Titre : Objects of Desire
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Auteure : Azrael Geffen
Traductrice : falyla
Correcteurs : falyla/Florent
Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape
Rating : M/NC-17
Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)
Etat de la traduction : terminée
Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.
Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.
Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.
Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.
Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.
Note de la traductrice : Comme vous avez pu le remarquer, Ffnet me déteste et me mange avec une régularité alarmante des espaces et de bouts de mots. J'essaie de voir c'est dû au format du texte lorsque je le mets en ligne, bien que Word soit parfaitement accepté selon les propres règles de FFnet. Bref, tout ça pour dire que je suis désolée si au final le texte est tronqué mais sachez bien que ce n'est pas de la négligence de ma part. Merci beaucoup pour vos commentaires, j'apprécie vraiment.
Bonne lecture.
Objects of Desire
Chapitre 17 (2ème partie)
Un monde insensé
Hermione grimpa les escaliers de la tour de Gryffondor avec une étrange mélancolie qu'elle ne pouvait imputer qu'à une nostalgie d'un temps où tout était plus simple. Elle passa la Grosse Dame, fit une brève pause en souriant faiblement. Est–ce que tout redeviendrait pareil, une fois qu'elle serait à l'intérieur ? Ressentirait–elle à nouveau cette sensation de réconfort qu'elle percevait autrefois lorsqu'elle se trouvait dans la salle commune ? Elle avait toujours des amis à Gryffondor et elle ne doutait pas qu'elle pouvait arranger les différents qu'elle avait avec Ginny. Comme toute chose qui en valait la peine, ça prenait juste un peu de temps.
Mais la période où elle pouvait considérer Gryffondor comme un foyer semblait être passée, elle était une personne différente maintenant. Sa vie avait changé dès que la guerre avait commencé et, le temps qu'elle se termine, il n'y avait plus trace de la fille naïve qu'elle avait si longtemps été auparavant.
Ainsi donc Gryffondor faisait partie de son passé et maintenant elle devait se contenter de monter les escaliers jusqu'aux appartements du professeur McGonagall et vers l'âge adulte qu'elle avait autrefois été si empressée d'expérimenter.
Devant la porte de McGonagall, Hermione lissa ses cheveux de son mieux. Ils étaient totalement indomptables la plupart du temps mais elle avait fait un effort en les lissant avec du sérum et en les tirant en arrière aussi fort qu'elle le pouvait. Elle s'était vêtue avec soin, décidant qu'une robe était de loin le vêtement le plus approprié pour un petit–déjeuner avec son professeur. C'était une simple robe de laine noire avec de longues manches et elle avait trouvé, en fouillant dans ses tiroirs et ceux de Lavande, un collant qui n'était pas filé. Elle avait un air parfaitement respectable et même un petit côté nonne.
Elle s'exerça à quelques sourires aimables avant de finalement frapper à la porte. Elle s'ouvrit pour la laisser entrer et elle pénétra dans une pièce magnifique, pleine d'une clarté qui imitait fidèlement la lumière du soleil. C'était éblouissant et elle se demanda comment le professeur avait réussi à conjurer cet effet si parfaitement.
McGonagall était assise à une petite table à côté d'une des baies vitrées derrière elle, un grand hibou gris dormait paisiblement sur son perchoir. Depuis la porte, Hermione pouvait entendre le son de la pluie mais rien ne montrait qu'elle battait contre les vitres des appartements. La pièce était entièrement ensorcelée.
– Hermione, ma chère, asseyez–vous et mettez–vous à l'aise.
Hermione enregistra deux choses. Il n'y avait plus rien dans la voix de son professeur de la formalité habituelle une formalité qu'elle avait l'habitude d'utiliser et n'avait disparu qu'une fois, lorsque le professeur était ivre à la fête du Nouvel An. Hermione sourit nerveusement et s'installa sur la chaise opposée. Sur la table trônait un véritable festin de fruits frais et de pâtisseries, loin des lourds petits–déjeuners qu'elle prenait habituellement dans le Grand Hall. Non pas qu'elle ait jamais essayé de manger quelque chose de plus léger mais, maintenant qu'elle y repensait, il lui sembla se souvenir que Draco n'avalait généralement qu'un yaourt et ne paraissait vivre que de fruits.
– Ce petit–déjeuner a l'air appétissant, Professeur.
– Je vous en prie, Hermione, je pense que nous avons atteint un point qui nous dispense de ces formalités, j'apprécierai que vous m'appeliez Minerva. Je crois vous l'avoir dit au Réveillon du Nouvel An.
– O–Oui, Professeur, bredouilla–t–elle en rougissant. Désolée, Minerva, c'est juste que… vous étiez…
– Incroyablement saoule ?
Minerva sourit avec indulgence.
– Hermione, je suis capable de boire et de parfaitement me rappeler ce que j'ai dit ou fait le jour suivant. Je vous ai dit de m'appeler Minerva et je le pensais.
Hermione sourit et baissa la tête.
– Eh bien, merci, Minerva.
Puis elle regarda la femme plus âgée dans les yeux en essayant de paraître sûre d'elle tandis qu'elle poursuivait :
– Alors, p–pourquoi vouliez–vous me voir, Minerva ?
Minerva sourit plaisamment et offrit du café à Hermione.
– Je veux vous parler de Severus.
Hermione pâlit mais, à l'intérieur, l'espoir dans son ventre grandit.
– Severus ?
– Oui.
Minerva sourit à nouveau, avec cet air indulgent sur le visage.
– Vous vous rappelez de lui, n'est–ce pas ?
Hermione sentit son visage passer du blanc au rose.
– Oui, bien sûr que je m'en souviens.
– Bien, je pensais que nous pourrions peut–être discuter de ce que nous allions faire à son propos.
– Faire ? À propos de Severus ?
Minerva soupira, une légère irritation perçait sous l'extérieur plaisant.
– Oui, Hermione, à propos de Severus.
Hermione acquiesça, rougit une nouvelle fois et détourna son regard. Elle était parfaitement consciente que son visage n'était qu'un masque de confusion et elle sentit l'embarras l'envahir lorsqu'elle se rendit compte qu'elle était incapable de se concentrer sur ce que disait Minerva. Que Minerva s'imaginait–elle pouvoir faire à propos de Severus, exactement ? Est–ce que ça les regardait, ce que faisait Severus ? Est–ce que Minerva pensait pouvoir l'influencer ? Hermione en doutait sérieusement, elle n'avait jamais envisagé que Severus Snape était de ces hommes qu'on pouvait influencer ou manipuler de quelque manière que ce soit.
Hermione fronça les sourcils et tenta de prendre un air vaguement intelligent.
– Je… Je ne crois pas qu'il y a quoi que ce soit que nous puissions faire à propos de Severus. Il a pris sa décision… Il ne veut pas de moi et il n'y a rien que je puisse faire pour ça.
Minerva roula des yeux et secoua la tête.
– Oh, pour l'amour de dieu, ne soyez pas ridicule. Vraiment, Hermione, j'ai toujours pensé que vous étiez une fille intelligente, que vous aviez de l'instinct !
Elle renifla, les narines frémissantes.
– Severus Snape n'est pas aussi complexe que vous le croyez. Lorsqu'il quitte sa salle de classe, c'est un homme et rien de plus. Vous avez passé tellement de temps à le considérer comme le croque–mitaine que vous êtes incapable de saisir qu'il n'y a rien de plus en lui que les peurs les plus basiques et les plus communes. Severus veut être avec vous et j'ose affirmer qu'il vous aime plus qu'il n'a aimé quelqu'un depuis bien longtemps. Le problème est qu'il pense qu'il ne vous mérite pas. Ce pauvre imbécile croit agir noblement en se mettant de côté afin que vous puissiez vivre une vie qu'il imagine merveilleuse pour vous s'il n'y prend pas part. Bien sûr, ce n'est qu'un crétin, mais, bon, c'est Severus. Il peut se montrer réellement exaspérant quand il le veut.
Elle sourit avec affection.
– Et bien sûr, il peut aussi se montrer réellement exaspérant même quand il ne le veut pas.
Hermione aurait souri si elle ne s'était pas sentie aussi abattue.
– Même si c'est vrai, je ne vois pas ce que je peux y faire. Il a pris sa décision.
– Alors, faites ce qu'il faut pour le faire changer d'avis.
– Et comment suis–je censée m'y prendre ?
Minerva se renfonça dans sa chaise et sembla littéralement rayonner.
– Eh bien, il y a en lui une sorte d'étincelle que j'espérais trouver.
Hermione ne put s'empêcher de se pincer l'arrête du nez, complètement perdue.
– Il est trop têtu et, vraiment, je ne vois pas que je peux faire.
– Eh bien, vous pourriez commencer par sortir de votre chambre !
