Titre : Objects of Desire
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Auteure : Azrael Geffen
Traductrice : falyla
Correcteurs : falyla/Florent
Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape
Rating : M/NC-17
Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)
Etat de la traduction : terminée
Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.
Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.
Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.
Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.
Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.
Note de la traductrice : Merci beaucoup pour vos commentaires, j'apprécie vraiment.
Bonne lecture.
Objects of Desire
Chapitre 18 (1ère partie)
Je ne veux pas t'oublier
Draco avait la joue posée sur le comptoir du bar, il observait son verre presque vide. Contrairement au comptoir du Chaudron Baveur, celui de la Tête de Sanglier était un peu collant et granuleux et la joue de Draco était maintenant couverte de cette substance – quelle qu'elle soit. Il s'en fichait pas mal au final ; une joue sale et collante était préférable à des essais infructueux de tenir sa tête droite.
Ça faisait six jours, huit heures et dix–sept minutes que Harry était sorti de sa chambre et, de ce fait, de sa vie. Bon, pas entièrement sorti de sa vie. Draco le voyait tous les jours. Que ce soit quand il allait en cours, prenait ses repas, s'asseyait dans la salle commune ou juste en vivant sa vie en général, on pouvait voir Harry partout – sans lui. L'enfoiré.
Draco détestait les fins. Pendant sa 5ème année, il avait lu le même livre dix–sept fois jusqu'à ce qu'il arrive au dernier chapitre, puis il s'arrêtait et attendait jusqu'à ce qu'il puisse recommencer encore. Au jour d'aujourd'hui, il n'avait pas encore fini ce livre. Il ne pouvait pas supporter de le voir s'achever. Tout comme il ne pouvait pas supporter de voir la fin de Harry.
Il avait développé un processus après la capture de son père, après la fin de la guerre, et après qu'il eut été torturé. Il consistait à s'abrutir l'esprit et il pouvait produire ces effets aussi systématiquement qu'il arrivait à concocter une potion. Il suffisait juste de boire suffisamment pour oublier. Pour s'en ficher. Mais c'était un équilibre délicat. Comme toutes les potions difficiles, la mixture devait être parfaite. Beaucoup trop et il s'impliquait encore plus, trop peu et il se souvenait seulement que c'était fini et que Harry l'avait quitté. Fini. Terminé. Foutu. Le distillé de souvenirs était un cru amer, un de ceux qu'il préférait ne pas expérimenter, mais avec lequel il entretenait de trop grandes familiarités.
Pourquoi était–ce comme ça ? se demandait Draco, pourquoi la vie ne pouvait–elle pas être aussi réconfortante qu'un livre ? Les personnages d'un livre ne pouvaient pas voir ses erreurs et ne le jugeaient pas aveuglément. S'ils estimaient que Draco n'était pas un compagnon adéquat, tout ce qu'il avait à faire c'était de retourner quelques pages en arrière et ils étaient à nouveau là, à l'endroit exact où il les avait laissés. Pourquoi les gens de la vraie vie n'étaient–ils pas aussi faciles à retrouver ? Pourquoi Harry n'était pas aussi facile à retenir ?
Apparemment, ce soir, il n'avait pas trouvé l'équilibre parfait dans sa boisson, ce soir, il ne parvenait à se rappeler que ce qu'il avait perdu. Dans ces moments là, il se rendait compte que ses pensées se tournaient vers Archibald Semeuse et sur les abus que cet homme infligeait à son père. Semeuse avait trouvé en Lucius le captif idéal. Une poupée vivante. Belle, vivante et incapable de partir. Et c'était tout à fait écœurant de se rendre compte qu'il comprenait le conservateur.
Draco pouvait enlever Harry et il lui suffirait de quelques tours (de quoi faire un trou dans la peau, un peu de formol, peut–être une potion ou deux) pour créer sa propre poupée. Un conglomérat complexe de chair chaude et d'yeux verts – mais ça ne serait jamais vraiment Harry. Il ne serait rien d'autre qu'une coquille vide, et quel bien cela pourrait–il lui apporter ?
Au moins, il ne partirait pas.
Draco releva la tête. Ses pensées devenaient glauques, de ce fait, il était plus que grand temps de mettre les voiles.
Sa tête le lança alors qu'il la relevait, combattant une vague de nausée. Quelque part derrière lui, il entendit un ricanement et plusieurs voix commencèrent à grommeler. Il n'était pas entièrement sûr de savoir pourquoi il était venu s'enivrer jusqu'à l'oubli à la Tête de Sanglier. Il se demanda s'il avait peut–être espéré qu'un malfrat le passerait à tabac. Il voulait avoir mal, quelque chose de physique sur lequel se concentrer pour apporter un peu de répit à son cœur. Bien sûr, ce n'était que de la théorie inutile. Il était généralement très doué pour éviter la douleur si c'était possible.
Il descendit de son tabouret en chancelant légèrement. Il n'avait pas l'air bien et il le savait. Son jean était sale, il portait une paire de baskets dégueulasses et un des vieux pulls Weasley de Harry. Draco l'avait volé dans sa chambre parce qu'il savait qu'il aurait son odeur – et qu'il lui ressemblerait, tout froissé et sans apprêt. A dire vrai, il commençait à ressembler à Harry. Il n'avait pas coiffé ses cheveux depuis des jours et, alors qu'il essuyait ses mains en sueur sur son jean, il réalisa qu'il n'avait pas pris de bain depuis deux jours. Il devait vraiment puer.
Il tituba hors du bar, agitant une main négligente en direction d'Aberforth Dumbledore qui venait de faire une de ses rares apparitions derrière le bar et se jeta à corps perdu dans la nuit. Il pleuvait. Cette foutue pluie tombait encore et toujours. C'était comme si le robinet du ciel ne s'était pas refermé depuis octobre. Il ne s'embarrassa pas de jeter un sort basique de protection sur sa tête, puisque ce sort lui rappelait Harry et qu'il était déterminé à ne pas penser à Harry.
Harry le salaud. Il se mit à rire amèrement.
