Titre : Objects of Desire
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Auteure : Azrael Geffen
Traductrice : falyla
Correcteurs : falyla/Florent
Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape
Rating : M/NC-17
Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)
Etat de la traduction : terminée
Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.
Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.
Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.
Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.
Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.
Note de la traductrice : Merci pour toutes les reviews signées et anonymes. Je rappelle juste que je ne suis pas l'auteure de cette merveille, je ne suis qu'une des traductrices et correctrices de ce texte, comme c'est expliqué dans la note qui précède le prologue.
Bonne lecture.
Objects of Desire
Chapitre 7 (2ème partie)
L'Envol des Anges
Harry tendit sa main et essaya de ne pas s'abandonner à l'agacement tandis que Lavande Brown la caressait et examinait minutieusement sa paume. Tout ce qu'il voulait vraiment faire, c'était manger : c'était l'heure du déjeuner après tout et il était assez impatient de retrouver Ron et de se sauver du regard blessé de Hermione mais Lavande s'était montrée insistante, elle avait Divination directement après le déjeuner et elle n'avait pas terminé son devoir. Firenze n'était pas aussi facilement dupé que Trelawney. Apparemment, Ron avait déjà fini la lecture de tous ses meilleurs amis donc elle avait réuni Harry, Draco et Hermione pour en faire ses sujets d'étude.
En dépit de son manque total de respect pour la Divination en tant que matière, Harry remarqua que Hermione observait Lavande avec intérêt et que Draco regardait attentivement, un froncement de sourcil dubitatif sur le visage. Harry se sentait un peu comme un jobarbille sur son lit de mort, devant un public qui attendait de l'entendre mourir.
Après un examen minutieux, Lavande déclara qu'il avait une main de Terre. Il ne pouvait pas le voir par lui–même car il ne savait pas en quoi une main de Terre différait d'une autre main mais Lavande le nota dans son cahier et elle revint pour regarder les lignes de sa main.
– Alors, pourquoi c'est une main de Terre ? demanda–t–il quand cela devint évident que personne d'autre n'allait commenter.
– Eh bien, dit Lavande, toujours en regardant attentivement, il y a une épaisseur structurale, une paume carrée, des doigts courts…
Il avait des doigts courts ? Il regarda sa main, ils ne semblaient pas si courts.
– Bien qu'il n'y ait pas de pénurie, ce qui est inhabituel avec les mains de Terre.
Pas de quoi ? Il fronça les sourcils et elle surprit son expression.
– D'habitude, il y a un manque de lignes sur une main de Terre.
Il ne comprenait pas un mot de ce qu'elle avançait, il était encore en train d'intégrer sa remarque sur ses doigts courts.
– La main de Terre indique une nature pratique, les gens avec ces mains–là sont d'ordinaire honnêtes, connus pour leur penchant pour l'effort et le travail dur.
Elle regarda d'un peu plus près.
– Tu as une jolie main, puissamment masculine.
Draco grogna de rire et Harry rougit.
– Ne ris pas, tu es le prochain, indiqua Lavande à Draco puis elle revint à la paume de Harry. Tu as un fort trait de masculinité typique dans ta construction psychologique…
– Qu'est–ce que ça veut dire, bordel ?
– Tu sais, secourir les demoiselles des immeubles en flammes, ce genre de choses…
Eh bien, il ne pouvait guère le nier, est–ce que Hermione ne l'avait pas une fois accusé d'avoir le complexe du héros ?
– Hmmm, mais je vois que tu as un côté plus sombre.
Où ? Comment voyait–elle quelque chose comme ça dans les lignes de sa main ?
– Sous cette solidité extérieure se cache certaines forces qui, selon les circonstances, peuvent créer une brèche d'une manière totalement destructrice.
Harry rejeta sa tête pour la regarder et jeta un œil à Hermione qui acquiesçait de la tête avant de lui lancer un regard furieux.
– Tu as un Mont de Vénus bien développé, ce qui signifie que tu as un tempérament chaleureux et sympathique et un fort désir d'aimer et d'être aimé. C'est plutôt souple de texture, ce qui veut dire que tu es vraisemblablement plutôt énergique au lit, un peu soumis, avide de satisfaire.
– N'écris pas ça !
Harry rougissait et Draco était presque en train de se rouler par terre de rire, même Hermione souriait d'un air moqueur.
– Je suis obligée, tout est là, dans ta main. Tu as une forte appréciation pour la beauté, tu seras probablement uniquement attiré par des personnes vraiment belles.
Draco roula des yeux et Harry se sentit sourire et rougir un peu plus.
– Maintenant, ta ligne de cœur est très profonde et forte, sans ramification.
Ses yeux s'élargirent.
– Il semble que tu vas avoir un seul grand amour dans ta vie.
Elle fronça alors les sourcils.
– Un seul. C'est assez bizarre, d'habitude quelques amours sont visibles. Je n'en vois qu'un pour toi. Il durera jusqu'à ce que tu meures.
Il arracha sa main.
– Ça suffit, grommela–t–il.
Lavande se renfonça dans son siège.
– Qu'est–ce qui se passe ? C'est une bonne lecture.
– Tout ça, c'est des conneries, objecta Harry, un peu sur la défensive. Tu sais, la Divination n'est pas exacte.
Lavande leva les yeux au ciel et se demanda comment elle avait fini avec les trois plus grands sceptiques de l'école au sujet de sa matière. Elle était la première à admettre que la Divination était un art imprécis dans le meilleur des cas mais la lecture de la paume était probablement une des méthodes les plus affinées, c'était simplement une question de capacité à déchiffrer les lignes uniques de la main d'une personne. Elle se trouvait même plutôt bonne à ça.
– Okay.
Elle se tourna vers Draco.
– À toi.
Harry se poussa et Draco glissa sur le banc à côté de lui. Harry sentit des doigts effleurer brièvement sa cuisse. C'était le premier contact qu'il avait depuis qu'il l'avait quitté ce matin et il allait s'accrocher à ça comme le survivant d'un bateau naufragé s'accroche à un morceau de bois à la dérive.
Draco tendit sa main, Lavande la prit et sourit.
– Ooooh, je n'ai jamais vu une main d'Eau avant.
Elle sourit largement à Draco.
– Tu adores être différent, hein ?
– Je m'y efforce.
– Okay, une main très fine, de longs doigts, une grande paume, beaucoup de lignes… donc beaucoup de secrets à découvrir. On appelle ça la main sensible, c'est très féminin.
– Oh, merci beaucoup, commenta–t–il d'une voix traînante.
– Je n'y peux rien si tu as des mains de fille, rit Lavande. D'accord, tu es toujours sujet à des humeurs changeantes, ton état psychologique a une similitude physique avec le courant d'une rivière – il s'écoule parfois calmement et parfois, il bouillonne. Tu as tendance à refléter ton environnement immédiat.
– Donc, je suis une personne superficielle qui imite les personnes qui l'entourent ?
Draco haussa un sourcil.
– Non, pas du tout, tu es toujours changeant. Quand je dis que tu reflètes ton environnement, je le dis dans le sens de si tu es gentil avec moi, je serai gentil avec toi… Refléter son environnement signifie aussi que tu t'adaptes, que tu es souple, flexible…
– C'est assez juste.
– Ummm, un Mont de Vénus légèrement surdéveloppé mais assez charnu, donc tu as également une nature chaleureuse et sympathique et un désir d'aimer et d'être aimé mais tu le caches énormément. Le fait que c'est surdéveloppé signifie que tu as tendance à te montrer trop indulgent. Tu aimes être satisfait mais tu aimes contrôler…
Elle caressa le Mont charnu.
– Je plains vraiment la pauvre fille qui finira avec toi !
Draco grimaça, un peu offensé
– Et pourquoi ? Je crois que je ferais un assez bon parti.
– Eh bien, tu n'accepteras rien d'autre que la meilleure et la plus convoitée des personnes et tu veux être adoré.
– C'est exact.
Lavande éclata de rire.
– Tu es impossible !
Elle retourna à la paume.
– Bien qu'assez curieusement, tu ne fais pas très grand cas de la beauté.
Elle le regarda droit dans les yeux.
– Mon dieu, Mr Malfoy, il pourrait y avoir quelques profondeurs cachées là–dedans.
– Eh bien, je me dis que je ne trouverai jamais personne d'aussi beau que moi, aussi je devrai me contenter du meilleur second.
Il soupira théâtralement et appuya le dos de sa main sur son front d'angoisse feinte et il y eut d'immédiats accès de rire autour de la table.
– D'accord, d'accord, revenons à nos moutons.
