Titre : Objects of Desire
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Auteure : Azrael Geffen
Traductrice : falyla
Correcteurs : falyla/Florent
Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape
Rating : M/NC-17
Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)
Etat de la traduction : terminée
Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.
Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.
Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.
Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.
Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.
Note de la traductrice : Merci beaucoup pour vos commentaires, j'apprécie vraiment.
Bonne lecture.
Chapitre 18 (4ème partie)
Draco n'attendait pas la visite d'Arthur Weasley. Si ça avait été le cas, se dit–il après coup, il ne serait pas resté dans sa chambre à boire autant ce soir–là, il aurait peut–être même pris la peine de s'habiller un peu mieux – un tout petit peu mieux. Ce n'était pas comme si cet homme l'impressionnait ; pas du tout, c'était juste qu'il était bourré et crade et qu'il n'aimait pas l'idée de rencontrer l'ennemi d'enfance de son père dans cet état. Cependant, la convocation dans le bureau du directeur était inopinée et il était tard. Il pensait à juste titre que la plupart des étudiants dormaient profondément et seuls les malheureux qui préparaient leurs BUSEs ou leurs ASPICs restaient éveillés pour tenter d'en apprendre un peu plus avant les examens.
Draco était en train d'étudier mais il avait aussi bu – et il était couvert de poils de chat. Il ne faisait pas vraiment bonne impression.
– Mr Weasley, le salua–t–il d'un hochement de tête.
Il avait décidé que c'était sans doute une bonne chose que d'être aussi respectueux que possible. Il ne savait pas pourquoi il était ici et il ne voulait pas commencer à l'insulter… Pas tout de suite.
– Draco, répondit Arthur. Je t'en prie, assieds–toi.
Draco fronça un peu les sourcils devant cette brusquerie mais Weasley avait pris un ton de voix de politicien et Draco se sentait curieux. Il prit place dans le siège qui lui était offert et lui adressa un regard interrogateur.
– Il y a quelque chose dont je dois te parler.
Arthur avait changé de ton et l'avait rendu plus paternaliste, comme s'il conversait avec l'un de ses propres enfants. C'était un signe, il percevait Draco comme un être raisonnable, une impression qu'il avait eue en parlant de lui avec Molly.
– En fait, il y a plusieurs choses.
Il sourit au regard inquisiteur de Draco et s'expliqua plus avant.
– Je pense que nous pouvons nous aider mutuellement.
Draco se redressa sur sa chaise, il regretta d'avoir bu autant. Sa bouche était sèche et il était soudainement fatigué, comme s'il ne pouvait qu'acquiescer avant de s'endormir. Il cligna plusieurs fois des yeux afin de se réveiller.
– Très bien, comment pouvons–nous nous aider mutuellement ?
Arthur se pencha sur le bureau du directeur et Draco se demanda où était Dumbledore.
– Bien, commença Arthur amicalement. D'abord, j'aimerais discuter de Pansy Parkinson avec toi.
– Pansy ? répéta Draco, un peu perdu. Quoi, Pansy ? Quelque chose ne va pas ?
– Non, non, elle va bien. Mon fils Ron nous a demandé, à mon épouse et moi–même, de la prendre avec nous afin qu'elle puisse quitter Ste–Mangouste.
Draco ne put s'empêcher de paraître impressionné.
– Et vous allez accepter ?
Arthur fit oui de la tête mais sembla réticent à révéler plus de choses cependant, il savait qu'il le devait alors il poursuivit.
– Molly et moi avons parlé aux guérisseurs de Ste–Mangouste ils sont plutôt désireux de la laisser à nos bons soins, cependant, le Ministère est inquiet à propos de…
Arthur remua, mal à l'aise.
– … de notre capacité financière à nous occuper d'elle.
– Votre capacité financière ? se moqua Draco. Vous avez élevé quoi, un bon millier d'enfants ? Ils pensent que vous êtes incapables de prendre soin de celui–ci ? De quoi se mêle le Ministère de toute façon ?
Arthur s'éclaircit la gorge.
– Pas tout à fait un millier, corrigea–t–il avec indulgence. Alors que je pense que nous avons élevé nos propres enfants plutôt bien, le Ministère a le sentiment que s'il nous laisse prendre Pansy avec nous, nous devons prouver que nous avons les moyens de la garder. Fudge est tout a fait disposé à rendre nos vies difficiles en ce moment. Lorsqu'il a entendu que nous essayions de faire ça, il a jeté l'obstacle financier sur notre route. Si tu lis la Gazette du Sorcier de demain, tu y trouveras un article qui suggère que je suis en train d'essayer d'adopter l'enfant d'un Mangemort.
