Titre : Objects of Desire

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Auteure : Azrael Geffen

Traductrice : falyla

Correcteurs : falyla/Florent

Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape

Rating : M/NC-17

Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)

Etat de la traduction : terminée

Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.

Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.

Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.

Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.

Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.

Note de la traductrice : Merci beaucoup pour vos commentaires, j'apprécie vraiment.

Bonne lecture.

Chapitre 18 (3ème partie)

Hermione entra en trombe dans la chambre de Harry, sans prendre la peine frapper et ignora le bruit de frottement et la confusion qui s'ensuivit quand l'unique occupant de la chambre se débattit pour mettre la main sur la literie.

– Habille–toi, Harry, ordonna–t–elle sur le ton qu'elle avait l'habitude d'employer lorsqu'elle avait une idée derrière la tête puis elle s'assit sur le bord du lit. J'ai réfléchi.

– Qu'est–ce que tu as vu ? s'enquit Harry, la voix anormalement perchée tandis qu'il relevait les couvertures autour de lui.

– Vu ? Oh, tout. Jolie queue. Maintenant, j'ai réfléchi à propos de tout ce truc avec Draco.

– Tu ne peux pas juste entrer comme ça, sans frapper !

– Oh, pour l'amour du ciel, Harry, peu importe ce que j'ai vu, tu es gay !

– Et alors ? Toi, tu l'es pas ! Et je ne veux pas que tu me voies me…

– Te branler ? Harry, je me fiche de ce que tu fais… Maintenant, à propos de Draco…

– Je ne vais pas chez toi quand tu te masturbes !

– Tu vas te calmer et m'écouter ?

Les joues de Harry flamboyèrent.

– Très bien… Tu as pensé à quoi ?

– À Draco…

Elle fit une pause pour ménager son effet.

– … et à tout ce truc sur la torture des Moldus.

Harry pinça les lèvres mais ne dit rien. Cependant, il ne l'interrompit pas parce qu'il était intéressé. Il voulait juste qu'elle ne croie pas qu'il mourait d'envie de l'entendre.

– Bon, tu n'as jamais rencontré Regina mais moi, si et je te le dis, j'aurais voulu la battre à mort avec ses propres membres et je suis bien plus patiente que Draco – alors je suis stupéfaite qu'il ne l'ait pas tuée…

Elle surprit le regard de Harry et leva les yeux au plafond.

– Bref, quand j'ai confronté Severus pour savoir, il n'a pas voulu tout me dire, mais il a glissé qu'elle avait quelque chose à voir avec Lucius Malfoy. Tu as dit que Draco avait tenté de justifier ce qu'il lui avait fait en disant qu'elle avait des informations sur son père. Alors, j'ai réfléchi à tout ça et je me suis souvenu que j'avais lu le journal intime de Lucius Malfoy le jour de la St–Valentin et…

– Waouh, attends une seconde, le journal intime de Lucius Malfoy ?

– Oui, tu vois, c'est ça le truc, avec tout ce qui s'est passé avec Ron, ça m'était sorti de l'esprit puis, quand tu es parti ce soir, j'ai commencé à y repenser.

Pendant un infime instant, un froncement de sourcil plissa son front, comme si elle se mettait à réfléchir aux autres de ses propres problèmes qu'elle pouvait s'ôter de l'esprit, se concentrer sur Harry lui faisait du bien. C'était presque comme si elle s'imposait une sorte de contrôle sur les choses.

– Ce que j'ai lu était une incantation, un sortilège de protection contre le Baiser des Détraqueurs.

– Mais tu ne peux pas te protéger du Baiser des Détraqueurs, ils t'aspirent l'âme, c'est comme ça qu'ils se nourrissent. Les gens l'ont vu recevoir le Baiser, Hermione.

– Je sais… mais je crois vraiment qu'il a fait quelque chose. Je veux dire, Severus a tout le temps le nez dans ce bouquin…

– Ce doit être un gros livre.

Elle lui jeta un regard plein de mépris.

– Et pourquoi Draco risquerait tout en faisant ce qu'il a fait à Regina si ce n'était parce qu'il a une chance d'aider son père ?

– Quoi que tu penses que Lucius Malfoy ait fait, Hermione, ça n'a pas pu marcher. Je n'ai pas été à l'exposition mais j'ai parlé avec plein de gens qui s'y sont rendus – et j'ai vu une photo dans la Gazette du Sorcier. Il n'était pas là, c'était juste son corps. Ron disait qu'il ressemblait à une poupée géante.

– Je sais, mais si ça avait fonctionné ?

– C'est impossible.

– Mais si ça avait marché quand même ?

– Je ne te suis pas, Hermione. Comment tu peux croire ça ?

– Et s'il était comme bloqué ? S'il était dedans mais que son corps ne fonctionnait pas… Comme si son corps était dans un cercueil mais qu'il était vivant à l'intérieur ?

Harry se sentit un peu malade. Lucius Malfoy. Tout revenait toujours à lui finalement.

– Tu crois qu'il est conscient de ce qui se passe autour de lui ?

– Oui !

Hermione avait l'air excité, bien plus que Harry.

– Et je crois que Severus et Draco le savent. Je crois aussi que cette femme – Regina – sait ce qu'il a fait et comment le libérer – ou du moins, Severus et Draco pensent qu'elle le sait.

– Et elle ne voulait rien dire à moins qu'il ne couche avec elle, conclut Harry à mi–voix.

Hermione acquiesça, toute agitée.

– Et il n'a pas voulu te tromper alors il a utilisé le Doloris pour tenter de la faire parler.

Harry grimaça ; ce genre de romantisme était tordu. Mais c'était toujours mal, toujours impardonnable.

– Il a pas la moindre putain d'idée de ce qui est bien ou mal, marmonna vicieusement Harry.

– Il croyait faire ce qui était juste pour toi, raisonna Hermione. Il t'aimait, il t'aime encore…

Elle croisa les yeux de Harry.

– Mais c'est au–delà du problème. Alors, j'ai réfléchi à Lucius Malfoy et à la possibilité que j'aie raison et ça m'a conduit à penser que peut–être… bon, plus que peut–être, je suis joliment sûre qu'ils vont essayer de le libérer.

Quoi ?

– Severus et Draco vont essayer de libérer Lucius Malfoy.

