Titre : Objects of Desire
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Auteure : Azrael Geffen
Traductrice : falyla
Correcteurs : falyla/Florent
Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape
Rating : M/NC-17
Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)
Etat de la traduction : terminée
Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.
Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.
Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.
Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.
Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.
Note de la traductrice : Merci beaucoup pour vos commentaires, j'apprécie vraiment.
Bonne lecture.
Objects of Desire
Chapitre 17 (4ème partie)
Un monde insensé
Quatre semaines après la St–Valentin, Ron se trouvait toujours à Ste–Mangouste, il s'ennuyait et désespérait de se trouver ailleurs. Février s'était mué en mars sans qu'il ait pu mettre un pied hors des murs de l'hôpital. Le temps était passé dans un tel brouillard qu'il comptait les semaines grâce aux consciencieuses visites du samedi de Harry. Il passait ses journées entouré de ses proches anxieux qui souvent lui parlaient comme s'il allait se briser d'un moment à l'autre. Sa mère ne pouvait s'empêcher de le toucher, elle s'agitait de manière protectrice, vérifiait sa température et son confort et s'inquiétait sans cesse de son état d'esprit. Ron ne pouvait s'empêcher de se sentir honteux quand il voyait son père. Arthur Weasley avait toujours été capable d'entretenir de bons rapports avec ses fils, les traitant plus comme des amis que comme sa progéniture. Mais il ne savait plus comment se comporter avec le plus jeune. Il avait perdu deux de ses fils à la guerre et le cadet était presque parti lui aussi. Il venait à l'hôpital tous les jours mais il restait vers la fenêtre et regardait silencieusement au dehors, en commentant occasionnellement les activités des Moldus en dessous.
Fred et Bill allaient et venaient régulièrement. De temps en temps, Fleur amenait le bébé, elle parlait à Ron comme s'il avait une déficience mentale, ce qui lui donnait envie de hurler qu'il allait bien et qu'il comprenait l'anglais vachement mieux qu'elle. George venait tard, généralement juste avant que Ron ne soit plongé dans le sommeil, il s'asseyait en silence, quelque fois pour lire, quelque fois juste pour regarder. Il parlait rarement et il embrassait toujours Ron sur le front quand il partait.
Molly l'informa que Ginny était restée à l'école. Avec les ASPICs qui approchaient, elle était plongée dans ses bouquins. Ron trouvait difficile à croire que sa sœur était coincée à l'école à cause de ses études alors que Harry et Hermione trouvaient le temps de venir lui rendre visite. Il savait que Harry amenait toujours Draco à l'hôpital avec lui mais Draco visitait une amie dans une autre chambre.
Cette amie, Ron l'avait compris assez tôt, était Pansy Parkinson. Il savait qu'elle avait terrifié Molly deux semaines auparavant en entrant dans sa chambre à l'aube. Il avait interrogé son père à son propos et ce dernier ne lui avait fait des révélations qu'à contrecœur. Ron se sentait malade à l'idée de ce qui lui était arrivé rien que d'y repenser.
Arthur Weasley avait décidé de faire une campagne d'action qui semblait imprudente. Une fois Ministre, il envisageait de traduire en justice les alliés qui avaient commis ce qu'il considérait comme des crimes contre les familles de Mangemorts. Il travaillait encore à approcher Draco Malfoy afin qu'il accepte de témoigner. La jeune fille, au bout du couloir, était aussi sur sa liste, sauf que les guérisseurs l'avaient averti de ne rien mentionner qui concernait son supplice de peur qu'elle ne s'effondre une nouvelle fois. La plupart des Weasley pensaient que sa détermination à traîner les coupables au tribunal lui coûterait son élection mais Arthur pensait que peu importait le résultat, ça en valait la peine. Il croyait aussi en la décence du Conseil des Sorciers l'organisme qui l'élirait.
Ron se demanda si son père s'était immergé dans son projet parce qu'il se sentait outragé par ses actes ou parce que cela lui donnait une excuse pour quitter rapidement l'hôpital.
Ron savait depuis maintenant une semaine qu'il ne retournerait pas à Poudlard. Ça n'avait pas été sa décision mais il n'avait pas ressenti le besoin de se disputer avec ses parents. Il ne voulait pas y retourner et il ne pensait pas être capable de faire face à tous ces gens qui savaient pourquoi il était absent. Après avoir envisagé ses options, il réalisa que d'autres élèves de son année n'avaient pas fini leur scolarité. Fred et George aussi avaient laissé tomber avant les examens et tous semblaient vivre relativement bien.
Cependant rester à l'hôpital n'était pas quelque chose qu'il considérait comme une option et il avait passé la matinée à supplier sa mère de parler aux guérisseurs au sujet de sa sortie. Quand elle lui avait dit, les larmes aux yeux, qu'il serait mieux pour lui de rester un peu plus longtemps, il était devenu abattu et maussade, ce que les guérisseurs avaient pris comme preuve qu'il n'était pas encore assez bien. En un sens, il était d'accord eux. La dépression allait et venait et, apparemment, elle ne partait jamais complètement.
Le crépuscule était le moment qu'il détestait le plus. Tandis qu'il regardait la lumière décliner par la fenêtre, il ne pouvait s'empêcher de ressentir un sentiment d'effroi. Il était habituel à Ste–Mangouste de donner un sédatif aux patients les plus difficiles et il connaissait bien la procédure. Une infirmière entrerait bientôt avec une petite tasse de potion de sommeil. Elle se tiendrait à côté du lit pendant que Ron avalerait le breuvage puis elle l'aiderait à se recoucher et lui attacherait les mains afin qu'il ne puisse pas griffer ses blessures durant la nuit. Alors il se retrouverait étendu jusqu'à ce qu'il s'endorme, dérivant lentement tandis que les cauchemars commenceraient avant qu'il ne soit complètement assommé.
Pour une raison qu'il ignorait, le breuvage le faisait rêver avec une si grande clarté qu'il ne pouvait s'empêcher de trembler devant leur réalité. Il ne savait plus ce qui tenait du rêve pur ou des souvenirs. Ce n'était pas comme il s'y était attendu. Contrairement à Harry, les rêves concernant la guerre ne hantaient pas Ron. Une fois terminée, il avait pu continuer à dormir profondément, enveloppé dans le sentiment qu'il était en sécurité parce que Voldemort était enfin mort. Il pensait qu'il était chanceux, alors que Harry était rongé par la culpabilité d'avoir tué des gens, Ron n'avait jamais tué personne et il ne s'était jamais inquiété à propos de tout ça. Mais depuis qu'il était à l'hôpital, il avait pris conscience de tout ce qu'il avait vu.
Les rêves étaient horribles il pouvait enfin comprendre ce que Harry avait enduré pendant des années et Ron était stupéfait que Harry ne soit pas devenu dingue.
Une infirmière passa la porte, un grand sourire aux lèvres, sa potion de sommeil à la main. Il fronça les sourcils et regarda la fenêtre, le soleil s'était couché et la chambre s'était graduellement assombrie. Il n'avait pas réalisé qu'il était si tard.
– Comment on se sent aujourd'hui, Mr Weasley ?
Ron fixa anxieusement le pas de porte.
– Vous avez vu mon frère ?
– Votre frère ? George ? Non, pas ce soir. Peut–être qu'il a été retenu.
– Peut–être.
Ron n'était pas convaincu mais George n'était pas là. Peut–être qu'il allait cesser de venir. Ron sentit son estomac plonger, il s'était habitué au silence de son frère qui l'observait tandis qu'il sombrait dans le sommeil.
L'infirmière sourit un peu plus aimablement et lui tendit la potion.
– Je suis certaine qu'il va passer, maintenant buvez ça et détendez–vous.
– C'est pas le truc le plus relaxant que je connaisse, rétorqua froidement Ron.
– Je sais, compatit–elle, mais c'est mieux pour vous que la potion de sommeil sans rêves.
– Et si on me laissait dormir normalement pour changer ?
– Je ne peux pas faire ça, Ron, répondit–elle avec un sourire en laissant tomber les formalités. C'est au–delà de mes compétences.