La mâchoire de Hermione se durcit visiblement. Bon sang, pourquoi est–ce que tout le monde se sentait obligé d'avoir une opinion sur la manière dont elle gérait sa peine ?
– Comment espérez–vous le convaincre que vous avez mûri si vous restez assise dans votre chambre, négligée au point d'empester et gavée de cette malbouffe qui donne de l'acné ? Il pense que vous avez besoin de grandir un peu et tout ce que vous avez fait, c'est vous assurer qu'il continue à le penser. Vous devriez avoir honte et Miss Brown aussi. À quoi est–ce que vous pensiez en vous laissant aller comme ça ? Comment voulez–vous réussir votre scolarité si vous refusez d'aller en cours ? Vous agissez comme une adolescente de quinze ans alors qu'il faut que vous agissiez comme l'adulte que vous êtes devenue !
Hermione s'éloigna de la table et se mit impulsivement à faire les cent pas. Elle se sentait malade, elle n'avait pas besoin de ça et elle n'avait pas besoin qu'on lui dise ce qu'elle devait faire !
– J'ai dix–huit ans ! s'écria–t–elle brusquement. Pourquoi est–ce que tout le monde est si impatient que je me comporte comme si j'en avais trente ? Qui sait, peut–être que Severus a raison, peut–être que je suis trop jeune pour ça ! Peut–être qu'il a besoin de quelqu'un de plus âgé, de plus mature, quelqu'un qui n'est pas assez stupide pour écrire un contrat pareil et qui agit comme une personne sensée !
– Vous avez sans doute raison sur ce point.
Minerva haussa un sourcil et prit un peu de thé.
– Après tout, qui, à part un enfant, écrirait un contrat aussi ridicule ? À quel point êtes–vous puérils, tous les trois ? Non mais regardez les ennuis que cela vous a causés.
Elle prit une autre gorgée de thé, délibérément, sans regarder Hermione, un minuscule sourire se dessinant sur ses lèvres.
– Bien sûr, vous devriez être bien plus mature à dix–huit ans. Je m'attendais à ce que vous soyez assez mature pour épouser un homme qui n'est pas le bon et porter ses enfants pendant que vous n'oublieriez jamais l'amour de votre vie. Je m'attendais à ce que vous soyez assez mature pour avoir un trait de génie qui duperait Gringotts afin qu'ils vous versent des milliers de Gallions pour ensuite endurer les années à Azkaban qui en résulteraient et je m'attendais à ce que vous soyez assez mature pour vous enfuir rejoindre une bande de Mangemorts pour contrarier les gens qui vous ont tourmenté à l'école ! Pour l'amour du ciel, Hermione, on a tous eu dix–huit ans on a tous fait des trucs stupides qu'on a ensuite regrettés. Je ne vous demande pas d'agir comme si vous aviez trente ans, je vous demande juste de regarder un peu plus loin dans votre avenir que la semaine suivante et d'examiner d'un peu plus près les raisons qui ont poussé Severus à vous quitter !
– Je sais pourquoi il m'a quittée ! Il croit que je devrais grandir il veut que je couche à droite, à gauche et que je vive ma vie. Il veut que je vive ma vie sans lui !
– Il vous aime, je le sais et je crois que ça compte.
Hermione se rassit et écarta quelques mèches de son visage d'un geste absent puis plongea lentement sa tête dans ses mains.
– J'aimerais que ce contrat n'ait jamais vu le jour, j'aimerais ne jamais avoir été si stupide.
– Au milieu de tout ce fouillis, Hermione, ce n'est pas si terrible. C'est juste un stupide bout de papier et vous aviez bu…
– Severus a dit que l'alcool n'était pas une excuse, rétorqua Hermione à voix basse.
– Eh bien, Severus est un sot et il n'a pas le droit d'agir comme s'il n'avait lui–même jamais rien fait de stupide… Interrogez–le donc un jour à propos de la voiture familiale des Malfoy et vous verrez que le contrat ne ressemblera plus qu'à une minuscule tache sur un lambeau de vieux parchemin.
– La voiture familiale des Malfoy ?
– C'est une longue histoire, ma chère, et ce n'est pas à moi de la raconter.
Minerva secoua la tête une nouvelle fois puis sourit soudainement à ce souvenir.
– Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi vous avez ressenti le besoin d'établir ce contrat.
– On avait bu, laissa maladroitement échapper Hermione, et on a réalisé qu'on était encore puceaux et on ne voulait plus l'être… C'était comme si on avait manqué une part cruciale de notre adolescence, comme un trou en attendant la fin de la guerre.
– Mon dieu, ce n'est pas comme si vous étiez des ancêtres ! Mais une fois encore, pourquoi ce contrat ? Je ne comprends pas pourquoi vous n'avez pas fait une sorte de plan à trois platement sentimental et aviné pour vous en débarrasser une fois pour toutes !
Hermione en resta bouche bée et ses orbites s'écarquillèrent. Elle en était encore à s'habituer à employer le prénom de son professeur et elle ne n'attendait certainement pas à s'entendre suggérer qu'elle aurait dû arranger un plan cul à trois avec Harry et Ron… mais maintenant que c'était mentionné, ça n'aurait pas été une si mauvaise idée. Minerva la regardait dans l'expectative et Hermione réalisa, stupéfaite, qu'elle attendait une réponse. Elle rougit.
– Bien, je crois qu'on était trop terrifié pour envisager de faire ça ensemble. Il y avait trop de choses que nous ne savions pas… Que Harry était gay était l'une d'elle.
Minerva ne put s'empêcher de glousser.
– Je dirais que ça a été un choc pour tout le monde.
– Moins que pour Harry.
Hermione semblait légèrement amusée mais son visage était triste et elle se pinça l'arrête du nez.
– Je pensais que Severus comprendrait. Il a compris toutes les autres choses idiotes que j'ai faites et il était si gentil à propos de tout que je ne m'attendais pas à ce qu'il… Mais il ne peut pas oublier ça.
– Il faut dire que vous l'avez insulté plutôt méchamment et quand il l'a lu, il commencé à réfléchir et, concernant Severus, c'est lorsqu'il réfléchit que les ennuis commencent. Il a bondi si vite lorsqu'il a été comparé à une vieille bique qui ne méritait pas d'être heureuse que sa tête en a tournoyé.
Hermione ouvrit la bouche mais ne trouva rien à dire et aucune question pertinente ne lui vint à l'esprit. Minerva prit ça pour un signal et lui sourit gentiment avant de poursuivre :
– Severus se trouvait dangereusement proche du vrai bonheur et il ne voulait pas que ça se produise alors il a tout ruiné. C'est aussi simple que ça, expliqua–t–elle de manière si pragmatique que Hermione sut que ce trait de caractère était connu de tous et qu'elle était la seule à l'ignorer.
– Mais… mais pourquoi fait–il ça ?
– Une fois de plus, c'est une longue histoire et je ne sais même pas si elle est vraie. Je suppose que j'ai ma propre théorie mais moi, au moins, je connais son passé et ce qui en est à la base.
– Tandis que moi, non.
– Est–ce qu'il n'a jamais parlé de son enfance ? Pourquoi il est devenu un Mangemort ?
Hermione haussa légèrement les épaules.
– Pas vraiment. Il a mentionné ses parents une ou deux fois… Je ne crois pas qu'il les aimait beaucoup.
– Non, en effet.
Minerva pinça les lèvres, comme si elle hésitait à s'engager sur ce terrain. Elle n'avait pas prévu de lui parler de ses amis passés mais quand elle y repensait, elle n'était pas certaine de ce qu'elle avait planifié. Somme toute, elle se demandait si la fin (réconcilier le couple d'une manière ou d'une autre) justifiait les moyens (révéler le passé de Severus sans sa permission). Elle devait prendre une décision rapidement parce que Hermione la dévisageait sans doute possible comme si elle attendait de nouveaux éléments dans l'affaire Severus. Minerva avait déjà vu cette expression sur son visage des milliers de fois en classe. Elle décida de se lancer tout en espérant que Severus lui pardonnerait – s'il le découvrait un jour.
– Il n'aimait vraiment pas sa famille, continua Minerva. Non pas qu'il n'ait jamais vraiment parlé d'eux. Une des choses qui arrivent quand on est professeur, c'est que vous apprenez bon nombre de choses sur la vie de vos élèves, même s'ils l'ignorent. Une des raisons pour lesquelles Severus et Lucius étaient de bons amis, en dehors du fait qu'ils avaient grandi ensemble, était que leurs pères étaient fait du même moule. Je crois qu'un jour Albus a décrit Snape père comme un…
Elle fronça les sourcils, en y repensant.
– … comme un enfoiré de sac à merde.
Elle ne put s'empêcher de rire en voyant l'expression de choc absolu de Hermione.
