Titre : Objects of Desire
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Auteure : Azrael Geffen
Traductrice : falyla
Correcteurs : falyla/Florent
Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape
Rating : M/NC-17
Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)
Etat de la traduction : terminée
Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.
Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.
Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.
Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.
Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.
Note de la traductrice : Merci beaucoup pour vos commentaires, j'apprécie vraiment.
Bonne lecture.
Objects of Desire
Chapitre 10 (3ème partie)
Voici Noël
– Draco ? Hermione va bien.
Harry s'interrompit, la pièce était vide.
– Draco ?
De l'air froid s'engouffrait dans la pièce par la porte du placard resté grand ouvert, Harry s'avança pour la fermer mais il découvrit qu'il menait à une tout autre chambre.
– Draco ?
Il se risqua dans l'autre pièce. Une chambre à coucher. Aussi vaste et magnifique que la chambre de Draco. Les meubles de cette chambre étaient plus anciens et plus massifs. L'ameublement était constitué d'un bois sombre et le lit était énorme.
Draco y était allongé, endormi.
Harry examina la chambre. Un grand portrait de Narcissa Malfoy était suspendu au mur, un autre de Draco et Lucius lui faisait face. La paroi de bois gémissait sous le poids des centaines de photographies, toutes encadrées et disposées en désordre sur chaque surface disponible. Plus haut, sur le côté de la porte, Harry remarqua une toise de croissance, chaque point était soigneusement gravé avec un nom, une date et un âge. Draco à un an, deux ans et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il atteigne ses dix–sept ans et soit aussi grand que Harry.
C'était la chambre à coucher de Lucius Malfoy. Harry frissonna. Prudemment, comme s'il s'attendait à ce que Lucius apparaisse à un moment ou un autre, Harry traversa la pièce jusqu'au lit et s'assit sur le bord pour dévisager Draco. Il sentit une vague de culpabilité. Il avait demandé avec malveillance si Draco pensait à autre chose qu'au sexe et, bien sûr, ce n'était pas le cas. Il pensait aux mêmes choses que Harry. Harry n'avait jamais connu sa famille et il en désirait une ardemment. La famille de Draco lui avait été arrachée et elle lui manquait désespérément.
Il caressa la joue de Draco, repoussant les mèches soyeuses en arrière pour les glisser derrière son oreille. Les yeux de Draco papillonnèrent et il ouvrit de lourdes paupières. Il roula sur le dos, alarmé, et leva les yeux vers Harry, sans comprendre pendant un bref instant puis il se détendit.
– Comment va Hermione ? demanda–t–il à voix basse.
– Elle va bien, sourit Harry. Et toi ?
– Bien, répondit–il en se forçant à sourire en retour. Pourquoi ça n'irait pas ?
– Pour rien.
Harry l'attira vers lui.
– Tu veux revenir dans notre chambre ?
Draco le serra dans ses bras. Il ne voulait pas quitter cet endroit mais il ne voulait pas être seul et faire l'amour à Harry dans ce lit était évidemment hors de question. Il descendit du lit et, prenant la main de Harry dans la sienne, ils sortirent en fermant la porte derrière eux.
D'un délicat mouvement, Harry attrapa Draco et le plaqua contre la porte fermée. Sa poitrine nue se pressa contre celle de Draco, le doux tissu du T–shirt de Draco l'exaspérait. Il glissa ses mains sous le pull et les remonta sur ses côtes, en effleurant ses mamelons de ses pouces. Il releva le vêtement plus haut encore et mordit doucement les minuscules boutons roses.
C'était bon. Harry n'était jamais agressif, c'était génial ! Draco en fut instantanément excité. Les lèvres de Harry effleurèrent les siennes.
– Tu as envie de moi ?
– Oui.
La bouche de Harry couvrit celle de Draco, chaude et généreuse. Harry avait un goût de salive et de dentifrice. Il s'était lavé les dents. Draco ne pouvait que se demander comment sentait sa propre bouche. Haleine matinale mais Harry semblait s'en ficher. Sa langue lécha et chercha jusqu'à ce qu'il trouve celle de Draco et taquine sa bouche. Ils s'embrassèrent avec un abandon désordonné, leurs bouches étaient humides de salive qui coulait sur leurs mentons, leurs mains plongeaient mutuellement dans les cheveux. Ils ne s'étaient pas rasés et leurs barbes naissantes frottaient le visage de l'autre, provoquant des rougeurs. Mais peu importait. Rien n'importait.
Draco sentit les hanches de Harry tourner contre ses cuisses et son sexe dur se pressa contre le muscle. Il bougea ses jambes et fléchit légèrement les genoux, juste assez pour en enserrer Harry et leurs hanches se trouvèrent au même niveau. Leurs membres tendus se pressèrent durement entre eux, séparés uniquement par le fin pyjama en soie qu'ils portaient tous les deux.
Sans briser leur baiser, Harry tâtonna furieusement et déchira les pantalons en les abaissant afin qu'ils puissent sentir la chaleur de leur peau nue l'une contre l'autre. Draco gémit et se demanda si Harry allait le baiser là ou s'ils devaient envisager un retrait vers le lit.
– Oh, merde, désolée !
Harry leva brusquement la tête et Draco regarda par–dessus son épaule. Hermione se tenait vers la porte, enveloppée d'une longue robe écarlate que Draco avait laissée pour elle dans la salle de bain. Draco pensa une demi seconde lui demander de se joindre à eux mais en y réfléchissant mieux, il renonça après tout, elle avait été traumatisée et Harry lui aurait probablement lancé un coup de genou bien placé s'il l'avait fait. Mais avec Hermione vint la froide réalisation de ce qui était sur le point d'être interrompu et Draco ne voulait vraiment pas que ça s'arrête.
