Titre : Objects of Desire
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Auteure : Azrael Geffen
Traductrice : falyla
Correcteurs : falyla/Florent
Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape
Rating : M/NC-17
Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)
Etat de la traduction : terminée
Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.
Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.
Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.
Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.
Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.
Note de la traductrice : Merci beaucoup pour vos commentaires, j'apprécie vraiment.
Bonne lecture.
Chapitre 18 (2ème partie)
Snape avait attendu un bon moment avant de se décider à parler avec Hermione. Il s'imaginait que Potter irait probablement la voir en premier et il voulait simplement réitérer la question. Puis il avait trouvé Potter dans la bibliothèque et découvert qu'ils avaient eu la même idée chacun attendait que l'autre se décide.
Il était tard quand Snape entra impérieusement dans la salle commune des 8ème année, exhibant le même air de supériorité qu'il affichait lorsqu'il inspectait le crépitement du chaudron d'un 1ère année. Il devait admettre qu'il ne se sentait pas particulièrement supérieur ce soir mais il arrivait au moins à montrer ce côté–là. Il retira même quelque satisfaction à remarquer que Londubat, qui avait décidé seul de prendre part à la guerre, avait toujours l'air de préférer se chier dessus plutôt que d'être confronté au Maître de Potions. Au moins, il y avait des choses qui ne changeaient pas.
Il s'arrêta derrière la porte et la fixa inconfortablement. Il allait devoir frapper assez rapidement, les autres le dévisageaient mais tous ses instincts lui disaient de se retourner et de filer.
Ouais, tu préférerais faire face à Voldemort plutôt que d'affronter la femme que tu as quittée. Lâche.
Il frappa enfin, assez fort pour montrer son autorité aux étudiants assis dans la salle commune. Il remarqua que Finnigan avait une bouteille de quelque chose qui semblait fort et il aurait aimé en prendre une gorgée. Il entendit un joyeux « Attendez une seconde ! » provenant de l'intérieur et, après quelques instants et une série de bruissements, la porte s'ouvrit sur une Lavande Brown insuffisamment vêtue qui le fixa, horrifiée.
– Professeur Snape ! glapit Lavande en resserrant sa robe.
Ça n'aidait pas vraiment, il se dressait au–dessus d'elle de manière imposante. Tandis qu'il baissait les yeux vers elle, il ne put s'empêcher de noter qu'il pouvait clairement voir non seulement sa robe mais aussi le négligé qu'elle portait dessous.
– Essayez de vous couvrir de manière plus adéquate, Miss Brown, je n'ai nul intérêt pour vos atouts.
Lavande rougit et ferma le haut de sa robe.
– Désolée, Professeur Snape.
Il se renfrogna à dessein et regretta en lui–même la perte de cette vision spectaculaire.
– J'ai besoin de parler avec Miss Granger.
– Oh…
Lavande se tourna pour jeter un œil dans la pièce puis le regarda à nouveau.
– Je ne… Elle n'est pas…
Il la poussa brutalement pour passer, manquant de la renverser puis s'insinua dans la pièce. Lavande ne put rien faire d'autre que rester en arrière et le dévisager bouche bée. Puis lentement, elle ferma la porte derrière elle.
– Je pense que vous devriez quitter la pièce, Miss Brown.
Lavande pivota pour sortir, espérant que Seamus Finnigan n'était pas en train de boire sa grappa maison parce qu'elle était à peine habillée et qu'il avait décidé qu'elle avait envie de lui.
– Ne va nulle part, Lavande.
Hermione était assise sur le lit, elle lisait un livre sur les Runes Anciennes, elle ne semblait pas heureuse de le voir là.
– Le professeur Snape n'a rien à me dire que tu ne puisses entendre.
Lavande s'arrêta, prise entre le fait d'obéir à Snape (qui pouvait lui coller une retenue en un éclair) et rester auprès de Hermione qui avait désespérément besoin de soutien. Elle décida de risquer l'animosité de Snape et s'assit à la table du dressing. Snape ne parut pas enchanté de la tournure de événements il lança un regard d'avertissement à Hermione qui le surprit en souriant amèrement en retour.
– Oh, ne t'inquiète pas, Severus, Lavande sait tout : elle sait tout depuis le début.
– Je le sais bien, aboya–t–il en lançant une œillade noire à Lavande qui se tortilla un peu mais ne bougea pas.
Il n'arrivait pas à croire que la superficielle Miss Brown connaissait tout de sa vie amoureuse. Il se demanda pourquoi Hermione était devenue amie avec elle il n'avait jamais vraiment pensé à cette fille, elle était jolie, sexy même, mais son esprit n'avait rien de spécial. C'était une sorcière moyenne, apparemment très bonne en Divination (une matière qu'il tenait pour ridicule) et – Hermione le lui avait assuré – elle possédait un excellent nez pour les senteurs. Il ne s'inquiétait pas vraiment de ces choses. Ce qui lui importait, c'était que cette fille connaissait tout de sa vie amoureuse et il ne le voulait vraiment pas.
Au lieu d'admettre son malaise, il regarda autour de lui et ricana en voyant le désordre qui recouvrait le sol. Les habits étaient éparpillés partout, tandis que des rubans et autres colifichets jonchaient toutes les surfaces disponibles. L'air était lourdement parfumé avec la fragrance que Snape reconnut comme celle dont Lavande Brown s'inondait habituellement. Il la trouvait écœurante. Lavande Brown était sexy mais elle avait besoin de quelque chose de plus léger, de plus enjoué.
Mais bon sang, qu'est–ce que tu fais à penser au choix de parfum de Lavande Brown ?
Il se renfrogna encore et rassembla ses pensées sur sa tâche présente. Il avait assez tergiversé.
– Tu devrais ouvrir une fenêtre ou aérer cette pièce, ça empeste ici.
– Je ne sens rien, répliqua Hermione sur un ton plat et indifférent.
– C'est parce que tu t'enfermes ici et que tu refuses de sortir.
– Pourquoi tu es là, Severus ?
Il s'éclaircit la gorge.
– Le professeur Dumbledore est venu me voir un peu plus tôt parce qu'il était inquiet pour toi. Il semblerait qu'il a passé sa journée à Londres, au Ministère parce qu'il y avait une session spéciale au Wizengamot hier.
Elle le fixa, le regard vide, et il réalisa non sans un petit choc qu'elle ignorait totalement de quoi il parlait.
– C'était le procès de Krum, précisa–t–il.
Hermione pâlit soudainement, elle devint si blanche que son visage ressembla à du parchemin, même ses lèvres blêmirent. Pendant un bref instant, il crut qu'elle allait s'évanouir – tellement qu'il s'avança vers elle, prêt à la rattraper. Lavande se leva de sa chaise, pensant la même chose.
