Titre : Objects of Desire

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Auteure : Azrael Geffen

Traductrice : falyla

Correcteurs : falyla/Florent

Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape

Rating : M/NC-17

Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)

Etat de la traduction : terminée

Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.

Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.

Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.

Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.

Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.

Note de la traductrice : Merci beaucoup pour vos commentaires, j'apprécie vraiment.

Bonne lecture.

Objects of Desire

Chapitre 15 (1ère partie)

Respire

Comme une conséquence naturelle au fait d'avoir élevé sept enfants, Molly Weasley se retrouvait toujours dans sa petite cuisine de très bonne heure. Elle avait cette habitude enracinée en elle, entretenue par des années de pratique. Elle ouvrait les yeux aux premières heures lorsque le monde était encore immobile et restait allongée dans son lit à écouter les ronflements de son mari, les grincements et les gémissements de la maison. Elle restait ainsi, simplement allongée jusqu'à ne plus pouvoir rester tranquille, alors seulement elle se levait et descendait, vers cinq heures.

Ce matin–là, sa routine habituelle subit une différence marquée. Elle était tellement anxieuse qu'aucune habitude n'aurait pu l'empêcher de se lever à quatre heures. Elle se retrouva en train d'arpenter la chambre, l'estomac retourné comme si elle allait être malade. Arthur ne s'était pas couché et elle savait qu'elle allait le trouver endormi, ou au moins assoupi, sur la vieille banquette du salon. Il était probablement toujours en colère et elle ne pouvait pas l'en blâmer. Elle était toujours furieuse contre elle–même et sa colère s'était muée en une nausée qui lui retournait l'estomac, une nausée mêlée de fureur et de désespoir.

Après avoir décidé de descendre dans la cuisine et s'être forcée à accomplir sa routine habituelle, qui chasserait peut–être les sombres pensées de son esprit, elle enfila sa robe de chambre et sortit dans l'étroit couloir. Elle monta tout d'abord à l'étage supérieur pour aller voir George. Il dormait à poings fermés, reposant sur le dos, ses traits pâles et tirés par la fatigue. Ils l'avaient obligé à prendre une potion de sommeil et il s'était effondré dès qu'il l'avait avalée. Il allait maintenant dormir pour un long moment et Molly ne doutait pas qu'il en avait besoin. Elle ajusta ses couvertures et repoussa les cheveux qui lui retombaient sur le visage. Ils devenaient trop longs, il devait vraiment les couper. Elle sourit à l'absurdité de ses pensées. Indépendamment de tout ce qui s'était passé, c'était bon d'avoir un de ses enfants endormis sous son toit. C'était bon de prendre soin de quelqu'un à nouveau.

Quittant George, elle descendit dans la cuisine. À travers l'arche branlante, elle pouvait apercevoir Arthur qui, comme elle l'avait prédit, dormait sur la banquette. Elle jeta une couverture au crochet sur lui et tenta de déchiffrer son visage endormi, essayant de déterminer s'il était encore en colère. Elle borda la couverture autour de lui et décida de ne pas le réveiller, en dépit de son irrésistible envie de parler. Ils ne se disputaient pas souvent et quand ils le faisaient, Molly préférait résoudre rapidement la dispute. Mais cette fois, son tempérament bouillant avait causé de gros dégâts et aucune solution ne lui venait à l'esprit pour arranger cela.

Molly avait toujours été prompte à se mettre en colère. Elle se reconnaissait de nombreux défauts, mais son tempérament était incontestablement le plus grand de tous. Elle avait la terrible habitude de dire la première chose qui lui passait par la tête et, après s'être calmée pendant plusieurs heures, elle était de nouveau capable de penser rationnellement. La connaissant, son mari et ses enfants avaient appris à la prendre avec des pincettes.

Mais il y avait Ron. Bon, ce n'était pas comme s'il avait essayé de chaparder des Pralines Longue Langue à la Coupe du Monde de Quidditch. Même voler la voiture de son propre père était une chose qu'elle aurait eu moins de mal à pardonner. Quand George leur avait parlé la veille, elle avait répondu avec un silence abasourdi. Ce n'est que plus tard, quand Fred et George étaient tous deux revenus au Terrier, qu'elle avait senti son esprit s'échauffer, jusqu'à ce qu'elle commence à donner des coups de poings et de pieds partout.

Ensuite la Gazette du Sorcier avait imprimé cette foutue histoire, exhibant sans vergogne leur linge sale au monde sorcier tout entier, avec des photos, que quelqu'un avait réussi à prendre, des garçons en train de se battre dans la rue. L'article avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Elle avait écrit une lettre avant même d'avoir eu le temps de penser à ce qu'elle écrivait et, même après l'avoir envoyée, elle trouva son acte justifié pendant un long moment.

C'était Arthur, en énonçant à haute voix ce qu'elle avait fait, qui avait fait tomber le brouillard rouge de sa colère. Arthur, qui avait été au Ministère, tentant désespérément d'arranger les choses, qui essayait incorrigiblement d'élaborer un plan pour réduire les dégâts sur la famille. Il était rentré tard à la maison, avait entendu parler de la lettre, était devenu très pâle et l'avait fixée, incrédule.

Tu as envoyé une lettre à notre fils lui disant qu'il aurait mieux fait de mourir à la guerre ?

À cet instant, bien sûr, elle avait réalisé ce qu'elle avait fait et la consternation l'avait frappée avec autant de force qu'un troupeau d'hippogriffes en débandade.

Elle avait essayé de se justifier. George se tenait à ses côtés, lui–même encore en colère. Ron s'était pointé sur le Chemin de Traverse et il n'avait même pas essayé de nier sa liaison. Il avait même eu le culot de porter l'alliance d'Angelina, jetant son infidélité à son frère en pleine figure.

Fred avait quand même signalé que Ron était allé parler à George et qu'il avait pris une correction sans même lever le petit doigt pour sa défense. Il devait sûrement ressentir une petite étincelle de remords.

Entre–temps, un plan avait déjà germé dans l'esprit d'Arthur. Premièrement, ils devaient négocier avec George, ce qui signifiait s'occuper des papiers et traiter avec le Ministère – qui avait envoyé une lettre absolument ridicule aux garçons à propos de trouble à l'ordre public. Sans doute une idée de Fudge qui essayait de marquer un point contre son adversaire. Il était vrai que la maison était interdite à Ron, mais c'était pour la protection des deux garçons et Arthur ne voulait pas d'une autre bagarre. Arthur avait planifié d'aller à Poudlard le lundi matin et de parler avec leur fils cadet, pour essayer de comprendre ce qui s'était passé. Arthur espérait aussi qu'il pourrait trouver une solution à toute cette sordide affaire. Néanmoins, le temps qu'Arthur ait une chance de parler de tout cela à Molly, elle avait déjà écrit et envoyé la lettre et marinait dans sa colère.

Et maintenant Molly ne savait vraiment pas quoi faire. Elle devait s'excuser, bien entendu, et elle ne voulait pas vraiment assister à la réaction de Ron lorsqu'il lirait ces mots si cruels. Elle n'était rassurée que par la certitude qu'Arthur irait là–bas à la première heure pour lui parler, lui dire que sa mère avait encore fait une bourde, et qu'elle l'aimait toujours, indépendamment de ce qu'il avait fait.

Mais il allait devoir se racheter.

Elle se prépara du thé et se laissa tomber avec reconnaissance sur une chaise de la cuisine pour le boire. Sa tête palpitait et la nausée faisait tanguer son estomac. Comment avait–elle pu écrire une chose pareille ? Comment avait–elle pu penser une chose pareille, même pour quelques instants ? Ça avait toujours été sa plus grande peur. Que ses enfants meurent avant elle. Cette peur s'était concrétisée deux fois déjà ; deux fois de trop, et elle ne pouvait supporter la pensée que cela arrive de nouveau. Elle se perdrait elle–même avec ses enfants la prochaine fois.

Arthur va régler tout ça. Arthur ira là–bas, lui parlera et tout rentrera dans l'ordre, nous nous en sortirons.

Molly jeta un coup d'œil à son mari endormi dans la pièce voisine et sourit, comme elle le faisait toujours lorsqu'elle le regardait. Tout allait s'arranger, il le fallait. Son regard perdu dans le vide revint à son thé... et elle remarqua quelque chose dans un coin de son champ de vision. Quelque chose clochait, comme si quelque chose n'était pas à sa place mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Elle fronça les sourcils et fixa le mur. Tout était à sa place. Les escaliers, la banquette, les parapluies, les bibelots, l'horloge...

L'horloge.

Sa bouche s'assécha et sa gorge produit un bruit sec lorsqu'elle tenta douloureusement d'avaler. Elle lutta pour se lever et marcha lentement vers l'horloge sur le mur.

– Arthur ? l'interpella–t–elle d'une voix incertaine.

Elle se pencha en avant pour mieux voir et l'appela plus fort, paniquée :

– Arthur !

Arthur Weasley se réveilla en sursaut et s'assit. Momentanément désorienté, il balaya la pièce obscure du regard à la recherche de sa femme et la trouva debout de l'autre côté de l'arche de bois, pâle, tremblante, fixant l'horloge sur le mur.

– Molly ? Que se passe–t–il ?

Elle ne lui répondit pas. Elle était comme frappée d'horreur, muette. Elle tendit la main et passa les doigts sur les aiguilles de l'horloge, espérant se tromper.