Hermione se serait volontiers giflée. Pourquoi avait–elle sorti un truc aussi stupide ? Pourquoi n'avait–elle pas su se taire et profiter du spectacle ? C'était sans doute la chose la plus érotique qu'elle avait jamais vue et elle avait senti son clitoris s'engorger de sang avec un plaisir coupable. Un sourire traversa son visage.
– Hum… Désolée, je…
Elle rougit. Ils la fixaient et elle permit à son regard de se poser sur les fesses pâles de Harry.
– Continuez seulement, je… je vais m'en aller et… hum…
Bon, que pouvait–elle bien aller faire ? Elle ne connaissait pas du tout la disposition de la maison et bien qu'elle aurait adoré l'explorer, elle ne pensait pas qu'elle devait le faire seule, qui savait quelle sorte de piège était installé pour celui qui ne se doutait de rien ? Brusquement, elle pouffa de rire, sans pouvoir se contrôler. Ils étaient là, tous les deux, à la dévisager comme s'ils avaient été surpris au milieu d'un acte terrible.
– Joli p'tit cul, Harry.
Harry rougit fortement. Il remonta son pantalon et tira gentiment sur celui de Draco pendant qu'il faisait ça. Le visage de Draco se fendit d'un large sourire et il commença à rire.
– Mais c'est vrai, gloussa–t–il. Tu as vraiment un joli petit cul.
oOo
Assis à côté de la fenêtre du petit salon, Ron se dit que le continuel tic–tac de la pendule posée sur le manteau de la cheminée allait finir par le rendre dingue. D'ailleurs, il ignorait totalement la raison qui les avait tous poussés à se lever si fichtrement tôt. À travers le passage voûté, il avait une bonne vue sur les escaliers et il avait passé la dernière heure à attendre que George et Angelina descendent. Comme tout le monde. Depuis l'aube, la maison avait résonné des cris de leur dispute. Même la goule de la famille était partie se réfugier dans le grenier pour rester hors du chemin.
Le regard fixe de Ron passa brusquement du passage voûté au cadeau posé sur ses genoux, revint sur la porte à nouveau, puis se reposa sur le cadeau. La petite étiquette sur le cadeau portait son prénom, il venait de Harry. Sa culpabilité en fut multipliée, parce qu'il n'avait rien acheté pour Harry ou Hermione et pourtant, tous les deux lui avaient envoyé quelque chose. Ça rendait les choses encore pires, tout le reste de la famille était là, dans le salon, à déballer leurs cadeaux en prétendant que tout allait bien. Ginny et Fred parlaient sans discrétion de George et d'Angelina en dépit de leur mère qui leur faisait signe de se taire, tout en s'affairant à distribuer les cadeaux. Ron sentit une goutte de sueur rouler le long de son dos et pria silencieusement tous ses dieux personnels pour ne pas être le sujet de leur dispute. Il ne pouvait qu'espérer qu'Angelina n'avait pas choisi Noël pour tout déballer. Parce que si c'était le cas, ça allait barder.
–À quelle heure on va déjeuner ? demanda Bill, plus par besoin de dire quelque chose qui les distrairaient des hurlements dans l'escalier que par nécessité.
– Sans doute un peu plus tard que d'habitude, répondit Molly en jetant un coup d'œil au plafond. Une chose après l'autre.
On entendit presque grogner le ventre arrondi par la grossesse de Fleur.
Le craquement de l'escalier les avertit que George et Angelina descendaient. Ginny et Fred se turent et tout le monde se plaqua un sourire sur la figure. Le nœud dans l'estomac de Ron se resserra. Son frère et sa belle–sœur apparurent en se tenant la main et en souriant comme si de rien n'était. Ron sentit ses intestins se dénouer un peu. George ne se rua pas sur lui, ne le menaça pas de le frapper jusqu'à ce qu'il soit réduit en bouillie sanglante. Le soulagement le submergea et ses doigts trouvèrent le ruban du présent de Harry.
– Ron ?
Il sursauta et leva la tête vers Angelina.
– Oui ? demanda–t–il d'une voix rauque.
Elle lui tendit un cadeau.
– De la part de George et moi, dit–elle en riant gaiement avant de se pencher pour embrasser sa joue. Joyeux Noël.
Elle plaça un baiser sur sa joue en entrouvrant les lèvres afin de permettre au bout de sa langue de caresser la peau douce. Elle lui pressa doucement la cuisse et tandis qu'elle se reculait, le bout de ses doigts effleura ses testicules puis elle se détourna pour trouver le cadeau de Fred.
Le sexe de Ron durcit un peu et il détourna le regard vers la petite remise du jardin qu'il voyait à travers la fenêtre. La journée allait être longue.
oOo
Le salon des Malfoy avait été décoré aux premières heures du matin par la petite équipe d'elfes qui s'occupaient de la maison. Ils avaient passé sept mois dans une relative béatitude. Sans un Malfoy à la maison, ils étaient libres et pourtant ils prenaient plaisir au confort d'être dans la maison qui les avait vus naître. Les membres du Ministère, qui étaient restés au Manoir jusqu'à récemment, n'avaient posé aucun problème. Les elfes faisaient ce qu'on leur avait enseigné depuis toujours. Ils gardaient le secret sur les choses que leur Maître ne voulait pas qu'on voie et allaient autant que possible jusqu'à sacrifier des objets de valeur pour en sauver d'autres qui avaient plus d'importance à leurs yeux fureteurs. Tous, excepté Non, avaient espéré ne jamais voir le retour d'un Malfoy. Lorsque Maître Draco était arrivé, ils avaient été certains que la terreur dans laquelle ils avaient passé la plus grande partie de leur vie, était de retour.
