Titre : Objects of Desire

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Auteure : Azrael Geffen

Traductrice : falyla

Correcteurs : falyla/Florent

Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape

Rating : M/NC-17

Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)

Etat de la traduction : terminée

Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.

Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.

Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.

Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.

Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.

Bonne lecture.

Objects of Desire

Chapitre 8 (1ère partie)

Je suis juste un mec jaloux

31 Octobre 1981

Lorsque les deux Mangemorts transplanèrent dans la clairière d'une forêt, les deux détonations distinctes résonnèrent pour tout le monde comme une double pétarade de voiture. Ils restèrent immobiles pendant un moment, regardaient partout, écoutaient même le son le plus insignifiant dans l'espoir d'un indice sur ce qui avait pu se passer. Tous deux savaient que très bientôt cet endroit fourmillerait d'une bonne centaine de leurs condisciples mais ils savaient aussi qu'ils étaient les premiers à arriver.

Un instant auparavant, la Marque des Ténèbres sur leurs bras respectifs avait brûlé d'un noir si intense qu'ils en avaient hurlé de douleur – puis elle avait disparu, comme si elle n'avait jamais été là. Ils avaient transplané en se servant de ce qui était resté de la traînée magique pour suivre la trace de leur Maître.

Le plus grand des deux rejeta sa cagoule en arrière et examina les alentours. Il regarda l'autre en haussant un sourcil mais ne dit rien. Après un moment, l'autre repoussa sa propre capuche.

– Lucius, déclara d'un ton tranchant l'homme le plus grand.

Le plus petit inclina la tête en réponse.

– Severus.

Severus Snape regarda Lucius Malfoy d'un peu plus près. Il avait quelque chose sur ses robes, sur l'épaule. Fronçant les sourcils, il frotta sa propre épaule, en grommelant :

– Tu as un petit quelque chose là.

Lucius sortit un mouchoir de soie de sa poche et essuya distraitement.

– Draco était malade.

– Quoi, tu restais dans le coin dans tes robes de voyage ?

– J'étais sur le point de sortir et Narcissa m'a demandé de le tenir.

– Charmant.

Lucius blêmit. Ces derniers dix–huit mois, Severus avait vu un petit enfant réduire le Lucius Malfoy normalement réservé et puissant qu'il connaissait en un être de pâte à modeler. Severus était le parrain du garçon et il n'arrivait pas à le concevoir. Il détestait les enfants. Draco Malfoy était, il devait l'admettre, un enfant exceptionnellement mignon mais Severus Snape n'avait jamais beaucoup estimé ce qui était mignon. Les principales fonctions de Draco semblaient être de manger, dormir, déféquer, pleurer et vomir. Et maintenant, Lucius débarquait à un appel à l'aide de Lord Voldemort avec ce qui ressemblait à du vomi de lait caillé sur son épaule. Cela aurait pu être pire, parce que Draco mangeait du solide depuis qu'il avait un an.

– Alors, tu arrives à le percevoir ? demanda Lucius.

Il ne pouvait pas sentir son Maître et ça l'affolait un peu. Snape était beaucoup plus expert dans ce domaine que lui alors il décida de ne pas laisser la panique l'écraser tout de suite.

– Non, pas du tout.

Snape fronça les sourcils.

– Où sommes–nous ?

– Godric's Hollow.

Snape pâlit un peu plus et tenta de déglutir une ou deux fois.

– Tu es sûr ?

– Certain. Il m'a dit qu'il venait ici.

Lucius regarda autour de lui, à la recherche d'une source de lumière qui les guiderait à l'extérieur de la clairière où ils se tenaient actuellement.

Ils aperçurent tous deux la lumière en même temps. Elle était faible et vacillante, comme les restes d'un feu. Ils se dirigèrent dans sa direction, marchant à vive allure, chacun se demandant exactement ce qu'ils allaient trouver. Ni l'un ni l'autre n'avait jamais ressenti un tel message de la part du Seigneur des Ténèbres, tellement fort qu'il avait provoqué ce genre de douleur. Mais le plus saisissant était bien sûr le fait que la marque avait entièrement disparu après que la douleur eût cessé.

– Comment va Narcissa ? s'enquit Snape, essayant de garder un ton aussi léger que possible.

Il avait vingt–et–un ans et il n'avait pas le sang–froid de son compagnon qui, à vingt–sept ans, avait l'air encore un peu troublé. Snape avait une amertume dans son comportement qui cachait souvent la plus grande partie de sa jeunesse et de son inexpérience à ses pairs. Lucius Malfoy n'avait pas une telle aide. La nature avait trouvé juste de le bénir d'un visage parfait et d'une apparence qui lui donnait l'air de descendre d'un royaume féerique. Sa seule défense avait été de s'exercer à l'indifférence et il le faisait avec une telle habileté naturelle que c'en était presque de l'art. Jusqu'à la naissance de son fils, la plupart s'étaient imaginé que Lucius n'était pas tout à fait humain. Aucune émotion ne traversait son visage à moins qu'il ne fût simplement forcé à en afficher. Pour lui, avoir l'air nerveux était suffisamment parlant pour effrayer Snape et le pousser à une plus grande hâte.

– Narcissa va bien.

– Elle vient ?

– Non, elle doit s'occuper de Draco.

– Pourquoi ? Les elfes de maison ne peuvent pas le faire ?

Lucius jeta un regard dédaigneux à Snape. Sans diminuer l'allure, il entretint Snape de ce qu'il considérait comme des soins appropriés à ce bébé qui faisait sa fierté et sa joie.

– Il est vraiment très intelligent, tu sais.

Lucius s'animait maintenant qu'il abordait son sujet préféré.

– Il arrive à dire chien et Cissa et il sait aussi dire mon nom… Bon, la plupart du temps, il dit mon nom. Mais il arrive très bien hurler : « NON ! »… juste comme ça. C'est hilarant parce que à chaque fois qu'il le fait, ce satané elfe vient en courant.

– Je suis content que tu lui enseignes quelque chose.

Snape n'avait jamais approuvé la façon dont Lucius traitait ses elfes de maison et maintenant le bébé leur hurlait dessus.

Ils firent une pause au bord de la clairière et regardèrent fixement la maison en face d'eux. Des cendres et de la fumée semblaient s'élever de l'arrière, la façade paraissait intacte et normale, à l'exception de la porte qui avait été arrachée de ses charnières et des fenêtres qui étaient toutes brisées. C'était un très ordinaire cottage à deux étages dans lequel n'importe quel Moldu aurait pu vivre. Mais tous deux savaient qu'aucun Moldu ne vivait ici.

Hésitant pendant un moment, Lucius fit en premier un pas en avant et s'approcha de la maison. Snape en fit tout de suite autant et ils risquèrent prudemment un coup d'œil à travers la porte.

– Maître ? appela doucement Lucius.

Il n'y eut pas de réponse, le seul bruit qu'on entendait était celui d'un bébé en train de pleurer mais cela semblait loin et, pour une raison ou une autre, étouffé.

Ils franchirent la porte et suivirent le chemin de la destruction vers le salon, ou ce qu'il en restait. La maison était en ruine. Quel que soit la bataille qui s'était livrée là, elle était maintenant bel et bien finie. Au pied des escaliers, gisait le corps d'un homme, le visage contre le sol, sa main encore enroulée autour de sa baguette.

Accio baguette.

La baguette vola vers la main de Lucius, prouvant à tous les deux que cet homme était bien définitivement mort. Tous deux connaissaient son identité.

– Maître ? appela à nouveau Lucius. Maître, vous êtes là ?

Une fois encore, il n'y eut pas de réponse et Lucius commença à monter les escaliers. Snape se tint debout pendant un moment au dessus du corps à terre avant de le retourner avec sa botte. Les émotions qui le traversèrent tandis qu'il regardait le visage de son persécuteur, maintenant figé, éternellement provoquant, étaient indescriptibles. Il affichait un ait étonné, comme si la mort l'avait surpris. Son fils lui ressemblerait beaucoup quand il aurait le même âge. Mais James Potter était plus dur que son fils, son visage était plus anguleux, le nez plus large, les lèvres plus fines et la mâchoire légèrement plus carrée. Le sort qui l'avait tué n'avait même pas brisé ses lunettes.

