Titre : Objects of Desire

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Auteure : Azrael Geffen

Traductrice : falyla

Correcteurs : falyla/Florent

Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape

Rating : M/NC-17

Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)

Etat de la traduction : terminée

Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.

Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.

Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.

Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.

Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.

Note de la traductrice : Merci beaucoup pour vos commentaires, j'apprécie vraiment.

Bonne lecture.

Objects of Desire

Chapitre 14 (1ère partie)

Un jour parfait

– POURQUOI TU M'AS ABANDONNÉ ? À QUOI TU PENSAIS ?

– Je ne voulais pas t'abandonner, Draco, je n'avais pas le choix.

– Tu avais tous les choix ; tu as simplement pris les mauvaises options.

– Tu es avec Potter depuis trop longtemps. Tu commences à penser comme lui.

– Peut être que si tu avais pensé comme lui pendant trente secondes tu ne serais pas dans cette merde – et je n'aurais pas à le perdre.

Draco put entendre le soupir de Lucius, comme une brise d'été passant dans les feuilles.

– Je suis désolé de t'avoir déçu, mais je n'ai jamais été infaillible. Je n'ai jamais prétendu être autre chose que ce que j'étais.

– Non.

Draco était amer.

– Tu n'étais qu'un porc arrogant et égoïste qui se souciait plus du pouvoir que de sa famille.

– Au revoir, Draco.

– Non !

Draco ressentit l'idée même de cette perte comme une douleur fulgurante dans son corps.

– Ne pars pas, pas encore, je t'en prie… reste là, ne t'en va pas.

– Reste avec Potter, il peut te protéger.

– Mais je dois te sauver.

– Maintenant tu commences à parler comme comme un Serpentard, Draco. Je suis parti, il ne reste rien de moi que tu puisses sauver.

Les yeux de Draco s'ouvrirent et il se déplaça pour prendre Harry dans ses bras, essayant de se perdre dans sa chaleur, dans les sons délicats du sommeil,dans les déplacements et les mouvements de son corps qui lui étaient maintenant si familiers qu'ils auraient pu être les alors qu'il oscillait entre plonger ou sortir d'un sommeil perturbé, la voix de son père, douce et résignée, lui parvint.

Il ne reste rien de moi que tu puisses sauver.

– Mais tu es là ! Tu es là, maintenant, s'écria Draco.

– C'est un rêve, tu es en train de rêver.

– Mais tu es là !

– Au revoir, Draco.

– NON !

Mais il était parti.

PAPA !

Brusquement réveillé, le cœur tambourinant trop fort pour que son organisme puisse suivre la cadence, Draco serra étroitement Harry contre sa poitrine et essaya de se calmer. Il tremblait encore quand il déposa la forme endormie de Harry sur les coussins et qu'il se tourna pour récupérer une petite fiole dans le tiroir de sa table de rapidement son contenu, il sentit son cœur recouvrer un rythme normal et son corps cessa de tressauter.

– Tout va bien, murmura–t–il avant de trembler malgré lui.

Il se frotta les yeux afin d'éliminer les dernières traces de sommeil et découvrit que ses joues étaient humides ; il avait dû pleurer.

– Tu vas bien ?

Il sursauta et se tourna avec un sourire forcé vers Harry qui l'observait, encore à moitié endormi. Il essuya ses larmes, reconnaissant de l'obscurité du matin.

– Ouais. J'ai rêvé, c'est rien.

Harry tendit la main et ses doigts timides suivirent un chemin sur l'épaule osseuse de Draco puis le long de son torse, sur la carte vallonnée de ses côtes. Draco autorisa cette main baladeuse, sentant sa verge durcir sous la caresse insolente qui dessinait des cercles sans fin sur sa poitrine, s'attardant sur ses tétons et se baladant sur son aisselle et finir sur son bras.

Reste avec Potter.

Oui. Rester avec Harry. Ne jamais quitter hoqueta quand Harry s'avança vers lui et déposa sa bouche chaude et humide autour de son téton. La main de Harry remonta sa cuisse pour aller caresser son pénis en érection et les derniers restes de son rêve s'envolèrent tandis qu'il retombait dans le lit et que Harry descendait sur son corps pour l'accueillir profondément dans sa gorge.

– Harry…

Harry le suça tendrement, il avait appris ce que Draco voulait, ce que Draco aimait. Harry avait appris à lui donner du plaisir – à lui et à lui seul – parce que Harry était à lui, rien qu'à lui. C'était son Harry – et celui de personne d'autre.

Chaque matin, alors que Draco se levait, il réalisait que son être entier était maintenant rempli d'une sensation constante qui lui avait toujours fait défaut. Il ne pouvait que contempler avec étonnement sa vie avant Harry et se demander comment il avait pu vivre sans ça. Qu'avait été son monde sans ces sentiments ? Qu'avait été sa vie avant qu'il n'aime Harry ? C'était difficile de s'en souvenir.C'était comme s'il pouvait se rappeler des choses de son passé, tout en étant incapable de voir quoi que ce soit sous un angle qui n'était pas empreint de cet amour ahurissant.

Draco fit glisser ses mains le long du dos de Harry,le ramenant vers lui pour le faire rouler sur le lit. Il le retourna sur le ventre, s'enivrant de son corps sous ses mains, se perdant dans l'impression de solide que procuraient la peau et les os, le muscle et la chair. Il ramena tendrement les hanches de Harry vers lui pour presser un doigt dans son corps.

Harry miaula. C'était un son léger ; un son que Draco savait unique à Harry, un son que Draco avait appris à adorer. Il y avait là la promesse du plaisir, il exprimait son ravissement et il promettait plus encore. Il faillit rire et se demanda ce que Crabbe et Goyle en auraient pensé s'ils avaient encore été vivants. Que se serait–il passé si Draco avait pu prédire qu'un jour, il aurait devant lui un Harry Potter à quatre pattes, les fesses en l'air, miaulant comme un chaton impatient ?

Ils auraient probablement pris ça pour une sorte de punition.

– Tu aimes ça, bébé ?

Draco inséra un autre doigt et une plainte s'échappa de sa gorge. Il massait doucement le bas de son dos afin de le rassurer et pour que les muscles se détendent.

– Baise–moi, supplia Harry presque en sanglotant.

Draco sourit. Il fit glisser sa main le long de son corps, évitant la hanche saillante et son estomac pour étreindre le sexe tendu de Harry.

– Tu es encore étroit, bébé, je ne veux pas te faire de mal.

– Non… Baise–moi.

– Harry…

Mais le corps de Harry se détendait lentement sous la caresse de Draco et ses doigts purent commencer un lent va–et–vient avec plus d'aise. Il passa derrière Harry, écartant un peu plus ses genoux, relevant ses hanches un peu plus haut. Harry se tendit d'anticipation et Draco s'enfonça dans la chaleur de son corps.

Oh, putain…

– Harry…

Son nom jaillit dans un râle et il s'abattit, profondément et durement, dans le corps consentant et docile sous lui. C'était trop dur, trop rapide. Harry cria et, brusquement, son visage se retrouva dans les oreillers alors que Draco fondait en lui.

– Oh, bon dieu, tu es trop étroit.

La chaleur et la pression étaient incessantes. Si bon et pourtant si proche de la douleur qu'il était difficile de faire la différence. Draco regardait les mains de Harry agripper les draps, son visage tourné sur le côté et ses yeux fermés, les dents serrées. C'était comme s'il subissait un genre de délicieuse torture et seul son pénis vibrant indiquait qu'il en appréciait les effets. Draco agrippa ses hanches pour le ramener vers lui, allant plus loin dans la chaleur, se noyant dans son corps.

– Tu aimes ça, hein ?

Harry hocha la tête, la respiration difficile son corps était projeté si durement contre le matelas qu'il devait se préparer à chaque coup.

– Oui… oui. Je… Oui…

– Tu es à moi.

Draco accéléra le rythme, ponctuant chaque mot d'un coup de rein plus profond et plus dur que le précédent.

– Tu. Es. À. Moi.

Harry était d'accord, hurlant « oui » encore et encore et Draco pouvait se sentir passer au–delà de ses dernières résistances, savourant le dernier avertissement des muscles qui semblaient presque l'attirer encore plus profondément en lui. Sa main contourna le corps de Harry pour masser sa verge en caresses appuyées, incapable d'être doux, pas maintenant, pas quand il était si près de l'abîme.

Et Harry aimait ça. Harry aimait cette passion incontrôlable.

C'était comme une addiction, ce besoin intense de l'autre. La sensation de leurs corps respectifs, ce désir de donner du plaisir à l'autre et cette douleur exquise qui teintait leurs ébats. Harry éjacula sur la main de Draco et les draps défaits alors que Draco le pénétrait encore. Lorsqu'il jouit, lui aussi, un courant de pure énergie le traversa, descendit le long de sa colonne vertébrale, se massa dans ses testicules et explosa enfin, entraînant l'éveil et le fourmillement de chaque nerf et de chaque fibre de son corps. Puis, vidé, il tomba sur Harry.

Ils s'écroulèrent sur le lit sans se préoccuper de l'humidité laissée par l'orgasme de Harry. Ils roulèrent sur le dos et restèrent allongés, pantelants, fixant le plafond, émerveillés qu'il fasse encore nuit.

