Titre : Objects of Desire
Lien vers la fic originale : dans mon profil, FFnet n'affiche pas les liens URL
Auteure : Azrael Geffen
Traductrice : falyla
Correcteurs : falyla/Florent
Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape
Rating : M/NC-17
Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)
Etat de la traduction : terminée
Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.
Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.
Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.
Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.
Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.
Note de la traductrice : Azrael Geffen a truffé son texte de citations et de références littéraires ou cinématographiques dont elle cite les sources. Pour la traduction, je me suis servi des ressources du web pour trouver leurs équivalents en français (autant que possible). Malheureusement, FFnet n'affiche pas les liens URL même si on essaie de le feinter. Si vous êtes intéressé(e)s par la provenance d'une référence en particulier, faites-le moi savoir et je vous l'enverrai.
Objects of Desire
Chapitre 4 (2ème partie)
Quoi qu'il t'arrive durant la nuit
Hermione siffla vivement à travers ses dents et laissa tomber la fiole qu'elle était en train de tenir. Elle aurait vraiment dû demander des gants, non pas que ce sale con en haut lui en aurait donné. Elle inspecta sa main que le contenu de la fiole avait éclaboussée et fut effrayée de voir la chair bouillonner avec colère. Par tous les dieux, ça faisait mal, c'était la quatrième fois en autant d'heures qu'elle avait fait ça et elle était de plus en plus frustrée par sa propre maladresse. Elle lança rapidement un sort de guérison sur la blessure et la brûlure s'apaisa en laissant une marque d'un vilain rouge comme une cicatrice.
Elle s'accroupit pour nettoyer la fiole brisée et maudit l'heure qui avait donné naissance à Snape. Puis elle maudit la mère de Snape pour avoir mis au monde un connard graisseux pareil et ensuite elle maudit son père pour avoir produit la semence qui l'avait engendré. Mais elle devait aussi tenir compte du fait qu'il était vraiment l'enfant d'un pauvre couple. Comme ce devait être horrible pour eux. Il n'était pas si vieux, pas vraiment, à peu près du même âge que ses propres parents et elle avait encore ses grands–parents des deux côtés alors il y avait des chances que les parents de Snape soient encore en vie… Que devaient–ils penser du vilain personnage qu'il était devenu ? Elle ressentit une pointe de pitié pour ce couple qu'elle n'avait jamais rencontré.
Il devait savoir que ça prendrait des heures pour nettoyer cette pièce à fond. Ça aurait pris des heures avec la magie, alors ça prendrait plus du double sans ça. Elle se demanda s'il était possible qu'il l'ait oubliée là pour aller se coucher ainsi elle allait pouvoir utiliser sa baguette. Mais non, il n'aurait sûrement pas laissé une fille qui lui avait volé des ingrédients dans le passé – ce dont il était absolument certain – dans une réserve entière de produits pour lesquels beaucoup auraient tué.
Et vraiment, cette pièce était très spéciale.
C'était un stupéfiant étalage de potions, toutes étiquetées de son écriture en pattes de mouche, toutes datées avec l'heure et le jour de leur décantation. S'il avait été une personne plus agréable, elle aurait engagé la conversation avec lui au sujet des potions qu'il y avait là. Potions pour changer de forme, antidotes pour tout et n'importe quoi y compris la morsure de vampire et des essences de choses dont elle ignorait même l'existence, sans parler d'en obtenir une essence. Il y avait un rayon entier de ce qui ne pouvait être désigné que sous l'appellation essence d'ange. Elles étaient sombres et semblaient épaisses, comme de l'ambre liquide, certaines paraissaient contenir ce qui ressemblait à des caillots de sang et il y avait parfois une plume. Chaque essence avait un nom : Abdiel, Chamuel, Jophiel, Michael, Zachiel. Elle avait entendu des rumeurs et des histoires d'essence d'ange, bien sûr, mais elle avait toujours cru que ce n'étaient que des mythes et des contes de fées. L'essence avait été extraite des anges tués durant les guerres célestes à l'aube des temps. Il semblait impossible que de telles choses existent dans la collection de Snape et pourtant elles étaient là.
Dans une autre armoire, elle avait trouvé un véritable butin. Bon, un trésor pour un sorcier ou une sorcière de dix–huit ans. De l'absinthe. Pas juste de l'absinthe, mais la véritable absinthe des sorciers. Chaque bouteille – et là, il devait y en avoir une vingtaine – était étiquetée et datée. Ron l'avait suppliée d'en faire une fois. Elle avait trouvé une recette dans un vieux livre de potions elle l'avait lu entièrement et avait finalement renoncé. Elle semblait assez facile mais une mauvaise quantité pouvait la rendre mortelle et elle ne voulait pas avoir la mort de ses deux meilleurs amis sur la conscience.
Elle était restée illégale dans le monde sorcier pendant plus longtemps que dans le monde moldu. Remontant au célèbre procès de 1863, quand Argion Mulchet avait proclamé, en plein milieu du Square Leicester, à tous les Moldus à portée d'oreille qu'il existait un monde magique parallèle à leur propre monde et que s'ils restaient encore assez longtemps, il le prouverait. Il s'était mis ensuite à voler sur son balai. Il avait fait plusieurs tours du square et avait lâché un jet de feux d'artifices multicolores de sa baguette. Sur les représentations de cette époque, on pouvait clairement le voir en train de sourire gaiement et de tenir une bouteille d'absinthe pratiquement vide. Il avait prétendu, pour sa propre défense, que la Fée Verte était responsable de tout ça. À la suite de ça, la liqueur fut interdite et Mulchet fut tué sur le chemin d'Azkaban par un Auror qui déplorait la perte de sa boisson alcoolisée préférée. Bizarrement, l'Auror fut tiré d'affaire.
Que Snape puisse faire de l'absinthe n'était pas une réelle surprise. C'était un Maître des Potions brillant. Elle avait toujours pensé qu'elle était chanceuse d'étudier dans sa classe, si on mettait de côté le fait qu'il était… malveillant. Mais ce qui la choquait vraiment au–delà de tout était que si Snape fabriquait vraiment de l'absinthe, ça signifiait très probablement qu'il en buvait aussi. Elle avait lu sur le sujet, bien sûr. La boisson des artistes, la boisson des bohèmes, la boisson du Paris du 19ème siècle, de la musique, de la danse, de la lumière et de la couleur. C'était une boisson qui appartenait à un âge différent, qui avait entièrement influencé le mouvement artistique moldu. C'était la boisson de la décadence et de la beauté, du désir et du plaisir. Ce n'était pas une boisson pour l'homme ignoble et graisseux qui se tenait à l'étage du dessus. L'idée même que Snape buvait de l'absinthe était une insulte à la réputation de la boisson. Elle se sentait offensée par toutes ces bouteilles d'absinthe.