Draco savait très exactement à quel point Fudge pouvait se montrer difficile avec ce qu'il voyait comme une menace et il secoua la tête, dégoûté puis se renfrogna durement.
– Qu'est–ce que vous voulez de moi ? De l'argent ?
Ce fut comme si une lumière s'était allumée dans sa tête, bien sûr que c'était ce que Weasley voulait, de l'argent.
– Combien vous voulez ?
– En vérité, on ne veut rien du tout, ce dont nous avons besoin, c'est une caution de ta part. Ron a suggéré que comme tu étais proche de Pansy, tu pourrais avoir envie de nous aider. Il nous faut une garantie, quelque chose qui rassure le Ministère que l'or est disponible pour subvenir à ses besoins. Je pense que nous aurons un problème parce que ça vient de toi mais si les finances sont disponibles, ils pourront difficilement refuser notre demande.
– Vous avez besoin de quoi que se soit pour faire face ?
– Tu ne comprends pas, Draco. Je n'ai pas du tout besoin de ton or. Molly et moi sommes parfaitement capables de prendre soin d'elle, il nous faut juste une façade qui prouvera que l'or est facilement disponible.
Draco haussa les épaules.
– Aucun problème.
Il eut une moue désapprobatrice.
– Elle connaît votre projet ? Parce qu'elle a déjà été déçue par le passé. Son oncle l'a laissé tomber et l'a renvoyée. Elle ne méritait vraiment pas toute cette merde.
– Je sais, fit gentiment Arthur. Je ne lui ai encore rien dit parce que je voulais m'assurer que les choses avançaient avant de lui donner un espoir.
– Bien.
Draco fronça à nouveau les sourcils avant de croiser les bras sur sa poitrine. Sans savoir pourquoi, il se sentait en colère mais il savait que ce n'était pas contre Weasley, il était furax comme le Ministère de Fudge. Il avait aussi incroyablement soif. Il examina la pièce à la recherche d'une cruche d'eau.
– Vous avez dit qu'il y avait d'autres choses dont vous vouliez me parler… Il n'y a rien boire ici ? De l'eau, du jus de fruit, n'importe quoi ?
Arthur récupéra un pichet de jus de citrouille sur le bureau.
– J'ai bien peur que la suite ne soit pas si plaisante.
Oh, super.
Draco accepta le jus de citrouille et se renfonça dans sa chaise.
– Je dois admettre que je ne pensais pas que tu serais si… ivre… au moment où je te parlerais de ça.
Draco acquiesça.
– En effet mais laissez–moi vous rassurer, j'ai été plus ivre que ça.
Arthur fixa le jeune blond qui lui faisait face. Ron l'avait décrit comme un chieur de première et il comprenait maintenant ce que Ron voulait dire par–là. Draco Malfoy était, en dépit de son état d'ébriété, plein de bravade et de confiance en lui. Arthur ne savait pas de façon certaine ce qui était réel et ce qui était forcé. Sans savoir pourquoi, il s'était senti nerveux de le rencontrer et pourtant, maintenant, il se sentait plutôt à l'aise. Traiter avec Draco Malfoy n'était pas si différent de traiter avec Ron ou Harry. Draco se comportait de la même façon avec lui, interrogateur et un peu fâché. Arthur était certain que Draco l'écouterait jusqu'au bout mais il était moins certain que Draco serait heureux d'entendre ce qu'il avait à dire.
Arthur prit une profonde inspiration et attaqua le speech qu'il avait préparé, tout en sachant qu'il serait probablement interrompu par les questions de Draco.
– Comme tu le sais sans doute, j'ai rendu publique ma décision de me présenter contre Cornelius Fudge au poste de Ministre.
Draco haussa les épaules en hochant la tête.
– Le conseil votera en juin. J'ai un programme et plusieurs projets auxquels j'envisage de donner suite.
Il se surprit brusquement à gigoter sous le regard du jeune homme.
Merlin, il ressemble tellement à son père.
– Une des choses que je voudrais examiner de près est cette exposition de Mangemorts au musée.
Draco retint son souffle si brutalement qu'il en toussa.
– Ron m'a dit, continua Arthur sur le même ton, que tu croyais qu'Archibald Semeuse abusait de ton père.
Draco reprit une respiration bruyante.
– Archibald Semeuse ?
– Le conservateur du musée.