L'aiguille de Ron était passée de À l'école à En danger de mort.

oOo

Harry rêvait. Et il savait qu'il rêvait parce qu'il avait dix–huit ans et qu'il était assis sur le siège passager d'une Ford Anglia turquoise dans laquelle il n'était pas rentré depuis ses douze ans. La voiture bringuebalait actuellement dans la Forêt Interdite derrière Poudlard. Dans le rêve, elle paraissait immaculée, comme si elle sortait tout juste de l'usine.

Ron conduisait et, assis entre les deux garçons, se tenait un ours en peluche tout usé qui était resplendissant dans son costume de pirate de velours rouge, brandissant une petite épée. Ron se tourna vers Harry et lui adressa un large sourire. Il avait l'air en forme, contrastant avec l'épave squelettique que Harry avait vue la nuit dernière. Ses yeux brillaient avec autant d'éclat que le ciel bleu au–dehors et lorsque Harry regarda par la fenêtre, il réalisa qu'ils volaient maintenant au–dessus d'une région tropicale qu'il n'avait jamais vue auparavant.

Ron semblait avoir des centaines de minces rubans rouges attachés à ses bras, ils flottaient dans la brise qui passait par la fenêtre ouverte.

– Les Moldus ne sont pas habitués à voir des voitures volantes, dit Harry, testant sa voix.

Ron haussa les épaules.

– Oh, tu sais, Harry, les Moldus ne comprennent pas la moitié des choses qu'ils voient... et le bouton d'invisibilité a toujours été défectueux, tu devrais le savoir depuis le temps.

Il lui adressa un nouveau sourire éclatant et continua :

– D'un autre côté, il n'y a personne en bas pour remarquer quoi que ce soit.

Harry inspecta attentivement la plage et constata qu'elle était en effet déserte.

– J'avais l'intention de te parler la nuit dernière, dit le Harry du rêve au Ron du rêve.

– C'est pas grave, je ne t'en veux pas de ne pas vouloir me parler.

Ron sourit chaleureusement et continua.

– Ça ne fait rien de toute façon.

Il soupira lourdement.

– Je crois que j'ai bien fait tout foirer, hein ?

Harry haussa les épaules.

– Oui sûrement, juste un peu.

– Je voulais que tu saches que j'étais vraiment désolé. Je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai... je n'arrivais juste plus à penser normalement.

Il fixa l'horizon à travers la fenêtre.

– Je ne veux pas que tu te rappelles de moi comme d'un connard incapable qui a fait de ta vie un enfer. Je veux dire... on s'est bien amusés, non ? Avant la guerre ?

Harry ne put s'empêcher de sourire à ces mots.

– Ouais, mais on s'est bien amusés pendant la guerre aussi.

– Je voulais juste que tu saches que je me trompais... à propos de tout, et que je suis désolé.

– Merci, mon pote, ça me touche beaucoup.

– Je suis vraiment tellement désolé, Harry...

– Ce n'est pas grave.

– Je... je dois y aller maintenant.

Harry pouffa.

– Ron, nous sommes à des dizaines de mètres du sol, tu penses aller où, exactement ?

– Loin... Charlie m'attend.

Harry fronça les sourcils et jeta un rapide coup d'œil à Ron. Il était pâle et avait maintenant les traits tirés, les rubans rouges autour de ses bras ne flottaient plus mais tombaient, lourds, écarlates et humides.

– Ron ?

– Au revoir, Harry.

– Ron !

Ron ouvrit la porte, se glissa hors de la voiture et Harry hurla, cherchant désespérément du regard l'endroit où il était tombé.

Mais il était parti. Il avait tout simplement disparu.

– Ron ?

Harry cligna des paupières, désorienté par le passage du ciel bleu éclatant à l'obscurité de la chambre.

– Ron ?

Il ferma les yeux encore une fois, le ciel bleu avait disparu.

– Ron ?

– Il n'est pas là, répondit une voix sourde à côté de Harry.

Harry baissa les yeux et réalisa qu'il était assis dans son lit, droit comme un i. Draco reposait à moitié sur le côté, à moitié sur le ventre, étreignant son oreiller. Harry fronça les sourcils pour se souvenir.

– J'ai fait un rêve... À propos de Ron.

– J'ai entendu ça, grommela Draco dans son oreiller. Rendors–toi.

– Il a disparu, comme ça...

Draco leva momentanément la tête.

– Et si tu te rendors, tu le retrouveras peut–être.

– Peut–être que je devrais aller le voir.

Draco roula sur le dos avec un soupir impatient.

– Tu ne vas pas me laisser me rendormir, hein ?

– Je suis sérieux, peut–être que je devrais vraiment aller le voir. Il voulait me parler la nuit dernière et je lui ai dit d'aller se faire foutre.

– D'accord, bâilla Draco. Et maintenant tu peux dormir, la nuit porte conseil.

Harry commença à passer par dessus Draco.

– Qu'est ce que tu fais ?

– Je vais le voir.

– Pourquoi ?

– Je viens de te le dire, j'ai fait ce rêve bizarre...

– Oh, super, fit Draco en s'asseyant et en jetant un regard endormi à Harry qui enfilait ses habits. Il va adorer, je peux déjà l'imaginer : « Potter a rêvé de moi et maintenant il vient pour me violer dans mon sommeil ». Putain, bien joué, Harry.

– Bon, dit Harry en enfilant ses chaussons, s'il fait ça, je te donne l'entière permission de lui jeter un sort.

Draco secoua la tête et balança ses jambes hors du lit.

– Et où est ce que tu vas ? demanda Harry.

– Avec toi, bien sûr.

Harry se renfrogna.

– Et pourquoi tu ferais ça ?

– Comme ça, si Weasley dit quoi que ce soit, je pourrai lui balancer un sort directement.

Draco bâilla, s'étira et se gratta le ventre.

– Je ne sais pas pourquoi tu t'inquiètes, ce n'était qu'un foutu rêve.

– Peut–être, mais je te rappelle que j'ai appris à prendre mes rêves plutôt au sérieux pendant la guerre.

– Mais ce n'était pas parce que le Seigneur des Ténèbres te donnait des visions ?

Harry fronça les sourcils. Il était sur le point de demander à Draco comment il le savait mais il s'interrompit. La réponse était évidente. Lucius Malfoy le lui avait sans aucun doute raconté et Harry réalisa avec un frisson qu'ils en avaient sans doute ri.

– Les vieilles habitudes ne se perdent pas facilement, répondit–il sombrement.

Draco haussa les épaules et enfila son pantalon de pyjama, un T–shirt et partit à la recherche de sa robe de chambre. Harry le regardait impatiemment.

– Tu n'as pas besoin de venir, ce n'est que Ron.

– Mais je veux venir, répondit Draco alors qu'il mettait la main sur son vêtement et le tournait dans le bon sens.

– Tu pourrais rester ici pour dormir.

– Ce n'est pas pareil sans toi, dit le jeune homme en l'enfilant.

Il serra vigoureusement sa ceinture et adressa à Harry un grand sourire plein d'entrain. Harry sentit son irritation disparaître, noyée dans des pensées telles que : « Il est tellement mignon ! ». Il passa sa main dans les cheveux de Draco, froissés par le sommeil, suffisamment en bataille pour rivaliser avec ceux de Harry à ce moment là. Il était tentant de l'embrasser, de lui retirer tout ce qu'il venait juste d'enfiler et de le jeter dans le lit. Il doutait que ce dernier proteste. Ils faisaient l'amour presque toutes les nuits, souvent deux fois par jour. C'était comme s'ils n'étaient jamais rassasiés, comme s'ils étaient continuellement en train d'essayer de fusionner pour ne devenir qu'un seul.

C'était tentant et Draco avait commencé à répondre à son sourire.

Reprends–toi, Potter, va là–bas et vérifie que Ron va bien. Tu pourras tirer un coup après.

Ils pouvaient aussi juste s'embrasser et se câliner, être d'un romantisme écœurant l'un envers l'autre comme ils l'avaient fait la nuit dernière.

– Je t'aime, murmura Harry.

– Je t'aime aussi, répondit Draco avec un sourire éblouissant.

Harry secoua la tête, qu'il devait garder les idées claires.

Aller là–bas et vérifier que Ron va bien, il y aura du temps pour ça après.

– Okay, dit–il en se balançant d'avant en arrière, essayant de penser à autre chose qu'à un Draco nu et consentant.

Il en était incapable, donc il tourna les talons et se dirigea vers la porte. Draco attrapa sa main et le suivit.

Harry s'arrêta abruptement devant la porte de la chambre de Ron et Draco, qui fixait son cul au lieu de regarder devant lui, se cogna à grand bruit dans son dos.

– Euh, mon cœur, je crois que je devrais peut–être y aller seul.

Draco fit la moue et croisa insolemment ses bras.

– Je t'appellerai si j'ai besoin de toi.

Draco fronça les sourcils, tapa du pied, puis se jeta sur une banquette à côté de la porte. Harry baissa les yeux sur lui et, pendant un instant, envisagea la possibilité de le supplier de cesser d'agir en enfant gâté. Il refoula toutefois les critiques, sachant pertinemment que dire quoi que ce soit causerait instantanément une dispute. De plus, Harry avait l'habitude d'être au moins aussi puéril, ce serait un peu l'hôpital se moquant de la charité.

– Tu es magnifique, tu sais ça ?

La moue sur le visage de Draco s'adoucit et il leva les yeux vers Harry.

– Tu le penses vraiment ?

– Tu sais bien que oui.

– Tu m'aimerais si j'étais moche ?

– Tu sais bien que oui.

– Menteur !