Quelque part une horloge sonna trois heures. Trois heures du matin, c'était plus tôt que d'habitude. Il pourrait peut être même dormir ce soir. Il avait pris le pli de retourner au château, faisait une courte sieste avant de se rendre, chancelant, toujours ivre, en cours. C'était une routine qui n'était pas passée inaperçue. McGonagall avait enfoncé un tonifiant dans sa gorge un matin devant la classe entière en espérant le dessoûler. Un autre matin, Snape l'avait giflé si fort sur la tempe que le son s'était propagé dans la salle de cours des souterrains et tout son corps avait tremblé sous le choc encore des heures durant.
Si Harry l'avait remarqué, il n'avait rien dit. Harry n'avait pas daigné lui lancer plus qu'un regard plein de regrets. Il avait juste gaiement continué sa vie et complètement oublié la personne à laquelle il avait promis un amour éternel.
Bâtard.
Bien, il était sans aucun doute bien mieux sans ce salopard. Il s'était perdu avec Harry. Il avait perdu son éclat, perdu ce qui faisait de Draco Malfoy la personne qu'il était. Il était devenu la saleté de toutou de Harry Potter ! Pourtant, il avait aussi découvert comment le faire couiner comme une fille. Est–ce que le Seigneur des Ténèbres n'aurait pas adoré savoir comment faire ça ?
Salaud d'égoïste, imbécile et indifférent !
Bien sûr, n'importe quel crétin pouvait se rendre compte qu'il était désespérément malheureux et que le temps passé avec Harry l'avait malencontreusement rendu plus agréable envers certaines personnes. Ça ne fit que lui rappeler que personne n'avait même essayé de le tourmenter de quelque manière que ce soit depuis que Harry l'avait quitté. Ça le frustrait plus que de raison. Il n'avait qu'une idée en tête : jeter des sorts au premier débile qui passait, pourtant même lui aurait eu du mal à lancer un sort de chauve–furie à quelqu'un qui paraissait sincèrement concerné par son bien–être. Bon, pas tout à fait. Quand Colin Crivey avait osé lui lancer ce révoltant mais néanmoins empathique regard qui disait : « Pauvre petite chose, je sais comment tu te sens » avant de lui demander s'il avait besoin de quoi que ce soit avec un joyeux : « N'hésite pas à demander » en lui tapotant le poignet – Draco avait vraiment ressenti le besoin de lui jeter un sort de peste de Beluga purulente dont il ne pourrait se débarrasser avant un long moment.
Seigneur, si c'était ça l'amour, ils – quels qu'ils soient – pouvaient le reprendre et se le foutre au cul.
Il brava donc la pluie, revenant vers le château et vers sa chambre, le seul endroit où il laissait libre court à sa passion et sa douleur. Il détestait marcher dans cette salle commune, voir cette porte, en sachant pertinemment que Harry y dormait paisiblement. Il en était arrivé à la conclusion que Harry avait probablement raison. Sa morale était discutable. Il était une des seules personnes à penser qu'il valait mieux torturer une femme plutôt que de tromper son amant. Il se disait aussi que si Harry avait rencontré Regina, il aurait probablement voulu la torturer aussi.
Bon, sans doute pas.
Et pourtant, Harry était parfaitement capable de tuer quelqu'un et, quand bien même Draco haïssait tout et tout le monde, il se demandait s'il était capable de lancer un Avada Kedavra s'il devait vraiment en avoir besoin. Il était empli d'assez de haine et de malveillance pour en être sûr, mais on ne lui avait jamais appris le sort. Son père avait préféré ne pas lui apprendre ce petit bout de magie noire en pensant – à juste titre – que s'il était incapable de le faire, il ne serait jamais accusé de le pratiquer. Draco était aussi doté d'un instinct de survie inné. Il ne voulait pas finir en prison, mort, ou pire – embrassé par un Détraqueur – de ce fait, il n'avait aucun intérêt à tuer qui que ce soit. La torture, les sorts, se comporter en connard fini lui allait parfaitement bien, mais il se disait qu'il devait au moins être capable de s'arrêter avant le meurtre.
On ne le retrouverait jamais étalé dans une flaque de son propre sang après s'être ouvert les veines. Draco Malfoy voulait vivre. Draco Malfoy allait vivre. Il était un survivant, point barre.
Et pourtant, il se retrouvait à nouveau à se saouler à mort régulièrement. Mais il pouvait continuer comme ça pendant une éternité, alors tout allait bien.
Il frissonna. L'alcool s'estompait, comme expulsé de son corps par la pluie qui ne semblait pas vouloir s'arrêter. Il était trempé jusqu'aux os, son lourd manteau traînait dans la boue. Il plongea la main dans la poche intérieure humide de son manteau pour en ressortir sa flasque d'argent à laquelle il but une grande lampée.
Puis, il entendit un bruit.
C'était un petit bruit, difficilement identifiable par–dessus le son de la pluie battante et Draco en déduisit qu'il devait avoir une ouïe remarquable. Il se retourna, vacillant, ne vit rien et se pencha, essayant de percevoir le bruit encore une fois. Il le retrouva, léger et plaintif. Un miaulement. Sans doute une créature quelconque qui vivait dans la forêt. Mais ça semblait petit et perdu.
S'il n'avait pas été si bourré, il aurait sûrement continué son chemin. Mais il était bourré. Complètement bourré et plus important, incroyablement déprimé et ce bruit représentait une distraction parfaite. La partie raisonnable de son cerveau lui en fit part. Il fronça les sourcils et suivit le bruit, le petit miaulement. Il sortit du chemin et entra dans la forêt. La partie raisonnable de son cerveau commença à lui envoyer des signaux d'alarme. C'était la forêt. Il y avait des loups–garous et Merlin seul savait ce qui y résidait encore et il était là, saoul comme une barrique, à chercher la source d'un tout petit bruit, tout en y trouvant une distraction parfaite pour son esprit.
Mais le bruit lui–même n'avait pas l'air redoutable. Il semblait faible et apeuré. Ça ressemblait à quelque chose qui n'aurait probablement pas dû être dans la forêt. Tout comme lui n'aurait pas dû s'y engager.
Il n'eut pas à aller bien loin. Juste au bord du chemin, eu milieu des brindilles et des feuilles boueuses, il dénicha la source du bruit. Draco l'observa. Tout petit et totalement sans défense. Draco se dit que dans un tel endroit et par un temps pareil, il n'aurait pas dû survivre. Les abords de la forêt n'étaient pas l'endroit rêvé pour une si petite chose, et le temps encore moins. Il se demanda si quelqu'un l'avait abandonné, ou s'il s'était éloigné de sa mère jusqu'à se perdre totalement. Il était bien trop jeune pour être tout seul. Draco s'accroupit dans la boue pour fixer, pensif, le petit animal en se demandant s'il était magique. La plupart des animaux du coin l'étaient, mais la petite chose semblait tellement ordinaire. Il le souleva par la peau du cou pour l'inspecter.