Elle n'avait jamais essayé. Ce n'était pas une grande buveuse et boire l'avait toujours plongée dans les ennuis (le contrat en était le premier exemple). Indiscutablement, elle buvait davantage depuis la guerre, mais comme tout le monde. Malfoy semblait faire un valeureux effort pour vouloir se saouler à mort volontairement, quelque chose que plus d'un accueillerait avec plaisir. Elle ne voulait pas d'absinthe pour s'enivrer, elle pouvait faire ça avec du vin d'ortie mais c'était cette curiosité, son plus grand démon, qui lui dictait qu'elle devait essayer cette substance. Elle le devait parce qu'elle s'était renseignée à son sujet, l'avait imaginée, avait fantasmé sur le mythe qui s'était construit autour de la boisson. Elle devait l'essayer et elle était déterminée le faire.
Elle se demanda s'il remarquerait qu'elle avait volé une bouteille. Ron adorerait ce geste et ils pourraient l'utiliser comme un pot–de–vin pour Malfoy – qui sans aucun doute se mettrait en quatre pour en avoir. Mais à quoi pensait–elle ? Snape était connu pour sa méticulosité, il comptait sans aucun doute ses bouteilles et comme elle était la seule autre personne à être jamais descendue ici, deviner qui l'avait prise deviendrait sacrement évident.
Une gorgée ? Il ne remarquerait pas l'absence d'une gorgée, pas vrai ? Elle retira avec soin une des bouteilles et l'examina. C'était de la même couleur que les yeux de Harry et elle sourit en y pensant. L'ayant personnifié ainsi, ça ne pouvait pas être une mauvaise chose. Elle enleva le bouchon et renifla avec précaution. Cela sentait fortement l'anis, les herbes et quelque chose d'autre qui ne lui était pas familier.
Oh, eh bien, ça ne coûte rien.
Elle leva la bouteille jusqu'à ses lèvres.
– Je ne boirais pas ça, si j'étais vous.
Elle se figea, la bouteille aux lèvres, les yeux écarquillés d'horreur. Il marcha vers elle, souleva la bouteille de sa main et remit le bouchon.
– Professeur Snape ! glapit–elle. Monsieur, je…, je… Pardon… je… curieuse… absinthe… je… Monsieur…
– Cessez ce babillage, jeune fille, jeta–t–il d'un ton cassant. À vrai dire, Miss Granger, là j'étais en train de me demander pourquoi ça vous prenait si longtemps et maintenant je vois que vous n'avez pas travaillé du tout, mais qu'à la place, vous vous servez dans mes réserves.
– Je… je n'en ai pas pris, Monsieur.
– Je peux voir ça, petite idiote, vous êtes encore debout.
Elle s'empourpra violemment.
– Monsieur ?
– Avez–vous une idée de ce que c'est ? lui demanda–t–il.
– De l'absinthe, Monsieur. J'avais lu des articles dessus, je voulais juste en…
– Silence.
Il reposa la bouteille sur l'étagère.
– Un jour, Miss Granger, vous constaterez que ce que vous lisez dans les livres est souvent très différent de la réalité. Oui, cette boisson est de l'absinthe, mais ce n'est pas le mélange moldu à propos duquel vous avez tellement lu. Si vous aviez bu de cette bouteille, vous auriez absorbé plus de calame que votre corps ne pourrait en traiter, vous auriez commencé à halluciner et ensuite vous seriez morte.
– Je… je n'avais pas réalisé, Professeur.
– Évidemment que non.
– Je suis désolée, Professeur.
Elle était littéralement en train de dévorer sa lèvre à présent et il résista à l'envie de la gifler. Il leva un sourcil moqueur.
– Vous découvrirez aussi qu'exprimer vos regrets ne rend pas automatiquement les choses meilleures. Retenue, pour le restant de la semaine.
– Oui, Professeur.
Il se détourna d'elle et regarda autour de la pièce.
– Je vois que vous avez pris votre temps, s'exclama–t–il d'une voix à la fois soyeuse et désapprobatrice. Eh bien, seule la moitié est faite, il semble que vous serez de retour ici demain soir. À moins que, bien sûr, vous préférez continuer jusqu'à ce que vous ayez fini ?
Elle était sur le point de dire : « Non, Monsieur, je reviendrai demain », elle s'y apprêtait parce que tout ce qui pouvait la sortir de cette pièce était mieux que tout. Elle s'y apprêtait, mais elle ne le fit pas. Elle ne le fit pas parce qu'elle fut interrompue. Elle fut interrompue par le très bruyant claquement de la très lourde porte de la réserve.
C'est bon, il va simplement l'ouvrir et nous partirons chacun de notre côté.
Son visage blêmit.
Oh, ça n'a pas l'air bon.
– Merde, dit–il.
Oh, il jure. Ça n'a pas l'air bon du tout.
Il se dirigea vers la porte et murmura :
– Alohamora.
Mais rien ne se passa.
Pas bien, ça.
– Bordel ! s'écria–t–il.
Vraiment, vraiment pas bien. S'il jure sans réserve devant moi, ça ne peut vraiment pas être bien.
Il lâcha un torrent de sortilèges et d'obscénités à la porte qui restait impassible et très résolument fermée.
– Professeur ? demanda–t–elle.
– Saloperie de putain de bordel de merde …
– Professeur ?
– Foutu truc merdique…
– PROFESSEUR !
– QUOI ?!
Il se retourna, les yeux flamboyants.
– Heu… On a un problème ?
Il grogna d'un ton impatient.
– Quoi, est–ce que votre merveilleux cerveau a brusquement pris des vacances ? répliqua–t–il d'un ton cinglant. Oui, Miss Granger, nous avons un problème. Le château a décidé de nous enfermer pour la nuit.
La nuit ? Est-ce qu'il plaisante ?
– Le château ? répéta–t–elle en gémissant. Il peut faire ça ?
– Vraiment, vous n'avez jamais lu L'Histoire de Poudlard ? Bon dieu, le château peut faire tout ce qu'il veut.
– Oh.
Elle se remit à ronger sa lèvre.
– Qu'est–ce que nous allons faire ?
– La seule chose que nous pouvons faire. Nous asseoir et attendre.
oOo
Quand Harry atteignit la salle commune, il était devenu bleu. Ron, qui s'était agité dans un état de panique totale, n'avait été d'aucune aide et si Anthony Goldstein n'avait pas bondi et crié : « Finite Incantatem », il serait probablement mort. Il aimait à penser que Malfoy aurait pu le libérer avant que cela n'arrive, mais en toute honnêteté, il n'en était pas tellement sûr. Il tomba en avant et prit un long souffle d'air frais et céleste.