Hermione s'effondra dans son lit et tenta de déglutir. Sa bouche était sèche, sèche à lui faire mal – et son estomac dégringola.
– Oh, bien… Je… Je vois.
– Le professeur Dumbledore m'assure que tu es tout à fait au courant de nos lois qui stipulent que si tu choisis de ne pas assister au procès, Krum serait relâché.
– Je… Je le… savais.
Elle parlait machinalement, mais elle se sentait paralysée, comme si elle était engluée sur place, assise dans son lit dans ce stupide pyjama Winnie l'Ourson. Il allait venir la chercher. Elle le savait. Elle cligna des yeux mais n'osa pas se redresser de peur de tomber.
– Pourquoi tu n'y es pas allée ? demanda–t–il avec raideur. Tu ne voulais pas voir Krum en prison pour ce qu'il a fait ?
Elle réfléchit rapidement, ne voulant pas admettre la vérité. Elle pouvait voir Lavande debout derrière lui, elle la regardait avec une expression confuse, pensant la même chose que lui. Pourquoi n'y était–elle pas allée ? Qu'est–ce qui lui avait pris ? Et la vérité – à sa grande honte – était simple, elle avait oublié.
Mais elle doutait que Severus allait accepter cette raison.
– Je ne voulais pas le voir, déclara–t–elle avec un calme factice. Je suis heureuse qu'il rentre chez lui et je veux juste laisser ça derrière moi.
Snape la fixa avec une horreur non déguisée, secoua la tête sans même réaliser ce qu'il faisait, toute ressemblance avec son rôle de professeur composé soudainement envolé.
– Hermione, cet enfoiré de petite merde a failli te tuer ! Mais bon sang, de quoi tu parles ?
– Je ne veux pas en parler.
Elle se força à se redresser dans son lit, sentant le besoin de ne pas paraître faible devant lui.
– Tu dois en parler, Hermione ! Tu as la moindre idée de ce que j'ai fait à Krum ? Il ne va pas l'oublier et il est plus que certain qu'il ne va pas ramper jusqu'en Bulgarie et te laisser à ta petite vie !
– Je me fous royalement de ce que toi, tu lui as fait ! s'écria–t–elle d'une voix stridente. Et ce qu'il m'a fait à moi ?
– C'est exactement le problème, Hermione !
Il l'agrippa par les épaules et résista à l'envie de la secouer jusqu'à ce que ses dents s'entrechoquent.
– Quand tu es arrivée au Manoir, tu étais nue, tu étais couverte de sang et nous avons cru que tu allais mourir, alors crois–moi, je sais très exactement ce qu'il t'a fait. Comment peux–tu envisager de simplement le laisser s'en aller ? En sachant de quoi il est capable, comment peux–tu penser une seule seconde qu'il va te laisser tranquille ?
– Ce n'est pas le cas !
Elle cligna des yeux elle ne voulait pas pleurer, pas maintenant, pas devant lui.
– Je ne sais pas ce qu'il va faire mais je ne peux pas faire ça maintenant… Je ne peux pas traverser ça maintenant !
– Et pourquoi pas ? Tu ne peux pas te contenter de l'ignorer.
– Sors de là ! Laisse–moi seule !
– Non !
Elle fléchit un peu sous son emprise et finalement, se mit à trembler.
– Je t'en prie, Severus.
Les mots ne parvenaient plus à franchir sa gorge.
– S'il te plaît, je ne peux pas le faire.
Derrière lui, Lavande baissa son regard, elle savait qu'elle n'aurait pas dû être témoin de tout ça et brusquement, elle fut certaine qu'il aimait Hermione autant qu'elle l'aimait. Lavande avait envie de le secouer, décidant qu'il était stupide pour eux d'être séparés.
Snape ferma les yeux, desserrant un peu ses doigts de ses épaules. Elle leva les yeux, son visage en forme de cœur d'où pointait son menton têtu était solennel sous le déploiement sauvage de boucles folles. Ses yeux étaient immenses, d'une teinte proche du chocolat noir, il vit dans leur profondeur une crainte implorante qui alluma quelque chose d'inconnu chez lui. S'il s'était connu un peu mieux, il aurait su qu'il était de cette sorte d'homme qui était prêt à mourir pour l'être aimé. Il voulait la tenir, la réconforter, découvrir ce qui l'importunait. Mais sa raison lui souffla que faire pour tirer avantage de leur attirance. Que faire s'il voulait prendre l'option qu'il se languissait de choisir, celle du cœur, tendre, faible de volonté et déraisonnable.
– Que s'est–il passé ? demanda–t–il doucement. Tu as oublié ?
Elle rougit et secoua la tête mais elle la baissa et, une fois encore, cligna des yeux pour refouler ses larmes. Elle ne pouvait pas le regarder et mentir, il était trop bon à ce jeu.
– Alors pourquoi ? Je t'y aurais emmenée, si seulement tu me l'avais demandé.
Il se renfrogna elle n'aurait pas dû avoir à le lui demander, il aurait juste dû l'y emmener. Il caressa ses cheveux, permettant à ses doigts de lisser les boucles.
– Tu t'es montré très clair la dernière fois que nous nous sommes parlés, fit–elle tandis que son corps se raidissait. Tu m'as dit très clairement que tu ne voulais plus rien avoir à faire avec moi. Je ne pouvais rien te demander parce que chaque fois que je suis venue, tu m'as repoussée.
Il se demanda si c'était lui qui l'avait rendue si dure ou si elle l'avait toujours été et qu'il ne l'avait tout simplement pas remarqué. Il effleura ses cheveux de ses lèvres et s'autorisa une faiblesse un instant s'autorisa à oublier que Lavande Brown les observait. S'autorisa à se noyer en Hermione, dans sa douce chevelure, dans l'odeur de roses sauvages qui l'enveloppait et semblait faire partie de sa peau. La fragrance était la même que celles des roses qui grimpaient le long des murs du Marais au printemps dont il avait glissé si amoureusement les pétales dans le parfum qu'il avait concocté pour elle à Noël. Brusquement, il voulait être là–bas avec elle, au Marais, en été. Il voulait lui montrer les endroits secrets qui avaient rendu supportables les ténèbres de son enfance.
Les yeux de Hermione étaient clos quand elle leva son visage vers lui.
– Embrasse–moi, chuchota–t–elle.
Son attouchement l'apaisait, la faisait se cambrer mais elle ne voulait toujours pas le regarder. Il voulait voir ses yeux, il lui soutint le menton.
– Regarde–moi.