– Pour ce que j'en sais, ses parents s'aimaient réellement mais ils avaient d'horribles disputes et lorsqu'ils n'en pouvaient plus de se battre l'un contre l'autre, ils se retournaient contre leur fils qui était trop jeune pour répliquer. Sa mère a eu d'occasionnelles crises de conscience mais même ça, elle ne pouvait pas le faire correctement. Elle avait décidé de l'éloigner de la maison et des disputes. Je me rappelle les avoir vus une fois sur le Chemin de Traverse. On était au milieu de l'hiver, elle était chaudement vêtue dans une de ses affreuses fourrures tandis que Severus se tenait à ses côtés, sans manteau, comme un petit chien perdu. Je ne les connaissais pas alors mais je me souviens de les avoir vus. C'est Albus qui m'a dit qui ils étaient. C'était trois ans avant que Severus n'entre à Poudlard mais je l'ai reconnu dès qu'il a passé les portes.
Je crois que quand il a commencé à Poudlard, il était soulagé de s'éloigner de la maison. Cela dit, c'était un petit garçon très sombre. Je n'ai jamais connu d'enfant qui pouvait pratiquer autant de mauvais sorts à cet âge–là ! Lucius était en dernière année et il traitait Severus comme un petit toutou, exhibant ses capacités malsaines… et puis il était si habile en Forces du Mal qu'il a fini par attirer l'attention de James Potter et de Sirius Black. James et Sirius étaient d'adorables chenapans et, à côté, les frasques des jumeaux Weasley auraient semblé parfaitement inoffensives. Ils étaient doués pour tout ce qui était tourné vers l'esprit et je suppose qu'on pouvait dire qu'ils avaient une existence enchantée.
Hermione eut l'ait inquiet.
– Mais vous avez vu la maison dans laquelle Sirius a grandi, on peut difficilement dire que son existence était un enchantement.
– C'est vrai, mais vous devez comprendre que de nombreux Sangs–Purs avaient une vie familiale de merde et, au moins, Sirius avait la capacité de se faire des amis qui l'appréciaient vraiment. Ne vous méprenez pas, Hermione. Je n'avais aucune affection pour Severus Snape. Je pensais juste qu'il n'était qu'il était un peu bizarre, comme tout le monde à l'époque, mais James et Sirius se sont mis à le tourmenter d'une manière incroyable. Au début, ce n'était pas méchant, parce que Lucius était encore là et le protégeait quand l'envie lui en prenait mais bien sûr, Lucius pouvait aussi se comporter en vraie petite merde avec lui quand il le voulait. Je ne me préoccupais pas vraiment des Serpentard. Jusque là, j'étais concernée par mes devoirs envers ma propre maison et ce qui arrivait à Serpentard n'avait rien à faire avec moi. Bien sûr, une fois Lucius parti, Severus était devenu une cible facile et brusquement c'est devenu aussi mon problème : j'ai dû punir James et Sirius parce qu'ils avaient fait ce qu'ils faisaient le mieux, à savoir lancer des mauvais sorts juste pour le plaisir.
Hermione resta silencieuse. Harry avait insinué une fois que son père n'avait pas été aussi parfait qu'il le pensait dans sa jeunesse. Elle se rappelait que Harry était si fier que tout le monde pense qu'il était comme son père puis, en 5ème année, il avait beaucoup changé quand il avait réalisé que s'il ressemblait physiquement à son père, il possédait la compassion de sa mère et il en était bien plus fier. Cependant, en y repensant, tous trois avaient tellement haï leur Maître de Potions que tout ce qui pouvait lui arriver était béni. Ce n'était plus drôle maintenant. Quelque part, en route, elle avait oublié qu'elle avait été cette fille bizarre mise de côté. Cela lui avait pris très longtemps pour se faire des amis. Ce terrible sentiment d'oppression qu'elle avait ressenti lorsque Ron avait fait ce commentaire sans appel : « Pas étonnant qu'elle n'ait aucun ami » la hantait encore, comme si sa personnalité même ne permettait pas qu'on l'apprécie.
Minerva perçut le regard troublé de Hermione et se pencha pour lui tapoter gentiment la main.
– Severus a donné autant qu'il a reçu, je peux vous l'assurer. Il détestait James avec violence et je ne sais toujours pas ce qui attisait cette haine entre eux mais c'était fort.
Elle secoua la tête.
– Mon dieu, j'avais presque oublié à quel point c'était mauvais entre eux. Pourtant, Severus travaillait dur pour être un bon élève. Il rendait des devoirs si denses qu'il fallait une heure pour les lire on devait utiliser une loupe parce qu'il serrait tant ses lignes sur un simple parchemin que ça ressemblait à du charabia au premier abord. Il possédait presque un caractère anal dans son souci du détail. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il travaillait dur en tout. Il travaillait dur pour ses sortilèges, il travaillait dur pour ses devoirs, il travaillait dur pour ses examens… et il était tout particulièrement doué pour les mauvais sorts.
Hermione sourit en entendant ça et se demanda ce qu'elle aurait pensé de lui si elle l'avait connu à cette époque. Sans doute qu'elle l'aurait haï aussi.
– D'une certaine façon, poursuivit Minerva, Draco me rappelle Severus. Severus n'était pas gâté par la vie et Draco a nourri pendant longtemps le même ressentiment à l'égard de Harry que Severus envers James. Severus a compris très tôt qu'il n'allait jamais battre James et Sirius, alors il a décidé de les suivre un peu partout, essayant de les surprendre à briser les règles pour leur causer des ennuis et il y est parvenu en d'innombrables occasions. Je ne peux pas vous dire combien de fois j'ai mis ces deux–là en retenue et, bien sûr, ils n'appréciaient pas du tout. Finalement, Sirius en a eu marre et a décidé d'une terrible vengeance, une chose qui a tout changé.
– Il a envoyé Severus à la Cabane Hurlante juste avant que Remus Lupin ne se change en loup–garou.
– Vous le savez déjà ?
– C'est Harry qui me l'a dit. Harry m'a raconté que son père avait arrêté Severus et l'avait sauvé.
– Oui, en effet mais il y avait bien plus que ça. Je ne crois pas que Sirius pensait honnêtement que Remus blesserait vraiment Severus et, en vérité, James non plus. Ce qu'ils n'avaient pas pris en compte était qu'ils étaient toujours sous leurs formes d'Animagus lorsqu'ils étaient avec le loup–garou Lupin et ils ne savaient pas ce qui se passerait réellement si Remus était confronté à un être humain, quelqu'un fait de chair et de sang, la proie naturelle d'un loup–garou. Ce n'était pas James qui avait pris la décision de sauver Severus, c'était Lily. Comment elle a su ce qui se tramait, je l'ignore. Peut–être qu'elle avait entendu Sirius et James en parler… À cette époque, elle ne s'entendait pas du tout avec James, elle pensait qu'il n'était qu'un con arrogant mais elle est quand même allée vers lui et l'a supplié d'intervenir. Elle a fait un marché avec lui. Je crois qu'elle était d'accord de sortir avec James s'il allait sauver Severus. Lily était une personne incroyablement attentive aux autres et, pour une raison que tout le monde ignorait, elle avait une faiblesse pour Severus. Ils étaient partis du mauvais pied, parce qu'il la traitait de Sang–de–Bourbe et qu'elle pensait qu'il n'était qu'un horrible petit morveux mais, après un moment, ils se sont petit à petit imposés l'un à l'autre.
Le problème est survenu quand il est tombé amoureux d'elle et qu'elle est tombée amoureuse de James. Lily et James se sont mariés et Severus les a haïs pour ça. Puis elle a eu Harry et il a haï Harry d'être leur fils. Mais bien sûr, il n'avait jamais cessé de l'aimer, elle, il s'était juste convaincu qu'il l'avait oubliée. Il fit donc ce qu'on attendait de lui et devint un Mangemort, ce fut sans doute le seul moment où son père se sentit fier de lui et je suppose que nous avons pensé que ce serait la dernière fois que nous le verrions, jusqu'à une bataille quelconque ou son emprisonnement à Azkaban. D'un autre côté, je dois admettre que je n'y ai pas accordé une pensée de plus.
Puis Voldemort a entendu parler de la prophétie et a décidé que Harry devait mourir et si Harry devait mourir, ses parents mourraient par nécessité. L'idée que Lily pourrait mourir était suffisante pour ramener Severus. Il n'en avait strictement rien à foutre que James ou Harry meurent mais il ne pouvait pas laisser mourir Lily. Il voulait la protéger et, bien sûr, ils ont commencé par se battre comme chien et chat en y mettant tout leur cœur. James était déterminé à rester en Europe et Severus pensait qu'ils devaient partir plus loin, puis Severus a voulu devenir leur Gardien du Secret mais James n'avait pas confiance en lui et voulait que ce soit Sirius à la place. Ils étaient comme des enfants qui se chamaillent pour chaque petit détail. À la fin, James a fait de Sirius son Gardien du Secret puis ils ont cru intelligent d'échanger Sirius contre Peter sans le dire à quiconque et, bien sûr, nous savons tous ce qui est arrivé.
