J'ai gâché ton mariage

(Andromeda pour Bellatrix)

Tu portes une robe blanche ridicule. Elle était trop ample : tu ressemblais à une mini-montgolfière, elle ne te mettait absolument pas en valeur. Choisie par maman, je présume. Pauvre Bella ! C'est gentil de m'avoir invitée. Dora voulait venir, mais je pense que tu souhaitais un mariage sans chichis, sans avadas, et que c'est préférable qu'elle soit restée à la maison avec son père. Ton mariage... Au début, j'ai pensé à une mauvaise blague, quand j'ai eu ton carton d'invitation. Puis j'ai lu la Gazette. Alors, toi, l'indépendante, la fougueuse Bella, tu te maries ? Avec un type terne de ce genre ? Un Lestrange ? On sait tous que ce sont des maniaques du contrôle... Je ne sais pas ce qu'il t'a pris... Enfin, si, je sais. Maman, n'est-ce pas ? Mais tu as accepté ? La Bella que je connais ne l'aurait jamais fait. Tu parais vraiment bizarre, tu sais ? Tu es malade ? Tu n'arrêtes pas de regarder le bébé qui gazouille dans les bras de Lucius. Il est tellement petit ! Je l'ai vu tout à l'heure, il a de grands yeux g... L'imbécile. L'abrutie. L'idiote. La plus que stupide. La pire que bête.

Comment je n'avais pas compris avant ? Le bébé de Narcissa, bien sûr...

J'ai voulu te parler. J'ai essayé, juste avant la cérémonie.

« - Bella !» t'ai-je interpelée.

Je me suis retenue de te sauter au cou. Tu m'avais manqué. Enormément.

Tu t'es contentée de sourire, toi aussi.

Invitée ta sœur reniée était déjà un acte quasi-suicidaire, puisque tu étais une Sang-Pure, pas la peine d'en rajouter des tonnes.

« - Sirius n'est pas venu ? »

« - Je ne l'ai pas invité. Comme tu dois t'en douter, nous ne sommes plus ensemble. J'ai voulu éviter les embrouilles. »

Tu avais pris une grande inspiration avant de construire mécaniquement ta phrase.

« - C'est une bonne idée. Arrête de me regarder comme ça ! De un, je ne pouvais pas savoir ce que vous faisiez dans la cuisine à Grimmaurd tous les deux, ce n'est pas comme si j'avais fait exprès de vous tomber dessus, non plus ! De deux, je te rappelle que le Serment Inviolable est, justement, Inviolable. Tu emporteras ça dans ta tombe, ne t'inquiète pas. »

Je pensais que ça te rassurerait. Tu ne paraissais pas sereine.

« - Hum hum... » tu as répondu.

Enfin, répondu. C'est un grand mot.

« - Tout va bien, avec Ted et Dora ? » as-tu demandé, après cinq minutes à marcher en silence.

« - Super. Il faudra que je présente son cousin à la petite, un jour. » dis-je d'un air badin.

« - Oui, un jour. » tu as répondu, et ton esprit est allé vagabonder au loin.

« - Il est mignon, non ? Mais je n'aurais jamais cru que Lucius laisse Narcissa donner un nom de Black au bébé. » ai-je dit pour tenter de te ramener sur Terre.

Ton regard blessé m'a servi de confirmation. Puis ce fut l'heure.

Tu es allée jusqu'à l'autel au bras de ta plus jeune sœur, comme le voulais la tradition. Narcissa, donc. Elle paraissait peinée pour toi. Sa robe lui allait bien, mieux que la tienne t'allait, parce que je l'avais toujours vu vêtue dans des vêtements de ce style, j'imagine. Elle était toujours la même d'une grâce pleine de pudeur, d'une beauté de glace : froide, insensible, inaltérable.

Tu portais le menton haut mais le cœur n'y était pas : tu semblais au bord du malaise nerveux.

Puis il est arrivé. Rodolphus. Avec des robes sombres aussi ternes que son être. Il avait un air arrogant qui me donnait envie de le gifler, une espèce de sourire en coin qui donnait dans le rictus sadique, un air supérieur au possible et profondément stupide. Le prototype du Sang-Pur. L'employé du ministère qui devait te marier a commencé à déblatérer sur un tas de choses inintéressantes, et, au fur et à mesure de son discours, tu devenais de plus en plus pâle.

Puis l'employé au discours monocorde nous a demandé si quelqu'un s'opposait à ce mariage. Tu as scruté la foule d'un air désespéré. J'ai croisé ton regard, et je me suis levée sans hésiter.

J'ai marché droit jusqu'à l'autel, jusqu'à me trouver devant le petit homme du ministère.

Son crâne était dégarni et il empestait l'eau de Cologne bon marché.

« - Je m'y oppose. » déclarai-je.

Tes yeux étaient emplis de panique.

Le petit homme qui sentait l'eau de Cologne de supermarché –autrement dit, très bas-de-gamme, Bella- avait maintenant les yeux exorbités.

Eh oui, jamais personne ne s'oppose à rien dans les mariages de Sang-Purs. Il a dû être méchamment surpris, le pauvre homme.

Il s'humecte les lèvres. J'attends. C'est à lui de se dépatouiller de là.

« - Ahem. Pour quelles raisons ? »

Je te regarde. Une peur panique se lit dans tes es terrorisée. Tu sais que j'ai deviné, et tu t'attends à ce que je parle de Drago, ou, au minimum, de Sirius. Mais je ne te ferai jamais ça, tu sais. Je ne mettrai jamais la vie d'un enfant en danger, et encore moins celle de ton propre enfant.

« - Au nom du choix. La mariée ne s'est jamais clairement exprimée quant à ce mariage. Je voudrais juste qu'elle dise être sûre de son choix. » dis-je avec fermeté.

Je plonge mes yeux dans les tiens, quelque peu rassurés. Je te donne la liberté, Bella. Cette liberté que tu as tant rêvée, tant chérie. Fais en ce que tu veux, mais réfléchis bien, par pitié. Tu prends tout ton temps. Les gens s'agitent sur leur chaise. Rodolphus me lance un regard d'avertissement que j'ignore superbement, et je vais me rasseoir. Je ne peux rien faire de plus, le Souaffle est dans ton camp. Tu prends une grande inspiration, avant de déclarer, avec le sourire le plus faux du monde :

« - Je remercie ma très chère sœur de son intention mais mon choix est bien réfléchi. Continuons la cérémonie. »

Si les autres ont l'air de croire qu'elle se moque de moi, je reconnais un accent de sincérité dans ses paroles, qui sonnent pour moi, qui la connait mieux que tous ceux assis ici, sauf peut-être Cissy mais je ne le pense pas, comme un remerciement.

J'ai gâché ta cérémonie de mariage pour te donner le choix. Je l'ai fait pour toi.