– Je sais qui c'est, rétorqua sombrement Draco. Ron vous a dit ça ?
– Harry l'a dit à Ron.
– Harry parle de mon père avec Ron ?
Arthur pouvait voir que Draco commençait à s'agiter mais il poursuivit, décidant que Malfoy Junior devait l'écouter jusqu'au bout.
– Harry et Ron ont parlé de choses et d'autres pendant longtemps. Ce que je voulais dire, c'est que si cet abus est avéré, je pourrais y faire quelque chose. Si je deviens Ministre, je serai en mesure de la faire cesser.
– Vous feriez ça ?
– Oui.
– Ça vous rendrait joliment impopulaire.
– Je ne souhaite pas devenir Ministre uniquement pour être populaire.
– Il pourra revenir à la maison ?
Cette demande désarçonna quelque peu Arthur parce qu'il ne savait pas exactement que faire des Mangemorts restants une fois que l'exposition serait annulée. Il avait envisagé de les faire retourner à Azkaban où on prendrait soin d'eux mais il envisageait aussi de virer les Détraqueurs. Il se demanda s'il serait dangereux de renvoyer Lucius chez lui. Cet homme avait reçu le Baiser, alors ce n'était pas comme s'il était encore capable de blesser qui que ce soit.
– Je suppose que ça pourrait s'arranger.
– Très bien, concéda Draco avec méfiance. Alors qu'est–ce que vous voulez de moi ? J'imagine que vous ne seriez pas ici pour m'annoncer que vous allez aider mon père si vous le vouliez rien en retour.
Arthur savait qu'il aurait dû se sentir offensé mais, dans ce cas–là, le jeune homme avait raison.
– Oui, il y a quelque chose que tu peux faire pour m'aider.
– Et ?
– Mon autre principale résolution quand j'aurai obtenu le poste est de poursuivre les inquisiteurs de Fudge.
Une fois de plus, Draco faillit cracher ses poumons.
– Vous voulez poursuivre les inquisiteurs ? Mais ils sont de votre côté.
– Je sais, je sais qu'ils étaient censés se trouver de notre côté mais nombre d'entre nous sont plutôt accablés par la manière dont ils ont interrogés les partisans de Voldemort. Et, à la fin, les inquisiteurs étaient bien plus intéressés par l'anéantissement des anciens lignages que par leurs réponses… Tu le sais parfaitement.
– Alors… que voulez–vous de moi ? répéta Draco d'une voix râpeuse.
– Si je peux les poursuivre devant un tribunal, je veux que tu témoignes contre Alastor Maugrey.
Draco blêmit. Il détourna les yeux, pas totalement sûr de ce qu'il devait répondre.
– Je… je ne crois pas… Pourquoi vous voulez remuer toute cette merde encore une fois ?
– Parce qu'ils méritent d'être punis, Draco. Les inquisiteurs ont tué des enfants, ils ont tués tes amis, ils t'ont presque tué, toi.
– Parfois, il vaut mieux laisser le passé là où il est.
Draco avait l'air sur le point de vomir.
– Si je ne vous aide pas, il se passera quoi pour mon père ?
Il était temps maintenant de redevenir un politicien. Arthur s'éclaircit la gorge et s'arma de courage.
– Si tu m'aides, je t'aide. Si tu acceptes de témoigner, je m'assurerai que ton père sera chez lui.
– Et si je ne vous aide pas ?
– Alors Lucius retournera à Azkaban.
Draco afficha un sourire lugubre. Il semblait bien qu'il y avait un politicien en Weasley après tout.
oOo
Minerva fixa le corps étendu sur le sol et le corps lui rendit son regard ou plutôt, ses yeux fixaient le vide, un demi–sourire encore sur ses lèvres.
– Severus ?
Elle déglutit avec difficulté, dans une tentative d'humecter sa gorge.
– Qu'est–ce que tu as fait ?
Snape aussi fixait le corps. Ça avait été trop facile ça ne lui avait demandé aucun effort. Juste un mouvement de baguette et un sortilège murmuré, aucun sifflement insistant, aucune émotion. Il avait oublié à quel point c'était facile. C'était frappant, il était vraiment infaillible avec ce sort en particulier.
– Réponds–moi, Severus !
Il fronça les sourcils en baissant les yeux sur le corps et finalement reporta son attention sur Minerva qui était mortellement pâle et semblait sur le point de défaillir. Ce qu'il avait fait ?
– Je me suis occupé du problème, c'est tout, d'un animal nuisible, si tu veux.