– C'était incroyable, haleta Draco. Oh, putain, Harry, quand je pense à toutes ces années gaspillées.

Draco fit apparaître de la lumière et roula sur le côté, sachant qu'il devait s'occuper de son amant.

Reste avec Potter.

Oui, je resterai avec Harry.

Harry avait pris cet air vulnérable qu'il avait souvent après le sexe, comme s'il avait peur d'un rejet imaginaire. Il remua et se mit à dessiner des figures sur la sueur fraîche de son torse. Il embrassa ses paupières, passa le bout de sa langue sur ses cils fins puis le long de l'arrête de son nez jusqu'à ce que leurs bouches se rencontrent dans un baiser luxuriant et satisfait.

Reste avec Potter.

Je resterai avec Harry.

Il ne reste rien de moi que tu puisses sauver.

Draco essaya d'écarter cette pensée de son esprit, essaya de faire partir loin la voix de son père.

Et il manqua de pleurer lorsqu'il réalisa combien c'était facile.

oOo

Hermione s'affala sur le sol, elle se mordit la lèvre et le sang éclaboussa la couverture d'un manuel de chasse aux sorcières.

De chasse aux sorcières.

Oh, mon dieu, non, merde, non, je vous en prie.

Une botte s'enfonça dans son dos et son poignet se brisa.

– ESPÈCE DE SALOPE ! T'AS TOUJOURRRS PENSÉ QUE T'ÉTAIS PLUS FUTÉE QUE MOI, HEIN !? TU CRRROIS QUE TU ES JOLIE, À TE PAVANER DANS CETTE PUTAIN D'ÉCOLE !? MAIS T'ES LAIDE ! RRREGARRRDE–TOI, T'ES QU'UNE CONNASSE DE SANG–DE–BOURRRBE ET TU TE CRRROIS TRRROP BIEN POURRR MOI ? RRREGARRRDE CE QUE TU M'AS FAIT ! RRREGARRRDE CE QUE TU M'OBLIGES À FAIRRRE !

Puis la botte vint s'écraser à la base de son dos et Hermione s'arracha à l'emprise du rêve, hurlant dans l'air froid de la chambre. Snape se réveilla en sursaut avec un hoquet de surprise lorsqu'il entendit le cri de terreur.

– Bordel de merde !

Il cligna des yeux et faillit rouler sur le côté pour laisser Hermione se débattre seule. Mais ses cauchemars étaient un peu trop réels, ces derniers temps ; un peu trop réels pour pouvoir les ignorer. Il lutta pour garder les yeux ouverts et la regarda. Elle était assise dans le lit, la respiration haletante, son dos pâle se levant et s'abaissant frénétiquement devant lui.

Il se redressa et lui caressa tendrement le dos. Elle sembla s'amollir et s'effondra, comme désarticulée, dans ses bras.

– Tout va bien, murmura Severus dans ses cheveux, ce n'était qu'un rêve.

Mais c'était plus qu'un rêve et il le savait. Une part de lui voulait soigner son esprit de telle manière qu'elle n'ait plus jamais à se souvenir de l'agression. Ça semblait si ridiculement injuste qu'elle ait réussi à survivre à Voldemort saine et sauve, sans les cauchemars dont Dumbledore jurait qu'ils pourrissaient la vie de Potter, tout ça pour que sa sécurité soit mise en péril par un crétin inutile du genre de Viktor Krum. Ça ressemblait à une saloperie de coup du destin et il avait été tenté d'effacer l'incident entier de sa mémoire, ou de la mettre dans une Pensine et de l'enfermer pour toujours dans une bouteille.

N'importe quoi pour lui faire oublier. N'importe quoi pour qu'elle puisse dormir tranquille la nuit. Parce que, quand elle dormait, l'attitude bravache qu'elle affichait le jour tombait et elle redevenait la jeune fille incertaine qu'il avait découverte.

– Je suis désolée.

Hermione pleurait contre son torse, son corps se fondait dans le sien, cherchant le sommeil, se sentant en sécurité maintenant qu'elle savait qu'il était là.

– Pourquoi tu es désolée ?

– Je t'ai réveillé.

Elle s'écarta pour le regarder et ne put s'empêcher de sourire. La matinée n'était pas le meilleur moment de la journée de Severus Snape. De lourds cheveux tombaient sur son visage décharné, qui semblait blême à cause du hurlement qui l'avait réveillé. Son nez en bec d'aigle sortait de sous un rideau de cheveux noirs et de ce qu'elle pouvait voir de ses yeux noirs, ils étaient abattus et chargés de sommeil. Il atténua un bâillement et la ramena dans les oreillers avec lui.

– Ça ne fait rien, dit–il, mais il sombrait déjà dans le sommeil, tu peux me réveiller quand tu veux.

– Severus ?

– Mmm ?

– S'il m'avait… violée… tu m'aimerais encore ?

Ses yeux s'ouvrirent brusquement pour fixer ce qu'il pouvait voir du haut de sa tête.

– Bien sûr que oui, qu'est ce que c'est que cette question stupide ?

– J…Je n'aurais pas été vierge…

Maintenant ça frisait le ridicule. Il avait été épaté qu'elle le soit encore !

– Je ne veux pas aller au tribunal.

Elle parlait tout doucement. Snape se rassit et la regarda avec un visage mi–concerné, mi–abasourdi.

– Tu dois y aller. S tu n'y vas pas, il sera pardonné et renvoyé en Bulgarie.

– Je ne veux plus jamais le revoir.

Il murmura « Lumos » et la pièce s'éclaira.

– Hermione, tu n'as pas l'air de comprendre. S'il retourne en Bulgarie, il n'y a rien qui l'empêchera de revenir ici. Si tu ne vas pas au Wizengamot, ils le relaxeront.

– Il ne reviendra pas ici. Poudlard est sécurisé.

Elle s'assit et ramena les couvertures sur ses seins en le fixant.

– Mais tu ne peux pas rester ici éternellement ! Dans moins de six mois, tu auras fini tes études et tu ne reviendras pas. Je peux protéger le Marais pour toi, mais c'est un sorcier, Hermione, pas un Moldu. Il sera capable de te retrouver.

Elle trembla. La seule idée de quitter Poudlard était terrifiante, l'idée que Krum pouvait la retrouver était insupportable, mais il en était de même pour l'idée d'aller au tribunal. Et si personne ne la croyait ?

– Dumbledore siège à la tête du Wizengamot, Hermione, il ne laissera pas partir Krum… Mais tu dois y assister ou il n'y aura plus rien à faire.

Elle détourna le regard, les yeux mouillés, et hocha silencieusement la tête. Snape semblait satisfait, il se rallongea calmement à côté d'elle et éteignit la lumière en la serrant dans ses bras. Puis quelque chose revint à Hermione, quelque chose qu'il avait dit.

– Severus ?

– Mmm ?

– Quand tu as dit que tu pouvais protéger le Marais pour moi, qu'est ce que tu voulais dire ?

Snape fronça les sourcils : qu'est ce qu'elle pensait qu'il voulait dire ? C'était simple pourtant, non ?

– Je peux ériger une protection autour du Marais, pour te garder en sécurité, expliqua–t–il platement.

Pour une fille aussi intelligente, elle pouvait vraiment être très lente quelques fois.

– Est–ce que ça veut dire que j'irais au Marais, quand l'école sera finie ?

Oh…OH !

– Je…

Il se sentit rougir un peu et fut content d'avoir éteint la lumière, elle ne pouvait donc pas voir à quel point il était soudainement paniqué.

– J'ai juste présumé… Je suppose que tu…

L'idée était ridicule et il le savait. Qu'est–ce qu'elle ferait au Marais ? Il n'y vivait même pas! Mais peut être était–il temps que ça change.

Hermione se releva sur un coude avant de baisser la tête vers lui.

– Je t'aime, soupira–t–elle, et posa sa bouche sur la sienne.

oOo

Les muscles des bras et des jambes de l'ange devenaient plus prononcés de jour en jour. Rien en comparaison de ce qu'ils auraient été s'il avait été une personne totalement mobile, mais quand même,le processus de fonte de ses muscles paraissait s'être arrêté. Il y avait même du relief là où il n'y avait auparavant que des muscles inutiles. La transformation résultait sans nul doute des visites nocturnes à la piscine.

Semeuse avait décidé de laisser tomber toute prétention d'être présent à l'exposition ambulante. Laissant aux Aurors et aux elfes le soin de s'occuper des foules, il avait déclaré que son musée avait besoin de lui, surtout maintenant qu'il avait la garde de son ange.

Lucius était à lui. L'ange ne serait jamais rendu aux siens. Semeuse avait rapidement compris qu'une somme conséquente de Gallions permettaient d'influer n'importe quelle décision au Ministère de Fudge et maintenant, il avait la pleine possession de son ange.

Et, très bientôt, il aurait une paire assortie.

– Il est l'heure d'aller nager, Lucius.

Semeuse dessina le contour des lèvres douces de son ange avec la pulpe de son doigt. Lucius ouvrit les yeux et pendant un instant, ses yeux gris s'éclaircirent.

– Bonjour Lucius, j'espère que tu as bien dormi.

Lucius cligna encore des yeux et Semeuse sentit une tension naître dans la joue abîmée qu'il sentait sous sa paume.

– Tu as envie de nager ?

