Titre : Objects of Desire
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Auteure : Azrael Geffen
Traductrice : falyla
Correcteurs : falyla/Florent
Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape
Rating : M/NC-17
Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)
Etat de la traduction : terminée
Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.
Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.
Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.
Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.
Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.
Note de la traductrice : Merci à la Prof pour son message, c'était gentil. Pour le résumé, ma foi, c'est celui de l'auteure, il est simplement traduit. Je sais, je sais, il est un peu trop réducteur mais comment résumer une trame aussi complexe sans dévoiler l'intrigue? Si vous avez des idées, je suis preneuse. Pour mes problèmes de mise en ligne, je suis passée au format htlm OpenOffice, ça devrait le faire cette fois. Merci beaucoup pour vos commentaires, j'apprécie vraiment.
Bonne lecture.
Objects of Desire
Chapitre 17 (3ème partie)
Un monde insensé
Harry se réveilla tôt en se demandant ce qui n'allait pas avec lui et pourquoi il était incapable de dormir plus longtemps. Il se rappela qu'une fois Draco lui avait dit avec piquant que le réveiller était comme essayer de réveiller un mort. Mais ce n'était plus le cas maintenant. C'était dimanche matin, il faisait encore sombre et Harry était parfaitement éveillé.
Il se redressa, contempla son érection matinale et envisagea de se masturber. Mais il y avait un autre corps à côté du sien à prendre en compte. Il se demanda si Draco serait dérangé s'il se contentait de se frotter un peu contre ses fesses puis décida que ce serait probablement le cas. Il était aussi affamé et son estomac gronda inconfortablement.
Harry poussa du coude l'épaule nue de Draco qui se tortilla pour s'éloigner. Harry tendit la main et le secoua encore une fois.
– Tu es réveillé ?
– Non.
– Si.
Draco marmonna quelque chose qui ressemblait remarquablement à un : « Dégage, Potter ! » avant de se blottir un peu plus contre son oreiller mais Harry se dit qu'il avait mal entendu.
Il fixa la masse emmêlée de cheveux blonds un moment puis le poussa à nouveau.
– On devrait descendre pour le petit–déjeuner avant qu'il ne soit trop tard.
Maintenant, c'était bancal il aurait dû juste demander s'il pouvait se frotter contre lui. Il aurait sans doute rencontré une meilleure réaction. Draco roula sur le dos.
– Putain, c'est quelle heure ?
Harry tendit la main à la recherche de sa montre et de ses lunettes et loucha dans l'obscurité.
– Sept heures vingt.
– Et on est dimanche ?
– Ouais.
– Alors, rendors–toi, bordel, pauvre con !
– Mais…
Harry le regarda, impuissant.
– Et le petit–déjeuner ?
Draco leva les yeux pour fixer la tête de lit et émit un gémissement d'impatience.
– Pourquoi tu n'irais pas prendre ton petit–déjeuner pour ensuite me ramener quelque choses dans, disons… quatre heures ?
Harry grogna, un peu déconcerté, tandis que Draco roulait sur son côté pour se lover à nouveau dans son oreiller. Harry se pencha pour allumer la lumière à gaz situé derrière le lit – une petite partie en lui souhaitait que la clarté agacerait assez Draco pour le réveiller complètement mais il savait bien que non. Draco réussit brillamment à l'ignorer totalement et, à en juger sa respiration, il s'était rendormi.
– Si tu viens prendre le petit–déjeuner, je te suce.
Harry avait pris sa voix la plus cajoleuse mais il savait que c'était peut–être vain. Les yeux de Draco s'ouvrirent et il resta immobile contre les coussins, comme s'il considérait l'offre. Même sans avoir recours à la Legilimencie, Harry pouvait voir l'idée faire son chemin. Se faire sucer était certainement agréable et c'était une chouette façon de commencer un dimanche mais, d'un autre côté, le lit était chaud, il était fatigué et il voulait dormir encore un peu. Finalement, le sommeil gagna et il ricana avant de dire :
– Et alors ? Je peux te demander de me sucer n'importe quand.
Les yeux de Harry s'écarquillèrent et une très nette froideur envahit le lit, comme si Harry venait juste d'ouvrir la fenêtre du balcon et que l'hiver y était entré. Draco jura à mi–voix et plissa les yeux, sachant parfaitement qu'il était sur point de se réveiller et de rester éveillé pour le reste de la journée.
– Je ne voulais pas dire ça comme ça.
Comme Harry ne répondait pas, il roula sur son dos et rencontra les yeux verts qui lui lancèrent une œillade noire.
– Tu sais que je ne le pensais pas.
– Connard, marmonna Harry, la moue boudeuse.
Draco sourit largement, ignorant son regard furieux.
– Je sais. J'en suis un. Vraiment.
Il s'approcha de Harry et promena un doigt paresseux sur son ventre nu puis apposa un baiser sur la saillie de sa hanche.
– Mais tu m'aimes quand même, hein ?
Harry marmonna une réponse non compromettante et Draco embrassa sa hanche encore une fois. Le soir d'avant semblait à des années lumière et l'odeur de la peau nue de Harry était presque assez enivrante pour le lui faire oublier. Presque mais pas complètement. La culpabilité lui agrippa les intestins et les tordit.
Trahison. Le mot couvrait tellement d'actes différents et Draco n'avait pas envisagé qu'il se sentirait si mal par rapport à ce qu'il avait fait. D'une certaine façon, il se sentait soulagé de ne pas être comme son père, après tout. Il posa sa joue sur le ventre de Harry et lui caressa les hanches. La nuit précédente, il avait supplié Harry de ne pas le laisser, la nuit précédente, il lui en avait dit plus que jamais auparavant. Il aurait souhaité être capable de lui en révéler plus, de tout lui dire. Mais à la fin de la journée, Harry était plus qu'un simple amant, Harry était Harry Potter et il n'était pas question que Harry Potter aide Draco Malfoy à libérer son père.
Il remua un peu sa joue, il adorait la sensation de sa peau brûlante contre elle. Le pénis de Harry était dur et il pointait de sous les draps, il pouvait voir la manière dont les couvertures tombaient sur ses cuisses et il savait que s'il levait les yeux, il pourrait faire courir son regard sur chaque centimètre carré de son torse nu. Harry était à lui, entièrement à lui et à personne d'autre.
– À quoi tu penses ? demanda Harry, sa mauvaise humeur envolée sous les tendres attouchements de Draco.
– Je pensais à quel point je t'aime.
Harry rit doucement.
– Tu ramollis avec l'âge, Malfoy.
Draco sourit et leva la tête.
– Peut–être, en effet. Tu n'aimes pas ?
– Quoi ? Que tu te ramollisses ?
Draco se mit à rire.
– Ramolli… non, je ne crois pas que j'aimerais ça ! Non, je pensais recommencer à t'appeler Potty tout le temps et à te botter le cul avec des sortilèges chaque fois que je te vois.
– Pas si différent de maintenant, alors ?
– J'adore te botter le cul avec des sortilèges.
– Eh bien moi, j'adore quand tu fais des trucs avec mon cul, répliqua Harry avec un large sourire.
– Tu n'es qu'un bâtard en rut, tu sais ça ?
Harry hocha la tête.
– Ouais, je ne peux pas le nier.
Draco se rassit à côté de Harry qui fut forcé de lever les yeux vers lui. Pour peut–être la première fois, Draco envisageait le fait que l'amour de sa vie était un homme. Il n'avait jamais été opposé à cette idée, en fait, elle l'avait toujours rendu nerveux. Mais il ne s'était pas attendu à tomber amoureux d'un homme. Draco avait toujours apprécié la peau soyeuse et crémeuse des femmes, leurs hanches rondes et leurs seins opulents. Harry était mince, dur et anguleux et pourtant le sexe avec les femmes ne lui manquait pas. Il n'avait jamais envisagé cette possibilité.
– J'ai une question pour toi, fit Draco, soudain sérieux.
– Quoi ? répondit Harry en se blottissant contre lui, la tête posée dans le creux de son épaule.
– Tu n'as jamais été attiré par une femme ?
Harry fronça les sourcils. Draco sentit son visage bouger et il perçut l'hésitation dans sa voix quand il répondit.
– Ouais, admit Harry à contrecoeur. Des béguins… en quelque sorte.
– Cho Chang ?
Harry rougit.
– Ouais, elle.
– Trop maigre, jugea méchamment Draco. Et pas de nichons.
– Elle était vraiment jolie pourtant, insista Harry, sur la défensive.
– Alors pourquoi tu ne l'as pas baisée ?
– Je n'avais que quinze ans !
– D'accord.
Draco souriait maintenant.
– Et pour Ginny Weasley ?
– Là, j'ai merdé, pour ainsi dire.
– Mmm, bien, je suis content que tu l'aies fait.
– Tu as fait l'amour avec elle, pourtant, argumenta Harry, l'air maussade.
– Ce n'était pas de l'amour, bébé. C'était juste du sexe.
– Je crois que j'ai ruiné sa vie.
– Non, elle aime te blâmer pour ça mais elle a fait ses propres choix.
Harry haussa les épaules.
– Je n'aurais pas dû essayer d'être avec elle, je savais que ça n'irait pas.