Lavande caressa sa main affectueusement et Harry fut soudainement certain qu'ils avaient déjà été proches au moins une fois. Il détourna les yeux et Lavande continua.
– La ligne de cœur indique que très jeune, tu as eu une quantité de maîtresses.
Elle sourit.
– Un grand nombre de maîtresses quand tu étais très jeune, répéta–t–elle.
Draco opina, essayant de voir ce qu'elle était en train de voir.
– Puis tu trouves celle qui est ton âme sœur. Il semble que c'est inattendu parce que toute activité s'arrête après ça, pas même de petites ramifications, aucun autre amour n'est indiqué après ça.
– Vraiment ?
Il avait l'air dubitatif.
– Vraiment, il semble que tu parviennes effectivement à te ranger.
Il ne savait pas si c'était une si bonne chose, jusqu'à ce qu'il y réfléchisse vraiment et se rappelle de la paume de Harry. Harry n'avait qu'un seul amour, un seul. Il regarda Harry et permit à son regard de parcourir le profil de son visage.
– Tu peux voir quand je vais rencontrer cette stupéfiante personne qui amendera ma mauvaise conduite ?
– Je ne peux pas te donner une date exacte ou quoi que soit, je dirais que c'est bientôt. C'est tôt sur ta ligne de vie ce qui indique que tu es assez jeune, avant tes vingt ans.
Draco haussa les épaules.
– D'accord, je pense que je peux y faire face.
Il sourit largement.
– Bien sûr, Potter ici présent, pense que tout ça, c'est des conneries, aussi je ne prendrai pas ça comme parole d'évangile.
Harry sentit des doigts caresser à nouveau sa cuisse et il sentit les premières traces d'excitation dans ses parties. Il fit un petit sourire et regarda sa propre paume. Alors que Draco le caressait encore, il leva les yeux vers Lavande.
– Tu penses vraiment que j'ai des doigts courts ?
oOo
La présence de fenêtres dans le bureau du conservateur surprit Snape et ses yeux furent distraits par les fenêtres. Il scruta les sombres nuages gris jusqu'à ce qu'un éclair déchire le ciel. La pluie battit avec une violence soudaine contre les fenêtres puis ruissela le long de la vitre, brouillant la vue au dehors et attirant de nouveau l'attention de Snape vers l'homme installé au bureau devant lui.
Le conservateur Archibald Semeuse était assis dos aux fenêtres et examinait avec beaucoup de zèle les lettres de recommandations de Snape tandis que le tonnerre retentissait dans le ciel. La demande pour l'enlèvement du corps de Narcissa était posée près de la main du conservateur, qui prenait vraiment tout son temps pour les étudier plus que soigneusement. De temps à autre, les yeux sombres de l'homme basculaient vers le haut et jugeaient la silhouette grande et mince de Snape puis revenaient aux lettres mais le reste de son corps restait immobile.
Snape sentit sa bouche se tordre en un sourire de mépris et il résista à l'envie de dire quelque chose. Le conservateur était terriblement ordonné et Snape remarqua avec beaucoup de dégoût que, quand il était assis de cette façon, sans bouger et anormalement silencieux, il aurait pu passer pour un mannequin. Il était aussi excessivement soigné de sa personne, ce qui faisait honte à l'apparence plutôt négligée de Snape. Ses cheveux donnaient l'impression d'avoir été coupés moins d'une heure auparavant et ses robes grises étaient impeccables, chaque pli repassé dans un faux pli aussi droit et tendu que le fil d'un couteau. Snape ne doutait pas une seconde que les chaussures de l'homme brillaient littéralement en dessous du bureau.
Semeuse leva les yeux des lettres et sourit d'un grand sourire faux, son expression typique pour accueillir ses visiteurs. Ses dents étaient extrêmement droites et blanches.
– Eh bien, Monsieur…
– Professeur, corrigea Snape avec irritation.
– Professeur Snape.
Semeuse arrangea la tenue de ses plis.
– Tout ça semble en ordre. Je peux vous remettre le corps de Mrs Malfoy. Il y a aussi des effets personnels qui ont été envoyés d'Azkaban. Si vous ne souhaitez pas les prendre, je ne serais que trop heureux de vous aider et de régler ça pour vous.
Snape força un étroit sourire sur ses lèvres.
– Je crois que je vais les prendre avec moi, indiqua–t–il.
Le conservateur lui faisait perdre son sang froid, il réussissait à faire ce qu'un seul homme avait été capable de faire dans le passé. Sa peau se hérissait littéralement en le voyant.
Semeuse sourit de son propre sourire étroit.
– Comme vous voulez, concéda–t–il.
Il commença à replier la lettre sans hâte, s'assurant que chaque pli était parfaitement symétrique.
– Je vais faire préparer le corps pour le transport par les elfes de maison, cela devrait prendre moins d'une heure. Entre–temps, je vous invite à rester pour jeter un coup d'œil au musée, je suis sûr que vous trouverez quelque chose pour vous divertir.
– Effectivement, c'est le souhait express de Mr Draco Malfoy que je garde un œil sur son père. Je suis sûr que cela ne vous dérangera pas de m'y autoriser quelques instants.
La main du conservateur s'arrondit en un poing sous la table et son visage se durcit. Le sourire de Snape devint légèrement plus franc, prenant plaisir au malaise de l'homme plus âgé. Il se demandait ce qu'il pouvait cacher. Semeuse était bien conscient qu'il pouvait repousser sa requête mais l'homme sévère devant lui n'était pas Piers Tampling. Il était le parrain du fils de l'ange, il avait une lettre de recommandation d'Albus Dumbledore et c'était aussi un professeur à Poudlard, en plus d'être le directeur de la Maison Serpentard. Ce n'était pas quelqu'un avec qui on aurait voulu se quereller. Refuser sa demande pouvait éveiller des soupçons, ce que le conservateur ne voulait surtout pas. Le mieux pour cet homme était d'aller inspecter l'ange puis de partir, satisfait qu'il soit bien vivant. En fait, cela pouvait même jouer en sa faveur.
– Bien sûr, Professeur Snape.
Semeuse retourna à son grand sourire joyeux.
– Je vais vous montrer la Salle Sais.
oOo
Bien que Semeuse ne voulût pas laisser Snape seul dans la Salle Sais avec son ange, il n'avait pas le choix. Les préparatifs du corps de la femme le forcèrent à partir ça et le fait de ne pas s'attarder dans les environs quand le point était de prouver que tout allait bien.
Les autres cabines étaient toutes recouvertes, seule la vitrine contenant Lucius était dévoilée, une douce lumière remplissait la boîte en verre, l'illuminant pour que Snape le voit. Pendant un moment, il sentit l'aiguillon de la culpabilité s'approcher furtivement de sa nuque. Dumbledore avait dit une fois que se dresser contre ses ennemis demandait un grand courage mais que se dresser contre ses amis demandait un plus grand courage encore. Une telle initiative semblait noble mais confronté au produit de sa trahison, Snape ne pouvait y croire.
– Bonjour, Lucius.
Lucius le regardait fixement en retour, ses yeux gris étaient clairs. Snape fut surpris de voir qu'il avait l'air un peu fatigué. Il ne pensait pas qu'il pouvait paraître comme ça. Il observa un mince filet de bave s'échapper du coin de sa bouche, traçant un chemin sur son menton. La salive se déposa sur le tissu blanc de la chemise qu'il portait. Snape détourna la tête un bref instant et combattit l'envie de crier. Lucius Malfoy n'était pas supposé ressembler à ça, il n'était pas censé faire ça.
– Draco m'a envoyé m'assurer que tu vas bien.
Il se sentait stupide de parler, sachant que Lucius ne pouvait pas l'entendre mais il devait dire quelque chose pour prétendre que Lucius était toujours là. Il se rappelait comment ça avait été de le sortir du champ de bataille. Lucius était plus léger qu'il s'y était attendu, il avait étendu un bras autour du cou de Snape et il avait ri.
Veille sur Draco, veux–tu ?
Ces derniers mots résonnaient dans sa tête, qu'il secoua.
– Qui est là pour prendre soin de toi ? demanda–t–il au corps dans la vitrine si doucement qu'il entendit à peine les mots lui–même.
Le conservateur ? Il sentit un frisson courir à toute allure le long de sa colonne vertébrale.
– Draco va bien, continua–t–il, en avançant, essayant d'ignorer la culpabilité qui montait. Il est retourné à Poudlard pour finir sa dernière année, il boit un peu trop mais nous le faisons tous.