Mais Draco souriait à présent et Harry lui caressa les cheveux.

– Tu sais bien que oui, répondit–il une fois de plus, puis il se pencha et embrassa doucement Draco.

– Tu es sûr que tu ne veux pas que je vienne avec toi là–dedans ?

Harry lui adressa un large sourire.

– Je t'appellerai, je te le promets.

Il jeta un regard autour de la salle commune obscure et embrassa Draco encore une fois. Puis il se redressa et frappa doucement à la porte.

– Mouais, ce n'est pas avec ça que tu vas le réveiller !

– Draco ! siffla Harry. Je n'essaye pas de réveiller la tour entière !

Draco roula des yeux et recommença à bouder. Harry l'ignora et frappa de nouveau. Il n'y eut pas de réponse et, doucement, aussi silencieusement que possible, Harry appuya sur la poignée de la porte. Celle–ci s'ouvrit facilement et il se glissa dans la pièce. Draco tendit le cou pour voir où Harry allait.

– Tu vas...

– Chut !

Draco ricana et se retourna, espérant que Weasley allait lancer un sort à Harry juste pour prouver qu'il avait raison.

– Ron ?

L'air semblait dense et pesant dans la chambre. Rien ne bougeait, comme si le temps était suspendu. Harry s'avança dans la pièce et sentit soudainement ses cheveux se dresser sur son crâne. Il murmura la formule appropriée et la pièce s'éclaira.

– Ron ?

Ron était profondément endormi, recroquevillé sous une pile de couvertures. Harry ne parvenait qu'à distinguer une tache de cheveux roux sur l'oreiller. Une bouffée de soulagement le traversa, mais elle fut de courte durée. Il n'arrivait pas à saisir le sens de sa prémonition, mais au moins Ron était là. Il n'avait pas disparu, comme Harry l'avait vécu de façon si frappante.

– Ron, tu es réveillé ?

C'était bien entendu une question ridicule. Il était parfaitement évident que Ron n'était pas éveillé et Harry se tint au milieu de la pièce, essayant de réfléchir à ce qu'il pouvait dire ou faire. Réveiller Ron rendrait probablement les choses encore pires, mais maintenant qu'il était venu jusque là et qu'il avait tiré Draco du lit... Harry pensa qu'il pouvait au moins suggérer qu'ils parlent. Il se dirigea vers le lit, une part de lui ne voulait pas baisser les yeux sur le visage sous les couvertures. Il secoua doucement Ron.

– Ron, on a vraiment besoin de parler.

Rien, même pas un « Va te faire foutre et laisse-moi tranquille ! ». Harry se pencha en avant et essaya de dégager Ron des couvertures sous lesquelles il était pelotonné. Faisait–il semblant de dormir ? La petite partie du visage de Ron que Harry pouvait apercevoir était pâle, presque aussi blanche que la taie de l'oreiller. Seule la courbe douce de ses cils roux qui retombait sur sa joue pâle était visible.

Pouvait–il vraiment faire semblant de dormir ?

– Ron, allez, réveille–toi, on doit en parler !

Ron ne bougea pas d'un pouce.

– C'est ridicule ! Réveille–toi !

Harry secoua une nouvelle fois la tête, il agrippa l'épaule de Ron avec colère et secoua le corps de ce dernier d'avant en arrière, essayant de le réveiller puis il s'arrêta brusquement.

Quelque chose n'allait pas. Son corps remuait mollement sous ses mains. Ça n'allait pas. Pendant un instant, Harry se demanda s'il était malade et, instinctivement, plaça sa main sur son front. Il était moite et froid.

– Ron ? Est–ce que ça va ?

Il le retourna sur le dos, espérant le réveiller en lui parlant, mais rien n'y fit. Harry tira les couvertures.

– Ron ?

Harry regarda. Il regarda et vit, vraiment. Il sursauta, tomba, se recula précipitamment sur le sol et se cognant contre l'armoire. Il ne parvenait plus à respirer et se retrouva haletant, les yeux écarquillés.

C'est pas vrai, c'est pas vrai, c'est pas vrai.

C'était juste ses yeux qui lui jouaient des tours au petit matin. Il ne pouvait pas avoir vu ça. Lentement, il se releva, restant adossé à la penderie, il ne voulait pas s'approcher au cas où...

– R–r–r–on ? haleta Harry à travers la pièce. S'il te plaît, réveille–toi.

Il le fixa, sachant qu'il aurait dû se rapprocher, mais il se sentait glacé. C'était comme si garder son dos plaqué contre l'armoire allait faire de tout ça une épouvantable illusion. Ça n'était pas censé arriver, pas maintenant. Il n'était pas censé y avoir plus de sang et plus de morts. La guerre était finalement terminée et le monde était magnifique. Ils se l'étaient promis, ils se l'étaient tous promis !

– Draco...

Les mots avaient jailli trop doucement, la voix de Harry était grinçante et désincarnée. Il força sa gorge à se mettre au travail, avala sa salive avec difficulté, et essaya à nouveau.

– Draco... DRACO !

Draco fit irruption en dérapant dans la chambre, baguette sortie, prêt à tout... sauf à ce qu'il vit une fois entré dans la pièce. Il balaya la chambre du regard, fit une halte sur Harry, adossé contre l'armoire, pâle, choqué et incrédule, puis regarda le lit et ce qui avait autrefois été un homme.

– Bordel…

Draco s'avança jusqu'au lit et baissa les yeux sur Ron Weasley. Ils se détestaient l'un et l'autre depuis toujours. Tandis que Draco soulevait son menton, cherchant la carotide, il trouva ironique qu'il soit à présent en train d'espérer, malgré tout, que Weasley fût toujours en vie.

Pas parce qu'il tenait particulièrement à ce que la Belette soit en vie, honnêtement, il n'en avait de toute façon rien à faire, mais Harry se blâmerait sans aucun doute si Weasley mourait et Draco ne voulait pas de ce poids suspendu au–dessus de la tête de Harry. Il inspecta le corps. Ce qui avait autrefois été un pyjama bleu luisait à présent d'un violet foncé, couleur du sang frais. Ce qui avait pu être un vieil ours en peluche était calé au creux de son bras ; il ressemblait maintenant à une monstrueuse parodie de jouet d'enfant, tellement humide de sang qu'il ressemblait à un gros caillot. Le sang sentait le pourri, comme s'il avait déjà coagulé dans ses veines.

Draco se sentit soudainement écœuré et ravala la bile qui remontait de son estomac. Il continua à chercher et, même s'il n'était pas particulièrement doué en sorts de guérison et pour chercher le pouls, il restait optimiste. Weasley avait un corps de sorcier et les sorciers étaient des êtres difficiles à tuer. Harry l'avait vu aux alentours de vingt heures la nuit dernière, il était maintenant près de quatre heures et demie du matin, en supposant que Ron soit allé directement dans sa chambre pour faire ça, la Belette était probablement dans cet état depuis sept ou huit heures... largement plus de temps qu'il n'en fallait à un misérable Moldu pour se saigner à mort, mais pas à un sorcier de sang–pur.

Bien sûr, Draco se le concéda à lui–même, il pouvait se tromper.

– Il est... ?

– J'essaye de le découvrir, aboya Draco, plus brusque qu'il ne l'aurait voulu.

Puis il le trouva. Faible, mais bien présent.

– J'ai trouvé un pouls, dit–il doucement.

Il se redressa légèrement et retourna un des bras de Ron pour inspecter la blessure.

– Eh bien, la Belette, dit–il, pragmatique, t'as fait du sacré bon boulot.

– Ne l'appelle pas comme ça.

– Quoi ?

Draco réalisa que Harry s'était avancé derrière lui, enfin capable de s'éloigner de l'armoire maintenant qu'il savait qu'il ne contemplait pas un cadavre.

– Ne le traite pas de belette.

Draco se retourna vers Harry, qui avait l'air sur le point s'évanouir d'un moment à l'autre. Il le fit doucement s'asseoir au pied du lit, décidant qu'il ne pouvait pas rester debout. Draco ne se sentait lui–même pas très bien ; si Harry s'effondrait, il pourrait bien l'imiter.

– Bien, maintenant tu restes avec lui, moi je vais essayer de tirer Pomfresh de son lit.

Harry le regarda avec crainte.

– Ne me laisse pas... S'il te plaît, ne me laisse pas seul avec lui. S'il meurt, qu'est ce que je ferai ?

– Mon amour, je dois aller chercher de l'aide. Toi, tu restes ici avec lui, tout ira bien. Il faut juste que... que tu lui parles.

Draco repoussa les cheveux du visage de Harry et réalisa trop tard qu'il était en train d'étaler le sang sur la figure de ce dernier.

– Prends soin de lui, je ne serai pas long, je te le promets.

Harry ne paraissait pas convaincu, comme si trop de promesses avaient été brisées pour qu'il puisse croire en quoi que ce soit à cet instant.

– Reste avec lui...

Draco sortit lentement de la pièce, essayant de lui adresser un sourire rassurant.

– Tout ira bien, tu verras.

Lorsque Draco fut parti, Harry se tourna vers Ron en tremblant légèrement. Il l'étreignit et sa main papillonna, incertaine, au–dessus de sa joue, de son épaule, du vestige sanglant de son bras.

– Réveille–toi, s'il te plaît...