Un chaton ordinaire. Un chaton tout à fait commun, du genre chat de gouttière. Le genre de petite chose que Draco aurait chassé de son jardin étant enfant. L'animal essaya de se dégager des doigts qui le tenaient pour finir par lancer un miaulement tragique.
– Stupide chat.
Il miaula encore. Il était minuscule et sans défense mais il devait admettre qu'il était mignon. Mais ce n'était qu'un stupide chat moldu. Il n'y avait qu'une chose à faire, le laisser mourir là. Il n'avait aucun mérite. Il était juste ordinaire.
Pourtant, tandis qu'il reprenait son chemin vers le château, le chat moldu placé en sécurité dans la poche intérieure de sa robe de sorcier, un charme de chaleur admirablement exécuté le réchauffait.
oOo
Harry ne dormait pas bien depuis une semaine et, quand il trouvait enfin le sommeil, ses rêves étaient hantés par des visions de peau claire et d'yeux gris pâle – et parfois ces choses se transformaient en quelque chose de plus, quelque chose de terrifiant. La nuit, Harry regardait Draco mourir encore et encore et quand il se réveillait, il trouvait son lit vide et se sentait un peu mort lui aussi.
Mais Draco n'était pas mort. Draco était tout à fait vivant et pendant que Harry essayait de toutes ses forces de dormir, il était en train de se saouler à mort ou déjà en train de crapahuter pour rentrer au château.
Après six nuits de ce traitement, Harry décida finalement de faire quelque chose qui lui remonterait le moral. Il alla voir Ron. Hermione ne lui avait témoigné aucune sympathie. Après avoir quitté Draco, il était allé la voir. Hermione l'avait fusillé du regard un long moment avant de le gifler durement sur la joue, sans cérémonie. Et donc, il espérait que Ron serait une bonne épaule pour pleurer et lui donnerait le coup de pouce nécessaire à son ego en lui disant qu'il avait eu absolument raison.
Sauf que Harry aurait dû aller voir Ron bien avant. Il aurait dû aller le voir après avoir entendu parler d'Angelina, mais comme d'habitude il avait été tellement préoccupé par ses propres problèmes que, malgré la promesse qu'il se faisait tous les jours d'y aller, ce ne fut qu'à ce moment qu'il y parvint. Et maintenant qu'il était là, il dut écouter pendant cinq bonnes minutes avant de se lancer dans le récit de ses propres malheurs.
Harry commençait sérieusement à penser qu'il merdait gravement.
– Alors finalement tu l'as largué ?
Ron ne semblait pas aussi heureux d'entendre la nouvelle que ce que Harry avait envisagé.
– Bien, je suppose que ça explique la tronche que tu tires.
– Ah bon ?
Ron haussa les épaules.
– Ouais, t'as l'air d'une merde.
Il attrapa un plat de derrière le lit.
– Tu veux un cupcake [1] ?
– C'est ta mère qui les a faits ?
– Ouais, elle pense que je suis trop maigre.
Harry prit un des gâteaux et commença à lécher le glaçage au beurre.
– T'aurais pas dû le larguer.
Harry interrompit son léchage, ce n'était pas la réaction qu'il attendait ni celle dont il avait besoin.
– Quoi ? Je pensais que tu serais heureux ! Tu l'as toujours détesté !
– Ben, toi aussi, jusqu'à l'année dernière.
Ron attrapa à son tour un gâteau.
– Puis t'as commencé à coucher avec lui et il me semble me souvenir de toi, ici, me déclamant, il n'y a pas si longtemps, combien tu l'aimais.
– En effet.
Harry s'assit en posant la pâtisserie sur le bord du lit.
– Je l'aime toujours, c'est juste qu'il…
– Alors pourquoi tu l'as largué ?
– Je t'ai dit pourquoi ! Cette femme, cette Moldue…
Ron rattrapa le gâteau de Harry avant qu'il ne tombe par terre.
– Ecoute, mon pote, je comprends ton point de vue, vraiment, mais je dois te dire, que j'ai passé le dernier mois ou presque à penser à tout ce qui est arrivé et, pour être honnête, j'en suis arrivé à la conclusion qu'on fait tous des conneries qu'on ne devrait pas faire et si on était abandonné à chaque fois, putain, on serait tous vraiment très seuls.
Ron fronça les sourcils et se demanda s'il s'était bien fait comprendre parce que Harry avait toujours l'air en colère.
– Tu as dit qu'il l'avait fait parce qu'elle savait quelque chose à propos de son père, non ?
– Ouais, une connerie comme ça.
– Tu as dit que quelque chose était arrivé à son père ?
– Draco pense que le conservateur du musée fait des trucs avec le corps de son père.
– Comme quoi ?
Harry hésita, il ne voulait vraiment pas verbaliser les craintes de Draco qui semblaient insensées.
– Des trucs sexuels, avoua–t–il à contrecœur.
Ron eut un mouvement de recul.
– Mais c'est dégueulasse ! Il est sûr ? Comment il le sait ?
– Je n'en ai aucune idée, fit Harry.
En y repensant, il savait que Draco était certain de ce qui se passait, mais il n'avait jamais expliqué d'où lui venaient ses certitudes.
– Il est toujours vraiment vague quand on aborde son père. Habituellement, on évite le sujet parce qu'il a l'habitude de voir Lucius Malfoy comme un saint.
Ron ne fit aucun commentaire là–dessus. Il n'allait pas critiquer Draco Malfoy devant Harry, même s'ils s'étaient séparés. Parce qu'en se montrant vraiment réaliste, qui savait s'ils n'allaient pas se remettre ensemble un jour ? Harry se jetterait sur lui s'il disait quelque chose de mal. Les allégations de maltraitance l'alarmaient bien plus que l'amour de Draco pour son père. Le propre père de Ron avait travaillé pendant presque un an sur les erreurs constatées lors des procès des Mangemorts et son père avait été horrifié à l'idée de l'exposition – même si Ron lui–même avait été tout heureux de jubiler devant le corps de Malfoy. Mais apprendre cette nouvelle donnait à réfléchir. Peut–être que son père avait raison. Il n'éprouvait rien de positif à l'égard de Lucius Malfoy, mais tout ça était vraiment dégueulasse.