Il rit pour lui–même et souhaita que Lucius ne soit pas là, soutenu dans une vitrine de verre.
– Il se fait un peu de souci parce qu'il ne sait pas quoi faire quand l'école sera terminée, je crois qu'il a peur d'être seul dans cette maison.
Il regarda dans les yeux de Lucius. Ils semblaient si parfaitement clairs, pas du tout comme on lui avait dit de s'attendre.
– Draco est…
Toute pensée de conversation fut soudainement anéantie lorsque Snape fut frappé par un flash momentané de vision, de sentiment et de son. C'était incohérent, pas un souvenir, plus comme un fragment de pensée. Une grande ruée d'ailes, des ailes d'ange qui battaient avec frénésie, qui battaient pour enlever la poussière de la cavité d'un crâne, un esprit qui était réduit en poudre. Il s'entendit haleter et eut l'impression que de grandes ailes se repliaient autour de lui, aussi intimes et brutes que s'ils avaient fait l'amour, l'attirant plus près de la vitrine le son d'un hurlement qui n'était pas le sien remplit sa tête.
Puis ce fut fini et il fut libéré. Il tendit la main vers la vitrine pour retrouver son équilibre, les yeux écarquillés, le souffle lourd.
Non, c'était impossible. C'était le résultat de ce trop long moment passé à regarder ces yeux clairs. C'était la culpabilité, sa propre imagination qui faisait des heures supplémentaires à la lumière du bouleversement de sa vie.
Non. Je ne l'ai pas ressenti. Je n'ai pas senti l'esprit de Lucius battre à l'intérieur de son crâne comme un insecte agonisant (c'était un ange, c'étaient des ailes d'ange). Je n'ai pas ressenti la rupture de son cerveau, Legilimens ou pas, je ne l'ai pas senti, je n'ai pas pu le sentir. Lucius est parti il n'y a là rien à sentir.
– Lucius ?
Une fois encore, il put sentir le battement d'ailes puis la sensation s'envola, elle n'avait été que fugace, il l'avait imaginée.
– Lucius ?
– Il ne peut pas vous entendre.
Snape fit presque un bond de trois mètres sous le choc et se retourna pour faire face au conservateur. Il était reconnaissant d'avoir un autre être animé dans la salle, même si ce dernier lui donnait la chair de poule.
– Conservateur.
Il sourit nerveusement et se sentit comme s'il avait été surpris à faire quelque chose de mal.
– On ne peut pas s'empêcher de lui parler, on a l'impression qu'il va répondre.
Il rit d'un rire nerveux, incapable de secouer cette sensation, l'image de ces ailes, l'esprit frappant contre le crâne, le son du hurlement.
– J'espère que vous trouvez que Mr Malfoy va bien.
Prenant une profonde inspiration et calmant ses pensées, Snape sourit.
– Oui, très bien, il a l'air bien soigné, son fils sera très soulagé.
– Ah, oui, son fils.
Semeuse croisa ses doigts et se força à être plus agréable avec le professeur.
– J'ai en réalité une proposition intéressante pour son fils. Comme vous êtes son parrain, je pensais que vous pourriez l'aider à prendre la bonne décision peut–être même à en tirer du profit vous–même.
Snape recouvrit son sang–froid à une vitesse incroyable.
– Quel genre de proposition ? demanda–t–il.
Il était instinctivement soupçonneux. Il y avait quelque chose d'inhérent dans l'attitude du conservateur qui rendait Snape prudent dans ses réponses.
– Mr Malfoy, ici présent, est le joyau de cette collection.
Semeuse regarda l'ange et ses yeux commencèrent à briller d'une sorte de lueur intérieure.
– Le Ministère a consenti à ce que la collection reste ici de façon permanente, après que l'exposition aura fini sa tournée et je crois bien que cela sera une bonne chose pour le monde sorcier.
– Comment cela ?
– Pardon ?
– Comment cela peut–il être une bonne chose ? Qu'est–ce qu'il peut y avoir à gagner en exposant ces gens–là, à part une légère excitation pour ceux de notre société qui veulent s'assurer qu'ils ont soufferts. Une fois que tout le monde aura vu ça, quel bien peut–il en découler ?
– C'est une collection importante, Professeur.
Semeuse savait que c'était inutile d'essayer de convaincre cet homme. Ce n'était pas Cornelius Fudge, il n'avait pas de programme politique, rien à gagner en gardant les Mangemorts au musée. Il continua de toute façon, espérant qu'une partie de l'importance de sa position pouvait décider le professeur revêche.
– Les générations futures ont besoin de voir ce qu'il peut advenir des personnes malfaisantes de notre société, ils ont besoin de voir ce que le Baiser du Détraqueur fait.
Snape secoua la tête dédaigneusement.
– Donc, quelle est votre proposition ? grogna–t–il.
– J'aimerai faire une offre au fils de Mr Malfoy pour son père…
Les yeux de Snape s'écarquillèrent tandis il se retournait vers Lucius.
– Etes–vous en train de suggérer que vous souhaitez acheter Lucius ? s'enquit–il, incrédule de peur que ce ne soit vrai.
– Oui. Bien sûr, vous serez convenablement dédommagé pour vos efforts.
La main de Snape se resserra sur le manche de sa baguette, il essaya de trouver une sorte de logique à la Dumbledore dans son esprit pour s'empêcher de jeter un sort au conservateur.
– Mr Malfoy est un être qui ne voit pas, qui ne ressent pas, continua le conservateur. Prendre soin de lui sera un dérangement continu pour le garçon et un rappel constant de la déchéance de sa famille. Il ne peut être que de peu d'utilité pour son fils et, comme vous pouvez voir, il est bien soigné ici.
– Est–ce que le corps de Mrs Malfoy est prêt ? demanda Snape, la gorge sèche. Je crois qu'il est temps pour moi de partir.
– Est–ce que vous en discuterez avec le garçon ?
– Oui, dit–il fermement. Et je crois qu'il trouvera l'idée aussi ridicule que moi. Maintenant si vous n'y voyez pas d'inconvénients, j'aimerai sortir d'ici dès que possible.
oOo
Ron l'évitait, Harry en était certain. Il savait pourquoi. Noël. Ron avait reçu une lettre de chez lui qui lui demandait de rentrer pour Noël – seul. Il ne l'avait pas encore dit à Harry et Harry soupçonnait qu'il ne savait pas comment le faire. C'était peut–être mieux pour lui de l'évoquer en premier, de suggérer que Ron rentre chez lui cette année et passe du temps avec sa famille. En toute honnêteté, Harry ne voulait pas aller chez les Weasley cette année. Il savait qu'en dépit de l'affection offerte, Molly Weasley ne pourrait jamais tout à fait accepter que Harry ait été incapable de faire quelque chose pour sauver ses fils, surtout qu'il avait été là quand l'un d'eux avait explosé en morceaux. Pas plus qu'elle ne pourrait accepter le fait que Harry n'aimerait jamais sa fille comme elle le souhaitait. Les propres sentiments de culpabilité de Harry étaient encore assez forts à cet égard et c'est pourquoi il préférait l'idée de passer son Noël de sa manière habituelle, à Poudlard. Bien sûr, cela faisait sept ans qu'il n'avait pas passé de Noël sans Ron.
Ainsi, ce soir–là, comme à l'heure du déjeuner, Ron s'était fait rare, préférant aller à Pré–au–Lard avec Anthony et Seamus plutôt que rester à Poudlard pour étudier. Harry devait admettre que la vie à Poudlard était assez ennuyeuse depuis que Voldemort était mort. Sans aventure à vivre, Pré–au–Lard paraissait assez excitant pour tout le monde. Les choses avaient toutefois changé ces derniers jours, et, à cet instant, Harry ne pouvait pas imaginer un endroit qui lui plairait plus que Poudlard.
Draco étudiait avec Hermione. Ils avaient tous les deux pris Arithmancie et ils discutaient d'une chose nommée Aiq Bekar. Harry était assis près du feu, il faisait semblant de lire et écoutait leur conversation, déchiré entre son désir pour Draco et son besoin d'essayer d'approcher Hermione pour faire amende honorable. À cet instant, le besoin de se faire pardonner était en train de gagner. Avec la certitude qu'il verrait Draco plus intimement dans quelques courtes heures, il commençait à se demander avec inquiétude comment il pourrait aborder la jeune fille. Hermione avait repoussé toutes les tentatives qu'il avait faites durant la journée pour lui parler. Il avait espéré qu'après la lecture des paumes – Hermione était une main d'Air, la main intellectuelle, futée, pleine de ressources, qui pardonne, qui pardonne, qui pardonne – elle lui accorderait un moment pour essayer de parler mais elle l'avait bousculé en passant devant lui et était partie à l'assaut de sa classe d'Arithmancie. Il ne le lui reprochait pas, bien sûr, mais il savait qu'il devait faire quelque chose, et rapidement.