Mais Maître Draco était différent. Lors de cette visite, il ne s'était pas montré aussi tyrannique, méchant et égoïste que dans leurs souvenirs. Il avait aussi amené avec lui Harry Potter. Et ils savaient tous qui était Harry Potter. Certains le regardaient avec crainte et inquiétude. Est–ce qu'il n'avait pas libéré Dobby ? Que se passerait–il s'il faisait la même chose avec eux ? Qu'est–ce qu'ils deviendraient ? D'autres avaient vu ce nouvel ami comme un signe, peut–être que les temps allaient changer. Il était certain que Maître Draco était toujours brusque, irritable et exigeant avec eux mais il ne leur avait pas encore hurlé dessus. Il n'avait encore balancé aucun d'eux en bas de l'escalier à coups de pieds ; il n'avait exigé aucune punition, pas même lorsque Posie avait renversé le vin sur la chemise de Maître Draco au dîner du soir précédent. Il s'était contenté de gronder entre ses dents et l'avait admirablement supporté. Quelque chose que son père n'était jamais parvenu à faire.
Quand Non annonça que la maison serait décorée pour Noël, ils avaient presque été contrariés à cette idée. Ce n'était pas une requête officielle, en fait aucune requête n'avait été faite concernant Noël. Une véritable mer de cadeaux était arrivée, ils les avaient tous déposés dans le salon et la décoration avait été élaborée à partir de là. Il aurait été terriblement honteux d'avoir autant de cadeaux sans une atmosphère festive. Et ainsi fut fait. Maintenant, le Maître et ses deux amis – une Sang–de–Bourbe, avaient–ils entendu – descendaient les escaliers, la pièce était chaleureuse et scintillait de rouge, d'or et de vert, un énorme sapin de Noël entièrement décorés de babioles chatoyantes et cet océan éclatant enveloppait les présents en dessous.
Harry en fut bouche bée, un regard vers ses compagnons lui prouvèrent qu'ils étaient tout aussi surpris. C'était vraiment incroyable. Dumbledore avait envoyé les cadeaux de Hermione de Poudlard durant la nuit et les cinq paquets avaient été soigneusement placés dans un petit espace sous l'arbre. Draco avait estimé qu'il en aurait trois, un de Harry, un de Snape et probablement un de Hermione. Ce qui signifiait que le reste était à Harry.
Et il y en avait beaucoup. Draco savait qu'il en serait submergé mais pas si submergé. Alors qui avait envoyé tous ces présents ? Des admirateurs ? Des sympathisants ? Draco sentit un tiraillement de jalousie dans le creux de son ventre.
– Waouh, fit Harry.
Il n'avait jamais vu autant de cadeaux au même endroit.
– Ils sont pour qui ?
Draco haussa les épaules.
– Je suppose qu'on a qu'à regarder les étiquettes.
Hermione localisa rapidement ses paquets. Un bracelet d'argent de Lavande, un livre sur les Origines de l'Alchimie de Harry, un châle brodé à la main de la part de Draco et un assortiment de livres et de vêtements de ses parents. Elle découvrit que ses mains tremblaient tandis qu'elle se saisissait du dernier cadeau. Une petite boîte dorée nouée par un ruban bleu. La carte à son nom avait été soigneusement calligraphiée de l'écriture fine et légèrement étroite de Snape. Elle fixa la boîte un long moment avant que Draco ne la pousse à l'ouvrir. Elle leva les yeux pour trouver Harry et Draco qui la regardaient avec impatience, tous deux avaient reconnu l'écriture et voulaient voir ce que l'infâme Maître des Potions considérait comme un cadeau approprié pour Noël.
Elle défit le ruban et ouvrit lentement le couvercle de la boîte. Elle repoussa le papier de soie du dessus et tendit la main pour prendre son contenu. Une petite bouteille ronde avec un bouchon de verre reposait dans le creux de sa paume. Son prénom était gravé dans le verre sur le pourtour de la bouteille et, enroulé autour du goulot de la fiole, il y avait une chaînette ornée d'un pendentif. Elle déroula la chaînette et souleva le bijou. Une petite carte était cachée derrière. Elle l'ouvrit et la lut avec empressement : « LaFée Verte veut ton âme – mais tu es en sécurité avec moi ». Elle rangea précieusement la carte qu'elle voulait garder et leva le pendentif dans la lumière du feu. C'était une fée en vol, elle était faite d'or blanc et d'éblouissantes émeraudes formaient les ailes.
Tu es en sécurité avec moi.
Hermione éclata en sanglots. Ce qui, bien sûr, amena les deux garçons à courir vers elle la réconforter avec des étreintes et des baisers.
– Ça va ?
Hermione renifla en hochant la tête et essaya de sourire à Harry. Elle tenait le pendentif près de son cœur.
– Faut bien l'avouer, il a meilleur goût qu'on aurait pu le penser, dit Draco, en examinant le bijou puis la bouteille de potion. La fée est magnifique mais je crois que tu découvriras que le véritable cadeau, c'est le parfum.
Le parfum ? Elle regarda la fiole de potion.
– S'il t'a fait un parfum, c'est qu'il t'apprécie vraiment. C'est tout à fait révélateur de Snape. Il ne fabrique des parfums que pour les gens qu'il apprécie.
Harry ricana en signe de dérision.
– Quoi ? exigea de savoir Draco, irrité. Il est capable d'aimer certaines personnes, tu sais. Ce n'est pas un monstre.