Elle souleva la potion dans sa direction.
– Allons, Ron, buvez ça.
Il prit le gobelet à contrecœur et fixa le contenu rose et gluant. C'était trop sucré, horrible et écœurant. Il amena le gobelet à ses lèvres, l'avala d'un coup et grimaça quand le liquide glissa le long de sa gorge en une épaisse traînée qui lui rappelait désagréablement la bile ou, en repensant à sa 2ème année, peut–être même des limaces.
– Vous êtes un bon garçon, fit l'infirmière avec douceur en lui tapotant légèrement la joue.
Ron faillit sourire. Bon sang, elle n'était pas tellement plus âgée que lui et il était hautement risible qu'elle le traite de bon garçon.
Il s'étendit à nouveau dans le lit sans prendre la peine d'argumenter avec elle, alors que venait la seconde étape rituelle de son coucher. Il connaissait trop bien les conséquences si ça ne se faisait pas. Il se réveillerait avec de grands lambeaux de peau sous les ongles et les bras fraîchement ensanglantés, comme s'il essayait de finir le job pendant son sommeil. Elle lui attacha les mains avec douceur mais il se sentait toujours comme prêt à être torturé.
Elle lui tapota la joue encore une fois.
– Maintenant, vous vous détendez. Passez une bonne nuit.
– Oh, ouais, ça va être génial.
– Le sarcasme ne vous va pas, Ron.
– Super.
Elle sourit avec regret.
– Bonne nuit, Ron.
Il remua ses doigts, le poignet bloqué par ses liens, dans une parodie d'au revoir et la regarda s'en aller. Puis il fixa le plafond en se demandant distraitement où était George et pourquoi il n'était pas ici avec lui. Il n'était pas fatigué et il savait qu'il ne le serait pas avant un bon moment. Hermione avait fait apparaître quelques étoiles brillantes afin qu'elles scintillent au plafond tandis que l'obscurité grandissait. Au début, leur vue l'avait réconforté mais, après un mois à les regarder, elles l'ennuyaient.
Où était George ?
– Ronnie le Solitaire ?
Ron sursauta. Il n'avait pas besoin de se dévisser la nuque pour savoir qui c'était. Sa voix était si imprimée dans son cerveau qu'il s'en souviendrait encore même s'il ne la voyait pas pendant toute une vie. Rauque de cigarettes et de haine. Son corps entier se tendit comme s'il voulait que ses muscles combattent l'effet relaxant de sa potion de sommeil.
Angelina baissa les yeux sur lui et ricana :
– J'aurais dû deviner que tu saloperais ça aussi. Même pas capable de te tuer correctement.
– Qu'est–ce que tu veux ? demanda Ron, la voix légèrement balbutiante. Pourquoi tu es là ?
– Oh, je ne sais pas, le nargua Angelina en souriant. Inquiétude sororale ?
– T'es pas ma sœur.
– Oh, non, en effet.
Elle souriait largement maintenant et laissa son doigt courir sur les couvertures multicolores.
– Je suis bien plus que ça, non ?
Ron lutta pour se concentrer mais sentit ses muscles fondre sous le plaid.
– Pars… Je t'en prie, va–t–en.
– Oh, non, je ne crois pas.
Elle s'assit sur le bord du lit.
– Tu m'as manqué, Ron. Et moi, je t'ai manqué ?
– Non, marmonna–t–il d'une voix pâteuse. Je t'en prie, je t'en prie… laisse–moi tranquille.
Angelina rit doucement et secoua joyeusement la tête. Ron tenta de se souvenir de quelque chose qu'il aimait en elle, ou du moins, à quoi il pensait quand il couchait avec elle, quand il la désirait. Mais est–ce qu'il l'avait vraiment désirée un jour ? Il essaya de se rappeler quelque chose de l'école, quand il jouait au Quidditch, quand elle ne l'avait pas laissé démissionner en dépit du fait qu'il était très mauvais. Comme elle avait changé... Pourquoi était–elle devenue si amère ?
– Charlie aussi disait toujours ça, répliqua Angelina, la voix exempte, cette fois, d'amabilité factice. Laisse–moi tranquille.
Sa main fouilla dans sa poche et en sortit un paquet de cigarettes. Elle en mit une dans sa bouche et l'alluma.
– Putain, vous, les Weasley, vous êtes bien tous les mêmes.
– George va bientôt arriver !
Ron fronça les sourcils qu'est–ce qu'elle venait juste de dire ? Un truc à propos de Charlie ?
– George est à la cafétéria.
Elle afficha à nouveau son sourire amer.
– Il a rencontré un vieux copain au foyer, il devait juste aller prendre un café… Tu sais comment c'est.
– George ?
Les effets de la potion se faisaient ressentir et Ron perçut sa voix comme venant de très loin.
– Alors, on n'est que tous les deux, Ronnie, toi et moi. C'est excitant, hein ?
– Non, je dois dormir maintenant, les guérisseurs vont venir vérifier que… ils…
– Ils t'ont ligoté, Ron ils ne reviendront pas jusqu'à demain matin.
Elle tira durement sur sa cigarette, d'une manière qui lui donnerait probablement des rides hideuses autour de la bouche en vieillissant.
– Pourquoi tu as tellement envie de te débarrasser de moi ? Tu ne veux vraiment pas que cette visite se termine, Ronnie. Parce que, crois–moi, tu ne vas pas aimer ce qui se passera quand elle sera finie.
Elle examina la cicatrice à vif qui courait sur son bras et sourit.
– Quoique…
– Pourquoi tu es là ?
– Parce que t'as tout foutu en l'air, gros bêta !
Elle finit sa cigarette sans se presser.
– Je croyais que c'était plutôt clair.
– Foutu en l'air quoi ?
– Mais tout, bien sûr. Tu ne pouvais pas juste mourir comme tu aurais dû, non ? Il a fallu que tu salopes le boulot. Te taillader ? Mais t'es quoi ? Un putain de Moldu ? Et le poison, bon sang ? Snape en a une armoire pleine et tu décides de te charcuter ? Tu es pathétique, tu sais, un vrai petit con pathétique.
Elle secoua la tête et écrasa sa cigarette contre le côté du lit.
– Tu as la moindre idée du temps et des efforts il m'a fallu pour créer cette drogue ? Ça devait être parfait, il n'y avait absolument aucune place pour l'erreur. Tu devais planer et t'exciter puis l'effet secondaire devait être si subtil que tu ne devais même pas le remarquer au début. Juste le bon dosage de malveillance et de désespoir l'exacte limite qui ferait ressortir ce que tu avais déjà en toi.
– Mais pourquoi ?
Ce qu'elle disait n'avait aucun sens et puis quel était le rapport avec Charlie ? Son cerveau devenait nébuleux et il espérait qu'elle en viendrait bientôt au fait, avant qu'il ne puisse plus comprendre.
– Qu'est–ce que tu voulais dire à propos de Charlie ?
– Ahh, Charlie, ce bon vieux Charlie.
Elle caressa le bras pâle de Ron.
– À la fin, je suppose qu'on en était revenu à ce bon vieux Charlie.
– Mais tu le connaissais à peine et Charlie est mort…
– Oh, oui, il est mort, confirma–t–elle en agitant impatiemment la main. Et c'est vraiment dommage, hein ? La tête explosée, complètement arrachée de ses épaules. C'était une foutue pagaille.
La bouche de Ron s'ouvrit et se referma silencieusement. Elle n'était pas là–bas, comment pouvait–elle le savoir ?
– Et tu dois savoir… C'était vraiment très amusant, quand sa tête a explosé, son visage a littéralement frappé celui de Harry, expliqua–t–elle en gloussant méchamment. Quand on y repense, c'est sans doute le premier baiser que Harry a reçu d'un autre mec.
Elle éclata de rire et Ron sentit son estomac se soulever.
– Mais comment tu le sais ? Comment tu peux le savoir ?
– Parce que j'étais là, imbécile. Là–bas, au milieu de l'action, précisa–t–elle en soupirant à ce souvenir. Et c'était spectaculaire.