Il fit une pause, jouant avec un des mamelons roses de Draco.
– Je savais que je te désirais.
– Vraiment ?
– Tu étais tombé de ton balai en jouant au Quidditch, tu étais étendu sur le sol, les vêtements froissés et remontés et j'ai aperçu ton magnifique estomac, alors j'ai su que je te désirais. C'est là que j'ai su que je n'avais plus rien à faire avec Ginny.
– Ah, le glorieux corps de Malfoy a usé de ses charmes sur le célèbre Harry Potter.
Draco riait mais il y avait une certaine amertume aussi car il savait très bien que son corps ne serait plus jamais comme il avait alors été. Et que ce serait–il passé si Harry était resté avec Ginny ? Ou pire, s'il avait été avec elle ? L'idée que Harry se retrouve nu avec quelqu'un d'autre provoqua une douleur dans son ventre, la jalousie le submergea rien qu'à la suggestion que Harry ait pu coucher avec quelqu'un d'autre. Il caressa ses cheveux et embrassa le dessus de sa tête.
– Je ne pourrais pas le supporter, murmura–t–il, pas vraiment certain de l'avoir dit à haute voix. Je ne pourrais pas supporter si tu avais été avec elle.
Harry leva ses yeux verts, ils étincelaient.
– Mais tu as eu des maîtresses, beaucoup, avant que je vienne.
– Je sais.
Draco resta silencieux pendant un moment, le regardant dans les yeux il voulait lui ôter ses lunettes mais il voulait que Harry le voie correctement.
– J'aurais aimé avoir quelque chose de plus pur à te donner.
– Je ne veux rien d'autre que toi.
Harry fronça les sourcils.
– Les filles te manquent ? Tu as été tenté ?
– Non, jamais.
Draco soupira.
– Je ne te ferai jamais ça.
Puis il sourit.
– Je crois que nous avons manqué le petit déjeuner.
Harry sourit aussi.
– Eh bien, il semblerait qu'on va dormir encore un peu.
Draco se déplaça instantanément, il se glissa entre les draps et, à la stupéfaction de Harry, il reprit la même position qu'il avait pour dormir pendant la plus grande partie de la nuit. Il n'avait certainement pas besoin qu'on le lui dise deux fois, les yeux de Draco se fermaient déjà. Et Harry se retrouva lui aussi dans sa position initiale, assis silencieusement à côté de Draco en espérant qu'il soit réveillé.
Harry poussa l'épaule nue de Draco et gloussa en entendant le « Quoi ? » agacé qui s'en suivit.
– Draco ?
– Mmm ?
– Je peux frotter ma queue contre ton cul ?
Les yeux de Draco s'ouvrirent une nouvelle fois et il soupira lourdement.
– Oui, si tu le dois vraiment.
Harry se blottit contre son dos et décida que oui, il le devait vraiment.
oOo
Severus Snape atteignit ses appartements avec l'expression d'un homme qui a la tête sur le billot. Il savait très bien à quoi s'attendre et il savait qu'à elles deux, Minerva et Hermione, pouvaient le réduire à une épave tremblotante. Et comme il n'avait pas été réduit à une épave tremblotante depuis son enfance, il n'appréciait pas la perspective d'un retour en arrière.
Les lèvres de Minerva étaient si fines et exsangues que sa bouche ressemblait maintenant à une cicatrice blanche sur son visage. Elle paraissait totalement dégoûtée, bien plus qu'il ne l'avait jamais vue et, considérant le fait qu'elle s'était tenue devant le Seigneur des Ténèbres, ça voulait dire quelque chose.
Elle jeta un regard furieux et écœuré vers le lit.
– Qui est cette… femme !?
Snape était raisonnablement certain que Regina était tout à fait consciente à ce moment–là et que le hurlement de Minerva avait probablement réveillé la moitié du château. Il ne savait vraiment pas quelle était la meilleure option, que Regina soit réveillé ou qu'elle reste comme elle était.
– SEVERUS !
Il sursauta et cligna des yeux tandis que Minerva s'approchait de lui. Comme si elle était sur le point de le frapper… Bon sang, c'était probablement le cas.
– Qui est–ce, Severus ?
– C'est une amie… de Lucius.
– Lucius ? Lucius Malfoy ? Mais, bon dieu, qu'est–ce que tu fais avec une des putains de Lucius Malfoy ?
Snape fronça les sourcils c'était manifeste qu'elles y réfléchissaient.
– Elle…
Comment expliquer ça ?
Il envisagea la possibilité de simplement accepter ce dont elles l'accusaient. Peut–être dire qu'il était désespéré, éperdu, qu'il avait besoin de quelque chose. Ainsi elles le laisseraient tranquille, Minerva ne lui reparlerait sans doute jamais mais au moins, Hermione réaliserait que c'était terminé et qu'elle pouvait avoir la vie qu'elle était censée avoir, au lieu de s'attacher émotionnellement à lui – alors qu'elle pouvait faire tellement mieux.
Excepté le fait qu'il ne voulait pas que Hermione pense du mal de lui et, aussi pathétique qu'il se sente à ce propos, perdre Minerva allait vraisemblablement le rendre complètement dingue. Mais il pouvait difficilement tout lâcher comme un méchant garçon qui confesse ses péchés.
– Comment l'as–tu amenée dans le château ? poursuivit Minerva, sans paraître se rendre compte qu'il n'avait pas encore dit un mot, qu'elle s'était encore rapprochée et qu'il s'était raidi en vue de l'inévitable gifle. Mais à quoi penses–tu ? Il y a une semaine, tu gémissais sur ton amour pour Hermione et maintenant, tu amènes une répugnante putain dans le château ! Quel genre d'exemple veux–tu donner, espèce d'abruti fini ?
– Ce n'est pas une putain, rétorqua calmement Snape.
Sa voix était basse, à peine plus qu'un murmure, le même qu'il utilisait en cours. Il n'allait pas se permettre de reculer dans un coin.
– Je n'ai pas dormi avec elle.
– Je ne suis pas en train de suggérer que tu as dormi avec elle ! cracha Minerva. Je suis certaine que tu étais bien trop occupé pour dormir !
– Je n'ai rien fait du tout avec elle !
– Oh, je vois. Elle est nue dans ton lit sans aucune raison ?
– Ce n'est pas parce qu'elle est nue que j'ai couché avec elle.
– Alors, pourquoi est–elle nue ? exigea de savoir Minerva.
Ils savaient tous que la question était raisonnable.
Le triomphe de Hermione s'affadit rapidement tandis que l'argumentation entre les deux professeurs progressait et elle se surprit à prier pour qu'il dise la vérité ou trouve une explication raisonnable pour tout ça… Si seulement Severus voulait leur dire ce qu'il en était. Elle le regarda, souhaitant qu'il n'ait pas été avec cette femme, qui avait l'air si incroyablement belle, même endormie. Bien plus belle que Hermione ne pensait possible de l'être.
Des larmes lui piquèrent les yeux et elle se détourna, elle n'avait vraiment pas besoin de se mettre à pleurer, il détestait les femmes en pleurs.
Snape fut finalement sauvé de cet interrogatoire quand Regina décida de se réveiller et de se joindre à la conversation. Snape grogna distinctement et Hermione le prit pour un signe de culpabilité. Elle sentit s'échapper une larme et fut horrifiée quand il le remarqua. Elle tourna les talons, sans le voir avancer vers elle puis s'arrêter lorsque elle pivota.
Regina s'étira langoureusement, faisant tomber les couvertures sur le sol, révélant sa peau crémeuse aux yeux de tous. Puis elle pivota vers les deux femmes qu'elle n'avait jamais rencontrées et leur sourit ironiquement.
Minerva recula d'un pas, pour la première fois à court de mots. Elle leva sa main devant elle pour s'assurer qu'elle était toujours en place puis dévisagea la femme assise dans le lit, qui semblait jouir intensément de cet instant. Manifestement, elle n'avait pas seulement l'habitude de la réaction qu'elle provoquait, elle la savourait.
– Tu as amené de nouvelles copines pour moi ?
La voix de la femme était mélodieuse comme celle d'une petite fille. Minerva pâlit quand elle descendit du lit pour s'avancer complètement nue dans sa direction.
– Laisse–les tranquilles, Regina. Elles ne sont pas ici pour toi.
Regina afficha une moue boudeuse et tapa de son pied nu sur le sol de pierre froid.
– C'est pas drôle ! se plaignit–elle à Snape. Tu veux tout de moi, tu veux que je réponde à toutes tes questions et tu ne veux jamais jouer avec moi !
– Habille–toi, Regina.
– Non !
Elle tournoya autour du lit et Snape leva les yeux au plafond, en se demandant s'il pouvait la stupéfixer sans offenser quiconque.
– Oh, mon dieu, mais elle est folle.
Les yeux de Minerva suivirent la fille alors qu'elle cessait de tournoyer et chancelait légèrement, étourdie par son effort.
– Severus, elle est démente !
– J'en suis parfaitement conscient, Minerva.
– Tu as couchée avec une femme folle !
– Oh, bordel de merde, Minerva, je n'ai pas baisé avec elle !