– Ohmercimondieu (inspire) je ne pouvais plus (inspire) respirer (inspire).
– Tu en as assez, Potter ? demanda Malfoy d'une voix traînante, depuis la voûte d'entrée.
– Va te (inspire) faire foutre, (inspire) Malfoy (inspire).
– Pas ce soir, Potty, rétorqua–t–il méchamment. Alors, je suppose que tu veux continuer ?
Il pointa sa baguette vers Harry, ricana et se prépara pour une nouvelle attaque.
– Arrête ça, Malfoy ! s'écria Ron.
Il leva sa propre baguette. Malfoy souleva un sourcil sarcastique.
– Nous sommes en train de nous entraîner, la Belette. Potty n'a pas encore déclaré forfait.
– C'est parce qu'il ne peut pas, bâtard.
Malfoy rit.
– Bâtard ? Je te ferais savoir que mes parents étaient mariés depuis cinq années complètes avant ma naissance.
– Ah, ouais, se moqua Ron, tes parents. Je ne serais pas trop fier du résultat de cet engendrement.
Malfoy tourna sa baguette sur Ron, ses yeux pâles mi–clos, la voix soudain basse, le ton traînant se mua en grondement.
– Qu'est–ce que tu disais sur mes parents ?
– Tu m'as entendu, assura Ron avec un sourire supérieur. Je ne serais pas aussi fier de ça, si j'étais toi. Ils ont probablement attendu si longtemps parce que ton père aimait plus l'idée de se toucher lui–même que de toucher ta mère. Il a dû vraisemblablement faire appel à un vétérinaire, tu sais, comme quand on insémine une vache.
Draco vira au rouge puis au blanc et siffla entre ses dents.
– Je suis beaucoup plus fier que toi qui n'as aucune raison de l'être. Au moins, ma famille a les moyens de me donner le meilleur de tout, contrairement à ton caniveau plein de déchets qui produit plus qu'il ne peut nourrir. Mais, à vrai dire, j'ai entendu qu'il y avait quelques bouches en moins ces jours–ci, ce doit être un tel soulagement pour tes parents.
Ça devenait dangereux. Les deux garçons se faisaient face, baguettes levées, montrant les dents. Tout le monde recula d'un pas sauf Harry. Ils voulaient désespérément voir ce qui allait se passer mais ils n'avaient aucune envie d'être pris dans le feu croisé.
– Ron, calme–toi, le pria Harry aussi fermement que sa gorge douloureuse et ses poumons le lui permettaient. Ne prête pas attention à lui, tu sais comment il est.
– Ouais, je sais ce qu'il est, cracha Ron, si fier de sa famille qui peut faire ceci et cela et tous ces autres foutus trucs. Réveille–toi, Malfoy, tes parents ne peuvent même plus se torcher tout seuls ! Ma famille a obtenu la reconnaissance de notre monde, mon père est en bonne voie de devenir le prochain Ministre de la Magie alors que ta famille fait partie de la tournée d'un spectacle de monstres de foire. Les Stupéfiants Malfoy Baveux. Voilà un spectacle que j'aimerais voir. J'irai chaque putain de jour quand il viendra à Pré–au–Lard ! Mamy et Papy Malfoy, assis dans leur propre merde. J'irai prendre des photos pour toi, comme ça tu auras quelque chose pour te rappeler d'eux.
Malfoy avait pâli davantage. Sa main qui tenait sa baguette était tombée mollement sur son flanc et, à la fin de la tirade de Ron, la baguette claqua sur le sol. Ses yeux étaient devenus opaques et il regardait fixement, sans le voir, la tête rousse en face de lui.
– Qu'est–ce qui cloche, la Fouine ? ricana Ron, attaquant la mise à mort. J'ai touché un point sensible ? Prêt à pleurer ? J'ai entendu que tu l'avais fait quand ils ont eu leur petit baiser d'adieu. J'ai appris que tu avais chialé comme un bébé, je…
– RON !
Harry empoigna son ami et le retourna face à lui.
– Arrête ça, c'est indigne de toi.
Malfoy était parti. Il s'était détourné et avait disparu en bas du couloir, de retour dans le sanctuaire qu'était sa chambre.
– Ça devait être dit, Harry, fit Ron sur la défensive. Il le méritait.
Harry jeta un coup d'œil vers son groupe d'amis, ils semblaient tous être inconfortablement d'accord avec Ron. Ils avaient tous pris une sorte de plaisir pervers à l'échange. Il secoua la tête, essayant de comprendre pourquoi lui n'avait pas aimé. Il avait passé des années à espérer un jour voir Draco Malfoy se faire remettre à sa place et maintenant que c'était finalement arrivé, il se sentait juste triste pour lui.
– Nous faisons un groupe d'étude jusqu'à tard dans la nuit à la bibliothèque, tu viens ?
Harry haussa les épaules
– Heu... Ouais, plus tard, je veux prendre un bain avant.
– Okay, bien sûr.
Ron le regarda, essayant de déchiffrer son visage
– Malfoy le méritait, Harry, répéta–t–il après un moment. Il t'aurait laissé mourir plutôt que de relâcher ce sort.
Harry en doutait, mais qu'est–ce qu'il en savait ? Malfoy était complètement pourri jusqu'à la moelle, c'était ce que tout le monde avait toujours dit et aucun d'entre eux n'avait jamais prouvé le contraire. Il sourit de manière rassurante à Ron.
– Ouais, mec, peu importe. Je sens mauvais. Je vais prendre un bain et je monterai à la bibliothèque directement après, d'accord ?
– Super. Je te verrais là–bas.
Ron se tourna.
– Oh, Harry ?
– Ouais ?
– Tu peux passer par la cuisine sur le chemin et prendre quelques trucs à manger… On en aura probablement besoin plus tard.
Harry fit un large sourire et se dirigea vers la salle de bain.
oOo
Au cours de son temps à Poudlard, Hermione avait appris que si elle harcelait et persistait suffisamment, elle finirait par obtenir ce qu'elle voulait. Comme c'était le cas maintenant. Enfermée dans une réserve avec le professeur Snape, il était tard, probablement plus de minuit, elle décida que c'était ridicule d'avoir peur de lui. Elle avait dix–huit ans, elle avait affronté bien pire. Elle voulait essayer l'absinthe, il en avait tout un stock, il était temps de commencer à s'en prendre à lui.
Ce fut étonnement facile. Cela ne prit qu'une heure de pleurnicheries et il capitula. Elle n'arrivait pas à y croire. Elle avait vraiment pensé que ça serait plus difficile que ça.
Du côté de Snape, il avait estimé que cela ne prendrait que deux verres et qu'elle s'évanouirait. En fait, il comptait dessus. Il choisit la bouteille qui avait la plus forte concentration d'Artemisia et décida que ça serait suffisant pour assommer complètement une novice en boisson. N'importe quoi qui la fasse taire afin qu'il puisse passer le temps de cette situation ridicule aussi tranquillement que possible.