Le sentiment de malaise de Harry empira.

– Ils ne peuvent pas faire ça ! Hermione, on ne peut pas les laisser faire ça !

– Eh bien, on doit les arrêter, non ?

– On peut aller voir Dumbledore, fit Harry, presque pour lui–même. Il saura quoi faire…

Harry regarda Hermione, les traits troublés.

– Mais Draco aura probablement de sérieux ennuis.

Et il me haïra pour ça.

– Severus aussi, rétorqua Hermione.

– Ouais, lui aussi. Mais on ne peut pas les laisser libérer Malfoy, alors on n'a pas le choix.

– On pourrait les arrêter nous–mêmes.

– Comment ? demanda sobrement Harry. Comment on va les stopper ? Je ne veux pas être celui qui va les confronter. Draco me lancera un mauvais sort si j'essaie de l'arrêter. Une des choses que j'ai apprise quand j'étais avec lui, c'est que personne ne peut critiquer son père sans se faire jeter.

Hermione sourit diaboliquement.

– Je sais, mais je pense qu'ils auront des problèmes à le faire sans ceci.

Elle fouilla dans ses robes et tira un livre de cuir relié de sa poche. Harry faillit rire et n'en crut pas ses yeux.

– Tu as volé le journal intime de Lucius Malfoy ?

– Je pense que voler est un peu sévère, confisquer conviendrait mieux.

– Comment ? Comment tu l'as eu ?

Hermione eut une geste de la main pour balayer sa stupéfaction.

– Severus n'a pas changé le mot de passe de sa porte depuis des années, je dirais. Je me suis contentée d'attendre qu'il quitte ses appartements pour y aller.

Elle le tendit à Harry.

– Je crois que ça pourrait faire un bon livre de chevet avant d'aller au lit.

Harry fixa le journal qu'il tenait dans ses mains. S'il y avait une personne qu'il ne voulait pas découvrir, c'était bien Lucius Malfoy. Harry aurait été heureux de se rendre sur sa tombe sans penser que cet homme possédait un autre côté que celui d'un salopard démoniaque mais, plus Harry en apprenait, plus il réalisait que Lucius Malfoy n'était pas entièrement le monstre qu'il avait prétendu être. Et maintenant, il y avait toute sa vie couchée dans un livre que Harry allait lire.

Il ne voulait pas le lire. Il ne voulait pas savoir ce qu'avait écrit Lucius Malfoy. Les Mémoires d'un Mangemort ?

– Bon sang, qu'est–ce qu'il a bien pu mettre là–dedans qui peut m'intéresser ? questionna Harry, renfrogné, essayant de se convaincre qu'il n'y avait rien pour lui dans le livre.

Le journal intime parut sauter dans ses mains et atterrit sur les couvertures, les pages en mouvement. Avant que Harry eût pu le reprendre, les pages se mirent à tourner, de plus en plus vite jusqu'à ce que Harry ne puisse plus les distinguer. Occasionnellement, ils s'arrêtaient une infime seconde, offrant à Harry un aperçu tentant des mots manuscrits avant de repartir.

Puis il commença à cracher des photos sur lui, le frappant au visage, piquant sa peau chaque fois qu'une photo tombait sur ses genoux la pile grandit rapidement. Elles représentaient toutes Draco, chacune d'elles. Draco à la naissance, Draco à un an, Draco dans le bain, Draco mangeant son premier repas solide, les premiers pas de Draco, Draco jouant dans le jardin, Draco piaillant dans l'épaule de son père. Elles continuèrent à affluer et Harry secoua la tête, acceptant que le livre avait répondu à sa question et il repoussa les photos en criant pour que cela cesse.

Et ce fut le cas. Le livre retomba, immobile, ouvert sur un passage qui suppliait d'être lu. Harry fit courir son doigt le long de la page, sur l'écriture manuscrite tarabiscotée et sur les mots qui pourraient peut–être lui dire quelque chose qui contrecarrerait sa résolution de rester loin de Draco.

– Tu vas le lire ? s'enquit Hermione.

– Non…

Harry inspira avec difficulté.

– Je ne sais pas si je veux lire quelque chose que Lucius Malfoy a écrit.

Hermione sembla surprise personnellement, elle pensait que Harry était dingue parce qu'elle aurait adoré commencer à lire ce livre. S'il avait découvert une incantation pour se protéger du Baiser des Détraqueurs, c'est qu'il possédait une sorte de génie et elle ne pouvait qu'imaginer les autres joyaux que contenait le journal. Elle savait aussi que Severus était proche de Lucius alors elle était certaine d'y trouver quelque chose sur Severus, quelques morceaux de choix cachés qu'elle serait ravie de lire.

Elle dévisagea Harry et ils baissèrent les yeux vers le livre.

– Bien, fit Harry avec réticence, peut–être que ce sera une bonne lecture du soir.

Hermione afficha un sourire triomphant.

– Pousse–toi, je vais rester ici cette nuit.

Harry hésita puis se déplaça. Hermione enleva sa robe de chambre qui révéla son pyjama et s'apprêta à soulever les couvertures.

– Hum… 'Mione ?

– Oui ?

– Tu peux me passer mon boxer avant d'entrer dans le lit ?

Hermione rit. Ça faisait du bien d'arrêter de s'inquiéter, même pour une seule nuit.

oOo

Le matin vint trop vite. Hermione ouvrit les yeux et se renfrogna aussitôt. La pièce était encore sombre mais elle arrivait à distinguer la faible lumière qui filtrait par la fenêtre. C'était le matin et elle n'était pas seule. Un bras lourd enveloppait sa taille et un corps chaud se pressait contre elle, la respiration régulière, entraînant son propre corps dans l'élévation et l'abaissement constant d'un torse ferme.

Pendant un instant, elle en fut désorientée. Le bras qui la tenait était solide et musclé. Plus jeune que celui de Severus. Il lui fallut une bonne minute pour réaliser que le bras appartenait à Harry. Puis, brusquement, son estomac se retourna et elle s'assit, une sueur brûlante courant le long de sa nuque.

– Oh, mon dieu, fit–elle en repoussant le bras de Harry, réprimant un haut–le–cœur.