Il était surpris du son de sa propre voix, elle résonnait comme une coquille vide. Peut–être qu'il n'était pas si infaillible que ça après tout.
– Tu…
Minerva s'approcha de lui, son regard à nouveau sur le corps.
– Tu l'as tué ?
– Je sais.
Sa voix était creuse maintenant mais il ne se sentait pas comme ça. Tout ce qu'il ressentait était du soulagement. Potter aussi s'était approché et Snape réalisa un peu bêtement que le jeune homme se tenait à ses côtés, les yeux baissés sur Krum, une expression solennelle sur le visage.
– Mais… objecta Minerva, toujours incrédule, tu vas aller à Azkaban… Tu l'as tué !
Snape haussa les épaules.
– Peu importe, elle est en sécurité maintenant. Ce n'était pas justement le but ?
Minerva se tut.
– Je venais faire la même chose, fit Harry.
Snape et Minerva se tournèrent vers lui mais Harry fixait toujours Krum comme s'il n'était qu'un tas de merde.
– Ça ne pouvait finir que de cette façon. Il ne se serait pas arrêté avant de la trouver, conclut–il.
– C'est mieux que ce soit moi, Potter, commenta platement Snape.
Minerva resta coite, elle avait peur de se rendre compte qu'elle était d'accord avec eux si elle se mettait à parler.
– Qu'est–ce qu'on va en faire ? demanda Harry en s'accroupissant à côté du corps pour étudier le visage immobile.
– On va aller vers Dumbledore, répondit Snape calmement. Il peut contacter le Ministère et ils viendront l'enlever.
Harry leva les yeux vers Snape, totalement médusé et, pour la première fois, il réalisa que cet homme avait des sentiments plus profonds qu'il ne l'avait présagé. Il prenait le risque de finir à Azkaban pour maintenir Hermione à l'abri ? Harry s'était préparé à tuer Krum mais, bon dieu, il l'aurait couvert du mieux qu'il aurait pu… ou, du moins, il aurait concocté une sorte d'histoire pour arranger le meurtre. Peut–être que s'ils n'étaient pas arrivés au beau milieu de la scène, s'il avait été seul, il aurait disposé du corps à sa manière. Harry ne doutait pas que Snape connaissait des trucs, cet homme avait été un Mangemort et un espion, il devait savoir comment cacher un corps.
Mais il avait été surpris en flagrant délit et maintenant, il semblait accepter son sort avec une certitude stoïque. Il n'avait fait aucune tentative pour défendre ses actes. Il n'avait aucune défense et Harry pouvait affirmer que Snape croyait honnêtement que Krum n'était qu'un problème qui devait être éliminé, de la même manière qu'on jetait une potion ratée ou qu'on balayait une poussière sur ses robes.
– On ne peut pas le dire au Ministère, fit Minerva, verbalisant les pensées de Harry.
Ses yeux perçants passèrent du corps aux deux hommes puis au château. Elle se mit à marcher de long en large, réfléchissant rapidement.
– Si le Ministère est impliqué, tu iras à Azkaban pour meurtre. Fudge te hait depuis des années – il te fera donner le Baiser et mourir si vite…
Elle cessa de faire les cent pas et sa main recouvrit sa bouche, sous le choc. L'idée même était horrible à envisager. Elle arrivait à visualiser si clairement ces Mangemorts dans leurs vitrines, au musée et elle ne pouvait pas supporter qu'il subisse le même sort. Elle l'aimait vraiment et elle ne pourrait pas supporter d'être ici sans lui. Elle ne pouvait pas, elle ne voulait pas tolérer qu'il soit perdu par un Détraqueur, pas pour ce crime, pas parce qu'il avait protégé son amour.
– Tu ne peux pas aller en prison, pas pour quelqu'un comme Viktor Krum.
– Minerva… commença Snape mais Harry le coupa.
– Le professeur McGonagall a raison. Il est venu ici pour faire du mal à Hermione et peu importe ce que nous aurions fait, il n'aurait pas arrêté jusqu'à ce qu'il trouve un moyen de l'atteindre. C'est mieux comme ça, c'est mieux qu'il soit mort.
Snape paraissait s'être un peu repris.
– Quoi qu'il en soit, Potter, je suis presque sûr que Dumbledore sait déjà que quelque chose est arrivé…
– Il ne contactera pas le Ministère, répéta Minerva. Il te couvrira.
– Peu importe, répliqua Snape. Je peux l'accepter et j'ose dire que je le mérite probablement.