– Tu as vu Malfoy tuer Charlie ?
– Malfoy ?
Angelina rit encore, d'un rire si dur qu'il en était discordant pour ses oreilles.
– Lucius Malfoy n'a pas tué ton frère. Pourquoi donc Lucius Malfoy aurait tué ton misérable frère alors que Harry Potter se tenait à moins de deux pas de lui ? Qu'est–ce que tu crois ? Que Malfoy est un idiot ? Non, non, non. C'est moi qui ai tué Charlie.
Pour la première fois depuis qu'elle était entrée dans la chambre, Ron se sentit parfaitement alerte. Sans y penser, il s'assit, oubliant les liens qui le retenaient au lit.
– Toi ? Tu… Comment ? Non, c'est impossible. Malfoy, il a tué Charlie ! Tu n'aurais pas pu le tuer…
– Et pourquoi pas ?
Elle semblait un peu perturbée par ce manque de foi.
– Tu crois que je n'ai pas ce qu'il faut ?
Il savait qu'il avait l'air confus et paniqué alors il se contenta de la dévisager. Oh, oui, elle avait ce qu'il fallait, c'était tout à fait évident. La question était pourquoi et, pour ce que ça importait, comment s'était–elle arrangée pour que personne ne la voie ? Il sentit sa bouche s'ouvrir et entendit sa voix lui poser ces questions–là.
– Le comment était facile. J'étais là–bas, il était là–bas et Lucius Malfoy était juste au bon endroit, expliqua–t–elle en haussant les épaules. Alors, je l'ai tué. Je savais que ce n'était qu'un problème de timing et il y avait assez de morts autour de nous, il était juste question d'attendre le bon moment, que l'opportunité se présente d'elle–même. Bien sûr, Malfoy a été accusé du meurtre de Charlie mais qui se soucie vraiment de ça ? Hein ? Il a tué plein d'autres gens ce n'est pas comme s'il allait quelque part.
Ron n'en croyait pas ses oreilles la désinvolture qu'elle affichait en lui racontant le meurtre de son frère, comme si ce n'était rien. Il la fixa, horrifié.
– Mais pourquoi ?
– Parce qu'il m'a quittée, répondit–elle sans ambages.
Elle prit une autre cigarette, alluma celle–ci avec sa baguette qu'elle laissa ensuite tomber négligemment sur le lit, près des pieds de Ron avant de se tourner impatiemment vers lui.
– Il m'a utilisée puis il m'a laissé tomber. C'est pas une raison assez bonne ?
– Mais tu ne le connaissais pas assez bien, c'est impossible, il ne l'aurait pas fait, pas avec toi !
– Pourquoi pas avec moi ? Je ne suis pas assez séduisante ? Tu ne semblais pas avoir de problème avec moi, si ?
– Non… Il n'aurait pas trahi George… Il était meilleur que moi, il était…
– Putain, il était aussi pathétique que le reste d'entre vous ! Tu sais, quand j'avais seize ans, j'étais censée sortir avec Fred mais Fred semblait avoir un faible pour l'après match dans les douches, si tu vois ce que je veux dire alors, il a fini par craquer et il m'a finalement avoué, en larmes, qu'il trouvait le cul de Lee Thomas plus attirant que le mien. Ce fut ma première expérience avec les Weasley. George m'a fourni une réconfortante petite épaule pour m'épancher mais j'avais un peu peur qu'il partage le… problème de Fred. Puis le Tournoi des Trois Sorciers est arrivé et Harry est devenu champion, comme d'habitude…
Elle fit semblant de bailler.
– Charlie fournissait les dragons et c'est là que je l'ai rencontré. Personne ne savait mais Fred m'avait dit que Charlie les avait amenés pour le tournoi alors je suis sortie de la tour pour aller voir. Charlie m'a surprise, on a parlé, on s'est bien entendus et j'ai perdu ma virginité contre une caisse d'emballage.
Elle sourit largement à ce souvenir.
– Il était si excité alors.
Ron se refrogna.
– Le problème avec Charlie, c'est qu'il était tellement fi–fils à sa maman, poursuivit–elle en secouant la tête de dégoût. Et même s'il s'envoyait en l'air avec moi – il adorait s'envoyer en l'air avec moi – il ne pouvait le dire à personne. J'étais trop jeune, il savait qu'il ne faisait pas ce qu'il fallait et il savait que sa mère le tuerait pour ça. Mon dieu, tu aurais dû entendre cette litanie d'excuses. Il ne savait que geindre, se plaindre et geindre. On baisait et il passait les quatre heures suivantes à me répéter encore et encore combien c'était mal de faire ça. Putain ! Ça faisait mal de l'entendre.
Elle se rassit et fuma silencieusement pendant un moment puis finalement, exhala une longue bouffée de fumée.
– Après la dernière année d'école, je lui ai suggéré qu'on pouvait se marier. J'étais stupide, tu vois, je pensais que le mariage apaiserait sa culpabilité et qu'il dépasserait tout ça.
Elle parut s'affadir un peu.
– Merlin, je n'arrive pas à croire à quel point j'ai été stupide. Il a été horrifié on ne pouvait pas le dire à sa mère ! Cette putain de Molly Weasley n'allait pas accepter – même vaguement – que son fils baise quelqu'un de bien plus jeune que lui ! Oh, non, personne ne devait découvrir que Charlie se faisait une petite écolière immature. Alors tu sais ce qu'il a fait ?
Ron secoua bêtement la tête.
– Il s'est pointé avec cette… brillante idée. J'allais épouser George. George avait le béguin pour moi, George était facilement manipulable et je pouvais le convaincre que je l'aimais. Charlie était tellement certain que je pouvais faire une merveilleuse actrice que j'ai cédé. Comme j'étais conne. Je l'aimais tellement que je m'en suis accommodée. Une fois dans la famille, j'étais à son entière disposition. Il pouvait me voir quand il le voulait et George était, comme d'habitude, si complètement plongé dans ce qu'il faisait, qu'il était bien plus intéressé à prendre du bon temps qu'à se soucier que ce que sa femme manigançait. Ça a été simple et ça a marché… pour un temps.
– Arrête ! Arrête ça !
Ron ferma les yeux, il ne voulait plus rien entendre.
– Oh, bon sang, Ronnie ! Tu devrais être content, le petit saint Charlie à sa maman n'était pas si parfait après tout, rit–elle. Et j'ai entendu qu'elle avait dit que tu aurais dû mourir à sa place. Oh, Ronnie, quelle adorable chose à dire… Connasse.
Ron sentit la brûlure des larmes.
– Comment tu sais ce qu'elle a dit ? Elle ne pensait pas ce qu'elle a écrit dans cette lettre.
– Elle le pensait, assena Angelina sombrement. Le problème est qu'elle pense les pires choses en premier et prend son temps pour se rétracter. Charlie était du même genre. Il m'avait moi son sale petit secret, parfaitement conditionnée à jouer le rôle de la femme de son frère, puis il a compris que George était vraiment amoureux de moi et il ne l'a plus supporté. Le fait que je baisais avec deux hommes différents ne signifiait rien pour lui. Tout ce qui importait était sa propre culpabilité… et son propre plaisir. Toute ta putain de famille est pareille. Il a décidé qu'on devait en finir, pas moi. Il a décidé que je serais la femme de George et c'est ce que j'ai fait. Putain de familles heureuses. Ce que moi je voulais n'entrait pas dans l'équation et je n'étais jamais importante dans ses décisions. Charlie s'imaginait que j'aurais dû remercier le ciel à genoux et me sentir assez privilégiée de m'être mariée dans ton infecte famille. Peu importait qui j'épousais, j'aurais dû m'en satisfaire, coûte que coûte !
Elle se pencha en avant et lui attrapa durement le menton.