– Il l'a dit à quelqu'un ? demanda Ron. Je veux dire, à part toi, il a parlé à quelqu'un du Ministère ?
– Fudge s'en fout, murmura Harry avant de continuer, il pense que l'exposition est la meilleure chose qui puisse arriver à notre monde après la mort de Voldemort. Il savait qu'il serait plus populaire si Lucius Malfoy souffrait plus que s'il s'en était chargé lui–même.
– Il peut souffrir ? Est–ce qu'il peut ressentir quelque chose ?
– Eh bien, comme je n'ai pas été embrassé par un Détraqueur, je ne sais pas.
Ron s'empêcha de bâiller, il ne s'ennuyait pas, il se faisait juste très tard. Harry ne remarqua pas le bâillement.
– Il n'a rien dit à personne – excepté à moi et à Snape.
– Okay, alors qu'est–ce que cette femme a à voir avec le musée ?
– Je ne sais pas. Je crois que c'était une amie de Lucius Malfoy.
– Alors quel genre d'information elle pourrait avoir sur Malfoy qui pourrait l'aider ? Est–ce qu'elle a des preuves de ce qui arrive ?
– Je ne sais pas, répéta Harry, se rendant compte qu'il ne savait finalement pas grand chose.
Ron inspira profondément en se frottant les yeux.
– Donc, cette femme, cette Moldue, pose à Draco un ultimatum et il décide de lancer un Doloris sur elle plutôt que de te tromper ?
– Ouais, c'est sa logique tordue.
Ron fixa Harry.
– Ne me dis pas que tu penses qu'il avait raison ?
Ron se fâcha presque.
– Non, bien sûr que non, mais mets–toi dans la même situation. Et si ça avait été ton père et que tu avais eu les mêmes choix, tu ferais quoi ?
– Je trouverais un autre moyen.
Ron leva les yeux au ciel et changea de tactique.
– D'accord, qu'est ce que tu aurais fait si tu étais intervenu quand Angelina était sur moi, si ça avait été toi au lieu de Pansy ?
Harry se tortilla, mal à l'aise.
– Je l'aurais probablement tuée, admit–il, mais c'est complètement différent. Angelina est une sorcière puissante, elle peut se défendre !
– Ben c'est une logique assez tordue, Harry.
– Je n'aurais pas eu le choix, elle était en train de te tuer !
– Ouais, exactement. Mais Pansy s'est contentée de l'assommer et les Aurors sont venus l'arrêter – toi, tu l'aurais tuée. Tout le monde peut faire de mauvais choix, Harry.
– La situation est complètement différente, insista Harry en croisant ses bras sur son torse. De quel côté t'es, de toute façon ?
– Du tien, répondit fermement Ron, mais, Harry, tout le monde peut déconner, même toi.
– Je sais !
Harry prit une grande inspiration pour se calmer. Il ne s'était pas attendu à ce que Ron soit si rationnel ; ça ne lui ressemblait tellement pas. Ron était censé hocher la tête et être d'accord. Au lieu de ça, il avait cette nouvelle perspective, peut être était–ce une résultante collatérale au fait qu'il ait foutu sa vie en l'air. Qu'importe ce qui l'avait causée, Harry ne voulait pas l'entendre.
– Je sais que tout le monde peut déconner, mais c'est une Moldue et elle était sans défense. Je ne peux pas ignorer ça.
Ron dissimula un autre bâillement et s'enfonça un peu plus dans ses oreillers.
– Tu vas bien ? demanda Hary avec un air paniqué, tu es fatigué ?
– Un peu, murmura Ron, mais je vais bien. Je ne trouve rien d'autre à dire. Est–ce que le fait que tu étais heureux ne justifie pas que tu restes auprès de lui ?
– Pas s'il est capable de ça, répondit Harry farouchement.
– Nous sommes tous capable de ça.
– Mais on ne passe pas tous à l'action.
Ron secoua la tête.
– Tu es juste borné parce que tu détestes admettre que tu as tort.
– Je n'ai pas tort !
Ron ferma les yeux.
– D'accord, t'as pas tort. Je vais pas me disputer avec toi là–dessus.
Harry ne voulait pas non plus se fâcher avec Ron, mais il menait une bataille contre lui–même pour essayer de sauver sa propre éthique devant la rationalité nouvellement acquise de Ron.
– Peut–être que je devrais y aller, suggéra–t–il, tu as l'air de vouloir dormir.
– Non, reste. Ils ont arrêté de me filer ce somnifère alors je ne vais pas piquer du nez tout de suite.
Harry n'y croyait pas, Ron baillait ouvertement maintenant.
– George sera là bientôt, tu restes jusqu'à ce qu'il arrive ?
Harry hocha la tête. Il pouvait difficilement en vouloir à Ron de ne pas vouloir être seul, surtout qu'il n'avait jamais été très en sécurité ici. Il donna un coup de coude à Ron pour pouvoir s'asseoir un peu plus confortablement dans le lit.
– Bon, si je reste, t'as intérêt à me passer ce plat.
oOo
Non était en retard. Mais bon, Non était toujours en retard. Le fait de savoir que l'elfe serait inévitablement en retard ne faisait pourtant rien pour améliorer l'humeur de Snape. Il savait très bien que l'elfe de maison était à la merci relative des allées et venues du conservateur, mais là n'était pas le problème ; Snape détestait attendre. Il avait toujours détesté attendre. Il savait se montrer patient – mais ça ne voulait pas dire qu'il aimait ça.
Il avait faim aussi et il voulait son petit–déjeuner, son estomac grondait douloureusement. Il ne voulait pas rester assis dans sa chambre à attendre un elfe de maison en retard. Pour une fois dans sa vie, il voulait vraiment se rendre dans le Grand Hall pour manger quelque chose. Tout ça fonctionnait vraiment bizarrement, quand il ne voulait pas y aller, il ne parvenait jamais à y échapper.