Il avait été un temps dans sa vie où il buvait de l'absinthe avec une alarmante régularité. Il l'appréciait toujours même s'il découvrait qu'il en voulait de moins en moins. C'était l'une des seules liqueurs qui pouvaient vraiment le saouler, probablement parce qu'il la distillait lui–même et qu'elle était incroyablement alcoolisée. Il savait qu'il n'aurait pas dû partager quelque chose qui était non seulement son coupable secret mais aussi hautement illégal avec Miss Granger mais il ne voulait pas rester assis dans sa réserve toute la nuit à l'écouter.
Avec cette conviction à l'esprit, il versa une bonne rasade de liqueur verte dans deux verres et plaça une cuillère en argent sur le rebord. Dans chaque cuillère, il déposa un sucre, fit pleuvoir l'absinthe à petites gouttes dessus, suffisamment pour l'imbiber et ensuite y mit le feu. Elle observa, fascinée, le sucre qui bouillonnait, fondait et tombait dans le liquide en dessous comme de petites larmes enflammées.
– L'absinthe, expliqua–t–il, est l'aphrodisiaque de l'âme.
Il remua ensuite les derniers morceaux de sucre dans la boisson et attendit jusqu'à ce que la flamme bleue disparaisse.
Il lui passa un verre et elle le tourna, émerveillée de sa couleur dans la lumière. On était censé y ajouter de l'eau, disait–il, si on le faisait, on pourrait voir le précipité, mais ils n'avaient pas d'eau fraîche et il précisa que les effets seraient les mêmes. Elle n'aimait pas l'idée de créer le précipité de toute façon, cela interférerait avec sa splendide couleur.
Il leva son verre vers le sien
– Santé, dit–il.
– Santé, répondit–elle en faisant tinter son verre contre le sien.
Il lui avait dit de l'avaler directement, cul sec. Dans tous les films ou peintures qu'elle avait toujours vus, la boisson avait été sirotée, d'une manière séduisante, mais il mit fin à cette notion en l'informant que la plupart des Moldus qui faisaient de tels films ou qui peignaient de tels tableaux n'avait aucun concept concret du goût réel de la boisson… ou en étaient si aguerris qu'ils pouvaient en supporter le goût. Il était mieux pour elle de l'avaler aussi vite qu'elle pouvait.
Ce qu'elle fit.
Et elle fut reconnaissante de l'avoir fait ! Le liquide qui traça un chemin de feu et d'anis dans sa gorge était si abominable qu'elle eut un haut–le–cœur. Seigneur, c'était le pire goût qu'elle avait rencontré et elle avait bu du Polynectar. Pourquoi diable les artistes tombaient–ils amoureux de ça ? Pourquoi est–ce que cette substance si abominable, atroce, horrible, infecte était si aimée et tenue en une telle estime et notoriété ?
La réponse arriva moins d'une minute plus tard quand elle sentit son corps entier devenir tout à coup remarquablement chaud. Le goût dans sa bouche s'était apaisé en une brûlante saveur d'anis dans le fond de sa gorge. Elle se sentait incroyablement bien et parfaitement détendue. Elle leva les yeux vers Snape qui était appuyé contre les rayonnages. Il était en train de l'observer attentivement.
– C'est toujours comme ça ? s'enquit–t–elle, en sentant un sourire niais glisser en travers de son visage.
– Cela dépend, répondit–il.
Sa voix avait pris une qualité différente, elle était presque somnolente, ou songeuse.
– Qu'est–ce que ça vous fait ressentir ?
– Hum, comme je suis, vraiment détendue.
– Cela semble bien.
– Donc, plus on en prend, plus on se sent détendu ?
– Pas nécessairement.
Il fronça les sourcils et le fait qu'il puisse encore le faire, considérant combien elle se sentait détendue, la stupéfiait.
– C'est différent pour tout le monde. En boire plus peut vous faire aller directement vous coucher ou devenir créatif ou encore plein d'autres choses.
– Devenir violent ?
– J'en doute.
– Puis–je en avoir un autre ?
Il sourit légèrement et commença à lui verser une autre tournée de liqueur.
– La Fée Verte, dit–il, qui vit dans l'absinthe, désire votre âme… Mais vous êtes en sécurité avec moi.
Elle sourit, elle se sentait rêveuse et heureuse. Elle se demanda si elle voulait vraiment être en sécurité.
oOo
Harry avait pris un bain et avait revêtu un vieux jean et le pull–over Weasley de l'année dernière qui devenait tristement trop petit. Il se demanda brièvement s'il était trop vieux pour en avoir un pour Noël cette année. Mais ensuite, il se rappela que Bill et Charlie avaient tous les deux reçus le leur à Noël dernier alors il vivait dans l'espoir. C'était, bien sûr, si Mrs Weasley avait encore envie d'en tricoter. Depuis Noël dernier, elle avait perdu deux de ses fils, elle pouvait ne jamais vouloir tricoter à nouveau. Il repoussa cette pensée. Bien sûr, elle tricoterait, elle adorait tricoter ! Elle serait convaincue que Harry et Ron gèleraient à mort sans un pull–over pour venir à bout du froid.
La salle commune était déserte et il avait une très forte envie de s'écrouler dans le fauteuil près du feu et d'étudier seul.
– Je suis en train de me transformer en Hermione, marmonna–t–il avec écœurement.
Il ne pouvait pas rester, parce que s'il restait seul ici, son esprit vagabonderait dans des endroits qu'il ne voulait pas affronter en ce moment et comme qu'il n'avait aucun contrôle sur ses rêves, il pouvait au moins essayer de maîtriser ses pensées éveillées.
Quelque chose sur le sol attira son attention. Il regarda plus près et réalisa que c'était la baguette de Malfoy.
Draco Malfoy. C'était bien là un sujet auquel il ne voulait pas penser. Pourtant, quel brillant sortilège ! S'il n'avait pas été en train d'étouffer à mort, il aurait eu envie de lui serrer la main pour ce petit coup de génie. Harry n'avait jamais été capable d'inventer ses propres maléfices. Certaines personnes avaient ce don et d'autres pas. Harry ne l'avait pas. Il pouvait apprendre comment faire sien ce que les autres avaient atteint et il se demandait si Malfoy lui apprendrait celui–là.