– Mais je n'étais pas satisfaite, Ronnie, et je ne me sentais assurément pas privilégiée, Ronnie. Je le haïssais. Je haïssais la manière dont il m'ignorait pendant les repas familiaux que j'étais forcée d'endurer. Je haïssais devoir regarder Molly, assise là, obligeant tout le monde à jouer au parfait rejeton, alors qu'elle ignorait gaiement le fait que sa famille toute entière partait en couille. Elle était assise là et elle savait combien j'étais triste mais elle continuait d'insister : « Quand vas–tu tomber enceinte, Angelina ? Pourquoi te disputes–tu autant avec George, Angelina ? Tu ne traites pas mon fils assez bien, Angelina. Tu ne sais pas comment traiter un homme, Angelina. Tu devrais être fière de faire partie de notre famille, Angelina tu ne sais donc pas qu'Arthur sera le prochain Ministre de la Magie ? » Et alors, bordel ! Ginny n'est qu'une traînée, Fred un pédé qui s'est envoyé la plupart des garçons prostitués de l'Allée des Embrumes et regarde–toi, baisant ta belle–sœur et puis décidant de te supprimer… Sauf que tu as merdé, hein ?
– J'ai fait de mon mieux, murmura Ron, amer.
– Mais ce n'était pas assez. J'ai travaillé si dur pour t'amener à ce stade. Je t'ai donné assez de Dormus pour me garantir que tu resterais dépressif pour un siècle et je me suis sacrément assurée que ça ne quitterait jamais ton organisme. Je me suis assurée que ta famille entière te méprise et toi, tu n'avais plus qu'une seule petite chose à faire un stupide petit truc et tout aurait été complet. George se serait consumé de chagrin et Molly s'en serait blâmée, peut–être devant une tombe fraîche. Et toutes les horreurs qu'elle craignait seraient devenues réelles. Trois de ses précieux fils morts dont un par sa propre faute. Oh, ça aurait été tellement bien.
Elle lui jeta un regard noir.
– Sauf que tu n'as pas joué ta part, hein ? Il a fallu que tu te charcutes comme un putain de Moldu. Tu sais, je n'arrive toujours pas à croire que tu aies fait ça !
Elle soupira et examina sa cigarette maintenant consumée jusqu'au mégot. Agacée, elle la jeta d'une pichenette dans la chambre.
– Ça prouve juste ma théorie, si tu veux que les choses soient faites correctement, fais–les toi–même.
Angelina arracha l'oreiller de sous la tête de Ron et Ron sentit son souffle se bloquer dans sa gorge. Ses yeux étaient lourds maintenant et, bien qu'il pensât de moins en moins clairement, il n'était pas idiot. Il savait que quelque chose clochait.
– Qu'est–ce que tu fais ?
– Oh, calme–toi, Ronnie, ça ne fera pas mal ! Ce sera comme s'endormir… pour toujours.
Elle lui sourit et quand il voulut parler, elle le fit taire.
– Je pensais que tu serais heureux, Ron. C'est ce que tu voulais et je vais juste te simplifier la tâche.
– S'il te plait…
– Ferme les yeux, Ronnie.
Elle pressa l'oreiller sur son visage et appuya fermement. Ron lutta, plus férocement que ne s'y attendait Angelina. Elle réprimanda silencieusement les guérisseurs de ne pas lui avoir donné de breuvage plus fort ou de ne pas avoir attaché ses pieds quand il se mit à ruer et à marteler durement le lit de ses pieds. Il hurlait mais ses cris étaient étouffés dans l'oreiller et personne ne pouvait les entendre.
– Je ne sais pas pourquoi tu fais une telle histoire, rit Angelina. Tu es déjà passé par–là. Tout ce que je fais, c'est t'aider à finir le boulot.
Mais Ron luttait toujours et elle fut forcée de pousser un peu plus fort. Elle perçut un indubitable cri de douleur et elle se demanda si elle lui avait cassé le nez. Il était hésitant, fatigué et sa résistance faiblissait. Elle aimait cette sensation de puissance et l'idée qu'il s'enfonce, là, sous ses mains, que sa vie se retirait par sa volonté, était euphorisante.
– Ce n'est plus très long, Ronnie, maintenant. Plus très long, plus…
Angelina ne finit jamais sa phrase et elle ne prit conscience d'une autre présence dans la chambre que trop tard. Ce ne fut qu'après avoir entendu une voix crier un sortilège qu'elle pensa à regarder derrière elle. Mais, à ce moment–là, elle avait été frappé par le sort et volait à travers la chambre. Elle percuta durement le mur opposé, l'oreiller toujours serré dans ses mains. Elle rampa sur le sol, à la recherche de son souffle, les côtes douloureuses. Elle sentit quelque chose d'humide couler sur le côté de son visage et sa tête semblait hurler de douleur. Elle tâtonna sa robe à la recherche de sa baguette et comprit qu'elle l'avait laissée au pied du lit de Ron et que ce dernier l'avait sans doute jetée sur le sol avec ses pieds.
Est–ce que c'était George ? Il n'était pas censé finir si vite une fois qu'il parlait, elle savait très bien qu'il prendrait son temps, mais peut–être qu'il était déjà là. Angelina lutta pour se mettre debout, une expression déterminée, prête à confronter son mari.
Mais ce n'était pas George. Elle regarda le lit où Ron haletait pour reprendre sa respiration, luttant pour rester conscient, puis vit la jeune fille. Elle semblait minuscule, si mince et fragile. Bien qu'elle lui parût familière, Angelina ne put replacer son visage. Angelina se renfrogna et s'avança vers elle. La fille leva la baguette d'Angelina, manifestement récupérée sur le sol et la pointa vers elle.
– Stupefix !
Angelina tomba comme une pierre. Ron se tourna et tenta de se concentrer sur la fille qui l'avait sauvé. Elle avait un air de défi mais maintenant qu'Angelina était par terre, elle avait l'air effrayé. Il la connaissait, il connaissait sa présence et il se sentit attiré par elle. Si fragile qu'il voulait se redresser et la soutenir. Il voulait la protéger et cette sensation le submergea.
– Pansy ?
Ron essaya de sourire mais il s'effaça, la potion de sommeil avait eu finalement raison de lui. Derrière elle, George passa la porte et Pansy lâcha la baguette d'Angelina tandis que Ron sombrait dans le sommeil.
oOo
Hermione n'avait pas remarqué que février devenait mars, elle comptait juste les semaines qui la séparaient des ASPICs et quelle quantité de bachotage était possible pendant cette période. Les mois et les dates n'avaient que peu de sens tandis qu'elle se plongeait dans ce qu'elle connaissait le mieux, les études. Elle voulait, par–dessus tout, s'assurer qu'elle aurait tous ses ASPICs.
Elle les aurait puis quitterait Poudlard et n'aurait plus jamais à poser les yeux sur Severus Snape.
Cependant, ce qu'elle ferait une fois qu'elle serait partie n'était pas totalement arrêté et certaines décisions non définitives concernant sa carrière devaient être prises. Elle était allée voir Minerva en tant que conseillère en orientation professionnelle récemment. Son idée première avait été d'enseigner mais maintenant, elle pensait devenir guérisseuse ou quelque chose de cet acabit. Dans cette autre voie, plus d'études seraient nécessaires. Minerva lui conseilla divers collèges sorciers dispersés en Angleterre, des petits endroits spécialisés, rien qui ressemblait aux énormes universités moldues. Elle devait décider ce qu'elle voulait avant de tout mettre en œuvre pour y aller.
Ste–Mangouste avait son propre établissement d'instruction et la faculté d'enseignement était située dans le Wiltshire. Elle avait décidé de faire sa demande aux deux. Mais tous deux exigeaient un niveau élevé et elle n'avait obtenu qu'un Remarquable dans toutes ses matières.
Et pour atteindre l'Effort Exceptionnel, elle devait étudier.
De temps en temps, Lavande essayait de la convaincre de sortir, de quitter l'enceinte de l'école et de s'amuser un peu. Le raisonnement de Lavande était simple. Si Hermione ne faisait pas bientôt une pause, elle allait péter un câble. En ces occasions, la réaction de Hermione allait du refus poli à l'éclat de colère carrément méchant. Pourquoi Lavande ne sortait–elle pas avec ses autres amis ? Est–ce que Padma Patil n'était pas plus intéressée par les fringues, les sorties et les mecs que Hermione ? Pourquoi Lavande ne restait–elle pas plus souvent avec des personnes comme elle ?