– Non, non, non, protesta Hermione en secouant la tête. Chaque lettre hébraïque représente un nombre et vice versa. Les mots qui s'additionnent au même nombre ont une connexion. Par exemple, le mot hébreu pour cadavre a la même valeur numérique que le mot pour anéantir.
– Je le sais très bien, rétorqua impatiemment Draco. Tu me prends pour qui ? Londubat ? Ce que je suis en train de dire, c'est que ces connexions ne se font pas toujours si facilement. Parfois, on ne peut les sonder qu'à travers une profonde méditation qui peut prendre des années et je dois dire, cela semble complètement futile à la lumière du fait qu'on peut fabriquer un satané talisman et le faire fonctionner sans toute cette histoire.
– Eh bien, il y a des ecclésiastiques qui passent leurs vies entières vouées à réfléchir sur ces connexions. J'ai toujours pensé que les buts principaux de tout sorcier étaient de comprendre les relations parmi toutes choses !
– Sûrement, si tu veux gaspiller ta vie, sourit d'un air moqueur Draco. Le fait est que nous pouvons faire de la magie et pas les Moldus. Pourquoi passer une vie entière à essayer de sonder les connexions entre les mots dans la recherche d'une connaissance inutile ?
– La recherche de la connaissance n'est jamais un gaspillage, répondit–elle, pragmatique.
– Eh bien, maintenant tu parles comme mon père.
Avec dégoût, Hermione se moqua de lui, avant même qu'elle ne soit consciente de ce qu'elle était en train de dire.
– Je doute fortement que j'ai quelque chose de commun avec ton père.
– Pourquoi ? demanda Draco, en se calant sur sa chaise et en croisant ses bras sur sa poitrine. Parce qu'il était un grand méchant Mangemort ?
– Eh bien, je suppose que… oui. Je pense que c'est ce que je veux dire…
Hermione commença à mordiller sa lèvre, quelque chose que Snape avait dit durant sa retenue lui revint, quelque chose à propos d'installer un filtre entre son cerveau et sa bouche.
– Il avait d'autres intérêts, tu sais, fit remarquer Draco, sarcastique. Je veux dire, tuer des Moldus et essayer d'amener notre monde à ses genoux lui prenaient beaucoup de son temps mais il faisait d'autres choses pendant ses week–ends.
– Draco, je…
Elle rougit et le visage de Draco se durcit.
– Non, c'est bon, t'excuse pas. Bien sûr que tu n'as rien en commun avec lui. Le fait qu'il ait la plus grande collection de livres de Kabbalah influencés par l'Arithmancie d'Angleterre ne signifie rien pour toi. Il a aussi rassemblé toute une collection d'antiques Talismans Melancholia avec leurs fonctionnements, mais ça, ça t'intéresse pas non plus, puisque tu n'y accordes aucun intérêt.
– Je suis désolée, je…
Draco ramassa ses livres et papiers et se repoussa de la table.
– Peut–être que tu devrais prendre en considération que si tu crois que tu peux m'apprécier, si tu crois que je suis assez aimable pour être ton ami, alors peut–être que mon père n'est pas aussi démoniaque que tu le penses. Après tout, tout le monde prétend que je suis comme lui.
– Mais tu n'es pas comme lui, lui lança–t–elle. Tu es différent, tu as choisi de ne pas te battre, tu as choisi un chemin différent.
– C'est juste une question de circonstances.
Son ton était dur, maintenant.
– Je n'ai pas combattu parce qu'il m'a caché au loin, il ne voulait pas risquer que la lignée familiale finisse avec nos deux morts. C'est la seule raison. Il n'y avait pas de noble décision de ma part. Si j'avais fait à ma guise, je me serais tenu à côté de lui et contre vous. Penses–y à la lumière du tout nouveau respect que tu as pour moi et tu me parleras quand tu y auras réfléchi.
Draco se tourna et s'éloigna, regardant brièvement Harry avant de disparaître dans le couloir qui menait à sa chambre.
Harry regarda Hermione et, pendant un moment, elle lui retourna son regard. Elle semblait un peu stupéfaite et, si elle ressentait la même chose que Harry en ce moment, elle se sentait également abasourdie. Harry savait que Draco était protecteur et prédateur quand il s'agissait de sa famille, une insulte contre sa famille était une insulte contre lui mais Harry n'avait jamais envisagé ça comme ça, avant. Il avait toujours présumé que Draco n'avait pas combattu par lâcheté de sa part ou que peut–être qu'il avait cru que son père avait tort. Il n'avait jamais considéré que c'était Lucius Malfoy qui avait empêché son fils de se joindre à la bataille. Harry et Hermione étaient tous les deux en train d'apprendre rapidement que la personnalité de Draco Malfoy était aussi complexe et pleine de facettes qu'une pierre précieuse. Son esprit était affûté et acerbe. Il était intelligent, il pouvait rire de lui–même et quand cela revenait à ça, il pouvait être de compagnie parfaitement agréable. Il pouvait aussi être une des personnes les plus méchantes qu'ils avaient jamais connues. L'idée que Lucius Malfoy ait pu être franchement mauvais leur venait sans surprise mais qu'il ait pu posséder d'autres qualités semblait être un affront à tous ceux qui étaient morts en essayant de le faire tomber.
– Il est juste bouleversé, assura enfin Harry. Je suis sûr qu'il se calmera bientôt.
Hermione sembla alors recouvrer ses esprits et se rappela qu'elle ne parlait pas à Harry.
– Ne m'adresse pas la parole, marmonna–t–elle en ramassant ses propres livres.
Harry prit une profonde inspiration maintenant semblait un moment aussi bon qu'un autre pour essayer de le faire.
– Hermione, nous avons besoin de parler.
– Je n'ai rien à te dire.
– Je suis tellement désolé pour tout ce que je t'ai dit, j'avais tort. Je suis désolé de t'avoir frappée, c'était impardonnable et je le sais, mais on peut au moins en discuter ?
Elle lui jeta un regard furieux.
– Pourquoi je devrais te parler ? Pourquoi je devrais t'écouter quand tu as refusé d'écouter un mot de ce que j'ai dit hier soir ?
– Je…
Il regarda autour d'eux et repéra Neville avec Susan Bones, tous les deux les regardant avec intérêt.
– Est–ce qu'on peut parler de ça en privé ?
– Non.
– S'il te plaît, 'Mione, s'il te plaît, on ne peut pas juste aller discuter ?
Elle se tenait debout, agrippant ses livres contre sa poitrine et alla à sa porte. Elle s'arrêta, la main sur la poignée et se retourna vers lui. Après un instant d'hésitation, elle dit d'une voix qu'il n'avait jamais entendu aussi dure :
– Viens, alors.
oOo
Severus Snape regardait fixement l'obscurité de cette soirée d'hiver par la fenêtre et savait qu'au loin se profilaient les grands murs de pierre du Manoir Malfoy. Le Marais y avait été incorporé des années après la construction initiale du Manoir lui–même par un des ancêtres de Snape qui voulait se rapprocher de la grandeur. Alors que le Manoir avait connu plusieurs rénovations et restaurations, devenant toujours plus grand et imposant, le Marais avait résistéaux dommages du temps durant quelques trois cents hivers sans avoir été retouché.
Maintenant, le Marais était à lui et, en dépit du fait qu'il y était né, y avait été élevé, malgré le fait qu'il y revenait chaque été, il n'avait pas l'impression qu'il lui appartenait. C'était toujours la maison de son père, pas son foyer. Quand il venait ici, il avait l'impression qu'il pouvait encore entendre ce dernier lui crier dessus, comme si le son de sa voix avait été pris au piège dans les murs de pierre et que cela avait poussé la haine à croître comme de la moisissure.
Les seuls changements qu'il avait faits au Marais depuis qu'il en avait hérité, quelques douze années auparavant, avaient été de rénover les chambres à coucher. Il avait transformé sa vieille chambre en chambre d'amis et avait emménagé dans l'ancienne chambre d'amis qui était agréablement meublée et totalement impersonnelle. Dans cette chambre, il pouvait presque sentir qu'il était le propriétaire, elle n'était ni terne ni grise comme sa propre chambre l'avait été. Dans cette chambre, il n'avait pas les souvenirs des mouches écrasées quand il était furieux ou d'expériences sexuelles frustrantes associées à des filles qui s'étaient moquées de lui avant de s'enfuir. Dans cette chambre, il se faisait l'effet d'être un invité bienvenu, pas un Maître frustré.