Hermione tressaillit et s'approcha un peu plus près, fascinée par ce qui était arrivé au visage de la jeune femme. C'était comme si la beauté d'un côté de sa figure s'était lentement fondue dans l'autre. C'était presque liquide. Peut–être un incendie ? Ou quelque chose de plus sinistre ? Derrière elle, elle pouvait entendre Minerva et Severus se disputer. Minerva jetait le blâme sur Severus qui le refusait. Ils s'effacèrent en arrière–plan devant le visage de cette femme.
Regina cessa de marcher en titubant et se maîtrisa avec une promptitude remarquable. Elle dévisagea Hermione avec la même curiosité que Hermione avait envers elle puis elle sourit, lentement, d'une manière inamicale.
– Qui es–tu ? demanda Regina sur un ton qui avait perdu d'une façon alarmante sa qualité musicale et résonnait maintenant d'une manière lourde et pleine de gravillons.
– Je m'appelle Hermione, répondit platement cette dernière, peu désireuse de laisser sa façade glisser.
Regina scruta les traits de Hermione d'un œil critique.
– Tu n'es pas très jolie, non ?
Hermione cligna des yeux et se trouva momentanément à court de mots. Snape se précipita afin de se placer entre les deux et aboya durement sur Regina pour qu'elle se taise. Regina réagit en grondant et se jeta sur le lit.
– Où il est, le petit dragon ? hurla–elle soudainement. Je veux que le dragon revienne !
– Il n'est pas là, siffla Snape, et maintenant, je la fermerai si j'étais toi.
Le visage de Regina s'anima.
– Mais tu n'es pas moi ! gloussa–t–elle avec malveillance. Et je veux que mon dragon revienne. J'aime le dragon, il est bien plus amusant que toi. Il est exactement comme son père.
Elle frissonna d'excitation.
– Il a été si brutal ! Il a sorti sa baguette. Toi, tu ne voulais pas sortir ta baguette. Toi, tu ne voulais rien faire d'amusant.
Snape sembla sur le point de la frapper et Hermione se surprit à souhaiter qu'il le fasse. À la place, il lui siffla une nouvelle fois de se taire mais elle ne tint pas compte de ses paroles. Elle gigota pour s'asseoir, jambes croisées, sur le lit.
– Le dragon me manque.
– Est–ce qu'elle parle de Draco ? s'enquit Hermione comme si sa voix était remplie d'air.
– Ne l'écoute pas, Hermione.
– Draco a quelque chose à voir avec elle ?
– Non, ne l'écoute pas.
Regina les regarda et gloussa encore une fois.
– Tu es vierge ?
Hermione et Snape la fixèrent sans vraiment savoir à qui elle s'était adressée. Ce fut Snape qui lui répondit d'un « Quoi ? » irrité.
– Comme tu ne veux pas jouer avec moi, tu dois être vierge.
– Je ne veux pas jouer avec toi parce que tu es cinglée !
Il secoua la tête, agacé par le fait qu'elle l'avait aiguillonné dans ce jeu–là.
– Tu es amoureux d'elle ?
Regina désigna Hermione et rit joyeusement.
– C'est pour ça que tu ne veux pas jouer avec moi ?
– Oh, par tous les dieux, que quelqu'un la stupéfie, lâcha Minerva, exaspérée par le son de sa voix.
– Mon Lucius me manque, se lamenta Regina. Il aimait jouer…
Elle ne put continuer dans cette veine parce que Snape prit Minerva au mot et, en quelques secondes, Regina fut stupéfiée et étendue, tête la première, sur le lit.
– Qu'est–ce qui se passe, Severus ? questionna Minerva avec lassitude. Pourquoi cette femme est–elle là ?
Bien, au moins, elle ne m'accuse plus de coucher avec elle.
– Pourquoi est–ce que Draco était là ? s'enquit Hermione. Pourquoi est–ce qu'elle veut Draco ? Qu'est–ce que Draco lui a fait ?
Snape retourna vers le siège sur lequel il avait passé la nuit et s'y affala, la tête entre les mains.
– Draco n'a pas couché avec elle, dit–il à voix basse. Cette femme est une amie de son père, elle avait besoin d'un endroit pour rester, c'est tout.
– Et depuis quand tu es devenu Monsieur Charité ? aboya Minerva.
– Laisse tomber, Minerva.
– Oh, je ne crois pas, non !
– Arrêtez ça, chuchota Hermione. Tous les deux. Arrêtez.
Elle avança vers Snape et tenta de lui caresser les cheveux, elle voulait juste le toucher, même pour un bref instant. Instinctivement, il se pencha sous l'attouchement et le plaisir envahit son cœur douloureux.
– Ne le défendez pas, Hermione !
– Je vous en prie, Minerva, je peux m'en occuper… Je découvrirai ce qui se passe.
Minerva pinça les lèvres et jeta un regard furieux à Severus puis elle se retourna vers Regina, toujours étendue sur le ventre.
– Débarrasse–toi d'elle, le somma–t–elle, ce soir ou je te jetterai hors d'ici tellement vite que ta tête en voltigera.
Snape en resta bouche bée.
– Quoi ?
– Tu m'as bien entendu. Débarrasse–t–en.
Minerva tourna les talons et sortit de la pièce en trombe, claquant la porte derrière elle tellement fort que le bruit résonna dans toute la chambre.
Snape ferma les yeux et replongea la tête dans ses mains. Minerva n'allait plus jamais lui reparler, de ça, il était tout à fait certain – bien qu'il n'arrivât pas totalement à croire qu'elle venait de menacer de le virer. Hermione lui caressa la nuque mais il n'était pas sûr qu'elle réalisait vraiment ce qu'elle faisait. C'était si bon quand elle l'effleurait ainsi il leva son visage vers elle pour la regarder.
– Je n'ai pas couché avec elle, murmura–t–il.
– Je sais.
Elle semblait résignée.
– Mais Draco ?
– Draco n'a pas couché avec elle non plus.
– Non, mais il a fait quelque chose.
Snape soupira et il put sentit son visage se tendre.
– Draco est assez vieux pour prendre ses propres décisions.
– Harry est mon meilleur ami, alors si Draco l'a trompé…
– Draco n'a pas trompé Potter.
Il tira brusquement son corps hors de sa portée.
– Je te l'ai dit. Pour une raison qui m'échappe complètement, Draco est amoureux de Potter alors il peut difficilement venir s'envoyer cette femme ! Je serais même stupéfait si Draco arrivait à bander pour cette garce complètement cinglée !
La lèvre de Hermione trembla, elle ne savait pas si elle devait se sentir soulagé et effrayée. Manifestement, il était en colère mais il ne s'était pas levé et ne s'éloignait pas d'elle. Elle se rappela ce que Minerva lui avait dit un peu plus tôt. Il n'aurait pas dû la repousser.
– Est–ce que ça a quelque chose à voir avec le sortilège du journal intime de Mr Malfoy ?
Son expression changea et il eut l'air un peu estomaqué. À vrai dire, il avait oublié qu'elle avait lu une partie du journal.
– Oui, en effet, admit–il avec réticence.
– Je peux t'aider ? Il y a quelque chose que je peux faire ?
Soudainement, son esprit chancela il fut stupéfié par le fait qu'il soit si brusquement indifférent au sort de Lucius, de Draco ou même celui de Regina. Oh, oui, elle pouvait en faire, des choses. Elle pouvait se mettre à genoux et lui pomper le noeud pour commencer. Un sourire étira sa bouche à cette idée totalement déplacée.
– Je peux t'aider, répéta Hermione, avide. Quel que soit le sortilège…
– Non, tu ne peux pas, Hermione. Le mieux que tu puisses faire est de sortir d'ici.
– Mais que fait l'incantation ? Qu'est–ce que cette femme vient faire là ?
– Arrête, Hermione.
– Qu'est–ce que Draco lui a fait ? Elle parlait de lui comme s'ils étaient intimes.
– Il lui a posé des questions, c'est tout.
– Tu mens !
C'est alors qu'il se leva et la repoussa.
– Ne me dis pas que je mens, Hermione, je ne te suis redevable en rien. Peut–être que tu devrais considérer le fait que tu n'as pas besoin de connaître chaque petit détail de ce qui se passe dans ce château ! Si je ne te dis rien, c'est peut–être que tu n'as pas besoin de le savoir. Ceci n'est pas une salle de classe et je ne t'enseigne pas de leçon, tu n'as pas besoin de te comporter en insupportable petite je–sais–tout dans cette situation !
Le visage de Hermione rougit.
– Peut–être, rétorqua–t–elle d'une voix étranglée, que tu devrais considérer le fait que je m'inquiète pour toi !
Il grogna avec impatience.
– Alors, ne le fais pas ! Ma mère est morte depuis très longtemps et je n'ai pas besoin d'en avoir une autre.
– Alors, la semaine dernière, j'étais trop jeune et maintenant, je suis en train d'agir comme ta mère ?
Snape sourit, amer.
– Ma mère aurait fait le nécessaire pour que Regina ait l'air saine d'esprit.
– Severus…
– Pourquoi tu es là ? demanda–t–il soudainement.
– Pardon ?
– Pourquoi es–tu descendue jusqu'ici ?