Il regarda la baguette encore un moment et la ramassa. Malfoy devait être assez bouleversé pour la laisser derrière lui et il ne pouvait pas être parti à la bibliothèque avec les autres. Malfoy n'était pas idiot. Il avait beaucoup d'ennemis et il se garderait bien de sortir quelque part sans sa baguette. En outre, il avait horreur de laisser passer l'occasion de jeter un sort sur de pauvres 1ère année confiants. La baguette était faite d'un bois si sombre qu'il était presque noir. La poignée était ciselée de façon décorative. En regardant plus près, Harry réalisa que ce qu'il avait pris pour des serpents était en réalité des dragons entrelacés l'un autour de l'autre. Il se demanda si Malfoy avait ajouté la poignée après avoir choisi la baguette. Cependant, il doutait que Mr. Ollivander fasse ce genre de chose.
Il longea le couloir et frappa à la porte de Malfoy.
Pas de réponse.
– Malfoy ?
Il frappa à nouveau. Pas de réponse. Il tourna la poignée et scruta la pièce.
– Malfoy ? J'ai trouvé ta baguette, je viens juste te la rapporter, je…
Draco, et il ne pouvait pas penser à lui comme simplement Malfoy en cet instant, était recroquevillé sur le flanc dans son lit, les yeux fermés. Il respirait avec des souffles peu profonds. Il était presque aussi pâle que les draps que les elfes de maison changeaient chaque jour. La pâleur accentuait les cernes sombres sous ses yeux. Cramponné contre sa poitrine, il y avait un livre en bois que Harry reconnaissait comme étant un album photo. Il en avait un identique à celui–là, il contenait les seules photos qu'il avait de sa famille. Draco en avait une étagère entière. Harry les avait remarqués quand ils s'étaient entraînés ici. Il était content de n'avoir pas envoyé le sort Reducto vers eux un peu plus tôt comme il l'avait projeté à l'origine.
Aussi silencieusement qu'il put, il mit la baguette sur la table de chevet à côté des morceaux brisés de la babiole en forme de boîte et se retourna pour se retirer de la pièce. Malheureusement, il se cogna contre plusieurs pièces du jeu d'échecs de Draco qui glapirent de protestation.
Harry se figea et regarda fixement la silhouette sur le lit. Les yeux s'ouvrirent brusquement et clignèrent, il vit Harry, cligna à nouveau des yeux et s'assit brusquement.
– Bordel, qu'est–ce que tu fous ici, Potter ? cracha–t–il. Tu es venu pour te moquer encore une fois de ma dégoûtante famille ?
– Non !
Harry rosit.
– J'ai trouvé ta baguette par terre, je suis venu te la rendre.
Malfoy continuait à le regarder furieusement.
– Écoute, soupira Harry, tout le monde est à la bibliothèque en train d'étudier. J'étais sur le point d'aller les rejoindre, tu veux venir ?
– Non, jeta–t–il d'un ton cassant.
– D'accord, bien, peu importe.
Il tourna le dos à Malfoy et s'apprêtait à franchir la porte quand il ajouta :
– Je suis vraiment désolé pour tes parents.
– Pourquoi ? s'étrangla Draco. Ce n'étaient pas des gens très agréables.
oOo
– Ils firent venir Eurydice et la rendirent à Orphée, mais à une condition : il ne se retournerait pas pour la regarder avant d'avoir atteint le monde des vivants. L'un derrière l'autre, ils passèrent les grandes portes du monde d'Hadès et gravirent le sentier en pente qui les éloignerait de l'obscurité. Il savait qu'elle le suivait pas à pas mais il aurait voulu jeter ne fût–ce qu'un coup d'oeil pour s'en assurer. Ils avaient maintenant presque atteint leur but, l'ombre devenait grise. Un pas encore et il entra, joyeux dans la lumière du jour. Alors il se retourna. Trop tôt : elle était encore dans la caverne. Il la vit dans la lumière indécise et lui tendit les bras ; mais dans le même instant, elle disparut. Elle avait glissé dans l'ombre à nouveau, et il n'entendit qu'un faible mot : « Adieu ». Un dernier adieu et elle fut précipitée au loin, si vite que le son atteignit à peine ses oreilles. [1].
– Qu'est–ce qui est arrivé à Orphée ? demanda Hermione en s'asseyant à côté de lui, les yeux écarquillés d'étonnement.
Elle prit une autre gorgée de son verre.
– Il connut une triste fin. Il décida de porter le deuil pour toujours, développa une passion pour des garçons extrêmement jeunes et fut finalement découpé en morceaux par les Ménades qui croyaient que la beauté de ses chansons se moquait d'elles.
– Mon dieu, c'est horrible.
– C'est un mythe, Miss Granger.
Il se versa un autre verre, et voyant que le sien était en train de baisser, il le lui remplit. C'était étonnant comme on pouvait rapidement finir une bouteille, il devrait bientôt en descendre une autre.
oOo
Ron regarda vers la grande pendule sur le mur de la bibliothèque. Où diable était Harry ? Juste un bain rapide hein ? Ça n'aurait pas été au–dessus de Malfoy d'essayer de le noyer. Il se demanda pendant un instant s'il irait voir par lui–même.
– Alors, qu'est–ce que tu obtiens pour cette lecture ?
– Pardon ? Quoi ?
Padma soupira de contrariété.
– Honnêtement, Ron Weasley, si tu veux que je t'aide avec la Divination, tu dois au moins faire attention à ce que je suis en train d'essayer de te montrer.
– Ouais, désolé, Padma.
Il sourit d'une façon qu'il espérait attachante. Padma roula des yeux mais sourit malgré elle. Il s'égaya. Peut–être que s'assurer que Harry n'était pas étendu au fond du bassin pouvait attendre un petit peu.
oOo
– Action ou Vérité ?
Snape réfléchit pendant un moment.
– Action.
– Vous ne choisissez jamais Vérité, le réprimanda Hermione.
– Peut–être que je ne veux pas les partager avec vous.
– C'est juste.
Elle était toujours à côté de lui, effondrée contre son bras.
– D'accord, Action… Hummm, récitez un passage de Shakespeare pour moi.
Il soupira et étira langoureusement ses longs membres, la renversant de sa position. Il l'attrapa avant qu'elle ne tombe la tête la première sur le sol et enveloppa un bras autour de son épaule pour la stabiliser.
– Pourquoi est–ce que à chaque fois que je choisis Action, vous me faites raconter une histoire ? s'enquit–t–il.
– Parce que votre voix semble magique en ce moment.
Elle se blottit contre la confortable courbe de son corps.
– Quand vous n'êtes pas Professeur Snape vous avez une voix très agréable, je pourrais vous écouter pendant des heures.
Il sirota sa boisson et réfléchit au compliment. Cette fille devait être ridiculement saoule et c'était sûrement l'absinthe qui parlait parce que la plupart des étudiants qui quittaient Poudlard espéraient ne jamais réentendre sa voix. En fait, elle était connue pour évoquer des cauchemars.
– Professeur ?