Il n'avait pas prévu de venir chez lui. Son but avait été de ramener Narcissa au Manoir. Il savait où était le caveau familial et il pouvait l'y enterrer. Il serait ensuite retourné à Londres où il avait projeté de passer quelques jours au Chaudron Baveur, loin de Poudlard et de Hermione. Il aurait ainsi pu se fixer, réfléchir à la situation et comment il pouvait la rectifier sans empirer les choses. Il n'avait pas escompté que le Ministère ne le laisserait pas s'approcher à moins de trois mètres du domaine Malfoy. Ils avaient offerts de prendre le corps mais il n'appréciait pas l'idée qu'une douzaine d'Aurors examinent méticuleusement les restes de Narcissa et les quelques maigres possessions qu'il y avait dans la boîte que le conservateur lui avait donnée.
Cette boîte était maintenant posée sur la table du salon et Narcissa était en bas, dans la crypte familiale. Il avait déplacé sans cérémonie la pierre du cercueil de son père en dehors de son chemin pour lui faire de la place. Maintenant, il était coincé dans sa propre maison avec peu à faire sauf penser et rôder dans de sombres couloirs de pierre.
Le Marais n'était pas une propriété particulièrement cossue. Elle ne produisait rien et avait une superficie assez petite. Si la famille Snape avait autrefois été plutôt riche, son père avait par malveillance perdu au jeu la plus grande partie de leur fortune avant de mourir. Le Marais était tout ce qui restait, il consistait en la maison elle–même, un assez grand jardin qui était magnifique en été – bien qu'il y allait rarement – et une petite portion de rivière qui passait en travers de la propriété. Severus avait le souvenir qu'il y ait eu un bateau sur la rivière quand il était enfant mais il ne pouvait absolument pas se rappeler où il allait. Avec la propriété, lui incombait également la responsabilité de deux elfes de maison appelés Melville et Vesna. Apparemment, il y en avait un autre, un Melville Junior quelque part dans la maison, mais il ne l'avait jamais vu ni n'avait demandé après lui. À la différence de Lucius, Severus se faisait un point d'honneur de ne traiter les elfes de maison ni mal, ni bien. S'il n'avait pas besoin d'eux, il les ignorait simplement. Ils gardaient très bien la maison et les terres, s'assuraient en permanence que tout était prêt de peur qu'il ne rentre à l'improviste, ce qu'il ne faisait jamais. Jusqu'à aujourd'hui.
La maison était plutôt grande selon les standards moldus, même si elle paraissait écrasée par le Manoir sur la colline. C'était un bâtiment de pierres grises, construit dans le même style que le Manoir original. À la base, on l'avait construit comme une résidence basique de village et elle avait ensuite été fortifiée afin de paraître plus imposante qu'elle ne l'était en réalité. Le résultat était une trop grande accumulation de tourelles et de tours, ce qui alourdissait la partie supérieure du bâtiment, comme s'il allait s'écrouler de tout son poids. Lorsqu'il était enfant, il trouvait ça fantasque, maintenant qu'il était adulte, il détestait ça. Cela ressemblait à un château de contes de fées, trop petit pour être un vrai château et il était bien trop manifeste que le tout n'était maintenu que par magie.
À la grande joie de Minerva McGonagall, le Marais avait une salle de bal et elle avait passé les deux derniers mois et demi à essayer de le convaincre d'y organiser la soirée du Nouvel An. Il avait refusé dès que ce fut mentionné dans le salon des professeurs, un vendredi soir, après trop de punchs Zombies de la Mort. Mais, comme à son habitude, Minerva avait commencé une campagne de doux harcèlement pour l'avoir à l'usure et il devait admettre qu'il était prêt à fléchir, juste pour qu'elle cesse. Bien sûr, ça voulait dire qu'il allait devoir ouvrir la maison à tous les invités de Minerva et il ne savait pas vraiment s'il était prêt pour ça. Elle lui avait déjà dit qu'elle allait inviter le personnel entier de Poudlard et tout l'Ordre du Phœnix, ce qui faisait monter la liste d'invités à presque deux cents convives. Il n'était tout simplement pas assez sociable pour cela et détestait l'idée de voir des gens le juger en se basant sur sa maison. Ce qui se faisait généralement de deux manières, la première était que les gens trouvaient la maison adorable et donc, il devait être lui–même, d'une certaine façon, adorable ou alors, ils trouvaient la maison adorable mais ils se demandaient comment elle pouvait appartenir à un tel connard au visage revêche.
Il aurait aimé montrer la maison à Hermione et lui dire : « C'est à moi », l'impressionner dans la mesure de ses moyens. Non pas qu'il en eut besoin, elle pensait probablement qu'il vivait à Poudlard, faisant partie des meubles, comme un elfe de maison.
Il se détourna de la fenêtre et se demanda si elle aimerait un jour être la maîtresse d'un endroit comme celui–ci.
– Oh, mon dieu, grommela–t–il. Maintenant, tu l'épouses ? Et quoi ensuite, des enfants et un chien à trois têtes ?
Il se tourna pour regarder la boîte posée sur la table. C'était une boîte ordinaire, quelque chose qu'on utiliserait pour mettre de vieux papiers qui amasseraient la poussière. Sauf que ce n'étaient pas de vieux documents dans cette boîte. Dans cette boîte, il y avait des choses qui appartenaient à Narcissa. Il l'avait toujours appréciée. S'il était sincère avec lui–même, il devait admettre qu'il avait eu le béguin pour elle, à une époque. Il avait été présent à leur mariage et toutes les photographies le révélaient avec un air renfrogné sur le visage ce qui trahissait facilement ses pensées. Mais d'un autre côté, on pouvait dire qu'il avait toujours un air renfrogné sur le visage. Cela n'aidait pas que Narcissa soit une des rares femmes avec lesquelles il s'entendait réellement bien. Les sentiments étaient passés avec le temps et une sorte d'amitié s'en était suivie. À présent, elle était morte et il regardait fixement la boîte renfermant les quelques affaires qu'elle avait avec elle quand elle a été envoyée en prison.
Il devait ouvrir la boîte. Techniquement, tout ce qui était dedans appartenait maintenant à Draco mais Severus n'avait que peu d'estime pour le Ministère et il ne leur laisserait rien. Il savait aussi qu'ils surveillaient Draco Malfoy avec méfiance, il n'avait pas de doute qu'ils s'abaisseraient jusqu'à mettre quelque chose dans la boîte qui le blesserait. Si ce n'était pas physiquement alors ce serait émotionnellement, comme si fouiller dans les affaires de sa défunte mère ne serait pas suffisamment blessant.
Marchant vers la table, Severus fit courir ses doigts sur le couvercle. Il hésita pendant un instant, puis le souleva.
oOo
– D'accord, fit Hermione assise sur son lit.
Elle regarda Harry, la mâchoire crispée.
– Parle.
– Je…
Harry s'assit en face d'elle, froissant le couvre–lit de Lavande. Maintenant qu'il était là, maintenant qu'elle lui avait donné une chance de parler, il n'était pas sûr de ce qu'il pouvait dire. Il allait devoir être sincère avec elle, elle n'accepterait rien de moins. Sa plus grande peur était qu'elle n'accepte pas la vérité.
– Je suis tellement désolé.
– Tu l'as déjà dit plusieurs fois.
– Je sais, j'étais, en quelque sorte, en train de projeter de le répéter jusqu'à ce que tu me croies.
Hermione roula des yeux et renifla d'impatience.
– En fait, Harry, je te crois mais te croire n'est pas le problème. Je sais que tu es désolé, tu n'es pas le genre de personne à dire pardon quand tu ne l'es pas. Ce que je veux savoir, c'est pourquoi tu penses que tu peux me frapper et attendre de moi que je te pardonne juste parce que tu me dis que tu es désolé. Qu'est–ce qui se passera la prochaine fois que tu te mettras en colère ? Ou celle d'après ?
– Cela n'arrivera plus, promit Harry à mi–voix.
– Cela n'aurait pas dû arriver la première fois ! s'écria Hermione.
Elle ferma les yeux. Elle ne voulait pas avoir cette conversation, elle voulait en finir ou avoir un retourneur de temps pour les ramener en arrière pour que ça n'arrive pas.
– Je sais.
Il regarda ses mains, ses doigts et ne ressentit que du dégoût.