Harry ne sembla pas convaincu. Snape avait passé des années à le persuader qu'il était à peine moins que ça. Hermione enleva le bouchon de la bouteille et une fragrance de roses fraîchement coupées emplit la pièce. C'était comme s'ils marchaient dans un jardin particulièrement odorant lors d'une journée d'été. L'air sentait l'herbe et quelque chose d'autre, quelque chose de velouté, elle réalisa avec plaisir que c'était de la vanille. Derrière ça, il y avait quelque chose de plus profond, comme un arôme de terre, de bois et d'épices ainsi que l'odeur fraîche de la propre peau de Hermione. Elle comprit soudain ce que Lavande voulait dire quand elle avait affirmé qu'il perdait son temps en tant que Maître de Potions. À ce moment–là, elle s'était moquée de la suggestion mais s'il se mettait à l'élaboration de parfums, il allait faire fortune.
Elle se sentit à nouveau les larmes lui venir aux yeux et se força à les réprimer.
– Quelqu'un voudrait bien ouvrir un cadeau, s'il vous plait, je me sens gênée.
Draco ne se le fit pas dire deux fois. Il commença à avancer péniblement entre les cadeaux à la recherche des siens et découvrit avec stupéfaction qu'une grosse partie du butin était à lui. Hermione lui avait offert un livre sur la Guématrie moderne [1], Snape un livre sur la Mythologie alchimique et une bouteille de parfum – ce qui aida Harry à comprendre pourquoi Draco sentait toujours si incroyablement bon – et il fut ravi de découvrir que Harry lui avait acheté un pendentif en forme de dragon enroulé autour d'un morceau de cristal de quartz. Tout ça était bien beau mais de qui était le reste ? Il fronça les sourcils.
– Qu'est–ce qui se passe ? demanda Harry.
Il se sentait bien, il venait juste d'avoir la langue de Draco dans sa gorge pour le remercier de son cadeau et il avait déballé un pull Weasley, ce qui signifiait que Molly ne le détestait pas autant qu'il le craignait.
– Eh bien, commença Draco en faisant courir ses doigts sur une boîte recouverte d'argent, je ne sais pas qui m'a envoyé le reste de mes cadeaux.
– Pourquoi tu ne lis pas la carte, suggéra Hermione avec bon sens.
Elle était en train de tripoter la fermeture de son collier, essayant de le mettre autour de son cou et, en fin de compte, Harry s'en aperçut et vint l'aider. Draco haussa les épaules et prit la grande carte attachée sur la plus grosse des boîtes. Il la tourna dans sa main, regardant le nom écrit lisiblement sur le dessus. Il connaissait si bien cette écriture qu'il n'arrivait pas à y croire.
– De plus, poursuivit Harry, beaucoup sont pour moi et je n'ai pas la moindre idée de qui m'a acheté ces présents.
Draco regarda distraitement vers lui.
– C'est moi, idiot, marmonna–t–il.
– Toi ?
La bouche de Harry s'ouvrit en grand.
– Tu ne peux pas avoir acheté tout ça.
– Bon, pas tous. Mais la plupart.
Harry s'avança rapidement et trouva les paquets de Hermione, Dumbledore, Tonks et Lupin.
– Combien… Combien t'en a acheté ?
Draco haussa les épaules, en continuant à tourner la carte dans ses doigts.
– Je sais pas, soixante–sept, je crois.
– SOIXANTE–SEPT ?!
Harry se sentit soudain brusquement dans la peau de son cousin Dudley, sauf qu'il avait comptabilisé plus de cadeaux que Dudley n'en avait jamais reçus en une seule fois. Il se sentit pris de vertige, comme il n'arrivait pas à se calmer. Soixante–sept cadeaux ! Soixante–sept cadeaux de Draco ! Le monde se mit à tourner, il était au bord de l'évanouissement.
– Si tu n'aimes pas quelque chose, tu pourras l'échanger.
Draco avait enfin décacheté l'enveloppe et sortit la carte mais il ne l'avait pas ouverte. Les yeux de Harry brillaient, comme ceux d'un petit enfant submergé par le plaisir.
– Tout va bien, Draco ? demanda Hermione avec inquiétude.
Draco avait légèrement pâli il tenait la carte dans ses mains mais ne faisait aucun geste pour l'ouvrir.
– Ouais, je vais bien, c'est rien.
Harry émergea brusquement de la bousculade de Noël et fixa la carte avec méfiance.
– C'est de qui ? Quelqu'un t'a fait une mauvaise blague ?
Une horrible pensée le frappa.
– Ron a joué au con ?
Draco rit amèrement.
– Non, en fait, je ne crois pas que la Belette soit assez intelligente. C'est rien, je suis juste un peu choqué, c'est tout.
Harry se renfrogna.
– Qui a envoyé ces cadeaux ?
Draco tendit la carte à Harry qui l'ouvrit et parcourut des yeux ce qui était écrit.
– Oh, fit–il à voix basse, tendu, pas certain de ce qu'il en pensait.
– Qu'est–ce que ça dit ? demanda Draco, sa voix à peine plus qu'un chuchotement.
– Je pense que tu devrais le lire toi–même.
– Non, si quelqu'un ne me le lit pas, je ne le lirai pas du tout.
Harry s'éclaircit la gorge, mal à l'aise en jetant un regard avide vers ses soixante–sept cadeaux. Il soupira et lut la carte.