– Mmm ?
– L'Action. Vous ne voulez pas vous balader tout nu pendant une journée, si ?
– Non, bien sûr que non. Shakespeare, avez–vous dit ?
– Ouais.
– Ce devait forcément être un Moldu, n'est–ce pas ?
– À quoi vous attendiez–vous de la part d'une Sang–de–Bourbe ?
Il sourit.
– À quoi d'autre, en effet ?
– Si vous ne connaissez pas de Shakespeare, je gagne et je choisirai une récompense.
– Pas si vite, s'il vous plaît…
« J'ai depuis peu, je ne sais pourquoi, perdu toute ma gaieté, renoncé à tous mes exercices accoutumés et, vraiment, tout pèse si lourdement à mon humeur, que la terre, cette belle création, me semble un promontoire stérile. Le ciel, ce dais splendide, regardez ! Ce magnifique plafond, ce toit majestueux, constellé de flammes d'or, eh bien ! Il ne m'apparaît plus que comme un noir amas de vapeurs pestilentielles. Quel chef–d'œuvre que l'homme ! Qu'il est noble dans sa raison ! Qu'il est infini dans ses facultés ! Dans sa force et dans ses mouvements, comme il est expressif et admirable ! Par l'action, semblable à un ange ! Par la pensée, semblable à un Dieu ! C'est la merveille du monde ! L'animal idéal ! Et pourtant qu'est à mes yeux cette quintessence de poussière ? L'homme n'a pas de charme pour moi… ni la femme non plus, quoi que semble dire votre sourire. » [2]
– C'était pas mal.
C'était plus que bon et elle le savait mais cela ne se faisait pas de le lui avouer.
– Merci.
Il se versa un autre verre.
– Action ou Vérité ?
Elle y réfléchit sérieusement.
– Vérité, finit–elle par dire.
– Alors combien de fois êtes–vous venue voler des choses dans les réserves de mon bureau ?
Sa bouche s'ouvrit en grand mais elle ne sentit rien de l'horreur qui aurait normalement accompagné une telle question venant Snape. Elle tendit son cou afin de pouvoir lever les yeux vers lui.
– Tout ? Depuis que j'ai commencé Poudlard ? demanda–t–elle innocemment.
Il rit tout bas.
– Commençons par la première année et nous progresserons à partir de là, d'accord ?
oOo
Harry se retourna vers Draco.
– Non, dit–il à contrecœur, ce n'étaient pas des gens agréables.
Draco se leva et posa l'album de photos sur l'étagère.
– Alors pourquoi perdre ton temps à me mentir en me disant combien tu es désolé ?
Harry fronça les sourcils.
– Je… je suis désolé… peut–être pas pour eux, mais pour toi.
– Je ne veux ni n'ai besoin de ta pitié, Potter.
– Je ne voulais pas le dire de cette façon.
Il soupira profondément et se demanda comment reprendre la situation en main.
– Manifestement, ça te bouleverse, alors, je suis désolé pour ça.
– Eh, ouais, dit amèrement Draco. Chienne de vie.
Ses yeux redevinrent troubles de larmes non versées. Il n'avait pas pleuré depuis le jour où il avait vu ses parents se faire complètement détruire, il n'allait pas pleurer maintenant, certainement pas devant Potter.
– Tu devrais t'en aller, dit–il vivement, je ne voudrais que la Belette se demande ce qui t'est arrivé. Il pourrait venir ici et je devrais lui jeter un sort.
Harry rit.
– Il pourrait le mériter.
– Ouais.
Draco haussa les épaules et détourna les yeux.
– Il avait peut–être raison.
Comment Harry allait–il pouvoir supporter ça ? Un Draco Malfoy, plein de nonchalance sarcastique et de malveillance, il pouvait l'affronter. Mais un Draco Malfoy plein de remords et vaincu ? C'était tout à fait autre chose. À part ça, il y avait le fait que Lucius Malfoy était l'un des hommes les plus méprisables que Harry avait jamais connu, à côté de lui Oncle Vernon était un parfait saint. Donc, comment Harry pouvait–il réconforter Draco quand il croyait sincèrement que son père n'avait eu que ce qu'il méritait.
– Draco, appela–il, pas très à l'aise avec son prénom et remuant inconfortablement sur place.
– T'inquiète pas, Potter, je vais pas pleurer sur ton épaule ou quoi que ce soit.
Harry eut l'impression que son cœur avait gonflé dans sa poitrine, il regarda l'homme devant lui. Draco était en effet un homme, le garçon était resté derrière quand la guerre avait détruit tout ce qui restait de son enfance. Il s'était étoffé depuis son adolescence, bien qu'il fut bâti sur une ossature plus mince que celle de Harry, il était grand comme Ron. Ses cheveux blonds flottaient autour de son visage, en désordre de manière délibérée, il avait renoncé à les lisser en arrière avec du gel, depuis un bon moment. Il ressemblait beaucoup à son père. Il avait le même nez ferme, les yeux gris, les pommettes et le menton pointu. Lucius Malfoy était plus anguleux et son ossature plus large, il y avait presque une joliesse chez Draco qui avait peut–être été la seule chose à laquelle sa mère avait contribué dans son apparence. Il semblait fatigué par trop de nuits passées étendu dans le noir, les yeux fermés, essayant de se duper lui–même dans le sommeil.
– Draco, dit à nouveau Harry, mais le mot était plus soufflé qu'articulé.
Il fit un pas en avant et sans réfléchir – parce que s'il y avait réfléchi, il aurait tourné les talons pour s'en aller – il posa sa main, paume ouverte sur la poitrine de Draco et sentit son cœur battre avec force derrière ses côtes.
Les yeux de Draco ne quittèrent pas les siens, sous le contact, il sembla se détendre un peu puis il se crispa comme s'il avait accidentellement baissé sa garde pendant un infime instant. Il était trop tard pour Harry, il ne pouvait plus s'arrêter à présent, il l'avait déjà touché. Il leva sa main libre et, aussi léger que des ailes diaphanes, il passa son doigt sur les cernes de Draco. Les paupières de Draco battirent pendant un instant et, à la dernière minute, elles restèrent ouvertes et donnèrent à Harry l'autorisation d'explorer la délicate texture de la peau soyeuse en dessous de ses yeux. Puis ces doigts–là descendirent sur la douce courbe de sa joue et le long du contour fin de sa mâchoire. Harry s'inclina, pas vraiment sûr de ce qu'il comptait faire et captura la bouche de Draco dans un baiser maladroit.
oOo
Hermione se sentait comme si elle était nichée dans le plus confortable siège sur la terre, que ce soit en fait son Maître des Potions n'était pas vraiment important. Son dos reposait contre sa poitrine, sa tête dans le creux de son épaule. Un bras était enveloppé autour d'elle, la gardant stable parce qu'elle continuait à basculer en avant. Son pouce était occupé à effleurer distraitement sa clavicule.