– Alors peut–être que Severus avait raison.
– Oui, eh bien, c'est bien beau de regarder ça avec le recul mais c'est un peu tard pour revenir en arrière et dire : « J'aurais aimé faire ça différemment ».
Elle soupira et continua :
– Severus a appris trop tard que Voldemort les avait trouvés et le temps qu'il arrive à Godric's Hollow, James et Lily était mort et Harry hurlait dans les décombres. Il a emmené Harry dans une maison sûre et a attendu Hagrid. Puis, après les procès, Albus l'a ramené ici. Ils savaient tous les deux que Voldemort n'était pas mort et que Harry viendrait à Poudlard. Le plan était de s'assurer que Harry serait prêt pour l'inévitable.
– Mais il haïssait Harry, vous l'avez dit vous–même.
Minerva acquiesça.
– Il détestait Harry, oui, mais il n'allait pas laisser mourir le fils de Lily. Il voyait le visage de Harry et voyait celui de James mais, en quelques occasions, il a regardé les yeux de Harry et il y a reconnu ceux de Lily. Je crois que bien que ça l'irritait, ça a fait une différence. Il n'avait pas pu protéger Lily alors il a protégé son fils. Et, à côté de ça, il se sentait redevable envers Albus – et, en vérité, je le pensais aussi. Albus s'était porté garant de lui au tribunal, lui avait épargné Azkaban, Albus le gardait à l'abri et l'employait depuis toutes ces années…
– Mais quand Voldemort est revenu, Severus n'a même pas hésité. Il n'était pas caché ici, il attendait !
Minerva tapota une nouvelle fois la main de Hermione et rit doucement.
– Je ne suggérais pas qu'il se cachait, ma chère.
Hermione remua sur sa chaise et retira sa main avec un grognement mécontent.
– Dit comme ça, il a l'air pathétique je sais ce que c'est d'être comme ça, être celle que tout le monde harcèle et c'est comme aimer quelqu'un qui vous ignore. Severus a travaillé dur pendant la guerre, on le haïssait mais on doit admettre qu'il a fait sa part et vous ne pouvez pas juste le rabaisser…
– Je ne le rabaisse pas, Hermione. Vous avez pu vous payer le luxe de le haïr pendant la guerre mais je suis son amie. J'ai vécu tous les jours dans la terreur qu'il ne revienne pas d'une mission ou d'une autre. Lucius Malfoy n'était pas idiot. Il était perspicace, manipulateur et rusé s'il avait fait la moindre erreur, Lucius n'aurait pas hésité à le tuer.
– Lucius était son ami.
– Oui et Severus l'a trahi. Lucius était – et de loin – bien plus impitoyable que Severus ne l'a jamais été. Severus aurait pu être l'amour de sa vie que Lucius l'aurait tué sans la plus petite hésitation.
Hermione repensa au journal qu'elle avait trouvé dans la chambre de Severus, le journal intime de Lucius Malfoy. Elle se rappela le sentiment que quelque chose se passait, que Severus lui cachait quelque chose quand il s'agissait de Lucius. Même maintenant, après tout ce qui était arrivé, Severus protégeait Lucius à sa manière.
– Bon dieu, il est pathétique.
Minerva éclata de rire et Hermione se recroquevilla, horrifiée d'avoir parlé à voix haute.
– Je suis désolée, je n'aurais pas dû dire ça.
– Balivernes, bien sûr que si, parce que Severus peut se montrer vraiment pathétique, poursuivit Minerva avec un gloussement. Oh, je vais devoir lui raconter ça… Il va être tellement indigné.
– Non ! paniqua Hermione, ne lui dites rien, il va me détester !
– Ne soyez pas stupide. Une fois qu'il l'aura oublié, il va probablement en rire.
Hermione se renfrogna.
– Je ne crois vraiment pas qu'il trouvera amusant que je l'aie trouvé pathétique.
– Hermione, il vous a blessée et en plus vous pensez toujours à lui en tant que Maître de Potions. C'est un être humain, il rit…
– Je le sais bien.
– Et il sait aussi rire de lui–même, croyez–le ou pas.
Hermione soupira profondément et se sentit soudainement abattue. C'était bien plus sur lui qu'elle n'en avait jamais entendu et c'était vrai en dépit du fait qu'elle s'était fait aimer de lui et qu'elle avait vu plus de lui que la plupart, profondément en elle, elle le voyait toujours comme son Maître de Potions. Elle était amoureuse de l'homme mais craignait encore l'arrogant et jubilant professeur de Serpentard. Mais maintenant, il pouvait la blesser à l'aide d'une arme qui lui était inaccessible auparavant, parce qu'elle lui avait donné son cœur et qu'il pouvait le briser et le réparer à volonté. Le salopard !
– Vous l'aimez ? s'enquit Minerva, tout humour envolé.
– Oui, répondit Hermione sans l'ombre d'une hésitation.
– Vous en êtes certaine ? Ce n'est pas juste une toquade ?
– Nous parlons de Severus Snape, là, lui rappela Hermione, désabusée, ce qui fit glousser Minerva encore une fois.
– Eh bien, oui, je vois ça.
Minerva ne put cesser de sourire. Quiconque était pris d'une toquade pour Severus Snape aurait probablement besoin d'un traitement médical mais ensuite, elle se sentit totalement honteuse de penser une chose aussi terrible.
– Si vous en êtes amoureuse, vous devez le convaincre de revenir, c'est aussi simple que ça.
Hermione semblait sincèrement incrédule à présent.
– Simple ? Vous pensez que ça va être simple ?
– Absolument. Severus vous aime, nous le savons toutes les deux, et il est incapable de s'opposer à quelqu'un qui insiste. Contentez–vous de continuer à insister et il capitulera. Simple.
– Je ne le crois pas. Je me suis disputé avec lui à ce sujet et il était inflexible sur le fait qu'il ne reviendrait pas !
– Vous n'avez pas argumenté assez longtemps. Je ne doute pas que ça semble perdu et je ne vous blâme pas d'avoir laissé tomber mais si vous le connaissiez un peu mieux, vous sauriez qu'il suffit de continuer et de le regarder céder. Comment croyez–vous qu'Albus l'a convaincu de laisser Harry en Potions Avancées ?
– Il ne voulait pas que Harry y soit ?
– Vous connaissez les capacités de Harry en potions vous pensez vraiment qu'il y a eu accès grâce à ses notes brillantes ?
Bon, c'était sûrement vrai Hermione s'était souvent demandée comment Harry y était entré de justesse.
– Le fait est que vous avez un sérieux avantage sur Harry. Severus veut vraiment être avec vous. Il veut capituler et il ne vous restera plus qu'à résoudre son problème de « je ne mérite pas tout ça »… De plus, Severus est impuissant face aux gens qu'il aime.
Hermione haussa un sourcil et tenta désespérément d'ignorer la boule de jalousie qui errait dans son ventre. Elle aurait aimé être plus âgée, ainsi elle aurait passé autant de temps avec lui que Minerva. Elle aurait aimé le connaître aussi bien.
– Alors que pensez–vous que je devrais faire ?
– Coiffez–vous correctement, enfilez quelque chose de joli et allez le voir. Ne l'évitez pas. Vous devriez sortir de vos habitudes pour le voir, rappelez–lui que vous êtes là. Il vous apprécie et c'est rare parce qu'il n'apprécie pas beaucoup les gens. Il ne va pas vous brusquer ou vous renvoyer. Même si vous vous disputez à chaque fois que vous le voyez, il ne vous déteste pas en fait, sourit malicieusement Minerva. Je crois que ça le rendra encore plus amoureux de vous… et bien sûr, je vous aiderai autant que possible, je suis capable de le harceler à mort, vous n'en croirez pas vos yeux.
oOo
Snape se réveilla d'un sommeil inconfortable et d'un rêve qu'il avait trouvé troublant mais dont il était incapable de se souvenir. Il avait vraiment du mal à croire qu'il avait réussi à trouver le sommeil vu l'endroit où il s'était endormi. Il avait toujours adoré son large fauteuil à ailes mais le cuir dur et droit n'était pas quelque chose qu'il avait jamais considéré comme un lit. De plus, il affectionnait particulièrement son lit, même s'il envisageait de le remplacer, peut–être par un lit qui ne détenait aucun souvenir. Ce n'était pas qu'il était sentimental… Bon, en tout cas, il ne l'avait jamais été. Il était généralement si incroyablement enclin à écraser toute émotion en lui qu'il avait fini par ne plus en ressentir. Et maintenant, il était coincé avec cet amour d'adolescent pour une fille à qui il ne convenait pas du tout et il y avait une folle endormie dans son lit.