Snape s'accroupit à côté de lui et laissa ses doigts traîner le long de sa joue vers sa gorge et chercha un pouls qu'il savait qu'il ne trouverait pas.

– Je déteste être celui qui dit : « Je te l'avais dit, Potter », railla doucement Snape.

Il se leva ensuite et épousseta ses robes avant de suivre Lucius en haut des escaliers.

Les pleurs du bébé étaient plus forts au second étage et ils avaient atteint le degré fiévreux de hurlements perçants et implacables. Snape se crispa – il se demandait pourquoi les gens avaient des enfants, en sachant qu'ils pouvaient faire autant de bruit – et se mit à chercher Lucius.

Lucius était dans la chambre d'enfant, à l'arrière de la maison. Snape était sur le point d'entrer mais Lucius bloqua la porte.

– Je ne crois pas que tu as envie d'entrer ici, dit–il à mi–voix.

Et bien sûr ses mots incitèrent Snape à le dépasser et à entrer dans la pièce.

La porte avait une fois encore été arrachée de ses charnières et gisait par terre. Un mur de la pièce avait été complètement soufflé, comme si quelqu'un avait actionné une bombe qui l'avait détruit. Le ciel nocturne éclairait la pièce, refroidissant le lieu. Quelque part au loin, ils pouvaient sentir la fumée d'un départ de feu d'une maison voisine. Suffisamment loin d'eux pour ne pas avoir remarqué la catastrophe qui s'était passé ici. Sous les décombres, il pouvait voir les restes d'un parc pour enfant, les cris semblaient venir de quelque part par là. Le corps d'une femme était étendu sur le dos devant les décombres, les yeux grands ouverts, regardant le ciel sans le voir.

Le cri d'après ne vint pas du bébé. Il vint de Snape. Il se rua en avant, il atterrit si lourdement sur les genoux qu'il s'écorcha la peau et fit des accrocs dans ses robes. Il tira le corps de la femme du sol sans réaliser ce qu'il faisait. Il l'attira contre lui en enfouissant son visage dans ses cheveux et cria des mots inintelligibles dans son oreille.

– Nooooon, pas Lily, s'il te plaît, réveille–toi, s'il te plaît, Lilyyyy, je t'en prie, réveille–toi.

– Elle est morte, Severus, assena Lucius d'un ton tranchant.

Toujours en berçant son corps contre lui, la tenant fermement pour juste cette fois–là, Snape tourna un regard furieux et plein de haine à Lucius.

– Tu avais dit qu'Il ne la tuerait pas !

– C'est ce qu'Il avait dit.

Lucius haussa les épaules, indifférent. Il s'accroupit à côté d'un tas de robes sur le sol, ignorant les âpres et durs sanglots de son compagnon. De ses doigts vifs, il chercha à travers les robes et les retira avec stupeur. Dans sa main, il y avait une baguette magique, une baguette très familière, celle qu'il avait vu utiliser en de nombreuses occasions.

– Il est parti, dit Lucius. Severus, Il est mort.

Toute raison ou compréhension n'existait plus pour Snape. Son visage était plongé dans les épais cheveux roux de Lily Potter et il la berçait d'avant en arrière, perdu dans son chagrin. Lucius se dirigea vers les débris du parc et commença à les retirer, morceau par morceau, jusqu'à ce qu'il découvre l'enfant en pleurs. Les cris étaient suffisamment forts pour rendre la pièce insupportable. Il tendit sa main dans le parc et souleva le bébé.

Tenant l'enfant devant lui, il lui jeta un coup d'œil et plissa le nez. Il avait probablement besoin d'être changé.

– Bonjour, toi, fit Lucius dans une étrange sorte de babil enfantin qui tira Severus de son affliction. Et à qui il est, ce petit tueur de Mage Noir, hein ?

Il se mit ensuite à faire rebondir le bébé sur sa hanche, en allant à ce qui restait d'une armoire à linge où il trouva une couche.

Au plus grand dégoût de Snape, il changea la couche avec la dextérité d'un professionnel aguerri et laissa tomber la sale dans la poubelle à couche qui avait miraculeusement survécu à l'attaque. Il conjura ensuite un biberon et l'enfonça dans la bouche de l'enfant.

– Mais, bordel, qu'est–ce que tu fous ? demanda finalement Snape.

– Eh bien, on ne peut pas le laisser là, dans sa propre merde, non ?

– Si, on peut.

Lucius l'ignora et commença à faire les cent pas dans la pièce, en berçant le bébé qui était à présent parfaitement content de téter son biberon et qui ouvrait de grands yeux vers l'homme qui le tenait.

– Tu sais, dit Lucius quand qu'il fut certain que le bébé allait bien. Ça peut rendre les choses un peu difficiles pour nous. C'est l'évidence même. Ce morveux–là, c'est quoi, son nom ?

– Harry.

– Harry, que voici, est parvenu à invoquer une sorte de défense – Merlin seul sait quoi – et il a anéanti notre Maître. Maintenant, cela pourrait nous conduire à nous poser des questions plutôt délicates.

Snape leva les yeux de Lily et lança une fois de plus un regard furieux à Lucius. Le Seigneur des Ténèbres était mort ? Son esprit travailla rapidement, même la peine n'avait pas altéré son agilité intellectuelle. Si le Mage Noir était mort, alors ce qui était dit au sujet de la prophétie était vrai.

– Est–ce qu'il a des cicatrices, n'importe laquelle ? demanda–t–il.

Lucius vérifia.

– Une jolie cicatrice en forme d'éclair, juste sur le front. Je dois l'admettre, le Seigneur des Ténèbres avait un but fabuleux … même si le choix de ses cibles n'était pas des meilleurs.

Snape fronça les sourcils, Lily reposait, morte, dans ses bras et très bientôt, l'endroit grouillerait de Mangemorts à la recherche de leur Maître. Ils voudraient passer leur rage sur quelque chose, n'importe quoi, et ils choisiraient son corps à elle. Il s'astreignit à un calme étrange et regarda Lucius.

– Pose le morveux et foutons le camp d'ici.

– Oui, oui, dans un moment.

Lucius réfléchissait encore, Snape pouvait presque voir son esprit travailler.

– Nous pouvons toujours prendre le gosse avec nous.

– Quoi ?

Snape étreignit Lily plus étroitement. Puis, avec respect, il la déposa doucement par terre et se leva pour faire face à Lucius.

– Tu es fou ? Pourquoi on le prendrait avec nous ?

– Eh bien, il a tué le Seigneur des Ténèbres, alors il doit avoir une sorte de pouvoir.

Lucius souleva Harry comme s'il était une espèce de jouet bizarre. Harry gloussa et fourra un petit poing dans sa bouche, il ne réalisait pas qu'il regardait le visage du mal.

– Je préférerais qu'il ne devienne pas notre ennemi en grandissant, fit Lucius. Dumbledore savait que quelque chose comme ça pouvait arriver. Je suis sûr qu'il utilisera ce gosse si nous ne le faisons pas.

– Pose–le, siffla Snape. J'aimerai mieux le tuer plutôt que de l'utiliser.

– Le tuer ? répéta Lucius en riant. Je ne vois aucune raison de faire ça. Du reste, nous ne savons pas s'il peut être tué. Il a expédié le Seigneur des Ténèbres dans l'autre monde, qu'est–ce qui l'empêche de nous liquider de la même manière ?

Snape haussa les épaules. Lucius indiqua Lily sur le sol.

– Et tu tuerais son enfant ?

Voyant Snape baisser les yeux sur la femme étendue au sol et couvrir son visage pour étouffer un sanglot, Lucius retourna son attention vers l'enfant.

– Tu veux venir à la maison avec moi ? demanda–t–il de la voix de bébé qu'il avait utilisé auparavant.

Harry se mit à rire.

– J'ai un bébé aussi, tu pourras jouer avec lui. Nous avons un lac avec des canards, tu aimes les canards ?

Remarquant la barboteuse bleue avec des canards sur la poche, Lucius décida que oui.

– Pose–le, ordonna Snape à nouveau. Il y aura des milliers de personnes qui le chercheront. Comment vas–tu expliquer d'où tu l'as eu ?