– Soyez pas ridicule, bordel, aboya Harry puis il ajouta à contrecœur, Hermione a besoin de vous, elle a besoin que vous restiez dans les parages.
– Hermione n'a pas besoin de moi, Potter. Hermione a besoin qu'on la laisse à elle–même afin qu'elle puisse faire sa vie. Je ne me suis pas débarrassé de cet inutile tas de merde afin qu'elle ait besoin de moi.
Harry l'avait sur le bout de la langue.
Elle est enceinte et elle a vraiment besoin de vous.
Mais il se retint. C'était à Hermione de le lui confier. Au lieu de cracher le morceau, il dévisagea posément l'homme qu'il détestait depuis qu'ils s'étaient rencontrés et dit :
– Vous n'avez jamais envisagé qu'elle pourrait faire sa vie en vous y incluant ? Mais vous êtes qui, bordel de merde, pour juger de la manière dont elle doit vivre sa vie ?
Harry eut un haussement d'épaule et secoua la tête.
– Elle vous aime, vous. Putain, je sais pas pourquoi mais c'est comme ça – et je croyais simplement que vous ne l'aimiez pas en retour mais manifestement, c'est le cas. Alors pourquoi vous vous compliquez la vie ?
Ses yeux passèrent brusquement de Snape aux pelouses, plus bas.
– Mr Vode est en train de brûler les feuilles.
Minerva se retourna pour voir ce que Harry observait. Snape l'avait déjà vu. Le feu de joie de Mr Vode était hors de propos.
– On peut le brûler, expliqua Harry d'une voix pressante. On peut brûler le corps.
– Je pense que Vode le remarquera si on jette un corps dans son feu, commenta Snape avant de s'interrompre, comprenant où Harry voulait en venir.
– Pas si ce n'est pas un corps.
Harry regarda Minerva.
– Ce pourrait être quelque chose de plus…
– … combustible, acheva Minerva pour lui.
Elle baissa les yeux sur Krum avec un peu plus d'intérêt, jaugeant sa taille et sa silhouette.
– Le feuillage d'un Vernis du Japon serait parfait. [1]
Le corps s'ébranla, trembla puis sembla perdre sa forme humaine jusqu'à se transformer en frémissant en une forme longue et élancée pour se métamorphoser définitivement en une branche grise recouverte de feuilles sèches marronnasses. Une unique et très sèche branche grise.
Harry souleva la branche. Elle était étrangement pesante, pas lourde mais, d'une manière ou d'une autre, elle semblait pleine, pas comme une branche ordinaire. Au moins, elle ne ressemblait plus à Krum.
– Elle ne va pas reprendre sa forme initiale, hein ? s'enquit Harry. Ou saigner ?
Minerva eut l'air totalement vexé par le doute que ça impliquait.
– Elle se comportera juste comme une branche morte, Mr Potter.
Harry sourit avec gêne et essaya de se convaincre que ce n'était rien de plus qu'une branche qu'il tenait et non le cadavre de Viktor Krum. Il se tourna pour observer le feu qui flamboyait au–delà de la cabane de Hagrid.
– Bonne nuit, Professeurs, je vous verrai en classe.
Minerva détourna les yeux mais Snape acquiesça abruptement.
– Ne le dites pas à Hermione.
Harry signifia son accord, il savait très bien que ce ne serait pas une bonne idée. Puis il se dirigea vers Mr Vode et son feu de joie.
oOo
Hermione se tenait devant la fenêtre de la salle commune et regardait au–dehors. Dans l'obscurité, tout ce qu'elle pouvait distinguer était la blancheur éblouissante de la neige qui coiffait encore le sommet des montagnes. La neige qui avait pu tomber un jour sur Poudlard avait fondu depuis longtemps. Il faisait encore froid mais l'hiver était fini.
Elle caressa son ventre, tentant d'y sentir la présence du bébé. Elle ne trouva que le plat habituel de son estomac il n'y avait aucune protubérance anormale, rien pour révéler sa condition – pas encore.
Elle plongea sa cuillère dans le bol de crème glacée que Dobby lui avait ramené des cuisines. Elle aurait dû se sentir inquiète. Elle avait passé les nuits précédentes à fixer la fenêtre, en sachant que quelque part, là–bas, Viktor Krum la haïssait et qu'il viendrait peut–être – probablement – la chercher pour se venger.