– Action ou Vérité ? demanda–t–elle.
Il hésita pendant un moment, fasciné par le fait que des points de lumière, pas plus gros que des têtes d'épingles, semblaient descendre du plafond et il se demanda comment il avait réussi à se saouler suffisamment pour halluciner.
– Vérité, dit–il après un instant.
Il secoua la tête pour s'éclaircir les idées.
– Selon vous, quelle est la partie la plus sexy du corps d'une femme ? questionna–t–elle, en se demandant comment diable toutes ces fées étaient entrées dans la pièce.
Il rit et demanda doucement dans son oreille :
– D'après vous, sur quelle partie se porterait mon choix ?
– Je pense que vous êtes un homme à poitrine, répondit–elle avec sérieux et il rit encore.
Mon dieu, il devrait rire plus souvent parce que c'est un son magnifique.
– Un homme à poitrine, hein ?
– Hmm, hmm.
– Eh bien, je suis désolé, vous avez tort, répondit–il.
Il regarda avec appréciation vers son petit renflement, sous sa cape et ajouta :
– Quoique je n'ai rien contre les seins.
– Alors, quelle est cette partie ?
Elle se blottit un peu plus dans sa chaleur.
– Le creux supra sternal, murmura–t–il.
– Le supra quoi ?
– Le creux supra sternal.
– Où c'est, ça ?
Il fit courir ses doigts le long de sa clavicule jusqu'à l'endroit où il rencontra sa jumelle.
– C'est ici.
Ses lèvres frôlaient légèrement son oreille lorsqu'il parla et elle ferma les yeux à cette sensation.
– Le creux à la base de la gorge d'une femme.
Elle bougea sa tête un peu sur le côté et fut certaine qu'il l'avait embrassé derrière l'oreille. Elle laissa échapper un gémissement si faible qu'il pouvait à peine l'entendre… à peine.
– Est–ce qu'il reste de l'absinthe ? demanda–t–elle dans une voix qui n'était plus qu'un gémissement.
– Un peu, murmura–t–il, en respirant le parfum de ses cheveux. Vous voulez un autre verre ?
– Oui.
oOo
La tension grandit entre eux.
Oh, merde, non, non je n'aurais pas dû faire ça !
Les mains de Draco se levèrent pour le repousser. Il allait dire quelque chose de blessant et Harry serait la risée de Poudlard pour le reste de l'année. Mais les mains de Draco étaient traîtresses, elles remontèrent le long du corps de Harry, de sa taille à son dos et se verrouillèrent derrière ses épaules pour l'attirer plus profondément dans le baiser.
Il poussa pour ouvrir la bouche de Harry avec sa langue, juste un peu au début, suffisamment pour passer la sienne le long de l'intérieur soyeux de sa lèvre supérieure et ensuite un petit peu plus largement, testant l'aspérité de ses dents avant de chercher une entrée plus profonde et de rencontrer sa langue avant de l'emmêler contre la sienne dans une étreinte intime.
Ohhhhhhhhhhhh.
Draco avait un goût de miel, d'épices et de vin Harry se perdait presque dans sa saveur. Il ferma son esprit, il ne voulait pas laisser vagabonder ses pensées ni se laisser distraire de ce qu'il éprouvait. Il avait besoin de savourer l'instant, de le prolonger à l'infini afin qu'il soit imprimé dans sa mémoire pour pouvoir le repasser à chaque fois qu'il penserait qu'il n'y avait rien de bon et de merveilleux qui restât au monde. Il enfonça ses mains dans les cheveux soyeux de Draco, se repaissant avidement de sa bouche, gémissant à la sensation de son corps appuyé tout contre le sien. Il avait besoin de ça. Ils en avaient besoin tous les deux. Ils avaient besoin tous les deux de surmonter le terrible sentiment de solitude qui était parvenu à résider dans leurs deux âmes.
Le baiser tira sur une fin accordée à contrecœur et ils se reposèrent, leurs fronts réunis, inspirant fortement, les mains encore l'un sur l'autre, la chaleur encore entre eux.
– Oh, Merlin, murmura Draco, haletant doucement.
– Je…
La voix de Harry était rauque, sa bouche gonflée par le baiser.
– Je suis désolé.
– Pourquoi ?
Le ton était toujours doux, toujours murmuré. Harry rougit.
– De t'avoir embrassé.
– J'ai aimé t'embrasser, souffla Draco en réponse et recula pour récupérer la bouche de Harry, pour l'embrasser à nouveau.
– HARRY ?
La voix forte et pénétrante de Ron porta vers eux depuis la salle commune et vola l'instant.
– Harry, t'es où ?
Ils se tendirent, s'arrachèrent l'un de l'autre et mirent de la distance entre eux. Harry détourna ses yeux de Draco.
– Je dois y aller, marmonna–t–il.
– D'accord, alors vas–y, vint la douce réponse.
Il regarda une dernière fois vers ces yeux gris et cette douce bouche avant de se retourner et de se sauver vers la porte, vers Ron et tout ce qu'il tenait pour sacré.
oOo
– Putain, Harry, de quoi t'étais en train de parler avec Malfoy ?
– De rien.
Harry remerciait les dieux pour le fait que ses cheveux ressemblaient habituellement à un nid de rats en désordre ainsi donc leur aspect ne semblait pas déplacé. Il ne pouvait pas regarder Ron.
– Il avait laissé sa baguette ici, je la lui ai ramenée, c'est tout.
– Eh bien, tu as dû vraiment prendre un putain de long bain.
– Ouais et tu connais Circé, elle déteste te laisser partir rapidement.
– J'ai aussi l'impression que Mimi Geignarde nous espionne, tu sais.
Harry acquiesça.
– Elle en est bien capable.
– Dommage qu'on puisse pas baiser un fantôme, on serait libérés de ce maudit contrat dans la seconde.
– Oh, Ron, c'est dégueulasse.
Ron rit.
– Le groupe d'études marche encore ?
– Non, c'est joliment tard, ou je devrai dire tôt, il est 4 h du matin.
– MERDE !
– Ouais, je pense qu'on devrait aller se coucher pour dormir un peu.
Ron bailla. Harry sourit, acquiesça et le suivit en direction de leur chambre, vers son lit et un sommeil inévitablement rempli de rêve.
oOo
– Action ou Vérité ? murmura–t–elle.
– Vérité, répondit–il.
Ses robes étaient ouvertes et elle était assise entre ses genoux, son dos attiré fermement contre sa poitrine. Une de ses mains était sous son pull, tenant avec douceur son sein en coupe, l'autre reposait contre sa cuisse découverte.