Malfoy soupira et regarda l'enfant d'un air un peu triste.

– Bien, je le laisserai devenir l'instrument de Dumbledore au lieu du nôtre mais je te préviens, tu pourrais le regretter.

Snape n'avait aucun doute là–dessus.

Lucius partit donc en lui faisant un signe de la main il devait rentrer chez lui et mettre sa maison en ordre. Il savait que le Ministère y ferait irruption dès qu'ils apprendraient que le Seigneur des Ténèbres était mort et il n'avait pas besoin de laisser traîner des preuves incriminantes. Dès que Snape fut certain qu'il était parti, il alluma un feu et s'agenouilla devant.

– Dumbledore, appela Snape, en camouflant la peine qu'il ressentait sous une raideur militante. Lily est morte.

oOo

Severus Snape se réveilla. Il n'avait pas eu ce rêve depuis très longtemps, il pensait qu'il l'avait chassé pour toujours. Visiblement, il avait tort. Il se redressa et laissa les derniers fragments du rêve se détacher de lui comme une membrane et se demanda quelle part tenait du rêve et quelle part tenait de l'horreur du souvenir.

oOo

Elle aurait dû s'y attendre. D'ailleurs, elle s'y attendait. C'était juste qu'elle s'y était préparée quand il était arrivé à Poudlard le premier jour, pas quatre jours plus tard, quand elle s'était calmée et avait accepté sa présence. À présent, on était samedi et elle s'occupait de ses propres affaires et ce fut à ce moment-là que vint Krum. Bien sûr, il choisit de venir quand elle était seule. Tous ceux qu'elle connaissait étaient en train de se remettre de leur gueule de bois en faisant la grasse matinée. Exactement comme elle aurait dû le faire mais elle avait décidé de ne pas participer à l'excursion du vendredi soir à Pré–au–Lard, préférant étudier.

Quand elle entendit sa voix facilement reconnaissable et son anglais haché, elle regretta cette décision.

– Herrr–mion–neuu.

Elle s'étouffa presque avec ses céréales. Puis elle tourna vivement sa tête et força un affreux sourire sur son visage. C'était son sourire faux, celui qui commençait à faire mal si elle le laissait en place trop longtemps.

– Viktor, dit–elle à travers ses dents serrées. Comment vas–tu ?

– Je vais bien, répondit–il.

Son anglais s'était amélioré.

– Comment vas–tu ? J'ai eu un choc quand j'ai apprrris que tu étais rrrevenue à Poudlarrrd mais j'en suis aussi rrravi.

Elle sentait les coins de sa bouche commencer à faire mal tandis que ses lèvres s'étiraient encore pour sourire.

Krum reconnaissait ce sourire, il l'avait vu offrir le même sourire à Karkaroff des années auparavant mais il ne la blâmait pas pour sa réticence à être aimable avec lui. Il l'avait, après tout, traité avec un abominable mépris.

– Je…

Il s'interrompit et sembla un peu désemparé.

– Je me demandais si tu voulais bien dîner avec moi ?

Hermione fronça les sourcils.

– Oh, heu… Viktor, je ne sais pas si c'est une très bonne idée.

– Seulement en tant qu'amis, ajouta–t–il précipitamment. Dumbledorrre m'a trrrès gentiment offerrrt un poste ici et je ne souhaite pas comprrromettrrre ça d'une quelconque manièrrre. C'est juste que je ne connais perrrsonne ici et j'ai pensé que parrrce que nous étions autrrrefois de bons amis, peut–êtrrre que nous pouvons mettrrre fin à nos différrrends en parrrtageant un dîner amical.

Il était si formel qu'il aurait pu être en train de lire ça d'une fiche–type de répliques et Hermione se sentit un peu désolée pour lui. Elle était aussi consciente des chuchotements de la table derrière elle. De bruyants murmures de la table Serpentard. Ils se demandaient combien de descentes en piqué Viktor Krum avait dû faire pour lui demander de sortir avec lui. Son indignation fit le reste et elle tourna la tête pour fusiller du regard la fille au teint brouillé qui avait fait la remarque avant d'offrir un sourire beaucoup plus sincère à Krum.

C'était ridicule. Elle ne s'était jamais souciée des commentaires concernant son apparence auparavant. Elle n'avait jamais auparavant été si incroyablement consciente de ça non plus. Lorsqu'elle était enfant, elle était certaine qu'elle deviendrait une belle créature comme toutes les filles l'espéraient, elle ne s'attendait pas du tout à être petite, frêle et couverte de tâches de rousseur. Bien qu'elle détestât l'admettre, elle enviait Lavande. Alors qu'elle n'échangerait pour rien au monde son cerveau pour la beauté, elle avait vite appris que les personnes comme Lavande avait un certain genre d'intelligence et une expérience du monde que Hermione ne comprendrait jamais – et ça l'agaçait de manière incroyable. Aussi quand Hermione entendit les commentaires d'une fille Serpentard à la mine terreuse qui ne manquerait jamais de soupirants simplement à cause un certain accident de naissance – elle était née sorcière de Sang Pur – elle sentit sa propre estime s'effondrer sur le sol de pierre.

Que Krum lui demande d'aller dîner flattait son ego, elle le savait, elle essayait habituellement de ne pas se mentir à elle–même et le fait qu'elle était maintenant en train de lui dire oui était un signe évident qu'elle voulait désespérément flatter son ego. Elle ne pouvait pas imaginer Severus Snape l'invitant à sortir dîner. Elle pouvait l'imaginer la jetant sans ménagement dans un placard à balais et la toucher partout mais il ne sortirait jamais avec elle en public, ne la montrerait jamais.

– On m'a dit qu'il y avait un bon rrrestaurrrant à Prrré–au–Larrrd, indiqua aimablement Krum, en gardant toujours son discours formel de fiche–modèle de répliques. Peut–êtrrre pouvons–nous y aller ce soirrr ?

– Ce soir ?

Elle mordilla sa lèvre avec frénésie. Severus ne devait pas revenir avant le lendemain et ce n'était pas un rendez–vous ou quoi que ce soit, ils allaient dîner comme des amis allaient dîner. Hermione avait des amis masculins, elle savait que le concept était possible, elle espérait juste que Viktor Krum le savait aussi.

– Heu… Bien sûr, pourquoi pas, ce soir, c'est bien.

– Merrrveilleux, je fais les arrrrrrangements pour vingt heurrres ?

– Oui.

Elle rit nerveusement.

– Vingt heures, c'est très bien. Heu… Je… je te rejoindrai là–bas.

– Excellent.

Krum lui sourit. C'était bien, très bien même.

oOo

– Tu es réveillé ?

– Mmm.

Harry sourit. Draco n'avait pas l'air particulièrement réveillé, ce qui n'était pas une surprise ; il avait horriblement bu, la nuit dernière. Pendant un moment, Harry espéra que Ron allait bien. La soirée aux Trois Balais s'était achevée sur l'habituelle engueulade de Ron et Draco et Draco lui avait jeté le sortilège de Jambes–en–Coton puis il était rentré – laissant Ron à la merci de tous ses amis qui étaient beaucoup trop saouls pour exécuter le contre sort. Harry ne pouvait qu'espérer que le charme avait cessé de faire effet une fois que Draco s'était endormi.

Harry était installé au creux de son bras. La fraîcheur matinale qui s'infiltrait dans la pièce était froide sur leurs corps et il tira les couvertures sur eux. En dessous du lourd édredon, Draco bougea un peu, attirant Harry plus près. C'était comme être lové dans une poche chaude qui lui était exclusivement réservée.

Il leva sa tête pour regarder de près Draco qui il était couché sur le dos, les yeux toujours fermés.

– Tu veux aller au Quidditch aujourd'hui ?

– Non, répondit Draco sans ouvrir les yeux.

Harry bailla et reposa sa joue contre la poitrine de Draco.

– C'est Gryffondor contre Serpentard, précisa–t–il sur un ton encourageant.

– Non, répéta Draco mais il y avait un sourire dans sa voix.

– Pourquoi pas ?