Elle aurait dû être inquiète mais ce soir, pour la première fois depuis longtemps, elle se sentait parfaitement en sécurité.
oOo
Harry regarda la branche grésiller lentement dans le feu et s'émerveilla de l'habileté de McGonagall. Il avait craint que la branche ne se transforme en brûlant, il se serait retrouvé avec un corps carbonisé sur les bras et aurait dû l'expliquer à l'inamical Mr Vode. Au lieu de ça, la branche brûlait comme l'aurait fait une branche ordinaire. Il la vit craquer, pétiller et rougeoyer, hypnotisé par les flammes. À travers les flammes, il vit Snape et McGonagall assis sur le mur bas qui entourait la cour, ils l'observaient.
Ils semblaient amis. Hermione lui avait dit qu'ils étaient proches mais que récemment McGonagall ne lui parlait plus à cause de l'affaire Regina. Harry réprima un sourire en repensant au terme qu'avait employé Hermione pour parler de ce qui s'était passé dans les appartements de Snape. Maintenant, ils étaient assis côte à côte sur le petit muret, de temps à autre, McGonagall lui murmurait quelque chose, ce qui ne voulait pas dire grand–chose mais son corps parut se pencher vers elle, comme si elle le réconfortait.
Non pas que Snape l'admette un jour.
Ils l'avaient surpris, tous les deux. Snape à cause des distances qu'il était prêt à franchir pour protéger Hermione et McGonagall parce qu'il l'avait toujours considérée comme collet monté et respectueuse de la loi. Il n'aurait jamais imaginé qu'elle aurait aidé à couvrir ce qui était à dire vrai un meurtre – bien que Harry préférât penser que Snape avait abattu Krum de la même façon qu'on aurait abattu un chien enragé.
McGonagall aimait Snape. Pas de la même manière que Hermione mais il y avait tant de façons d'aimer. Et Harry pensa avec réticence qu'il y avait peut–être plus en Snape qu'il ne l'avait cru. D'accord, si Hermione était amoureuse de lui, il pouvait toujours accuser ses hormones déchaînées et son piètre goût mais que McGonagall l'aime aussi ? Bon, il devait bien y avoir quelque chose, non ?
Et bien sûr, il y avait le fait que Snape avait tué Krum si facilement. Harry avait peu vu de leur rencontre, mais elle n'avait pas duré longtemps, une poignée de secondes tout au plus. Et de ce que Harry en avait vu, Snape l'avait tué, tout simplement, sans problème. Il avait planifié de tuer Krum depuis le début, tout comme Harry. Snape avait été plus que consentant d'aller à Azkaban pour protéger Hermione. Si Harry avait eu des doutes quant aux sentiments qu'il lui portait, il venait d'en avoir amplement la preuve. Il s'était entièrement dévoilé pour lui et McGonagall.
Ça ne signifiait nullement qu'il souhaitait que tout le monde le sache mais il ne niait pas les faits.
Harry étudia à nouveau la branche qui brûlait. Elle rougeoyait à certains endroits, alors que le reste était aussi noir que de la poix. Lentement, elle commença à s'effondrer sous les claquements et les sifflements du brasier. Dans quelques heures, il ne resterait plus que de la poussière de charbon Harry allait rester toute la nuit à la regarder se consumer. Quand elle serait réduite en cendres, Harry savait qu'il récolterait le petit tas et l'éparpillerait aux quatre vents. Mr Vode l'observerait sans doute, il savait que Harry était le héros de leur monde – et que sa santé mentale avait souvent été remise en question. Il ne penserait rien du héros dément qui courait en jetant des cendres dans les buissons de roses.
Snape se leva et se tourna, sur le point de s'en aller. Il interrompit son geste et pivota à nouveau vers Harry et le feu pour leur lancer un dernier regard, Harry trouva son visage un petit peu moins repoussant. C'était la première fois.
oOo
Une des seules joies que procurait le boulot de Snape en tant que Maître de Potions venait de sa classe de Potions avancées. Dans l'ensemble, les étudiants de ce cours s'arrangeaient vraiment pour lui donner pleine satisfaction. L'enseignement était notoirement difficile d'accès seuls les meilleurs y accédaient. Dans le passé, il lui était arrivé de renoncer à cette matière avancée s'il sentait que les élèves ne pourraient pas fournir assez de travail. Étonnamment, les élèves de ce cours étaient plutôt nombreux. Bon, nombreux selon les critères de Snape. Il y avait huit personnes, aucune d'elle n'était Neville Londubat et aucune d'elle n'avait jamais fait fondre de chaudron.