Ses cils se soulevèrent lentement et elle lui révéla ses yeux, si expressifs, si plein d'hésitation et d'envie. Snape y lut une trop grande vulnérabilité et il sut qu'il devait contenir ses instincts primitifs. Il voulait l'emmener chez lui. Il voulait faire du Marais sa maison – leur maison. Il voulait tout lui donner et bien plus.
Mais il ne pouvait pas, pas tant que Krum était toujours une ombre derrière eux, pas tant que Krum pouvait encore la blesser. Il pressa le bout de ses doigts contre son diaphragme et la repoussa gentiment, ignorant son murmure de désespoir.
– Ne t'inquiète pas pour Krum, dit–il avec rudesse, reprenant sa maîtrise de lui. Je m'en occupe.
– Severus…
Il tourna les talons et surprit le regard de Lavande un bref instant, il hocha sèchement la tête avant de sortir de la pièce. Il lui semblait qu'il ne faisait que ça, la quitter. Sa frustration était aiguë. Il aurait été capable de défoncer la porte pour revenir vers elle s'il n'avait pas été accoutumé à réprimer ses sentiments. À la place, il s'éloigna, pincé et maîtrisé mais douloureusement conscient qu'il ne pourrait plus jamais contenir son attirance en lui.
oOo
– Je sais déjà pourquoi tu es là, lança Hermione en ouvrant la porte à Harry. Severus est déjà venu me dire à quel point j'étais stupide.
– Il n'a pas dit que tu étais stupide, intervint Lavande, avec logique. En fait, il a été très gentil avec toi et, si tu me demandes mon avis, il s'inquiète pour toi.
Hermione lui jeta un regard furieux.
– Eh bien, comme personne ne te demande ton avis, tu peux le garder pour toi.
Lavande haussa les épaules, pas offensée le moins du monde par le ton de Hermione. Cette dernière avait été bien pire cette semaine. Depuis qu'elle avait découvert que Hermione était enceinte, Lavande avait réalisé qu'elle devrait s'accommoder de ses sautes d'humeur jusqu'à ce qu'elles s'arrangent pour avorter ce fœtus.
Harry ferma la porte derrière lui et grimaça un sourire lugubre.
– Bien, je suppose que tu vas me détester parce que je vais probablement te poser les mêmes questions que lui.
Hermione s'assit insolemment sur son lit.
– Je ne sais pas quoi te dire.
– La vérité pourrait être un bon début. Mais à quoi tu as pensé ? Pourquoi tu n'es pas allée au procès ?
– Tu veux vraiment la vérité ?
Hermione avait l'air de l'accuser de quelque chose plutôt que de défendre ses actions.
– Bon, la vérité est simple, Harry, j'ai oublié. Voilà, t'es content, maintenant ? J'ai oublié ce putain de procès. J'ai merdé, tu te sens mieux ?
Harry la dévisagea, totalement incrédule.
– Tu as oublié ?
– OUI, J'AI OUBLIÉ. JE NE SUIS PAS PARFAITE ! J'AVAIS D'AUTRES CHOSES EN TÊTE ET J'AI OUBLIÉ !
Harry recula promptement d'un pas.
– Et pourquoi tu me cries dessus ?
– J'en ai marre de ça ! J'en ai marre que tout le monde pense que je n'ai aucun foutu défaut, comme si je ne pouvais pas commettre d'erreur…
– Ça, c'est une sacrée erreur à faire, Hermione. Je veux dire, tu as oublié ?
– Oui, Harry, j'ai oublié, je suis désolée. Excuse–moi de détruire les illusions que tu nourrissais sur moi.
Harry se tourna vers Lavande qui secoua la tête comme pour lui signifier qu'elle avait essayé de la raisonner mais sans succès.
– Si tu voulais bien te calmer et m'écouter. Tu sais que je ne suis pas en colère contre toi, pas plus que je ne t'accuse de quoi que ce soit. Je n'ai jamais eu d'illusions – ou alors elles se sont envolées depuis longtemps. C'est juste que je ne comprends pas, j'ai besoin que tu m'aides à comprendre comment on oublie un truc pareil. Qu'est–ce qui peut être plus important que ça ?
– Certaines choses ont changé, Harry. Et ces choses sont placées sous une perspective différente quand il y a beaucoup plus à envisager.
– Mais Krum a essayé de te violer puis de te tuer, Hermione !
– Et maintenant, il est parti ! Viktor n'est pas idiot, Harry. Il ne reviendra pas me chercher.
– C'est toi qui es idiote si tu penses que c'est vrai !
Hermione savait que Harry avait raison mais elle ne voulait pas y penser, elle ne pouvait pas ou alors, elle finirait par devenir complètement cinglée.
– Je ne sais pas quoi te dire, Harry. Je ne peux pas t'expliquer plus que je ne m'explique à moi–même.
– C'est ce truc avec Snape ? Tu es tellement ravagée que tu n'arrives pas à penser clairement ?
Harry pouvait difficilement croire une telle chose. Est–ce que Snape était d'une si brillante compagnie, un amant si incroyable que sa perte avait occulté toute autre chose ?
– Ça n'a rien à voir avec Snape, aboya Hermione.
Ce n'était pas entièrement vrai, le bébé était le sien. Et maintenant qu'elle l'avait revu, l'idée de se débarrasser de l'enfant semblait absurde, ramenant à la surface les doutes persistants qui la harcelaient.
– Alors, dis–moi pourquoi. Tu as eu peur d'être seule ? J'y serais allé avec toi, Lavande serait venue avec toi. Et, bon sang, si tu le lui avait demandé, Draco aussi !
– Non, Harry, ce n'est rien de tout ça. Ce que je t'ai dit est vrai, j'ai simplement oublié. Aussi pathétique que ça en ait l'air.
Harry resta silencieux. Lui aussi avait oublié, si préoccupé par ses propres problèmes qu'il n'avait pas eu une seule pensée pour elle. Mais et ses autres amis ? Et Lavande, elle connaissait la date du procès et elle n'avait rien dit, Snape ne s'en était pas rappelé, McGonagall non plus ou même Draco – quoique s'il avait pu, Harry ne savait pas où était sa loyauté en ce moment. Comment avaient–ils pu tous oublier ? Le monde magique s'était montré étrangement silencieux à ce sujet. La Gazette du Sorcier qui se jetait habituellement sur le moindre ragot, n'avait rien rapporté à propos de la déchéance de l'ancien Attrapeur et, à la connaissance de Harry, à part la lettre initiale, Hermione n'avait rien reçu. Pas de rappels, pas de réconfort, rien.
Pourquoi est–ce que le Ministère n'avait rien dit de plus ?
– Ils veulent étouffer l'affaire, marmonna Harry à voix haute.
Lavande dévisagea Harry.