Partir lui avait traversé l'esprit. Les rapports de Non devenaient répétitifs, semblables semaine après semaine. Lucius était abattu, Lucius ne voulait pas d'aide, Lucius avait mal et il y avait toujours cet avertissement : « Ne dis rien à Draco ». Snape était perdu dans ces messages contradictoires, il savait très bien que tout ce qui dépeignait la triste condition de Lucius était probablement la vérité et que chaque observation qui provenait directement de Non, signifiait que Lucius lui–même avait émis d'autres messages dont il n'avait pas conscience. Une chose était claire ; Lucius ne voulait pas que Draco fasse quoi que ce soit qui l'amènerait à proximité du musée. Dire à Draco que Lucius était entièrement conscient et capable de communiquer le pousserait seulement à essayer d'aider son père.
Il ne pouvait donc rien dire du tout à Draco – c'était plus facile à dire qu'à faire. Draco Malfoy n'était pas le genre de personne qui appréciait d'être écartée du sujet quand ses intérêts étaient en jeu. Jusqu'ici Draco l'avait supplié, s'était disputé avec lui et l'avait même carrément menacé, pourtant Snape avait gardé le secret de Lucius, répétant à Draco qu'il ne savait rien de plus que le fait que son père était en sécurité. Malgré tout, Draco n'était pas dupe et, sans Potter pour le distraire, il devenait vite suspicieux. Pour empirer les choses, Snape voyait son filleul se transformer en ivrogne à vitesse grand V. C'était une honte, aider son père pourrait au moins l'empêcher de penser à Potter.
Snape ferma les yeux et soupira. Ce n'était même pas de nourriture dont il avait envie. Il avait envie de gâteau, quelque chose de sucré. C'était bizarre car il n'était pas vraiment branché sucreries – à part les Fizwizbiz pour lesquels il avait une faiblesse – mais il avait vraiment envie de gâteau. Quelque chose de très chocolaté.
Bien sûr, mange des gâteaux, écarte de ton esprit le fait que tu dois jongler entre beaucoup trop d'émotions à la fois.
Il ne s'était jamais senti aussi vieux que maintenant. Il était toujours raisonnablement jeune, surtout pour un sorcier, mais il se sentait plus vieux que Dumbledore. La guerre avait été dure, mais il était censé se reposer maintenant. Il avait trimé toute sa vie, il avait payé pour ses péchés, il était maintenant supposé couler une vie douce et tranquille. Au lieu de ça, il avait été propulsé dans ce maelström émotionnel. D'un côté, il avait Hermione et tout ce qu'elle représentait pour lui et de l'autre, il y avait Draco et Lucius et la douleur qui semblait suinter d'eux. Les deux côtés convergeaient vers lui comme des ouragans jumeaux forts et indomptables. Pour un homme qui avait passé la plupart de sa vie loin de tels sentiments, ce n'était pas une expérience très agréable.
Pour détourner ses pensées de son estomac, il attrapa un livre. Il s'était entouré de nouveaux tomes qui se focalisaient sur les icônes religieuses moldues et il avait recommencé la lecture du journal dans lequel Lucius avait versé tant de sa personnalité. Maintenant que Snape avait compris le procédé – il était assez simple : oindre, ouvrir les portes puis libérer l'ange qui habitait le corps de Lucius – les instructions du journal avaient plus de sens. L'incantation pour oindre les portes était raisonnablement simple et il était presque sûr de pouvoir se débrouiller pour déchiffrer la recette de la potion, mais il devait encore trouver quelque chose qui indiquerait exactement comment libérer l'ange et il lui manquait des ingrédients. Il ne savait pas où sur terre il était supposé trouver des huiles, des plumes et du sang d'ange, il pouvait aussi difficilement entrer chez n'importe quel apothicaire pour en demander. Il ne désirait pas vraiment non plus revoir Regina, mais elle était la seule source d'informations réelle concernant les anges.
Lucius pouvait avoir dissimulé des informations au Manoir, mais les Aurors avaient passé des mois entiers sur le domaine et Snape doutait fort qu'il puisse trouver quoi que ce soit de plus qu'eux. Il n'y avait aucun doute que Lucius ne manquait pas de cachettes, des endroits secrets que personne ne trouverait jamais – ce qui n'était absolument d'aucun secours pour Snape.
Il pouvait juste faire ce que Lucius espérait. Ne rien faire et le laisser à son sort. L'ange mourrait et Lucius avec lui. Draco pourrait faire son deuil et la vie continuerait. Et ce serait la fin de toute cette histoire.
Et Snape pourrait lui aussi faire son deuil. Ça aurait été plus facile si Lucius était mort pendant la guerre. Ça aurait été plus simple s'ils étaient morts tous les deux. Et plus simple encore si Snape avait simplement pu le haïr comme il le voulait ; il aimait beaucoup trop de gens ces temps–ci, trop de gens qui pouvaient le blesser.
Mais bordel, où est passé Non ?
Un coup à la porte le tira de ses pensées et il fronça les sourcils. Ça faisait bien longtemps que personne ne lui avait rendu visite en fin d'après–midi. Minerva McGonagall avait un don pour la rancune, autant que les éléphants pour la mémoire, et il l'avait vraiment mise sur les nerfs avec cette histoire de Regina. Il ne doutait pas une minute qu'elle finisse par venir à lui. Il l'avait déjà énervée bien des fois ; il avait déjà fait bien pire, et elle lui avait pardonné – ça prenait juste un peu de temps. Alors il ne pensait pas que la personne à sa porte soit Minerva. Enfin, pas une Minerva d'humeur sociale, en tout cas.
Il eut à peine le temps de crier : « Entrez » que la porte s'ouvrait sur Dumbledore et une Minerva réticente. Elle avait les bras croisés sur sa poitrine en signe de défense et un regard dur, il eut l'impression d'être à nouveau un élève auquel elle allait mettre une retenue. Dumbledore ne semblait pas en de meilleures dispositions, il n'y avait aucune lueur dans ses yeux et la contraction de ses traits creusait un sillon sur son front.
Oh, bon dieu, ils vont me virer.
Il hocha de la tête avec raideur.
– Albus. Minerva.
Minerva l'ignora ouvertement, mais Dumbledore lui rendit son salut amicalement. Snape remarqua qu'aucune étincelle n'arrivait jusqu'aux yeux du vieil homme ; il n'y avait aucune trace d'humour sur ses traits.
– Que me vaut ce plaisir ? s'enquit–il d'une voix doucereuse.