Ça signifiait également qu'il pouvait annoter des travaux tandis que la classe travaillait de manière autonome. Mais il y avait un hic, Harry Potter était dans son cours. Potter, qui n'avait rien à y faire et qui n'y aurait jamais été admis si le directeur ne l'avait expressément demandé. Snape avait espéré que Potter échouerait de manière si flagrante qu'il aurait pu le jeter dehors mais maintenant qu'ils partageaient un secret, il n'était plus question que Snape l'expulse d'un endroit aussi futile qu'une salle de classe.
Cela faisait plus d'un mois que le corps de Krum avait disparu de la surface de la terre et ceux qui en avaient été témoins n'y avaient jamais fait allusion. Il y avait les regards cependant et Potter savait bien que Snape n'allait pas le virer de ses cours. Ça n'empêchait pas le petit merdeux de l'agacer comme jamais. En fait, Snape était épaté que quelques une des potions de Potter fonctionnent si on considérait la qualité de ses teintures planétaires de bases.
Aujourd'hui, ils créaient une potion complexe qui stimulerait le troisième œil. Faite correctement, c'était une puissante potion qui permettait au sorcier qui en avait absorbé de voir entre les subtiles structures qui séparaient les dimensions magiques. Incorrectement préparé, le breuvage devenait une drogue hautement hallucinogène qui envoyait le sorcier qui en avait bu dans le plus grand trip de sa vie – celui dont on ne revient jamais. Un pavillon clos à Ste–Mangouste était rempli d'imbéciles bafouillants qui avaient raté leur potion.
Ce fut pour cette raison que Snape décida que pas une seule goutte de la potion de Potter n'atteindrait les lèvres de quiconque. Il jeta un rapide coup d'œil au banc que Potter partageait avec Hermione. La jeune femme lui montrait la marche à suivre, une chose qui généralement le rendait furieux mais aujourd'hui, il laissa faire. En dehors du fait que sans son aide, la potion de Potter serait incroyablement dangereuse – rends–toi à l'évidence, elle sera dangereuse même avec son aide – Hermione sembla à nouveau malade, elle était pâle et chiffonnée. Elle n'avait pas l'air très concentré et elle paraissait exténuée. Snape se fit une note mentale de ne pas essayer sa potion non plus.
Quelques rangées derrières, Draco concoctait sa potion avec la délicatesse d'une ménagère en colère. Snape leva les yeux au ciel en se demandant s'il y aurait une explosion dans son cours aujourd'hui.
Hermione se renversa de la belladone concentrée sur la main, Snape vit la bouteille basculer incapable de l'arrêter, il tendit machinalement le bras, à la recherche de quelque chose pour la neutraliser. Hermione vacilla, Snape descendit promptement de son estrade mais il réalisa trop tard qu'elle allait s'essuyer les yeux, ignorant totalement que sa main était maculée de belladone.
Snape se déplaça vite mais Draco, qui était plus près et qui observait Harry, bougea plus vite encore. Il attrapa Hermione par le poignet et éloigna sa main de son visage. Hermione cria de surprise et de douleur, glissa en arrière contre Draco qui passa automatiquement un bras autour de sa taille pour la retenir.
Harry recula d'un pas, confus puis jeta une œillade assassine à Draco. Snape s'avança avant de verser l'agent neutralisant sur les doigts de Hermione.
– Qu'est–ce qui se passe ? demanda Harry, en arrachant Hermione de l'étreinte de Draco.
– Elle avait de la belladone sur la main, expliqua Snape, sans prendre la peine de cacher son agacement pour Potter qui était assis à côté d'elle et n'avait rien remarqué. Draco vient juste de l'empêcher de détruire sa vue.
– Oh…
Harry se tourna à regret vers Draco qui semblait un peu blessé.
– Je suis vraiment désolé.
Draco ne put répliquer car Hermione, qui chancelait toujours, choisit cet instant pour s'évanouir. Harry fut brusquement forcé de concentrer toute son attention pour la faire glisser doucement sur le sol.
Putain, quel cirque.
Snape s'accroupit à ses côtés et fronça les sourcils. Toute la classe se rassemblait autour d'elle et la dévisageait.
– Allez dire à Madame Pomfresh que je l'amène directement à l'infirmerie, siffla Snape à Harry.
Il la souleva gentiment du sol.
– Elle n'a pas besoin d'aller voir Madame Pomfresh, répondit Harry un peu trop rapidement. Elle est juste fatiguée… Elle n'a pas bien mangé ce matin.
Snape lui lança un regard furieux et tenta d'ignorer les élèves qui les observaient.