– Quoi ? Qui veut étouffer l'affaire ?
– Le Ministère, répéta Harry, convaincu d'avoir raison. C'est la seule manière d'expliquer ce qui s'est passé. Il devait y avoir un sortilège sur la lettre… quelque chose… qu'une seule personne oublie, je peux le comprendre, mais nous tous ?
– Pourquoi est–ce que le Ministère voudrait étouffer ça ? demanda Hermione en tentant de raisonner.
Elle revenait un peu à elle maintenant qu'une autre théorie – autre que celle de sa propre stupidité – était mise en avant.
– Qu'est–ce que le Ministère doit à Krum ? Pourquoi est–ce qu'ils l'aideraient ?
Harry fronça les sourcils.
– Je ne sais pas… Mais Fudge nous a toujours détestés, alors peut–être que c'est son ultime effort pour nous faire du mal.
– Mais il est Ministre de la Magie !
– Plus pour longtemps, il le sait et il m'en a toujours blâmé. Il sait que le meilleur moyen de me blesser, c'est à travers mes amis.
– C'est une théorie joliment scandaleuse, suggéra Lavande.
– Mais c'est pourtant une théorie raisonnable, Lavande, conclut Harry. Et je ne pense pas que ça gênerait Fudge – ou Krum.
Hermione ferma les yeux et s'étendit sur le lit.
– Tu te rappelles comment c'était quand nous sommes arrivés ici la première fois ? J'étais toute excitée d'aller à l'école pour apprendre à utiliser la magie. Je pensais tellement que j'étais spéciale. Aucun de mes amis ne pouvait faire ça. Ils allaient tous dans une école moldue normale et moi, j'allais dans un endroit spécial. Puis je t'ai rencontré et toi, tu étais vraiment spécial… le plus spécial de tous les sorciers. Il semblait que pour tellement de gens, le temps s'était arrêté et qu'ils n'attendaient qu'une chose, que tu atteignes l'âge d'entrer dans leur monde – et j'ai eu le privilège d'être ton amie. Une de tes meilleures amies. Je ne me suis jamais sentie assez bien. Je croyais toujours que je devais me prouver que je le valais.
Harry la fixait comme si elle était folle.
– Mais pourquoi, Hermione ? Je n'ai rien de spécial. Il suffit de me connaître deux minutes pour le comprendre… et je suis plutôt borné quand on y pense. Si toi et Ron n'aviez pas été là, je ne me serais pas sorti de la moitié de la merde dans laquelle je me suis fourré.
– C'est faux, Harry, tu es plus intelligent que tu ne le penses. Je suis toujours bonne avec des livres. Si on peut l'apprendre, alors je peux le faire mais je n'ai pas l'instinct. J'ai toujours pensé que j'étais intelligente… Je pensais que nous étions intelligents. Nous avons passé la totalité de nos vies scolaires à essayer de déjouer intrigue après intrigue, recherchant l'aventure et ne récoltant souvent que des ennuis. Nous avons organisé le combat contre Voldemort. Nous l'avons fait et nous avons gagné. Le monde allait nous aduler et nous remercier et tout serait pour le mieux le reste de notre vie. Mais il y a eu un énorme défaut dans ce plan. Nous avons passé tellement de temps à nous battre et à nous organiser que nous avons oublié d'apprendre comment vivre le reste de notre vie… et regardons les choses en face, nous trois, on a provoqué un bazar épouvantable jusqu'ici.
– Non… balbutia Harry. Ce n'est pas vrai… On…
– Regarde–nous, Harry. Ron est à l'hôpital et il semble qu'il sera placé sous traitement pendant un bon moment, il a sauté sa belle–sœur qui l'a rendu accro à la drogue, l'a éloigné de tous ses amis et tu l'as trouvé dans une mare de son propre sang le jour qui a suivi la St–Valentin. Puis il y a toi. Tu as caché ta sexualité à tout le monde, même à toi. Quand enfin tu fais surface, tu craques pour quelqu'un que tu as toujours considéré comme ton ennemi et tu réussis à le séduire. C'est incroyable, tu l'envoûtes réellement et il tombe amoureux de toi, complètement et ensuite – juste après t'être arrangé pour le rendre amoureux au point d'être perdu sans toi – tu le plaques !
– Il y a une raison à ça, il…
– Je sais ce qu'il a fait !
Elle se redressa, frustrée.
– Tu m'as dit ce qu'il avait fait, tu me l'as dit une douzaine de fois mais peu importe ce qu'il a fait !
– Si, c'est important ! insista Harry.
– Mais, Harry, c'est ce que tu n'arrives pas à voir. Le monde n'est pas tout noir ou tout blanc, tu n'as jamais été capable de le comprendre. Oui, il a choisi la mauvaise option mais tu refuses de regarder au–delà de ce qu'il a fait afin de lui demander pourquoi il l'a fait.
– Il a dit qu'elle avait des informations…
Harry s'interrompit et grogna impatiemment. Hermione et Ron semblaient être dans le même camp, aucun des deux ne cherchaient vraiment à le comprendre.
– Peu importe. Je ne veux pas parler de Draco maintenant.
– Bien sûr que tu ne veux pas, parce que si tu le faisais, tu serais forcé d'admettre que le monde n'est fait que de nuances de gris. La guerre ne s'est pas terminée en nous laissant un monde merveilleux. La guerre s'est finie et nous avons dû apprendre les bases de la vraie vie et on a merdé – sérieusement merdé.
– On a dix–huit ans, Hermione, on est censés merder ! On a tout le temps pour merder !
– Pas moi ! s'écria Hermione. Je n'ai pas le temps de continuer à bousiller ma vie, à partir de maintenant je la prends en main !
– Tout ira bien, Hermione, on va s'occuper de Krum…
– Oh, j'emmerde Viktor, je ne parle pas de lui !
– Alors quoi ?
Harry la dévisageait, plus que confus maintenant.
– Pourquoi ce soudain empressement à grandir ?
– Parce que je le dois, ainsi mon enfant aura quelqu'un de responsable dans sa vie !
– Quoi ?
Hermione se mordit violemment la lèvre et détourna son regard. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle venait juste de lâcher sa bombe comme ça, sans y penser. Celle–qui–réfléchissait–à–tout venait de faire la même chose que ce dont elle avait toujours accusé Harry.
– Un enfant ? Quel enfant ?
Harry se tourna vers Lavande qui avait l'air de vouloir se glisser sous la porte.
– Quel enfant ? Tu sais de quoi elle parle, Lavande ?
– Je…
Lavande essaya désespérément de communiquer quelque chose à Hermione et adressa un haussement d'épaule impuissant à Harry.
– Qu'est–ce qui se passe ?