Harry remua, délogeant le journal intime qui reposait près de sa hanche. Le lit fut recouvert d'illustrations, de photographies, de fichets et de fragments d'écriture et de poésie. Apparemment, Lucius Malfoy avait conservé tout ce qui lui tombait sous la main, y compris les emballages de bonbons et le cordon ombilical de Draco.

– Ça va ?

Harry s'assit à son tour et fit lentement courir sa main dans ses cheveux emmêlés puis lui caressa gentiment le dos.

– Je vais bien… Je suis juste malade. Apparemment, c'est normal. J'ai été chanceuse jusqu'à maintenant. Je n'ai pas tellement eu de nausées… mais ces derniers temps, c'est plutôt horrible… et ce n'est pas que le matin.

– Je peux te donner quelque chose ? J'ai un peu de potion contre les migraines… mais ça ne t'empêchera pas de dégobiller.

– Non, ça va. Lavande dit que je devrais manger plus. Quand sa mère était enceinte, elle ne jurait que pas la nourriture.

Harry n'avait rien à manger dans sa chambre, ce qui était plutôt rare si on considérait qu'il faisait un voyage hebdomadaire chez Honeydukes pour se réapprovisionner en sucreries.

– Ça va aller, répéta Hermione en inspirant profondément plusieurs fois. Ça va passer… J'en suis sûre.

Harry se mit à ramasser le contenu du journal. En dépit de sa détermination à ne pas le lire, il s'était laissé tenter et, à la fin, il s'était retrouvé aussi fasciné que Hermione l'avait été avant lui. Lucius Malfoy avait reçu son journal intime pour ses quatorze ans et il y écrivait depuis ce jour–là. Il y avait consigné absolument tout, depuis la description détaillée de la perte de son pucelage le jour même où on lui avait offert le journal, en passant par la plainte d'un genou écorché lors d'un entraînement de Quidditch. Il semblait que rien n'échappait à ses notes. Harry et Hermione étaient arrivés la naissance de Draco et ils avaient lu une grande partie de la nuit. Ils avaient l'impression qu'il n'y avait aucun moyen de le finir un jour.

Ils étaient encore loin de découvrir comment il avait fait pour échapper au Baiser des Détraqueurs et, bien que Harry sût qu'ils pouvaient interroger le livre et qu'il pouvait même leur montrer la réponse, il ne pensait pas qu'il voulait le savoir. Il ne pouvait pas se permettre de laisser Draco et Snape libérer Lucius Malfoy, mais lire ce journal ne faisait que rendre cet homme plus humain et plus digne d'être sauvé à ses yeux. Et Harry ne pouvait pas le supporter. Il ne pouvait pas admettre qu'il fut si humain, si ordinaire. Lucius Malfoy était coupable d'avoir assassiné des innocents. Il était dangereux et ne méritait aucune pitié. Bien que Harry ne pouvait accepter ce que le conservateur faisait, il ne pouvait pas autoriser qu'on le délivre pour faire Merlin seul savait quoi.

La meilleure chose à faire était de cacher le journal, de le mettre hors de portée de ceux qui pouvaient causer des dommages. Pour le bien de tout le monde.

oOo

Draco avait cessé de sortir. Il ne savait pas pourquoi. Au moins quand il sortait, il pouvait ôter de sa tête le fait qu'il était là, seul, sans rien ni personne pour lui tenir compagnie. Bon, il n'était pas entièrement seul, il y avait Miss Kitty. La petite chatte laissait une zone réconfortante de chaleur au beau milieu de son lit mais elle n'était pas comme cet agréable enchevêtrement de membres, ce souffle chaud, ce torse parfait qui se soulevait au rythme de la respiration et elle ne sentait pas comme lui.

Il devait vraiment s'en aller. Il voulait partir. Son nom était Draco Malfoy, par Merlin, il n'avait nul besoin de finir l'école ! Il n'avait pris la peine de revenir à Poudlard que parce que sa maison grouillait d'Aurors ils étaient partis depuis longtemps maintenant et la maison était à nouveau vide. Il connaissait bien cet endroit et il était aussi en sécurité là–bas qu'il l'était à Poudlard. Il voulait rentrer chez lui – il pouvait le faire. Il avait assez d'argent pour vivre une centaine de vies extravagantes. Il n'avait assurément pas à faire quelque chose d'aussi bassement terre à terre que de travailler. Il pouvait faire ses bagages, prendre Miss Kitty sous son bras et s'en aller.

Sauf qu'il ne partait pas. Malgré le fait que ni Harry, ni Snape ne faisaient quoi que ce soit pour l'aider dernièrement en dépit de tout, il restait à Poudlard. Il ne savait pas pourquoi il restait. C'était entièrement de la faute de Harry et il pouvait sentir à quel point il était devenu pathétique. Rester pour Harry, un type qui ne lui avait pas parlé depuis un mois. Rester, misérablement, pour quelqu'un qui l'évitait à n'importe quel prix.

Il avait envisagé d'aller vers Harry et d'essayer de lui expliquer ce qui s'était passé. Tout expliquer depuis le commencement, ne rien omettre et espérer que peut–être – s'il connaissait cette sordide histoire dans son intégralité – Harry pourrait peut–être comprendre la raison qui avait poussé Draco à traiter Regina comme il l'avait fait.

Regina était partie et Snape n'avait rien dit à son propos. Snape se fermait à présent à Draco dès que Lucius était concerné. Il semblait que tous ceux qui importaient dans la vie de Draco avaient érigé une sorte de mur autour de lui et qu'il se trouvait maintenant face à de grandes parois froides. Il avait longtemps souhaité revenir en arrière, quand il ne se souciait de personne. Il avait rapidement atteint un point où il sentait qu'il allait devenir dingue à s'inquiéter comme ça. Ce n'était pas juste. Il ne voulait pas de cette émotion, il ne voulait pas constamment se sentir comme si le monde s'écroulait autour de lui. Seigneur, il commençait à comprendre ce que Weasley avait ressenti !

Alors il avait cessé de sortir et il était resté dans sa chambre à fumer de l'herbe, à boire du gin pendant qu'il caressait distraitement Miss Kitty. Oh, il avait aussi étudié… et s'était masturbé lorsque l'absence de Harry était devenue insupportable.

– Qu'est–ce que je dois faire, Miss Kitty ?