– Je…
Elle mordit sa lèvre et faillit l'envoyer au septième ciel. Minerva lui avait dit de descendre mais ce n'était pas le bon raisonnement alors elle sut qu'elle serait pathétique quand elle avoua :
– Tu me manques, je voulais te voir.
– Maintenant, tu m'as vu alors tu devrais sans doute partir.
S'il la repoussait malgré tout, c'était qu'il ne l'aimait probablement pas.
– Je veux être avec toi, Severus, ne…
– Non, Hermione. Je ne peux pas faire ça, pas maintenant. Trop de choses sont arrivées, on doit cesser de tourner en rond, tu dois l'accepter. Va, poursuis ta vie et laisse–moi faire ce que j'ai à faire.
– Je ne peux pas l'accepter.
Snape grogna une nouvelle fois et lui jeta un regard noir.
– Hermione, va–t–en. Je dois réveiller Regina et je ne veux pas avoir à composer avec toi en même temps.
– Composer avec moi ? C'est comme ça que tu le vois ?
– Putain, Hermione, va–t–en !
La figure de Hermione commença à se froisser et elle sut qu'il y avait plus moyen de stopper ses larmes. Mais elle était également furieuse et sa bouche se tordit tandis qu'elle tentait de parler.
– Je ne sais pas pourquoi je me suis embêtée à descendre jusqu'ici !
– Bien, maintenant, va !
– Je te hais, hurla–t–elle.
Il ne répliqua pas, il se détourna et attendit le son de son départ. Le bruit de ses pas jusqu'à la porte puis la porte qui s'ouvrait et se refermait doucement. Il pivota, elle était partie. Il prit une profonde inspiration, se calma et retourna sur sa chaise près du feu. Après un moment, il alla chercher une bouteille du tord–boyaux qu'Aberforth Dumbledore lui avait donné pour Noël et se versa un verre.
Elle finirait pas oublier. C'était ainsi que les choses devaient être, elle vivrait bien mieux comme ça.
oOo
Non savait qu'il était sur le point d'avoir des problèmes quand il arriva à Poudlard. Les sorciers, même s'ils étaient bons, avaient très peu de tolérance envers les elfes de maison et il savait que Severus Snape n'était pas le plus tolérant des sorciers. Il avait été contre Voldemort mais ce n'était pas une gentille personne. Pas que ça inquiète trop Non, il travaillait au Manoir Malfoy depuis qu'il était né et il était plus qu'habitué aux abus.
Cependant, la voix basse qui provint du coin le prit par surprise. Lucius Malfoy était pompeux et cruel lorsqu'il punissait ses serviteurs mais Severus Snape était tout autre. Sa voix était à peine plus élevée qu'un murmure. Quand Non se tourna pour lui faire face, il était assis près du feu, un verre à la main, rempli de quelque chose qui ressemblait à du whisky. Il paraissait anormalement immobile et calme.
– Et où étais–tu ?
Non souleva un peu la tête ; il aurait dû revenir à temps. Ses doigts le démangeaient de se blesser.
– Maître Severus, commença–t–il.
Il essaya de sourire et tordit ses mains en s'efforçant d'arrêter ses doigts qui voulaient saisir quelque chose avec lequel il pourrait se frapper.
– Non ne pouvait pas laisser Maître Lucius… là–bas. Non est désolé, Maître Severus.
– Bien, je suppose que je devrais te louer d'être si dévoué à ta tâche.
Non leva les yeux avec espoir mais il n'y avait aucune gentillesse sur le visage de son nouveau maître. Snape le fixait avec le regard de quelqu'un qui aurait été heureux de pouvoir l'expédier en enfer. Il ressentit une onde de peur, un petit tressaillement de terreur qui lui était familier, si semblable à celui qui le submergeait quand Maître Lucius était à la maison, qu'il faillit devenir nostalgique. Un bruit derrière lui l'alerta sur le fait qu'ils n'étaient pas seuls dans la pièce. Sa petite tête tourna de tous côtés et il dévisagea avec horreur la femme à côté du lit.
– Regina !
Non glapit sans pouvoir sans empêcher. Alors la folle était là, pas étonnant que Maître Severus soit de si mauvaise humeur. À elle seule, Regina Vermoral pouvait faire entrer n'importe qui dans une rage noire. Elle donnait l'impression de vouloir venir vers lui. Elle ouvrit la bouche avec une inhabituelle lenteur et, au moment où elle avançait d'un pas, Snape leva une main paresseuse et murmura un sortilège elle se figea net, complètement immobilisée.
– Je vois que tu connais notre amie, fit Snape en retournant son attention vers Non qu'il fixa d'un regard déconcertant.
– Elle… Maître Lucius… C'était la…
– … putain de Lucius ?
Snape se fendit d'un sourire qui incurva à peine ses lèvres.
– Maître Lucius avait différents…
Non baissa la tête et se demanda s'il n'avait pas été trop loin.
– … appétits, conclut–il maladroitement.
– Lucius avait une femme magnifique et une totale inaptitude à garder sa queue dans son pantalon.
C'était un commentaire que tous deux savaient injuste, parce que Narcissa n'avait pas été la plus fidèle des épouses non plus ils avaient tous deux eu leurs faiblesses.
– Ce que je ne comprends pas, siffla Snape, plein de venin, c'est pourquoi il n'a tout simplement pas pu l'accepter. Pourquoi n'a–t–il pas pu accepter qu'il avait perdu et subi la punition ? Il semblerait que tout le monde court partout pour découvrir ce qu'il a fait, la vie de tout le monde peut être gâchée, tant que nous courons tous pour aider Lucius.
L'idée que Maître Severus était ivre traversa l'esprit de Non, ce qui semblait improbable parce qu'il était très tôt le matin et qu'il avait toujours paru raisonnablement stable, depuis le temps que Non le connaissait.
Mais encore une fois, Regina Vermoral pouvait mener quiconque à se saouler. Non secoua la tête.
– Maître Lucius, il était terrifié et il ne savait pas… Il ne pouvait pas prévoir ce qui allait se passer.
– Oh que si, il l'a prévu. Il savait exactement ce qui allait se produire, c'est pourquoi il s'est arrangé pour trouver un moyen de s'en sortir. À l'heure actuelle, on ne sait pas encore ce qu'il a fait, ni même s'il a réussi.
Non s'anima quelque peu car il pouvait au moins aider sur ce détail particulier.
– Ça a marché, Maître Severus, ça a vraiment marché. Non l'a vu de ses yeux. Maître Lucius est conscient et il comprend totalement ce qui se passe maintenant.
Snape se pencha en avant et fronça les sourcils vers le petit elfe, tellement que Non commença à se trémousser inconfortablement.
– Peut–être que tu devrais me dire ce qui s'est passé au musée.
– Non a bien travaillé, Maître Severus. Non a été fait valet pour le conservateur, Monsieur, et le conservateur est très important dans le musée.
– Je le sais. Qu'est–ce que tu as appris sur Lucius ?
– Le conservateur a dit que Non devait surveiller son ange et au début, Non était perdu mais ensuite Non a vu l'ange du conservateur et c'était Maître Lucius !
– Son ange ?
– Oui, Maître Severus. Il garde Maître Lucius dans ses appartements et il dort avec lui. Il parle à Maître Lucius et Maître Lucius lui répond. Maître Lucius a parlé à Non aussi… mais pas quand le conservateur était présent.
Snape abaissa son verre.
– Lucius… Lucius peut parler ?
– Pas avec la bouche, Maître Severus, sa voix est dans la tête de Non, mais c'est lui, Monsieur.
– Qu'est–ce qu'il a dit ? Tu lui as demandé ce qu'il avait fait ? Tu lui as demandé comment inverser le processus ?
Non se renfrogna et trembla un peu.
– Maître Lucius a principalement demandé des nouvelles de Maître Draco. Il dit que vous devez vous assurer que Maître Draco reste avec Harry Potter.
Les lèvres de Snape s'incurvèrent. Ça, ça ne ressemblait pas à Lucius Malfoy.
– Il dit que Harry Potter protégera toujours Maître Draco et il dit que Maître Draco est en danger.
Snape parut alors déconcerté. Il se renfonça dans son fauteuil et envoya son regard troublé se perdre dans les flammes de l'âtre.
– Et pourquoi Draco est–il en danger ?
– Maître Lucius dit que le conservateur veut Maître Draco pour être comme Maître Lucius, il dit qu'ils sont tous les deux comme une paire assortie. Maître Lucius a passé un marché avec le conservateur mais il dit qu'il ne lui fait pas confiance. Non ne fait pas confiance au conservateur non plus, il dit qu'il aime Maître Lucius mais il lui fait du mal.
– Comment ? Comment est–ce qu'il lui fait du mal ?
Non regarda à contrecoeur vers son nouveau Maître, espérant un peu d'aide de sa part.
– Il force Maître Lucius. Maître Lucius ne peut pas se défendre et il ne peut pas dire non et le conservateur est sur lui, il entre en lui et il fait pleurer Maître Lucius et il frappe Maître Lucius, il le frappe et lui donne des coups de pieds.
– Attends.
Snape s'était penché à nouveau, mais avec un air pressant cette fois–ci. Il attrapa Non et le tira jusqu'à lui.
– Quand tu dis qu'il entre en lui, qu'est–ce que tu veux dire ? Le conservateur le viole ?