– Parce que ça impliquerait de sortir du lit, de prendre une douche et de s'habiller et ensuite tu serais obligé d'aller t'asseoir parmi les Gryffondor avec la Belette.

– Eh bien…

Harry changea de position, posa un bras en travers de l'estomac de Draco et caressa l'os saillant de sa hanche.

– Tu peux venir t'asseoir avec les Gryffondor, avec nous.

– Je préférerais m'étouffer avec mon propre vomi.

Draco sourit, il n'avait toujours pas ouvert ses yeux mais il emmêlait ses doigts d'un air endormi dans les cheveux en bataille de Harry.

C'était le premier matin où ils n'avaient pas besoin de sortir du lit. Harry n'avait pas besoin de repartir en courant dans sa chambre avant l'aube. Il n'y avait ni cours, ni retenues et grâce à la cape d'Invisibilité, Harry pouvait sortir et aller dans la salle commune bondée à n'importe quel moment, personne n'en saurait rien. Ils pouvaient rester au lit toute la journée, soigneusement enveloppés dans cette chaleur partagée et ils en étaient tous les deux extrêmement heureux.

Sauf que Harry avait promis à Hermione qu'il irait à Pré–au–Lard avec elle cet après–midi pour faire des achats de Noël. Bien qu'il détestât l'admettre, il espérait que Ron ne soit pas dans les parages afin que Draco puisse venir avec eux. Il en ressentait une pointe de culpabilité mais, entouré du corps de Draco, elle ne dura pas longtemps.

Ron croyait toujours que Harry avait une petite amie secrète et, bien qu'il avait paru un peu contrarié que Harry refuse de lui donner son nom, il n'avait pas insisté. De toute façon, il semblait préoccupé en ce moment. Il avait parlé à Harry du fait de rentrer seul chez lui pour Noël et Harry avait été incroyablement compréhensif, Ron lui en était reconnaissant mais Harry se sentait coupable. Depuis lors, Harry avait senti une distance grandir entre eux et il n'était pas certain de savoir, de Ron ou lui, qui l'avait créée. Leurs conversations semblaient maintenant consister en un humour superficiel. Ron plaisantait sur le véritable jardin de boutons de roses que Harry avait sur le contrat, sans aucune rose en fleur Harry taquinait Ron sur son apparente incapacité à exécuter une feinte de Wronski parfaite, en dépit du fait que Viktor Krum faisait partie maintenant du personnel pour lui donner des instructions. Entre–temps, Ron vivait dans la peur qu'Angelina raconte à George ce qu'ils avaient fait et Harry se demandait si le sperme avait une quelconque valeur nutritionnelle, parce qu'il semblait en avoir avalé beaucoup ces derniers jours – et il avait été incapable de s'arrêter de sourire depuis mercredi.

Harry resta immobile pendant un moment, il écoutait les battements de cœur et la respiration de son aimé en même temps que la lente montée et descente de sa poitrine. Il savait que Draco était en train de sombrer à nouveau dans le sommeil et une part irrationnelle de son esprit ne voulait pas que cela se produise. Il était couché dans un lit un samedi matin avec le premier – et il l'espérait, le dernier – amour de sa vie et la dernière chose qu'il voulait faire était de dormir. Il se sentait plus vivant que jamais, il voulait rire et baiser. Par l'enfer, il voulait parler, déverrouiller les secrets de l'esprit de Draco, discuter de bêtises, parler de n'importe quoi.

– Draco ?

– Mmm ?

– Si tu avais un million de Gallions, qu'est–ce que tu en ferais ?

– Je l'ajouterai à la pile.

Harry rit silencieusement.

– Donc tu as déjà un million de Gallions ?

– On peut dire que j'en ai pas mal.

– Pas mal de Gallions ou pas mal de millions de Gallions ?

– Pas mal de millions de Gallions.

Draco bailla et s'étira, réalisant qu'il n'allait pas se rendormir tout de suite.

– Qu'est–ce que tu ferais si tu étais vraiment pauvre ?

– Je ne suis pas vraiment pauvre.

– Mais si tu l'étais ?

Draco rit et soupira.

– Je vivrais à tes crochets, bien sûr.

Harry fit un large sourire.

– Qu'est–ce qui te fais penser que j'ai de l'argent ?

– Rien. Je pense que tu devrais travailler pour m'entretenir afin que je continue à vivre comme j'y suis habitué.

Il caressa les cheveux de Harry.

– Donc, tu es vraiment pauvre, alors ? demanda–t–il avec plus qu'un peu d'intérêt.

– Tu me détesterais si je l'étais ?

Draco y réfléchit.

– Non, répondit–il après un moment. J'aime simplement savoir quelles sont les personnes à ma charge.

Harry se mit à rire fort maintenant.

– Les personnes à ta charge ?

Il embrassa la douce chair de la poitrine de Draco et donna un petit coup de langue sur un mamelon rose. Draco ouvrit finalement ses yeux et dévisagea Harry, ce dernier était en train de le regarder intensément.

– Je ne suis pas vraiment pauvre, dit Harry tranquillement.

– Tu es riche ?

– Disons juste que je suis bien à l'aise.

– Mince alors, en voilà un gentleman. Tu devrais commencer à t'habiller convenablement puisque tu es bien à l'aise.

Draco bailla à nouveau.

– Alors, tu as hérité de ta fortune ?

Harry se poussa vers le haut du lit, trouva la bouche de Draco et l'embrassa profondément. Il aimait ça, il aimait le fait qu'il pouvait simplement embrasser Draco et ne pas avoir peur d'être repoussé. Il aimait le fait que sa langue trouve automatiquement un passage dans sa bouche et que les mains de Draco caressent doucement le haut de ses cuisses, ses fesses et fassent tout le chemin jusqu'en haut de son dos en de longues caresses langoureuses.

– J'ai hérité de l'argent de mes parents, précisa Harry. Et quand mon parrain est mort, il m'a laissé sa maison à Londres et son coffre à Gringotts.

C'était une conversation bizarre. Pendant un moment, Harry eut l'impression d'être en train de se faire valoir, étalant sa richesse, démontrant qu'il n'avait pas besoin de Draco et des millions des Malfoy pour prendre soin de lui. Peut–être pour prouver qu'il pouvait prendre soin de Draco, si un jour, il le devait. C'était discutable. Draco Malfoy ne manquerait jamais de Mornilles, jamais.

– On m'a dit que ton parrain était Sirius Black.

– Ouais, c'était lui.

– Je crois que c'était un cousin de ma mère. Je me souviens que Tante Bellatrix avait dit quelque chose à ce sujet.

Harry se tendit. Tante Bellatrix avait tué son cousin et avait ri comme une Banshee hurlante quand elle l'avait fait. Draco sentit Harry se raidir et soupira. Il se sentait désemparé.

– Je suis désolé, dit calmement Draco. J'essaierai de ne pas mentionner un quelconque membre de ma famille pendant que nous sommes au lit.

– Ce n'est pas ça.

Harry ferma les yeux et fronça les sourcils, comme s'il essayait d'éliminer un souvenir de sa tête.

– Bellatrix Lestrange…

– … a tué Sirius Black, acheva Draco.

Ça ne se présentait pas bien. Draco leva les yeux au plafond.

– Je sais, je me rappelle plutôt bien de cet été.

– Comment tu sais qu'elle l'a tué ? Qui te l'a dit ?

Draco ferma les yeux et souhaita ne pas les avoir ouverts. Cela allait vraiment mal finir. Il se demanda pendant un instant pourquoi tout revenait toujours à ce merdier et il jugea que la réponse était facile ; la différence entre eux était trop grande, le conflit était trop vieux et trop profond. Il savait qu'il n'était pas nécessaire de mentir à Harry et il ne voulait pas mentir.

– Elle me l'a dit.

– Bellatrix Lestrange t'a dit qu'elle avait tué Sirius ?

– Eh bien, elle l'a dit à ma mère et j'étais présent.

Harry s'éloigna de Draco et s'allongea sur le dos à côté de lui, regardant fixement le plafond, clignant des paupières.

Draco se redressa, autant pour la grasse matinée du samedi matin, il était complètement éveillé à présent, sa gueule de bois causée par du vin de qualité inférieure était en train de lui donner mal à la tête et il n'était pas d'humeur à avoir cette conversation maintenant.