Quant à Lavande, elle ne prenait pas les insultes de Hermione au sérieux. Il y avait eu un temps où elle aurait boudé, geint, fait une scène mais maintenant, elle imaginait avoir grandi et être capable de laisser tout ça glisser sur elle. Elle savait que ce n'était qu'une manifestation de la tristesse de Hermione.
Hermione se surprit à se rendre en cours de Potions et à fonctionner comme si elle était en transe. Elle concoctait les potions, écoutait la voix de Snape plus que nécessaire mais pas une fois elle ne leva son visage vers lui. Elle observa les progrès de Harry du coin de l'œil et corrigeait machinalement ses erreurs avant qu'il ne les commette. Elle se concentrait sur la frustration de Harry pendant ces cours et non sur la sienne. Elle ne levait plus la main et pas une seule question ne passa ses lèvres. En dehors de recopier son travail inscrit sur le tableau noir, elle ne regardait pas du tout le devant de la classe.
Quant à Snape, il la laissait tranquille il évitait sa table et s'assurait simplement qu'elle pouvait faire face à son travail. Il ne voulait pas se plonger dans une situation qui pouvait se terminer en confrontation publique pour savoir qui, des deux, avait tort ou raison. Harry devait considérer ces cours comme les meilleures leçons de Potions jamais eues. Il n'avait jamais été si affranchi de Snape et c'était presque agréable de découvrir comment mélanger les potions entre elles, de toujours s'assurer qu'elles fonctionnaient et de s'émerveiller de ce qu'elles pouvaient faire. Sans Snape pour le harceler, Harry comprenait vraiment pourquoi les gens appréciaient cette matière.
Pour d'autres, cependant, Snape était devenu pire qu'un tyran. Harry était passé récemment près de lui dans un couloir, un petit de 1ère année tremblait littéralement en le voyant.
Hermione avait choisi d'ignorer la cruauté croissante de Snape sur la populace estudiantine. Si elle y réfléchissait rationnellement elle savait qu'elle s'en inquiéterait, et il ne méritait pas son inquiétude. Elle avait érigé une brillante façade, riant de plaisanteries qui ne l'intéressaient pas le moins du monde, puis se rendant diligemment aux repas, en souriant de joie factice, pour rien ni personne. Elle continua à se montrer douée en tout en cours, éblouissant ses professeurs de ses habituelles performances. Seuls ceux qui lui étaient très proches savaient que rien n'allait. Seuls ceux qui l'observaient de près savaient qu'elle allait directement dans sa chambre après les cours et qu'elle étudiait seule.
Mais, à la mi–mars, Hermione réalisa que la façade n'allait pas tenir, du moins pas sans faillir à duper certaines personnes.
Ce fut Lavande qui fit s'écrouler ladite façade et elle ne réalisa même pas ce qu'elle était en train de faire. Elle posa une simple question. Une innocente question qui changea tout ce que Hermione avait pensé mériter dans sa vie.
C'était samedi soir et Dumbledore avait décidé que Harry et Draco pouvaient retourner à Pré–au–Lard – la folie furieuse autour de leur relation s'était un peu calmée – ça et le fait que ces deux–là s'agitaient comme des fous, enfermés dans l'école alors que tous ceux qu'ils connaissaient pouvaient aller et venir comme bon leur semblait. D'une manière ou d'une autre, leur voyage hebdomadaire à l'hôpital ne constituait pas un divertissement suffisant. Harry avait supplié Hermione de les accompagner, histoire qu'elle sorte un peu de sa chambre, et l'aider à ramener Draco au château s'il était trop saoul pour marcher.
Hermione avait bien sûr refusé, et, en dehors de sa propre humeur changeante, elle ne se fiait plus à Draco. Elle n'avait rien dit à Harry à propos de la femme folle comme elle l'avait promis mais sa confiance avait été brisée et elle ne voulait pas froisser davantage son sens de l'éthique déjà malmené.
Lavande irait avec eux, sans Hermione pour leur tenir compagnie. Elle avait continué à papoter toute la journée, espérant peut–être que Hermione changerait d'avis.
Et ce fut là que ça arriva. Lavande cherchait quelque chose dans sa table de chevet avec consternation avant de se tourner vers Hermione, un peu frustrée.
– Tu as un tampon pour moi, mon chou ?
Hermione leva les yeux de sa rédaction sur les runes magiques et fronça les sourcils.
– Pardon ? Quoi ?
– Un tampon ? répéta Lavande en souriant avec espoir. Tu en utilises ? Une serviette hygiénique conviendrait si c'est tout ce que tu as, je suis à court. Oh, Seigneur, ne me dis pas que tu n'en as plus non plus parce que je devrai aller en demander à Susan et elle m'en veut parce que je l'ai laissée mais bien sûr, elle est comme…
Hermione n'écoutait plus. Son esprit, qui, quelques secondes plus tôt, était plongé dans les secrets du Carré Runique, était maintenant occupé à faire du calcul élémentaire.
– Alors, ces tampons ? 'Mione ?
Hermione fixa Lavande, saisie d'étonnement.
– Hein ?
– Les tampons ?
– Oh, ouais, j'en ai.
Elle abandonna son livre, elle se sentit prise de vertiges tandis qu'elle ouvrait le tiroir de sa coiffeuse, révélant plusieurs boîtes intactes de tampons et de serviettes hygiéniques.
– Putain, Hermione, tu as pillé un stock ?
– Non ! Je… hum…
Elle se mit à mâchouiller sa lèvre et son expression devint inquiète.
– C'est juste que… j'aime être prévoyante.
Lavande se moqua et manqua la mine horrifiée qui s'étalait sur le visage de Hermione. Lavande continua dans une bienheureuse inconscience de la panique naissante.
– Il y a être prévoyante, 'Mione, et se préparer à subir un siège.
Elle rit de sa petite plaisanterie puis remarqua que Hermione avait pâli en fixant le vide.
– Ça va, ma chérie ? Tu as l'air un peu malade.
– Je… ouais… Je vais bien.
Hermione sourit d'un air faux et sa voix couina, inhabituellement haut perchée. Lavande haussa ses sourcils et recula d'un pas en calant ses mains sur ses hanches.
– Tu sais, pour quelqu'un qui a prétendu pendant des semaines se porter comme un charme, à la fin, j'aurai cru que tu mentirais mieux que ça.
Hermione tenta de rire, en forçant sa voix à rester légère mais elle échoua lamentablement face à une pure panique.
– Je ne mens pas… Je vais… Je vais bien, vraiment.
– 'Mione, je suis capable de voir que ça ne va pas. Il y a quelque chose d'autre que le professeur Snape ?
– Non, bien sûr que non.
Elle mordit sa lèvre, si fort qu'elle sentit une saveur cuivrée envahir sa bouche puis réalisa que c'était son propre sang.
– Tout va bien, fit–elle d'un air absent en léchant la petite coupure de sa lèvre. Ce n'est rien…
Lavande secoua la tête, elle ne croyait pas Hermione une seconde. Quelque chose n'allait pas parce que Hermione avait l'air bien plus que triste. Elle était pâle et l'expression de son visage était un mélange de choc et d'inquiétude. Lavande tourna la boîte de tampons entre ses mains, essayant de deviner ce qu'elle pourrait dire ou demander pour que Hermione accepte de s'ouvrir à elle. Elle scanna la pièce et son regard se posa finalement sur le tiroir plein de protections périodiques et une idée lui traversa l'esprit.
Une idée stupide. C'était forcément une idée stupide parce qu'il y avait aucune chance qu'elle soit exacte.
– Hum, 'Mione… ça fait combien de temps que tu n'as pas eu tes règles ?
Hermione fronça les sourcils une nouvelle fois et mordilla sa lèvre un peu plus fort, amenant du sang frais à sa bouche.