Lucius parut paniqué et Semeuse s'émerveilla de ce visage qui changeait pour la première fois sans avoir besoin d'un ordre.

– Bien, nous pourrions toujours rester ici et faire l'amour, mais j'aime quand tes jambes et tes bras s'enroulent autour de moi, tu es tellement plus étroit comme ça.

Non pas que Lucius eût réellement besoin d'être plus étroit, Semeuse le déchirait assez souvent comme ça. Le conservateur s'allongea à ses côtés et embrassa sa mâchoire, faisait courir sa langue le long de l'os.

– Je t'aime, je t'aime plus que tout. Tu es ma joie.

Il sourit et caressa la joue pâle de son ange.

– Tu es ma seule joie.

– Eh bien, répondit clairement Lucius, dans ce cas, tu es vraiment un triste coup au lit, non ?

Semeuse en tomba pratiquement du lit sous le choc.

– Lucius ?

Lucius resta muet. Il ne bougeait pas, comme s'il n'avait rien dit et Semeuse se demanda si, peut être, il l'avait imaginé. Il passa délicatement ses lèvres sur la mâchoire qui était totalement guérie. Même le bleu qui s'y était formé ne pouvait détruire la beauté de son ange.

– Alors, c'est l'heure d'aller nager ?

Toujours rien, juste un visage impassible.

– J'ai un merveilleux cadeau de St–Valentin pour toi, Lucius. Pas aussi génial que le miroir, mais je pense que tu apprécieras plus celui–ci.

Il lutta pour s'extraire du lit et se demanda à quoi l'avait réduit son ange. Il commençait à haïr le son de sa propre voix alors qu'il se soumettait aux exigences de son ange ; c'était ridicule, et pourtant il ne pouvait s'en empêcher. Lucius était vraiment tout pour fut un temps où Archibald Semeuse n'aurait jamais été visible sans des cheveux impeccables ou sans robes parfaitement nettes. Maintenant, il détestait s'habiller, préférant sa robe de nuit ou rien du tout. Il préférait passer ses journées avec Lucius.

Il baignait Lucius de cadeaux, recherchant quelque chose, une espèce de réponse à son amour – et ce silence assourdissant ne cessait de le décevoir. Ça n'avait pas toujours était comme ça. Il y avait eu un temps où il préférait que ses amants soient immobiles– et maintenant qu'il possédait celui–là, il voulait qu'il bouge.

Semeuse amena le cadeau et sourit à Lucius quand il nota les réactions presque imperceptibles de ses yeux. Il avait appris à traquer le moindre petit mouvement, une secousse, un spasme musculaire, où les impulsions presque invisibles de ses yeux.

– Je l'ai fait faire spécialement pour toi ; je l'ai vu chez un Moldu.

Semeuse tira sur le drap pour faire apparaître une chaise, sculptée d'ornements dans un bois poli et capitonnée pour le confort. Deux larges roues occupaient l'espace sur les côtés, avec deux plus petites devant.

– Les Moldus appellent ça des fauteuils roulants ; ces choses sont assez laides, alors j'ai fait fabriquer celui–là pour toi. Comme ça, tu peux voir le musée. C'est ta maison maintenant, Lucius, tu devrais en connaître les couloirs.

Lucius regardait fixement, les yeux sur de la chaise roulante avant de se poser sur Semeuse qui avançait vers lui pour de le soulever jusqu'au fauteuil.

Semeuse fit rouler la chaise d'avant en arrière, elle bougeait facilement, elle était de bonne qualité. Ça permettait aussi de déplacer Lucius un peu plus facilement. Il décida qu'il été temps de faire profiter son ange d'une petite visite du musée, avant d'aller à la piscine.

oOo

– N'y vas pas, on est dimanche, par Merlin.

Draco s'enfonça dans les oreillers et leva un sourcil séducteur.

– En plus, c'est la St–Valentin. On peut rester au lit, empester le sexe… Laisse–moi une demi–heure et on peut remettre ça.

Harry sourit à son amant qui avait l'air rassasié et pas qu'un peu froissé après leurs ébats dans les draps.

– J'ai du sperme qui coule le long de ma jambe, j'ai besoin d'une douche.

– Oh oui, et de si jolies gouttes de sperme glissant sur ta jambe vont te valoir quelques admirateurs sous la douche.

Exact.

–T'as qu'à prendre une serviette et t'essuyer, ça ne t'a jamais embêté avant.

Ce qui était également vrai, si ce n'était que le cadeau de St–Valentin de Harry pour Draco était dans la chambre de Hermione et de Lavande et qu'il avait besoin d'une excuse pour quitter la pièce et aller le chercher. Il voulait le donner à Draco pendant le petit–déjeuner – ce qui voulait dire qu'il devait de toute façon se doucher, et Draco aussi.

– Je me sens crade, dit Harry mentant admirablement. Je veux vraiment me laver.

Draco semblait plus qu'un peu déçu que son côté séducteur n'ait pas marché.

– Okay, va ôter toutes traces de moi.

– Je ne veux pas effacer toutes traces de toi ! Où est–ce que t'as été chercher ça, putain ?

Draco afficha une moue boudeuse et Harry remonta sur le lit pour embrasser ses lèvres gonflées de baisers.

Bon sang, il était délicieux.

– Je vais quand même prendre une douche.

Draco sourit et titilla la lèvre supérieure de Harry avec sa langue.

– Bon, assure–toi bien d'envoyer se faire foutre la belette de ma part.

– Promis, je transmettrai le message.

– Merci.

Harry se rua hors du lit et attrapa le peignoir noir de Draco à la patère sur le mur. Il n'était toujours pas sorti acheter de nouveaux vêtements, l'interdiction de Dumbledore pour eux de quitter le château avait tué l'initiative dans l'œuf. Il n'avait pas été capable d'aller acheter un cadeau à Draco lui–même, et il avait confié cette tâche à Hermione. Harry se retrouvait de plus en plus souvent avec les vêtements de Draco, plus dans le but de le faire cesser de se plaindre de ses habits plutôt qu'une réelle envie de ressembler à une fashion victime.

Bien sûr, Draco était bien plus grand que Harry, alors ce dernier avait toujours l'air un peu perdu dans ses vêtements. Il s'enroula dans son peignoir, en serrant bien la ceinture avant de sortir.

– Tu as une tâche humide sur les fesses.

Harry se démit presque le cou pour essayer de voir son derrière.

– Argh.

Il tapota son postérieur de la main pour sentir l'humidité.

– Oh, beurk !

– Reviens te coucher.

– Non, je dois laver ça. Bordel, Draco, combien de putain de giclées t'as en réserve ?

Giclée ?

– Une quantité normale !

– Oh, bon dieu, c'est dégueu !

– Bien, je te remercie pour ce commentaire sur mon liquide séminal !

– Tu sais ce que je veux dire.

– Peut-être que je devrais simuler la prochaine fois, comme ça tu n'aurais pas toutes ces choses dégoûtantes dans ton petit cul …

– Je ne dis pas que…

– Ou mieux encore, arrêter tout simplement de te baiser, tu n'aurais plus aucun souci à te faire.

Harry pâlit.

– Ne… Ne plaisante pas là dessus.

– Qui a dit que je plaisantais ?

– Je…

Les yeux de Harry devinrent instantanément brillants.

– Je suis désolé. Je…

– Potter ?

– Oui ?

– Je plaisantais,espèce de crétin balafré.

– Oh.

Harry lui lança un sourire incertain.

– Je le savais.

– Va prendre ta douche.

Harry sourit, se tourna et dandina du postérieur pour le bien de son amant avant d'aller vers la salle d'eau commune. Il venait juste de rentrer dans les douches quand il se souvint – ah oui, la tâche humide – et attrapa rapidement une serviette.

Apparemment, la plupart des occupants de la tour avaient décidé de se doucher tôt avant de descendre dans la Grande Salle pour le petit déjeuner et les cadeaux, puis vers Pré–au–Lard pour les rendez–vous de la St–Valentin et les bras impatients de diverses petites amies. Harry s'avança au milieu d'eux, essayant de s'occuper de ses affaires et espérant que personne ne lui parlerait. Il serra les fesses, tentant désespérément de stopper ce qui coulait le long de sa jambe. Il fut reconnaissant quand il sentit le liquide arriver dans le creux de son genou et s'y arrêter.

– Culs au mur, les mecs, Potter est là !

Des rires parcoururent la salle d'eau, Harry s'arrêta net. Il baissa la tête et sentit ses joues brûler de honte.

Ignore–le. Il a décidé de foutre la merde. Contente–toi de l'ignorer.

C'était plus facile à dire qu'à faire, Ron avait l'air de croire qu'il avait gagné une sorte de victoire grâce au silence de Harry et continua à croasser.

– Qu'est–ce qui ne va pas, Harry ?demanda–t–il joyeusement. T'as pas la main baladeuse, ce matin ?

Harry soupira et il se retourna pour les fusiller du regard. Les rires stoppèrent et il espérait que c'était bien de la honte qu'il pouvait reconnaître sur au moins quelques visages présents. La plupart paraissaient un peu apeurés, comme s'ils se demandaient ce que Harry Potter pouvait leur faire s'ils riaient de ses préférences sexuelles. Ils semblaient aussi impatients de voir ce qui arriverait ensuite, alors que leurs yeux passaient de Harry à Ron, anticipant un combat.