Il étira ses longues jambes et tressaillit quand son dos l'élança douloureusement. Il aurait dû dormir sur la chaise longue. Pourquoi n'avait–il pas dormi sur la chaise longue ? Les réponses lui vinrent presque immédiatement, il avait pensé que Draco reviendrait et qu'il aurait besoin d'un endroit où dormir ou même, plus vraisemblable, s'il s'était installé sur la chaise longue, la misérable qui occupait actuellement son lit aurait pu ramper à ses côtés et l'idée même qu'elle le touche le faisait frémir.
Il la haïssait d'une haine déraisonnable et pourtant si familière pour lui que c'était comme respirer. Il n'avait jamais vraiment eu besoin d'excuses pour haïr. Il lança un regard furieux vers le lit et ce qu'il vit était à la fois magnifique et obscène. Elle avait tourné la tête en dormant et montrait ainsi son profil parfait il n'y avait aucune cicatrice et elle ressemblait à une princesse endormie. Elle était étalée sur les couvertures, totalement nue. Il fut étonné qu'elle n'ait pas froid.
L'idée qu'elle soir morte lui traversa l'esprit et il attendit de pouvoir discerner ses seins monter et descendre avant de se détourner.
Elle n'aurait pas dû être dans son lit, cette saleté. Il devrait le brûler maintenant qu'elle l'avait contaminé. Si quelqu'un aurait dû y être, c'était Hermione et il aurait dû y être aussi, au chaud à ses côtés. Il n'était pas censé dormir inconfortablement dans un fauteuil de cuir dur.
Et Draco n'était pas censé lui rappeler Lucius à tel point qu'il se sentait confus à propos de son identité. Draco avait toujours été doué pour la méchanceté et il s'était présenté sous un jour malfaisant de manière convaincante pendant des années. Une arrogante petite merde qui ressemblait à son père de bien des manières mais il n'était pas vicieux comme Lucius. Snape ne doutait pas une seconde que Draco aurait voulu être vicieux mais il ne l'était pas. Draco était, comme l'apprit Snape assez tôt, un cas classique de gros parleur, petit faiseur. Il n'était bon que s'il était entouré. Seul, il préférait sauver ses fesses plutôt que de rester et combattre. Lucius était exactement le contraire. Lucius adorait combattre, Lucius adorait torturer les gens et Lucius aurait tout risqué parce qu'il était convaincu de sa propre invincibilité.
Pendant un bref instant, le soir précédent, ça avait été comme si Lucius avait habité le corps de son fils. Comme si Draco avait cessé d'exister.
Mais c'était Draco même perturbé comme il l'avait été, c'était Draco. C'était comme si le vice avait toujours été là, bouillonnant juste sous la surface, comme une tare dans sa lignée. Ils avaient toujours été comme ça. Les Malfoy, avec leurs visages d'ange et leur prédisposition à faire de terribles choses.
Potter, bien sûr, ne serait pas d'accord avec ça. Snape se demanda si Draco serait assez fou pour le lui dire. Il en doutait sérieusement. Draco était lié des deux côtés. Si Potter le découvrait, il accuserait Draco de perfidie et le quitterait, si Draco le lui disait, il le quitterait aussi. Pour une fois, une telle éventualité ne l'inquiétait pas, plus vite Draco oublierait cette ridicule toquade, mieux se serait. Mais il ressentit un pincement à l'intérieur et Snape devina que c'était signe qu'il s'adoucissait et devenait émotif avec l'âge, ce qui lui donna envie d'y regarder d'un peu plus près. Draco était amoureux de Potter et Snape voulait que Draco soit heureux. C'en était presque un vœu paternel et Snape se sentit humilié face à la crétinerie de cette idée.
Il s'étira une nouvelle fois et se mit à marcher à pas mesurés dans la chambre, près de Regina, se demandant ce qu'il allait faire d'elle. Elle dormait paisiblement, semblant inconsciente du trouble qu'elle causait ou allait causer. Ou peut–être que ce sourire sur ses lèvres la trahissait et qu'elle savait exactement ce qu'elle faisait. Plusieurs os craquèrent pour se remettre en place, il posa ses poings sur ses reins et massa ses muscles douloureux. Décidément, il était trop vieux pour ces conneries. La guerre était finie et il était censé se reposer un peu maintenant, enseigner, vieillir tranquillement puis se retirer au Marais pour mourir. Il n'était pas supposé se morfondre sur la perte d'une fille qui faisait la moitié de son âge, s'inquiéter du moral déclinant de son filleul ni contempler le corps nu d'une folle étendue dans son lit. Il n'était absolument pas prévu qu'il se sente concerné par le destin de Malfoy Senior.
La merveilleuse sensation de solitude qui l'avait harcelé la plus grande partie de sa vie lui manquait sérieusement.
Finalement, il se dirigea directement vers le lit. Regina y était étalée de tout son long et maintenant il pouvait voir à quel point c'était obscène. Elle n'avait aucune inhibition, son corps était peut–être la seule chose qu'elle pouvait utiliser pour obtenir ce qu'elle voulait et il l'admettait, son corps était incroyable. Il semblait doux et ferme à la fois, aussi pâle que de la porcelaine, mais il pouvait deviner que pendant les mois d'été, elle bronzait. Il ressentit de la pitié devant son visage, le même genre de pitié qu'il ressentait quand il voyait un chien maltraité c'était presque détaché, comme si, d'une manière ou d'une autre, elle était moins qu'humaine. Mais c'était Lucius qui avait causé ces dommages et il l'avait probablement fait parce que c'était une Moldue qui ne pouvait rien pour l'en empêcher. Lucius avait toujours aimé cette sensation. Lucius avait toujours adoré torturer des Moldus sans défense.
Snape se demanda si elle serait devenue aussi cinglée si Lucius ne s'était pas présenté. Elle l'aurait peut–être été. De ce que Snape avait lu dans le journal intime de Lucius, elle avait été longtemps internée dans un asile avant qu'il n'arrive. Mais il y avait la folie moldue et il y avait Lucius Malfoy, et c'était deux choses très différentes.
Il tira les couvertures qui étaient sous elle, espérant d'un côté la déranger, ainsi une fois réveillé, elle mettrait peut–être des vêtements pourtant, d'un autre côté, il était terrifié. Si elle se réveillait, elle allait recommencer sa harangue. Donc si elle restait endormie, il pouvait déposer les couvertures sur elle et couvrir sa nudité – et ensuite, il pourrait sagement éviter de regarder dans sa direction.
Elle ne s'éveilla pas, au contraire, elle roula avec les couvertures et s'étala encore plus sur les draps propres. Snape se tenait à côté du lit, un paquet de draps et de couvertures dans les mains, il resta là sans bouger, à la surveiller. Il devait l'admettre, elle avait un corps splendide et c'était quelque peu affolant de le voir ainsi couchée devant lui, comme une offrande. Pourtant, il aurait préféré boire sa propre urine plutôt que baiser avec elle. Mais il devait admettre que son corps nu était vraiment stupéfiant.
Il secoua la tête de dégoût devant la faiblesse de son propre corps et lâcha sans cérémonie les couvertures sur elle, les replaçant hâtivement afin de la recouvrir entièrement et soustraire ce corps à sa vue.
Severus ne pensait pas que sa porte était accessible et il n'avait assurément pas entendu le battant de ses appartements privés s'ouvrir. Le son aigrelet d'un souffle coupé qui lui parvint du chambranle de pierre changea cette situation et tout s'écroula autour de lui. Il savait exactement qui c'était avant de se retourner. Il avait reconnu sa présence à la secousse que sa propre aura lui envoya en voulant l'attirer vers la sienne.
Et il sut qu'il était dans la merde.
Il se redressa et s'arma de courage pour affronter l'inévitable. Il figea les traits de son visage et espéra que son allure ne paraissait pas trop chiffonnée, parce que Merlin savait à quel point il avait l'air on ne peut plus coupable. Il pivota, le corps raidi, et ne regarda pas directement vers elle. Il ne voulait pas voir son expression. Puis, tranquillement et à dessein, comme s'il lisait un script, il prononça son prénom avec une interrogation forcée :
– Hermione ?
oOo
La clarté de l'aurore réussit tout juste à pénétrer le nuage dense de pollution qui assombrissait constamment le ciel de Londres. La lumière serpenta autour des immeubles, cherchant vaguement à passer à travers les fenêtres couvertes de saleté des HLM et la multitude de minuscules résidences incroyablement proches les unes des autres. Plus loin, à travers la brume de la cité, elle trouva finalement les fenêtres étroites de Ste–Mangouste, maintenues dans l'ombre par l'aile qui abritait les cas désespérés d'enfants suicidaires pour qui le monde était devenu un fardeau trop lourd à porter.