– Écoute, peut–être que tu devrais t'en aller, nous pouvons parler de ça plus tard.

– Tu veux que je parte ?

Harry avait l'air incrédule et Draco regretta instantanément d'avoir suggéré ça.

Il aurait dû dire non, qu'il voulait que Harry reste, au lieu de cela il s'entendit dire :

– Je ne veux simplement pas passer la prochaine heure à essayer de soit justifier les choix de ma famille, soit de mentir carrément et dire : « Oh, oui, Harry, c'étaient de sales types et ils méritaient tous de mourir d'une mort lente et douloureuse ». Tu savais qui j'étais quand tu es venu dans mon lit, alors cesse d'afficher cet air si choqué et blessé sur ton visage. Je suis fatigué, j'ai mal à la tête et je veux juste dormir un peu. Alors, tais–toi, bordel, ou pars.

Harry s'assit et balança ses jambes en dehors du lit.

Merde.

Draco appuya ses doigts sur ses yeux pendant une seconde puis cogna ses poings sur le lit. Harry était en train de ramasser ses vêtements du sol et Draco ne put s'empêcher de se repaître de cette vision. Pendant un instant, il observa la façon dont les muscles bougeaient dans ses bras et ses jambes, la façon dont sa colonne vertébrale ondulait avec chaque mouvement. Puis, silencieusement, Draco sortit du lit, se dirigea vers lui et l'enlaça par derrière.

– Ne t'en va pas, murmura–t–il.

– Tu m'as dit de partir, contra Harry, en colère.

– Reviens te coucher.

– Tu m'as dit de me taire ou de partir.

– Tu peux parler autant que tu veux.

Il embrassa l'épaule parfaite de Harry.

– Reviens au lit.

Harry ne pouvait pas réellement se concentrer quand Draco faisait ça. Il pouvait sentir son corps pressé contre le sien, ses paumes à plat contre sa poitrine et son ventre.

– Est–ce que tu l'aimais bien ? demanda doucement Harry.

Il essayait d'ignorer le fait que son pénis était maintenant dur et suppliait pour une attention que Draco serait sans aucun doute heureux de lui donner – si seulement ils abandonnaient leur actuel sujet de conversation.

– Qui ?

– Bellatrix Lestrange.

Oh, bon dieu.

– C'est important ?

Draco sentait que son irritation remontait d'un cran. Il laissa tomber ses bras et trouva son peignoir.

– Oui, c'est important.

Harry commença à enfiler ses robes.

– Ce n'était qu'une putain de garce diabolique, elle l'a tué et elle a ri quand elle l'a fait et quand j'ai essayé de la blesser, elle…

Il s'interrompit. Il avait crié : « Doloris » contre elle, l'avait même fait tomber mais elle s'était relevée et lui avait enseigné une leçon précieuse. La colère justifiée n'était pas suffisante, on devait vouloir faire mal à quelqu'un, on devait prendre plaisir à blesser les gens, c'était la nature même des Impardonnables.

Draco observa la guerre des émotions dans les yeux de Harry. Puis il enveloppa sa robe fermement autour de lui et s'assit sur le bord du lit.

– Je ne la connaissais pas vraiment, expliqua–t–il, résigné au fait qu'ils allaient mettre les choses au point. Elle était à Azkaban pendant la plus grande partie de ma vie et quand je l'ai rencontrée, cet été–là, mon père y était et je ne pensais pas à toi de façon aussi agréable.

Il pinça l'arête de son nez.

– D'après ce que je sais d'elle, elle était la petite sœur de ma mère, mon père aurait pu l'épouser mais il a choisi ma mère à la place. Je crois qu'ils avaient une sorte de liaison mais je n'en suis pas sûr. Elle l'a aidé à s'évader d'Azkaban mais je ne pense pas qu'il l'aimait beaucoup. Elle était plus haut placé auprès du Seigneur des Ténèbres que lui et ça le faisait chier. Elle avait un rire aigu vraiment atroce et elle criait beaucoup au lieu de parler. Quant à savoir si je l'aimais bien ou pas, je ne sais pas, je ne la connaissais pas assez bien pour me former une opinion.

Il regarda Harry dans les yeux.

– Je sais que ce n'est pas la réponse que tu voulais entendre, mais c'est la seule que j'ai.

Harry se tourna soudain vers lui, le surprenant avec sa subite véhémence.

– Je ne te comprends pas, s'écria Harry. Tu donnes l'impression d'une personne vraiment intelligente et pourtant tu n'arrives pas voir ce qui est absolument évident. Pourquoi tu ne peux pas juste admettre que c'était des personnes mauvaises ? Pourquoi tu ne peux pas juste admettre qu'ils avaient tort ?

– Parce qu'il y a deux côtés à toute bataille, rétorqua vivement Draco, et suggérer que quelqu'un est un criminel simplement parce qu'il n'est pas de ton côté est ridicule.

– Qui tu défends, là ? exigea de savoir Harry. Bellatrix Lestrange ou ton père ?

– Laisse mon père en dehors de ça.

– Je ne peux pas le laisser en dehors de ça, parce que tout revient vers lui, avec toi. Si seulement tu enlevais tes lunettes roses pendant cinq minutes, tu serais capable de le voir pour ce qu'il était !

– Oh, vraiment ? dit Draco d'une voix traînante, et qu'est–ce qu'il était ?

– C'était une saloperie de fils de pute démoniaque qui aimait faire du mal et tuer les gens !

– TOUT COMME TOI ! hurla soudainement Draco. Tu justifies ça en disant que c'étaient les méchants et qu'ils le méritaient mais tu as dû y prendre plaisir aussi ou tu n'aurais pas pu le faire. Je me souviens de toi, je t'ai vu, debout, là, au milieu de ma putain de cour, couvert de sang de la tête aux pieds. Putain, tu souriais comme un dément, alors ne m'accuse jamais de porter des lunettes roses quand tu es aussi aveugle que le reste d'entre nous. Jette juste un coup d'œil à ton ami Maugrey et dis–moi à quel point il est juste et bon et qu'il est…

– QU'EST–CE QUE MAUGREY A À VOIR AVEC ÇA ?

– IL A LARGEMENT À VOIR AVEC ÇA !

– Maugrey n'a pas tué des gens par plaisir, je n'ai pas tué des gens par plaisir. Nous n'avons pas tué de Moldus qui n'avaient aucune chance de se défendre. N'essaie pas d'amener Maugrey quand son seul crime était de s'assurer que les ordures comme Voldemort n'allaient pas gagner et que ses partisans aient bien ce qui leur revenait.

– Donc, torturer des familles de Mangemort est acceptable selon tes standards, hein ? Une condamnation à n'importe quel prix ?

– Mais bordel, de quoi tu parles ? Maugrey n'a pas…

– Dehors, siffla Draco. Fous le camp d'ici.

Il commença à rassembler les vêtements de Harry vers lui en le bousculant rudement vers la porte.

– Retourne vers la Belette et ta petite vie pitoyable et laisse–moi en dehors de ça.

Il poussa Harry dehors dans le couloir et, sans cérémonie, laissa tomber lourdement la cape d'invisibilité sur sa tête avant de lui claquer la porte au nez.

Harry resta debout pendant un moment en regardant fixement la porte et en se faisant une note mentale de ne plus jamais commencer une quelconque conversation qui mènerait à la famille de Draco. Ce qui, bien sûr, rendait impossible toute conversation.

Une chose était vraie, Harry savait qui était Draco quand il est allé dans son lit. Il n'était pas nécessaire d'essayer de rendre Draco Malfoy romantique. Il n'avait jamais été un enfant solitaire et incompris qui avait été battu et brutalisé pour devenir un petit connard désagréable et méchant. Non, Draco Malfoy était le produit d'une ancienne lignée de sorciers pratiquant la magie noire qui l'avait pourri – littéralement. Draco aimait sa famille, il était fier de son héritage il la défendrait jusqu'à la mort.

Même si cet héritage était une famille mauvaise née des ténèbres.