« Cher Draco,
Si tu es en train de lire ceci, c'est que je suis mort ou en train de pourrir à Azkaban ou peut–être encore, quelque chose de pire que ça, ce à quoi je ne veux vraiment pas songer en ce moment. Je sais que tu détesterais manquer Noël. Je crois que ça a toujours été ta période favorite de l'année et ça m'attriste de penser que je suis en train de manquer ça et surtout de penser que je ne serai pas avec toi. J'ai laissé des instructions à Non pour qu'il garde tout en sécurité et qu'il s'assure que tu recevras tout le matin de Noël. J'espère que tu es avec des gens qui t'aiment. Si tu es seul, réconforte–toi dans le fait que tu es un enfant de l'univers, pas moins que les arbres et les étoiles et que tu as le droit d'être ici. Garde ton âme en paix, sois joyeux et efforce–toi d'être heureux. Ne suis pas les autres aveuglément. J'ai commis de nombreux péchés dans ma vie mais je dirais que le plus grand d'entre eux a été de me perdre par la volonté d'un autre. Tu es une bien meilleure personne que ça tu es plus fort et plus raffiné.
Rappelle–toi ta famille, rappelle–toi ton nom et ne leur fais pas honte. Je t'aime comme je t'ai toujours aimé. Cela demeurera à jamais, au–delà de cette vie, au–delà de n'importe quelle séparation, cela demeurera.
Joyeux Noël.
Papa. »
Draco soupira et sourit tristement. Harry et Hermione le dévisageaient et il sentit ses yeux s'embuer. Super, il allait pleurer, quel foutu Noël, finalement. Il tendit la main, refusant de battre des paupières pour ne pas faire couler les larmes et prit la boîte longue et lourde. Il repoussa le couvercle et en sortit un Eclair de Feu Collector signé par les Pies de Montrose et reçut les exclamations appropriées des spectateurs.
– Putain, t'as trop de chance, déclara Harry avec respect.
Draco émit une sorte de rire et de sanglot à la fois. Les yeux de Harry passèrent de Draco à Hermione et il haussa les épaules. Il n'y avait pas grand–chose à faire sur ce coup–là. Ses yeux se posèrent à nouveau sur la large pile de cadeaux et ils se mirent à briller de joie et d'enthousiasme. Si Draco et Hermione voulaient participer à la Fête des Pleurs '98, il prêterait volontiers son épaule – mais seulement après avoir ouvert ses soixante–sept cadeaux.
oOo
La journée avança lentement et Hermione se sentit assez tôt fatiguée. Quand elle y repensa, elle réalisa qu'elle avait passé son Noël dans un étrange état de contentement, ce qui contredisait les événements de la nuit précédente. Elle continuait de s'attendre à soudainement se sentir violée ou désemparée et quand ça n'arrivait pas, elle se demandait si elle était bien saine d'esprit. Elle aurait dû se sentir terriblement mal, elle aurait ressentir le besoin d'être en colère, elle aurait dû ressentir autre chose que cet état de contentement. Mais c'était du contentement qu'elle ressentait.
La journée avait été tranquille. Elle s'était attendu à l'éventuelle visite de Snape mais le Manoir restait obstinément vide de tout visiteur. Alors, au lieu d'avoir des visites pour elle, elle avait observé Harry et Draco. Elle réalisa pour la première fois qu'elle n'avait jamais vu Harry vraiment heureux avant. Jusqu'à maintenant. Oh, elle l'avait vu rire elle l'avait même vu afficher une expression joyeuse. Le jour où il avait quitté les Dursley pour de bon, lorsqu'il avait suivi la Coupe du Monde de Quidditch, des instants comme ça. Mais elle ne l'avait jamais vu simplement heureux, sans autre raison que la lumière qui brillait en lui. Il était heureux maintenant. Il s'était frayé un passage dans cet océan de cadeaux, ouvrant chacun d'eux avec l'enthousiasme d'un petit enfant, poussant de continuelles exclamations de stupéfaction. Quand les cadeaux furent ouverts, essayés et admirés, il s'installa pour chouchouter Draco, le touchant légèrement à chaque occasion qui lui était donnée, comme s'il craignait qu'il ne s'envole au loin. Ils s'embrassaient beaucoup. Ils ne semblaient jamais fatigués de le faire et Hermione commençait à se sentir inondée par l'énergie qu'ils paraissaient répandre. Elle était certaine que si elle n'avait pas été là, ils se seraient sans aucun doute roulés sur le sol dans un complet abandon. Elle espérait, qu'un jour, quelqu'un aurait les mêmes sentiments pour elle.
Le dîner avait été jovial, les elfes de maison avaient cuisiné un véritable festin pour eux et, maintenant que le repas était terminé, Draco était bien parti pour prendre une joviale et sensationnelle cuite et Harry n'était qu'à deux pas derrière lui. Hermione n'était pas en état de boire son estomac se retournait rien qu'à l'idée d'ingurgiter de l'alcool et elle devinait, à juste titre, que le breuvage que Madame Pomfrey lui avait donné pour l'aider à soulager les douleurs de son corps en était la cause.
A la fin du repas, elle avait commencé à avoir mal et son état satisfaisant commençait à diminuer. Donc, cela avait bel et bien été une potion. Son sourire devint forcé puis finit en grimace.
– Ça va ? s'enquit Harry, inquiet quand elle se sentit étourdie et frotta son front.
– Je vais bien, dit–elle en grimaçant légèrement. Je crois que je suis tout simplement fatiguée.
– Tu veux rester avec nous, ce soir ?
Elle avait l'impression qu'elle se mettait entre eux. Elle ne pouvait pas dormir avec eux ce soir en fait, elle pouvait voir comme leurs corps paraissaient s'appuyer l'un sur l'autre, empressés d'en profiter mutuellement. Elle avait peur d'être seule mais elle se dit rationnellement qu'elle était en sécurité ici. Pourtant, elle avait toujours cru qu'elle était en sécurité à Poudlard. Elle se demanda si elle s'y sentirait en confiance à nouveau.