Typique. On passe toute sa vie à se battre pour ces gens et maintenant, tout ce qu'ils veulent, c'est nous voir nous détruire.

Ron en avait déjà trop fait pour s'arrêter. Il avait pris un peu de la drogue d'Angelina quelques minutes avant d'aller se doucher et il était encore au sommet de son pic d'euphorie. Rien ne pouvait l'arrêter. Il avait raison, il était bien …et Harry ne se défendrait pas, il ne le faisait jamais.

– C'est ce que t'aimes faire, hein, Harry ? Attendre que quelqu'un soit seul dans les douches ? Comme, ça tu peux l'attraper et abuser de lui ?

Ron eut un sourire victorieux.

– C'est du moins c'est ce que tu voulais faire hier soir, non ?

– Ce n'est pas ce qui s'est passé et tu le sais, répondit Harry, l'air menaçant.

– Vraiment ? Eh bien, pourtant c'est comme ça que je m'en souviens ! J'étais dans la douche, t'es arrivé et tu m'as agrippé… tu te rappelles ?

Doux Merlin, ce type est sérieusement dérangé.

– Ouais, siffla Harry, je me souviens parfaitement bien, ce qui n'a pas l'air d'être ton cas. T'étais effondré dans la cabine de douche, tu pleurais comme un putain de bébé !

Les yeux de Ron se rétrécirent et il réalisa à travers le voile de l'addiction que ça pouvait tourner au vinaigre.

– Pourquoi t'enlèves pas ton peignoir, Ron ? demanda Harry. Pourquoi tu montres pas à tout le monde ce que j'essayais de peloter ?

– T'aimerais ça, hein ? aboya Ron, mais son venin s'estompait. T'aimerais te rincer l'œil.

– Ouais, confirma Harry en croisant les bras, j'aimerais bien. Je suis joliment sûr que tout le monde trouvera cette vision intéressante aussi.

Ron se força à rire.

– Tout le monde n'est pas un putain de malade comme toi. Tu veux juste ce que tu ne peux pas avoir.

Harry faillit en rire et il ne put vraiment pas arrêter le sourire incrédule qui fleurit sur son visage.

– Est–ce que tu as bien regardé mon petit ami ? s'enquit Harry avec une note de stupéfaction, remarquant comment Ron tressaillait quand il dit les mots petit ami. Est–ce que tu l'as vraiment bien regardé ? Bordel, pourquoi je voudrais tout foutre en l'air pour courir après un minable ?

Il n'attendit pas la réponse de Ron, alors que le front de moquerie se brisait sous le rire de Neville, Harry se retourna et quitta la salle d'eau. Sa douche pouvait attendre et la récupération du cadeau de Draco aussi. Draco avait raison, on était dimanche, c'était la St–Valentin et il était au lit, chaud et empestant le sexe. Harry savait où il préférait être.

oOo

Semeuse était assis au bord de la piscine et regardait Lucius flotter au centre. C'était, comme toujours, un plaisir de le regarder. Ses épais cheveux blonds s'étalaient, s'enroulaient en grandes boucles dans l'eau, comme une espèce d'algue sauvage, quelque chose d'une extrême beauté. La première fois, Semeuse avait eu peur que son ange ne coule s'il n'était pas à ses côtés, mais il réalisa bien vite qu'il n'y avait pas d'inquiétude à avoir. Lucius, semblait–il, pouvait flotter des heures. Ce qui ravissait le cœur du conservateur était que Lucius avait l'air d'aimer ça. Il dérivait, puis soudainement, changeait de direction, dessinant des cercles complexes dans l'eau. Semeuse l'observait, s'émerveillant de la manière dont il semblait glisser, comme s'il y avait là un bref moment de libération d'un corps qui ne voulait simplement pas fonctionner comme il le devait.

Finalement, incapable de se contenir, Semeuse applaudit son ange intelligent.

– Magnifique, Lucius, c'est un merveilleux cadeau que tu me fais.

Lucius s'arrêta, jusqu'à ce que la seule chose qui le fasse bouger soit les lentes ondulations de l'eau. Le conservateur soupira, enleva sa chemise de nuit et plongea dans l'eau sans hésitation.

Il savait exactement comment ça fonctionnait. Des choses basiques devaient être faites avant d'avoir le plaisir de sentir les bras de son ange autour de lui. Ça ne prendrait pas longtemps, Lucius apprit rapidement qu'il pouvait éviter de lutter en se cramponnant à son sauveur.

Il était si beau.

Semeuse le bloqua sous l'eau, attendant qu'il se débatte et, quand il commença, il sourit tandis que les mains s'agitaient, cherchant désespérément quelque chose pour le sauver. Semeuse le maintint fermement, le laissant là un peu plus longtemps que nécessaire, avant de le ramener à la surface.

Lucius inspira violemment, les yeux révulsés, parfaitement conscients, puis il replongea sous l'eau.

Bien qu'il ignorât comment, Semeuse perdit sa prise sur lui. Lucius griffa la main qui tenait sa tête, une marque juste un peu trop profonde et Semeuse le relâcha, mais pour une seconde seulement. Ce fut suffisant. Semeuse regarda autour de lui, cherchant désespérément son ange des yeux. Il eut une pensée terrible, son ange avait coulé ; il s'était noyé !

Lucius refit surface quelques mètres plus loin, tremblant, il regarda fixement celui qui serait bientôt son amant. Semeuse sentit sa gorge s'assécher. Lucius nageait parfaitement dans l'eau.

C'était un ange intelligent.

– Lucius, reste où tu es.

Semeuse avança vers lui et Lucius lui lança un dernier regard de défi, avant de se tourner et de nager avec des mouvements parfaitement coordonnés, au loin.

Très intelligent, en effet.

– Lucius, où crois–tu aller ? Ton corps va se fatiguer avant même que tu ne sortes de l'eau.

Lucius continua à nager vers le bord de la piscine.

Accio baguette.

La baguette du conservateur fila droit dans sa main et il la pointa sur Lucius, il ne voulait pas l'utiliser mais il savait que c'était pour autant pour le bien de son ange que pour le sien.

– LUCIUS, ARRÊTE MAINTENANT !

Lucius atteignit le bord de la piscine et se redressa, essayant d'attraper le bord. Semeuse doutait qu'il réussisse à se soulever mais il ne voulait pas prendre de risques – Lucius pourrait tomber et se faire mal.

– LUCIUS !

Lucius commença à s'extraire de la piscine.

STUPÉFIX !

Lucius retomba dans l'eau et coula comme une pierre.

oOo

Ron fixa l'enveloppe rouge qui venait de se poser dans son petit–déjeuner et maudit la chouette inconnue qui venait de l'apporter. Il l'observa sous toutes les coutures et la retourna dans tous les sens plusieurs fois. Une partie de lui luttait contre l'espoir que ce fut de la part d'une fille magnifique et secrète, mais au fond, il savait que c'était faux. Il n'y avait pas de mystérieuse admiratrice pour Ronald Weasley, pas cette année. Il n'y avait qu'Angelina.

Il ne voulait pas d'une carte de St–Valentin de sa part et il ne voulait pas de pouvait la renvoyer sans l'ouvrir et l'ignorer, comme si elle n'était jamais arrivée. Il pouvait le faire, oui, mais il savait qu'il ne le ferait pas.

Il laissa son regard couler vers Harry, il était en train d'ouvrir une boîte soigneusement emballée. Malfoy était à côté de lui, usant de l'opportunité que représentait l'inattention de Harry – occupé ailleurs – pour adresser une grimace à Ron. Il apparut que Harry lui avait offert un livre et il n'en semblait pas ravi le moins du monde – même si pour Harry, il était tout sourire. Harry avait l'air bien. Détendu et Malfoy d'un côté et Hermione de l'autre. Hermione avait aussi son propre cadeau, elle le déballait avec une lenteur délibérée, comme si elle était perdue dans la texture du ruban entre ses doigts. Elle avait le même air que Harry ; heureuse.

Il se demanda un moment qui avait pu rendre Hermione heureuse, mais ses interrogations furent brutalement interrompues lorsque Harry embrassa Malfoy. Ron en laissa presque tomber son enveloppe. Embrasser Malfoy. Dans la Grande Salle. C'était à gerber. Embrasser Malfoy n'importe où était dégueu en soi, mais en public c'était impardonnable.

Pour la première fois, Ron décida qu'il devait vraiment observer Malfoy. L'amant de Harry. Il ressemblait toujours à ce petit con arrogant auquel il avait toujours ressemblé, mais s'il devait regarder Malfoy comme un amant potentiel et pas comme un ennemi, Ron devait accorder qu'il était assez bien foutu. Mais, physiquement, il était tellement comme son père… Regarder Harry l'embrasser revenait à voir Harry embrasser Lucius Malfoy ce qui revenait à voir Charlie mourir encore une fois.

Harry le prit sur le fait et fronça les sourcils. Il détourna le regard et déchira l'enveloppe sans y penser. Un anneau en tomba et il essaya tant bien que mal de le rattraper. Il scintilla et vint se mettre sur son petit doigt, comme s'il était destiné à faire ça. Il l'examina, enroulé autour de son doigt, le diamant brillant, abominablement familier.

C'était une alliance. L'alliance d'Angelina.