Il pensait que s'ils étaient là pour le virer, il pouvait au moins garder un peu de dignité.
– Nous devons juste attendre quelques minutes, Severus, répondit Dumbledore en le tapotant sur l'épaule tandis qu'il le dépassait, j'ai envoyé chercher Harry.
Potter ?
Snape se relaxa un peu, il doutait sérieusement qu'ils invitent Potter à fêter son licenciement. Quand même, il n'appréciait pas vraiment l'idée d'avoir Potter dans ses quartiers privés et les traits de son visage devaient refléter ses pensées parce que Dumbledore semblait quelque peu amusé malgré lui lorsqu'il l'informa que c'était pour une bonne raison.
Dumbledore s'avança vers la cheminée tout en observant les fauteuils de cuir raide. Secouant la tête, il se fit apparaître un fauteuil moelleux avant de s'asseoir. C'était si typique de Dumbledore et pourtant Snape ne trouva pas la force d'amener un vrai sourire sur ses lèvres. Alors que le directeur laissait son regard se perdre dans les flammes de l'âtre, Snape ne put s'empêcher de remarquer qu'il paraissait plus troublé qu'il ne l'avait été depuis longtemps.
Alors peut–être que Dumbledore se sentait trahi lui aussi, la fin de la guerre n'avait pas du tout mis fin à ses soucis. Minerva hésita un moment derrière Dumbledore, avant de finalement s'avancer pour étreindre tendrement l'épaule de son amant. Son visage ne s'adoucit pas le moins du monde, quel que fût ce qui hantait son esprit, il hantait aussi le sien.
Snape eut un rictus avant de se détourner d'elle. S'il était obligé d'attendre, il pouvait au moins s'asseoir dans sa chaise préférée. Minerva savait qu'elle pouvait s'asseoir si elle le voulait, il n'avait pas à s'embêter avec ses humeurs. Entre–temps, il endurerait ce silence inconfortable jusqu'à ce que Potter choisisse de bien vouloir se montrer.
Potter arriva enfin, faisant irruption sans frapper et pantelant. Il fit ses excuses, il venait de jouer une partie de Quidditch matinale avec les Gryffondor et il avait perdu la notion du temps. Il n'avait pas l'air bien. Il semblait ne pas avoir dormi depuis une semaine, il avait même une barbe naissante sur le menton. Il paraissait vidé et Snape sentit un sourire cruel étirer ses lèvres. Il envoya une pensée vers Potter, s'assurant qu'il comprenne.
Vous voyez, ce n'est vraiment pas facile d'être celui qui s'en va.
Potter le regarda dans les yeux et hocha très légèrement la tête. Il ne voulait pas faire ça ; il souffrait et Snape pouvait le sentir.
Merde.
Snape se retourna vers l'âtre, conscient que Potter essayait d'oublier le commentaire de Snape en scrutant ses appartements. Harry décida que c'était exactement le genre d'endroit que pouvait habiter le Maître des Potions. Imposant, sombre, rudimentaire et rempli de livres. Plus de livres que Harry pourrait en lire en une vie. Ses yeux se posèrent sur une chaise à côté du lit et Snape réalisa qu'une nuisette reposait sur le dossier. Celle de Hermione. Snape la lui avait achetée, avec beaucoup d'autres choses et elle l'avait laissée là – il ne l'avait jamais déplacée, c'était une des seules choses qu'il s'autorisait à garder d'elle. Néanmoins à ce moment précis, il aurait préféré qu'elle ne fût pas exposée à la vue de tous. Harry éloigna son regard pour fusiller Snape des yeux avant de retourner son attention vers Dumbledore.
– Bien, tu es enfin là, Harry.
Dumbledore parlait d'un ton crispé, ce qui surprit grandement Harry et Snape. Le directeur devait vraiment être inquiet ; il ne parlait généralement à Harry qu'avec inquiétude ou considération.
– Désolé d'être en retard, Professeur.
– Pourquoi ne t'assieds–tu pas ?
Snape émit un ricanement. Maintenant Potter allait s'installer dans un de ses fauteuils.
Ce que Harry fit, s'enfonçant dans le grand fauteuil de cuir en grimaçant. Il n'était absolument pas confortable. Il parcourut la pièce du regard et vit un canapé placé dans une alcôve qui avait l'air bien plus confortable que le fauteuil. Snape paraissait heureux dans son propre siège et Harry en déduisit que soit il n'avait pas de sensations dans son corps, ou alors l'autre fauteuil était bien plus commode.
Harry sourit nerveusement,
– Alors… euh… qu'est ce qu'on fait tous là ?
Snape s'apaisa légèrement, heureux de savoir que Potter aussi était dans le noir. Minerva leur jetait des regards furieux à tous les deux, ses yeux allant de l'un à l'autre et, sous son examen minutieux, ils commencèrent à s'agiter. Apparemment, ils avaient tous les deux fait quelque chose de mal ; maintenant, ils devaient juste savoir de quoi il s'agissait.
– Je n'ai pas demandé à Miss Granger de venir, déclara Dumbledore en se redressant dans son siège, les sourcils froncés, mais peut–être aurais–je dû, puisque ça la concerne.
– Hermione ?
Harry jeta un coup d'œil à Snape avant de se reporter sur Dumbledore.
– Que… Qu'a fait Hermione ?
– J'ai bien peur qu'il s'agisse plus de ce qu'elle n'a pas fait, Harry.
Dumbledore soupira avant de s'enfoncer un peu plus dans son fauteuil.
– Je viens juste de passer la journée au Ministère de la Magie. Il y avait une réunion du Wizengamot aujourd'hui.
Quand il regarda les deux hommes, il remarqua leurs expressions absentes, il soupira avant de continuer :
– Le procès de Viktor Krum avait lieu hier.
Les yeux de Harry s'agrandirent et il posa son regard directement sur Snape qui semblait avoir avalé un poison particulièrement vicieux. L'esprit du Maître des Potions s'activait à toute allure. Ils pensaient tout les deux à la même chose ; Hermione avait passé la journée en cours et, à moins d'une utilisation intensive d'un retourneur de temps, elle n'avait pas pu sortir de l'école. Harry l'avait vue moins de vingt minutes auparavant alors qu'elle allait vers la salle de bain et elle n'avait rien dit à propos de se rendre à un procès le jour d'avant.