– Je suis enceinte, Harry, répondit calmement Hermione. Comme tu peux le voir, je dois me recentrer maintenant et je n'ai vraiment pas le temps de tout foutre en l'air.
Lavande paraissait confuse maintenant.
– Mais… et la potion ? Tu as dis que tu voulais t'en débarrasser.
Les yeux de Harry s'écarquillèrent.
– Tu vas avorter ?
Hermione sentit ses joues la brûler.
– Je…
Elle sourit à Lavande dans une tentative de réconfort.
– Tu avais raison, Lav, je ne veux pas m'en débarrasser. Je crois tout simplement que je suis incapable de faire ça.
Pour une raison quelconque, Harry et Lavande se sentaient soulagés mais avec le soulagement vint une douzaine de questions supplémentaires.
– Il le sait ? s'enquit Harry.
– Non, et il n'a pas besoin de le savoir, rétorqua Hermione, la voix raffermie.
– Mais pourquoi pas ? argumenta Harry. C'est son enfant après tout et il pourrait t'aider.
– M'aider comment ? Exiger que je m'en débarrasse ? Ou alors tu penses que, dès qu'il apprendra que je suis enceinte, il va rester près de moi à cause de son sens du devoir jusqu'à nous haïr tous les deux ?
– On ne peut pas le savoir... En fait, je pensais plutôt à une aide financière.
Hermione hocha la tête, Harry avait raison. Elle ne pouvait guère s'attendre à ce que Harry la soutienne.
– Je suppose que j'irai habiter chez mes parents.
– Pourquoi ? Je croyais que tu allais vivre avec Ron et moi.
– Je ne pensais pas que tu voudrais que je… pas maintenant…
– Je préférerais que tu vives avec nous, tu pourrais élever l'enfant comme un sorcier au lieu d'être coincée dans le monde des Moldus. De plus, ajouta Harry avec un sourire désabusé, je vais devenir un tonton Harry super cool.
Elle sourit et gloussa doucement.
– Alors, Ron, toi et moi, à nouveau ensemble. Je me demande si on sera heureux ou si on va devenir de morbides vieux salopards.
– Je suis sûr que nous serons heureux.
Hermione savait qu'elle ne devait pas le questionner mais elle ne put s'en empêcher.
– Et Draco ?
Harry se tendit.
– Draco retournera dans son Manoir.
– Et ensuite ? Tu penses qu'il va rester là–bas et se morfondre pour toi ?
– Non, il avancera dans sa vie c'est comme ça que les choses doivent être.
– Et comment tu te sentiras ? Comment tu te sentiras quand la Gazette du sorcier rapportera qu'il a rencontré une fille, qu'il va l'épouser ou fera un article sur la naissance de ses enfants ? Tu seras heureux alors ?
Harry cligna des yeux et se tourna vers la porte.
– Il se fait tard, murmura–t–il. J'ai besoin d'aller dormir.
– Tu n'as pas répondu à ma question.
– Il n'y a pas de réponse, lâcha Harry à mi–voix. Je ferai avec ce qui arrivera, c'est tout ce que je peux dire.
Il se dirigea vers la porte pour partir et, cette fois, Hermione ne l'arrêta pas.
oOo
Après avoir vu Hermione, la première impulsion qui traversa l'esprit de Snape fut de trouver Krum. Sans se soucier de la promesse qu'il avait faite à Dumbledore, il voulait débusquer Krum et s'en occuper une fois pour toutes. Pourtant, une autre part de lui savait qu'il ne pouvait pas revenir sur sa parole et que sa place était à Poudlard, là où Hermione était en sécurité. Il ne pouvait pas la laisser seule, sans protection. Il n'avait pas la moindre idée des ressources dont disposait Krum ni de sa roublardise. Il avait toujours considéré le Bulgare comme un imbécile mais selon l'expérience de Snape, même le plus idiot pouvait devenir rusé quand il voulait se venger.
Et Snape avait connu des hommes comme Krum toute sa vie. Il voudrait sa revanche.
Mais sans la possibilité de poursuivre l'homme, la seule option de Snape était de protéger le château lui–même. Pas que Poudlard ait besoin d'une telle protection. Ses barrières magiques avaient juste besoin d'un affinage contre une seule personne. Ainsi, à trois heures et demie du matin, travaillant sous une averse torrentielle, Snape terminait d'invoquer un cercle de protection qui incluait le terrain entier du château. Il avait travaillé sur ce cercle pendant des heures, sans vraiment remarquer la pluie tandis qu'il continuait sa progression, il plaça des sigils [1] et enterra une multitude de talismans jusqu'à ce qu'aucune partie du cercle reste sans protection.
Si Krum posait un pied sur le territoire du château, Snape le saurait. Chacun des talismans contenaient une variation du charme Proteus. Si Krum passait le cercle, le charme s'enclencherait instantanément. La première idée de Snape avait été de relier le charme à un pendentif autour de son cou qui aurait émis de la chaleur en vibrant, l'alertant à n'importe quel moment. Mais les pendentifs n'étaient pas fiables et il aurait pu ne pas le remarquer alors il prit une page du livre du Seigneur des Ténèbres et brûla le charme dans sa chair, à l'intérieur de son bras.
Il termina d'enterrer le dernier talisman et commença l'incantation qui invoquerait le charme protecteur.
– Ninok, matesh vey nok ta velina to nok.
Il soupira. Il détestait les incantations. Ça lui paraissait ridicule alors que le sortilège de mort, qui n'était que de la volonté soutenue par de la malveillance pure, se résumait à deux mots simples, raisonnablement faciles à formuler, un charme de protection était une incantation notoirement difficile dans un langage qu'il considérait comme assez proche d'un charabia quelconque.
Il toucha la terre avec le bout de sa baguette et marmonna le sort de Proteus ; la chair de son bras le brûla un instant puis s'apaisa. La brûlure formait une carte miniature, grossière et rudimentaire mais c'était une honnête représentation du territoire de Poudlard. Si Krum traversait le cercle, un point rouge brûlant se formerait à l'endroit où il avait passé.
Snape toucha la terre encore une fois, juste pour s'assurer que ça fonctionnait et sa peau le brûla encore une fois. Il vacilla un instant, notant pour la première fois qu'il pleuvait à verse et qu'il était trempé et glacé.
Elle avait paru si vulnérable ce soir. Une fois que sa colère et sa bravade se furent affadies, il avait pu voir à quel point elle était fragile. Elle était terrifiée. Il était certain qu'elle avait vraiment oublié le Wizengamot mais il n'arrivait pas à comprendre comment c'était possible. Krum l'avait presque violée et tuée. Comme pouvait–on manquer quelque chose d'aussi monumental que ça ? Mais bon, il avait été si préoccupé lui–même qu'il avait oublié le procès aussi – et c'était impardonnable.