Merde.

Il essaya de la retirer mais elle était comme collée. Bon, elle avait été ensorcelée pour trouver sa place – et maintenant il était coincé avec son alliance au doigt. Une boule compacte de chaleur commença à se former dans le creux de son estomac et il sentit son cœur battre un peu plus vite. Il mit la main dans l'enveloppe et ses doigts rencontrèrent quelque chose de pointu. Il siffla de douleur et retira rapidement sa main, son doigt saignait. Un autre sentiment déferla en lui, une exaltation familière. Il jeta un coup d'œil à l'intérieur de l'enveloppe pour découvrir une aiguille, sans aucun doute enduite du produit d'Angelina. Il pouvait en reconnaître l'odeur. Bon sang, il pouvait le sentir en lui !

Mais c'était différent. Avec la béatitude, il y avait autre chose. De la culpabilité. Des remords. Quelque chose qui fit pleurer ses yeux et se tordre son estomac d'angoisse.

Il sortit la lettre et l'ouvrit avec des mains tremblantes.

« Cher Ronnie,

Ci–joint, tu trouveras mon anneau de mariage puisque dorénavant il t'appartient pleinement. Tu m'as fait t'aimer donc tu mérites la bague et je n'ai aucun doute, elle t'ira au mieux.

Durant ma première année, le professeur Snape nous a fait un laïus au sujet de mettre la gloire en bouteille et faire naître la grandeur. Je suis tout à fait certaine qu'il vous a servi le même discours ; il fait ça à tous les 1ère année. Ce qu'il n'a pas dit, c'est qu'on peut aussi distiller la malveillance, mettre la culpabilité en bouteille et infuser la dépression. On peut concocter une potion si puissante qu'il n'y aurait ni antidote, ni remède. Pour faire court, on peut créer la vengeance sous forme liquide.

Tu as été un très bon cobaye, Ron, et si les choses avaient été différentes, je pense que j'aurais pu tomber amoureuse de toi. Mais maintenant, tu devrais sentir les effets de ma dernière création, c'est mon dernier cadeau pour toi. Tu pourrais en avoir besoin sur la fin.

J'ai dû parler de nous à George, je ne pouvais plus me regarder en face. Je lui ai tout dit, comment tu m'as séduite, comment tu voulais que je le quitte pour que je parte avec toi. Il est dévasté, bien sûr. La dernière fois que je lui ai parlé, il maudissait ton nom. Je ne peux pas être avec toi, Ron, je ne peux être avec aucun de vous. Je suis désolée. Je ne peux que te souhaiter bonne chance.

Avec tout mon amour,

Angelina. »

Ron laissa tomber la lettre qui partit en fumée. George savait. George savait tout.

Ce qui voulait dire que sa famille savait tout. Ce qui voulait dire que sa mère savait tout. Instinctivement, Ron braqua les yeux vers les chevrons, à la recherche d'une chouette qui porterait l'inévitable Beuglante. Il n'y avait rien.

Distiller la malveillance, mettre la culpabilité en bouteille, infuser la dépression.

Oui, c'était là, il pouvait le sentir. Pas assez fort pour contrer la panique saisissante qui le parcourait, mais c'était là.

Il devait parler à George, il devait essayer d'expliquer. Il devait aller à Londres.

oOo

Tandis qu'il s'asseyait pour prendre son petit–déjeuner, Harry réalisa qu'il n'avait pas vraiment pigé le truc du cadeau. Enfin… Pas dans le style de Draco Malfoy, en tout cas. Harry avait été habitué à acheter un cadeau, un cadeau par personne – Draco n'avait apparemment pas entendu parler du concept. C'était ça ou il aimait juste faire des cadeaux à Harry, ce qui était possible aussi.

Le fait qu'ils ne puissent pas quitter le château ne les avait pas aidé à mieux préparer leurs courses et il avait dû faire confiance à Hermione pour acheter le cadeau de Draco – une personne que Ron et lui avaient, un jour, surnommé publiquement : la Pire Faiseuse de Cadeau de Toute l'Histoire du Monde Sorcier. En y réfléchissant, il aurait dû demander à Lavande d'y aller, de cette façon, son unique et pathétique cadeau pour Draco aurait été beaucoup plus convenable – et sans aucun doute beaucoup plus… eh bien, St–Valentin.

Hermione avait offert à Snape un livre de potions pour Noël, bon sang. À quoi avait–il pensé ? Demander à Hermione d'acheter un cadeau de St–Valentin !

À la décharge de Draco, il semblait vraiment enthousiasmé par un cadeau assez merdique. Il avait reçu son lot de cartes d'admirateurs lui promettant des plaisirs inavouables si seulement il voulait rentrer dans le droit chemin (il s'en débarrassa presque immédiatement) et, au grand désespoir de Harry, il y avait aussi un autre cadeau.

Mais Draco déballa d'abord le cadeau de Harry et sourit avec une fausseté élaborée.

– Waouh… C'est… génial... Chéri, c'est exactement ce que je voulais.

– Et tellement romantique, ajouta Lavande, le regard figé par une stupéfaction que Draco semblait incapable d'exprimer.

Harry avait les yeux rivés sur le cadeau, sidéré. Il devait combattre l'envie urgente de se tourner vers Hermione pour lui demander ce qui était passé exactement dans sa bon dieu de tête quand elle avait choisi ça. Harry avait suggéré un nouveau fermoir pour sa cape peut être, ou bien un de ces jolis anneaux de platine qu'ils avaient vus la dernière fois qu'ils étaient allés au village. C'était censé être le symbole de son amour, un signe de son affection éternelle. C'était supposé être le cadeau qui disait à Draco que ce qui les liait était impérissable. C'était pour leur première St–Valentin, la première St–Valentin que Harry passait avec quelqu'un qu'il aimait vraiment et ça, c'était le cadeau qui était censé exprimer tout ça.

C'était un horrible livre vert intitulé : 727 étapes simples pour passer vos ASPICs.

– Heu…

Harry rit nerveusement.

– Je… Heu… Il y a une carte aussi.

Au moins il avait écrit la carte lui–même.

Draco mit le livre de côté et ouvrit l'enveloppe. La carte était simple et rouge, sans image. Hermione avait pensé que ça faisait masculin et même si Harry trouvait la notion ridicule, il avait aimé la carte. L'intérieur était exempt de toute légende, il avait donc pu écrire lui–même un mot.

« Draco,

J'ai déposé mes rêves à tes pieds

Marche doucement, ne les piétine pas

Je t'aime.

Harry. »

Draco sourit et tendit la main pour lui caresser doucement la joue, oubliant un instant les gens qui remplissaient la Grande Salle.

– J'essayerai, murmura tendrement Draco avant de placer son premier cadeau dans les mains de Harry. Maintenant, ouvre le tien.

Une boule de cristal, une bague en argent,une figurine d'un dragon en étain plutôt féroce qui crachait du vrai feu –c'était seulement les hors–d'œuvre avant ce que Draco appelait sa pièce maîtresse. Ça lui avait pris plusieurs semaines de supplications, d'implorations puis, de chantage à l'état ouvrit la dernière boîte et en sortit un flacon de parfum.

– Oh, mon dieu. Tu as obtenu de Severus Snape qu'il me fasse de l'après–rasage ?

Draco afficha un air consterné.

– Si jamais tu t'en asperges partout comme si c'était un après–rasage, je t'en colle une !

– Alors j'en fais quoi ?

– Bon, intervint Lavande, les yeux rivés sur la bouteille comme si elle contenait de l'or liquide, techniquement, c'est un parfum, tu dois le mettre sur tes points de pulsation. Je peux sentir ?

Harry ouvrit le flacon et ils se penchèrent tous pour humer.

– Cet homme est un génie, murmura Lavande. Tu peux sentir ça ? Ça sent comme toi, Harry, mais en mieux.

– Ça sent comme la peau, remarqua doucement Hermione. Je n'arrive pas à comprendre comment il fait pour que ça sente comme l'épiderme de la personne en question.

– Des cheveux, je pense, il doit utiliser quelque chose de personnel pour en extraire l'essence même. Bon sang, c'est incroyable.

Harry leva les yeux au ciel, même s'il devait l'admettre, c'était vraiment pas mal. L'odeur lui ressemblait effectivement énormément, comme s'il venait de prendre une douche et que sa peau était propre et humide, mais il y avait d'autres choses encore, des fleurs, des herbes aromatiques et des épices. Comme si Snape avait, d'une manière ou d'une autre, réussi à mettre en bouteille, non seulement l'odeur unique de Harry, mais aussi tout son être.

– Je te le demande à nouveau. Snape l'a fait ? Pour moi ?

– En réalité, c'était pour moi.

Draco sourit largement.

– J'ai quand même dû supplier, il n'était pas très enthousiaste, mais, comme on dit, rien que le meilleur pour mon homme.

– Je parie qu'il a adoré le fabriquer.

Draco rit.

– Tu aurais dû voir sa tête quand je lui ai demandé.

– Un sourire jusqu'aux oreilles ?

– Oh, ouais, et même plus !

– Vieux connard gluant.

– Eh !

Hermione fronça les sourcils et Harry tressaillit.

– Désolée 'Mione. J'ai… um…oublié.

Comment c'était possible, ça il n'en savait rien. Sa belle 'Mione couchait avec cette vieille buse.