– Pas… pas longtemps.
– Combien de temps ?
– Pas longtemps ?
– Pas longtemps comment ?
– Hum…
Hermione pâlit un peu plus et son teint devint positivement crayeux. Pendant un instant, Lavande craignit qu'elle ne s'évanouisse.
– Bien, peut–être depuis un petit moment.
– Combien de temps ?
Hermione prit une profonde inspiration.
– Depuis le 24 janvier, dit–elle avec précision.
Lavande en resta bouche bée.
– Tu es sûre ? Tu es généralement régulière ? Tu n'as rien remarqué de particulier ?
– Heu… non.
Hermione leva les yeux vers Lavande, impuissante.
– Je n'ai pas remarqué grand–chose ces derniers temps. J'avais beaucoup d'autres choses en tête.
Elle retroussa un peu ses lèvres et poursuivit :
– Mais ce n'est peut–être rien… Je veux dire, j'ai vraiment été stressée et je n'ai pas très bien mangé. Il pourrait y avoir tout un tas de raisons qui expliquerait pourquoi j'ai manqué un cycle.
– Ouais, approuva Lavande, agressive. Tout comme le fait que tu pourrais être enceinte.
Hermione se remit à mâchouiller sa lèvre en silence.
– Tu as utilisé un moyen contraceptif ?
La voix de Lavande avait atteint un niveau effrayant et elle s'efforça de résister à l'envie de secouer Hermione comme une poupée de chiffon. Comme Hermione ne répondait pas, Lavande se détourna puis ramena brusquement l'attention de la fille assise sur le lit entourée de ses livres.
– Oh, mon dieu ! Vous n'avez pas utilisé de protection, c'est ça ?
– Oui… fit Hermione en s'égayant soudainement, les yeux brillants d'espoir. Oui, on a utilisé une protection.
– Quelle potion tu as pris ?
– Hum… aucune. Des préservatifs.
– Des préservatifs !
Lavande frappa sa propre cuisse de colère.
– Merlin, c'est un Maître de Potions, merde ! Pourquoi des préservatifs ?
Hermione rougit.
– Je… Je n'aime pas l'idée de prendre des potions comme contraceptifs.
– PUTAIN ! MAIS T'ES DINGUE OU QUOI ?
– Non !
Hermione lui jeta un regard furieux et indigné.
– Et d'ailleurs, qu'est–ce qui ne va pas avec les préservatifs ?
– Qu'est–ce qui ne va pas avec les préservatifs ? Hermione, ils sont difficiles à manipuler, ils se déchirent et ils ne sont efficaces qu'à 96% !
Hermione parut sidérée tandis que Lavande en faisait la liste en comptant sur ses doigts.
– 96% ? Mais comment tu sais ça ?
– C'est écrit sur la boîte !
Hermione se saisit d'une vieille boîte de préservatifs toute écrasée au fond de son tiroir, déterminée à prouver que Lavande avait tort. Elle scruta la boîte, scannant le texte imprimé en petit jusqu'à ce que l'avertissement basique lui saute aux yeux.
– Oh.
– Exactement, oh.
Hermione cherchait désespérément un peu d'espoir.
– Eh bien… 96%, ce n'est pas si mal et ça marche dans tous les cas pour les Moldus.
– Non, répliqua immédiatement Lavande. Pour les Moldus, ça marche dans 96% des cas.
– Mais ça signifie toujours que mes chances d'être enceinte sont minces, conclut logiquement Hermione. Comme je l'ai dit, il y a plein de raisons qui expliqueraient que j'ai manqué un cycle.
– Hermione, tu en as presque manqué deux ! On est presque à la fin du mois de mars maintenant !
– Je suis certaine qu'elles vont arriver ce mois–ci, il n'y a aucune inquiétude à avoir. C'est le stress, tout ça, juste le stress.
Lavande n'en croyait pas ses oreilles. Elle n'arrivait pas à croire que Hermione puisse se montrer si bornée et qu'elle le soit intentionnellement.
– Hermione, regarde les choses en face. Tu es sexuellement active…
– J'étais, corrigea Hermione.
– Très bien, tu étais sexuellement active mais ça fait presque deux mois que tu n'as pas eu tes règles.
Brusquement ses yeux s'écarquillèrent comme si elle se rappelait quelque chose elle faillit bondir d'excitation.
– Et tu as dit que tes seins te faisaient mal, l'autre jour.
– Oh, c'est un fait déterminant, grommela Hermione, sarcastique.
– Eh bien, je crois simplement que ça ajoute à la probabilité !
Hermione se détourna, elle semblait sans défense, sa lèvre saignait impitoyablement dans sa bouche.
– Ce n'est pas possible, marmonna–t–elle, plus pour elle–même que pour Lavande. Et ce n'est pas comme si je m'étais envoyée en l'air à moitié autant que Harry et Draco.
– Flash spécial, Hermione ! À moins que Harry ne se fasse pousser un utérus, ils n'ont pas vraiment d'inquiétude à avoir de ce côté–là.
Hermione blêmit puis, bizarrement, elle se demanda ce qui rendait Lavande si certaine que Harry était en dessous. Lavande tenta de se calmer un peu, elle prit une profonde inspiration et se laissa tomber dans le lit, à côté de Hermione.
– Écoute, mon chou, il faut que tu fasses un test ou quelque chose comme ça. Tu sais, pour exclure ce qui semble si flagrant puis se détendre… ce genre de truc.
Elle essaya un sourire rassurant.
– Je veux dire que si tes règles se sont brusquement arrêtées, ce ne peut être une bonne chose de toute façon, et tu dois découvrir ce que c'est… non ?
Hermione regarda ses livres avec regret ; elle ne voulait qu'une chose, se perdre dans leurs pages. Le monde que ses livres décrivaient était bien plus sûr que celui dans lequel elle vivait à présent. Elle avait envie d'ennuyeuse rhétorique, de la simplicité de leurs pages. La vie semblait si viscérale, il y avait tant de choses qu'on ne pouvait ignorer. Les ASPICs étaient dans trois mois et si elle pouvait tenir bon juste un peu plus longtemps, tout serait terminé. Mais Lavande avait raison et Hermione détestait quand Lavande avait raison et qu'elle se cachait la tête dans le sable.
– Écoute, expliquait Lavande en s'extirpant du lit pour se mettre à marcher de long en large. Je dirai à Harry et Draco que je ne peux pas aller Aux Trois Balais avec eux, ce qui sera probablement pour le mieux de toute façon – ça m'excite quand ils commencent à se bécoter… Bref, je leur dirai que je ne peux pas y aller puis j'irai chez l'apothicaire acheter un test pour toi. Je serai de retour, disons…
Elle jeta un coup d'œil à sa montre.
– … dans une heure ou peut–être juste un peu plus et on pourra faire le test. D'accord ?
Hermione la regarda, bouche bée, elle pouvait à peine parler. Elle avait toujours été douée pour ce genre de choses. C'était elle d'habitude qui comprenait, elle comprenait les émotions, elle comprenait comment les relations fonctionnaient et elle croyait qu'elle se comprenait, elle et son corps. Elle était académiquement experte et elle était douée pour prendre les choses en main. Elle n'avait nul besoin que Lavande s'en mêle. Elle aurait dû être capable de s'en charger elle–même. Sauf qu'elle ne pouvait pas et qu'elle avait besoin que Lavande l'aide parce qu'elle était sur le point de s'écrouler.
– Alors, j'y vais ? demanda Lavande en prenant déjà son porte–monnaie.
Hermione déglutit puis sourit à son amie, reconnaissante.
– Ce serait super, fit–elle à mi–voix.
Lavande lui rendit son sourire, l'embrassa rapidement sur la joue et se précipita hors de la chambre, oubliant la boîte de tampons qu'elle tenait toujours dans sa main.
oOo
– Alors, tu l'as suivie ?