La voix de Harry s'enroua et il se laissa aller, les larmes jaillirent si soudainement de ses yeux qu'ils semblèrent exploser. Il chercha désespérément son air, dans un râle sonore. Il se pencha en avant et souleva doucement le corps de Ron puis il soutint sa tête et son cou et enfouit son visage dans ses lourds cheveux roux en le serrant étroitement contre lui.

oOo

Minerva et Dumbledore rencontrèrent Draco dans l'escalier. Ce dernier évita de peu la collision avec le directeur, qui montait les marches en courant aussi vite que Draco les descendait. Minerva le dévisagea, s'arrêta sur son visage couvert de sang et ses yeux pâles et vitreux. Il avait l'air de trembler malgré les couches de vêtements qu'il portait. Le garçon avait l'air de quelqu'un qui pouvait tomber raide mort d'un moment à l'autre, mais il leur jeta un regard furieux et tenta de les bousculer pour poursuivre son chemin dans les escaliers. Minerva l'attrapa et tenta de l'immobiliser.

– Draco ?

– Je dois voir Madame Pomfresh...

– Vous avez surtout besoin de vous asseoir, vous avez l'air en état de choc.

– Je vais bien... Je dois aller chercher Madame Pomfresh...

Il montra d'un geste vague le bas des escaliers.

– Il est blessé, Harry est avec lui... Je dois aller chercher Madame Pomfresh...

– Albus...

Minerva se retourna dans l'espoir d'obtenir de l'aide, pour découvrir que Dumbledore avait déjà gravi les escaliers jusqu'au trou du portrait. Quelques instants plus tard, elle l'entendit appeler son nom d'une voix qui la fit quitter immédiatement Draco pour se précipiter en haut des marches.

oOo

Harry reposa doucement Ron sur les oreillers et escalada le lit pour s'allonger à côté de lui, ne prêtant aucune attention au sang qui trempait son T–shirt et le faisait frissonner. Il l'attira contre sa poitrine et l'enserra fermement dans ses bras. Il plaça un léger baiser au sommet de son crâne.

– Tiens bon, Ron, tiens bon juste encore un peu. Ne meurs pas comme ça... pas maintenant, ni après quoi que ce soit.

Ils avaient traversé trop de choses ensemble. Ils étaient censés être tous heureux maintenant. Ron n'était pas supposé se retrouver étendu dans un lit, mourant, seul dans l'obscurité. Qu'est ce qui avait bien pu provoqué ça ? Harry ne lui avait pas parlé, mais aurait–ce été assez pour le sauver ? Si Harry s'était inquiété de lui parler au lieu de s'éloigner, Ron l'aurait–il quand même fait ?

Probablement pas.

– Ron, réveille toi, s'il te plaît, ne fais pas ça.

Dumbledore frappa sur l'encadrement de la porte et entra immédiatement. Il ne dit pas un mot et se contenta de dégager Ron de l'étreinte de Harry et d'appeler McGonagall.

– Oh... Oh, Albus...

– Ce n'est pas le moment de perdre la tête, Minerva, dit calmement Dumbledore. Viens ici et occupe-toi de Harry. Je crois que Mr Malfoy est allé chercher Madame Pomfresh.

– Oui, oui, en effet.

Minerva s'approcha du lit et attira Harry dans ses bras. Elle n'était pas connue pour faire étalage de sa fibre maternelle, mais elle était profondément loyale et portait un amour sincère à ses amis. Elle avait traversé trop de choses avec ces deux garçons pour les considérer uniquement comme des élèves et, tandis qu'elle entourait Harry de ses bras, son étreinte était aussi chaleureuse que celles qu'il avait reçues de Molly Weasley... ou de n'importe qui d'autre.

Les larmes de Harry trempaient sa robe de chambre tandis qu'elle regardait Albus chercher des signes de vie chez Ron.

– Il n'est pas... il n'est pas mort, n'est ce pas, Albus ?

– Non, répondit–il sans l'ombre d'un sourire sur son visage. Mais il n'en est pas loin.

Il jeta un coup d'œil à la porte et espéra que Poppy n'était plus très loin.

oOo

Hermione entrouvrit ses paupières, encore lourdes de sommeil, pour les refermer presque aussitôt. Le matin arrivait définitivement trop tôt ces derniers jours. Ses yeux papillonnèrent et elle sourit lorsqu'elle perçut le poids d'un bras sur sa poitrine et un long nez pressé contre son oreille.

– Tu dors ? demanda–t–elle, réprimant un gloussement lorsqu'elle reçut un léger ronflement en guise de réponse. Je suppose que c'est un oui...

Severus grommela quelque chose d'inintelligible et remua, il se pelotonna contre Hermione et lui arracha un nouveau rire. Qui aurait cru que Severus était quelqu'un de câlin ? Hermione tourna la tête, essayant de l'apercevoir mais tout ce qu'elle réussit à distinguer fut une masse de cheveux noirs et une oreille. Elle avait l'impression qu'il avait prit une potion de sommeil puisqu'il refusait visiblement de se réveiller.

Hermione se sentait bien. Plus que bien, elle se sentait incroyablement bien. Elle s'étira, bâilla, et se tourna sur le côté pour pouvoir regarder toute à son aise Severus enfouir sa tête dans l'oreiller et ronfler. Il avait l'air tellement tranquille, reposant sur le côté... Lorsqu'elle bougea, il chercha sa main distraitement et la pressa doucement.

– Quand je suis revenue à l'école cette année, je te redoutais, chuchota–t–elle. Je ne pouvais penser qu'à toi me répétant pendant toute une année combien j'étais bête et stupide, doublée d'une Miss Je–sais–tout.

Elle sourit et caressa doucement sa joue.

– Mais tu n'es pas si dur. Tu n'es pas dur du tout.

– Si tu touches ma queue, marmonna Snape dans l'oreiller, je pense que tu me trouveras très dur.

Elle le regarda avec surprise.

– Tu étais réveillé pendant tout ce temps–là ?

– Non.

Elle entendit l'amusement dans sa voix et lui pinça durement l'épaule.

– Bien sûr que si !

– Aïe ! Petite garce !

Il rit et elle poussa un cri perçant quand il se redressa pour l'attraper et la faire rouler sur le matelas.

– Espèce de salaud !

– Surveillez votre langage, Miss Granger.

oOo

Ils décidèrent d'emmener Ron aussi vite que possible à l'infirmerie, plutôt que d'obliger Madame Pomfresh à se hâter vers la tour. Son raisonnement était simple, comme elle l'expliqua à un Draco paniqué et hors d'haleine. Tout son matériel était à l'infirmerie, il fallait donc amener le jeune homme ici. Madame Pomfresh savait bien que l'infirmerie était plus hygiénique et qu'elle pourrait bien mieux évaluer l'état de Mr Weasley dans un environnement familier.

Draco retourna à la tour par un trou dans un tableau il regretta de ne pas avoir connu son emplacement avant, il aurait ainsi évité de traverser tout le château au triple galop. Ron était plus grand que Harry et Draco et ils luttèrent pour le hisser sur la civière que Dumbledore avait fait apparaître. Harry repoussa la pensée que Ron était lourd parce que c'était un poids mort. Draco, au contraire, jurait en silence tandis qu'il déposait sans cérémonie les pieds de Ron sur la civière, il renversa presque tout et manqua d'envoyer le jeune homme s'écraser sur le sol. Minerva lui jeta un regard furieux et s'éloigna pour éviter de lui lancer quelque chose.

Ils passèrent par le trou du tableau qui menait directement à l'infirmerie, où Madame Pomfresh attendait anxieusement.

L'infirmière réalisa qu'elle était bien plus inquiète qu'elle ne le montrait. Elle était à Poudlard depuis de nombreuses années et avait assisté à un grand nombre de choses qui aurait fait s'enfuir en hurlant n'importe quel Moldu. Mais elle n'avait encore jamais vu une chose pareille. Il y avait eu des morts à Poudlard par le passé. Ces événements étaient rares, mais pas inexistants. Mais le suicide n'avait encore jamais touché le château... jusqu'à maintenant.

Les morts de sorciers étaient presque toujours caractérisées par des corps sans aucune marque. Les sorts ne laissaient que de minuscules cicatrices, quand ils en laissaient, et, avant que les Mangemorts ne se mettent au gourdin l'année précédente, la mort dans le monde des sorciers se faisait sans effusion de sang.

Poppy savait qu'elle n'était pas préparée à cela. Si ça avait été une attaque, ça aurait été différent. Elle n'était pas préparée à une telle quantité de sang, aux os exposés et à la possibilité qu'une jeune vie s'en irait pour toujours si elle échouait. Poppy réalisa, horrifiée, que le jeune homme s'était infligé cela de son plein gré.

Mais elle resta fidèle à elle–même et les observa amener Ron Weasley à travers le trou du tableau et elle les dirigea vers un lit, le plus éloigné possible des trois autres occupants de l'infirmerie.

– Mettez–le sur le lit, dit–elle avec brusquerie et, comme Draco et Harry n'étaient pas assez rapides, elle leur aboya de se dépêcher.

Elle baissa les yeux sur le visage pâle et cireux et sa main se porta à sa bouche. Il était trop jeune pour faire une chose pareille. Qu'est ce qui avait bien pu le pousser à charcuter sa propre chair de la sorte ?

Aussi doucement que possible, Poppy étendit son bras pour examiner les dégâts. L'os était visible, raide et blanc, contrastant avec la chair rouge, ruisselante de sang elle combattit son envie de détourner les yeux de cette vision. Le jeune Draco Malfoy arborait un teint très vert et, sans lever les yeux du champ de bataille qui s'étendait devant elle, elle dit :

– Minerva, pouvez–vous faire s'allonger Mr Malfoy, là–bas ? Il me reste du Navitas dans mon bureau, je crois qu'il en aura besoin rapidement. Quelques gouttes dans un peu d'eau, n'est-ce pas, Mr Malfoy ?