Elle l'aimait et il n'avait pas intérêt à l'oublier.

– Il t'a offert un cadeau ?

– Ouais.

Hermione sourit sereinement.

– Et ?

Elle poussa la boîte vers Harry qui l'ouvrit. Ses sourcils se haussèrent d'étonnement. C'était un globe à l'intérieur, des personnages miniatures marchaient sur ce qui semblait être le Chemin de Traverse, mais la scène aurait pu se dérouler deux cents ans auparavant, et il neigeait. Une mélodie tintait et le globe tournait gaiement. C'était si simple, une boîte à musique, mais si parfait.

Alors comme ça Snape peut se montrer romantique. Pincez–moi, je rêve.

Il ne pouvait que faire des suppositions à propos de ce que Hermione avait acheté à Snape – une boîte de fioles peut–être ?

– C'est vraiment joli.

Harry maugréa, il aurait aimé envoyer Snape choisir le cadeau de Draco.

Il pris la carte que Draco avait écrite pour lui.

« Donne–moi à jamais toutes ces années où tu as pleuré secrètement quand il faisait froid

Tous les pêchés et les secrets que tu n'as pas criés

Tous les rêves que tu as gardés et les larmes que tu as versées

Donne–moi

Donne–moi maintenant et pour toujours

Maintenant et pour toujours

Corps et âme

Ton cœur

Ton esprit

Ton corps et ton âme. » [1]

Harry trouva la bouche de Draco et scella leurs lèvres. Sa langue suivit un chemin humide le long de ses dents puis les ouvrit pour attraper la sienne.

C'était comme si la Grande Salle s'était figée dans le temps. Lavande remarqua les visages décontenancés. Elle donna un coup dans les côtes de Draco.

– Est–ce que vous pouvez arrêter ? Vous m'excitez.

Harry rougit violemment.

– Désolé.

oOo

– C'est un cadeau très… intéressant… Severus.

Snape lança un dernier coup d'œil perplexe à son nouveau calendrier avant de le refermer. Il faisait vraiment très coloré dans ses appartements et, une fois ouvert, il était horriblement bavard. Il lançait des commentaires inspirés qui étaient supposés l'aider tout au long de sa vie. Il disait des choses comme : Démarre chaque jour du bon pied.

Bon, elle n'est pas particulièrement créative au niveau des cadeaux – mais elle fait plein d'autres choses extrêmement bien.

Il afficha un petit sourire en coin.

– C'est un sourire tout à fait redoutable, Severus ; j'ose espérer que vous gardez l'esprit fixé sur votre travail.

– On est dimanche, Monsieur le Directeur ; je crois que j'ai bien mérité de me reposer un instant.

– Effectivement. En fait, je voudrais vous voir vous détendre un peu plus longtemps qu'un instant.

Dumbledore regarda Severus se sentir de plus en plus mal à l'aise ; ses longs doigts passaient inconsciemment sur la couverture du calendrier. Étrangement, Dumbledore appréciait tout ça, voir Severus avec une expression qui n'était pas une grimace était une rareté, le voir amoureux l'était encore plus.

– Comment va Miss Granger ?

Snape haussa un sourcil. C'était la première fois que Dumbledore mentionnait Hermione depuis qu'il avait appris leur relation et Snape savait qu'il n'était pas utile de la nier.

– Hermione va bien.

– Pas de dégâts après son agression ?

– Elle a d'occasionnels cauchemars, rien de sérieux.

– Rien dont vous ne pouvez vous occuper ? demanda Dumbledore, la voix oscillant entre sévérité et amusement.

Snape afficha un fin sourire.

– Rien dont je ne peux m'occuper.

Dumbledore s'assit sur le siège qui ne lui avait pas été proposé et balaya du regard les contours familiers du bureau du Maître de Potions. Le feu brûlait joyeusement dans l'âtre, chose qui le surprit. Hermione devait préférer le feu aux charmes de chauffage que Snape lançait habituellement autour de lui.

– Je présume que vous partagez votre lit avec elle ?

Snape remua sur sa chaise et ouvrit la bouche pour répondre, il se sentit horrifié quand rien ne sortit.

– Je ne peux pas vous condamner pour ça.

Snape reprit de la prestance.

– Alors peut être que vous auriez dû le mentionner un peu plus tôt, répondit–il d'un ton soyeux.

– Peut être que vous auriez dû vous retenir un peu, Severus.

Snape s'empourpra et détourna son regard.

– Je… J'ai… Elle…

– Du calme, Severus. Je ne suis pas là pour m'interposer entre vous, même si je dois vous demander de faire preuve de plus de discrétion, ici, à l'école.

Dumbledore se sourit à lui–même.

– Et, s'il vous plait, gardez en mémoire qu'Argus effectue toujours des patrouilles dans le couloir du troisième étage.

Oh, Seigneur.

– Ce serait donc une riche idée que de confiner vos activités à votre chambre.

– Oui, Monsieur le Directeur.

Le teint de Snape avait décidément pris la couleur d'une fraise ; ses yeux noirs étaient dilatés d'horreur d'avoir été vu, et par Argus Rusard de surcroît. Oh, Dumbledore connaissait tous les détails sordides, Rusard avait été très explicite.

– Allons, Severus, dit joyeusement Dumbledore, je ne suis pas venu discuter de votre relation avec Hermione Granger et je peux garantir que si je disais quoi que ce soit qui creuse un fossé entre vous deux, Minerva aurait ma tête sur un plateau.

Et vos valseuses pour le petit–déjeuner.

– Ça, c'est certain.

Snape tressaillit et se rappela qu'il devait mieux surveiller ses pensées en présence du directeur. Même si ça l'irritait d'y penser, il y avait de nombreuses similarités dans la façon dont il s'adressait à Dumbledore et à Voldemort. Il devait se préserver avec les deux et il savait que ça causait beaucoup de peine à Dumbledore.

– De quoi voulez–vous parler, Monsieur le Directeur ?

Dumbledore lui sourit ouvertement.

– Quand allez–vous arrêter d'être si formel, Severus ?

– Je suis désolé, la force de l'habitude, répondit froidement Snape.

– Je ne suis pas là pour vous rabaisser, Severus.

– Je le sais bien.

Il n'était pas d'humeur à discuter amitié et confiance avec Albus Dumbledore. Il savait parfaitement qui étaient ses amis, et il était conscient que Dumbledore était l'un d'eux. Il n'était simplement pas le genre d'homme à garder ses amis. Des alliances, oui ; des amis, non. Il baissa délibérément le ton.

– Qu'avez–vous en tête, Albus ?

– Mr Archibald Semeuse.

Snape s'étouffa presque dans sa propre salive.

– Le conservateur du musée ?

– Oui, vous l'avez rencontré, je crois ?

– Oui – c'était il y a quelques temps maintenant.

Snape ferma son esprit aussi sûrement qu'on claque des volets sur une fenêtre.

Ça n'était qu'un changement subtil dans l'attitude de Snape, mais Dumbledore pouvait cependant le détecter. Il sourit sereinement et laissa le Maître des Potions garder ses secrets.

– Et ?

Dumbledore fit apparaître une tasse de thé et invita Snape à s'asseoir en face de lui.

– Je vous ai déjà dit que j'avais déjà entendu ce nom avant mais que je n'arrivais pas à le replacer ?

– Oui. Vous vous en souvenez maintenant ?

– Je dois admettre que ça me troublait, j'ai dû vérifier dans les fois que j'ai eu trouvé les vieux articles, l'histoire m'est revenue.

Il sourit mais se sentait inquiet quant à la réaction de Snape à la nouvelle à venir.

– Il y a quelques années, à sa nomination au poste de conservateur du musée, il y a eu un scandale. Semeuse voulait débuter une collection humaine. À l'époque, le Ministère venait d'en finir avec les procès de Grindelwald. L'idée d'utiliser des Détraqueurs pour garder Azkaban était nouvelle, aussi nouvelle que d'utiliser le Baiser comme punition. Semeuse a vu les victimes du Baiser comme une opportunité d'amasser une collection de spécimens humains pour le musée.

– Alors ce n'est pas la première fois qu'une exposition pareille est proposée ?

– Non, pas vraiment. Le Ministère a fait en sorte que chaque partisan de Grindelwald reçoivent le Baiser du Détraqueur – et ils étaient bien trois cents – sauf qu'il n'avait pas prévu d'espace de soin pour ce qu'il en resterait. Ces gens n'étaient pas morts et leurs corps avaient des fonctions, ce qui signifiait qu'ils avaient besoin de soins, et les Détraqueurs ne sont pas connus pour leurs capacités à prendre soin de leurs victimes. Donc, dans un autre éclair de génie, le Ministère décida de saisir l'offre du conservateur Semeuse – en allant même un peu plus loin. Ils mirent les prisonniers aux enchères pour les collectionneurs privés. Le conservateur Semeuse en acheta cinq, ce qui n'était pas inhabituel, mais les choses prirent ensuite un tournant malsain.

Dumbledore fit apparaître plusieurs photographies pour les placer devant Snape.

– Il est apparu que le conservateur avait un penchant pour des spécimens d'un type très particulier.

Snape étala les photographies devant lui et sentit son souffle se bloquer. Cinq victimes du Baiser. Tous mâles, tous jeunes, tous beaux et tous blonds.