Harry soupira, ajusta la cape d'invisibilité et retourna dans sa propre chambre.

oOo

Le conservateur Semeuse n'avait jamais eu de raison de regretter la position du Musée des Antiquités et Arts Magiques jusqu'au matin qui vit l'ouverture de l'Exposition de Magie Noire et des Mangemorts. De la fenêtre de son bureau, il pouvait regarder la rue en contrebas et le spectacle auquel il assistait le ravissait et le terrifiait à la fois.

Une foule de sorciers et sorcières avait commencé à se rassembler dans la rue et à tourner en rond autour des étalages du marché moldu en s'esclaffant de la bizarrerie des marchandises et en riant carrément à la vue de certaines d'entre elles. La population magique ne comprenait pas du tout pourquoi quelqu'un voudrait acheter une statuette qui ne bougeait pas, un miroir qui ne pouvait pas parler ou une photographie qui ne pouvait pas vous faire un signe en retour. Quelques uns étaient en train d'acheter des articles de football, ils appréciaient énormément les couleurs mais ils n'avaient aucune idée de ce qu'était Manchester United, c'était seulement qu'ils aimaient le rouge. Mais aimer le bleu et le blanc ne justifiait pas l'acquisition d'une écharpe des Queens Park Rangers.

La plupart des Moldus décidèrent qu'une étrange convention avait lieu à Soho ce jour–là et, tant qu'ils faisaient des ventes, ils ne se préoccupaient pas vraiment du bizarre assortiment d'hommes et de femmes habillés dans les plus étranges vêtements qu'ils avaient jamais vus. Certains avaient fait l'essai de s'habiller dans des vêtements moldus mais la plupart ne s'en étaient même pas donné la peine, sachant qu'ils étaient sur le point de se rencontrer en masse, ils refusaient d'être humiliés et avaient revêtu leurs plus belles robes. De sa fenêtre du dessus, Semeuse sourit : ils ne pouvaient vraiment pas s'empêcher de se pavaner quand ils étaient tous ensemble.

Faire entrer tout le monde dans le bâtiment sans être vus allait poser un problème. Les Moldus étaient réputés pour ne pas remarquer ce qui était juste sous leur nez mais voir près d'un millier de personnes disparaître dans un mur pouvait pousser les sonnettes d'alarme à retentir. Comme en réponse à sa question silencieuse, il remarqua une quantité d'agents du Ministère en costumes rayés qui se déplaçaient à travers la foule de temps en temps, ils envoyaient un charme de mémoire sur un Moldu si un sorcier négligent essayait de payer avec un Gallion au lieu d'une livre sterling, ou utilisait un sort pour attirer quelque chose vers lui pour jeter un coup d'œil de plus près.

Semeuse vérifia mentalement que tout était prêt. Lucius avait été lavé, ses cheveux séchés et brossés, il avait été revêtu d'une robe neuve qui était propre, blanche et modeste. Il y avait eu besoin de changer la vitrine à la dernière minute après que Semeuse eut découvert un problème d'humidité. Il semblait que Lucius respirait à un plus haut rythme que les autres et la ventilation était insuffisante. À la consternation du conservateur, les cheveux de son ange avaient réussi à friser de la manière la plus maladroite qui soit à cause de l'humidité et ça n'allait tout simplement pas. Une nouvelle vitrine avait été construite et Lucius y avait été placé seulement le jour d'avant et ce matin, au dernier contrôle, il semblait parfait, comme à son habitude.

Excepté le fait qu'il ne voulait simplement pas se tenir droit, mais il y avait peu que Semeuse puisse faire à ce sujet sans l'attacher avec du fil de fer et il s'y refusait. Non, il serait bien, il aurait l'air beau, splendide, parfait. Il le devait.

Semeuse quitta la fenêtre et se dirigea vers la Salle Sais pour vérifier juste une dernière fois.

Lucius semblait parfait en effet, bien qu'un peu affaissé dans un coin de la vitrine. Ses cheveux étaient plus longs, ils ne paraissaient jamais s'arrêter de pousser ou même ralentir leur croissance. En ce moment, des mèches plus claires que l'or mais moins que l'argent bouclaient et remplissaient le fond de la vitrine. Semeuse savait qu'il devait les couper mais il ne pouvait pas se contraindre à couper quelque chose qui semblait avoir été filé par l'aube.

Il ouvrit la vitrine et tortilla une mèche de cheveux autour de ses doigts. Puis, abandonnant toute conscience de son emploi du temps, il retira Lucius à bras–le–corps de la vitrine, prenant plaisir à son poids, refusant d'utiliser un charme pour le soulever. Le public pouvait attendre il avait besoin de ce moment.

Il coucha l'ange sur le sol et enleva la robe. Elle était de bonne qualité, en coton égyptien et il ne voulait pas la salir maintenant. S'asseyant en arrière, il embrassa le spectacle du corps nu et presque douloureusement mince, les longs cheveux étalés autour de sa tête comme une couronne, ses yeux clairs regardaient fixement Semeuse en retour, sans ciller. Il aurait pu être mort. Sauf qu'il ne l'était pas. Il était très vivant.

– Nous nous sommes rencontrés auparavant, lui raconta Semeuse en souriant. Je ne m'en étais pas souvenu avant, c'était il y a longtemps. Ton père t'avait amené ici, il allait donner de l'argent au musée et tu étais en train de jouer avec les faisceaux sacrés dans la Salle Eretria, tu te rappelles ? Tu as en brisé un, j'étais si en colère que j'ai demandé que ton père le remplace et il t'a tout de suite frappé. Tu te souviens de ça, Lucius ? Tu étais un très vilain petit garçon.

Il traça la ligne de la joue de son ange et poussa son pouce entre les lèvres pâles pour caresser la douce langue rose à l'intérieur.

Une petite partie de lui désirait ardemment un lit mais il y aurait du temps pour ça plus tard. Quand tout le monde sera rentré chez lui, il emmènerait Lucius dans son lit mais pour l'instant, le sol devrait suffire.

Il poussa les jambes de Lucius en arrière contre sa poitrine pâle, il ne prit pas la peine de le préparer, il n'avait simplement pas le temps et il aimait la friction contre son sexe. Semeuse se positionna contre son orifice et poussa ses hanches en avant. Il sentit le fort anneau de muscles se serrer autour de la tête de son pénis et il attendit impatiemment que les muscles s'habituent à la sensation et se relaxent, lui permettant de pousser plus profondément dans son corps.

La sensation des muscles internes de Lucius se crispant et la chaleur autour de son pénis était magnifique, comme ça l'était toujours. Il s'abandonna dans un accouplement bestial, sachant qu'il n'avait pas le temps de véritablement savourer la sensation de son amant, il devait le surmonter, il y aurait du temps plus tard pour la douceur. Puis vint la première coulée de sang et il se maudit en silence. Lucius saignait toujours, il était sujet à ça et, avec le sang, venait un autre sentiment familier, celui qui faisait que le saignement en valait la peine.

La sensation et le sentiment bizarre de mains en train de le repousser, légères et sans force, comme des souffles d'air. Il pouvait les sentir, poussant désespérément son corps, essayant de le repousser. Il en avait fait l'expérience auparavant et était venu à la conclusion que c'était une sorte de magie résiduelle qui sortait de l'intérieur de Lucius, une simple défense qui ne gagnerait jamais mais qui essayait toujours de le faire. Cela ne surprenait pas Semeuse. Lucius avait été un sorcier puissant et c'était logique qu'une espèce de magie primitive et instinctive puisse rester dans son corps. La résistance aussi était tout à fait délicieuse. Pas assez efficace pour l'arrêter mais à la place, le sentiment était presque érotique, comme si Lucius était un participant actif bien que non consentant. Cette impression accéléra son orgasme il jouit profondément à l'intérieur de Lucius et tomba sur le corps chaud, se délectant de la sensation de ces doigts légers comme des plumes toujours en train d'essayer de le repousser.