– Est–ce que vous me trouvez jolie ou laide ?
– Ni l'un ni l'autre.
Il embrassa sa gorge, permettant à sa langue de s'attarder sur la chair et de goûter la sueur de son excitation.
– Je trouve que vous êtes belle.
– Si vous mentez...
Elle haleta tandis que des doigts habiles exerçaient une pression sur son mamelon.
– Je le saurai parce que vous donnerez un cours de potions tout nu, demain.
– Ne vous inquiétez pas. Je ne mens pas.
Il suça sa gorge pendant un moment et le marqua.
– Action ou Vérité ? murmura–t–elle encore.
– C'est mon tour, idiote.
Il embrassa une piste qui allait du bas de son cou jusqu'à son épaule.
– Je m'en fiche, Action ou Vérité ?
– Action, souffla–t–il.
– Embrassez–moi.
– Je suis en train de vous embrasser.
– Embrassez ma bouche.
Il souleva sa main de sa cuisse et tourna sa tête face à lui. Il recouvrit sa bouche de la sienne, l'embrassant avidement, frissonnant au fait qu'elle répondait avec la même intensité. Elle languissait de se tordre suffisamment pour mettre ses bras autour de lui, mais si elle faisait ça, elle délogerait sa main de son sein et, en cet instant, elle ne ferait rien pour le compromettre alors elle se contentait d'explorer sa bouche avec sa langue pénétrante, s'émerveillant à la saveur de l'absinthe et de sa salive, brûlant qu'il bouge sa main – qui était retournée sur sa cuisse – plus loin sous sa jupe.
Ils s'écartèrent pendant un instant et se regardèrent à travers l'ivresse de l'absinthe chargée de brume et là, ils se virent vraiment, comme si c'était pour la première fois. Il n'était plus le vil Maître des Potions, il était simplement Severus, intelligent, citant Shakespeare, le Severus qui sentait le bois de santal et les herbes et qui embrassait comme si c'était le plus délicieux des péchés. Elle, c'était Hermione, la belle Hermione, qui voulait savoir tout ce que le monde possédait, qui trouvait que sa voix était magique, et qui succombait à la passion avec un abandon tel qu'il ferait pleurer les saints de honte.
Ils s'emmêlèrent à nouveau dans un baiser.
Sa main remonta sous sa jupe et doucement explora les lèvres de son vagin à travers le coton mouillé de sa culotte. Elle frissonna lorsqu'il effleura son clitoris à travers l'étoffe détrempée, c'était comme si un courant électrique avait couru de son clitoris vers le haut, à travers son ventre et dans son cerveau. Elle commençait à fondre sous l'attouchement quand lentement, comme un voleur, il glissa ses doigts sous l'élastique de son slip elle souleva instamment ses hanches, languissant qu'il la pénètre. Il poussa un long doigt mince dans son corps et gémit doucement dans sa bouche en découvrant l'humidité qui s'y trouvait. Il pouvait la sentir autour de ce seul doigt, étroite et vierge. Cette notion traversa un peu la brume d'absinthe. En bougeant son doigt dans et hors d'elle, il massait avec douceur son clitoris avec son pouce, sans jamais fléchir le baiser, lui caressant toujours le sein.
C'était une surcharge sensorielle, trop de plaisir. Elle ne s'était jamais vraiment masturbée. Ses années d'école avaient été passées dans un dortoir et une salle de bains commune. Chez elle, elle ne pouvait pas s'empêcher de penser que ses parents étaient dans la pièce voisine et se sentait embarrassée. Dans la maison de Harry à Londres, elle demeurait dans la crainte que l'un d'entre eux n'entre. Aussi les seules fois où elle avait pu, cela avait été des moments rapides et plein de honte dans le noir, la bouche serrée et bien fermée, dans un rapide orgasme superficiel qui comptait à peine. Ce n'était pas le cas maintenant. Elle était en train de gémir entre son baiser, son corps contorsionné dans ses mains, impudique et douloureuse. Quand son orgasme vint, il lui arracha un cri qui résonna dans la minuscule pièce. Ses hanches se cabrèrent et se tendirent puis elle reposa son aine en bas dans sa main, chevauchant la vague de plaisir qui circulait à travers elle, jusqu'à ce qu'elle vienne se reposer, épuisée contre lui. Il l'attira dans la courbe de son corps et la soutint.
– Ça va ? demanda–t–il en chuchotant.
En guise de réponse, elle se déplaça pour lui faire face, écrasant sa bouche contre la sienne et enroula ses bras autour de lui. Elle s'étendit en arrière, l'entraînant avec elle jusqu'à ce qu'il soit au dessus d'elle, couché entre ses cuisses, l'embrassant désespérément comme si elle allait le dévorer.
Il remonta son pull, le tira au–dessus de sa tête et l'écarta, ne voulant plus qu'une chose : prendre un mamelon dénudé dans sa bouche quand un courant d'air frais remplit la pièce.
La porte pivota et s'ouvrit.
Ils étaient étendus là, se regardant fixement. Il dévisagea à nouveau la jeune femme couchée sous lui. Son étudiante, haletante, post–orgasmique était sans doute la vision la plus érotique qu'il avait jamais vu, même dans son uniforme et ses robes froissées. Il regarda encore une fois vers la porte et marmonna :
– Merde, merde, merde, merde, merde.
Hermione en aurait pleuré. Elle voulait lui dire de ne pas s'en faire, elle voulait lui dire que ce n'était qu'une porte et qu'ils pouvaient la refermer et continuer. Son corps lui faisait toujours mal, elle était faible de l'orgasme et lorsqu'il se redressa sur ses fesses et se leva, elle claqua sa main contre le sol de frustration.
Il tendit une main vers elle pour l'aider à se lever. La pièce sentait l'absinthe, le sucre brûlé et l'odeur féminine de l'orgasme de Hermione. Il n'entrerait plus jamais à nouveau dans cette pièce sans être capable de détecter cette odeur.
S'assurant qu'elle était debout et pas sur le point s'écrouler, il se tourna et sortit majestueusement hors de la pièce. Sans un mot.
NdA :
La recette de l'absinthe est exacte, cependant, je ne conseille à personne de tenter de la fabriquer parce qu'elle date de 1903 et ces choses–là sont joliment une question de chance alors il pourrait vous arriver des trucs terribles.
Les références à la Fée Verte de l'absinthe proviennent de Dracula.
Un grand merci au Patient anglais qui m'a fait prendre conscience de ce magnifique endroit qu'est le creux supra sternal.
NdT :
[1] Ce passage en français d'Eurydice et Orphée n'est pas traduit de la vo mais tiré du site de pierredelune.
[2] Hamlet, acte II, scène II.
A suivre…
Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.
Bisous.
Falyla
