » demanda Voldemort.

« Peut-être la nuit dernière, » s'aventura Mulciber. « Ils n'étaient pas très bavards. Ils nous ont cependant assuré que les biens et propriétés Malfoy n'avaient cependant pas été pris. »

« Se pourrait-il que votre mère soit en possession de l'or ? » demanda Voldemort à Lucius.

« C'est une possibilité, » admit Lucius.

« C'est peu probable, » contra Mulciber. « Nous savons déjà que Mme Malfoy est en France. Vu sa personnalité, je doute qu'elle soit retournée chez elle aussi rapidement, même pour la mort de son mari. Romulus Malfoy avait de toute évidence un plan d'urgence au cas où il devait mourir. »

Voldemort avait vraiment envie de faire les cent pas. Cependant, il aurait fallu qu'il se lève de sa chaise. Il aurait en effet fallu qu'il s'appuie sur ses mains pour se lever. Et l'état brûlé de ses mains rendait cela impossible pour l'instant. Par conséquent il fut forcé de rester assis et de se contenir.

« Nous pouvons toujours suivre d'autres pistes, » continua Mulciber.

« Tais-toi, » gronda Voldemort. « Je réfléchis. »

Mulciber ferma aussitôt la bouche, complètement embarrassé. Il n'avait cependant pas à craindre pour sa réputation avec Lucius. Le jeune Malfoy était sur le point de fondre en larmes, même s'il ne savait pas si c'était parce qu'il avait déplus au Seigneur des Ténèbres ou si il avait été privé de son immense fortune.

« Harry Ashworth était au Manoir Malfoy quand l'attaque a débuté, » déclara Voldemort.

« Si vous le dites, Seigneur. »

« Il était là, » dit Voldemort d'un ton sec et avec impatience, « mais il est parti, n'essayant même pas d'aider Malfoy à défendre le manoir. »

« Il est peut-être une girouette ? » demanda Mulciber.

« Un messager plutôt, » rétorqua Voldemort. « Romulus Malfoy était un casse-pieds provocateur. Je suppose qu'il a envoyé Ashworth pour qu'il retire l'or de la voute Malfoy. Soit Harry Ashworth a l'or, soit il sait qui l'a. »

« Que devons-nous faire dans ce cas ? » demanda Mulciber.

« Ramenez-moi Harry Ashworth, en vie, » commanda Voldemort. « C'est notre priorité. Tout le monde doit s'y atteler et travailler ensembles. Même si la capture d'Ashworth risque de révéler notre vrai visage, faites-le. Nous avons besoin de cet or. Maintenant, partez. »

Mulciber et Lucius ne perdirent pas de temps et quittèrent le Seigneur des Ténèbres. Quelques secondes plus tard, Voldemort fut seul. Immédiatement, il se mit lentement debout et commença à déambuler furieusement.

Il avait cru qu'Ashworth était un larbin pour les Black et les Malfoy. Mais l'implication d'Ashworth semblait encore plus complexe. Vers la fin, Romulus Malfoy avait visiblement considéré Ashworth comme un partenaire, ou du moins comme un successeur pour leur combat contre lui. Etait-ce Orion Black qui avait tout prévu ? songea Voldemort. Ce vieux Black était-il si malin ?

Si c'était le cas, plusieurs options s'ouvraient à Voldemort. Si Romulus Malfoy avait eu l'audace de laisser tout son or à Harry, alors Orion Black avait aussi pu l'être. Peut-être que Cygnus Black avait pris une décision similaire. Cela résoudrait un des mystères sur lequel Voldemort enquêtait déjà. Qui était le Chef de la Maison Black et qui contrôlait la fortune Black.

D'un air coupable, Harry se vautrait dans la luxure. Il n'avait pas pu résister à cette envie – pas alors qu'il avait tout cet argent. Ses privations chez les Dursley et les rudes conditions de la guerre contre Voldemort dans le futur avaient donné à Harry un profond désir de se faire plaisir de temps en temps. Maintenant, pour lui, le coût d'une suite dans l'un des hôtels les plus luxurieux de Londres équivalait à de l'argent de poche pour lui.

Harry s'était arrivé dans l'hôtel peu après midi et avait dormi toute l'après-midi et une bonne partie de la soirée. Même s'il avait été tenté de commander au room service ou de descendre dans le luxurieux restaurant de l'hôtel, il avait un rendez-vous ce soir auquel il devait assister. Avec Alastor Maugrey.

Il enfila rapidement de nouveaux vêtements et s'en alla à ce diner pour se faire interroger. Il retrouva l'auror qui l'attendait, comme ils en avaient convenu par hibou, près d'une station de métro.

« Je suis content que vous soyez venu, Ashworth, » grogna Maugrey d'une voix presque amicale. La plupart des gens auraient été intimidés mais Harry avait l'avantage d'avoir bien connu Maugrey dans le futur.

« Ce n'est pas comme si je n'avais pas le temps, » répondit Harry.