– Le conservateur dit que Maître Lucius est son amoureux.
Non baissa la tête.
– Non l'a vu, Maître Severus. Le conservateur a rendu Maître Lucius malade.
Snape avait l'air sur le point d'être malade aussi. Il s'effondra dans sa chaise en relâchant Non puis descendit un verre de whisky Purfeu. Ainsi Lucius était piégé dans son propre corps, conscient de tout ce qui se passait autour de lui mais incapable de se défendre. Il avait fini par se faire baiser.
– Il t'a dit comme le libérer ?
Non secoua tristement la tête.
– Maître Lucius ne voudra rien dire à Non, Maître Severus. Il dit que Maître Draco est plus important et il dit que vous devez promettre de garder Maître Draco en sécurité.
– Il ne veut pas qu'on l'aide ?
– Non, Maître Severus.
Snape ressentit une colère déraisonnable monter en lui. Ils avaient tout risqué pour Lucius et Lucius ne voulait rien de tout ça. La vie de Snape était tombée en miettes à cause de Lucius Malfoy et Lucius ne voulait pas de leur aide. Mais comme Lucius sacrifiait tout pour son fils, ce banal sentiment semblait presque impensable.
– Maître Lucius n'est pas lui–même, risqua Non timidement.
– Pourquoi ? Parce qu'il a développé de l'inquiétude pour quelqu'un d'autre que lui ?
Une fois de plus, ce commentaire n'était pas juste et Snape le savait. Lucius avait toujours placé l'amour qu'il portait à son fils au–delà de tout le reste mais, comme la colère le rendait illogique, Snape devait travailler là–dessus et ça allait prendre un certain temps.
– Il est malade, Maître Severus il fait des rêves, sur la mort.
– Je suis certain qu'il le surmontera.
– Il est triste.
Snape faillit ricaner. Lucius n'avait pas le monopole de la douleur. Mais pouvait–il simplement laisser Lucius là–bas ? Sachant qu'il était conscient et que leurs pires craintes s'étaient réalisées, pouvait–il le laisser dans cet endroit et ne rien faire du tout ? Snape avait développé sa propre théorie sur la manière dont les choses se résoudraient quand Lucius serait libéré. Draco avait une sorte de notion romantique de tout ça, comme simplement emmener le corps de son père au loin et vivre dans une espèce d'exil. Quant à savoir comment il allait planifier de concilier ça avec sa relation avec Potter, personne ne le savait. Snape était plus âgé et – il aimait à le croire mais commençait à en douter – plus avisé. Délivrer Lucius Malfoy de sa prison n'était pas une chose à prendre à la légère dans le monde des sorciers et les Aurors ne connaîtraient aucun repos avant de l'avoir retrouvé… et ils devraient à présent lutter contre Potter.
L'idée de Snape était logique, pas aussi romantique que celle de Draco. Il était tout à fait certain qu'Arthur Weasley serait élu au poste de Ministre, fin avril en effet, il n'y avait que peu de doutes dans le monde des sorciers. Fudge avait seulement été maintenu au pouvoir à cause de la guerre parce que la stabilité était nécessaire mais maintenant que la guerre était finie, peu de sorciers seraient indulgents avec lui. Avec Arthur Weasley viendrait une sorte de nouvelle tolérance. Arthur Weasley était vraiment contre le Baiser en tant que châtiment pour quiconque et il se montrerait inflexible sur le fait que les Détraqueurs devraient quitter Azkaban pour toujours afin d'être remplacés par des Aurors. Snape était bien certain qu'une fois les faits pleinement compris et Lucius libéré, Weasley serait d'accord pour une peine de prison. Il savait aussi que le prochain problème serait que Lucius s'échapperait s'il n'y avait pas de Détraqueurs pour le surveiller. Snape avait une suggestion pour cet argument–là aussi mais c'était une chose à laquelle il devait réfléchir plus longuement avant de la proposer.
Et maintenant Lucius était triste et c'était sans doute la première fois qu'il ressentait un tel sentiment.
– Retourne au musée, murmura Snape, presque impassible. Et s'il devient plus malade encore, fais–le–moi savoir. Dis–lui que je ne laisserai pas Draco s'approcher du musée mais que j'ai peut–être une idée pour le sortir de là. J'ai besoin de savoir comment le libérer de son sort alors demande–le–lui.
– Mais Maître Lucius ne voudra pas le dire à Non…
– Alors questionne–le encore une fois !
Non baissa silencieusement la tête.
– Oui, Maître Severus.
Severus le fixa un long moment, il se demandait pourquoi cette petite créature était si attachée à l'homme qui avait rendu sa vie si misérable puis décida qu'examiner la complexité d'un esprit d'elfe de maison n'était pas vraiment constructif. Il détourna son regard vers la bouteille de whisky et ne souhaita finalement plus qu'une chose, se noyer dedans.
– Bien, fit–il avec une irritation forcée, tu ne crois pas que tu devrais y aller ?
Et Non rougit et s'inclina puis se tapa dessus avant de sortir.
oOo
Hermione trouva que monter les escaliers de la tour sud–ouest était plus laborieux que d'habitude. Elle n'avait jamais vraiment remarqué le nombre d'escaliers à monter dans Poudlard, du moins, pas physiquement mais aujourd'hui, ses jambes et sa tête étaient douloureuses et elle n'avait qu'une seule envie : s'arrêter, s'asseoir et pleurer. Ciel, comme elle le détestait quand il lui faisait comprendre qu'elle n'était qu'une nuisance inconséquente.
Il l'avait jetée dehors, malgré la certitude de Minerva qu'il ne le ferait pas. Il ne l'aimait pas, après tout.
Elle ne voulait plus penser à lui, elle voulait juste l'effacer de sa mémoire et éliminer chaque part de lui. Peut–être que Harry avait eu raison, que ce n'était rien du tout, juste une stupide tocade. Elle avait toujours aimé les livres, apprendre et tout ce que ces choses avaient à lui offrir, exactement comme elle aimait les corridors dallés de cette école et les coins sombres et exigus de la bibliothèque. Tomber amoureuse d'un enseignant semblait une progression naturelle. Peut–être qu'elle l'avait choisi par manque d'options.
Mais qui avait considéré un jour Severus Snape comme une option ? En vérité, elle aurait dû reculer en le voyant. Ses cheveux, son nez, sa peau et ses dents ! À la place, elle était tombé raide dingue de lui. Amoureuse de Severus Snape, mais quelle genre de nigaude était–elle ?
Pour la première fois depuis des années, la compagnie de sa mère lui manqua. Sa mère qui était toujours prête avec un chocolat chaud et un morceau de gâteau en cas de crise ou alors quelque chose de bien bourratif et réconfortant qui sortait du four. Il y avait si longtemps qu'elle ne s'était pas assise pour parler avec sa mère de tout et de rien. À l'âge tendre de dix ans, elle avait été enlevée au monde de ses parents comme s'ils étaient morts. Elle était différente d'eux c'était une sorcière et en tant que telle, sa vie serait toujours différente de la leur. Ils l'avaient accepté mais ils ne pouvaient réellement le comprendre. Parler de choses comme les sortilèges ou les charmes ou les guerres magiques n'auraient servi qu'à les rendre plus confus encore ou à les terrifier, alors elle avait tout gardé pour elle–même. Ils étaient ravis de ses bonnes notes mais n'avaient pas la moindre idée de ce qu'elle apprenait c'était l'un des inconvénients du fait d'être une née de Moldus. Elle était une sorcière incroyable mais n'avait tout simplement pas la conception des choses que sa famille comprenait, des choses telles que l'algèbre ou les fractions ; elle n'avait jamais utilisé d'ordinateur. Elle n'avait simplement pas appris à le faire.
Mais un échec dans une relation ? Sa mère le comprendrait sûrement et saurait comment la réconforter elle savait comment être une épaule sur laquelle on peut s'épancher. En grimpant l'escalier de la tour sud–ouest, Hermione avait désespérément besoin de sa mère.
Elle était perdue dans ses pensées alors elle ne remarqua pas Draco qui descendait en sens inverse. Comme elle ne le vit pas, elle ne remarqua pas sa propre expression qui était aussi vague que la sienne et que ses pensées n'étaient pas entièrement focalisées sur le fait de descendre les escaliers. Mais elle ne le vit pas, jusqu'au moment où elle le percuta et glapit plus de surprise que de douleur.
Puis elle vit que c'était Draco et son esprit retourna instantanément vers Severus et vers la femme dans son lit – et vers toutes les choses qu'il avait dites à propos de Draco.
– Désolé, était en train de dire Draco, revenant à lui en la soutenant gentiment par les épaules. Ça va ?
Il semblait un peu fatigué et elle supposa qu'il était probablement encore en train d'essayer de se remettre de ce qu'il avait fait – quoi que ce fût – avec la putain. Elle se demanda s'il avait eu au moins la décence de se laver avant de retourner voir Harry.
– Je vais bien, aboya–t–elle, en pinçant ses lèvres dans une parfaite imitation de Minerva, en le dévisageant comme s'il était devenu quelque chose de dangereux.