– Alors, dis–moi pourquoi tu as fais ça. Est–ce que l'idée que je pouvais peut–être apprécier quelqu'un comme Draco Malfoy est si terrible que je méritais qu'on m'inculque de force un peu de bon sens ?
– Non, non, bien sûr que non.
Harry sentit ses yeux commencer à se troubler et se demanda ce qui n'allait pas avec lui en ce moment, il avait toujours envie de pleurer – comme une fichue fille.
– Ou est–ce que tu croyais réellement que je te mentais ? Alors que je n'ai pas de raison pour te mentir et que tu sais que je suis une menteuse lamentable ? Est–ce que je méritais d'être frappée pour ça ?
– Non.
Hermione le regarda, voulant désespérément qu'il dise effectivement quelque chose pour sa propre défense. Il était juste assis là, regardant ses genoux et remuant nerveusement ses mains.
– Je…
Sa voix semblait faible, quelque part fluette, le souffle coupé.
– Je pensais que tu étais avec Draco, avoua–t–il lentement, espérant qu'elle pigerait. Je croyais que tu l'avais embrassé.
– Et alors ? s'écria–t–elle à nouveau. Même si j'étais avec lui, même si je l'avais embrassé, tu n'avais pas le droit de me frapper !
Son visage était empourpré à présent, elle avait chaud, cela lui faisait du bien d'être en colère, de lui dire quel salaud il avait été de prouver sa force.
– Tu ne peux pas choisir avec qui je suis ou qui j'aime, tu n'as aucun droit sur cette partie de ma vie. Comment oses–tu te permettre de me dicter avec qui je peux être !
– Ce n'est pas comme ça…
– Comment tu te sentirais si je te frappais parce que je pensais que tu étais avec quelqu'un que je n'aime pas ?
Elle jeta un livre qui lui frappa l'épaule. Elle lui avait fait mal, elle le sut à cause du son qu'il laissa échapper.
– Tu le prendrais comment ?
Harry regarda ses mains, refusant de lever la tête, refusant de reconnaître la flamme de douleur de son épaule, croyant absolument qu'il le méritait. Une grosse larme tomba sur ses robes et il la maudit. Ce n'était pas juste, il n'était pas censé pleurer comme un putain de môme, il était supposé lui faire comprendre.
Hermione vit la larme et ses yeux s'écarquillèrent. Il pleurait, il était vraiment en train de pleurer. Elle l'avait vu debout au milieu d'un champ couvert du sang de ses amis et il n'avait pas versé une seule larme. Elle ressentit une vague de pouvoir et la partie dure en elle lui susurrait furieusement : « Laisse–le pleurer, laisse–le se sentir mal ».
– Je…
Il inspira dans un grand souffle frémissant.
– Je suis désolé… je…
– JE ME FICHE QUE TU SOIS DÉSOLÉ !
Elle s'arrêta, croyant à peine qu'elle venait de lui hurler dessus. Il ne lui avait pas répondu, parce qu'il n'avait aucune d'excuse et qu'il le savait. C'était la seule raison. Elle voulait juste qu'il l'admette.
– Je me fiche que tu sois désolé, je veux simplement savoir pourquoi tu as fais ça.
– Parce que… Je croyais que tu étais avec lui.
Il ferma les yeux, sa tête lui faisait mal et il prit une autre inspiration frémissante.
– Je croyais que vous étiez en train de vous moquer de moi.
– Pourquoi on aurait été en train de se moquer de toi ? Pourquoi on se serait même préoccupés de toi ?
– Je…
– Quoi ? Tu quoi ?
Elle était cruelle maintenant et elle le savait, il semblait se faire tout petit devant elle, enroulé sur lui–même, tant bien que mal. Il ne l'avait pas encore regardée et quand une goutte de sang tomba sur ses doigts, il ne sembla pas le remarquer.
Hermione le vit, elle et elle sentit finalement son cœur fondre en une rapide ruée de panique. Il était en train de saigner. D'où est–ce qu'il saignait ? Elle se précipita en avant et leva son visage, elle trouva rapidement un mouchoir dans sa poche et recouvrit le nez de Harry.
– Ça va aller, dit–elle doucement en serrant l'arête de son nez. Reste immobile.
Elle sortit sa baguette et lança rapidement un charme de guérison pour arrêter le flot de sang. Sa tante avait toujours eu des saignements de nez quand elle était stressée, elle n'avait jamais pensé que Harry était sujet à ce genre de problèmes.
– Est–ce que ça va ? demanda–t–elle, en passant doucement ses doigts à travers ses cheveux pour le calmer.
Harry hocha la tête, il tenait encore le mouchoir contre son nez. Ses yeux semblaient si incroyablement verts.
– Je suis désolé, murmura–t–il encore une fois.
Il ferma les yeux. Il désirait pouvoir dire autre chose mais il était mort de peur à l'idée de le dire. Hermione l'attira vers elle et le serra dans ses bras.
– Dis–moi juste la vérité, Harry, chuchota–t–elle.
Elle se sentait fatiguée, elle ne voulait plus se disputer avec lui.
– Dis–moi juste ce que c'est, dis–moi ce que ça t'a fait ?
– Draco, murmura–t–il.
– Quoi, Draco ?
Sa voix était douce maintenant et elle emmêlait ses doigts dans ses cheveux en bataille.
Harry essuya son nez, silencieux pendant un moment. Si elle devait le détester, elle pouvait aussi bien le détester pour la vérité, non pas parce qu'il était incapable de s'expliquer. Il lui dit tout, tout ça sortit en hâte, du moment où il avait remarqué l'estomac de Draco jusqu'au moment où il l'avait embrassé, à penser qu'elle avait été présente et qu'ils étaient en train de rire de lui. Après lui avoir raconté qu'il avait fait l'amour avec Draco, la complexité de leurs nuits ensemble, il regarda à nouveau ses mains et attendit qu'elle parle.
Hermione se rassit, ne sachant pas quoi dire ou penser. Elle s'était demandée, par le passé, pourquoi Harry avait rejeté la plupart des propositions des filles qui lui portaient de l'intérêt. Il y en avait eu beaucoup et il ne s'était jamais montré intéressé. Elle avait cru que c'était à cause de la guerre, à cause de ce qu'il devait faire, parce qu'il pouvait ne pas y survivre. Elle n'avait jamais pensé que c'était une réelle possibilité. Quand Draco lui avait dit que Harry avait piqué son intérêt, elle était sûre que Draco avait rêvé, pas que Harry l'avait embrassé. Elle y avait réfléchi, l'avait même envisagé, mais avait décidé que c'était impossible.
Ils avaient été ensemble, ils s'étaient fait l'amour, l'un à l'autre. La voyeuse qui sommeillait en elle aurait voulu voir ça, deux garçons ridiculement beaux, enlacés. Il avait supporté de se savoir attiré, supporté ce désir, pendant deux ans, le cachant à tout le monde, à Ron et à elle–même.
Oh, doux Merlin, Ron !
Hermione regarda Harry qui avait levé les yeux vers elle. Il semblait dans l'expectative, inquiet, comme s'il s'attendait à ce qu'elle le déteste. Elle ouvrit et ferma sa bouche plusieurs fois avant qu'elle ne parvienne à sortir.
– Et pour Ron ?
– Il… Ron ne sait pas.
– Est–ce que tu vas le lui dire ?
– Je ne sais pas.
Il déglutit.
– Je suppose que je devrais.
Elle recommença à caresser ses cheveux, en tenant délicatement le côté de son visage avec sa main.
– Je ne crois pas que tu devrais, dit–elle. Pas encore, je veux dire. Est–ce que tu sais comment Draco se sent, à propos de tout ça ?
– Non, je suppose qu'il pense que c'est juste une baise.
Hermione fronça les sourcils.
– C'est un sacré grand pas à franchir juste pour une baise, Harry. Je veux dire, j'ai seulement entendu dire de lui qu'il était avec des filles avant. Peut–être que tu devrais lui parler de ça.
– Heu… Je crois que c'est un peu tôt pour la discussion « où va notre relation ? ».
Hermione l'étreignit à nouveau et s'accrocha étroitement à lui. Il l'entoura de ses bras et enfouit son visage dans ses cheveux.
– Ne me refais plus jamais mal, murmura–t–elle, en pressant un baiser sur sa joue.
– Je ne le ferai plus, je te le promets.
Elle se recula, poussa ses cheveux hors de ses yeux et lui sourit.
– Je t'aime, je t'aimerai toujours. Peu importe avec qui tu es ou qui tu aimes, je serai toujours ton amie et je ne te mentirai jamais, je te le promets.