Miss Kitty leva sa tête aux poils bouffants et le regarda de ses yeux émeraude. Elle avait des yeux incroyables, comme les yeux de Harry. Il avait commencé à se demander si c'était une chatte si moldue que ça, après tout. Elle se lécha la patte arrière et tomba sur le côté.

– Stupide chatte.

Miss Kitty leva la tête, offensée, puis s'installa sur ses genoux. Il caressa doucement sa fourrure.

– Je devrais rentrer chez moi. Tu aimerais l'endroit, Miss Kitty. Il y a beaucoup de pièces où tu pourrais courir et l'été, tu pourrais jouer dans le jardin. On a des canards dans l'étang et tu pourras les chasser. J'adorais ces canards. Quand j'étais petit, je les chassais sur toute la pelouse. Ma mère croyait toujours que j'allais tomber dans l'étang et me noyer alors elle demandait à mon père de me courir après. Il prétendait toujours qu'il n'arrivait pas à m'attraper – et je ne suis jamais tombé dans l'étang.

Oh, bon sang, voilà que je deviens sentimental. La cuite pleureuse, y a-t–il quelque chose de pire ?

– Ils voulaient un autre enfant, pour que j'aie quelqu'un avec qui jouer, mais ça ne s'est pas fait… ils n'ont pas pu… une sorte de stupide infection que Ste–Mangouste n'a pas pu arranger. Ils n'en ont jamais parlé.

Il fixa le mur sans le voir et comprit qu'il était incroyablement défoncé et très, très bourré – il avait envie de pleurer.

– En quelque sorte, je suis content qu'il n'y ait eu personne d'autre. J'aimais être enfant unique. J'aimais avoir toute leur attention.

Il marqua une pause, fuma un peu plus et prit un autre verre.

– Ils s'aimaient vraiment. Personne n'a jamais pu le comprendre. Ils avaient plein d'amants et même leurs amants ne les ont jamais compris. Les amants étaient si bas au pied de l'échelle, que le terme même d'amant était surfait, c'étaient juste des gens avec qui ils baisaient, et ils ne duraient jamais longtemps. Mes parents revenaient toujours à la maison pour la nuit et, malgré leurs chambres séparées, ils dormaient très souvent ensemble. Parfois, j'allais m'asseoir devant la porte de la chambre de mon père et je les écoutais. Parfois, ils parlaient, parfois ils se disputaient, parfois ils riaient et parfois ils faisaient l'amour.

Il s'interrompit. Le besoin de pleurer se fit soudainement accablant. Il aurait aimé être encore cet enfant–là, le salaud plein de morgue, qui avait Crabbe et Goyle à son entière disposition et un père puissant que tout le monde craignait.

Il regrettait que ce ne soit pas Noël, il serait descendu précipitamment dans le couloir pour y trouver ses cadeaux. Il regrettait que ce ne soit pas Noël, il leur aurait parlé et la guerre ne serait pas arrivée. Il regrettait que ce ne soit pas Noël, il aurait fait l'amour à Harry et Harry reviendrait vers lui, encore et encore.

– Harry ne reviendra pas, n'est–ce pas ? demanda Draco en baissant tristement les yeux sur sa chatte. J'ai vraiment merdé sur toute la ligne, hein ? Je ne lui ai jamais rien dit. Je ne lui ai jamais montré les choses qu'il voulait voir. Je lui ai caché tout ce qui me concernait et maintenant, il me déteste.

Il gratta la chatte derrière les oreilles et but directement à la bouteille.

– Je ne t'ai jamais rien caché à toi, hein Miss Kitty ?

Miss Kitty lâcha un miaulement endormi.

Draco savait qu'il aurait dû sortir. Il savait qu'il n'aurait pas dû être là, seul dans sa chambre à fumer de l'herbe, à boire du gin, à converser avec un chat.

Malgré tout ce qu'il avait dit ou fait, à l'évidence, l'amour seul n'était pas suffisant. Il était censé partager des choses aussi, tout partager de sa vie, et pas uniquement les bribes qu'il pensait pouvoir dévoiler à son amant. Il n'avait jamais donné à Harry cette foutue Pensine quand celui–ci l'avait demandée. En quoi cela aurait–il été difficile ? Il aurait pu acheter une Pensine assez facilement on pouvait en trouver à Pré–au–Lard si on savait où regarder. Mais bien sûr, il ne l'avait pas fait. Il ne lui avait pas donné plus d'un pouce – et qu'est–ce que ça pouvait bien lui faire si Harry apprenait ce qui s'était passé avec Maugrey ? Avait–il été si traumatisé qu'il ne l'avait pas surmonté ? Bien sûr que non, il était là maintenant, pas vrai ?

Mais il était trop tard maintenant. Ce n'était pas comme s'il n'avait qu'à donner ce stupide truc à Harry maintenant. Même s'il le faisait, Harry ne voudrait pas s'y plonger de toute façon, et même s'il le faisait, ça ne ferait la moindre différence. Il n'y avait donc aucune raison de lui en donner une, aucune.

Sauf que Harry la voulait vraiment et il n'y avait aucun mal à lui donner ce qu'il voulait vraiment, même s'il ne le voulait plus. Peut–être qu'il pouvait se contenter de donner la Pensine à Harry, la lui donner sans espoir ni but caché, juste la lui donner parce qu'il la voulait. Même si ce n'était probablement plus le cas.

Il reposa le gin et écrasa le joint. Il allait dormir et ensuite il y réfléchirait. Demain.

oOo

Snape vida précipitamment le dernier tiroir de sa table de chevet sur le sol et fouilla à travers le contenu en désordre. C'était son dernier essai et il le savait. C'était son tiroir à bazar, la seule chose dans sa vie qui n'était pas bien organisée il contenait une douzaine de vieilles clés, deux assiettes ébréchées, de vieilles bouteilles d'encre sèche, un truc qui devait être un poison mortel et quelques photos froissées de l'adolescent maussade qu'il avait été un jour et – beurk – la photo de mariage de ses parents.

Mais pas de journal.

Bon sang, mais où était ce foutu journal intime ? Il en avait besoin, en dehors du fait qu'il n'en avait toujours pas découvert tous les secrets, toutes ses notes étaient à l'intérieur du livre. Chacune des bribes d'informations qu'il s'était efforcé de rassembler étaient glissées sans risque dans un endroit qu'il croyait sûr. Il l'avait presque résolu, seules une ou deux choses avaient besoin d'être décryptées ensuite il aurait la réponse qu'il cherchait. Il savait ce qu'il avait à faire et il savait presque comment le faire.