D'une manière ou d'une autre, il semblait toujours immanquablement capable d'échouer pour ce qu'il aimait.
Et ce soir, alors qu'il voulait se montrer fort, alors qu'il se raccrochait aux moindres règles qui régissaient sa vie, il avait voulu s'assurer qu'elle savait qu'elle serait en sécurité et il avait failli craquer. Elle venait de laver ses cheveux. Ils étaient frisés et sentaient la rose. Il l'aimait comme ça.
La sensation revint. Celle où il voulait l'emmener au loin, l'emmener chez lui, au Marais et vivre heureux à jamais. Pendant un moment, il permit au fantasme de se dévoiler. Il n'avait pas à vivre à l'école. De nombreux professeurs avaient des maris ou des femmes, ils logeaient ailleurs et vivaient leur vie. Il pouvait faire ça. Il pouvait être autre chose que Snape, Maître des Potions et Responsable des Serpentard.
Il secoua la tête et délogea le fantasme qui s'y trouvait. Elle était jeune et elle avait la vie devant elle. Peu importait ce qu'elle désirait maintenant, il n'y avait aucune garantie que ça durerait. Elle se fatiguerait de lui et de son éternelle mauvaise humeur et le quitterait ou elle pouvait être comme sa mère et rester. Elle apprendrait à le haïr après un temps. C'était mieux de rester dans l'ombre de son existence et de la protéger afin qu'elle puisse profiter de sa vie.
Il reporta son regard vers les murs du château et décida de faire un autre cercle, juste pour faire bonne mesure.
oOo
Harry s'écroula dans son lit et se plongea la tête dans les mains. Hermione avait raison, ils s'étaient vraiment débrouillés pour tout bousiller. Il se demanda si elle allait dormir ou si elle s'inquiéterait au sujet de Krum ou de cet enfant à naître.
L'enfant de Snape, conçu avec sa semence. Harry se demanda de quelles parties il allait hériter. Est–ce que ce serait un enfant assez malchanceux pour être accablé par la physionomie de Snape, sa peau ou ses cheveux ? Est–ce qu'un tempérament était héréditaire ou Harry, Ron et Hermione arriveraient à fonder un foyer suffisamment heureux pour bannir entièrement la sévérité de Snape ? Harry ne savait pas quels événements avaient fait de Snape l'homme qu'il était. Était–ce le résultat de parents cruels ou d'un harcèlement scolaire implacable – orchestré la plupart du temps par James Potter et Sirius Black – ou est–ce que cette amertume et cette colère avaient une cause plus profonde, une sorte de défaut génétique dans la famille Snape qui avait fait de lui ce qu'il était à présent ?
Ils n'étaient guère préparés à élever un enfant ils arrivaient à peine à se débrouiller avec leur propre vie alors envisager de se charger de celle d'un autre… Et ils avaient des problèmes par–dessus la tête Viktor Krum en était un. Que ferait–il s'il découvrait qu'elle avait un enfant ? Est–ce qu'il verrait l'enfant comme une autre façon de la blesser ?
Harry releva la tête. Il devait s'occuper de Krum avant que le bébé n'arrive, avant que Hermione n'ait le temps de vraiment y penser et de s'inquiéter. Il ouvrit le tiroir de sa table de chevet et farfouilla à l'intérieur jusqu'à ce qu'il trouve la Carte du Maraudeur défraîchie et pliée. Il ne l'avait pas utilisée depuis longtemps, depuis octobre. Maintenant, elle avait plus une valeur sentimentale qu'une réelle utilité. Il avait à peine eu l'occasion d'y jeter un œil. Maintenant que la guerre était terminée, il n'avait aucune raison de surveiller les gens ou de rôder ici ou là.
Cependant, il pouvait l'utiliser maintenant, il l'extirpa du tiroir et l'ouvrit. Il savait quel sortilège utiliser. Quelque chose pour détecter Krum.
Comme il l'ouvrait, une photo tomba sur ses genoux. Harry sourit, il savait que c'était Draco. Elle avait été prise à Noël. Draco était vêtu de son pyjama de soie et avait un air échevelé. Harry avait utilisé l'appareil photo que Draco lui avait donné à Noël. Il se rappelait très bien cet instant, ils venaient de faire l'amour et Draco avait mis un pyjama en vitesse parce que Harry essayait de le photographier tout nu. Harry se souvenait même de son odeur ce matin–là, un mélange de sueur fraîche et de sexe.
Harry laissa courir ses doigts sur la surface de la photo et sourit encore une fois tandis que Draco lui souriait en retour.
Les paroles de Hermione revinrent le hanter. Comment se sentirait–il quand Draco sortirait de sa vie ? Comment supporterait–il le mariage de Draco, ses futurs enfants, sa vie sans lui ? Serait–il heureux de l'apprendre ? Pourrait–il passer à autre chose ? Pourrait–il tirer plaisir d'un autre corps que celui de Draco ? Quelque chose en lui ne voulait pas connaître la réponse à ces questions. Il savait qu'il devait apprendre à aimer quelqu'un d'autre, quelqu'un qui lui conviendrait mieux, quelqu'un de plus comme lui.
Mais il n'y avait personne d'autre comme lui. Draco était comme lui, plus que Harry n'aimait l'admettre. Quelque chose en lui le reconnut et lui dit que Draco était son seul amour.
Ce qui était vraiment stupide quand il y pensait. Comme pouvait–il être si convaincu que ça avait été de l'amour ? Ils avaient couché ensemble et décidé qu'ils s'aimaient. C'était fou.
Mais c'était de l'amour… ça avait toujours été de l'amour. Harry ne pouvait expliquer comment c'était arrivé, pas plus qu'il ne pouvait expliquer l'attirance de Hermione pour Snape. C'était juste quelque chose qui était arrivé, quelque chose en eux. Et maintenant, ce quelque chose en lui faisait mal.
Les gens rompaient tous les jours et ils s'en remettaient – Harry ne retira qu'un froid réconfort de cette réflexion. Il soupira et plaça amoureusement la photo sur la table et reporta son attention sur la carte.
Totalement dépliée, la carte aurait presque recouvert tout un pan de mur mais pour voir la frontière complète du château, elle avait besoin d'être ouverte. Le charme auquel il pensait était simple, si Krum traversait les frontières de l'école, son nom apparaîtrait en rouge vif. Harry n'était pas entièrement sûr de ce qu'il pourrait faire à la lumière du jour, il pouvait difficilement prendre la carte partout avec lui et la consulter toute la journée. Harry était quasiment certain que si Krum s'approchait du château, il le ferait au cœur de la nuit. Pendant la journée, l'école grouillait d'enseignants et d'élèves, beaucoup d'entre eux feraient tout ce qu'ils pourraient pour aider Hermione. La nuit, elle était sans protection. Bien que Harry sache parfaitement que Lavande était une sorcière compétente, il ne la pensait pas capable de défendre Hermione si Krum montait là–bas et l'attaquait – et un tel événement mettrait probablement Lavande en danger aussi.