Pansy Parkinson, silencieusement assise sur son lit, situé sous l'une de ces fenêtres, regardait au–dehors les toits sales et les conduits de cheminées crasseux. Ses cheveux sombres avaient été brillants autrefois et une part d'elle souhaitait que leur état désordonné actuel ne soit causé que parce qu'elle venait juste de se réveiller mais la vérité était que, depuis la dernière visite de Draco, elle ne prenait plus la peine de les brosser et ne s'en inquiéterait probablement plus jusqu'à ce qu'il revienne. Il faisait si froid dans le pavillon qu'elle pouvait voir son souffle et elle promena son doigt pâle sur la vitre, dessinant des arabesques dans le matin glacé. De l'autre côté, sur High Road, elle voyait des Moldus dans leur appartement se cuisiner un petit–déjeuner ou trébucher à demi endormis et, sous eux, des commerçants préparer leurs boutiques pour une journée de travail. Une boulangerie au coin de la rue qui ne semblait pas très nette, un magasin d'alcool Off License [1] et une blanchisserie spécialisée dans le nettoyage à sec. Un peu plus haut, le boucher Halal [2] se disputait avec l'homme qui tenait le salon de coiffure afro. À l'opposé, le Marks & Spencer avait l'air propre et brillant de manière tout à fait incongrue entre le Tout à 2£ et une échoppe barricadé de planches en face desquels un homme vendait généralement des robes bon marché aux couleurs criardes. Dans la rue, quelques Moldus emmitouflés dans leurs manteaux se hâtaient vers la gare et d'autres rentraient, l'air hagard et hautement douteux, après une longue nuit en boîte.
Le dimanche matin à Londres, Pansy le connaissait bien. Elle avait passé tellement de dimanches matins à regarder fixement par la fenêtre qu'elle ne les comptait plus. L'aile entière semblait regarder dehors, vers High Street et, bien qu'elle n'eut qu'une vague idée de la différence entre un boucher Halal et un boucher ordinaire, les panneaux à côté de leurs commerces paraissaient fièrement annoncer leurs services et elle devinait que les Moldus les trouvaient très importants. Les Moldus ne pouvaient pas la voir et même s'ils regardaient directement en direction de sa fenêtre, personne ne la remarquerait. Ste–Mangouste gardait bien sa façade. Ce n'était qu'autre magasin abandonné de plus, sa vitrine de verre teinté ne révélait rien de ses résidents confinés.
Pansy détestait Londres. Elle se languissait de l'air de la campagne, là où la pollution n'entravait pas la luminosité du soleil, où l'éclat des lumières ne rendait pas le ciel nocturne orange. Elle ne comprenait pas ceux qui choisissaient de vivre dans un tel endroit et, bien qu'elle détestât l'admettre, des lieux comme Poudlard lui manquaient, loin du monde des Moldus, des endroits où la seule saleté provenait des merveilleuses sources organiques.
Elle doutait de jamais pouvoir revoir l'école. En fait, elle doutait également de revoir la campagne un jour. Le pavillon fermé était rapidement devenu un foyer qu'elle n'avait jamais désiré et elle savait qu'elle passerait vraisemblablement le reste de sa vie ici. Ce n'était pas une perspective qu'elle appréciait mais comme tous ceux qui résidaient dans les inconfortables petites chambres, elle n'avait pas le choix. Et, malgré le fait qu'elle avait plus de liberté que certains, elle était considérée comme un danger pour elle–même et tant que son oncle était incapable de veiller sur elle, elle resterait là.
Mais ce n'était pas ces pensées qui l'avaient tirée du sommeil si tôt ce dimanche matin. Elle était assise à la fenêtre et elle écoutait attentivement les sanglots étouffés qui provenaient de quelque part dans l'aile. C'était des pleurs presque silencieux qu'elle seule pouvait entendre – en tout cas, si quelqu'un les avait entendus, personne n'avait accouru à son aide. Elle savait que c'était un jeune homme et elle savait exactement qui il était. Le bruit l'avait tirée de son sommeil induit par une potion et elle l'avait écouté. Son premier réflexe fut d'aller le trouver pour le calmer mais tant de gens l'entouraient par le passé. Pansy était certaine qu'ils l'entouraient encore maintenant.
Mais si c'était le cas, pourquoi le laissaient–ils pleurer comme ça ?
Il n'y avait aucun danger à aller voir. Elle pouvait silencieusement aller dans le couloir et jeter un coup d'œil depuis le pas de sa porte. Elle l'avait fait de nombreuses fois, n'avait été remarquée qu'une seule fois et même alors, ils ne l'avaient pas pourchassée alors qu'elle s'enfuyait en courant. Bien sûr, Draco avait amené Harry la voir et il n'avait rien dit. Il la terrifiait… il la terrifiait encore. Harry Potter, assis là, dans sa petite chambre, à la fixer comme s'il pouvait voir en elle. Et ils étaient amants maintenant, Draco et Harry. Pansy n'arrivait pas à le comprendre. L'idée même que quelqu'un la touche d'une telle manière lui donnait envie de rentrer sous terre mais le faire avec un membre de cet Ordre, l'idée était proprement terrifiante.
Et pourtant, celui qui pleurait au fond du couloir était un membre de cet Ordre et elle se sentait instinctivement attirée vers lui.
Sans un bruit, elle balança ses jambes pâles hors du lit et glissa ses pieds nus dans une paire de chaussons élimés. À côté du lit, à la place d'honneur, il y avait sa nouvelle robe de chambre rose. C'était un cadeau de Draco qui avait regardé ses chaussons avec consternation et promis qu'il lui en apporterait de nouveaux à sa prochaine visite. Elle ne comprenait pas pourquoi il se sentait coupable de sa présence ici mais depuis Noël, elle avait été transférée dans cette chambre privée – sa propre famille ne pouvant se le permettre – et elle savait que c'était les Malfoy qui l'entretenaient dorénavant. La dernière fois qu'elle l'avait vu, elle avait senti le besoin de lui dire de ne pas s'ennuyer avec ça mais il semblait apaiser sa conscience d'une manière ou d'une autre et elle ne pouvait nier que c'était chouette de posséder de nouvelles affaires. Au moins, les infirmières ne la regardaient plus avec la même pitié condescendante.
Chaudement enveloppée dans sa robe de chambre, Pansy avança de son pas prudent dans le couloir, sans être remarquée de quiconque. Le son des larmes était faible mais clairement audible pour elle et elle se demanda une nouvelle fois pourquoi personne ne cherchait à le consoler. Sa chambre n'était pas loin de la sienne les chambres privées étaient toujours regroupées. Draco payait pour la chambre de Pansy, alors que celle–ci venait du Ministère. Elle se maintenait au courant de ce qui se disait dans l'aile et elle savait que son père serait sans doute Ministre prochainement. Le fils du potentiel futur Ministre ne pouvait pas occuper l'aile publique. Une part cynique en elle suggéra que Fudge avait probablement autorisé le paiement de la chambre ce serait quelque chose à étaler au Ministère, combien il s'était montré bon face au désarroi de la famille de son adversaire.
La chambre avait été décorée et elle ressemblait plus à un foyer qu'à un hôpital. Des photos ornaient les murs et un couvre–lit tricoté préservait l'édredon de la fraîcheur du matin. Pansy se demanda à quoi ça ressemblerait d'avoir une mère en vie qui s'empresserait à tel point autour d'elle que sa chambre d'enfant serait transportée jusqu'à son lit d'hôpital.
Bien sûr, si sa mère à elle avait été en vie, elle ne serait probablement pas ici. Et ça n'importait pas tellement finalement parce que sa mère à lui était là tous les jours et il continuait à pleurer dans son sommeil.
Elle contourna le pas de porte et fit une pause, vérifiant qu'il n'y avait personne d'autre dans la pièce. Il n'y avait que lui dans son lit. Même sa mère avait cessé de dormir sur une chaise à côté de lui, manifestement, elle pensait qu'il était assez bien pour supporter d'être seul la nuit. Ils étaient nombreux, sembla se rappeler Pansy. Peut–être que sa mère avait besoin de s'occuper d'eux aussi.
Son sommeil, comme le sien, était provoqué par une potion. C'était une pratique normale dans cette aile. Elle avait demandé encore et encore qu'ils lui donnent de la potion de sommeil sans rêves mais ils lui avaient répondu qu'elle occasionnait une dépendance. Pas que ça importe, ils revenaient chaque nuit, de toute façon.