Il ne s'était pas vraiment attendu à ce que le journal intime disparaisse. Il n'était pas là, pas dans la chambre. Ce qui signifiait que quelqu'un l'avait pris.

Draco avait juré solennellement qu'il ne l'avait pas touché et Snape le croyait. Draco était bon en potions mais il n'était assurément pas génial. Les Métamorphoses étaient le point fort de Draco et il n'aurait pas risqué la vie de son père en tentant de concocter la potion lui–même. Il en savait aussi très peu sur ce qu'il fallait chercher et il devait admettre qu'il n'avait pas partagé beaucoup avec Draco ces derniers temps. Severus estimait qu'il devait s'en tenir fidèlement aux vœux de Lucius.

Mais la perte du journal intime avait durement frappé Draco. Il n'était pas en aussi bonne condition qu'il y paraissait la perte du journal de son père signifiait également la perte d'une sorte d'espoir. Snape avait silencieusement maudit Potter d'avoir quitté Draco au pire moment possible. Draco avait toujours été fort – et pas qu'un peu rancunier. Au début, ça avait été le résultat de son intime conviction qu'il était parfaitement supérieur aux autres mais, comme son père, sa force ressortait aux yeux de tous quand il était à son point le plus bas. Snape avait observé l'enfant devenir un homme en ce qui semblait une seule nuit. De l'instant où Alastor Maugrey avait versé l'acide sur son corps sain au moment où Draco avait vu le Détraqueur fondre sur son père, Draco avait redressé la tête et l'avait surmonté. Il s'était relevé et avait reconstruit sa vie.

Alors qu'avait donc fait Potter pour que son départ entraîne un tel état de dépression ? Pouvait–ce n'être que le simple échec de la première relation amoureuse qui importait pour lui qui avait été la goutte de trop ? Ou était–il possible que Potter soit l'amour de sa vie et qu'il ne puisse honnêtement pas continuer sans lui ?

L'idée même était ridicule et Snape refusait de s'y attarder plus d'un instant. Draco et Potter, ça semblait une abomination. Ce n'était rien de plus qu'une stupide tocade et Draco la surmonterait en temps voulu. Il était juste vulnérable en ce moment, c'était tout.

Snape se leva et donna un coup de pied inefficace dans le bazar qui jonchait le sol. Mais où était ce foutu journal ? Pourquoi quelqu'un le lui avait–il pris ? Qu'il y avait–il à gagner à le prendre ? Qui pouvait être intéressé par les trivialités de la vie de Lucius Malfoy ? C'était tout ce que le journal était. En dehors de la potion, il contenait vraiment peu de choses qui puissent intéresser quelqu'un qui ne le connaissait pas. Il n'y avait pas de grandes révélations sur Voldemort ou sur des Mangemorts qui auraient pu échapper aux tribunaux. La plus grande partie du journal n'était rien d'autre qu'une accumulation de pensées aléatoires sur tout et rien qui surgissaient dans l'esprit de Lucius.

Il y avait de tout, de la colère qu'il avait piquée parce que Florien Fortarôme avait décidé de ne plus fabriquer son parfum de glace favori, en passant par un exposé plutôt intéressant sur ce que le sortilège Doloris lui avait fait la première fois que le Seigneur des Ténèbres l'avait jeté sur lui. Mais rien ne pouvait être utilisé par quiconque.

Peut–être, songea Snape, les yeux vides, que je l'ai juste égaré et que je vais le retrouver.

Il y avait une première fois à tout.

oOo

– Tu vas bientôt renter chez toi.

Ron regarda Pansy qui observait le jeu d'échec. Il avait enfin trouvé un adversaire qui allait vraiment lui botter le cul.

– Oui, fit–il à mi–voix, la semaine prochaine.

– Ta mère va être contente, hein ?

Ron acquiesça.

– Ouais, elle attend depuis des lustres que je rentre… Je ne lui ai pas encore annoncé que j'allais emménager avec les autres quand l'école sera finie.

– Les autres ?

– Harry et Hermione.

– Oh.

Elle resta silencieuse, absorbée une nouvelle fois par les pièces de l'échiquier.

– Ça va ?

Elle le dévisagea en clignant des yeux.

– Moi ? Oui, très bien.

Elle sourit et essaya de se montrer un peu plus joyeuse.

– Draco est venu un peu plus tôt, dit–elle, il n'a pas l'air bien.

– Vraiment ? s'esclaffa Ron. Quand Harry est venu, il n'avait pas l'air brillant non plus. Mais c'était il y a plusieurs semaines.

– Les gens ont l'habitude d'éviter cet endroit, fit Pansy. On ne peut pas vraiment les blâmer, j'imagine.

– Non, en effet.

Ron tressaillit quand elle prit son cavalier.

– Hermione est passée pendant le week–end pourtant… Elle bat ma sœur qui n'est venue qu'une fois, je pense.

Pansy eut l'air plus intéressé.

– Draco m'a dit quelque chose de vraiment bizarre à propos de Hermione.

Les yeux de Ron se plissèrent.

– Quoi ? Qu'est–ce qu'il t'a dit ?

– Qu'elle était enceinte.

Hermione le lui avait dit et il s'était demandé qui d'autre était au courant. Hermione lui avait aussi révélé qui était le père. Il n'avait pas voulu le croire, parce que l'idée même l'horrifiait. Il y avait eu un temps où il avait considéré que le pire qu'elle avait pu faire était Draco… puis Harry avait fini avec Draco et Hermione… Hermione avait été avec cette… chose. Elle ne le lui avait dit que parce qu'elle voulait l'avertir qu'ils allaient s'installer à Grimmauld Place et qu'elle voulait qu'il le sache.

Devant son silence, Pansy crut qu'elle avait dépassé les limites. Elle détourna son regard et se renferma un peu sur elle–même.

– Ouais, sourit Ron et tentant d'attraper son regard. Elle attend un bébé.

– Draco dit que le père est…

– Snape, grimaça Ron.

Il en était presque blessé physiquement de le dire.