« Ouais, j'ai entendu que Slughorn est revenu à Poudlard, » admit Maugrey.

Harry se demanda vaguement ce que l'auror savait. Il suspectait que Dumbledore racontait tout à Maugrey. Les relations d'Harry avec la famille Black et ainsi avec Bellatrix pourraient intéresser ceux que Dumbledore avait rassemblés au sein de l'Ordre. « Où voulez-vous manger ? » demanda Harry.

Cela leur prit quelques minutes avant de choisir un restaurant moldu et Harry lui assura qu'il paierait pour les deux repas. Pour une raison ou une autre, cela fit plaisir à Maugrey, même s'il restait suspicieux. Ils furent bientôt installés et attendirent leurs plats.

« Maintenant, Mr Ashworth, » commença Maugrey, « les prochaines questions que je vais poser seront officielles. Pouvez-vous me décrire les évènements de la nuit du meurtre de Black et Malfoy ? »

« Oui, » dit Harry. Il avait passé la nuit, depuis qu'il avait répondu à Maugrey à réfléchir à ce qu'il allait dire. Harry raconta ensuite brièvement ce qu'il s'était passé en omettant les détails spécifiques de la conversation entre lui, Malfoy et Cygnus, ainsi que la raison pour laquelle Malfoy l'avait envoyé à Gringotts.

« Ainsi Lucius Malfoy est le responsable, » songea Maugrey.

« Apparemment, » dit Harry. « J'aurais dû prévoir que Lucius pouvait accéder au Manoir Malfoy. »

Maugrey secoua la tête. « Non, Romulus aurait dû y penser. Ne pensez pas à ce qui aurait pu se produire, Ashworth. »

« Allez-vous me demander pourquoi je ne me suis pas précipité pour informer les aurors ? » demanda Harry.

Maugrey secoua la tête. « Nous avons reçu l'alerte plus vite que vous ne le pensez. Au moment où vous vous êtes échappés des barrières anti transplanage, nous étions déjà en train d'essayer de les faire tomber. Mais si vous voulez me le dire, allez y. »

« Non, » dit Harry, en faisant un geste de la main. « Je suppose que ca revient à ce que vous disiez plus tôt sur m'inquiéter de ce qui aurait pu se produire. »

« En effet, » dit Maugrey.

Le serveur arriva avec la nourriture et ils mangèrent sans discuter réellement. Finalement, quand ils furent rassasiés ils purent se concentrer de nouveau sur leur discussion.

« Je pense avoir obtenu toutes les réponses qui pourraient intéresser le Ministère, » dit lentement Maugrey. « Cependant, pour satisfaire ma, euh… curiosité personnelle, j'aurais quelques questions auxquelles j'aimerai bien que vous répondiez. »

Instantanément, Harry réalisa que Maugrey se renseignait pour le compte de l'Ordre. Harry était prêt à leur donner des informations. Il avait déjà pris cette décision. Il en aurait même parlé à Dumbledore si celui-ci ne l'avait pas convoqué pour le renvoyer de Poudlard. « Que voulez-vous savoir ? » demanda Harry, baissant délibérément sa voix comme s'il s'apprêtait à parler d'un secret.

Il sembla que cela eut l'effet désiré sur Maugrey qui baissa aussi la voix quand il répondit. « Et bien Ashworth, vous avez servi de conseiller personnel pour les Black. Je suppose que vous avez eu accès à leurs informations sur le Seigneur des Ténèbres. J'espère même que vous aviez accès à certaines de leurs sources. »

Harry hocha la tête lentement, réfléchissant prudemment. Il venait d'avoir une opportunité, plus rapidement qu'il ne l'avait pensé ou espéré. Avec Orion, Cygnus et Romulus morts, personne ne pouvait contredire ce qu'Harry dirait sur leurs informations. Harry pouvait donner des informations à l'Ordre par le biais de Maugrey, des informations dont les patriarches ne savaient rien. Il n'y avait également personne pour l'empêcher de cacher le fait qu'il était leur source d'informations. Il y avait même la possibilité qu'il continue de « recevoir » des informations des sources des défunts patriarches. Sans rejoindre l'Ordre, Harry pourrait quand même avoir une grande influence sur lui.

« Tout ce que je dirais restera secret, n'est-ce pas? » dit Harry.

« Je ne vais pas aller en parler au Ministère, si ce que vous voulez dire, » rétorqua Maugrey. « Mais si vous me donnez de fausses informations, je vous le ferai payer. »

« C'est raisonnable, » dit Harry. Il attrapa le stylo que le serveur lui avait fourni pour régler l'addition. Lentement il écrivit « Lord Voldemort » sur une serviette. « Voilà le nom du Seigneur des Ténèbres. Ne pensez pas que j'ai peur de le dire à voix haute – je ne suis pas un lâche – mais Orion pensait que cet homme pouvait avoir trouvé le moyen de mettre un tabou sur son nom pour savoir quand on parlait de lui. Nous avons trouvé autre chose pour se référer à lui. »

Maugrey prit la serviette et étudia le nom de Voldemort. « Intéressant, » dit-il. « Ce n'est sûrement pas son nom de naissance. »

« Nous pouvons l'espérer, » dit Harry en souriant.