Elle s'approcha silencieusement du lit, elle espérait qu'il était assez endormi pour ne pas se réveiller et la surprendre. Elle n'était pas entièrement sûre de ce qu'elle allait faire. Comme le calmer ? En quoi aurait–elle bien pu l'aider ? Ils ne s'étaient jamais appréciés à l'école. Il la traitait de tous les noms il l'avait traitée de connasse, « cette connasse finie » et il y en avait un autre, « Parkinson, la face de Pékinois ». En retour, elle l'avait rabaissé sur sa pauvreté, ses cheveux roux, son énorme mère et sur tout ce que Draco pensait à lui balancer. Ils avaient usé de toutes les armes dont ils disposaient pour se rabaisser mutuellement.
Mais le monde avait changé, Pansy Parkinson avait changé. La guerre l'avait ravagée jusqu'à ce que son corps devienne frêle et faible. Ses parents étaient morts et elle n'avait hérité de rien, abandonnée à la bonne volonté de sa famille qui pouvait à peine s'en charger. Elle était devenue maussade, son visage pâle presque gris et émacié, ses yeux étaient hantés par les choses qu'elle avait vues et subies. Avant sa venue, elle se réveillait chaque jour à l'aube et subsistait jusqu'à ce que le jour se termine. Après son arrivée, elle avait eu quelque chose pour briser la monotonie de ses journées. Elle effectuait une incursion occasionnelle dans le couloir et se demandait ce qui s'était passé pour qu'il finisse ici.
Draco le savait mais il ne le lui avait pas révélé. Jadis, elle l'aurait haï pour ça.
Son visage est trempé de sueur et de larmes. Qu'est–ce qui hantait ses rêves ? De temps à autre, il murmurait un mot, ordonnait à quelqu'un de courir de qui il parlait et s'il lui avait obéi, elle ne le saurait jamais. Hésitante, elle tendit la main et passa doucement ses doigts pâles sur sa joue humide tandis que son souffle se bloquait puis il exhala, longuement et profondément. Son corps parut se dénouer et se calma un peu.
Elle sourit de ce petit succès et caressa la joue un peu plus fermement. Il fronça les sourcils et demanda une nouvelle fois à son interlocuteur invisible – quel qu'il fut – de s'enfuir à nouveau.
– Chut, Ron, ce n'est qu'un rêve.
À nouveau, il exhala et se calma.
Elle se demanda si ses rêves et ses craintes étaient ancrés dans une réalité si solide qu'ils en devenaient indiscernables de la pensée consciente. Ses propres rêves étaient exactement comme ça. Elle se réveillait, presque chaque matin, traumatisée d'avoir revécu les plus horribles événements de sa vie durant la nuit.
Ron tourna la tête, la potion de sommeil le tenait efficacement sous son emprise, et sa joue se nicha dans sa paume. Elle faillit se reculer ce ne fut qu'au dernier moment qu'elle s'en empêcha et repoussa ses cheveux de son front de son autre main.
Ils lui avaient attaché les mains sur les côtés du lit. Il grattait ses bras pendant la nuit, elle pouvait voir les marques là, le long des blessures qui gâchaient ses bras, de son poignet intérieur à son coude. Ils l'avaient manifestement attaché pour qu'il cesse de s'écorcher la peau mais elle ne pouvait s'empêcher de penser que ça devait être inconfortable, bloqué sur le dos, incapable de se rouler sur le côté ou de bouger.
Elle promena son doigt sur une de ses blessures, vilaine et épaisse. C'était assez évident qu'il s'était retrouvé là à cause de ça. Elle n'aurait jamais choisi une telle option. Ça devait lui faire mal peut–être que c'était ce qu'il voulait ressentir. Pansy avait enduré assez de douleur elle voulait que sa propre mort soit aussi douce que possible. Et tout ça pour rien, ils avaient essayé et échoué tous les deux. Pansy avait encore fait deux tentatives depuis son admission et les deux fois, elle avait échoué. Ron avait sa famille qui le surveillait anxieusement toute la journée alors il n'y aurait plus de tentative de suicide pour Ron Weasley.
– Tu as de la chance, Ron, tu as tellement de chance.
Et pourtant, il pleurait toute la nuit. Il marmonna une réponse inintelligible et cala sa joue plus profondément dans sa paume.
– Qui es–tu ?! Qu'est–ce que tu fais ici ?!
Pansy sursauta et tourna les talons au moment où Molly Weasley fondit sur elle. Ses yeux s'écarquillèrent quand les fortes mains de la femme s'enfoncèrent dans ses épaules et elle fut littéralement tirée hors du lit.
– Qui es–tu ?
Mrs Weasley avait l'air encore plus hystérique maintenant et elle secoua durement Pansy.
– Qu'est–ce que tu fais là, à toucher mon fils ? De quel droit tu touches mon fils !?
– Il… Il était… Il était…
Pansy rougit et tenta de ravaler la panique qui montait dans sa gorge. Un sanglot douloureux lui échappa et la femme la tira hors de la chambre, dans le couloir, déchirant la manche de sa nouvelle robe de chambre rose, hurlant pour que quelqu'un vienne s'occuper de cette intruse.
Les cris de Molly Weasley furent récompensés quand deux infirmières accoururent dans le couloir jusqu'à elles, toutes deux semblaient hautement paniquées.
– Cette fille ! Cette fille était dans la chambre de mon fils ! Qui est–ce ? Qu'est–ce qu'elle a à se balader dans l'hôpital à cette heure du matin ? Vous ne gardez pas ce genre de personnes enfermées ? Et si elle avait essayé de le blesser ?
Mrs Weasley continua son catalogue de questions colériques et anxieuses et à chacune d'elle, elle secouait durement Pansy dans un cliquetis d'articulation comme si elle n'était qu'une poupée de chiffon.
– Mrs Weasley, tenta une des infirmières, faussement calme tandis qu'elle essayait de tirer Pansy hors de l'étreinte de la femme plus âgée. Elle est inoffensive, c'est juste une petite jeune fille. Pansy est une patiente et elle a pu connaître Ron à l'école. Je suis bien certaine qu'elle ne blessera personne.
Molly ne sembla pas convaincue mais relâcha Pansy et l'infirmière l'attira à elle où elle serait en sécurité, consternée de sentir que Pansy tremblait de tous ses membres. Pourtant, elle savait aussi qu'elle devait s'occuper de ça maintenant, ne serait–ce que pour convaincre Molly Weasley que quelque chose avait été fait.
– Pansy, qu'est–ce que vous faisiez dans la chambre de Mr Weasley ?
– Il… Il… Il…
Les yeux de Pansy étaient brillants de larmes, son estomac était douloureux et son corps entier frémissait sous les yeux scrutateurs des trois femmes présentes.
– Répondez–moi, Pansy, qu'est–ce que vous faisiez ? Vous savez qu'il n'est pas permis d'errer dans les couloirs à cette heure–ci du matin.
– Il… Il était… Il était en train de pleurer.
Tout comme Pansy à ce moment–là, qui éclata en sanglots éraillés.
– Eh bien, si vous entendez quelqu'un pleurer, vous devez appeler un membre du personnel, pas vous éloignez de votre chambre !
Le ton de l'infirmière était sévère, plus sévère qu'elle ne le voulait, et Pansy sembla se ratatiner sur place. Elle s'étreignait timidement, tandis qu'une de mes mains pâles remontait le tissu déchiré de sa robe de chambre afin de maintenir la manche en place.
– Je vais la ramener dans sa chambre, Mrs Weasley. Je suis sûre qu'elle ne lui voulait aucun mal.
L'infirmière poussa doucement Pansy et la soutint tandis qu'elle retournait dans sa chambre, quelque peu satisfaite de voir que l'expression de Molly Weasley était passée de la froide colère à une morne honte.
oOo
Hermione se tenait sur le pas de la porte – porte qu'elle avait soigneusement refermée derrière elle – puis regarda la scène qui se déroulait sous ses yeux. Elle se demanda si cela aurait fait une différence si elle avait frappé avant. Elle se demanda si elle devait s'en aller et partir puis revenir une nouvelle fois, parce que ce devait être une sorte d'épouvantable farce, une sorte de réalité parallèle à laquelle elle n'était pas censée prendre part.
Mais ça lui semblait bigrement réel et il ne lui fallut qu'un instant, son sang ne fit qu'un tour et elle eut l'impression de le sentir bouillir dans ses veines. Elle se morfondait pour cet homme, elle s'était sentie indigne. Bon sang, elle s'était levée à l'aube pour s'encourager à se battre pour lui ! Et qu'est–ce qu'il faisait ? Il était en train de baiser avec une magnifique jeune femme qui dormait maintenant dans son lit !
– Putain, mais qui c'est, celle–là ?
Severus battit des paupières et Hermione ne pouvait vraiment pas l'en blâmer. Elle ignorait qu'elle pouvait avoir l'air aussi furieuse, mais elle ne recula pas, elle n'en ressentait pas le besoin et se sentait absolument dans son droit. Il ne lui répondit pas au lieu de ça, il lui lança un regard furieux en ouvrant la bouche comme un poisson.