Draco rougit et secoua la tête.

– Je vais bien, je suis juste un peu secoué, pas de quoi s'inquiéter.

Minerva, en dépit des ses protestations, l'entraîna vers le lit.

– Je vais bien !

– Faites ce que je vous dis, Mr Malfoy, ordonna Poppy. Je n'ai pas besoin que vous vous évanouissiez pour couronner le tout.

Draco fronça les sourcils et s'allongea sur le lit. Harry savait qu'il était au moins aussi pâle que Draco, alors pourquoi ne se préoccupaient–ils pas de sa réaction ? Le regard de Harry quitta Draco pour observer McGonagall revenir du bureau de Pomfresh avec un verre d'eau et une petite fiole.

– Je vais bien, c'est bon. C'était seulement un petit malaise...

– Buvez ça, Draco. S'il vous plaît.

Minerva lui tendit le verre et Draco s'assit, jeta un coup d'œil au remède et le but sans même grimacer. Minerva le regarda, une lueur triste dans les yeux. Elle savait à quel point la potion avait mauvais goût et c'était encore une preuve de la durée pendant laquelle Draco en avait consommé. Il était tellement habitué au sérum qu'il n'en sentait même plus le goût. Harry, qui observait la scène, paraissait perdu. Il fixa Minerva d'un air interrogatif. Celle–ci baissa les yeux sur Draco.

Severus lui avait appris que Harry ne savait rien... et ce n'était sûrement pas le meilleur moment pour éclairer le jeune garçon.

Poppy promena sa baguette de haut en bas sur la blessure en murmurant au–dessus de la chair sanguinolente. Elle regarda les muscles et les tendons se ressouder lentement. Les vaisseaux sanguins et les veines se dirigèrent de concert les uns vers les autres, puis s'arrêtèrent. Poppy trépigna et essaya de nouveau. Le résultat fut le même. Les bords de la plaie commencèrent à se rapprocher, puis s'arrêtèrent à leur tour.

Quelque chose d'autre la tracassait. Il y avait une odeur qui émanait du garçon, quelque chose qui semblait imprégner le sang lui–même. Non pas que l'odeur de l'hémoglobine soit particulièrement agréable, mais elle pensait pouvoir détecter quelque chose d'étranger, comme un relent qui n'était pas naturel dans le corps humain. Comme si le garçon véhiculait une sorte de potion dans son système sanguin. Sur le point de demander qu'on aille chercher Severus Snape, elle décida néanmoins que c'était une idée stupide. Réveiller le Maître des Potions pour lui faire renifler du sang était une idée stupide et il y avait déjà bien assez de monde dans la pièce. Dumbledore et Minerva trépignaient anxieusement, tandis que Potter avait l'air d'hésiter entre essayer de voir ce que subissait son ami et se précipiter vers son amant. Poppy espérait qu'il s'en tiendrait à cette deuxième possibilité, son regard fixe la rendait nerveuse.

– Poppy ? demanda Minerva en s'avançant de quelques pas. Quelque chose ne va pas ?

Elle s'arrêta et fronça les sourcils à sa propre stupidité. Bien sûr que quelque chose n'allait pas ! Ils se tenaient en cercle autour du lit abritant le corps d'un garçon qu'elle avait vu grandir, dont la vie allait peut–être s'arrêter dans quelques instants. Oui, on pouvait dire que quelque chose n'allait pas !

– La blessure ne se referme pas comme elle le devrait, expliqua sombrement Poppy. Je pense que quelque chose dans son sang empêche le processus de guérison.

– Une drogue ? demanda Harry.

Sa voix était fêlée et sa gorge sèche. Lorsque tous les yeux se posèrent sur lui, ils virent à quel point il était fatigué, éreinté.

– Tu sais quelque chose, Harry ? demanda gentiment Dumbledore. Quelque chose qui pourrait nous aider ?

– Il prenait quelque chose... une espèce de drogue, avec des aiguilles... comme un Moldu.

Poppy commença promptement à inspecter les abords de la blessure. Et elle les apercevait maintenant. Ici, là, et encore là. Elle suivit la ligne de traces de piqûres rouges qui remontait jusqu'à son aisselle, puis au–delà. D'un geste de sa baguette et sans aucune trace d'hésitation, elle dénuda le garçon et tout le groupe se recula, frappé d'horreur.

La première réaction de Harry fut de courir cherche quelque chose pour couvrir Ron. Nu, il paraissait mille fois plus vulnérable et mal en point qu'auparavant. Son corps entier semblait couvert de contusions et des petites marques rouges des aiguilles qu'il se plantait dans le corps. Il était douloureusement maigre. Quelqu'un avait abusé de lui. Certaines meurtrissures semblaient anciennes, tandis que d'autres étaient horriblement fraîches. Harry pouvait discerner l'empreinte parfaite d'une chaussure en travers de son bas–ventre.

– Oh, putain... souffla Draco.

Il se pencha au dessus du lit et tendit le cou pour mieux voir.

– Mais bordel, qu'est ce qui a bien pu lui arriver ?

C'était une question à laquelle chaque personne dans la pièce aurait aimé répondre. S'il n'en tenait qu'à Harry, il serait déjà dehors, à la recherche de celui qui avait fait ça. Tout, sauf se retrouver dans la même pièce que cet amas de chair qui avait autrefois été son meilleur ami. Mais il ne pouvait pas partir et il savait qu'à ce moment précis, il ne pouvait même pas envisager de penser rationnellement. Dans ses pensées, il voyait Ron tel qu'il avait été auparavant. Le garçon maigre qui avait sympathisé avec lui à bord d'un train magique, qui avait vaincu un jeu d'échec sorcier et qui s'était sacrifié pour que Harry puisse aller de l'avant. Ron, l'ami qui l'avait secouru dans une voiture volante, qui était entré dans une caverne pleine d'araignées simplement parce que Harry le lui avait demandé. Celui d'entre tous qui avait toujours essayé de le protéger, qui n'avait jamais reculé devant le danger et qui l'avait arraché à d'innombrables étés en compagnie des Dursley. La première personne qu'il avait réellement pu considérer comme un ami et celle qui lui avait ouvert un monde entièrement nouveau.

Ron qui était maintenant en train de mourir parce qu'à la première difficulté, Harry avait tourné les talons et n'avait pensé qu'à lui.

Draco s'éloigna du lit et se plaça derrière Harry, il l'embrassa et posa son menton sur l'épaule du jeune homme. Il regardait fixement Ron, plus secoué qu'il n'aurait jamais pensé l'être.

– Tu savais ? murmura Draco, embrassant la gorge de Harry.

– Je... je pensais, enfin, oui, je suppose que je savais qu'il prenait quelque chose, dit–il en se crispant. Mais je ne pensais pas que c'était aussi grave.

Il tenta de déloger la tête de Draco mais son amant le maintenait fermement.

– Tu ne pouvais pas savoir. Ce n'est pas ta faute, continua le blond.

– J'aurais dû faire quelque chose. J'avais remarqué que quelque chose n'allait pas et je n'ai rien fait.

Draco secoua la tête au–dessus de l'épaule du jeune homme.

– Ce n'est pas ta faute, Harry. C'était devenu un vrai connard. Il s'est éloigné de toi en premier. Tu n'as aucune raison de ressentir de la pitié pour lui.

Harry ne répondit pas et fixa Ron, son corps entier tendu, concentré sur ce que Madame Pomfresh faisait.

oOo

Le conservateur Semeuse se réveilla tandis que le soleil transperçait les ténèbres de Londres et filtrait à travers les doubles portes de verre de sa chambre. D'un geste de sa baguette, les rideaux s'écartèrent et se nouèrent soigneusement d'eux–mêmes. La lumière inonda soudainement la pièce, aussi belle et glorieuse qu'un lever de soleil toscan. Semeuse se renfonça dans ses oreillers et sourit de contentement. Seul le meilleur pouvait convenir quand son ange était éveillé.

Avant que son sourire ne s'éteigne, un elfe de maison lui servit son thé et lui proposa également la dernière édition de la Gazette du Sorcier, qu'il refusa. Le thé était excellent et Semeuse le but en silence avant de se retourner vers la silhouette endormie à côté de lui.

Lucius dormait paisiblement. Il s'était recroquevillé à l'opposé du lit, aussi loin du conservateur que possible sans tomber du matelas. Sa lourde chevelure emplissait le vide entre eux elle était tellement longue maintenant et grandissait à une vitesse si anormale que même si Semeuse la réduisait de moitié, elle atteindrait quand même ses cuisses. Mais les couper reviendrait à profaner la perfection et Semeuse ne se résoudrait jamais à faire une chose pareille. Il repoussa les couvertures pour dévoiler le corps mince qu'elles abritaient.

Magnifique.

Il promena légèrement ses doigts le long du corps de Lucius, arpentant la douce courbe de sa colonne vertébrale, sa hanche et les muscles récents de ses jambes. Doucement, avec légèreté pour ne pas le réveiller, Semeuse embrassa son épaule noueuse. La chair sous ses lèvres était chaude et douce. Lucius sentait le frais et le propre et seul son excès de cheveux indiquait qu'il n'avait pas été lavé récemment.

– Il est l'heure de se réveiller, mon chéri, murmura le conservateur.

