Maudit poste et poste maudit

Note de l'auteur : Bonsoir à tous ! Je suis désolée que ce drabble-ci coïncide justement avec la fin du week-end car il n'est guère joyeux, mais je n'ai pas vraiment fait attention aux jours de la semaine en concevant mon programme... Rassurez-vous, ils ne sont pas tous aussi tristes, l'humour (noir) revient dès demain ! ;-)

Vous remarquerez sans doute aussi que j'ai sauté une année entre le chapitre 6 et le chapitre 7, mais c'est tout simplement parce que je voudrais arriver jusque en 1990, et que si j'avais fait chaque année, j'en aurais eu pour bien plus de 25 chapitres. ^^

Bonne lecture !


1963-1964 : L'amante éplorée

Après avoir perdu l'année précédente un autre professeur qui, pour des raisons obscures, s'était fait tuer par une créature non identifiée dans la forêt interdite, Dumbledore décida d'arrêter les frais, et choisit parmi le peu de candidatures qui lui avaient été proposées pendant l'été celle de la personne qui lui semblait la plus calme et la plus posée.

Après l'avoir vue en entretien, son impression fut confirmée. Ysolde Greene était une petite femme frêle, d'une cinquantaine d'années, avec des cheveux noirs rassemblés dans un chignon flou, et de grands yeux bruns. Au vu de son alliance, elle devait être mariée, mais Dumbledore n'insista pas, étant donné que la femme n'avait pas discuté la question du logement et accepté de demeurer au château sans commentaire. Malgré son aspect fragile, elle avait une connaissance théorique absolument remarquable de la matière pour laquelle elle postulait, et Dumbledore pouvait sentir que son aura magique n'avait rien de négligeable.

Le directeur était certain qu'elle serait parfaite pour le poste, ou au moins qu'elle ne causerait pas autant de problèmes que les précédents, qui avait dans l'ensemble été une belle bande d'agités.

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Pour les élèves qui avaient déjà connu six professeurs différents en autant d'années, Madame Greene était clairement la moins intéressante de tous. Non pas qu'elle racontait des choses qui ne l'étaient pas, c'était surtout sa manière de le faire qui causait problème. Elle avait une petite voix aussi fluette que sa personne, qui rendait difficile la compréhension quand on était à plus de trois rangs de son bureau, dont elle ne se levait que rarement. Heureusement, sa manière d'expliquer était très simple, et elle ajoutait beaucoup de détails qu'ils auraient été bien en peine de trouver dans leur livre de cours.

Mais ce qui faisait la particularité de cette professeur, c'était surtout qu'elle avait une grande tendance à être dans la lune. Parfois, elle s'arrêtait au beau milieu d'une phrase, et il fallait un toussotement peu discret ou une interpellation d'un des élèves pour qu'elle revienne à elle et poursuive son cours, comme si de rien n'était. Elle évitait au maximum les séances de travaux pratiques, en les encourageant à s'entraîner entre eux en dehors des cours, ce qui causa un certain nombre d'accidents au cours de l'année.

Et puis, il y avait aussi le fait qu'elle se parlait à elle-même. Pas seulement pour pester contre les élèves en corrigeant des copies ou pour se rappeler oralement ce qu'elle avait à faire, elle parlait comme si elle répondait à un interlocuteur visible et audible d'elle seule. Parfois, elle s'arrêtait en plein sur un escalier, et agitait les bras comme si elle se disputait avec quelqu'un, une autre fois, elle était assise sur un banc face au lac avec un sourire heureux, ou éclatait de rire au milieu d'un couloir désert.

C'était surtout pour cette raison qu'elle mettait mal à l'aise la quasi-totalité de Poudlard, Dumbledore y comprit. Il commençait d'ailleurs à se demander si les professeurs un peu trop enthousiastes n'étaient pas préférables à ceux qui ne disaient pas grand chose...

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Le lendemain des examens, le professeur Greene disparut. Sans rien dire. En fouillant dans son bureau, Dumbledore retrouva des cartons emplis de lettres, toutes signées de la main de la même personne, un certain Tristram. Après une lecture rapide de certaines missives, le directeur réalisa qu'il s'agissait du mari de madame Greene, apparemment mort trois ans auparavant d'une maladie inconnue. Dans un autre carton, Dumbledore retrouva d'autres lettres, de la main de la professeur cette fois, toutes adressées à son mari et toutes datées des trois années précédentes. Comme si elle avait continué à correspondre avec le mort, comme si elle avait eu des réponses qui n'étaient en réalité jamais arrivées.

Dumbledore poussa un grand soupir en réalisant quel avait dû être le chagrin de cette femme quand elle avait perdu l'homme qu'elle avait aimé pour qu'elle continue à lui écrire pendant aussi longtemps, et pour qu'elle continue à lui parler, car il ne faisait aucun doute que c'était à lui qu'elle s'adressait quand elle semblait parler seule dans les couloirs. Comme il la comprenait aussi, la perte d'un être cher était toujours une véritable souffrance. Il en était là de ses pensées quand un préfet entra en trombe dans le bureau pour lui dire qu'on avait besoin de lui près du lac.

Le directeur se hâta de rejoindre la rive, sur laquelle s'était formé un attroupement. Là, il eut la tristesse de voir le corps sans vie de Ysolde Greene, visiblement morte noyée. Les Aurors diligentèrent une enquête, mais statuèrent bien vite qu'il s'agissait d'un suicide, et qu'il n'y avait donc aucun danger pour l'école. Une cellule psychologique fut néanmoins mise en place pour les élèves qui avaient retrouvé le corps sans vie flottant sur les eaux du lac.

Dumbledore assista à l'enterrement qui eut lieu dans un village du Pays de Galles. Ysolde allait partager avec son mari Tristram une même tombe. Ce fut une cérémonie émouvante, en petit comité, et le directeur ne put retenir une larme quand la dalle fut posée. Finalement, cette année ne s'était pas mieux finie que les autres.

Comme quoi, l'eau qui dort n'était pas si tranquille que cela.


Et voilà, je n'ai pas trop introduit d'humour dans ce drabble, car je trouvais que le sujet ne s'y prêtais guère... J'espère qu'il vous a plus quand même. ^^

À demain !