Harry scruterait la carte toute la nuit s'il le fallait. Il continuerait à maintenir la sécurité pour Hermione et elle ne le saurait même pas. Pendant la journée, Harry la surveillerait en cours. Il mettrait de côté ses différends avec Draco et lui demanderait de la surveiller pendant les classes qu'ils partageaient sans lui.
Il jeta un coup d'œil à la photo posée sur la table et se sentit inextricablement excité. Il se mordit la lèvre.
N'y pense même pas.
Quoi ? Parce que j'ai rompu avec lui, je n'ai pas le droit de me branler en pensant à lui ?
Harry ne put s'en empêcher. Il sourit et s'étendit sur le lit en ouvrant la fermeture de son pantalon. Il se demanda s'il y avait de l'huile dans le tiroir, parce que c'était toujours bien mieux avec de l'huile.
oOo
Lucius pouvait parfaitement se rappeler le moment où il était devenu conscient. Il était à Azkaban, dans l'obscurité et il se nourrissait de quelque chose. Il ne pouvait penser à ça qu'en terme de nourriture, parce que manger avait une connotation entièrement différente. Manger était quelque chose qu'on faisait par choix, se nourrir était une nécessité. Donc il se nourrissait. Se nourrissait de quelque chose qui aurait aussi bien pu être son compagnon de cellule.
Nourrir son corps pour qu'il ne meure pas de faim. C'était un besoin primaire, quelque chose de si basique que son corps y répondait simplement. Et, au milieu de ce repas primitif, il avait pensé : Ça ne marche pas, les Détraqueurs ont gagné.
Puis il avait réalisé qu'il était en train de penser quelque chose indépendant d'un simple besoin. Pendant un instant, il s'était mentalement réjoui.
Mentalement réjoui. Mais pas physiquement. Il ne s'était pas attendu à ce problème. Quand il avait invoqué le charme, il avait compté sur son habileté pour s'aider. Mais son corps – une chose dont il avait toujours tiré une grande fierté – était inutile.
L'ange utilisé pour préserver son âme s'était arrangé pour protéger l'essence de son être, mais son corps, semblait–il, était en dehors de ses pouvoirs. L'être céleste avait durement combattu pour sortir. Si durement que Lucius avait cru qu'il allait déchirer son corps fragile, l'ouvrir et ne laisser derrière lui qu'une coque en lambeaux tandis qu'il retournerait dans son royaume.
Mais le sortilège fonctionnait bien, l'ange était prisonnier, destiné à le protéger, pas à détruire son enveloppe corporelle. Mais ça mettait une joyeuse pagaille dans son corps immobile.
Lucius avait fait un long chemin depuis ses débuts. Son esprit était maintenant sans cesse actif et, comme il n'avait rien d'autre à faire qu'à réfléchir, son habileté mentale était devenue tout à fait stupéfiante. Les choses qu'il avait cru autrefois impossibles, au mieux relevant du domaine du fantasme, semblaient faciles pour lui maintenant. Il pouvait communiquer mentalement, d'entières conversations qu'il pouvait aisément imposer dans la tête de quiconque était assez réceptif pour l'entendre. Et il pouvait voyager. Voyager à distance. L'esprit qu'il avait travaillé si dur à protéger était capable de vagabonder à volonté, transcendait les distances et allait chercher ceux qu'il voulait revoir.
Mais, à sa grande frustration, il ne pouvait parler à ceux qu'il visitait que dans leurs rêves et, inévitablement, ils voulaient se réveiller et oublier celui qu'il avait été.
Le choc et la terreur semblaient le forcer à remonter à la surface de son corps prisonnier. Une fois, pendant un infime moment, il était redevenu lui–même. Il avait appris sa leçon de la plus douloureuse des manières. Il avait été enlevé d'Azkaban, encore confus de sa situation, placé dans une boîte et amené au Musée des Arts Magiques et Antiquités. Un homme l'avait sorti de sa boîte, dévisagé comme s'il était fait d'or pur et l'avait appelé son ange. Il l'avait baigné, lui avait brossé les cheveux et vêtu avec révérence. La sensation avait été presque plaisante.
Mais ensuite, l'homme l'avait violé si brusquement et si violemment que Lucius s'était arraché une mèche de ses propres cheveux.
Non pas que le conservateur eût remarqué quoi que ce soit.
Maintenant, tout le travail qu'il avait fait sur son esprit, tout ce qu'il avait appris, allait se terminer. L'ange était en train de mourir. Il pouvait le sentir en lui. Il se roulait, se contorsionnait, s'arquait en lui et, une fois que l'ange serait mort, Lucius le serait aussi. Il passerait de l'autre côté – quel qu'il fût. Rien ne pouvait l'empêcher. Il pouvait très bien expliquer à Non comment briser le charme ou si ça n'avait été qu'un détail pour Severus Snape de venir accomplir une simple cérémonie ou administrer une potion, il l'aurait fait à la seconde. Mais ce n'était pas le cas. Pour ça, il avait besoin que Draco soit présent et faire venir Draco au musée était tout simplement hors de question.
Il connaissait bien son fils. Il savait que Draco ferait tout pour le sauver et il savait aussi quelle forte tête il pouvait être. Il ignorerait les dangers auxquels il devait vraiment prendre garde. Alors la seule réponse était de ne rien lui donner du tout aucune information, dans une tentative de lui faire croire qu'il n'y avait rien à faire. Il cesserait de parler à Non s'il le devait vraiment. Il avait passé son message à Snape : « Ne me sauve pas » et « Garde Draco éloigné ». Au–delà de ça, il n'y avait rien d'autre à dire.
La mort viendrait bien assez rapidement. Lucius pouvait sentir l'ange mourir alors ce n'était qu'une question de semaines jusqu'à ce que tout soit fini. Des mois, peut–être, s'il était malchanceux. C'était une sensation étrange que de savoir qu'on allait mourir et ne ressentir aucune crainte.
Jadis, il avait été terrifié par la mort. Lorsqu'il était enfant, son estomac se nouait d'appréhension à la perspective de la mort. Il était allé aux funérailles d'un oncle et il se rappelait sa mère qui faisait la liste des personnes qu'elle voulait pour son propre enterrement. Il avait dit qu'il voulait sa mère au sien – et elle avait ri et dit :
– Que tu es bête, mon garçon, je serai morte depuis bien longtemps.