Le corps se tendit et ses yeux s'ouvrirent brusquement. Semeuse lui caressa doucement la joue pour l'apaiser.

– Chut, calme–toi, mon chéri. On va t'apporter un petit déjeuner.

Non pas que Lucius mangerait plus qu'une bouchée devant lui, mais Semeuse gardait espoir. Il s'était aperçu que s'il le laissait seul pendant suffisamment longtemps, Lucius mangeait un peu de la nourriture qui lui avait été laissée. Après maints essais et beaucoup d'erreurs, il avait découvert qu'il était préférable de tout couper en petits morceaux. Lucius ne contrôlait que très peu son corps et sa mâchoire tombait souvent, laissant sa bouche grande ouverte. En fait, même se forcer à mâcher était pour lui un effort astronomique et, plus les morceaux étaient petits, plus Lucius serait enclin à finir le plat.

– Tu as faim, mon cœur ?

Il roula Lucius sur le dos et l'adossa aux oreillers. Il trouva une chemise de nuit propre dans son armoire et habilla son ange avant que l'elfe de maison ne revienne avec le petit–déjeuner. Il peigna de son mieux ses cheveux, les repoussa de son visage et les attacha avec un ruban blanc. Il était suffisamment présentable pour un elfe de maison, même si sa tête tombait en avant et qu'il bavait. Semeuse lui redressa la tête et lui essuya le menton, claquant la langue pour exprimer son mécontentement.

– Je vais te laisser prendre ton petit déjeuner, dit–il joyeusement lorsque l'elfe arriva avec un plateau, et je reviendrai plus tard pour te donner un bain.

Il promena son doigt le long de la mâchoire de son ange.

– Tes cheveux sont sales, nous allons devoir les laver aujourd'hui.

Il sortit à contrecœur, jetant un dernier coup d'œil au regard vague de Lucius et remarqua avec consternation qu'il bavait à nouveau. Il ferma la porte derrière lui et s'enferma dans sa salle de bain afin de se préparer pour la journée.

Lucius cligna des yeux, une fois. Puis une autre. Son regard s'éclaircit et ses yeux dérivèrent jusqu'au plateau qu'on avait posé à côté de lui. Sa main remua lentement, faisant maladroitement tomber la majeure partie de ce qui y était déposé. Ses doigts se refermèrent autour d'un petit morceau de pâtisserie qu'il hissa douloureusement jusqu'à sa bouche. Cela lui coûta encore beaucoup plus que tout ce que Semeuse avait pu imaginer et, une fois qu'il eut porté la nourriture à sa bouche, sa main retomba sur le plateau, inutile.

Lucius mâcha lentement, bavant la plus grande partie de son petit–déjeuner sur sa chemise de nuit. Il mit une demi–heure à manger la moitié d'un croissant et s'arrêta, trop fatigué pour continuer. Il ferma les yeux et se rassit contre les oreillers, attendant le retour de son persécuteur.

oOo

Poppy avait découvert qu'avec quelques ingrédients bien choisis, elle pouvait sceller temporairement les veines des bras de Ron, au moins jusqu'à ce qu'ils puissent l'amener aux spécialistes de Ste–Mangouste. Elle se demandait également s'il était judicieux de lui lancer un Enervate pour le tirer du coma dans lequel il était jusqu'à présent plongé. Elle espérait qu'il soit toujours en mesure de vivre normalement mais craignait que son corps n'ait subi des dommages irréversibles.

Minerva avait sorti une couverture de l'armoire et la déplia, prête à la jeter sur Ron. Il n'y avait plus aucune raison de le garder exposé à tous les vents et la pièce était glaciale en dépit du feu.

– Ne devrions–nous pas lui lancer un Enervate ? demanda–t–elle après un moment de silence. Pour faire circuler un peu le sang ?

Poppy acquiesça vivement. Le garçon était horriblement froid et moite au toucher et il avait besoin que sa circulation sanguine se rétablisse pour être soigné.

– Il pourrait ne pas très bien réagir au réveil, nous devrons peut–être le maintenir...

– Pas de Corpus Liga [1], quand même ?

– Non, Minerva, nous pouvons le tenir nous–mêmes, ça l'effraiera sans doute moins.

Dumbledore plaça Harry à la tête du lit et sourit.

– Je veux que tu tiennes ses mains au–dessus de sa tête, d'accord ?

Draco et Minerva maintenaient les pieds en place.

Arthur et Molly Weasley entrèrent en courant dans la pièce au moment précis où Dumbledore s'écria :

Enervate !

L'effet fut affreux et instantané. Ron convulsa, toussa et convulsa encore. Ses yeux s'ouvrirent brusquement, larges et confus. Le garçon commença à se débattre, repoussant violemment mais instinctivement les personnes qui le tenaient. Son regard ne semblait pas se fixer sur quoi que ce soit et parcourait sauvagement la pièce. Harry n'était même pas sûr que Ron ait reconnu une seule des personnes présentes dans la pièce. Il laissa finalement échapper un hurlement aigu, qui sembla n'en plus finir.

– Calme-toi, Ron, dit doucement Dumbledore.

Mais la seule chose que fit le garçon fut d'arracher son bras à l'étreinte de Harry pour en griffer désespérément l'autre, essayant de déchirer la peau fraîchement raccommodée.

– Je dois aller chercher Charlie, vociféra–t–il, paniqué. Je dois trouver Charlie et arranger les choses...

– Pour arranger les choses, Ron, il faut d'abord que tu te calmes ! plaida Harry.

– Non ! Non ! Je dois trouver Charlie, je dois...

Harry lutta pour maintenir le bras de Ron, effrayé de la force que ce dernier possédait. Ses mains emprisonnées, ce dernier se débattit avec ses pieds, atteignant Minerva à la hanche et Draco à l'estomac. Le plaid que Minerva avait placé sur lui tomba au sol.

Molly et Arthur s'étaient simultanément figés, frappés d'horreur et, lorsque la couverture glissa du corps, Molly hurla. Minerva se précipita sur eux, réalisant pour la première fois qu'ils étaient bien là. Molly avait pâli et ses lèvres avaient pris la couleur d'un parchemin neuf.

– C'est moi qui ai fait ça…

La voix de Molly était à peine audible.

– C'est moi qui lui ai fait ça !

Arthur n'argumenta pas. Il regarda l'une des blessures de son fils se rouvrir sous la poigne de Harry et révéler l'étendue des dégâts. Il était incapable de bouger et laissa Minerva se charger de sa femme, qui se précipitait sur le lit d'hôpital de son plus jeune fils.

Qu'est ce qu'ils lui font ? hurla Molly

– Ils essayent de le sauver, répondit Arthur, il faut juste que tu restes où tu es et que tu les laisses faire leur travail.

– Ron, appela Harry, tenant toujours fermement le bras de ce dernier et ne se souciant pas que les blessures se soient rouvertes. Ron, regarde moi !

Les yeux de Ron se révulsèrent mais finirent par se fixer sur Harry.

– Ron, il faut que tu cesses de te débattre, nous essayons de t'aider.

– Harry ?

Ron souriait à présent, d'un sourire plein de soulagement.

– Je dois trouver Charlie, s'il te plaît... s'il te plaît, laisse–moi le retrouver.

– Il est trop tard pour retrouver Charlie maintenant, Ron. Charlie serait très en colère contre toi si tu allais le trouver maintenant.

Les yeux de Ron s'embuèrent de larmes.

– Mais... Je dois le faire, je dois arranger les choses.

– Je ne pense pas qu'aller trouver Charlie arrangera quoi que ce soit, Ron.

– Mais... ça le rendra tellement... heureux.

– Non, non, Ron, ça rendrait tout le monde très triste. Très triste.

– Où est Nounours ?

Harry avait l'air perplexe.

– Qui est Nounours ?

– Il... il était avec moi... où est Nounours le Pirate ?

Harry se rappela l'ours en peluche imprégné de sang dans la chambre de Ron.

– Nounours va bien, il est dans ton lit, sain et sauf.

– Il va avoir peur sans moi.

– Bon, j'irai le chercher, mais d'abord tu dois te calmer.

Ron cessa de s'agiter, puis regarda Dumbledore et se tourna vers lui.

– S'il vous plaît, murmura–t–il, laissez–moi trouver Charlie...

Harry leva les yeux et trouva ceux de Molly Weasley. La femme qui avait été une mère pour lui était figée d'horreur à la vue du spectacle, son visage partagé entre la culpabilité et la douleur. Elle regarda Harry à son tour et tenta de parler, mais tout ce qu'elle réussit à articuler fut un Je suis désolée..., encore et encore, comme si elle savait que ça ne serait jamais assez.

oOo

Dumbledore avait renvoyé Harry et Draco au lit, avec la promesse de réveiller Harry à temps pour partir à Ste–Mangouste avec Hermione. Après avoir beaucoup protesté, Harry s'endormit. Lui–même ne savait pas comment il avait réussi à trouver le sommeil, mais la respiration apaisante de Draco, la chaleur de sa peau et le battement ferme de son cœur contre sa paume étaient devenus presque hypnotiques et, au bout d'un moment, il s'était endormi, bercé par les pulsations régulières. Le temps qu'il se réveille, Ron avait été transféré à Ste–Mangouste et le professeur McGonagall informait Hermione des événements de la nuit. Ginny avait été réveillée précipitamment par son père et n'avait d'abord rien voulu croire de ce qu'il lui racontait, même lorsque Arthur la fit sortir du château et qu'ils partirent pour Londres.