Il lança sur son ange et lui-même un charme rapide de nettoyage et espéra que Lucius ne saignerait pas beaucoup. Il remit rapidement la robe sur sa tête et le replaça dans la vitrine. Semeuse l'appuya dans l'angle et descendit la robe sur ses jambes. Il n'avait aucune envie de montrer au public plus qu'il n'était absolument nécessaire certaines choses n'étaient là que pour son bon plaisir à lui et à lui seul. Il se mit ensuite à arranger les longues mèches de cheveux qui étaient maintenant ébouriffés et résolument érotiques. C'était tentant de le laisser de la sorte mais il savait qu'il ne pouvait pas. Il les brossa, comme un rideau de lumière et ferma la porte de la vitrine, enfermant Lucius à l'intérieur, en dehors du monde.

L'Exposition de Magie Noire et des Mangemorts était prête à ouvrir ses portes.

– Professeur Snape, vous ne pouvez pas emmener ces livres hors de la bibliothèque.

Snape fusilla Madame Pince [1] du regard et continua son chemin vers la porte.

– Professeur, je devrai en aviser Dumbledore si vous ne respectez pas mon autorité dans la bibliothèque.

Il se tourna, la brassée de livres qu'il portait devenait remarquablement lourde et il voulait vraiment les descendre dans les cachots.

– Madame Pince, je crois que vous devriez passer plus de temps à vous assurer que les élèves se comportent bien et moins de temps à fourrer votre nez dans mes affaires. Le professeur Dumbledore ne verra aucune objection à ce que sorte ces livres de la bibliothèque et je les rendrai promptement.

Il la dépassa, la laissant là, indignée.

Assez bizarrement, Pince était une des rares personnes de Poudlard qu'il pouvait tolérer avec sérénité mais aujourd'hui il ne pouvait simplement pas s'ennuyer avec les subtilités. Il était rentré plus tôt pour s'assurer d'avoir tous les livres sur la Magie Angélique que la bibliothèque avait à offrir avant que des élèves je–sais–tout comme Granger prennent ça sur eux et décident qu'ils voulaient apprendre les complexités de cet art. Madame Pince était sans aucun doute plus concernée qu'il ait sorti la moitié des livres de la Réserve et qu'en ce moment même, ils faisaient route vers le bas des escaliers, en direction des cachots. Il misait sur le fait qu'elle ne le mentionnerait pas à Dumbledore parce que si elle le faisait, il serait forcé de s'expliquer et que dirait–il, alors ?

– Oh, désolé, Albus. Vous voyez, quand j'étais au musée, j'ai eu cette bizarre sensation que Lucius n'était pas tout à fait détruit et, quand j'ai examiné ses effets personnels, toutes les indications semblaient montrer qu'il avait conjuré un ange et volé ses ailes afin de faire une potion pour sauver son âme.

Ça avait l'air stupide même à ses oreilles. Il doutait aussi que Dumbledore l'autoriserait à faire quelque chose à ce propos. Bien qu'Albus fut révolté par le châtiment, il n'était pas sur le point de permettre à quiconque d'essayer de libérer Lucius Malfoy et Snape n'était pas sur le point d'être celui qui serait responsable de sa délivrance.

S'il pouvait être libéré.

Si Snape n'était pas en train de devenir fou et d'imaginer tout ça.

Le seul avantage qu'il avait tiré d'avoir à se concentrer sur ça était qu'il était parvenu à chasser hors de son esprit toutes pensées concernant la plutôt délectable Miss Granger pendant quelques jours. Maintenant qu'il était de retour, c'était plus dur. Il pouvait déceler son parfum dans son bureau et décida qu'il était temps que les elfes de maison désinfectent l'endroit.

Il appréhendait l'arrivée du lundi. Il se disait qu'il pouvait l'éviter tout le week–end mais lundi, il allait devoir donner un cours où elle serait présente et toutes ses tentatives pour éloigner ses mains d'elle avaient, jusqu'ici, échouées lamentablement. Bien sûr, il avait maintenant d'autres préoccupations et, en vérité, c'était une bonne chose. Elle était très jeune et la jeunesse avait de merveilleux pouvoirs de récupération. Pour autant qu'il sache, elle pouvait avoir un nouveau béguin auquel se consacrer. Seul l'âge rendait le cœur plus aimant avec l'absence.

Bon, ce n'était pas entièrement vrai, il s'était consumé pour une personne pendant des années du temps de sa jeunesse mais il n'avait pas été un enfant ordinaire.

Elle non plus.

Oui, mais il avait complètement déconné.

Point.

Il quitta la bibliothèque et se dirigea en bas des escaliers, vers ses quartiers privés. Ce n'était pas un sujet à étudier dans son bureau et elle pouvait venir à son bureau. Il ne voulait pas qu'elle sache qu'il était de retour. Bien sûr, si ça avait été vrai, il se ne serait pas allé à la Bibliothèque en premier, c'était l'endroit qu'elle considérait comme une seconde maison et il le savait. Il aurait également pris les escaliers de derrière au lieu des escaliers principaux que tous les élèves utilisaient.

Ceux–ci sont plus directs.

Menteur.

Cela n'avait pas d'importance de toute façon. Elle n'était pas là. Il ignora le sentiment qui ressemblait beaucoup à de la déception et continua. Il avait des tracas plus importants dans l'immédiat.

oOo

Remus Lupin avait pris la résolution de ne pas aller à l'Exposition des Mangemorts. Il avait passé des mois à la condamner. Il avait activement fait campagne pour la faire abandonner – en tant que loup–garou, c'était dur pour lui d'être pris au sérieux par le Ministère mais il avait néanmoins fait campagne. Il avait clamé que ces gens avaient des familles qui devaient encore être considérées, ils ne voulaient pas que leurs parents soient trimballés dans tout le pays pour se faire examiner et interpeller par la foule. Ça avait été tout à fait inutile. L'Exposition ouvrit et, pour une quelconque raison – mais il serait toujours capable d'attribuer ça à une curiosité morbide – Remus se retrouva à payer cinq Gallions pour y entrer.

Il devait reconnaître que les accessoires de Magie Noire étaient fascinants, bien qu'il se demandât d'où ils venaient et si tout ça était bien légal. Il détesterait qu'une telle collection tombe dans de mauvaises mains. Il remarqua aussi que les vitrines étaient très fortement protégées, les gens pouvaient regarder mais ils ne pouvaient certainement pas toucher. Les Aurors, éparpillés autour de l'entrée de la Salle des Mangemorts, observaient tout le monde avec suspicion. Ils n'avaient pas besoin d'être inquiets, la majorité des gens qui sortaient de la sombre salle d'exposition paraissaient pâles et déconcertés. Remus avait même entendu un couple de personnes exprimer leur sentiment « On se sent presque désolé pour eux ». C'était quelque chose qu'il n'avait jamais imaginé s'entendre dire à propos d'un Mangemort.

Il s'approcha lentement de l'encadrement de la porte, s'arrêtant tout près, avant d'abandonner toute prétention et de s'engouffrer dans l'obscurité. Il le regretta sur le champ. Son premier instinct fut de se tourner et de prendre la fuite mais il ne le fit pas. Il ne savait pas à quoi s'attendre, peut–être à quelque chose comme des personnages de cire de musée moldu ou une maison des horreurs mais ce n'était en rien semblable avec quelque chose qu'il avait déjà vu ou entendu. La pièce sombre comptait douze vitrines de verre sur des socles noirs. Chaque vitrine était remplie d'une lumière blanche qui donnait l'impression que la vitrine et son contenu étaient suspendus dans l'espace. Malgré ses efforts, les yeux de Remus ne s'adaptaient pas à l'obscurité et la seule manière pour lui de voir les visages distincts de la foule était lorsque les gens se massaient autour de la lumière projetée à l'intérieur des vitrines.

Les Mangemorts, pour une raison ou pour une autre, paraissaient raides. Ils se tenaient dans leurs vitrines comme s'ils étaient pétrifiés. Lorsque Remus s'approcha pour regarder de plus près dans leurs yeux vides, il réalisa qu'ils étaient attachés avec du fil de fer, de la même façon qu'un Moldu attacherait une fleur. Le fil métallique était passé à travers les membres et il pouvait voir des trous nets percés dans la chair des poignets et à toutes les articulations visibles. Les fils de fer fins tenaient les mains aux genoux, les dos droits et les visages en avant.

Il se demanda s'ils pouvaient sentir la douleur, il espérait que non.

– Mon dieu, c'est horrible, s'exclama une voix choquée, à côté de lui.