Harry avait l'impression que son cœur s'était dilaté dans sa poitrine et le soulagement inonda ses entrailles. Il reposa sa tête sur son épaule et ferma les yeux, remerciant les cieux de ne pas la lui avoir enlevée.
oOo
Au début Severus fut convaincu que ses yeux le trompaient. Tout ce qu'il pouvait voir dans la boîte était noir, mais il tendit ensuite la main et découvrit qu'un amas de tissu sombre occupait la partie supérieure de la boîte. Il le sortit avec soin, conscient, rien qu'en le touchant, que c'était fragile, un peu fatigué et usé. C'était une robe, en loques et détruite, mais très nettement une robe. Il la brandit, ses doigts jugeant de la texture du tissage et des minuscules points qui retenaient ce qui restait des coutures en place. Elle semblait incroyablement vieille et pourtant il savait qu'elle ne l'était pas. L'étoffe était raffinée, sans doute la plus fine que l'argent pouvait acheter. Le col était déchiré, comme si quelqu'un avait empoigné le porteur de la robe par là mais deux serpents y étaient encore cousus. Faits de fins fils de soie, Severus savait que leurs têtes s'entrelaçaient pour former le fermoir à la gorge. Il comprit également que le conservateur lui avait donné la mauvaise boîte. Cette robe n'appartenait pas à Narcissa, elle appartenait à Lucius.
Dans un moment de clarté absolue, Severus sut que le conservateur serait livide lorsqu'il réaliserait son erreur.
La robe recouvrait un assortiment d'objets. Tout représentait si complètement Lucius que Severus sentit une boule se former dans sa gorge. Une paire de bottes en peau de dragon de bonne qualité, des chaussettes, une ceinture, des gants de cuir noir, un ruban noir qui avait autrefois attaché ses cheveux. Pour une raison quelconque, il n'y avait pas d'autres vêtements, bien que Severus connaissait suffisamment bien Lucius pour savoir qu'il aurait porté une chemise et un gilet et sans doute une convenable paire de pantalons, même le jour où il devait être embrassé. Sa baguette gisait dans la boîte, brisée en deux, les filaments de cœur de dragon en son centre avaient été étirés et déchirés par la couche de bois dur.
Il y avait des bijoux dans la boîte. Une alliance en platine et un médaillon sur une longue chaîne. Une montre de poche. Severus ferma les yeux et imagina quelqu'un en train de retirer ces choses du corps de Lucius comme s'il était mort. Dans son imagination, il savait que c'était Maugrey et il savait que Maugrey avait ri lorsqu'il l'avait fait, se délectant du fait qu'il était en train de déshabiller un Mangemort, tout en sachant qu'il deviendrait un être qui ne verrait plus et ne ressentirait plus, exposé maintenant dans une vitrine en verre d'un musée.
Severus ouvrit le médaillon. Il contenait une mèche de cheveux blond pâle, une minuscule et délicate boucle de bébé, attachée avec un joli morceau de ruban bleu. Sur l'autre côté du médaillon était gravé les mots Draconis lux lucis. Il ferma le médaillon et le plaça doucement avec l'anneau et la montre de poche.
Je l'ai mené à ça, pensa Severus. Je l'ai complètement détruit.
Il aurait pu le cacher, il n'avait pas besoin de l'emmener aux Aurors ce jour–là, il aurait pu le cacher, prétendre qu'il était mort.
La culpabilité se mêlait à la peine et Severus sentit son cœur se serrer douloureusement. Il y survivrait. Il le faisait toujours. Il avait trahi ses amis et son Maître afin d'être là où il était maintenant, vivant, entier et capable de faire l'inventaire de la vie de son ami à partir du contenu d'une boîte. Sa trahison l'avait gardé libre et en vie, c'était finalement tout ce qui comptait.
Sauf que ça ne la rendait pas plus facile à supporter.
Les deux derniers articles dans la boîte étaient une bouteille de potion vide – en la humant, Severus fut incapable de discerner ce qu'elle avait autrefois contenu – et enfin un carnet de poche. Ce fut ce livre que Severus tira de la boîte avec le plus grand émerveillement. Ce maudit carnet était allé partout avec Lucius d'aussi loin qu'il pouvait s'en rappeler. Il était épais et vieux, plein d'images et d'objets qu'il y avait collés, page après page. Le cuir avait autrefois été marron clair mais après tant d'années de manipulation, il avait pris une teinte plus foncée, un profond bordeaux. Le M orné des armoiries Malfoy était gravé en relief sur la couverture, le tout était attaché par un ruban noir qui avait vu des jours meilleurs.
Avec des mains qui tremblaient un peu, Severus dénoua le ruban et laissa le livre s'ouvrir.
« Le Sommeil a scellé mon esprit
Je n'ai pas de crainte humaine :
Elle ressemblait à une chose qui ne pouvait ressentir
Le contact des années terrestres.
Aucun mouvement ne l'anime maintenant, aucune force
Elle n'entend ni ne voit
Elle errait dans le cheminement diurne de la terre,
Avec les rochers, les pierres et les arbres. »
Il n'aurait jamais pensé Lucius fan de Wordsworth. Il était possible que Lucius ne sache pas qui était Wordsworth, ni même que c'était un Moldu, il avait juste aimé les sonorités du poème.
Il tourna les pages, découvrant d'autres poèmes, des pensées ridicules et des bribes d'informations inutiles. Mais d'une manière impressionnante, il y avait des photographies, des centaines. Des photographies de Narcissa, d'autres femmes que Severus ne connaissait pas mais qui pouvaient bien avoir été des maîtresses diverses – Lucius ne faisait aucun effort pour cacher le fait qu'il en avait, Narcissa avait aussi des amants – et occasionnellement, un homme qui avait eu une certaine faiblesse pour lui et qui, une fois encore, aurait pu être un amant. Il y avait même des photos de Severus lui–même, semblant plus jeune et aussi austère qu'il ne l'était à présent.
À la fin, il y avait une photographie de Draco qui fit pleurer Severus Snape. Une photo d'un enfant d'à peu près cinq ans qui étreignait ce qui pouvait avoir été un ours en peluche avec des yeux gros comme des balles de tennis. Severus savait exactement ce que c'était. Hors appareil photo, un bras essayait de prendre la chose et le garçonnet l'agrippait simplement plus fortement, il frappait du pied et des larmes menaçaient de couler sur son visage si une telle chose se produisait.
Les Malfoy avaient un elfe de maison appelé Nonsur qui Lucius avait un jour jeté un sort d'hirsutisme lorsqu'il était furieux. Il avait poussé tant de poils sur la pauvre créature qu'elle en avait été entièrement recouverte et Draco l'avait prise pour une sorte de jouet et s'y était attaché. Aucune cajolerie n'avait convaincu l'enfant de lâcher le malheureux elfe. Finalement, Lucius le lui avait laissé. Draco avait fini par se lasser de lui, quelques cinq années plus tard. Mais jusqu'à ce moment–là, l'elfe suivait Draco partout où il allait, à la table du petit déjeuner, dans la salle de bain, au lit, en vacances, partout.
Severus se mit à rire et le rire se transforma en sanglot étouffé. Il tourna vivement la page, pour tomber sur une autre photo de Draco, cette fois revêtu de la tête aux pieds de l'équipement de Quidditch complet des Pies Montrose. Il devait avoir moins de 2 ans. Severus se demanda pendant un moment s'il existait un enfant au monde plus gâté que Draco Malfoy.
Il allait refermer le livre, décidant qu'il était trop dangereux de continuer. Voir déterré autant du passé allait finir par altérer sa santé mentale. Mais le livre ne se ferma pas. À la place, il commença à faire tourner les pages de sa propre volonté et Severus regardait fixement, les yeux écarquillés, se demandant exactement ce qu'il était censé voir.
Le carnet était ensorcelé, il n'était jamais à court de pages, à chaque fois qu'une nouvelle page était nécessaire, elle était toujours là, prête à être utilisée. De la même façon, il était charmé pour montrer au lecteur exactement ce que Lucius Malfoy voulait qu'il voie. Les pages ralentirent lorsqu'elles atteignaient la fin du livre et finirent par s'arrêter. Les feuillets s'aplatirent d'eux–mêmes. Severus souleva le livre et lut le mot : METATRON.
oOo
Quand Harry fut en état de briser le paisible silence et de parler à nouveau, il était enjoué. Sans lever sa tête de l'épaule de Hermione, il dit :
– Alors, tu as toi aussi deux boutons de roses, je t'ai dit mon secret, tu me dis le tien. Qui est l'heureux élu ?