– Non, je vais rester dans la chambre d'ami, déclara–t–elle en forçant ses lèvres à sourire et une expression sincère à se peindre sur son visage.
Ça ne les convainquit pas non plus mais en vérité, ils étaient trop impatients de se retrouver seuls et pendant un moment, ils permirent à leur désir d'outrepasser leur compassion. Draco aida Hermione à se mettre sur ses pieds et lui montra la chambre d'amis. Elle était proche de sa propre chambre et, par conséquent, proche de Harry et de la sécurité. Si elle avait besoin de quoi que se soit, elle pouvait venir les chercher ou même les appeler. Ils laisseraient la porte ouverte, juste au cas où, et Draco avait lancé un sortilège d'amplification dans le corridor ainsi si elle appelait, ils l'entendraient et ils pourraient accourir.
Hermione les embrassa tous les deux pour leur souhaiter une bonne nuit et, sous leurs yeux attentifs, elle prit la potion de Madame Pomfrey qui détendrait ses muscles et s'étendit contre les coussins de satin du lit d'invité.
Ce fut rapide et bientôt, elle se sentit partir au loin.
Ses poumons donnaient l'impression d'être pesants et appuyaient lourdement, sa gorge semblait épaisse et douloureuse. Le relaxant la rendit trop fatiguée pour ouvrir les yeux ses cils étaient comme alourdis avec du sable. Elle glissa dans le sommeil et se laissa aller à la dérive. L'arrière de ses genoux et sa nuque se réchauffèrent bientôt et elle eut l'impression que ses muscles se fondaient dans ses os, elle se sentait sombrer dans les fibres même du matelas.
Les rêves suivirent peu de temps après.
Au début, elle était certaine qu'ils étaient trop intenses pour être des rêves. Ses rêves étaient toujours incohérents et confus mais ces images–là étaient claires, vivantes et virulentes et elle sut d'une manière ou d'une autre que c'étaient des souvenirs, pas le produit de son imagination. Pendant un instant, elle lutta avec ses pensées, elle voulait se réveiller et combattre durement la marée d'images qui la submergeait en traversant son cerveau tourmenté. Elle céda lorsqu'elle réalisa que ça ne ferait que blesser sa tête de lutter plus encore ses souvenirs qui voulaient être explorés, qui était–elle pour les arrêter ?
Krum hurlait sur elle et elle vit l'éclair pâle de ses jointures tandis que son poing frappait son visage. Il lui criait dessus, la traitait de tous les noms, lui disait qu'il l'aimait, lui assenait qu'elle le forçait à faire tout ça. Puis la scène se perdit au loin elle se tenait sur le terrain de Quidditch et mille Mangemorts descendaient du ciel sur des chevaux ailés noirs elle courait et hurlait à Harry de courir lui aussi. Mais il ne courait pas, il ne bougeait pas, il se contentait d'observer le ciel (pourquoi ne courait–il pas ?). Charlie criait aussi après lui, essayant de le faire bouger, œuvrant jusqu'au moment où un homme à la chevelure blonde n'arrive du ciel et le fasse exploser. (C'était Lucius, Ron en était certain alors ce devait être le cas, qui d'autre avait cette allure ?). Harry avait regardé ce qui s'était passé comme un homme en transe, attendant que la mort arrive et le réclame sur des ailes noires. Le rêve changea de forme une nouvelle fois et elle vit ses parents qui affichaient une mine désapprobatrice, la suppliant de revenir à la maison, de vivre une vie normale. Elle essayait de leur parler mais ils ne pouvaient pas l'entendre.
Elle était à Poudlard, dans une pièce de la réserve pleine de fées et elle embrassait son Maître de Potions, il avait un goût d'anis. Elle sourit dans son sommeil et remua. Ses yeux lourds s'ouvrirent et se refermèrent puis elle se cramponna à son rêve plus longuement. Elle vit le visage de Snape. Pâle et décharné, ses yeux sombres à demi cachés par un rideau de cheveux noirs. Il était assis au bord du lit, baissait les yeux vers elle et lui caressait doucement la joue. L'attouchement était si réel et elle soutint son regard un long moment, elle ne voulait pas le laisser s'éloigner d'elle une nouvelle fois. Il se pencha et embrassa gentiment sa lèvre inférieure. Ça semblait si vrai. À sa grande consternation, il se leva et se tourna pour s'en aller. Elle cria doucement et il s'arrêta.
– Reste avec moi, marmonna–t–elle, la bouche comme remplie de coton.
Il revint vers elle et se rassit sur le bord du lit. Elle l'observa enlever son manteau de voyage et sa cape, elle le regarda tandis qu'il dénouait les lacets de ses bottes. Il les ôta avec ses chaussettes. Puis il monta sur le lit et l'attira contre lui. Elle essaya de faire travailler son imagination. Dans le monde des rêves, il aurait pu au moins enlever tous ses vêtements. Mais peu importait, elle se blottit contre la chaleur de son corps et respira son odeur. Son corps était si chaud, son corps sentait si bon. Elle cligna des yeux et cligna encore. Ce n'était pas un rêve, il était vraiment là.
– Severus ?
– Mmm ?
– Est–ce que je dors ?
– Je ne sais pas, tu dors ?
Elle s'assit dans le lit et le dévisagea, les yeux écarquillés. Elle était tout à fait réveillée !
– Je croyais que je rêvais de toi.
Il se poussa sur un coude.