Snape passa les doigts sur l'image d'un homme qui semblait bizarrement familier.

– Lui, dit doucement Dumbledore, c'est Justinian Malfoy. S'il avait survécu, il aurait été l'oncle de Lucius Malfoy.

Le garçon de la photo ne pouvait pas avoir plus de seize ou dix–sept ans. Snape se sentait anesthésié.

– Et que leur est–il arrivé ? demanda–t–il.

– Le Ministère les a retirés de ses soins et les a fait exécuter.

– Pourquoi ?

Il ne voulait pas connaître la réponse. Il ne le voulait vraiment pas.

– On a découvert que le conservateur entretenait des relations charnelles avec ses spécimens.

– Des relations charnelles ?

Snape savait ce que voulait dire Dumbledore, il avait juste besoin d'entendre les mots sortir de sa bouche, comme pour lui confirmer que c'était bien vrai. Il sentit son estomac se contracter.

– Il les a violés ?

– Et bien, certaines opinions diffèrent. Techniquement, il les possédait, il avait donc le droit de faire ce qu'il désirait avec ses propriétés. Les familles des victimes se sont bien sûr battues contre cette façon de penser, mais la majorité des gens se fichaient pas mal de ce qui arrivait à ces jeunes hommes. Le Ministère les lui a retirés pour prouver qu'il n'était pas en accord avec son comportement. Néanmoins, ils l'ont quand même remboursé et ne lui ont jamais intenté de procès. Après quelques semaines, le scandale s'est effacé pour être maintenant presque oublié.

Snape jeta un regard sur les photographies.

– Et maintenant, il a une nouvelle collection…

Sa bouche s'assécha au souvenir de Lucius, le seul Mangemort qui n'était pas attaché, qui avait les traits tirés et pâles, adossé dans un recoin de la vitrine, lui revint en mémoire.

– Il a Lucius !

– Oui, il a Lucius Malfoy.

Dumbledore semblait troublé.

– J'ai reçu une note disant que Draco avait fait une requête au Ministère pour récupérer son père – et qu'elle lui avait été refusée.

Snape commença à faire les cent pas.

– C'est pire que ça. Semeuse a fait annulé la requête – Fudge lui en a donné la garde !

Dumbledore jura violemment et ce blasphème arrêta net Snape, comme si ce mot à lui seul lui confirmait qu'en effet tout allait aussi mal qu'il semblait.

– Comment Fudge a–t–il pu donner à ce Semeuse une collection de Mangemorts en connaissant son passé ?

– Les mémoires sont courtes, Severus, j'ai moi–même eu du mal à m'en souvenir… Et Fudge devait être enfant quand c'est arrivé.

– Alors quoi maintenant ? Si Fudge a eu vent du passé de Semeuse, il est certain qu'il reviendra sur sa décision et laissera Draco ramener Lucius chez lui, non ?

– Ne jamais sous–estimer Cornelius Fudge, vous devriez le savoir, depuis le temps, Severus.

Snape détourna le regard, grinçant des dents. Il devait tout dire à Dumbledore, au moins, ils pourraient avoir un peu d'aide dans cette histoire.

– Severus…

C'EST RIDICULE !

– Severus, essayez de rester calme.

– CET HOMME… BAISE…

– Nous ne le savons pas !

– Qu'est–ce que je vais dire à Draco ? demanda vivement Snape.

Dis–le à Albus. Contente–toi de le lui dire.

– Envoyez–moi Draco, je lui parlerai.

Snape eut un rire désabusé.

– Draco ne vous parlera pas, il a beau baiser avec Potter mais il ne pense pas encore comme lui.

Dumbledore devait lui concéder ce point, même s'il ne l'aurait pas exposé aussi crûment.

– Alors peut être que Harry pourrait lui parler.

– Je le lui dirai moi–même.

Snape se rongea un ongle avant de murmurer, presque pour lui–même.

– Je dois faire revenir Lucius.

– NON, Severus, ne faites rien contre le Ministè aimerait tellement pouvoir vous relier à Lucius Malfoy d'une manière ou d'une autre. Je ne veux pas me retrouver à vous contempler dans une vitrine.

Snape avala sa salive.

– Je ne peux pas rester là à ne rien faire !

– Je vais faire ce que je peux pour sortir Mr Malfoy de sa situation actuelle, mais en attendant, je dois vous demander de rester en retrait et d'attendre que j'en sache plus. Nous ne savons pas ce que fait vraiment le conservateur.

– On pourrait faire une putain de bonne déduction !

Dumbledore soupira, sachant pertinemment qu'il ne servait à rien d'essayer de raisonner Severus quand il était dans cet état.

– Peut–être que ce n'est pas le meilleur état d'esprit pour aller parler à Draco.

Snape fixait le feu d'un regard noir. Il devait parler à Draco tout comme il devait faire sortir Lucius du musée.

Il devait trouver Regina Vermoral.

oOo

En voyant son frère apparaître sur le Chemin de Traverse, Fred Weasley jeta un regard à George heureusement, ce dernier avait la tête dans la cheminée, il ne se rendit compte de rien, il discutait avec leurs parents. Fred courut dans la rue. Il savait que Ron viendrait, aussi certainement qu'il savait ce qui arriverait dès que George le verrait.

Et Fred voulait entendre la version de Ron, il voulait l'entendre se justifier d'une manière ou d'une autre.

– Fred…

– N'entre pas, le prévint Fred. Si tu sais ce qui est bon pour toi, tu ne l'approcheras pas.

Ron semblait désespéré, il se tordait le cou pour voir derrière Fred dans la boutique.

– J'ai besoin de lui parler.

– Il ne veut pas te parler.

– S'il te plaît…

Ron jetait des coups d'œil désespérés aux alentours, des gens s'arrêtaient pour regarder, pour voir ce qui causait cette agitation.

– Je t'en prie, Fred, j'ai besoin de m'expliquer.

– Alors explique–toi.

Fred ne souhaitait qu'une chose, entendre une explication, il y avait une once d'espoir dans sa voix. L'espoir qu'Angelina avait menti et que finalement Ron était toujours Ron, le loyal, l'aimable regarda son frère de haut en bas et remarqua combien il avait l'air échevelé, combien il paraissait mal. Le visage de Ron n'était qu'un masque de désespoir, il transpirait et sentait mauvais. Le regard de Fred fut attiré par un objet brillant à la main de Ron et s'arrêta. Il connaissait bien cette bague, il l'avait vue tous les jours pendant presque deux ans. Il regarda Ron dans les yeux et sentit son cœur chavirer.

– J'ai besoin de voir George, supplia Ron, incapable de trouver les mots pour expliquer quoi que ce soit, en espérant qu'ils viendrait quand George serait finalement face à lui.

Les yeux de Fred se posèrent à nouveau sur l'anneau fixé au doigt de Ron.

– Alors c'est vrai ? Tu es venu te pavaner ? Tu es venu t'assurer qu'il se sente mal ?

Ron regarda son doigt. Il avait oublié la bague !

– Je… Non ! C'est coincé, je n'arrive pas à l'enlever, elle l'a ensorcelée pour qu'elle reste là.

EST–CE QUE TU L'AS SÉDUITE ?

Ron fronça les sourcils, cherchant des brides de souvenirs dans sa mémoire confuse. Ce n'était pas si simple, pas si coupant et sec qu'un il l'a séduite, mais, quelque part, il n'arrivait pas à dire pourquoi ce n'était pas si simple. Il l'avait séduite, c'était elle qui le lui avait dit.

– Oui, confirma–t–il à contrecœur. Mais je…

Il n'y avait vraiment rien d'autre à dire. Il avait séduit la femme de George et c'était tout ce qui comptait. Il vit le visage de Fred se fermer, choqué et abasourdi, désormais fermé à son petit frère. Il se foutait pas mal du fait que c'était compliqué, il savait seulement que c'était arrivé. Aucune explication ne rendrait la chose plus douce. Et qu'y avait–il à expliquer de toute manière ? Il l'avait fait, il le savait. Il s'était précipité, tête baissée, en pleine connaissance de cause et s'était félicité de sa victoire. Il n'avait pensé qu'à lui et au contrat. Des excuses semblaient futiles, comme un prix de consolation après avoir pris tout ce que chérissait un autre.

Mais il ne l'avait pas prise – et il ne voulait certainement pas d'elle. S'il ressentait quoi que ce soit pour elle, c'était de la haine, et c'était probablement pire, parce que George l'aimait et Ron l'avait prise quand même.

– Fred, s'il–te–plaît.

Il essaya de contrôler sa voix, essaya d'avoir l'air de quelqu'un qui avait le contrôle de la situation et pour qui Fred n'avait pas d'importance.

– C'est compliqué. J'ai besoin de parler à George.

Ron essaya de passer outre Fred, il ne voulait qu'une chose, voir George pour pouvoir se jeter à ses pieds et implorer son pardon. Fred le repoussa violemment d'un coup dans la poitrine, l'envoyant valser dans la rue.

– Je t'ai dit non ! Maintenant, dégage Ron.

– NON ! Est–ce que je peux au moins m'expliquer ?

– Ne commence pas tes conneries avec moi ! Maintenant, casse–toi !

– Je veux juste lui dire que je suis désolé !