Il opina de la tête sans rien dire à la personne auprès de lui.

– Mais je suppose qu'ils le méritent, déclara la voix de façon indécise.

Il acquiesça de nouveau, peut–être que oui. Mais il ne pouvait vraiment pas se forcer à le dire. En faisant ça, le Ministère se montrait aussi mauvais que les Mangemorts et il était simplement aussi coupable d'avoir payé pour les regarder stupidement.

– Professeur Lupin ?

Ça faisait longtemps que personne ne l'avait pas appelé comme ça. Il regarda plus attentivement l'homme à côté de lui et, dans la faible lueur de la vitrine, il discerna Ron Weasley.

– Bonjour Ron, dit–il doucement.

– J'aurais pas cru que vous viendriez, dit Ron en regardant fixement la vitrine.

– Moi non plus. Je ne pensais pas que quelqu'un de ta famille viendrait.

– Eh bien, je suis venu seulement pour voir Malfoy mais la foule autour de lui est trop dense. Je suis juste en train de tuer le temps jusqu'à ce que je puisse le voir correctement.

Remus fronça les sourcils.

– Pourquoi tu ferais tout le chemin de l'école juste pour voir Lucius Malfoy ? demanda–t–il, un peu confus.

Il savait à quel point les Weasley haïssaient le clan entier des Malfoy mais Arthur et Molly étaient contre cette exposition aussi. Cela semblait bizarre que Ron soit là.

– Je veux juste le voir. Après ce qu'il a fait à Charlie, je veux juste m'assurer qu'il a ce qu'il mérite.

– Ils n'ont jamais prouvé que c'était lui, tempéra doucement Remus.

Non pas que ce fut important, Ron croyait que c'était Malfoy qui avait tué son frère à partir du moment où c'est arrivé. Le Mangemort qui l'avait tué portait un masque et une cagoule mais il courait comme Malfoy et il portait un sombre gourdin noir, tout comme celui de Malfoy.

– C'était lui, affirma Ron amèrement.

La foule autour de la vitrine de Malfoy était en train de se disperser et ils saisirent l'occasion pour y aller avant que d'autres en aient la chance.

Lucius Malfoy n'était pas attaché avec du fil de fer comme les autres et quelque part, ça le rendait pire. Les autres n'avaient pas l'air tout à fait humains ou vivants ils étaient beaucoup trop rigides, comme des poupées rangées dans des boîtes. Malfoy, par contre, était affaissé dans l'angle de la vitrine, ses genoux dressés et la robe blanche qu'il portait le recouvrait entièrement. Ses cheveux étaient si incroyablement longs qu'ils traînaient sur le sol de la vitrine. Son visage était pâle et semblait décharné. Ses yeux cernés de rouge paraissaient hantés, comme s'il avait pleuré récemment et ils ne ressemblaient pas aux choses mortes des autres exposés, ils étaient clairs et un peu vitreux, comme s'il pouvait pleurer. Il donnait l'impression de se blottir dans le coin de la vitrine, bien que ce fut impossible pour lui de le faire. Non, le conservateur l'avait mis là–dedans comme ça, afin que pour tout le monde, il ressemble à une sorte d'innocent céleste, quelqu'un qui ne devait pas être ici. Il avait l'air incroyablement jeune en dépit de ses quarante–cinq ans.

– Comment il peut ressembler à ça ? demanda Ron après un moment. Comment il peut donner l'impression que c'est lui qui a subi tous les crimes du monde ? C'est le pire de tout ce putain de groupe et il ressemble à ça.

Remus n'avait pas de réponse. Il avait vu Lucius Malfoy en d'innombrables occasions et tandis que personne ne contesterait jamais qu'il était bel homme, il n'avait jamais ressemblé à ça. Même avec un mince filet de bave qui s'échappait de sa bouche et qui glissait le long de son menton comme maintenant, il avait l'air encore innocent, peut–être même plus ainsi. Était–il possible qu'une fois le sourire de mépris et le comportement aristocrate enlevés, il pouvait ressembler à ça ? Sûrement. Ça ne semblait pas juste.

– Il ne ressemblait pas à ça, avant, insista Ron.

Mais il s'interrompit et pensa à Draco. La Fouine. Il y avait des moments, quand personne ne le regardait, quand il était en train de lire, qu'il était tranquille ou encore lorsqu'il s'assoupissait dans un fauteuil, il y avait des moments où il semblait aussi jeune et aussi innocent.

– Il ne ressemblait pas à ça, au combat, répéta faiblement Ron.

– Je sais, mais tout le monde a l'air redoutable au combat.

Ils entendirent la venue du conservateur et se poussèrent sur le côté, tandis qu'il vérifiait que tout allait bien avec la vitrine, que personne n'avait essayé de nuire à son ange de quelque façon que ce soit. Ron et Remus l'observaient vaquer à ses tâches et quand il eut fini, il leur sourit aimablement.

– J'espère que vous aimez l'exposition, dit–il de manière affable.

– Je ne crois pas que aimer soit le mot, répondit Remus, mais c'était… intéressant.

Semeuse s'éclaircit la gorge mais ne dit rien.

– Nous étions juste en train de dire que Malfoy avait l'air très…

Remus chercha le terme exact.

– Heu… bien.

– Ah, oui, une beauté rare, ronronna le conservateur.

Remus et Ron le dévisagèrent, le conservateur regardait l'homme dans la boîte en verre avec une expression d'indéniable affection qui fit frissonner Remus. Ils se demandaient pour quelle raison quelqu'un aurait un tel sentiment au sujet de Lucius Malfoy.

– Vous le connaissiez ?

– On peut dire ça, répliqua Ron. J'ai essayé de le tuer une fois mais ce salaud ne voulait pas mourir.

La main du conservateur s'arrondit en un poing dans ses robes.

– Eh bien, je suis content que vous ne l'ayez pas fait, il est le joyau de l'exposition, unique en son genre.

Ron grogna bruyamment. Manifestement, tout n'était pas en ordre dans la tête du conservateur.

– Sûrement pas unique en son genre, pas tant qu'il y a la Fouine qui gambade en liberté.

Le rouquin rendait le conservateur perplexe, il fronça les sourcils.

– Une fouine ? demanda–t–il, incertain de vouloir entendre la réponse.

– Il veut dire Draco, répondit Remus, en poussant Ron du coude. Draco Malfoy est le fils de Lucius Malfoy.

Semeuse sourit, les lèvres closes, le fils. Ce fichu fils qui n'était qu'un garçon pénible qui ne lui vendrait probablement pas l'ange.

– Ah oui, le garçon à Poudlard. Vous le connaissez alors ?

– Ouais, un putain de petit branleur.

– Ron !

Remus sourit.

– Oui, nous le connaissons. Je lui ai enseigné les cours de Défense lors de sa troisième année. C'était il y a un bon moment maintenant.

Semeuse fronça les sourcils à nouveau. Un bon moment ? Mais le garçon n'était qu'un enfant cela ne pouvait pas être si vieux.

– J'ai cru comprendre que le fils de Mr Malfoy était un enfant à l'école.

– Un enfant ! ricana méchamment Ron. Il a le même âge que moi. En fait, je crois même qu'il est plus âgé de quelques mois.

Semeuse sentit ses yeux s'élargir. Ce n'était pas un enfant. C'était un homme. Il sentit sa bouche commencer à saliver d'anticipation le fils de l'ange était un homme.

– Dites–moi, est–ce qu'ils se ressemblent un tant soit peu ?

– Portrait craché, indiqua Remus.

– Il a pris tous les putain de traits de la famille, renchérit Ron.

Un fils, un homme et il lui ressemblait exactement. Une descendance directe. Une ancienne lignée avec ça. Deux d'une même espèce. L'esprit du collectionneur macabre du conservateur commença à tournoyer. Une paire assortie.

Et il était à Poudlard.

A suivre…

NdT :

[1] Tout comme JKR, l'auteure distingue les femmes qui ont une certaine fonction ou qualité en les désignant comme Madam plutôt que Mrs. Nous avons suivi le choix d'Azrael Geffen en les traduisant selon le texte original.

Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.

Bisous.

Falyla