Lorsque Harry ouvrit les yeux, la lumière ruisselait dans la pièce et il s'assit, temporairement désorienté et paniqué à l'idée de s'être réveillé trop tard. Draco marmonna quelque chose et se retourna. Harry put apprécier pendant un instant la sensation des longues jambes du jeune homme contre les siennes. Draco était là, en vie, tout entier. Il pouvait vivre éternellement tant que cette constante demeurait. Harry caressa amoureusement les cheveux soyeux de Draco puis se glissa hors du lit, avançant à pas feutrés jusqu'à l'armoire pour attraper des vêtements et des affaires de toilette. Il avait désespérément besoin d'une douche, il était couvert du sang séché de Ron et une partie de lui ne pouvait croire qu'il avait pu dormir comme ça.

– Tu allais me réveiller et me dire où tu allais ?

Harry se figea, incapable de retenir une étrange sensation de culpabilité, comme s'il avait été pris en train de faire quelque chose de mal. Quelque chose dans la voix de Draco était accusateur et malveillant.

– Bien sûr que j'allais le faire, dit rapidement Harry. Je serais revenu plus tard de toute façon.

Draco s'assit et le fixa.

– Donc tu vas à l'hôpital ?

– Oui, pourquoi, je ne devrais pas ?

– Il n'y a rien que tu puisses faire là–bas. Ce ne serait pas mieux de le laisser aux mains des soigneurs et de sa famille jusqu'à ce qu'il se réveille ?

Harry le regarda à son tour, incrédule.

– Si ça avait été moi, tu serais allé à l'hôpital ?

– Je crois que le scénario est légèrement différent.

– Non, il ne l'est pas.

– Si, il l'est. Tu es mon amant. Tu es la personne que j'aime et avec laquelle je veux passer le reste de ma vie. Toi, tu ne viens pas de passer ces derniers mois à me torturer en me traitant de sale tapette.

– Il était malade, Draco !

– Conneries !

Draco balança ses jambes hors du lit.

– Il n'était pas malade, il s'injectait volontairement de la drogue !

– Ce n'était pas sa faute.

– Alors c'était la faute de qui ?

– Je ne sais pas !

– Pour l'amour de Merlin, Harry, il a passé des mois à se comporter en véritable con ! Je veux dire, je n'en ai rien à foutre que ça soit vrai qu'il ait couché avec sa belle–sœur, mais retourner tout ça contre nous et nous incriminer de toutes ces conneries morales à cause des choix que nous avons faits – juste pour couvrir son propre merdier, putain, c'est injuste !

Draco fixait Harry avec colère, incapable à présent de retenir les mots qui fuyaient hors de sa bouche.

– Et maintenant, qu'il s'est fait surprendre et que tout le monde est furax, qu'est ce qu'il fait ? Il se charcute pour gagner un peu de putain de compassion !

– ARRÊTE ! tonna Harry. Ne dis rien de plus.

– Et pourquoi pas ? exigea de savoir Draco. C'est vrai ! Et ça marche. Regarde–toi, Harry. Tu ne peux pas t'empêcher d'accourir auprès du pauvre petit Ronnie à sa maman ! Il n'a pas besoin de compassion. Il a besoin de se réveiller, de réaliser qu'il est responsable de tout ça et de surmonter tout ce bordel !

– Tu ne sais pas comment c'était !

– Qu'est ce qui était comment ?

– La guerre. Tu ne peux pas savoir à quel point c'était dur.

– Et qu'est ce que ça a à voir avec ça ? ricana Draco. Laisse–moi deviner. Tu vas blâmer Voldemort parce que Ron Weasley a baisé sa belle–sœur ?

– Ça nous a tous affectés, ça nous a tous affaiblis. Mais, putain, tu peux pas le savoir ça, parce que t'as passé toute cette putain de guerre à te cacher dans ton Manoir comme un putain de petit lâche ! Tu ne sais rien de la douleur et du malheur que la guerre a laissé derrière elle !

Draco eut l'air abasourdi.

– Tu penses que je ne sais rien de la douleur et du malheur ?

– Et qu'est ce que tu as perdu ? demanda Harry avec amertume. Tu as et tu as toujours eu tout ce que tu voulais, servi sur un plateau d'argent.

Draco pâlit et se tut. Puis, alors qu'il semblait sur le point de laisser partir Harry, il prononça finalement dans un sifflement :

– J'ai perdu autant que n'importe qui. J'ai juste choisi de ne pas jouer la carte de la compassion pour recevoir de l'affection.

– Non, tu ne l'as pas fait, parce que tout le monde se foutrait royalement que tu crèves demain, cracha Harry.

Draco fixa son amant avec irritation, colère et méchanceté.

– Si c'est vraiment ce que tu penses, alors tu ferais peut–être mieux d'aller à l'hôpital. Plutôt crever que de soutenir une petite merde égoïste comme toi.

oOo

Hermione s'assit devant son petit–déjeuner avec un sourire satisfait sur le visage et une intuition tenace que son bonheur ne durerait pas éternellement. Après tout, elle avait dix–huit ans et Severus vingt de plus, il se lasserait sûrement d'elle au bout d'un moment. Elle se demanda et ce, pour la première fois, ce qu'il pouvait bien aimer en elle. Aussi adulte qu'elle pouvait l'être par moments, Hermione savait qu'elle agissait la plupart du temps comme l'enfant qu'elle était encore – et Severus, de manière générale, méprisait les grands enfants de dix–huit ans. Donc, que pouvait–il bien aimer en elle ? La jeunesse et l'exubérance ? Severus détestait la jeunesse et l'exubérance.

En attendant, tout allait bien dans le meilleur des mondes et elle aurait peut–être dû remercier le ciel pour les cadeaux qu'il lui faisait et non pas l'interroger sur la raison de sa générosité.

Lavande était déjà à table lorsque Hermione arriva. Elle avait les yeux rouges et une mine épouvantable, la mine de quelqu'un qui a passé sa nuit à pleurer.

– Quelque chose ne va pas ? Qu'est ce qui s'est passé ? demanda anxieusement Hermione.

L'inconvénient de rester avec Severus était qu'elle ne pouvait pas être là si jamais quelque chose n'allait pas et, au vu de l'allure de Lavande, quelque chose n'allait sûrement pas très bien.

– Ce n'est rien, renifla Lavande, sortant son mouchoir et essuyant son nez. J'ai passé une mauvaise nuit, c'est tout.

– Ton rendez–vous avec Ernie ne s'est pas bien passé ?

Lavande lui jeta un regard en biais et se remit à renifler. Elle essuya une nouvelle fois son nez, puis se tamponna les yeux.

– Non, parvint–elle à prononcer d'une voix fêlée, ça ne s'est pas bien passé.

Elle essaya courageusement de sourire mais ne parvint qu'à paraître encore plus misérable.

– Il est arrivé avec une demi–heure de retard... et avec cette femme. Ils se voyaient déjà depuis plusieurs mois. Ce salaud ne savait pas comment me le dire, alors il a préféré me la montrer.

Hermione ouvrit la bouche et porta les mains à son visage.

– Mais... mais c'est horrible !

– Oui mais bon, je devrais être habituée maintenant. Tous les garçons avec lesquels je suis sortie étaient de pauvres cons au final.

Hermione fixa son amie avec horreur. Combien de petits copains avait–elle bien pu avoir ? Ils avaient vraiment tous finis comme ça ? Elle lança un rapide coup d'œil à Severus et frissonna. Allaient–ils eux aussi finir comme ça ?

– Lav', je suis vraiment désolée...

Lavande se tapota les yeux une fois de plus et prit une profonde respiration.

– Ça va aller, je suis grande maintenant. Je survivrai, hein ?

Hermione passa un bras autour des épaules de Lavande et la serra fort contre elle, tandis que cette dernière riait et s'étouffait à moitié en sanglotant.

– Alors, comment était le repas ? demanda Lavande en souriant, décidant d'être courageuse.

Elle était parfaitement consciente que c'était la première relation amoureuse de Hermione et elle ne voulait pas lui donner une impression aussi désastreuse des rendez–vous. Si les hommes n'étaient pas de tels trous du cul, elle aurait probablement passé de meilleurs moments.

– Bien, répondit lentement Hermione. Le restaurant était à chier. Je ne sais pas qui a choisi la déco, mais franchement, il aurait bien besoin d'un cours sur ce qui est romantique ou pas.

La jeune fille chercha pendant quelques instants des détails croustillants sur le restaurant.

– Ah oui ! On s'est assis sur une boîte de préservatifs géante ! Et j'ai bu le pire apéritif au monde mais après...

Elle baissa la voix.

– … après Severus m'a offert quelque chose de plus convenable, donc finalement c'était bien.

– Okay, renifla Lavande, passe le repas, au lit, c'était bien ?

– Ça se passe toujours bien au lit.

– Oh, crois moi, ça ne se passera pas toujours aussi bien.

Hermione garda le silence. Discuter de sa soirée de St–Valentin avec Lavande n'était peut–être pas une si bonne idée, étant donné son état d'esprit actuel.

– Euh... Je...

– Miss Granger ?

Hermione leva les yeux sur le professeur McGonagall, accueillant presque avec soulagement l'interruption, et lui sourit.

– Professeur ?

– Pourriez–vous venir avec moi, ma chère, il faut que nous parlions.

Hermione jeta un regard anxieux à Severus, puis revint à McGonagall.

– Il y a... il y a un problème, Professeur ?

– Non !

