Je l'ai élevé
(Narcissa pour Bellatrix)
Tu te souviens, hein ? Tu m'avais regardée avec une douleur terrifiante dans les yeux. La douleur d'une mère. Je m'en rappelle comme si c'était hier. Tu es arrivée au Manoir très tôt, ce jour-là. Cela faisait presque un an que je ne t'avais pas vue, même si tu m'écrivais régulièrement. On était en juin, le 5 précisément. Il faisait beau, et je prenais l'air dans le jardin, malgré l'heure matinale. Puis tu es apparue. Tu tenais contre toi une serviette et tu me paraissais avoir changé. Tu semblais fatiguée, tes cheveux étaient à peine coiffés, mais je compris ce qui me troublait réellement que quand je me fus rapprochée. Bien que ta robe soit ample et essaya de le cacher, on voyait que ton ventre s'était arrondi. Et dans la serviette que tu tenais, il y avait une toute petite chose rose, la tête couverte d'un maigre duvet blond. J'en ai été profondément choquée.
« - Bella... »
« - Cissy. » avais-tu dis, et j'avais senti la vague de fraternité qui émanait de toi, comme avant.
Je t'avais serré dans mes bras maladroitement, en faisant attention au bébé endormi entre nous.
« - C'est... »
« - Mon petit garçon. Il vient de naître, peu après minuit. » avais-tu dit, et les raisons de ta fatigue m'avaient parues plus qu'évidentes.
« - Où est son père ? » t'avais-je demandé, inquiète.
« - Il n'est pas concerné. Oh, Cissy ! J'ai fait une connerie. » tu m'avais dit en secouant la tête.
« - Tu ne veux pas le garder ? » t'avais-je questionnée.
« - Je ne peux pas ! » t'étais-tu exclamée, désemparée.
Je t'avais regardée, intriguée.
« - Comment voudrais-tu que je sois une bonne mère ? Une maman Mangemort ? C'est déjà assez dur d'affirmer ma place, sans être en position de faiblesse à cause d'un enfant ! »
« - Tu l'as gardé. » avais-je constaté.
« - Bien sûr que je l'ai gardé ! Il est de mon sang. C'est un Sang-Pur ! »
Ce n'était pas tout. Tu l'aimais cet enfant, mais tu ne l'aurais avoué pour rien au monde.
« - Tu es sûre qu... »
« - J'ai dit que j'ai commis une énorme erreur, pas que j'étais allée jusqu'à coucher avec quelqu'un de Sang Impur ! » m'avais-tu dit avec mépris.
« - Qui, alors ? » je t'avais interrogée.
« - Tu ne me croiras pas... » avais-tu gémi.
« - Tu ne me l'apportes pas parce que c'est le fils de Lucius, dit ? » avais-je demandé, feignant l'angoisse.
J'avais trop confiance en Lucius pour être réellement inquiète.
« - Tu es folle ? S'il y a bien un abruti épris de sa femme, c'est bien lui ! Puis ce n'est pas vraiment mon genre, si tu vois ce que je veux dire. »
Oui, je voyais parfaitement. Tu n'étais pas pour les doux amoureux transis éternellement à tes pieds, plutôt pour les amants insensibles que tu pouvais jeter le matin au réveil. Et tu aimais par-dessus tout l'amour qui faisait mal, celui qui vous déchirait en deux, vous consumait de l'intérieur.
Mais tu me cachais quelque chose.
« - Le petit lui ressemble ? » demandai-je en plissant les yeux, essayant de voir si la petite créature endormie dans tes bras me rappelait vaguement quelqu'un.
« - Tu trouves vraiment qu'il ressemble à quelque chose ? » t'étais-tu moqué.
« - Bella ! » t'avais-je rabrouée.
C'était quand même ton enfant.
« - Ils ont les mêmes yeux. » avais-tu dit, si bas que je l'entendis à peine.
Apparemment, ce détail avait de l'importance pour toi.
« - Couleur ? » interrogeai-je.
« - Gris. Gris cendre. » avais-tu répliqué en plongeant ton regard dans le mien, et j'eus le temps d'y lire un peu d'inquiétude.
Je m'étais figée sous le choc, avant de te dévisager.
« - Ne me regarde pas comme ça ! » avais-tu dit, une pointe de nervosité dans la voix.
Je savais que mon jugement comptait pour toi, et que c'était sûrement le seul.
« - Tu t'es tapée Sirius ? » avais-je laissé échapper avec maladresse.
« - Tu as bien vu comment Regulus te regardait il y a quelques années ? » avais-tu contre-attaqué.
