Maudit poste et poste maudit
Note de l'auteur : Déjà l'Avent dernier euh... l'avant dernier drabble de cette série. C'est l'occasion pour moi de vous souhaiter un Joyeux Noël, en espérant que ce chapitre saura vous faire patienter avant les ripailles du soir... ^^
(ah oui, et ne faites pas attention au nom du professeur, j'ai fait un peu n'importe quoi... XD)
Bonne lecture !
1986-1987 : Le sorcier russe
Dumbledore relut la lettre qu'il venait de recevoir pour la troisième fois, afin d'être bien sûr qu'il n'était pas en train de rêver. Il avait eu bien des déboires récemment pour trouver un professeur de Défense, et la candidature qu'il avait sous les yeux lui semblait presque trop belle pour être vraie.
Alexei Gregorovich Karamazov, un des plus grands, si ce n'était le plus plus grand, sorcier russe de leur génération, venait de lui demander le poste. Il avait enseigné pendant des décennies à l'école Durmstrang, et avait pris sa retraite l'année précédente, pensant qu'il se faisait trop vieux. Mais il s'était rendu compte au bout de quelques mois qu'il n'en était rien et, l'ennui prenant rapidement le dessus, il avait essayé de récupérer en vain son ancien poste. Malheureusement, il avait été confié à un nouveau professeur, et le directeur de l'école n'envisageait pas de le reprendre. Il s'était alors tourné vers Poudlard, en espérant que Dumbledore n'ait pas déjà engagé quelqu'un.
Le directeur, ravi de cette opportunité, avait immédiatement répondu à l'homme pour lui donner un entretien le plus rapidement possible. Quelques jours plus tard, il avait reçu Karamazov dans son bureau. Bien que d'un âge très avancé, celui-ci était encore extrêmement robuste, et on avait aucune peine à imaginer qu'il soit un puissant mage. Il faisait à peu près la même taille que le directeur, mais était beaucoup plus large d'épaules, et les bottes en cuir ainsi que le manteau qu'il portait, bien qu'on soit pourtant au milieu du mois de juillet, contribuait à lui donner un aspect imposant. Il avait des cheveux blancs mi-longs, coiffés en arrière, et un bouc visiblement artistiquement taillé.
Lorsqu'il entra dans le bureau, il salua Dumbledore d'un ton tonitruant avant de le serrer vivement dans ses bras. Connaissant les coutumes slaves, le directeur ne s'en offusqua guère, et entreprit ensuite de servir son hôte en thé. Alexei sortit une flasque d'une poche intérieure de son manteau, et rajouta une généreuse rasade dans sa tasse après en avoir proposé au directeur qui déclina poliment. Les négociations furent brèves, Dumbledore ayant déjà décidé de l'engager avant même de l'avoir vu, mais l'entretien fut légèrement plus long car les deux hommes avaient beaucoup à échanger sur les enseignements à prodiguer aux élèves, la reconstruction du monde magique de Grande-Bretagne et la situation générale de leurs deux pays.
Quelques heures plus tard, Alexei Karamazov rentra chez lui, assuré qu'il ne s'ennuierait pas l'année qui viendrait, et le directeur se frotta les mains à l'idée d'ajouter une telle pointure à son corps enseignant. Ses vacances finissaient bien.
o0o
Le professeur Karamazov déroutait pour le moins les élèves. Dès le premier cours, il avait surpris tout le monde avec son anglais fortement teinté d'un accent russe à couper au couteau et fréquemment entrecoupé d'expressions lancées dans sa langue natale. Il ne pouvait pas rester en place, et marchait toujours d'un pas vif dans toute la salle de classe en agitant les bras avec force lorsqu'il expliquait quelque chose. Personne ne comprenait bien pourquoi il avait tenu à prendre sa retraite tant il semblait dynamique et sûr de lui.
Ses cours étaient passionnants, surtout parce qu'il avait vécu beaucoup de choses, ce qui contribuait grandement à capter l'intérêt des élèves. Cela dit, il avait parfois des méthodes d'enseignement un peu brutales, sans doute dues à la politique de l'école dans laquelle il avait travaillé auparavant. Par exemple, lorsqu'il s'agissait de faire pratiquer les étudiants « en situation de danger », il n'hésitait pas à les emmener dans la forêt interdite, ce qui ne plaisait pas tellement aux parents, qui ne pouvaient cependant pas dire grand chose au vu de la réputation du sorcier. De plus, aucun accident ne fut à signaler au cours de l'année dans cette matière, ce qui compte tenu des circonstances relevait presque du miracle.
Néanmoins, certains éléments commencèrent à perturber le directeur dès la venue de l'hiver. Lorsqu'il faisait ses rondes la nuit, Alexei Karamazov avait toujours sa flasque à la main, et il était très rare qu'elle ne soit pas entièrement vidée avant qu'il aille se coucher. On le croisait parfois murmurant des mots sans suite en russe et jetant des regards haineux à divers objets. Durant la journée, il était toujours irréprochable, mais la nuit, ce n'était pas toujours le cas. Il avait d'ailleurs demandé au jeune Severus Snape de brasser pour lui quelques potions anti gueule de bois, ce qui n'était guère règlementaire, et il avait été vu à plusieurs reprises dans le village de Pré-au-Lard en état d'ébriété avancée.
Dumbledore avait essayé de le raisonner, mais rien n'y avait fait, et si l'arrivée du printemps connut un léger mieux, il devient rapidement clair que la situation ne s'arrangerait pas avec une simple discussion. Le directeur avait alors pris contact avec son homologue à Durmstrang pour se renseigner sur l'éventuel passif de Karamazov, ce qu'il aurait dû faire dès le début s'il n'avait pas été autant aveuglé par l'excellente réputation du sorcier. On lui répondit que cela faisait des années, depuis la mort de sa femme, que l'homme buvait plus qu'il n'aurait dû, même si très étonnamment cela n'affectait en rien sa capacité à enseigner car il avait toujours eu un sens aigu des responsabilités. Néanmoins, lorsqu'il ne travaillait pas, c'était une autre histoire, et le directeur de Durmstrang avait fini par le pousser gentiment à la retraite, sentant que ça ne pouvait plus durer.
De son côté Dumbledore, attristé, se disait la même chose. À la fin de l'année, on retrouva le professeur Karamazov allongé par terre dans un couloir du troisième étage, visiblement en train de cuver le contenu douteux de sa flasque. Tâchant d'étouffer l'affaire le plus possible, le directeur renvoya discrètement l'homme, qui avoua lui-même que c'était sans doute mieux ainsi. Que les choses qu'il avait vues et faites étaient sans doute trop violentes pour qu'il puisse réellement les contenir, et qu'il aurait bien fini par s'en prendre aux élèves par accident, se croyant revenu des années en arrière.
Dumbledore l'assura de son soutien, en un sens il comprenait très bien ce que traversait le Russe, et celui-ci retourna dans son manoir près de Saint-Pétersbourg, où il reçut quelques fois la visite d'anciens élèves venus visiter la ville.
J'espère que ça vous a plu, et je vous dit à demain pour le dernier drabble de ce calendrier ! Je vous souhaite à tous un très Joyeux Noël ! ^^