Draco était bien à l'abri dans un coin sombre des Trois Balais, il faisait durer sa boisson et attendait que Harry revienne, ce dernier avait filé Lavande Brown dans tout Pré–au–Lard. La bière de Harry était dangereusement proche de s'éventer et, comme il était prévenant, Draco l'avait bue pour lui. Il était bien content que Harry soit revenu parce que maintenant, il pourrait aller au bar et commander une nouvelle tournée. Ainsi Draco pourrait cesser de boire à petites gorgées d'une manière qui lui rappelait inconfortablement Neville Londubat sirotant une de ces liqueurs douces et colorées. Il descendit son gin d'une seule lampée et sortit sa bourse de ses robes.
De tous les pubs, Draco préférait Le Chaudron Baveur. Là–bas, il pouvait s'asseoir sur un tabouret et Tom, le tenancier, lui versait à boire et s'arrangeait pour que quelqu'un l'amène dans une chambre s'il était trop bourré pour marcher. Personne ne le remarquait là–bas, il n'était qu'un sorcier saoul parmi d'autres, dans un pub dont la clientèle était aussi nombreuse que variée. Les Trois Balais, d'un autre côté, était entièrement différent. Madame Rosmerta avait plissé les yeux dès qu'il avait passé la porte et il se doutait bien qu'elle ne relâcherait pas sa surveillance tant qu'il serait assis là et Jed, derrière son bar, le dévisageait avec une telle méfiance que Draco était sûr qu'ils s'attendaient à ce qu'il vole les verres.
Il n'y avait rien de tel que de corrompre le petit héros préféré de tout le monde pour se faire des amis et influencer les gens, il avait envie de se lever, de faire une courbette et de leur dire : « Oui, je me farcis le cul de Harry Potter et vous devriez entendre les bruits qu'il fait » mais il se dit que ce serait peut–être pousser sa chance un peu trop loin.
Harry avait suggéré d'aller à La Tête de Sanglier mais Draco avait pensé que ce serait pire encore Aux Trois Balais, les gens le dévisageaient, mais à La Tête de Sanglier, ils étaient capables de sortir leur baguette et tout l'enfer pouvait s'en échapper.
Maintenant que Harry était de retour, Draco se détendit un peu. La raison pour laquelle Harry avait décidé de suivre Lavande lui échappait totalement.
– Elle est allée chez l'Apothicaire, répondit Harry à la question de Draco.
Il se glissa dans l'isoloir et empoigna son verre étonnamment vide.
– Je crois qu'elle nous cache quelque chose, conclut–il.
Draco haussa les épaules et poussa quelques Galions vers Harry. Que Lavande Brown décide de se rendre chez l'Apothicaire plutôt que boire avec eux n'avait pas grand intérêt pour lui.
– Peut–être qu'elle est malade, offrit–il platement.
– Si elle est malade, pourquoi elle ne va pas voir Madame Pomfresh ?
Nouveau haussement d'épaules. Il poussa l'argent un peu plus près de Harry.
– Tu vas chercher une tournée, alors ?
– Putain, quel paresseux.
Draco sourit largement et se rassit dans l'isoloir.
– Ouais, peut–être un peu, admit–il d'une voix traînante avant de sortir le bout de sa langue en direction de Harry. Mais je paie toujours.
– On s'en fout de qui paie, rit Harry.
Il fut tenté de tendre la main pour toucher le bout de cette langue rose puis il fronça les sourcils et dit pensivement :
– Je continue à penser qu'elle nous cache quelque chose.
Draco leva les yeux au ciel, il allait être entraîné dans cette conversation, qu'il le veuille ou non.
– Lavande a probablement une des ces embarrassantes infections qu'attrapent les filles.
Il faillit rire en voyant la façon dont le visage de Harry se tordait.
– Elle veut probablement acheter un médicament discrètement et toi, tu la suis.
– Mais ça ne sonnait pas juste quand elle a dit qu'elle ne restait pas boire un verre.
– Alors tu crois que c'est plus important de boire un verre avec nous que de soigner une douloureuse chatte qui démange ?
Harry tressaillit visiblement.
– Oh, non, c'est dégueulasse !
– Donc tu l'as suivie alors qu'elle sortait pour acheter un remède pour sa chatte.
– T'es crade, enfoiré !
Draco rit et le poussa gentiment.
– Va nous chercher à boire.
Harry lui sourit mais il était extrêmement content de terminer cette conversation. Il ramassa les Galions et se dirigea vers le bar.
Draco l'observa s'en aller à regret. Quand il était avec Harry, il se sentait incroyablement heureux. Il sentait à l'aise, accepté, il se sentait suprêmement aimé. Et pourtant, ces derniers temps, il s'était contenu. Lorsque Harry l'interrogeait sur ce qui était arrivé à son père, il évitait la question, il maintenait à dessein leurs conversations sur des sujets superficiels. Quidditch, sexe, école, sexe, examens, sexe, ça semblait satisfaire Harry, mais, de temps en temps, il surprenait une lueur dans les yeux de Harry, comme s'il savait que Draco lui cachait quelque chose mais qu'il ne voulait rien dire.
Pour rendre les choses pires, Snape était devenu avec Draco aussi évasif que Draco l'était avec Harry. Il avait emmené Regina hors du château et lui avait dit qu'il en avait très peu soutiré. Après avoir esquivé les questions de Harry pendant tout le mois précédent, il savait fort bien reconnaître quand quelqu'un faisait la même chose avec lui. Snape connaissait bien le sujet et pour satisfaire Draco, il lui avait appris à masquer ses pensées pour Harry afin de ne pas trahir Regina.
Le problème était que la culpabilité rendait ça difficile. Plus il cachait Regina, plus il voulait tout révéler. Et bien sûr, il y avait la possibilité que Hermione dise quelque chose à Harry et tous leurs efforts auraient été vains.
Draco commença à se ronger l'ongle du pouce.
– Qu'est–ce qui ne va pas ? demanda Harry, en posant les verres sur la table avant de le pousser avec sa hanche.
Draco retira précipitamment son pouce de sa bouche et sourit largement.
– Rien, ongle cassé, c'est tout.
Il sentit son visage se crisper et détendit son sourire.
– Peut–être qu'on n'aurait pas dû venir, dit–il en regardant autour de lui. Les gens n'arrêtent pas de me dévisager.
Harry examina les alentours et dut concéder qu'il y avait bien plus que quelques regards fixes.
– Fred dit qu'il y a un club quelque part par ici, on pourrait le trouver, si tu veux.
Draco afficha un air dubitatif.
– Un club dont Fred Weasley t'aurait parlé ?
Il haussa un sourcil cynique quand Harry acquiesça.
– Je crois que je peux me passer d'un bar gay recommandé par Fred Weasley.
– T'es jamais content, tu sais ça ?
– Non, c'est faux, rétorqua Draco, indigné. Je suis heureux !
Ce fut au tour de Harry de lui tirer la langue.
– Contente–toi de boire ton verre, saoule–toi gentiment et tu ne remarqueras même pas que les gens te dévisagent.
Draco ricana et sembla en douter.
– Soit ça, soit tu commences à lancer des sortilèges sur tous ceux qui te fixent – je prends le risque.
Draco lui adressa un sourire sincère cette fois et considéra qu'il possédait une autorisation Harry Potter de jeter des mauvais sorts pour la soirée. Il descendit le contenu de son verre et le claqua sur la table. Harry roula des yeux et se glissa hors de l'isoloir, le mieux à faire était d'aller acheter une bouteille.
En chemin, il remarqua un groupe de 8ème année attroupé devant la porte, vu l'état de leurs capes, il devina qu'il s'était remis à pleuvoir. Seamus Finnigan leva la main et l'agita en direction de Harry.
– Harry ! l'interpella Seamus. Lav' nous a dit que vous étiez là, vous êtes assis où ?
Harry désigna le box du fond et sourit tandis qu'ils s'y dirigeaient. Il se dit que Draco réagirait mieux s'ils se pointaient sans prévenir – ils occulteraient sa vue sur la foule. Harry ne pouvait qu'imaginer quel genre de sortilège Draco pouvait trouver quand il était ivre.
oOo
Lavande fit sa petite incursion à Pré–au–Lard et revint en un temps record, parfaitement consciente du fait que Hermione était sans nul doute restée dans leur chambre à réduire sa lèvre en bouillie sanglante.