– Il existe une vieille clause dans nos lois – Hermione la connait parfaitement – si elle ne se présentait pas comme témoin à charges, Mr Krum serait relaxé et libre de retourner en Bulgarie.
– Hein ? Qu'est ce que c'est que cette loi débile ? s'écria soudainement Harry et trois paires d'yeux se posèrent sur lui. Quoi ? C'est pas une loi débile, peut–être ?
– Ce n'est peut–être pas la plus avisée des lois, Harry, mais elle existe dans notre monde et tant qu'elle ne change pas, nous devons nous y soumettre. Comme je l'ai dit, Hermione était consciente de cette loi.
– Mais quel est le rapport avec nous ? demanda Snape, sa voix était basse et calme contrastant avec celle de Harry.
Harry et Minerva le regardèrent, ahuris, la bouche de Harry s'ouvrit et se ferma plusieurs fois avant qu'il réussisse à parler.
– Mais, bon sang, vous êtes qui, vous ? aboya–t–il, son regard dégoûté fixé sur Snape. Vous n'en avez absolument rien à foutre d'elle ? Qu'est ce qu'elle était pour vous, un petit coup rapide et au revoir ?
– Ce que je veux dire, Potter, grogna Snape, est : qu'est–ce qu'on attend de nous ? Est–ce qu'il est possible qu'il vienne la chercher ici ?
Harry baissa la tête, il n'y avait pas pensé.
– Je ne sais pas ce qu'il va faire, Severus.
Dumbledore soupira encore et pressa ses doigts sur ses yeux pour retarder l'arrivée imminente d'une migraine.
– Il est rancunier et tout est possible. Il sait combien vous vous souciez d'elle et je doute fort qu'il ait oublié ce que vous lui avez fait. Alors oui, il est fort possible qu'il vienne ici.
Snape lançait des regards noirs, convaincu qu'il avait laissé partir le Bulgare avec moins que ce qu'il méritait.
– J'aurais dû le tuer quand j'en ai eu l'occasion.
– Ce n'était pas une option, Severus.
Snape grogna. Ce n'avait pas été une option seulement parce que Dumbledore avait réussi à l'arrêter.
– Alors…
Le regard de Harry passa de Snape à Dumbledore.
– Qu'est–ce qu'on peut faire ? On peut le retrouver en premier ?
– Je peux le retrouver, répondit Snape. Je le retrouverai et je m'en occuperai.
– Je ne veux pas que vous le preniez en chasse, Severus, s'empressa de dire Dumbledore tout en s'approchant pour poser une main réconfortante sur le bras de Snape. Comme je vous l'ai dit la dernière fois que vous l'avez pourchassé, je ne veux pas que vous finissiez en prison – ou pire.
Snape croisa les bras en se plongeant dans la contemplation du feu.
– Il doit bien y avoir quelque chose qu'on puisse faire ! se plaignit Harry. Il doit y avoir une raison pour qu'elle n'y soit pas allée… C'est sûrement la faute de ce bâtard graisseux !
Il désigna Snape d'un grand geste.
– Elle ne devrait pas être punie juste parce qu'il l'a utilisée et laissé tomber !
– Quoi !?
Snape avait sauté de son fauteuil et surplombait Harry qui n'eut aucune réaction.
– Vous étiez supposé l'emmener au jugement, l'accusa Harry ; elle avait sûrement peur d'y aller seule !
– Et vous ? siffla Snape. Son meilleur ami ? Pourquoi vous ne vous êtes pas proposé pour l'emmener ?
– Je…
Harry cherchait en vain une réponse. C'était une question assez logique et Harry était sincèrement honteux de la seule réponse qu'il pouvait donner – il avait oublié.
– J'ai eu… J'ai eu d'autres choses à penser… Je…
Ça semblait bête et il le savait.
– Elle n'est plus la même depuis que vous l'avez quittée et Hermione serait allée au tribunal si vous ne l'aviez pas chamboulée !
– Je ne suis pas le seul à blâmer, espèce de petit con insignifiant. Oh, mais bien sûr, ça n'a absolument rien à voir avec vous, pas avec le glorieux Harry Potter ! Vous aviez d'autres trucs en tête et personne d'autre que vous n'a le droit – même vaguement – de se préoccuper des complexités de sa propre vie, mais vous, vous pouvez parce que vous êtes le célèbre Harry Potter !
Harry ouvrit la bouche pour répondre, sa colère augmentant, mais avant qu'il puisse parler Dumbledore était debout, réclamant le silence.
Ils continuèrent à se fusiller du regard puis Harry inspira, prêt à reprendre la parole.
– Oh, pour l'amour de Merlin, taisez–vous tout les deux !
Minerva s'interposa entre eux et repoussa Snape loin de Harry.
– Vous vous êtes chamaillés pendant toute la guerre et tous les procès qui ont suivi et personnellement j'en ai les oreilles qui saignent ! Ce n'est absolument pas le moment de se quereller et de chercher des coupables. Il est évident que vous vous inquiétez tous les deux pour Hermione, alors peut–être que vous devriez vous concentrer sur les moyens d'assurer sa sécurité plutôt que de vous entre-tuer.
Harry baissa les yeux et rougit légèrement.
– Je suis désolé, Professeur Dumbledore, Professeur McGonagall.
Snape ne dit rien ; il se contenta de reporter son regard sur la cheminée et hocha la tête brièvement.
– Mais Harry a raison, continua doucement Dumbledore, il doit exister une raison pour que Hermione n'ait pas assisté à la réunion du Wizengamot, et je crois qu'il serait préférable si vous, chacun de vous – il les regarda tour à tour – étiez capables de trouver quelle pourrait être cette raison.
oOo
À l'heure du dîner, Draco se retrouva en train de bailler sans pouvoir s'arrêter et malgré la potion anti–gueule de bois qui avait tenu à l'écart son mal de crâne, rien n'aurait le pouvoir de le tenir éveillé. Il avait décrété plus tôt dans la journée que son travail scolaire en pâtissait et avait donc décidé d'annuler plusieurs soirées de beuverie pour étudier. Quand le moment arriva pour lui de se rendre à la bibliothèque, il choisit à la place de retourner à la tour, se disant que s'il était capable de trouver deux heures creuses pour dormir, il serait capable de foutrement mieux se concentrer. C'était plus de sommeil qu'il n'en avait eu depuis longtemps.