– C'est dommage, tu semblais faire des cauchemars.
Elle prit une inspiration et roula sa main en poing autour de la chemise. Il était là, il était vraiment là.
– Je…
Elle sentit son souffle se bloquer. Elle ne voulait pas pleurer, pas maintenant. Elle ne voulait pas que tout la submerge maintenant, pas alors qu'il était enfin venu à elle.
J'ai vraiment fait un cauchemar mais tu n'y étais pas.
Snape l'attira sous lui et elle se nicha dans la courbe de son corps, pressant fermement sa joue contre sa poitrine, réprimant une vague de larmes. La main sensible de Snape lui lissa les cheveux puis descendit lui caresser gentiment le dos, lui frottant doucement la colonne vertébrale de haut en bas pour la réconforter. Il n'y avait rien de sexuel dans cet attouchement, seulement le désir d'apporter du réconfort. Elle se sentit en sécurité, c'était chaud et douillet elle sentit les larmes arriver, déborder de ses yeux et tremper le coton de sa chemise. Il cala la tête de Hermione sous son menton et l'entoura de ses bras. Ses pieds touchèrent légèrement ses jambes et elle se sentit baignée de sa chaleur. Il était comme un fourneau, la température de son corps la remplissait. Elle ouvrit la main contre son torse et essaya de mesurer la fermeté de la peau sous la chemise.
Sa crainte avait été qu'elle soit incapable de le faire. Qu'elle ne soit plus capable de le faire ou de le laisser la toucher. Elle n'était pas stupide, si elle voyait Krum lorsqu'elle fermait les yeux, il n'y avait aucune garantie qu'elle ne continue pas à le voir. Le moment où son poing avait atteint son visage pour la frapper de façon insensée. Elle frémit et elle sentit l'étreinte de Snape se raffermir. Elle se demanda s'il savait tout. Est–ce qu'il allait se sentir dégoûté quand il apprendrait à quel point Krum l'avait touchée intimement ? Quand il découvrirait que la semence de Krum s'était répandue sur son corps ? Est–ce qu'elle voulait vraiment lui infliger ça ?
Elle se mit à le repousser, elle se sentait sale, comme si les mains de Krum étaient toujours sur elle, la souillant d'une manière ou d'une autre. Snape raffermit doucement son étreinte et elle réalisa qu'il n'allait pas la laisser s'en aller, il envisageait vraiment de la garder près de lui. Elle sentit à nouveau ses larmes venir et se mit à sangloter, sa petite poitrine appuyée lourdement contre lui. Snape déposa un baiser sur le haut de sa tête et écarta doucement les cheveux qui tombaient sur son visage.
– Tu veux me raconter ton rêve ? questionna–t–il à voix basse.
– Non, sanglota–t–elle.
Elle le sentit soupirer, un son et un mouvement profond venu de sa poitrine. Il lui caressa à nouveau les cheveux, l'apaisant un peu.
– Tu veux me dire ce qui s'est passé avec Krum ?
Elle cessa de respirer pendant un moment, retenant son souffle, effrayée de parler. En définitive, elle allait devoir dire quelque chose et elle se mordilla nerveusement la lèvre.
– Non, dit–elle, alarmée par sa propre voix. Mais… Mais je le ferai, si tu es certain de vouloir l'entendre.
– C'est le cas, rétorqua–t–il, mais elle put percevoir dans sa voix une crainte similaire à la sienne.
Elle se sentit trembler alors qu'elle se demandait exactement où elle devait commencer puis décida que commencer par le commencement était probablement une bonne idée avec la prise de conscience qu'il était parti et qu'elle était seule. Elle lui dit tout ce dont elle se souvenait. Elle ne lui épargna aucun détail. Aucune douleur. Lorsqu'elle en eut fini, c'était comme si le monde avait cessé de tourner sur son axe. Snape ne respirait pas, ne bougeait pas. Même les battements de son cœur semblaient en suspens. Une boule se forma dans sa gorge et elle se mit à trembler. Est–ce qu'il croyait que c'était de sa faute ? Est–ce qu'il allait la blâmer ?
– Je…
Elle ne pouvait pas parler, la boule dans sa gorge l'empêchait de parler ou de respirer. Il devait penser qu'elle était dégoûtante. Brusquement, sa main s'enfonça dans ses cheveux et sa joue se pressa sur le dessus de sa tête. Son étreinte était si serrée qu'elle en suffoqua presque, pourtant, elle n'aurait pas voulu qu'il la lâche. Il l'encerclait, lui apportant toute la protection qu'il aurait voulu lui donner, lui offrant toute la force qu'il avait. Hermione prit une profonde inspiration en tremblant.
– Je suis désolée, sanglota–t–elle dans sa poitrine. Je suis tellement désolée. Je n'aurais pas dû te le dire. Tu ne voulais probablement pas entendre ça.
– Si, je le voulais, dit–il rapidement.
Sa voix était rauque et lorsqu'elle déplaça son visage pour le regarder, son expression était rigide et dévastée. Ses yeux étaient vitreux, il lui fallut un moment pour réaliser qu'ils étaient pleins de larmes. Il pleurait pour elle. Pleurait de pitié. Sa main prit sa joue en coupe, son pouce caressa sa pommette. Il inspira et fut pris par surprise. Ses cils sombres s'abaissèrent pour cacher ses yeux mais une larme s'échappa et roula silencieusement sur sa joue. Il la repoussa un peu et reposa sa joue sur le dessus de sa tête. Dans un murmure écorché et râpeux, il dit :
– J'aurais dû être là. Je n'aurais jamais dû te laisser.
– Tu n'aurais pas pu savoir. Tu ne pouvais pas deviner.