– Eh bien ?
Elle pointa la femme.
– Qui est–ce ?
– Elle…
Severus regarda frénétiquement de Hermione au lit puis du lit vers Hermione, toute contenance envolée. Ses yeux noirs étaient horriblement écarquillés, la peau normalement cireuse était si pâle qu'il paraissait réellement malade. Il déglutit et tenta de se recomposer une attitude. Il essaya de reprendre l'apparence du Maître de Potions ou, du moins, de paraître indigné qu'elle ait surgi dans sa chambre de cette façon. Rien ne marcha vraiment et il donnait plutôt l'impression d'être sur le point de vomir.
– Ce n'est pas ce que tu crois.
– Vraiment ? Pour moi, on dirait que tu étais penché sur la femme nue qui dort dans ton lit.
Il resta bouche bée une nouvelle fois.
– Eh bien… eh bien… c'est… c'est ça mais ça a l'air pire que ça ne l'est… J'étais juste en train de la recouvrir… Elle ne fait que dormir… Elle a juste dormi ici.
Il regarda autour de lui comme un fou.
– Moi, j'ai dormi là–bas ! s'écria–t–il en pointant le fauteuil à ailes situé à côté de la cheminée.
– Je vois.
Hermione haussa un sourcil et croisa les bras sur sa poitrine.
– Et pourquoi tu n'as pas dormi sur la chaise longue ? Ça aurait été plus convaincant si tu avais dormi sur la chaise longue.
Severus regarda la chaise longue comme si c'était une horreur dans la pièce.
– Mais je… J'ai dormi dans le fauteuil.
Il fixa une nouvelle fois la chaise et sut que son explication était bancale. À ce moment–là, il n'y croyait même pas lui–même.
– Je dois vous l'accorder, Professeur, fit Hermione avec brusquerie, vous ne perdez assurément pas de temps.
– Je n'ai pas couché avec elle !
– Mais bien sûr.
Hermione secoua la tête et se dirigea vers la porte.
– Hermione, non… Je peux tout t'expliquer.
Hermione se retourna, son menton pointu pointé vers lui. Il aurait donné n'importe quoi à cet instant pour qu'elle commence à se mordiller les lèvres, n'importe quoi qui trahisse sa nervosité. Il voulait qu'elle soit nerveuse. Il aimait quand elle était nerveuse. Quand elle était nerveuse, il avait envie de l'embrasser, de la rassurer et, plus important, avait tout pouvoir sur elle. Sauf qu'elle n'était pas nerveuse, elle était absolument furax et il savait très bien que quand elle était furax, il ne pouvait pas gagner. Il faillit sourire avec affection au fait qu'elle pouvait faire aussi bien que lui.
Avec sa lèvre inférieure raide et crispée, on aurait presque dit qu'elle allait gronder.
– Tu n'as rien à m'expliquer, Severus, dit–elle, les dents serrées. Tu m'as quittée, tu te rappelles ?
– Bien sûr que je m'en souviens, Hermione mais ce n'est pas ce que tu crois !
– Ça n'a aucune importance, non, Severus ?
Mais ça en avait, il pouvait l'entendre à la dureté de sa voix.
– Hermione…
– Cesse de répéter mon prénom ! Je préférais quand tu étais cette sale petite merde de Maître de Potions qui trouvait à redire à tout ce que je faisais ! Plutôt ça que ce mensonge insipide…
– Bordel de merde, Hermione !
Elle le fixa d'un regard meurtrier pendant un moment puis tourna les talons et sortit en trombe.
– Hermione !
Il savait qu'il aurait dû la laisser partir, la logique le lui soufflait. Qu'est–ce qu'il allait lui dire ? Certes, il pouvait expliquer mais pas sans tout révéler sur Lucius et Draco. Une part de lui pensait qu'elle serait capable de comprendre la situation plus clairement que Potter, alors qu'en réalité, il n'en était pas certain.
Mais la logique ne jouait aucune part à ce moment–là et il courut après elle, sans y réfléchir à deux fois, peut–être pour la première fois de sa vie. Il sortit et tenta d'apercevoir sa petite silhouette avant qu'elle ne bifurque au coin du couloir. Mais comme il ne la rattrapa pas à temps, il s'engouffra à sa suite. À sa grande horreur, il se trouva plongé au milieu d'un océan d'élèves qui se dirigeaient vers le petit–déjeuner.
Hermione s'arrêta et se tourna pour lui faire face, elle haussa encore une fois un sourcil, le défiant de dire quelque chose. Il resta immobile et silencieux, s'obligeant à afficher une parfaite expression de dédain.
– Oui, Professeur ?
Elle avait l'air suffisant, triomphant et il sentit sa propre colère augmenter. Autour de lui, les étudiants le contournaient, la plupart ne le regardaient pas, gardant leur tête baissée dans l'espoir de ne pas avoir d'ennuis. Certains pourtant, les plus âgées, virent qu'il n'était pas focalisé sur eux et la seule qui allait avoir des problèmes était l'ex–Gryffondor de 8ème année. Ils les dévisagèrent ouvertement, espérant peut–être voir l'embarras de la fille ou alors être témoins d'un éclat de leur directeur de Maison au tempérament glacial.
– Miss Granger, je crois que vous êtes censé figurer sur la liste de retenue. Je me fiche de votre âge, tant que vous serez dans cette école, j'exige que vous vous conformiez à son règlement.
Hermione en resta bouche bée.
– Vous plaisantez !?
– Miss Granger, gronda–t–il d'une voix menaçante.
Il n'avait vraiment pas besoin qu'elle l'attire au sein même de l'école.
– Miss Granger ?
Ils pivotèrent tous les deux et Severus renâcla avec colère. Et, par–dessus tout, il n'avait pas besoin non plus que Minerva s'en mêle. Minerva les observa et se demanda pourquoi Hermione ne s'était pas changée comme elle l'avait suggéré. Et pourquoi ils se tenaient au milieu du couloir plein de gens qui les fixaient furieusement l'un et l'autre. Si les regards avaient pu tuer, ils seraient tous les deux déjà morts sur le sol.
– Il y a un problème ? demanda inutilement Minerva.
Snape sourit presque imperceptiblement et baissa les yeux sur elles.
– Rien dont je ne puisse m'occuper, Professeur McGonagall.
– Le professeur Snape pense que c'est le bon moment pour moi d'effectuer ma retenue, Professeur McGonagall.
– Je vois.
Le regard interrogateur de Minerva passa de Hermione à Severus, il y avait manifestement quelque chose qui n'allait pas.
– Était–il prévu que vous effectuiez votre retenue maintenant, Miss Granger ?
– J'espérais que le professeur Snape m'accorderait un sursis.
La voix de Hermione était encore plus tendue, si c'était possible.
Minerva sembla frustrée un instant puis, réalisant qu'ils n'iraient nulle part en se tenant ici, elle suggéra la seule chose à laquelle elle put penser.
– C'est ridicule. Je vous propose que nous allions en discuter dans un endroit un peu plus privé.
– Mon bureau n'est pas loin, indiqua Snape un poil trop promptement.
Hermione sourit doucement.
– Oh, mais, Professeur, vos appartements sont juste là–bas, ils sont bien plus proches, non ?
– Je ne pense vraiment pas que c'est approprié, et vous, Professeur McGonagall ?
– Au contraire, poursuivit Hermione. Je pense que le professeur McGonagall trouvera ça très éclairant.
Bien sûr, après ça, rien n'allait empêcher Minerva d'entrer dans ses appartements. Hermione poussa Severus pour passer et se dirigea dans le couloir qui menait à ses appartements privés. Minerva échangea un regard avec Severus et elle eut l'air quelque peu accusateur, elle avait déjà déterminé qu'il était en faute. Tournant les talons, elle suivit Hermione le long du couloir.
Severus aurait tout donné en cet instant pour être capable de transplaner hors de Poudlard afin de se rendre dans un endroit reculé et ne jamais revenir. Il se demanda si l'Antarctique était peuplée à cette époque de l'année parce qu'il ne voulait vraiment pas entendre Minerva quand elle…
– SEVERUS !
Severus Snape tressaillit et, à la stupéfaction des élèves restés dans le couloir, il soupira profondément, baissa la tête et reprit le couloir qui menait à ses quartiers.
A suivre…
NdT :
[1] Off License.Autorisation spéciale donnée à des magasins spécialisés dans la vente d'alcool à emporter.
[2] Le mot Halal définit ce qui est permis pour les musulmans. Dans une boucherie Halal, on ne trouve que de la viande admise par leur religion, obtenue selon les rites autorisés par la loi islamique. Pour que la viande soit halal, il faut que l'animal ne soit pas préalablement étourdi et qu'il ait la tête tournée vers La Mecque pour qu'il se vide de son sang.
Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.
Bisous.
Falyla