Les yeux de Pansy s'écarquillèrent. Au contraire de Ron, elle ne considérait pas le professeur Snape comme un si mauvais parti. Mais elle avait été élevée pour trouver un puissant Sang–Pur avec qui se marier et elle ne trouvait la différence d'âge si terrible. Elle était aussi une Serpentard, elle était douée et il n'avait jamais été particulièrement cruel avec elle. Pourtant, Hermione Granger était une née de Moldus et une Gryffondor, elle n'aurait pas cru que Snape était attiré par ce genre de fille.

– Tu peux pas y croire non plus, hein ?

– Je ne sais pas, répondit Pansy avec un haussement d'épaules. Le professeur Snape n'est pas si mal. Il a toujours été gentil avec moi.

– C'est parce que tu es une Serpentard – le reste d'entre nous le voit tel qu'il est.

– C'est juste que tu ne connais pas ses bons côtés.

Ron rit amèrement.

– Il n'a pas de bons côtés !

– Bien sûr qu'il en a, le raisonna Pansy. Tout le monde en a.

– D'accord, cite–m'en un.

Pansy y réfléchit un moment.

– Fizwizbiz.

Snape aime les Fizwizbiz ?

– Oh, oui. Ceux qui lui en ramenaient de Pré–au–Lard gagnaient des points pour la Maison.

Quoi ?

Ron faillit hurler d'indignation.

– C'est pour ça que vous aviez toujours tellement de points ? Est–ce que tu sais combien tout le monde devait travailler dur pour obtenir ces points ?

Pansy gloussa et faillit se rouler par terre de rire.

– Hé, je n'ai jamais dit que c'était juste !

Ron secoua la tête mais ne put réprimer son sourire. Elle irradiait quand elle riait et de tels événements étaient rares. Quelque chose emplit son ventre comme les premières vagues agréables d'une boisson, des vagues qui vous font sourire comme un idiot sans raison.

Sous son examen minutieux, une rougeur se propagea sur les joues de Pansy et elle baissa les yeux sur l'échiquier.

– Tu viendras me rendre visite ?

Il en fut désarçonné, son ton était soudainement devenu si sérieux.

– Bien sûr ! Bien sûr que je viendrai te rendre visite.

Elle murmura quelque chose à une de ses pièces et la déplaça pour mettre Ron en position d'échec. Elle ne semblait pas convaincue. Elle pensait vraiment ce qu'elle avait dit, à savoir que les gens avaient l'habitude d'éviter les alentours. Son oncle, qui était son tuteur légal, l'avait laissée là à Noël. On était en avril maintenant et elle ne l'avait pas revu depuis. Draco essayait de venir deux fois par mois mais il oubliait assez souvent et employait l'école comme excuse. Elle n'avait pas d'autres visiteurs. Ron recevait un flux continu de visites de sa famille mais, pour ses amis, la nouveauté s'était rapidement dissipée. Comme Draco, ils accusaient la pression scolaire mais Pansy savait que la vérité était plus proche du fait que le pavillon était déprimant.

Moi, je viendrai, fit Ron, en déchiffrant son expression. Je te le promets.

– Tu n'as pas à… Je n'attends rien de toi.

– Mais je viendrai.

Il voulait la toucher mais il savait qu'elle se déroberait et s'éloignerait de lui. Ron voulait aussi la rassurer d'une manière ou d'une autre, lui faire savoir que les choses allaient changer. Il voulait les changer.

– Quand j'emménagerai à Londres, je leur demanderai de te laisser venir vivre avec moi… Je veux dire : avec nous. La maison est énorme, tu l'aimeras…

– Draco a déjà tenté le coup et ils ne m'ont pas laissé partir pour vivre chez lui. Ils ont dit que je n'étais pas assez stable alors je ne vois pas pourquoi ils penseraient autrement avec toi.

– Mais c'est différent maintenant, contra faiblement Ron, même s'il savait de quoi ça avait l'air.

Il avait essayé de se tuer, il était devenu accro à la drogue et il allait devoir combattre cette dépression pendant tout le reste de sa vie – il était difficilement le genre de personne avec qui on envoyait vivre une dépressive suicidaire. Mais ses parents étaient entièrement différents.

– J'y réfléchirai, Pansy, promit–il, tout en sachant que ce n'était pas une bonne idée. Je te sortirai d'ici.

oOo

C'était jeudi soir et Snape était en train de réfléchir au fait que toutes ses nuits étaient rapidement devenues des copies conformes des précédentes. Ça avait été comme ça avant la guerre et avant que Potter ne vienne à Poudlard quand il avait passé des années à attendre que le garçon arrive. Il s'était lentement dissout dans l'ennui jusqu'à n'être plus que l'ombre de lui–même. D'une manière qui le satisfaisait maintenant. C'était essentiellement comme ça devait être comme ça que ce qu'il considérait comme les temps de paix devaient être.

Mais ce n'était pas un temps de paix. Des choses devaient être faites. Trouver une façon de libérer Lucius. Protéger Hermione. Deux choses qu'il avait à faire. Au lieu de ça, il était tombé dans une sorte de routine qui, auparavant, avait donné un sens à sa vie mais maintenant, il se sentait tout simplement coupable.

Après ses cours quotidiens, il corrigeait des papiers et des potions s'étonnant sans cesse que la plupart de ses étudiants soient réellement capables de se torcher tous seuls, sans parler de mettre des ingrédients dans le bon ordre. Il allait dîner dans la Grande Salle et mangeait machinalement, ne goûtant qu'à très peu de nourriture, ne se concentrant sur rien en particulier. Assez souvent, il regardait en direction de Minerva et se demandait si elle prendrait la peine de lui pardonner. Quand il le pouvait, il jetait un coup d'œil à Hermione et s'inquiétait à chaque fois un peu plus. Elle n'avait pas l'air d'aller bien et il attribuait cela au stress de savoir Krum dehors, n'importe où. Après le dîner, il résistait assez facilement aux charmes du salon des professeurs en faveur d'une patrouille dans les couloirs à la recherche des fauteurs de troubles ou d'autres signes de fautifs qui lui donneraient l'occasion de passer ses nerfs sur quelqu'un.

Occasionnellement, il allait dans la salle commune des Serpentard et se fendait d'un discours d'encouragement pour l'équipe de Quidditch il était sincèrement déterminé à gagner la Coupe cette année.