C'était justement ce que faisait Hermione. Elle avait été incapable de reprendre ses révisions, comme si son esprit ne pouvait plus se concentrer sur autre chose que ce test imminent. Elle faisait les cent pas dans la chambre, s'arrêtant de temps à autre pour déplacer quelque chose. Un bibelot, un vêtement, un oreiller provenant du lit de Lavande, tout ce qui entrait dans son champ de vision. Elle s'occupa de Pattenrond et le câlina. Puis, au plus grand déplaisir du chat aux pattes arquées, elle prit sa brosse et entreprit de démêler les nœuds de sa fourrure rousse en lambeaux.
Franchement, elle ne croyait pas être enceinte. Une déraisonnable partie de son cerveau lui disait qu'elle ne s'était pas assez envoyée en l'air pour être enceinte. Cette théorie était ridicule parce qu'elle était tout simplement erronée et elle le savait. Mais pourtant, les probabilités étaient minces et il y a des tas d'autres raisons qui pouvaient expliquer qu'elle avait manqué un cycle. Sa logique lui disait que ce n'était que trop vrai. Hermione savait qu'elle disait la vérité quand elle blâmait le stress comme possible cause. Elle était stressée, ça, personne ne pouvait le nier.
Beaucoup de choses étaient survenues pendant cette courte période. Elle avait perdu sa virginité, engagé son cœur qui avait été marqué par un homme qui avait l'âge d'être son père et qu'elle devait voir tous les jours. Un de ses meilleurs amis était toujours à l'hôpital après avoir tenté de se suicider, son autre meilleur ami était gay, et, bien que ce ne fût pas un problème pour elle, elle s'inquiétait que Draco soit sur le point de lui briser le cœur. Les ASPICs étaient bel et bien en route et Hermione n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle allait faire une fois sortie de l'école. Oui, elle avait sa dose de stress et c'était probablement la raison pour laquelle elle avait manqué un cycle. Ou deux…
Elle venait juste de s'en convaincre et avait enfin relâché Pattenrond qui courut comme un fou sur le dessus de lit de Lavande lorsque cette dernière revint, le visage rouge de son aller et retour au village.
– Je ne savais pas qu'il était si difficile d'empêcher Harry de poser de questions, haleta Lavande. Bordel de merde ! Quand il s'est mis quelque chose en tête, il ne peut plus lâcher prise !
Hermione pouvait très bien l'imaginer, elle connaissait trop bien Harry pour en douter.
– Tu ne lui as pas dit, hein ?
– Non, bien sûr que non, mais je t'avertis, il sent que quelque chose se trame.
Elle ouvrit son sac à main et en sortit une petite bouteille et une fiole de verre transparent.
– Il m'a vu entrer chez l'Apothicaire et je te jure qu'il m'a suivie !
– Bien, c'est du Harry tout craché, sourit Hermione. Il est très perspicace et il fera un très bon Auror.
Lavande secoua la tête.
– Agaçant, voilà comment j'appelle ça, moi. J'ai dû prétendre avoir des problèmes vénériens pour m'en débarrasser.
Elle souleva la fiole et la tendit à Hermione.
– Voilà. Pisse là–dedans.
Hermione fixa la fiole un long moment, se sentant si sèche qu'elle était bien certaine qu'aucune humidité – de quelque nature que ce soit – ne sortirait plus jamais de son corps. Elle déglutit avec difficulté et tenta de s'éclaircir la gorge.
– Lav', je crois que je ne vais pas y arriver.
– Oh, allez.
Lavande secoua la fiole d'un geste impatient.
– Je suis sûre que tu peux produire quelques gouttes, tout le monde y arrive. Maintenant prends cette foutue fiole et pisse !
Hermione prit la fiole à contrecœur et la glissa dans sa poche. Elle adressa un sourire gêné à Lavande et quitta la chambre. Elle savait très bien que Lavande la regardait sortir et que si elle ne revenait pas rapidement, elle viendrait la chercher et la tancerait durant des heures.
Uriner dans la petite bouteille de verre fut étonnamment facile quoique peu hygiénique, puis elle retourna promptement dans la chambre, où Lavande semblait la chronométrer.
– J'ai bien cru que tu en profiterais pour filer en douce, lança joyeusement Lavande.
– J'y ai pensé.
Lavande leva les yeux au plafond et décida de ne pas la traiter de poule mouillée.
– Tu as eu quelque chose ?
– Ouais, un peu.
Hermione tira la fiole de sa poche et plissa le nez devant son contenu. Lavande tendit la main et Hermione la lui rendit, oubliant d'être embarrassée par le fait que sa camarade tenait une petite bouteille de son urine – une situation qu'elle n'avait jamais envisagée.
Lavande plaça prudemment la fiole sur la coiffeuse puis alluma un petit feu dans une boîte décorative. Hermione l'observa avec intérêt, elle semblait savoir ce qu'elle faisait et elle se demanda si elle l'avait déjà fait avant. Mais Lavande n'avait pas d'enfant, alors probablement pas. Peut–être qu'elle savait juste très bien suivre les instructions.
– Maintenant, je dois chauffer la potion jusqu'à ce qu'elle devienne verte.
Lavande se mit à faire tournoyer la potion au–dessus de la flamme.
– Puis on ajoute trois gouttes de ton urine et si ça devient rose, tu es enceinte, sinon ça restera vert. Facile, hein ?
– Ouais, se moqua Hermione sans humour. Sacrément facile.
Lavande souleva la bouteille pour inspecter la couleur, elle était verte. Elle la replaça sur la coiffeuse et utilisa une pipette pour y ajouter trois gouttes d'urine. Hermione eut un mouvement de recul tandis que les gouttes tourbillonnaient dans la potion, elles semblèrent suinter et se séparer, un peu comme une version miniature de ces lampes à lave qu'elle avait vues dans la vitrine de douzaines de magasins moldus l'été précédent.
– Peut–être qu'on devrait la remuer, suggéra Hermione.
Lavande observait la potion avec anxiété.
– Non, l'apothicaire a dit de ne pas la remuer.
Toutes deux fixaient la minuscule bouteille, perplexes.
– Elle ne change pas de couleur.
Hermione avait l'air un peu triomphante… et assurément soulagée.
– Je crois que ça doit se mélanger correctement au début.
Hermione roula des yeux, elle se sentait un peu plus confiante et se remit à examiner la potion. Cela sembla prendre des heures et elles commencèrent à se sentir un peu idiotes de regarder de l'urine tourbillonner dans une potion verte mais, lentement, les gouttes commencèrent à se dissoudre et le liquide se mit à changer.
Il se mit à briller au début, comme si une lumière provenait de l'intérieur même de la potion puis la lumière se modifia avant de finalement luire fortement et devenir opaque – et très rose.
Les filles se reculèrent et fixèrent la bouteille dans un silence choqué. Lavande se tourna vers Hermione, tenta désespérément de trouver quelque chose de constructif à dire mais sembla incapable de sortir quoi que ce soit. Hermione donnait l'impression que seul le choc la maintenait encore debout, Lavande pensa qu'elle devrait peut–être se placer derrière elle, au cas où elle s'évanouirait.
– Ça… ça va ? réussit–elle à demander finalement.
– C'est impossible, murmura Hermione.
Avec embarras, Lavande regarda la potion qui avait rosi de manière alarmante ; une fois de plus, elle se trouva à court de mots.
– Ce n'est pas possible.
Lavande décida d'ignorer le choc de Hermione.
– Qu'est–ce que tu vas faire ? s'enquit–elle en s'assurant d'avoir l'air calme, du moins plus calme qu'elle ne se sentait.
Hermione renifla, cligna des yeux et essaya de copier le ton calme de Lavande.
– On va s'en débarrasser, lâcha–t–elle, grinçante.
A suivre…
Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.
Bisous.
Falyla
