J'ai tué ta fille

(Bellatrix pour Andromeda)

Quand je l'ai vue, Dy, j'ai eu l'impression de revenir des années en arrière. Elle ressemble physiquement à son père, et son don de Métamorphomage n'aide pas à s'en apercevoir, mais tu es dans chacun de ses gestes, bien que les siens soient pointillés par une maladresse presque enfantine. Avec sa baguette, elle est aussi habile que toi. Je l'ai vu se battre contre Avery, qui est loin d'être inexpérimenté en la matière, et je t'assure que ce n'est pas lui qui avait le dessus. Elle porte le menton haut, fière de ce qu'elle est devenue, comme je t'imagine l'être. Elle est jeune, aussi, et ça me rappelle la dernière fois que je t'ai vue. Tu avais la même détermination dans le regard, la même rage de vivre : je savais qu'elle irait loin. Elle avait encore quelques défauts de position, se tenait un peu trop en avant, mais restait une excellente duelliste. Je voyais bien qu'elle me haïssait, et ça me fit de la peine, parce qu'il me semblait qu'elle était ton reflet, et que tu me haïssais toi aussi. Sache que quoi qu'il se soit passé, j'ai toujours tenu à toi, Dy. Et que mes raisons pour agir ne sont point différentes des tiennes. Je suis tombée follement amoureuse. Tu sais comment je suis : je ne sais pas aimer à moitié. J'aime passionnément, toujours. Comme avec Sirius. Ne le dis pas à Cissy, ça la peinerait. On a passé des années à se déchirer, à se balancer nos quatre vérités au visage. Puis c'est arrivé. J'ai décidé de ne plus le revoir, histoire de nous malmener encore plus. Puis Drago est né. Tu ne le sais peut-être pas, mais ce n'est pas le fils de Narcissa. C'est le mien. Le mien et celui de Sirius, mais il ne l'a jamais su, je l'ai quitté avant, puis j'ai vécu à l'étranger un moment. Je me demande si tu l'avais deviné. Tu agissais étrangement à mon mariage, et on a été si proches que je n'en serais pas surprise. Tu étais la seule à savoir, pour Sirius. Kelly –Mulciber, tu te souviens ?- a su que j'étais enceinte mais je ne lui ai jamais parlé du père.

Je... S'il m'arrive quelque chose, ou qu'il arrive quelque chose à Narcissa, garde un œil sur Drago pour moi, d'accord ?

Ma seule compagnie après avoir laissé mon garçon à notre sœur dans le plus grand secret ? Rodolphus. Maman rêvait de m'arranger un mariage depuis tant de temps ! Je l'ai haï dès que j'ai croisé son regard. Un sot, brutal et sans distinction. On peut dire ce que l'on veut de Sirius, mais il avait une éducation, lui. Enfin, le problème n'est pas Sirius. Je l'ai aimé à m'en briser le cœur, mais le destin et moi ne sommes pas alliés. J'allais aux réunions pour lui, au départ, afin de surveiller Reggie. Il est mort. Puis j'ai continué, pour me sentir moins seule. Je posais des questions, souvent, et cela m'a valu quelques Doloris. Bientôt, j'y venais mécaniquement, pour voir des amies : les Rosier et les Mulciber. Puis je suis tombée profondément amoureuse de Sirius, puis, plus tard, enceinte. Je me suis éloignée du monde pour garder ma grossesse cachée. Je suis partie en Amérique, et j'ai retrouvé l'Oncle Alphard, qui m'a gardé avec lui. Il est mort peu avant la naissance de Drago. Il porte son prénom en second nom. Je suis rentrée, enceinte de huit mois, et je reconnais qu'alors, le Lord, ses leçons sur la pureté du sang et compagnie étaient mes dernières préoccupations. Puis Kelly –tu sais, la cadette Mulciber, qui a été reniée pour avoir pris la défense d'un Sang-Mêlé dans un procès ? Elle-seule savait pour ma grossesse- m'a amenée à une nouvelle réunion Sang-puriste, anonyme. Nous portions tous des capes et des masques. Et là, j'ai été subjuguée. J'imagine que j'étais vulnérable. Enfin, qu'est-ce que ça change ? Je buvais les paroles du Lord. Je suis tombée amoureuse une nouvelle fois. Ce fut brusque et violent, comme toujours. A la fin de la cérémonie, on pouvait se faire marquer. J'y suis allée. Rares étaient les femmes. Je voulais garder mon identité secrète pour le bébé, et j'ai rabattu ma large capuche sur mon visage. Il m'a lui-même apposée la Marque. Le contact de ses doigts me fit frissonner sur l'instant. Puis je partais sans me retourner, sachant que je ne pourrais vouer ma vie plus qu'à une chose : plaire à cet homme, coûte que coûte. J'ai voulu attendre la naissance de Drago pour revenir le voir. Cinq mois après, j'y allais, seule, sans Kelly. Elle n'aimait pas l'ambiance, devenue trop sombre, selon elle. Et elle trouvait que ma fascination pour le Lord devenait malsaine. Dans le même temps, je me mariais à Rodolphus, toujours présent aux meetings anti-moldus. Très sincèrement, je n'en avais rien à carrer, des moldus. Maman n'avait pas du tout apprécié que tu t'enfuies avec l'un d'eux –d'ailleurs elle avait frôlé l'attaque cardiaque. Malheureusement, frôlé uniquement- et on nous avait toujours appris qu'ils étaient vils/stupides/inférieurs, mais ils m'importaient peu en réalité. Ce qui a considérablement changé. Je devais me rapprocher du Lord, c'était plus fort que moi. Je me suis mise à approuver ces idées, à les partager, puis même les appliquer. Au début, je me dégoûtais de moi-même, ça me rendait malade. Et puis plus rien. Mon cœur est devenu une pierre lisse et imperméable, sauf qu'il s'enflammait encore pour le Lord. Tu t'es battue bec et ongles pour que Ted te remarque, il y a des années. J'ai fait de même. Je le fais encore, et je le ferais certainement jusqu'à ma propre fin. Je sais que ton cœur a saigné à une époque, et que tu comprends ce que je ressens, même si tu ne l'approuves pas.

Enfin, je te parlais de ta fille. Une charmante jeune femme, pleine de principes. C'est ce que l'on disait de toi, n'est-ce pas ? Dy, je sais que tu ne me pardonneras pas. Je ne crois pas que j'aurais pu te pardonner si tu avais touché un seul cheveu de Drago. Mais écoute-moi. Le mari de la petite est tombé mort à ses pieds. J'avoue que ça m'a troublée. Je savais que Sirius tenait à Lupin, et j'ai eu un pincement au cœur, comme quand Sirius est tombé à mes pieds, il y a presque un an. Elle s'est mise à hurler son nom, la pauvre enfant ! Puis elle a pris Dolohov en duel. Pas froid aux yeux, vraiment. Courageuse, la petite. Un peu maladroite, mais bon. Elle s'est battue comme une lionne, mais Dolohov l'a eu. Il avait la baguette sur sa gorge, et passait sa main libre sur son corps. Elle était en pleurs et l'insultait en se débattant. Je ne l'ai pas supporté. Elle te ressemblait trop, à sa manière. Je ne voulais pas qu'on te fasse de mal. Jamais. J'ai lancé un avada avant qu'il n'aille trop loin. Ta fille a bougé à ce moment et s'est retrouvé à la place de Dolohov. Je suis désolée, Dy, mais je ne voulais pas ce qui est arrivé. Essaie de le comprendre, je t'en supplie.

Je voulais juste être aimée. Et si j'ai tué ta fille, c'est pour toi.