Il était grand, mince et très beau. Ce n'était pas étonnant que Harry soit tombé amoureux de lui, il pouvait se montrer aussi charmant que n'importe qui. Mais c'était honteux qu'il ne soit qu'un salaud menteur et infidèle. Ses yeux se plissèrent et elle scruta son visage pâle.
– Quelque chose ne va pas ? demanda–t–il de sa voix traînante tout en sachant pertinemment qu'en regard tel que celui que lui lançait Hermione ne pouvait définitivement pas être amical.
– Ouais, c'est toi qui ne vas pas !
– Tu t'es levée du mauvais pied, ce matin, Granger ?
– Non, je viens juste de me payer une petite visite chez mon ex.
Draco blêmit. Hermione n'aurait pas cru qu'il puisse être plus pâle qu'il ne l'était déjà mais il lui prouva qu'elle avait tort d'une manière spectaculaire. Le sang se retira même de ses lèvres. Son ton traînant, cependant, était aussi constant que jamais.
– Alors, comment se porte notre illustre Maître de Potions ?
– Préoccupé. Ses appartements sont un peu surpeuplés en ce moment.
– Je vois.
Il paraissait un peu tendu maintenant mais il ricana et ajouta, sur la défensive :
– Déjà recasé, hein ?
– D'après son amie, tu es le seul qui s'est amusé.
Il ne répliqua pas, il se contenta de la fixer. Son visage prit l'expression haineuse dont elle se souvenait très bien, au vu des années qu'ils avaient passées à se détester mutuellement.
– C'est une femme très intéressante et elle a parlé de toi… beaucoup.
Ses yeux le parcoururent, à la recherche d'un indice ou d'une faille dans l'armure.
– Alors, qu'est–ce qui se passe, Draco ? Harry ne te suffit plus ?
– Harry est tout pour moi, cracha Draco. Alors, ne fourre pas ton nez dans des affaires que tu ne comprends pas.
– Ne me parle pas comme si j'étais une idiote !
– Alors, cesse d'agir comme si tu l'étais ! Tu ne sais rien de ce qui se passe avec cette femme.
– Je sais que ça a quelque chose à voir avec ton père !
Un muscle tressauta dans la joue de Draco et il croisa fermement ses bras sur sa poitrine.
– Mon père fait partie d'une attraction et il pourrait aussi bien être mort.
Hermione envisagea de continuer son interrogatoire mais décida que poursuivre une dispute avec Draco à propos de son père se terminerait en désastre.
– Tu as couché avec cette femme ?
– Granger, je n'ai pas couché avec cette femme.
Draco était toujours sur la défensive, il se serrait pratiquement dans ses propres bras.
– Pas que ce soit tes affaires, que je l'ai fait ou non.
– Harry est mon ami, alors ce sont mes affaires si tu l'as trompé !
– Bon, relax alors, la Sang–de–Bourbe. Je n'ai trompé personne.
Hermione se retint de le frapper, elle détestait sa promptitude à reprendre ses vieilles habitudes.
– Alors, qu'est–ce que tu as fait ?
– Rien que tu puisses comprendre.
– Explique–moi, tu pourrais être surpris.
– J'en doute.
Elle le poussa pour passer elle en avait assez, elle en avait marre d'eux tous.
– Je vais aller le dire à Harry maintenant. Peut–être que ça pourrait t'aider à décider s'il faut lui expliquer.
– Non !
Draco l'attrapa par le bras, la tira en arrière elle venait de toucher un point sensible.
– Je t'en prie, ne le dis pas à Harry.
– Je croyais que tu n'avais rien fait de mal.
– C'est le cas ! J'ai dit que je ne l'avais pas trompé et c'est vrai. Regina, cette femme, elle détient une information dont j'ai besoin et tout ce que j'ai fait, c'est lui demander ce qu'elle savait, c'est tout. Elle est difficile… Elle est un peu…
– Folle ? Ouais, j'avais deviné.
– Ecoute, je le dirai à Harry, je lui expliquerai tout mais je ne précipite pas vers lui alors que tu n'as pas tout compris.
– Quand ?
– Quand quoi ?
– Quand est–ce que tu vas le lui dire ?
Draco remua nerveusement.
– Bientôt. Je le lui dirai bientôt. S'il te plaît, donne–moi juste un peu de temps.
Une fois encore, le désir de le frapper faillit la submerger.
– Je ne vais pas cacher des choses à Harry, tout particulièrement si on tient compte de ce qui est arrivé après qu'on ait caché des choses à Ron.
– Je ne te le demande pas ! Je ne veux juste pas que tu te précipites vers lui avec une histoire qui est probablement fausse !
Hermione le dévisagea longuement. Toute la colère qu'elle ressentait, toute la haine et toute la déception semblaient avoir pris corps devant elle. Elle voulait le pousser dans l'escalier et le laisser tomber, le laisser dégringoler jusqu'à ce qu'il atteigne le sol plusieurs étages en dessous et laisser chaque os de son corps se briser afin qu'il ressente la même chose qu'elle. Alors Harry et elle pourraient aller chercher Ron et ils seraient tous les trois, ensemble à nouveau, sains et saufs, n'ayant nul besoin de quelqu'un d'autre.
– Assure–toi de le lui dire, siffla–t–elle tandis qu'elle arrachait son bras de son emprise avant de continuer à monter. Parce que si tu ne le fais pas, moi, je le ferai.
Elle n'attendit pas de réponse, la colère lui faisait grimper les escaliers plus facilement et elle courut le reste du trajet, ne voulant rien de plus que s'éloigner de lui, espérant que tous les Serpentard disparaissent de la surface de la terre.
oOo
Considérant les épreuves du matin, la journée de Snape fut étonnamment tranquille. C'était plus facile parce qu'il n'avait aucun scrupule à calmer Regina par des moyens magiques. À la différence de la plupart de ses semblables, il ne pensait pas que stupéfixer des Moldus était un crime. Et, tandis que la journée avançait, bien qu'il sût qu'il devait s'en débarrasser, il était réticent à le faire sans lui avoir soutiré au moins quelques informations. Draco avait essayé, mais, malgré ses efforts, il n'avait fait que nourrir sa folie et lui faire prendre son pied.
Snape avait passé son temps à boire, à analyser et à marquer des pages dans ce journal qui n'en finissait pas. La réponse pouvait se trouver n'importe où dans ses pages. On avait l'impression que Lucius avait ouvert le truc, trouvé une page blanche et commencé à écrire, alors il n'y avait aucun ordre logique. Mais il était sûr qu'il pouvait le faire sans Regina, juste parce qu'il s'était rué pour la trouver sans penser aux conséquences. Lucius devait savoir ce qu'elle était il n'aurait jamais mis Draco dans cette situation volontairement. Alors les réponses étaient dans le journal et maintenant, il n'avait plus qu'à les trouver.
Le journal intime était clair sur la manière dont ils s'étaient rencontrés. Le Seigneur des Ténèbres lui avait envoyé une vision d'elle et il l'avait trouvée le dernier jour du premier règne de terreur de Voldemort. Il avait été dans cet asile et l'avait emmenée. Il avait, et c'était le plus important, cru en elle.
Elle devait lui avoir dit quelque chose de primordial, quelque chose qu'il avait gardé secret ou du moins, quelque chose qui lui aurait fait croire qu'il pouvait tenter de contrer le Baiser des Détraqueurs – et il l'avait fait, pour ainsi dire.
Snape se tourna pour regarder la femme. C'était assurément une femme mais il avait la très nette impression qu'elle était un peu plus que ça. Heureusement, elle était habillé maintenant, dans une extravagante robe payée manifestement par Lucius. Elle était aussi immobile, aussi figée qu'une statue. Il n'avait vraiment pas envie de la libérer. Il se demanda comment Lucius se débrouillait avec elle.
Il savait une chose, Lucius lui parlait. Peut–être que c'était la réponse. Au lieu de lui poser des questions sur Lucius, peut–être qu'il devait lui parler d'autres choses, des choses qui étaient sacrées pour elle. Peut–être qu'il devait l'interroger sur les anges.
Il relâcha le sortilège en espérant qu'elle serait lucide. Comme elle ne s'attendait pas à être libérée, elle tomba en avant et s'écrasa comme un amas disgracieux.
– Tu n'es pas très gentil, se plaignit Regina, tandis qu'elle se relevait en s'époussetant.
Elle inspecta sa robe pour voir s'il y avait des accros, le surprenant par son intérêt pour le vêtement.
– Je croyais que tu aimais les hommes méprisables, déclara Snape avec son habituelle tranquillité.
Il était toujours assis à côté du feu, il avait à peine bougé de la journée. Regina gloussa une réponse mais ne fit aucun mouvement pour s'approcher, fatiguée d'être paralysée chaque fois qu'elle le faisait.
– Tu peux venir près du feu, murmura–t–il en indiquant une chaise opposée à la sienne.
Elle avança vers lui avec hésitation mais ne prit pas la chaise, elle se déhancha un peu avant de s'installer près de l'âtre, sa robe déployée en éventail autour d'elle. Elle fixa les flammes, éclairée de leur lumière orange.
– Quand est–ce que je rentre chez moi ? demanda–t–elle.
– Bientôt.
Sa voix était un peu froide et elle frissonna elle rapprocha ses mains du feu.
– Je te ramène chez toi ce soir.