Minerva déglutit et se força à ne pas sortir son mouchoir. Elle regarda Lavande Brown et réalisa qu'elle devait avoir une mine similaire à celle de la jeune fille.

– Non, Miss Granger, il n'y aucun problème avec vous. Je dois juste vous parler en privé, c'est tout.

Une fois encore, Hermione jeta un coup d'œil à Severus qui fronçait les sourcils et regardait Minerva, curieux. Elle donna une dernière étreinte à Lavande et suivit le professeur McGonagall dans le grand hall, puis dans son bureau.

– Hermione...

Minerva essaya d'afficher un sourire rassurant, mais elle était trop fatiguée pour avoir l'air convaincante.

– Peut–être que vous devriez vous asseoir.

Hermione afficha pendant un instant un air angoissé.

– Vous n'allez pas me renvoyer, quand même ?

Minerva ouvrit la bouche, puis la referma sans rien dire, incapable de comprendre comment une personne normalement constituée pouvait être aussi obsédée par l'école.

– Non, Hermione, je ne vais rien faire de ce genre. Asseyez–vous, s'il vous plaît.

Hermione se glissa sur une chaise et commença à s'agiter nerveusement.

– Il y a eu un... un accident.

Minerva évita le regard de la jeune fille. Elle n'était pas sûre d'avoir envie de faire ça. Peut–être devrait–elle aller chercher Severus, au moins pourrait–il réconforter Hermione. Si elle n'avait pas été aussi accablée, Minerva aurait trouvé la situation comique. Rien que le fait de penser que Severus Snape pouvait réconforter une jeune fille désespérée était risible.

– Un accident ?

Hermione pâlit à vue d'œil.

– C'est Harry ? Il va bien ?

– Harry va bien, Hermione, il va bien. J'ai le regret de vous annoncer que Mr Weasley a été blessé.

Ron ?

Cinq minutes plus tard, lorsqu'elle eut connaissance des événements, Hermione se précipita hors du bureau et escalada les escaliers de la tour. C'était impossible. C'était tout simplement impossible. Ron ne ferait jamais une chose pareille... Ron était plus fort que ça...

Harry l'attendait dans la salle commune, pâle, fatigué et l'air malheureux.

– Tu viens à l'hôpital avec moi ? demanda–t–il, d'une voix terne et égale.

Et, à ce moment là, elle sut que c'était vrai. Elle sut que Ron s'était fait du mal, elle sut que lorsque tout s'était brisé autour de lui, ni Harry, ni elle n'avaient été là pour l'aider à ramasser les morceaux. Elle avait été trop préoccupée, trop obnubilée par son propre bonheur pour penser à Ron. Elle avait remarqué quelque chose, en avait parlé à Harry, puis ça lui était sorti de la tête. Et Ron en payait maintenant le prix.

– Je...

– Je sais, dit doucement Harry.

Il l'attira à lui et l'étreignit fermement, essayant de puiser autant de force en elle qu'elle en puisait en lui.

– Ce n'était pas censé se passer comme ça, murmura–t–il. Nous devions tous être heureux. C'est fini maintenant. Nous étions censés être libres et heureux...

Alors Hermione éclata en sanglots, s'autorisant à laisser passer son chagrin dans ses larmes tant qu'elle le pouvait, sachant qu'elle devrait être forte par la suite. Elle enfouit sa tête dans le cou de Harry et pleura, se réconfortant dans ses bras, profitant de la chaleur de son ami. Ils ne bougèrent pas, chacun maintenant en place le monde vacillant de l'autre, jusqu'à ce que Dumbledore arrive pour les emmener à Ste Mangouste.

oOo

– Tu ne croiras jamais ce que j'ai vu la nuit dernière, dit Semeuse sur le ton de la conversation, tandis qu'il massait le crâne de Lucius avec une dose de Cheveux de Rêve Blond Naturel de Gilderoy Lockhart.

Lucius était assis dans un bain d'eau chaude, soutenu par un dossier de fortune conçu par Semeuse lui–même. Il avait l'air totalement désintéressé par la conversation mais le conservateur continua sans y prêter attention. Laissant Cheveux de Rêve faire effet, il souleva un des bras de Lucius et commença à le savonner.

– C'était ton ami, ce professeur de Poudlard, comment s'appelle–il déjà ? Snape ?

Semeuse sourit lorsque Lucius haussa les sourcils et que ses yeux semblèrent vaciller imperceptiblement.

– Il était passablement occupé je dois dire, tout à cette jeune fille, à la porte d'un bâtiment public. Son goût en matière d'hommes est discutable, et c'est peu dire, c'est vraiment l'homme le plus abominable que j'ai eu le déplaisir de rencontrer – contrairement à toi, mon ange – mais bon, peut–être qu'elle était sous Imperium. Enfin, elle avait quand même l'air d'apprécier ses mots doux.

Lucius cligna des yeux et Semeuse frotta son aisselle.

– Mais le plus intéressant dans tout ça, c'est que cette jeune fille est une élève ! C'est une amie de ton fils Draco. Je l'ai vu dans l'Edrisil. Je me demande ce que le Ministère et les membres du Conseil d'Administration diront d'un professeur, et directeur de Maison de surcroît, qui couche avec une de ses élèves ? Je ne pense pas qu'ils trouveront ça très éthique, pas toi ?

Il inclina Lucius en avant et lui versa de l'eau sur la tête pour rincer la mousse du Cheveux de Rêve. En vérité, il avait cherché à se venger lui–même de Severus, depuis que celui–ci était venu au musée et avait catégoriquement refusé de l'aider à acquérir Lucius de manière permanente. L'homme était aussi le parrain de Draco et il allait sans doute poser problème quand le temps serait venu d'acquérir également le jeune homme.

– Je pense qu'avec des informations comme celle–ci, le professeur Snape ne sera plus un problème très longtemps.

– Laisse–le tranquille.

Semeuse se rassit, frappé de stupeur. Lucius n'avait pas parlé, ses lèvres n'avaient pas bougé mais sa voix était pourtant parfaitement claire. Comme si elle avait résonné directement à l'intérieur de la tête du conservateur. Il leva le menton de Lucius de son index.

– Est–ce que tu viens de dire quelque chose, mon ange ?

– Laisse Severus tranquille.

Semeuse sourit, plus heureux qu'il ne l'avait jamais été au cours de ce dernier demi–siècle.

– Donc tu peux parler, mon chéri !

Bien sûr, ce n'était pas comme si Lucius parlait réellement, mais il communiquait et Semeuse l'entendait très clairement.

– Je te déteste.

Loin de s'offusquer de cette déclaration, Semeuse parut transporté.

– Oh, Lucius, mon cher. Il y a une si fine frontière entre l'amour et la haine. Ce sont toutes les deux des émotions tellement intenses, comment l'une pourrait–elle exister sans l'autre ? Bientôt, mon chéri, tu apprendras à m'apprécier.

– Où est ma femme ? Elle n'est pas à l'exposition. Est–elle toujours à Azkaban ?

Semeuse se sentit presque triste d'avoir à annoncer la vérité à son ange, mais la femme ne signifiait rien pour lui, sinon une rivale dans le cœur de Lucius.

– Ta femme est morte, mon chéri, dit–il doucement. C'était une véritable honte de briser un tel assortiment mais après tout, elle n'était pas de pure souche, n'est–ce pas ? Elle l'était uniquement par le mariage.

Lucius garda le silence, assimilant la nouvelle et Semeuse craignit qu'il ne parle plus jamais.

– Ne te tracasse pas, mon beau. J'aurai Draco ici bien assez tôt et tu auras alors un des tiens à chérir.

– Ne touche pas à mon fils.

Semeuse sourit.

– Mais, mon chéri, je veux vous voir tous les deux ensemble et il est particulièrement réceptif à l'Imperium. Imagine sa bouche sur toi, mon ange, sa bouche te parcourant tout entier et son corps contre et à l'intérieur du tien. Je crois qu'il n'y aurait pas de plus belle vue à mes yeux.

– Ne touche pas à mon fils.

– Tu ne peux rien contre moi, Lucius, continua le conservateur, soudain sérieux. Je ne sais pas comment tu as réussi ce miracle, mais tu n'as presque aucun pouvoir. Briser les miroirs ou réduire des caisses en morceaux ne vont pas me retenir très longtemps. Je sais ce que je veux et j'ai l'habitude d'obtenir ce que je veux.

Lucius garda le silence et Semeuse versa un peu plus d'eau sur la tête de ce dernier, enlevant les dernières traces de mousse. Après un moment, la voix revint, plus forte cette fois, une voix lente et traînante.

– Nous pouvons peut–être faire un marché, dit Lucius.

– Un marché ?

Semeuse tourna autour de la baignoire pour attraper une serviette.

– Et quel genre de marché voudrais–tu passer avec moi, mon ange ?

– Si tu laisses mon fils tranquille, je pourrai apprendre à... à t'apprécier... bien plus vite que je ne le fais.

Semeuse s'assit une nouvelle fois sur le bord de la baignoire et souleva le menton de Lucius pour obliger ce dernier à le regarder dans les yeux.

– Plus vite comment ?

Il pouvait presque voir la tension de l'effort sur le visage de son ange et il entendit l'eau clapoter tandis que Lucius levait sa main avec une atroce lenteur. Il pressa sa paume contre la joue du conservateur en une caresse amoureuse.

– Presque immédiatement, dit la voix.

NdT :

[1] le sortilège est nommé Body Bond en version originale, littéralement corps attaché.

A suivre…

Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.

Bisous.

Falyla