Hermione pouvait difficilement le lui refuser. Il lui avait fait ses accablantes confidences et elle ne pouvait guère rejeter sa demande. Mais en dépit du fait que Lavande et Draco avaient été assez impressionnés, elle doutait que Harry verrait ça ainsi. Elle ne savait vraiment pas comment il prendrait la nouvelle.
– Je te l'ai déjà dit, dit–elle, juste avant que tu ne me frappes.
– Non, c'est faux, rit–il. Tu as dis Snape.
– C'est si dur à croire ?
Harry se tendit et s'assit droit comme un piquet. Il se tourna pour la dévisager.
– Ouais, c'est plutôt dur à croire.
Elle sourit et le regarda malicieusement à travers sa frange.
– Peut–être alors que tu vas juste devoir le croire.
– Snape ?
Harry rit, elle devait être en train de plaisanter.
– Le répugnant professeur Severus Snape aux cheveux longs et graisseux ?
– Il n'est pas si répugnant.
Harry riait encore, totalement incrédule.
– Non. C'est pas vrai. Pas possible.
– Pourquoi pas ?
Elle voulait avoir l'air provocant mais elle se surprit à sourire.
– C'est un homme, je suis une femme.
– Tu as dix–huit ans, il a en quoi, cinquante ?
– Trente–huit.
– Peu importe !
Harry cessa de rire.
– Cet homme est un cauchemar, Hermione. Tu es une des meilleures personnes que je connaisse. Tu es intelligente, douce, courageuse et jolie et il est… il est… Oh, mon Dieu, 'Mione, il est abominable. Il est méchant, sournois, méprisable, sarcastique, tout simplement malveillant, sans parler du fait qu'il est laid et affublé d'un des plus sales caractères que j'ai jamais vu chez quelqu'un. S'il te plaît, dis–moi que c'est une plaisanterie de mauvais goût pour couvrir le fait que tu sors avec Colin Crivey et je serais vraiment heureux.
Hermione rit.
– Harry, oui, il est toutes ces choses et probablement davantage, je le sais très bien mais je t'assure, je ne vois pas Colin Crivey et le professeur Snape celui que j'ai choisi.
Harry la dévisagea, tout simplement incapable d'intégrer ces nouveaux éléments
– Mais… mais pourquoi ?
Hermione se mordit la lèvre.
– Je ne sais pas. La première fois, c'est en quelque sorte arrivé par hasard, nous avions bu, parlé et ensuite je savais que nous étions en train de nous embrasser et j'aimais vraiment ça.
Elle rougit, mais pas de gêne ou de honte.
– D'accord, d'accord, je peux accepter que tu étais ivre. Quand tu es saoule ta capacité de jugement est affaiblie et tu as pensé soudain qu'il ressemblait au bassiste des Bizar'Sisters mais pour la seconde fois ? Quelle est l'excuse, là ?
– Il n'y a pas d'excuse. Je l'apprécie vraiment. Je trouve qu'il est sexy.
– Je crois que tu es folle.
Elle se remit à rire à la vue de l'air surpris et légèrement dégoûté de Harry.
– Oh, mon dieu, Harry.
Elle ne pouvait pas s'arrêter de rire à présent, ça venait du plus profond de son ventre.
– Seigneur, nous sommes deux idiots. On dirait que nous aimons tous les deux les mauvais garçons.
– Le tien est plus mauvais que le mien ! déclara Harry mais il se mit à rire avec elle.
– Oh, non, il ne l'est pas. Au moins, le mien n'était pas en train d'espérer que Voldemort gagne !
– C'est juste.
Il lui fit un grand sourire.
– Alors qu'est–ce qu'on va faire ? Ce pauvre Ron va piquer une crise.
– Ahh, Ron… Il est encore sur ma liste noire donc soit il accepte, sinon il n'a qu'à aller se faire foutre.
Harry laissa le rire s'apaiser dans ses entrailles et se coucha sur le lit de Lavande.
– En fait, je crois qu'il va choisir l'option d'aller se faire foutre.
Il l'avait formulé avec humour mais ils savaient tous deux qu'il le pensait vraiment.
– Ouais, moi aussi.
Elle s'étendit à côté de lui.
– Ça va être plutôt horrible si ça arrive.
– Je sais, c'est pourquoi je projette de retarder ça aussi longtemps que possible.
– On ne sait jamais, dit–elle, la tête reposant sur son épaule. Ron est plein de surprises. Peut–être qu'il nous surprendra avec ça aussi.
Harry sourit de manière sinistre.
– On peut toujours espérer.
oOo
Les yeux de Severus survolèrent la page que le livre lui avait dévoilée, essayant de déchiffrer ce que Lucius avait noté et la signification de tout ce charabia.
« L'ordre suprême des Anges qui fixe la sphère de Kether, le plus grand appui de Dieu, est connu en tant que CHIOTH HA QADESH. Ses Anges sont aussi connus comme les Saintes Créatures Vivantes et sont équivalents aux Séraphins de Dionysos. Leur Archange est METATRON qui est mentionné comme celui qui présente les autres devant le visage de Dieu. Metatron est le plus jeune de tous les Anges et selon la tradition, il était autrefois le patriarche biblique Enoch. Le Talmud dit que Metatron est le lien entre Dieu et l'Humanité. Il peut par conséquent être invoqué, en dépit du fait que Kether lui–même est au–delà de la portée des Sorciers. »
« J'en suis venu à la conclusion que c'est une des trois potions, Reservoare Magnanimitas, Anima Reservo ou Reservo Animula. Je ne peux en chercher qu'une, je pense que c'est la dernière, mon âme est simplement petite. Le rituel doit être exécuté durant l'heure après le lever du soleil, un vendredi. »
Liste :
Robe verte
Collier de cuivre avec jade, malachite ou émeraude
Bois de santal et cannelle pour l'onction
Flamme verte
Triangle de soie verte
49 pierres vertes
Bois de santal et cannelle pour la combustion.
Lucius avait manifestement projeté d'invoquer quelque chose, mais pensait-il vraiment qu'il lui était possible d'attirer le Metatron et, s'il le pouvait, que pensait-il demander à l'ange ?
Severus tourna la page et se figea. C'était une potion. Il avait entendu dire qu'une telle potion existait mais avait abandonné l'espoir de jamais en voir une. La Magie Angélique était difficile à comprendre, c'était un étrange hybride de mythologies diverses incluant les doctrines religieuses moldues même les plus puissants des sorciers ne la décodaient que très difficilement. Il était dit que pour comprendre le processus, on devait recevoir les instructions directement d'un être céleste.
Et, pensa follement Severus, quel ange en possession de toutes ses facultés donnerait des instructions à Lucius Malfoy, un homme dont la liste des bonnes actions était remarquablement courte ?
« Reservo Animula – Pour sauver une petite âme
Prendre une pièce d'or, la chauffer jusqu'à ce qu'elle soit rouge et la laisser tomber dans un coupe contenant 10 mesures d'eau de pluie filtrée (elle doit être collectée dans un récipient non métallique, au moins 5 pieds avant qu'elle n'atteigne le sol).
Laisser l'or pendant 45 minutes puis le retirer, filtrer l'eau dans un chaudron contenant 2 pintes de Condenseurs de Fluide Planétaires de Vénus.
Ajouter 4 gouttes de chaque essence d'Abdiel, Chamuel, Jophiel, Michael et Zachiel.
Remuer 78 fois dans le sens contraire des aiguilles d'une montre.
Ajouter 25 grammes de plumes moulues d'ange (voir Metatron).
Faire bouillir pendant 25 minutes et décanter pendant 3 jours.
Boire moins d'une heure avant le Baiser. »
Les ingrédients étaient pratiquement impossibles à trouver, l'essence d'ange devait être recueillie après les guerres célestes et bien qu'il y en eut un assortiment à Poudlard, il ne lui appartenait pas, il en avait hérité en même temps que du poste. Pour obtenir les plumes d'anges, Lucius aurait dû invoquer avec succès le Metatron et convaincre un ange de lui donner ses plumes, ensuite il aurait dû échafauder une potion qui ressemblait à la recette la plus artisanale qu'il avait jamais vue. Ça ne pouvait pas marcher.
La subite ruée de battements d'ailes au musée lui revint, l'étrange lueur claire dans les yeux de Lucius.
Severus baissa les yeux vers la recette.
– Doux Jésus, Lucius, qu'as-tu fait ?
A suivre…
Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.
Bisous.
Falyla