Il se dit qu'il devait probablement s'arranger pour faire apporter à dîner. Il n'avait pas mangé depuis qu'il était parti la chercher le jour d'avant et il ne lui avait rien offert, donc elle n'avait pas mangé non plus. Elle pouvait bien être affamée. Il se surprit à froncer les sourcils tandis qu'il se demandait d'où venait sa nourriture. Elle ne pouvait pas travailler, elle était complètement cinglée. Il avait aussi vu son cottage. Il était petit et reculé, éloigné de tous sentiers. Il était aussi entouré de barrières magiques pour empêcher les visiteurs inopportuns. Elle était mince, c'était certain, mais elle avait l'air de bien manger. Lucius la gardait en sécurité, le cottage était ancien mais en bon état. Ce n'était pas plein de courants d'air, ni sale. La robe qu'elle portait maintenant était celle qu'elle avait quand il l'avait trouvée le jour précédent. Elle ne s'était pas changée pour le trajet alors qu'elle avait vraisemblablement une armoire remplie de choses magnifiques.
– D'où vient ta nourriture ? ne put–il s'empêcher de lui demander en pensant que ça pouvait aussi bien démarrer la conversation.
– C'est Lucius, répondit–elle, la voix rêveuse. Une femme du village l'apporte. C'est une Cracmol, Lucius la paie très bien, précisa–t–elle en se tournant pour lui sourire. Lucius prend soin de moi.
Snape semblait sceptique. La nuit dernière, elle haïssait Lucius Malfoy et aujourd'hui, il prenait soin d'elle. Snape n'était pas certain qu'elle sache honnêtement quoi penser de lui. Snape doutait également que Lucius paie une Cracmol plus d'une Noise les menaces étaient sans doute l'option la plus plausible.
Regina jouait joyeusement avec un peu de cendre qui s'était écarté du feu. Le charbon et les flammes semblaient la fasciner. Elle gloussa encore une fois et pivota à nouveau vers lui.
– Tu as l'air plus âgé que Lucius mais je ne crois pas que ce soit le cas.
Il baissa les yeux vers elle, sans bouger la tête il la regarda par–dessus son nez.
– En effet. Je suis plus jeune.
– Combien d'années ?
– Sept ans.
Elle gloussa encore.
– Il est très beau… pas comme toi.
– C'est vrai.
Il se versa un verre mais ne prit pas la peine de lui demander si elle en voulait un.
– J'avais pour habitude de penser qu'il était le Diable.
Elle en rit.
– Ma mère disait que le Diable pouvait se rendre si beau qu'il arrivait à rendre fou les esprits faibles. Ils pensaient que j'étais faible d'esprit mais ce n'était pas le cas, je savais ce qu'il était.
– Tu savais ce qu'il était ? Le Diable ?
– Ce n'est pas le Diable. Imbécile ! Je croyais qu'il l'était. C'est un ange, maintenant…
Elle se renfrogna, confuse un instant.
– … mais il l'a toujours été… c'est ce qui rend ça amusant. Je ne croyais pas que ça marcherait mais il savait que oui, il savait ce qu'il était aussi.
Le froncement de sourcils s'effaça et elle repassa de l'enfant stupéfait à la femme en un instant.
– Est–ce que cet homme le blesse vraiment ?
Snape continua à la scruter et, après un moment, décida que ce serait bien de continuer, elle paraissait calme et il espérait que ça durerait.
– Je croyais que tu le détestais ?
– Il m'a sauvée. Il m'a aimée.
– Il t'a blessée.
Elle sourit largement et le côté non marqué de son visage se releva, tandis que ses yeux étincelaient d'une brillance presque surnaturelle.
– Il n'y a qu'une étroite frontière entre le plaisir et la douleur.
C'était tellement Lucius, d'entraîner une innocente dans la fougue de son truc masochiste. Lucius avait créé sa parfaite petite poupée de plaisir, pleine de perversions lorsqu'il se sentait indulgent pour ses propres vices.
– Le petit dragon est comme lui.
– Ce n'est pas habituel, rétorqua Snape avec froideur.
– Il pose beaucoup de questions.
– Il veut que son père revienne.
Elle regarda le feu et prit le tisonnier pour l'y enfoncer, l'air absent.
– Pourquoi est–ce qu'il veut qu'il revienne ? Il n'est pas assez âgé maintenant ? Les dragons sont censés voler, voler, voler loin du nid et ne jamais revenir ! Il ne peut pas aider Lucius, pas comme je le pourrais. Je connais beaucoup de choses… Beaucoup de choses que tu ne connais pas et beaucoup de choses que Lucius ne connaissait pas.
– Et que pourrais–tu savoir qu'il ne connaissait pas ?
Il se moquait un peu, sachant qu'il prenait le même ton que Lucius, il ne voulait pas trahir son propre intérêt.
– Il ne savait rien des anges, pas comme moi. Je lui ai parlé d'eux. Je les connais et pas lui.
– Mais tu lui en as parlé alors maintenant, il les connaît.
– Il les connaît et il était si content, rit–elle, s'animant une nouvelle fois. Il a dit que j'étais une bonne fille et il m'a fait un cadeau.
– Comme c'est gentil à lui, lâcha Snape, dédaigneux. Et que lui as–tu dit ?
Regina soupira comme si c'était évident.
– Je lui ai parlé des anges, bien sûr !
Il combattit sa propre impatience et le besoin de lui jeter un sort qui la renverrait dans son cottage. Elle se déplaça, elle rampa sur le sol et alla reposer son menton sur son genou, son long doigt caressa son mollet vêtu de noir. Il tressaillit mais ne la repoussa pas lui résister serait comme la repousser.
– Je ne sais rien des anges, dit–il avec prudence. Je suppose que tu ne te rappelles pas ce que tu as dit à Lucius.
– Tu ne donneras un cadeau ?
– Si tu veux.
– Je peux te sucer ?
Il leva les yeux et maintint son regard d'acier.
– Non, répliqua–t–il. Tu ne peux pas me sucer.
– Pourquoi pas ?
Elle leva vers lui de grands yeux suppliants. Elle avait dû être renversante avant que Lucius ne lui fonde le visage.
– Parce que je ne suis pas d'humeur maintenant.
– Et plus tard ?
– Peut–être.
Son ton était équivoque mais elle sembla se décider en entendant ça, comme s'il lui avait fait une promesse.
– La petite jeune fille de ce matin, c'est ta maîtresse ?
Son doigt remonta sur sa cuisse et il remua inconfortablement.
– Ce ne sont pas tes affaires.
– Elle avait l'air d'être amoureuse de toi, ce matin.
Son doigt avança petit à petit vers son entrejambe.
– On aurait dit qu'elle avait le cœur brisé.
Regina soupira dramatiquement et gloussa tandis que ses doigts atteignaient leur cible. Snape se déplaça et croisa les jambes pour la déloger. Elle fit la moue, déçue.
– Parle–moi des anges, exigea Snape, ignorant l'expression de son visage.
Regina soupira une nouvelle fois et se roula en boule en bas de sa jambe, comme un chat.
– Tu crois aux anges ?
– Je crois en de nombreuses choses.
– Les anges viennent après les dieux mais avant toutes autres choses. Ils sont arrivés avant notre monde et après ça, l'abomination est venue et après l'abomination, ton monde est apparu.
Snape se repassa cette déclaration dans la tête et la déchiffra.
– Et l'abomination, qu'est–ce que c'est ?
Elle frotta sa joue contre l'extérieur de sa cuisse et, quand il se laissa fléchir et caressa ses épais cheveux, elle ronronna lourdement. Au–delà de sa folie, elle avait peut–être soif d'affection. Il se demanda si Lucius lui en avait donné. Repensant à ses propres expériences, si lointaines qu'ils devaient les chercher, il décida que ça devait être le cas, c'était sans doute comme ça qu'il l'avait amenée à parler.
Et elle paraissait prête à parler maintenant. Nichée confortablement contre ses jambes, elle avait l'air d'entrer dans un rêve mais elle était heureuse de lui parler.
– Au commencement, fit–elle, presque en transe, sont venus les Gardiens, envoyés par Dieu pour veiller sur les mortels. Puis vint l'Etoile du Jour, fils du Matin et il vit que les filles de l'homme étaient fidèles. Il prit une épouse parmi les filles de l'homme et Dieu le jeta dans un abysse pour ce péché. Les Gardiens suivirent bientôt l'Etoile du Jour dans sa déchéance ils avaient vu et convoités les filles de l'homme. Enoch écrivit que Samyaza avait dit aux Gardiens : « Je crains bien que vous ne puissiez accomplir votre dessein. Et qu'une fois l'acte commis, je supporte seul la peine de votre crime. ». Alors les Gardiens jurèrent sous serment de ne pas abandonner leur mission et ils furent à jamais liés par leurs péchés. Ils prirent les plus belles des épouses mortelles et leur apprirent la sorcellerie, les enchantements, et les propriétés des racines et des arbres [1]. Ensuite, les épouses mortelles engendrèrent des enfants immortels.
Enoch écrivit que les enfants qui étaient nés de l'union de l'esprit et de la chair devaient être appelés les esprits du mal sur terre, parce que du jour où ils avaient été créés par des esprits sacrés, ils étaient devenus les Nephilim leur origine première était la base du spirituel.