Puis, finalement, il allait dans ses appartements et lisait jusqu'aux petites heures, se masturbait puis tentait de s'endormir.

Alors maintenant, on était jeudi soir et il faisait un dernier tour dans le long couloir du donjon avant d'aller se coucher. Il ne remarqua rien quand son bras se mit à le démanger. Il le gratta distraitement et continua son chemin. Puis la démangeaison commença à le brûler, assez forte pour lui couper le souffle et le forcer à inspirer bruyamment entre ses dents. Relevant sa manche d'un mouvement furieux, Severus s'attendait à moitié à voir la Marque des Ténèbres laisser sa trace noire contre la chair blanche de son avant–bras.

Cependant, il n'y avait aucun crâne qui le confrontait, à la place, il découvrit une minuscule carte de Poudlard un point rouge étincelait et pulsait douloureusement.

Krum avait traversé le cercle protecteur depuis l'arrière des terres du château. Il était entré par la forêt, ferait sans aucun doute le tour du lac et traverserait la pelouse. Snape calcula mentalement combien de temps il faudrait pour que Krum atteigne la tour sud–est. Alors que venir par l'arrière lui avait donné le couvert de la forêt, ça lui prendrait un bon moment pour arriver à la pelouse et la tour était de l'autre côté du château. Si Krum venait juste de traverser le cercle, il avait un moyen d'y aller avant même qu'il y parvienne. Snape était plus proche des pelouses que Krum alors il pouvait arriver le premier – s'il courait.

Et, brusquement, comme si la compréhension le frappait, il se mit à courir.

oOo

– Il n'y aucune chance que je passe en Potions… ou en Métamorphoses.

Harry se parlait à lui–même ou plutôt il parlait à la photographie de Draco qu'il avait calée à côté de son lit. Depuis la relaxe de Krum, Harry passait la plupart de ses soirées dans sa chambre, essayant d'étudier en gardant un œil sur la Carte du Maraudeur qui maintenant occupait une grande partie du mur à côté de son lit. Il sortit ses livres de son sac et les dispersa sur le couvre–lit.

– Mais pourquoi j'ai pris ces fichus cours d'abord ?

Draco s'assit dans sa photo et garda un silence furieux. L'estomac de Harry remua. Son avenir dépendait de ces cours, il devait les réussir parce que devenir Auror dépendait de l'obtention de tous ses ASPICs. Mais Draco l'avait accusé une fois d'avoir choisi une telle carrière parce qu'il se croyait incapable de faire autre chose. Harry se demanda si c'était vrai. Peut–être que s'il y réfléchissait, il pouvait trouver une autre occupation qu'il serait à même de faire tout aussi bien. Une chose qui lui procurerait autant de plaisir.

Et je n'aurais pas à passer les Potions et les Métamorphoses.

C'était une mauvaise journée. Une de ces journées où il se sentait stupide – ou comme l'aurait dit Snape, il se sentait comme un crétin. Un de ces jours où il était convaincu qu'il allait finir dans une maison de retraite pour vieux héros à radoter sur ses anciens jours glorieux ou à rendre les gens complètement dingues en leur racontant comment il avait tué le Seigneur des Ténèbres et sauvé le monde.

– Ma vie, c'est de la merde.

Il prit sa baguette et activa les sécurités dans la chambre. Il voulait être seul. Il voulait étudier et se lamenter sur son avenir en paix.

Il voulait aussi se masturber. Il l'avait beaucoup fait ces derniers temps. Il se demandait si Draco était aussi incroyablement excité et frustré que lui. Il devenait presque obsédé parce qu'il était incapable de garder ses mains ailleurs que sur lui–même. Il y avait des fois où se branler était la seule chose qui l'empêchait de se jeter dans la chambre de Draco et de le prendre directement sur place.

Draco se laisserait faire, il l'avait toujours fait.

Harry se recoucha et couvrit son visage avec ses bras. Draco lui ferait bon accueil. Draco mettrait sa bouche autour de lui, prendrait son pénis dans son tunnel humide et brûlant et il se retrouverait niché contre sa langue. Ça semblait si incroyablement bon.

Harry gémit doucement et découvrit son visage. En ouvrant les yeux, il s'attendait presque à voir les yeux gris de Draco le fixer en retour.

À la place, un flash rouge attrapa le coin de son œil et il se tourna vers la carte suspendue au mur.

Oh, mon dieu, pas maintenant.

Il était là, Viktor Krum avançait d'un pas régulier de la forêt jusqu'au château. Il était finalement venu, au moment le plus malcommode, mais il était venu et tout ça serait bientôt terminé. Harry adressa un dernier regard amoureux à Draco et retira la carte du mur. Krum était de l'autre côté et si Harry voulait l'attraper avant qu'il n'atteigne le château, il allait devoir courir.

Mais venant des donjons, il remarqua la minuscule silhouette de Severus Snape qui commençait à s'envoler vers l'escalier.

oOo

Il ne pleuvait pas, ce qui n'était pas une rareté en soi, mais il pouvait compter sur ses doigts les jours où il n'avait pas plu durant les trois derniers mois. L'air était lourd d'humidité et il faisait encore froid mais les jours se rallongeaient et maintenant la pluie s'interrompait à intervalles réguliers. Il allait bientôt faire plus chaud.

Mais pas ce soir. L'herbe était mouillée et les quelques minutes pendant lesquelles Snape courut à travers le gazon suffirent à tremper ses bottes, gelant instantanément ses pieds. Ses robes traînaient derrière lui, alourdies par l'herbe humide.

Il était tenté de conjurer un puissant Lumos pour illuminer entièrement la pelouse, de la cour dallée jusqu'au lac mais un tel charme alerterait l'école toute entière qu'il se passait quelque chose au–dehors. Et ça alerterait aussi Krum et si Krum n'avait pas encore atteint les pelouses, il pourrait se replier dans la forêt.

Et Snape ne le voulait surtout pas. Il ne voulait pas attirer l'attention et il ne voulait assurément pas que Krum se replie. Il n'était pas d'humeur à jouer avec Krum ce soir. Ce qu'il voulait, c'était finir ce qu'il avait commencé des mois auparavant. Il voulait que Krum ne soit plus une constante menace pour la vie de Hermione.