IL NE VEUT PAS L'ENTENDRE !

Ron se contorsionna sur le sol. Il voulait être en colère, contre Fred pour être si vertueux, en colère contre Angelina pour lui avoir infligé ça et contre lui–même pour être si pathétiquement faible. Mais rien ne venait sauf le désespoir.

– J'ai besoin de m'expliquer.

– Alors explique–toi, exigea Fred avec violence. Dis–moi juste comment tu as réussi à convaincre la femme de ton frère de le tromper et que tu serais un bien meilleur coup.

Ron l'observa, figé, et sentit ses yeux le piquer. Ça avait vraiment été comme ça ? Si cru et si bas ? Oui, sans doute.

– Je n'ai jamais voulu le blesser… Il ne m'a jamais semblé que c'était le cas… Je ne voulais pas… Je…

Mais il l'avait fait. S'il l'avait séduite, c'était qu'il avait dû le vouloir. Ron se gratta inconsciemment les bras et les bleus se mirent à pulser et à réclamer leur dose.

Oh, mon dieu, pas maintenant, ne me fais pas ça maintenant.

– Retourne à Poudlard et dégage de nos vies.

– Je ne partirai pas… réfuta Ron qui avait commencé à trembler. Je ne partirai pas avant de l'avoir vu.

– Alors tu vas attendre longtemps, il est parti au Terrier.

C'était un mensonge facile, Fred savait que George irait au Terrier dès qu'il aurait fini de parler avec leurs parents.

– Et crois–moi, tu ne veux pas y aller.

Non, Ron ne voulait certainement pas aller au Terrier. Pas encore. C'était assez dur à faire sans y ajouter l'ire de leur mère – et il pouvait déceler le mensonge dans la voix de Fred. Il savait que George était encore là. Il essaya encore de passer mais il fut stoppé dans son élan quand Fred le frappa durement dans l'estomac. Les yeux de Ron s'écarquillèrent démesurément tandis que chaque parcelle d'air semblait s'échapper de ses poumons, ses genoux lâchèrent et il s'effondra sur le sol.

– J'ai dit non, murmura Fred, fixant son frère qui était maintenant à genoux dans la rue.

La tête de Ron était baissée et il vit ce qui aurait pu être un ruissellement d'eau sur les pierres pavées. Pendant un instant, il pensa que ça pouvait être de la salive ou du crachat mais, quand Ron releva la tête vers lui, il réalisa que c'étaient ses larmes. Le visage de Ron en était imprégné, comme s'il s'était immergé la tête dans un lavabo.

– Je…

Ron inspira douloureusement de l'air.

– Je peux arranger ça…

George parut sur le porche et Ron sentit quelque chose comme du soulagement l'envahir. George était là, toujours là, dardant sur lui un regard meurtrier de ses yeux rougis, sa bouche en colère n'était plus qu'un simple trait sur son visage.

– Pour arranger ça, fit George, la voix râpeuse comme s'il avait pleuré pendant une semaine, tu devrais trouver un retourneur de temps et repartir pour te tenir là où tu aurais dû être pendant cette bataille.

Et échanger ta place avec Charlie.

– Je… Je ne peux pas, sanglota Ron.

Fred secoua la tête et se détourna, les laissant là, le laissant seul avec George. Il n'y avait rien qui pouvait atténuer la colère de son frère.

– Les retourneurs de temps ne vont pas aussi loin, dit–il d'une toute petite voix.

– Bon, répondit George durement, alors je suppose que tu es dans la merde.

oOo

– Severus ?

Hermione balaya la chambre du regard, elle savait qu'il était descendu. Elle voulait le remercier pour son cadeau. Elle voulait le jeter sur le lit et lui offrir une partie de jambes en l'air digne d'une St–Valentin. Elle le désirait tellement.

Mais Severus restait introuvable. Elle se balada dans la pièce. Elle ne lui était pas encore très familière même si elle espérait qu'un jour elle le serait. Des livres poussiéreux sur les anges avaient été remplacés par des livres poussiéreux sur la Démonologie et il y en avait partout. C'était une des choses qu'elle admirait chez lui, quand il s'intéressait à quelque chose, il allait loin pour apprendre tout ce qu'il pouvait sur le le lit elle trouva une note qui lui était adressée.

« Hermione,

Je serai absent quelques heures. Fais tes devoirs.

Severus. »

Elle ne put réprimer un frisson, il parlait plus comme son père que comme son amant. En outre, elle avait déjà fait tout ses devoirs et même si elle pouvait toujours étudier et s'avancer, elle avait espéré passer la journée avec lui. Bien, au moins jusqu'à seize heures à partir de là, Lavande avait décidé que Hermione aurait besoin de se préparer pour le dîner – leur premier rendez–vous officiel. Elle ne put s'empêcher de sourire.

Sur le bord d'une étagère, reposait un livre relié de cuir dans lequel Severus était toujours plongé et qu'il refermait généralement à la vitesse de l'éclair quand elle s'approchait trop. Elle jeta un regard sur la pièce, s'attendant presque à le voir apparaître simplement parce que l'idée l'avait traversée. Mais il n'apparut pas. Elle s'approcha furtivement du livre et entrouvrit la couverture avec désinvolture, juste un petit peu. Lucius Armand Malfoy.

Elle ouvrit le livre un peu plus grand et trouva une photographie d'un très jeune garçon – ce ne pouvait être que Draco – qui la fixait, il était porté par un Lucius Malfoy beaucoup plus jeune. Elle déplaça la photo et revérifia le nom écrit sur la page de garde. C'était écrit des dizaines de fois, chaque fois dans un style différent, comme s'il avait essayé plusieurs signatures, de la même façon qu'on les très jeunes de le faire quand ils essayent de décider de leur identité propre.

C'était un journal intime, un journal infini. Le journal sans fin de Lucius Malfoy. Mais pourquoi Severus le lisait–il ?

Elle ouvrit le livre, aussi proche de la fin qu'elle le put. Les pages étaient trompeuses, elle pensait qu'elle était proche de la dernière page mais une autre ne cessait d'apparaître. Elle s'installa finalement dans un fauteuil près de la cheminée aux braises encore chaudes et ouvrit le livre en grand.

– Mais que cherche Severus ? demanda–t–elle distraitement.

Brusquement, les pages se mirent à voler entre ses doigts à une vitesse qu'elle ne pouvait suivre. Ses yeux s'agrandirent lorsque les pages s'arrêtèrent aussi soudainement qu'elles s'étaient mises à tourner. Elle avait devant elle une page pleine de symboles et d'incantations.

Re'u kinn shame u tu'ame rabuti = VIPÈRE

Invoquer les Sept Portes.

La porte de Nanna est appelée SÎN.

La porte de Nebo.

La porte de Inanna est appelée Ishtar.

La porte de Shamash est appelée UDDA.

La porte de Nergal.

La porte de Lord Marduk.

La porte de Ninib est appelée Adar.

Invoquer les Gardiens

Barra Ante Malda !

Barra Angege Yene !

Zi dingir Anna Kanpa !

Zi dingir Kia Kanpa !

Gaggamannu !

Que nul démon sur terre ou en enfer

Au–delà de la terre ou dans ses entrailles

Ne puisse (là, les mots étaient noircis par une tache d'encre) ici.

Incantation contre les Détraqueurs

Tempêtes destructrices et vents mauvais, ils sont

Le souffle démonique, annonciateur de l'orage fatal,

L'explosion du mal, précurseur de l'assaut mortel.

Ce sont les enfants tout puissants, les Anciens,

Précédant la pestilence.

Les héritiers de Ninnkigal

Sont le déluge qui inonde la contrée,

Les Gardiens du Baiser,

Les Voleurs d'âmes.

Zi Anna Kanpa !

Zi Kia Kanpa !

Zi dingir enlil la lugal kurbur ra ge kanpa !

Zi dingir ninlil la nin kurkur ra ge kanpa !

Zi dingir ninib ibila esharna he kanpa !

Zi dingir ninni nin kurkurna ge kanpa !

Zi dingir a nunna dingir galgalla e ne kanpa !

Zi dingir Anna Kanpa !

Zi dingir Kia Kanpa ! [2]

Hermione fronça les sourcils, certaine pendant un instant qu'elle pouvait entendre une voix réciter l'incantation sans fin dans sa tête. Ce que ça voulait dire, elle n'en savait rien.

Incantation contre les Détraqueurs.

Elle frissonna. Était–ce possible ? Était–ce vraiment ce que Severus cherchait – et si oui, pourquoi ? Elle prit rapidement un bout de parchemin sur son bureau et commença à recopier les incantations. Après tout, si elle ne pouvait pas passer la journée avec Severus, elle pouvait au moins essayer de déchiffrer cette énigme pour lui.

A suivre…

NdT :

[1] paroles extraites de la chanson Body and Soul, The Sisters Of Mercy

[2] Ces incantations sont extraites du Nécronomicon. Les origines et l'authenticité d'un tel grimoire sont incertaines. Selon les divers textes de Lovecraft évoquant l'ouvrage, le Necronomicon, originellement nommé Kitab al Azif (littéralement « Livre du musicien ») aurait été écrit vers 730 à Damas par le poète Abdul al-Hazred, souvent surnommé « l'Arabe dément » par l'auteur.

Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.

Bisous.

Falyla