Selon toi, la meilleure défense, c'était l'attaque.
« - Peut-être, mais c'était un môme bourré d'hormones et on n'a jamais rien fait ! Toi, tu as fait un gosse avec notre cousin ! » m'étais-je indignée.
« - Un peu de respect, s'il-te-plaît. De un, c'est un Sang-Pur. De deux, c'était un accident. » avais-tu soupiré, lasse.
« - Un accident ?! » m'étais-je écriée.
Je voyais assez mal comment ça pouvait être le cas. Sirius et toi étiez adultes, plus que probablement consentants, et –je le pensais alors- responsables.
« - J'avais eu une dure soirée, O.K ? Je voulais récupérer de vieilles affaires au Square depuis longtemps, et Sirius m'avait dit qu'il était d'accord pour que je passe cette semaine. Je pensais qu'il ne serait pas là, mais on s'est croisé dans le salon. Puis j'ai fini par craquer, il m'a consolé, et ça a un peu dérapé, c'est tout. » avais-tu répliqué, le regard sombre.
Je ne répondis rien. Quand tu disais avoir eu une dure soirée, je savais que ce malade mental de Mage Noir t'avait punie à coups de Doloris pour une raison ou une autre, et je le haïssais un peu plus chaque fois. Que tu trouves du réconfort dans les bras de Sirius après –je doutais fortement de la version 'ce n'est arrivé qu'une fois par hasard', mais je savais que tu ne te compromettrais pas plus- n'était pas mon problème.
« - Qu'est-ce que tu comptes faire ? » t'avais-je questionnée.
« - Abandonner mon fils à des moldus. » tu avais répliqué.
« - Quoi ? » avais-je manqué de m'étouffer.
« - Je ne peux pas m'en occuper. » tu avais déclaré.
Un silence avait plané entre nous, puis je m'étais tournée vers toi, frappée par une évidence.
« - Sirius ne sait rien et n'a rien à savoir, clair ? » t'étais-tu insurgée, lisant mes pensées dans mon regard.
« - Tu... » avais-je tenté.
« - Je suis sûre, oui. Et non, je ne compte pas véritablement laisser mon bébé à des inconnus, qui plus est des Sangs-de-Bourbe : je plaisantais. » avais-tu grommelé.
« - Tu y crois à ces histoires ? » je t'avais demandée, curieuse de la réponse.
« - Quelle importance ? Je veux que cet enfant soit en sécurité, qu'il est un endroit à lui. Sirius pourrait lui fournir la présence paternelle qu'il lui faudrait, mais il ne pourra remplacer une mère, et il aime trop le risque. Il fait partie de cette organisation, l'Ordre, qui s'oppose au Lord. Il mourra sans doute jeune. Je ne veux pas de ça pour notre enfant. Cissy, je ne t'ai jamais demandé une chose d'une telle importance, mais tu es la seule possibilité que j'ai envisagé... Je ne sais pas où vit Andromeda, et je veux pouvoir observer de loin mon petit garçon... Cissy, est-ce que tu pourrais être sa mère ? Sa seconde mère, je veux dire ? Celle qui l'éduquera, sera là pour lui quand il grandira, l'aimera bien comme il faut ? Il a les yeux de la moitié de notre arbre généalogique, et ses cheveux deviendront sans doute aussi clairs que les tiens ou ceux de maman, quant à son visage, il risque d'être caractéristique des Black, personne ne te posera de questions. » dit-elle.
Je me suis retenue à la clôture qui bordait le parc. Tu ne pouvais pas le savoir, mais j'avais toujours aimé les enfants, et je ne pouvais pas en avoir. J'avais récemment appris que j'étais stérile, à mon grand désespoir et à celui de Lucius.
« - Tu veux que je m'occupe de ton fils ? » t'avais-je demandée, me demandant si j'avais rêvé.
« - Pour moi, Cissy. S'il-te-plaît. » tu m'avais suppliée en berçant le minuscule corps.
Il y avait tellement d'amour dans tes yeux. Et tellement de peur. Tu aurais aimé l'avoir avec toi, mais tu savais que dans ces conditions il ne serait jamais en sécurité.
« - Comment s'appelle-t-il ? » soufflai-je.
« - Drago. Il s'appelle Drago. » avais-tu dis, avant de verser une larme.
J'ai hésité, avant de prendre ma décision. Puis tu m'as tendu le bébé dans sa serviette.
Et je l'ai fait. Pour toi, Bella, j'ai élevé cet enfant comme s'il était le mien. Je l'ai aimé comme seule une mère peut le faire. Pour toi, ma sœur.