« Je dis ça parce qu'il serait utile d'en savoir plus sur le passé de ce mage noir, » souligna Maugrey.

Harry hocha la tête. « Je vois. Je crois qu'Orion était en train de faire des recherches à ce sujet avant de mourir. Peut-être que si je fouine un peu, je pourrais déterrer des informations sur le passé de ce Seigneur des Ténèbres. »

« Oui, pourquoi ne le faites vous pas ? » dit Maugrey d'un ton bourru, comme s'il ordonnait à Harry de le faire.

« Très bien, » dit Harry en buvant une gorgée d'eau. Cela serait ridiculement facile, bien sûr. Il n'aurait qu'à donner un autre rendez-vous à Maugrey et annoncer dramatiquement que le Seigneur des Ténèbres n'était nul autre que Tom Jedusor Junior. Il insisterait sur le junior. Il ne révèlerait cependant pas immédiatement cette information à Maugrey. Harry avait plein de choses à faire et il devrait bien sûr continuer son propre combat contre Voldemort.

« Combien de temps vous faudra-t-il selon vous ? » demanda Maugrey.

« Quelques jours, » dit Harry en haussant des épaules. Il faudrait qu'il regarde son emploi de temps et cela dépendrait de s'il s'ennuyait ou non. « Je vous enverrai un hibou dès que j'aurais trouvé quelque chose. »

Maugrey fronça des sourcils et Harry craint un instant que l'auror n'était pas complètement satisfait des termes de leur arrangement. Il s'avéra que c'était pour une autre raison. « Je pense que nous devons trouver un moyen plus clandestin pour communiquer, » déclara l'auror.

« Ah oui ? » demanda Harry.

« Oui, » dit Maugrey. « Je ne veux pas que des gens se posent des questions sur le fait que je reçoive régulièrement des hiboux. Vous voudrez aussi garder un profil bas. Ce Seigneur des Ténèbres vous veut mort. Il faut également prendre Prewett en considération. »

Harry fronça des sourcils. « Prewett ? Que me veut-il ? »

« Pour l'instant, rien, » dit Maugrey. « Cependant, si cela s'avère politiquement utile, vous pourrez devenir une cible. »

Harry savait parfaitement le genre d'ennuis qu'un Ministre de la Magie pouvait lui causer. Même si Harry pouvait raconter tout ce qu'il s'était passé grâce à un sérum de vérité, il ne voulait pas prendre le risquer de raconter qu'il avait la chevalière Malfoy. Il y avait aussi le fait que son innocence ne pourrait pas le protéger du Ministre. « Très bien, » dit Harry. « Je ferais mon maximum pour ne pas être remarqué. Quel moyen de communication suggérez-vous ? »

Maugrey prit quelques minutes pour y réfléchir. Il jeta un coup d'œil par la fenêtre et ses yeux se posèrent sur un lampadaire devant le restaurant. « Sortons d'ici », dit-il d'un ton bourru. « J'ai une idée. »

Ils furent ainsi rapidement à côté du lampadaire. « Très bien, » dit Harry, « dites moi à quoi vous pensez. »

Maugrey regarda autour d'eux pour vérifier que personne ne les observait. Puis il sortit sa baguette et la pointa sur le réverbère. Sur une petit plaque attaché à la barre en métal apparurent quelques chiffres et lettres. On aurait dit que cela avait toujours fait part du lampadaire. « C'est un jour et une heure, » déclara Maugrey. « Les premiers numéros correspondent au jour. Les autres lettres sont une abréviation pour le mois. Puis les autres chiffres correspondent à une heure. Quand vous serez prêt à me rencontrer, utilisez votre baguette pour convenir d'un jour et d'une heure. Puis, le jour venu, nous nous rencontrerons à la même station de métro qu'aujourd'hui. »

« N'est-ce pas un peu exagéré ? » se plaignit Harry.

« Vigilance constante ! » dit Maugrey d'un ton vigoureux. « Nous ne sommes jamais assez prudents. »

« Ouais, okay, » répondit Harry. « Donc vous allez venir vérifier ce réverbère tous les jours ? Et si vous voulez me rencontrer, que ferez vous ? »

« Je changerai le jour du mois à un nombre plus élevé que 31, » dit Maugrey. « Disons que plus le nombre sera élevé, plus l'urgence sera élevée. »

« Très bien, » dit Harry. « Jusqu'à quelle heure au maximum puis-je vous laisser un message, dans le cas où je voudrais vous rencontrer le jour même ? »

« Disons 17h, » dit Maugrey.

« Génial », dit Harry.

« Très bien, » dit Maugrey. « Je dois y aller. J'attendrais votre signe, Ashworth. N'oubliez pas de vérifier le mien. »

Harry hocha la tête et dit au revoir à Maugrey avant de retourner dans les rues sombres de Londres.