Il n'avait pas mangé de la semaine, tellement sa détresse était grande. Il ne pouvait tout simplement pas imaginer ne pas exister, ne pas respirer – ne pas être. Il avait appris d'une partie de leur religion que son âme retournerait dans les Contrées de l'Été après la mort où elle se préparerait à sa prochaine incarnation. Mais il n'arrivait pas à se souvenir de son existence précédente et s'il ne pouvait pas s'en souvenir, quelle garantie avait–il qu'il se rappelle celle–ci ? Et il en avait déduit que s'il ne pouvait pas se souvenir de celle–ci alors il perdrait son identité propre, et s'il n'avait plus d'identité propre, de quoi serait fait sa réincarnation ? Est–ce qu'il allait revenir sous la forme d'un Moldu ?
Mais maintenant, il savait. Il y avait des destins pires que la mort et, en ce moment, il vivait l'un d'eux.
Archibald Semeuse. Lucius ne pensait pas qu'il y eût un châtiment plus adapté. Ici, incarné sous la forme d'un homme, c'était une torture qui aurait convenu à Lord Voldemort lui–même – sauf que Voldemort n'aurait pas été si écœurant – c'était dire. Et le Ministère, qui pensait que le livrer aux Détraqueurs étaient la pire chose à faire, l'avait offert involontairement au plus effrayant des hommes que Lucius eût pu concevoir un jour.
Archibald Semeuse. Qui oserait jamais admettre avoir engendré un tel homme ?
Le fait que son corps ne résistait plus à Semeuse était une mesure qui quantifiait le temps pendant lequel il avait été la marionnette de cet homme. L'ange restait inactif, il n'essayait pas de repousser le vieil homme et cela lui déplaisait au–delà de tout. Semeuse aimait la résistance, parce qu'il aimait savoir qu'il provoquait la douleur. Lucius s'était entraîné à s'agripper, à bouger ses membres lourds, à pousser les cris appropriés jusqu'à ce que Semeuse jouisse et se retire du corps passif sous lui.
Ce n'était pas comme si Lucius était étranger à ce genre de pratiques. Il avait déjà eu des amants par le passé et il les choisissait avec plus d'affection que lorsqu'il sélectionnait ses maîtresses. Ils s'embrassaient, se préparaient mutuellement jusqu'à ce que le sexe soit inévitable et quand ça arrivait, c'était toujours magnifique. Il n'avait aucune préférence, il aimait être au–dessus, comme en–dessous. Il pratiquait les deux. Severus avait eu un problème avec le fait d'être sous lui, ce qui l'avait surpris à ce moment–là mais la plus belle surprise de cette soirée avait été quand Severus avait pris le contrôle avec une aisance remarquable – bien trop grande, pour un gamin qu'il avait harcelé.
Mais cet enfoiré de Severus n'était pas là. Archibald Semeuse était un problème entièrement différent. Semeuse n'avait aucun intérêt pour les préliminaires, c'était soit ça, soit il n'en avait jamais entendu parler, ce qui était probablement plus effrayant encore. Semeuse semblait prendre plaisir à déchirer son corps non consentant et manifestement, il se plaisait à le faire saigner. Il aimait l'entendre pleurer. Il aimait provoquer autant de peine et de terreur que possible.
Bien plus que le sexe, Lucius haïssait ce qui venait après. Il détestait la manière dont Semeuse le caressait doucement, l'embrassait et lui murmurait des mots d'amour comme s'il les pensait vraiment. Il exécrait la façon dont Semeuse refusait d'utiliser la magie pour le laver, à la place, il utilisait ses mains pour essuyer le sperme et la merde ou quelle que soit la substance qui s'échappait de lui. Il détestait la façon dont Semeuse l'attirait contre lui pour dormir à ses côtés – comme un amant.
Lucius n'avait jamais passé une nuit complète avec quelqu'un d'autre que Narcissa. Occasionnellement – très occasionnellement – ils avaient été trois dans le lit mais il ne pouvait dormir qu'à côté d'elle. Avec Semeuse près de lui, Lucius découvrit qu'il rêvait qu'il était à la maison et que la personne à ses côtés était sa femme. Mais ce travestissement était pire que tout quand il se réveillait et se retrouvait blotti dans les bras du conservateur.
Ce n'était pas étonnant qu'il ne craigne plus la mort. Même si rien ne venait après, ce serait toujours mieux que ça.
Mais, alors qu'il n'avait pas peur de ce qui arrivait après, une chose le terrifiait au–delà de tout. Quand il mourrait – et ce serait bientôt – Semeuse chercherait–il à le remplacer ? Tant qu'il arrivait à maintenir la fascination qu'il exerçait sur Semeuse et, malgré les commentaires occasionnels, il éloignait le regard du conservateur de Draco. Mais, une fois mort, est–ce que Semeuse irait directement chercher Draco ?
Et maintenant que Potter avait abandonné son fils, Lucius pouvait sentir la peur devenir progressivement plus forte. Draco était son pire ennemi. Laissé seul la nuit, à boire pour oublier, il se rendait vulnérable.
– Il a besoin de quelque chose qui le garde là–bas, avait raisonné Lucius et il avait utilisé Non pour placer une garantie sur le chemin de Draco.
Lucius avait trouvé le chaton dans une gouttière, pas loin du musée. Il avait envoyé Non sur les toits pour récupérer l'animal. Ensuite, il avait emprunté la baguette du conservateur et placé un charme que Lucius lui avait appris sur la petite chose toute miteuse. Une fois ensorcelé, le chaton était positivement irrésistible.
Et, le plus important, il supplierait pour recevoir des soins. Lucius ne pensait pas que Draco quitterait le château de nuit encore une fois.
– Toujours avec moi, Lucius ?
Lucius revint de son vagabondage mental et se concentra sur le conservateur.
– Où étais–tu, mon ange ?
– Nulle part, je suis juste un peu fatigué.
C'était un mensonge mais il provoquait la sensation d'un sourire dans le cœur du conservateur et il devenait très doué à ce petit jeu.
– Tu est si beau, mon ange, si beau. Tu dormiras très bientôt.
Quelque part, profondément en lui, autre que l'abus du conservateur, il ressentit une douleur le transpercer. L'ange n'allait pas s'en aller paisiblement.
A suivre…
NdT :
[1] Un sigil ou sceau est une figure graphique qui représente, en magie, un être ou une intention magique. Le sigil était souvent utilisé afin de se référer aux signes occultes représentant les divers anges et démons que le magicien invoquait.
Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.
Bisous.
Falyla