– Les Nephilim ?
Snape fronça les sourcils tandis qu'il plongeait ses doigts dans la douceur satinée de ses cheveux.
– Ça veut dire… abomination, non ?
– En effet, c'est un mot ancien, il signifie : ce qui se corrompt. C'était une abomination, le pouvoir des anciens dans un corps mortel. Ils étaient la première espèce magique.
– Les premiers sorciers ?
– Les premiers de ton espèce.
Snape ne put s'empêcher de ressentir le poids de ses mots. Si c'était vrai, elle avait donné à Lucius Malfoy un droit de naissance sacré ce qui justifiait plus que largement le sentiment d'autosatisfaction absolue de cet homme. Peu importait s'il trouvait ça intéressant. Lucius Malfoy avait dû danser la gigue en apprenant une telle nouvelle.
– Les Nephilim étaient au nombre de deux cents sur la terre, certains étaient magnifiques comme des étoiles tandis que d'autres étaient aussi brutes que les bêtes qui rampent sur le sol. Tous craignaient l'homme. Les Nephilim sont restés entre eux, ils se sont multipliés et ont grandi. Lentement, ils se sont répandus dans le monde de l'homme… et leur nombre augmente encore. Et tandis qu'ils se multipliaient, ils sont devenus plus puissants et la crainte des hommes s'est transformée en haine. Ce n'est qu'ensuite que les Nephilim gardèrent le secret des endroits magiques et que les mondes se séparèrent.
Ceux qui restèrent avec leur propre espèce furent connus pendant des millénaires comme des Sangs–Purs. Leur lignage ne s'est jamais mélangé avec le sang de l'homme. Ils gardèrent sacré leur droit de naissance et leurs ancêtres déchus respectèrent leur serment à jamais toujours ils répondraient à l'appel des plus purs d'entre eux et leur protection perdurerait éternellement tant que leur lignage resterait pur.
Snape cessa de lui caresser les cheveux, ses doigts y étaient encore plongés mais il n'arrivait plus à en discerner la texture. Pendant un moment, il suspendit son souffle et fixa l'obscurité grandissante de la pièce. La réponse était là, le regardait en face. Mais comment Lucius avait–il pu en être aussi certain ? Même ceux qui s'enorgueillissaient de la pureté de leur lignage comment pouvaient–il vraiment le savoir ? C'était vieux de centaines d'années et les textes d'Enoch étaient anciens, ils dataient du commencement des temps. Comment Lucius avait–il été absolument sûr que sa lignée était sans tache ?
Combien de fois y avait–il pensé ? Faire face aux anges et à leur capacité à déclencher de terribles choses. Est–ce que Lucius s'était simplement regardé dans un miroir et en avait eu la preuve ?
– Est–ce que Lucius a appelé son ancêtre ?
– Il devait l'appeler par son nom. Enoch a été retiré du paradis et on lui a concédé l'immortalité il est devenu le Metatron, le lien entre Dieu et les hommes le gardien de la sagesse terrestre. Lucius savait que le Metatron connaîtrait le nom de l'ange déchu qui avait débuté son lignage. Lucius a invoqué le Metatron, s'est lié au royaume des ténèbres du démon et il a vu le nom. Il a pris le sang, l'huile et les plumes des anges morts, il a oint les sept portes et les a ouvertes tour à tour avant d'invoquer Azazel qui avait engendré sa lignée.
C'était donc ainsi qu'on devait procéder. On devait invoquer son ancêtre antique pour se protéger.
– Mais pourquoi est–ce que le Baiser l'a piégé ?
Snape n'avait pas réalisé qu'il avait parlé à voix haute. Il n'arrivait pas à saisir pourquoi le Baiser avait fonctionné à tous les niveaux. Peut–être que l'ange ne l'avait pas protégé, après tout ?
– Azazel ne peut servir que de bouclier à l'âme de Lucius avec la sienne, c'est pourquoi il ne peut le préserver des choses que le Baiser apporte. Le corps est un cercueil mais ils l'avaient prévu. Lucius voulait dire au petit dragon comment le libérer afin d'être délivrer du cercueil.
Elle sourit à Snape, son visage était presque joyeux.
– Mais le dragon ne sait pas et le dragon ne peut pas aider.
Elle ne put se retenir de glousser.
– Et si le dragon ne peut pas l'aider, l'ange mourra.
– Je croyais que les anges étaient immortels.
– Pas dans le cercueil d'un corps mortel. Le corps mortel est faible le sorcier est plus fort que le Moldu mais il est toujours mortel et la vie de l'ange est limitée dans un cercueil.
Snape avait presque peur de formuler sa question.
– Et que se passe–t–il si l'ange meurt ?
Les yeux de Regina étincelèrent à la lumière du feu, elle leva son regard vers lui comme si elle était fascinée.
– Si l'ange meurt, celui qui apporte la lumière deviendra obscur.
Snape s'avança brusquement, en la délogeant une nouvelle fois.
– Lucius meurt ? Est–ce qu'il le sait ?
– Il sait tout. Lucius a dit que ce serait la meilleure alternative s'il ne pouvait être libéré.
Les mots de Non résonnèrent aux oreilles de Snape Lucius était malade et Non pensait que le conservateur en était la cause mais il l'était depuis un moment maintenant. Lucius était piégé depuis trop longtemps.
– Comment peut–on le libérer ?
Regina se rassit et sourit joyeusement.
– C'est facile, imbécile ! Tu n'as qu'à relâcher l'ange !
– Comment ?
Elle secoua la tête comme s'il était stupide.
– Tu te oints, tu ouvres les sept portes et ensuite, tu le libères. Tu n'es pas très intelligent, hein ?
Snape réprima le ricanement qui menaçait douloureusement de sortir.
– J'ai besoin de ces choses, dit–il sur un ton prudemment mesuré. Le sang, l'huile et les plumes dont tu as parlé. Mais comment Lucius les a eus ?
– Je les lui ai donnés ils étaient spéciaux.
– Alors tu peux m'en donner ?
Elle fit une moue espiègle, sachant qu'au final, elle avait la main gagnante.
– Pas avant que tu me donnes mon cadeau.
Il jeta un coup d'œil dans la pièce qui était maintenant si sombre qu'il ne pouvait en voir les coins. Il se demanda ce qu'il pouvait bien lui offrir puis réalisa ce qu'elle allait exiger de lui comme prix de ses explications.
– Je ne coucherai pas avec toi.
Elle haussa les épaules et sembla un peu déçue.
– Rappelle–toi, sorcier, tu m'as promis un cadeau.
– Je te donnerai quelque chose de joli.
– Je te veux, toi.
– C'est hors de question.
– Alors je n'aiderai plus personne.
Elle croisa les bras et se retourna vers le feu, résolue. Snape s'extirpa de sa chaise et s'éloigna d'elle. Elle lui avait donné bien plus qu'il ne s'y attendait, spécialement après les échecs de cette nuit. Elle avait résisté à Draco et pourtant, elle s'était assise là et lui en avait beaucoup dit sans qu'il la pousse à la confidence.
Et bien sûr, maintenant, elle exigeait un paiement. Les reliques des anges n'étaient qu'une petite part du travail et il devait encore ouvrir les portes et relâcher l'ange. Il n'y avait que peu de doute, l'incantation pour le faire était dans le journal. Il avait besoin d'obtenir les reliques des anges pour concocter la potion qui oindrait les portes et, comme il n'avait aucune aptitude pour voyager entre les deux mondes, il avait besoin d'obtenir ces choses d'elle. Sans elles, Lucius allait mourir.
Ce serait assez facile. Verrouiller la porte, changer les sortilèges de sécurité et la laisser faire ce qu'elle voulait. Ce n'était certainement pas la pire chose qu'il avait faite.
Mais qui était Lucius pour lui imposer ça ? Pourquoi est–ce que lui, Snape, était seul pour arranger ça ? Tellement de gens étaient morts durant la guerre beaucoup des mains de Lucius, alors Snape n'avait pas de réelle obligation de le sauver. Il pouvait le laisser comme il était et le laisser mourir. Lucius avait certainement envisagé une échappatoire valide.
– Je vais te ramener à la maison maintenant, marmonna Snape.
– Tu laisserais la lumière s'en aller ?
– J'essaierai autre chose.
– Il n'y a rien d'autre.
Elle se leva, vint se placer derrière lui et lui chatouilla la nuque.
– Je peux rendre ça très agréable, tu apprécieras.
– Je n'en doute pas une seconde.
Il essayait d'être gentil tandis qu'il se dégageait d'elle d'un mouvement d'épaule mais il voulait qu'elle parte. Regina souleva ses jupes et dansa sur le sol comme un funambule.
– Je suis prête à rentrer chez moi maintenant, annonça–t–elle de sa voix chantante.
Il acquiesça avec brusquerie et alla prendre sa cape de voyage.
A suivre…
NdT :
[1] L'auteure s'est inspirée d'un texte figurant dans l'Ancien Testament, Le Livre d'Enoch. Cependant, l'origine divine de ce dernier n'est pas reconnue par les canons de la Bible.
Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.
Bisous.
Falyla