Il retourna à la bordure de la cour dallée où il avait une meilleure vue sur les pelouses, le lac et l'ombre de la vieille cabane délabrée de Hagrid. Il plissa les yeux et scanna les alentours, silencieux et immobile comme une statue. Juste au–delà de la cabane de Hagrid, il pouvait distinguer un feu brûler. Dumbledore avait mentionné que le nouveau garde–chasse avait prévu de brûler les feuilles mortes et les branchages s'il y avait une accalmie dans le temps. Snape marcha un peu dans la direction du feu juste pour s'assurer que c'était vraiment le garde–chasse qui surveillait les flammes.

Cependant, il semblait ridicule de penser que Krum avait fait tout ce chemin pour contempler un feu.

Et c'était effectivement le garde–chasse. Indubitablement. Dumbledore avait à nouveau parcouru le monde sorcier et trouvé un parfait inadapté social. Pas comme Hagrid cependant, Norgan Vale n'avait rien d'amical dans son apparence. En fait, il semblait avoir plus en commun avec Rusard qu'avec Hagrid. Snape employait déjà les services de Rusard et entretenait par conséquent de bons rapports avec le Cracmol, il n'avait donc aucun intérêt à frayer avec le nouveau personnel.

Pourtant, il pouvait avoir vu Krum passer et il avait suffisamment peur de Snape pour pouvoir lui être utile.

Il descendit le gazon jusqu'au feu et se stoppa net, louchant dans l'obscurité. Il y avait une distorsion dans les flammes, comme une ondulation dans la structure même de l'air. Snape fronça les sourcils et l'ondulation se déplaça en laissant le feu intact. Les yeux de Snape clignèrent rapidement et la trouvèrent à nouveau, cette étrange ondulation mouvante, changeant le paysage à mesure qu'elle avançait. Quelque chose de solide et pourtant invisible, qui se déplaçait au rythme d'un pas rapide.

Snape sourit, d'un sourire fin et sinistre, mais c'en était un néanmoins.

Ce n'était pas une cape d'invisibilité, c'était un sortilège d'invisibilité. C'était ce genre de chose qu'on pouvait facilement manquer si on ne regardait pas mais maintenant qu'il l'avait trouvé, il était assez aisé de le suivre. Il s'approchait, son esprit si déterminé à atteindre le château que Krum n'avait même pas remarqué Snape debout dans le noir. Tandis qu'il avançait encore, Snape put finalement sentir sa présence malveillante. Amère et emplie de haine, détestable et pleine de rancune. Les pas qui écrasaient l'herbe étaient lourds et ressemblaient à… une démarche de canard.

Krum.

Le sourire de Snape s'agrandit.

oOo

Harry était en train de courir mais un coup d'œil sur la carte lui confirma que Snape allait atteindre Krum le premier, peu importait la rapidité de son pas de course. Malgré ses poumons en feu et ses jambes qui menaçaient se lâcher, il ne ralentit pas. Il ne pouvait s'en empêcher mais il se sentait déçu. S'il avait trouvé Krum le premier, c'en aurait été terminé. Snape allait amener Krum à Dumbledore et tout allait recommencer.

Il risqua un autre coup d'œil à la carte. Snape s'était arrêté mais Krum continuait d'avancer. Harry sourit et poursuivit sa course, c'était possible, les chances étaient minces, mais si Snape restait immobile, Harry pourrait le faire.

Mais non, Snape repartit et cette fois, il se dirigea droit sur Krum et, quand ils atteignirent la bordure de la cour dallée, ils se stoppèrent tous les deux et Harry comprit qu'ils se tenaient debout directement l'un en face de l'autre. Harry maudit sa malchance et se demanda s'il allait contourner la haie et tenter de tuer Krum juste devant Snape. Que lui arriverait–il, à lui ? Qu'est–ce que Snape pourrait bien lui faire ?

Puis Harry passa la haie au pas de course, vit Snape et Krum et dérapa pour s'arrêter.

oOo

Snape sortit sa baguette et la pointa sur l'ondulation approchante.

Revelatio.

Le charme d'invisibilité s'évanouit et révéla la silhouette vêtue de noir de Viktor Krum. Le Bulgare stoppa sa marche à travers la pelouse et fixa longuement l'ombre de Snape devant lui.

Snape lui retourna son regard en détaillant son allure. Il y avait quelque chose en lui, dans la lourdeur de ses sourcils et l'arc de son nez en bec d'aigle qui lui rappelait inconfortablement lui–même.

Krum sourit d'un air sincère à Snape et hocha la tête.

– Prrrofesseurrr Snape, je savais que je tomberrrais surrr vous à un moment ou un autrrre… J'espérrrais juste que ce serrrait un peu plus tarrrd.

Snape ne répondit pas et Krum pensa manifestement qu'il était assez en sécurité. Il était au château de Poudlard et il doutait que Snape essayerait de l'écorcher vif ici. Pas si près des autres professeurs, pas si près de Dumbledore.

– Vous montez la garrrde auprrrès d'elle alorrrs ? demanda–t–il, amusé.

Snape resta muet. Il se tenait là, les mains calmement jointes devant lui, sa baguette reposait dans une de ses paumes. Quelque part au loin, il pouvait entendre des gens, des pas se rapprocher. Quelqu'un était en chemin.

– Qu'est–ce que vous allez fairrre, Prrrofesseurrr ? Me fixer jusqu'à ce je m'en aille ?

Snape secoua la tête. Si quelqu'un approchait, il n'y avait pas de temps à perdre. Il leva sa main droite, un petit mouvement, à peine remarqué par Krum qui était sur le point de dire quelque chose ou peut–être même de rire. Snape ne le sut jamais et il s'en fichait de toute façon.

Avada Kedavra.

Et Krum mourut. Ce fut tout à fait simple. Une simple élocution et il tomba silencieusement dans l'herbe, toute vie ayant quitté son corps.

Les pas derrière lui dérapèrent en s'arrêtant. Deux séries de pas, provenant de deux directions différentes. Il entendit un « Putain ! » exprimé d'une voix haletante et il sut que Potter était l'un des deux.

Puis, de sa droite, lui parvint la voix de Minerva :

– Oh, mon dieu, Severus, qu'est–ce que tu as fait ?

A suivre…

Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.

Bisous.

Falyla