– Oh, mon dieu.
Son corps entier trembla et il se serra autour d'elle.
– Peu importe. Je n'aurais jamais dû te laisser là–bas. Nous revenons d'assez loin pour que tu obtiennes le meilleur de moi.
– J'étais si furieuse.
Elle parlait mais elle ne savait pas pourquoi.
– J'étais si folle de rage quand j'ai compris que tu étais parti. Puis quand Krum m'a frappée, j'ai réalisé que j'avais été stupide. Toutes ces lettres. Pas étonnant que tu sois parti. J'ai agi comme une stupide petite écolière.
– Non !
Il leva son visage vers le sien et embrassa son front, son nez, ses joues.
– Ne dis jamais ça. Ces lettres m'ont fait venir, c'est moi l'imbécile, je n'ai cessé de tout nier, j'ai essayé de me convaincre que rien n'était arrivé. Je ne suis qu'un abruti égoïste.
Elle l'entendit déglutir et sentit son souffle devenir rapide et superficiel. Il était contrarié, mécontent et honteux, forcé de faire face à la brutale vérité de l'attaque de Krum. Elle obligea sa propre respiration à se calmer et elle s'apaisa. Un doute persistant harcelait une partie de son esprit en apprenant que tout ça le repoussait mais qu'il se sentait trop responsable et trop honteux pour la laisser aller. Sa logique lui disait que ce n'était pas ça, son cœur lui disait que ce n'était pas ça. Il était en train de l'absorber, de l'extirper de ses douleurs, de tenter de les envoyer au loin, de les prendre à son compte.
Sa poitrine lui faisait mal et sa gorge était douloureuse, prête à se refermer. Elle se sentait à vif, comme si elle était étendue nue devant lui et elle l'était. Snape lui caressa encore une fois les cheveux, la remplissant de cette force dont elle avait si désespérément besoin. Tout se brouilla et sa résolution de rester calme se dissout en une marée de larmes.
– Il…
La voix de Hermione se serra.
– Je… Je ne pouvais pas m'enfuir.
Snape porta sa petite main à sa bouche et la plaça contre ses lèvres entrouvertes, elle pouvait sentir son souffle saccadé contre ses doigts. Il resta silencieux, il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il pouvait dire pour la soulager. Il ne réalisait pas que sa seule présence était suffisante.
– J'ai juste continué de penser que je pouvais essayer plus fort, lutter plus fort mais je ne pouvais pas, c'était comme si mon corps entier était coulé dans du plomb et je ne pouvais rien faire. J'étais inutile.
Snape tapota les jointures de Hermione contre sa bouche, son étreinte sur sa main était si forte qu'elle lui faisait mal. Lorsqu'elle put à nouveau lever la tête vers lui pour le dévisager, elle vit que ses paupières étaient closes et qu'il avait l'air de souffrir. Les muscles de son cou et de ses épaules étaient raidis, elle pouvait les voir se tendre à travers le fin coton de sa chemise. Ses narines frémissaient à chaque inspiration qu'il prenait mais il tenait sa main en sécurité dans la sienne, comme s'il n'allait jamais la lâcher.
– Hermione, chuchota–t–il.
Sa voix était tendre et il prononça son prénom comme s'il l'aimait mais son visage était rigide. Quand il ouvrit les yeux, ils étaient durs et noirs comme du charbon. Il semblait désemparé et dégoûté et elle n'avait aucun doute qu'il l'était bel et bien. Elle essaya de libérer sa main mais il la rattrapa vite et pressa un baiser sur son poignet. Elle se sentit petite et idiote parce qu'elle ne savait pas ce qu'il ressentait, ne comprenait pas la complexité de son expression.
– Tu es content, maintenant ? demanda–t–elle avec une pointe de sarcasme dirigé uniquement vers elle–même. Tu es content de tout savoir ?
Il essuya une larme sur sa joue puis barbouilla le dos de sa main sur son propre visage, essuyant ses propres larmes.
– Non, je ne suis pas heureux, dit–il d'une voix âpre. Je me sens probablement comme la plus misérable merde que la terre ait porté… mais je suis content que tu me l'aies dit.
Elle s'assit, libérant sa main, son corps entier tremblait.
– J'aurais dû l'arrêter, dit–elle, irritée. J'ai fait les mauvais choix, une erreur après l'autre. Tu dois être dégoûté par mon manque de jugement. Tu dois croire que je suis une idiote. Tu dois penser que je suis infâme !
Il s'assit à côté d'elle et passa une main caressante sur sa tête et dans son dos. Il la regarda, inquiet, empli d'émotions et de tendresse.
– Ce n'est pas ce que je pense, dit–il à mi–voix. Et je ne le penserai jamais.
– Alors, qu'est–ce que tu penses ? s'enquit–elle, amère, le ton tremblant.
Et elle se maudit silencieusement, elle allait se remettre à pleurer. Peut–être qu'elle avait juste besoin de pleurer. Peut–être qu'elle avait davantage besoin de pleurer que d'entendre la vérité sur son opinion en cet instant. Particulièrement si son opinion était, comme elle le soupçonnait, une réaction de répulsion et de dégoût.
Il lui adressa un sourire triste.
– Je pense que je suis amoureux de toi et que tu es plus incroyable femme que j'ai jamais rencontrée.
À suivre…
NdT :
[1] La Gematria (גימטריה), dont le nom est dérivé du mot grec signifiant géométrie, est la numérologie appliquée à l'alphabet hébreu texte biblique. La Gematria, le Notarikon et la Temourah, sont les trois outils de la Kabbale.
Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.
Bisous.
Falyla