Une fois qu'il fut dans sa chambre il remarqua que les elfes de maison avaient découvert l'animal affamé, ils avaient déposé deux bols, un rempli d'une espèce de purée de viande, l'autre débordant de crème. Il y avait aussi de vieilles pages de la Gazette du Sorcier éparpillées sur le sol – c'était probablement la première fois que le journal était utilisé pour quelque chose de constructif.
Draco retroussa son nez de dégoût et balaya le sol du regard à la recherche du chaton. Il repéra sa petite queue dépassant de sous les draps du lit qu'il releva d'un seul geste, lui arrachant un petit cri effrayé.
– Eh bien, Mr Kitty, tu as fait un beau bazar.
Après mûre réflexion, il souleva la queue pour vérifier.
– Oh, pardon, Miss Kitty.
Il déposa la petite chatte sur le lit et ramassa rapidement les journaux. Il les roula en boule et les jeta sans cérémonie par dessus le balcon avant de s'étaler sur le lit, écrasant presque au passage sa nouvelle amie. Il déplaça la petite boule tigrée.
Ensuite, il eut besoin de se rendre à la salle de bain.
– Putain de merde.
Il sortit péniblement de son lit, tapota rapidement le chaton et s'engouffra dans le hall.
L'étroit couloir qui menait de la salle commune à sa chambre débouchait près de la porte de Hermione et Lavande il entendit leurs voix bien avant de pouvoir être vu depuis la salle commune. Il grogna doucement. Il n'avait vraiment pas envie de les voir. Hermione était apparue tendue et malade pendant la semaine écoulée et Lavande ne cessait de lui envoyer des coups d'œil si inquiets qu'ils en étaient écœurants chaque fois qu'elle l'apercevait. Il ne voulait pas être confronté à Hermione avec cet air sur son visage. La dernière fois qu'ils s'étaient parlés, ils s'étaient battus et il commençait à croire que c'était de sa faute si elle semblait si mal. Et il ne supportait pas le fait que Lavande n'arrête pas de lui jeter des regards compatissants.
Ces horribles regards qui disent Pauvre Draco, Harry l'a largué et maintenant il est foutu parce qu'il ne voudra plus jamais personne d'autre. Il s'aplatit contre le mur et retint sa respiration, espérant qu'elles passeraient le couloir assez rapidement.
– Tu vas bien ? demandait Lavande à Hermione, de cette voix inquiète qu'elle utilisait parfois avec Draco.
– Ouais.
Hermione paraissait légèrement essoufflée.
– Je n'arrive pas à croire à quel point c'est dégoûtant.
– Bien, j'ai lu quelque part que tu devrais manger plus ou sinon tu auras la nausée.
– Je mange ce que je mange normalement ! aboya Hermione. Je peux difficilement manger plus que ça.
– Tu devrais avoir des biscuits avec toi tout le temps ou un truc comme ça.
– Oh, bien sûr, je vois ça d'ici. Je suis désolée, Professeur, je dois rester là à manger pendant votre cours parce que sinon je vais vomir. Ils s'en rendraient compte dans la seconde.
– Bon.
Lavande semblait perplexe.
– Peut–être que tu devrais le dire au professeur McGonagall. Elle a l'air de t'apprécier et tu as dit qu'elle était en colère contre le professeur Snape. Peut–être qu'elle pourrait… t'arranger les choses en douceur avec les autres profs.
Il y eut un silence et Draco était presque certain que Hermione affichait une expression totalement incrédule.
– Okay, d'accord, c'était juste une idée !
Lavande venait de passer en un instant de la perplexité à l'exaspération.
– Si je le dis à Minerva, elle le dira à Severus. Peu importe qu'elle soit en colère contre lui maintenant ; c'est juste une question de temps avant qu'ils ne se reparlent. Elle a vraiment un faible pour lui et, avec un truc comme ça, elle serait immédiatement sur le pas de sa porte et il saurait que je suis enceinte en moins de deux.
Draco en resta bouche bée. Hermione était enceinte ? Enceinte du bébé de Snape ? Un bébé Snape ? Oh, bon dieu, un petit Snape ? Pauvre gosse !
– Et la potion ? poursuivit Lavande.
L'exaspération s'estompait et l'inquiétude revenait au galop. Draco devina que la salle commune devait être vide parce qu'elle parlait à un volume sonore normal et, quand Hermione répondit, elle ne murmurait pas non plus.
– L'apothicaire ne me la vendra pas sans une ordonnance de Madame Pomfresh ou d'un médicomage certifié par Ste–Mangouste. Il n'est pas question que j'aille voir Madame Pomfresh et une escapade à Ste–Mangouste n'est pas très envisageable en ce moment …
Hermione s'arrêta, comme si elle réfléchissait. Elle ne semblait absolument pas certaine de ce qu'elle disait.
– Peut–être, suggéra Lavande hésitante, peut–être que tu ne veux pas t'en débarrasser.
– N'importe quoi.
Hermione lui lança un regard méprisant, mais l'incertitude faisait encore résonner sa voix. Draco devinait qu'elle devait maintenant se mordre les lèvres.
– J'imagine qu'il doit y avoir une recette dans la réserve de la bibliothèque. Je dirais qu'une potion d'avortement doit être rudimentaire et je suis sûre de pouvoir la réussir.
Lavande lui répondit quelque chose que Draco ne parvint pas à entendre. Les filles quittèrent la salle commune et semblaient se diriger vers leur chambre. Draco lui–même se remettait tout juste du choc de sa découverte. Hermione était enceinte. Enceinte du bébé de Snape – et elle allait l'avorter – et Snape n'en savait rien. Une large part de Draco était indignée. Il connaissait assez bien Snape pour savoir que son intérêt à devenir parent étais plutôt limité – voire quasi nul – mais c'était son enfant et il pouvait quand même s'y intéresser.
Au pire, il pouvait probablement concocter la potion qu'elle convoitait.
Draco en avait oublié sa vessie pleine et retourna vers sa chambre, en sachant qu'il n'arriverait définitivement pas à s'endormir.
Ndt :
[1] Cupcake : Nom donné en Grande Bretagne et aux USA aux petits cakes cuits dans un moule en forme de tasse ou dans une caissette en papier, généralement recouverts d'un volumineux glaçage coloré.
A suivre…
Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.
Bisous.
Falyla