– Si elle s'évanouit pendant mon cours, c'est qu'elle a besoin d'aller à l'infirmerie.
– Elle a juste besoin de repos, insista Harry sans remarquer que Hermione revenait à elle. Elle va bien.
Draco sourit avec dédain et se pencha vers son parrain, il plaça une main sur son épaule et lui murmura à l'oreille :
– Elle est enceinte, Severus – en cloque, quoi.
Puis il se redressa, exhiba un large rictus et retourna à son bureau et à son chaudron bouillonnant.
Les yeux sombres de Snape s'écarquillèrent et la féroce douleur de la jalousie qui le transperça en cet instant fut totalement insupportable. Son cœur sembla cesser de battre et lui faire mal tout à la fois son esprit chancela d'horreur à la maintenant irréfutable certitude qu'il l'avait perdue.
Il jura carrément et les élèves se mirent à commenter son écart de langage.
– Le ridicule évanouissement de Miss Granger n'a rien à voir avec ce cours, précisa Snape d'une voix soyeuse, en fusillant du regard les spectateurs qui seraient assez fous pour se mesurer à lui. Je vous suggère donc de retourner à vos chaudrons avant que je ne vous fasse tous échouer.
Les élèves retournèrent silencieusement à leur place et, même si le désir de commérer sur l'évanouissement de Hermione était presque palpable, ils restèrent muets. Hermione grogna et tenta de se lever. Cependant, Snape la souleva et, avec une expression si sévère que ses camarades eurent pitié d'elle, il la soutint pour sortir de la classe.
Mais il ne l'amena pas à l'infirmerie. Au lieu de ça, il la tira à travers le couloir jusqu'à son bureau et claqua sauvagement la porte derrière lui. Puis il la poussa sans cérémonie sur une chaise.
Hermione cligna des yeux plusieurs fois et se demanda comment elle avait permis cette situation. S'évanouir en classe était déjà assez mauvais mais s'évanouir en Potions ! Elle passa une langue sèche sur sa lèvre inférieure et remua inconfortablement en tentant de se redresser un peu afin de lui faire face. Elle ne savait pas du tout comme expliquer ce qui venait d'arriver et ignorait totalement que Draco lui avait déjà dit, donc elle se contenta d'un simple merci.
– Je t'en prie, rétorqua–t–il sarcastique. On vient de m'aider à comprendre que le changement d'hormones peut faire facilement s'évanouir les femmes enceintes.
Si elle avait cru que sa bouche était sèche avant, elle s'était trompée, elle avait maintenant l'impression que sa langue s'était changée en parchemin. Elle se mit à regarder frénétiquement partout dans la pièce, sauf sur lui. Comment l'avait–il découvert ? Qui le lui avait dit ? Elle déglutit et se demanda ce qu'elle devait lui dire mais elle était incapable de penser.
Son silence étouffa quelque peu la jalousie qui le déchirait.
Oui, en dépit de la douleur qui le lacérait, il voulait la toucher si désespérément que ses doigts le démangeaient. Mais, à l'évidence, elle n'était plus à lui depuis longtemps. Non, à en juger par sa présente condition, elle appartenait totalement à quelqu'un d'autre.
Cette pensée amena un goût amer dans sa bouche et il s'exprima avec méchanceté.
– Je vois que tu n'as pas perdu de temps. Qui es l'heureux élu ?
Une horrible pensée traversa son esprit.
– C'est Potter ?
Elle le fixa, sous le choc. Un éclair de douleur atteignit ses yeux mais elle détourna rapidement le regard.
– Peu importe, Severus, répondit–elle doucement.
– Oh, mais bien sûr qu'on s'en tape, rétorqua–t–il durement. Ce qui importe c'est qu'on ne soit séparé que depuis quoi, deux, trois mois ? Et maintenant, tu t'arranges pour tomber enceinte, c'est très malin de ta part.
– Mais c'est toi qui m'as dit d'aller baiser ailleurs, Severus !
Sa mâchoire se durcit. Silencieusement, il admit que c'était ça qui l'écorchait le plus, le regret purement naturel qu'il vivait chaque jour. Il l'avait laissé partir. Il avait voulu qu'elle fasse sa vie sans lui. Mais il y avait une douloureuse part égoïste en lui qui n'avait pas voulu qu'elle parte. Elle était à lui, et à lui seul.
– Que s'est–il passé ? s'enquit–il vicieusement.
Cette part égoïste en lui le fouettait et il voulait la blesser autant qu'il était blessé.
– Tu as perdu la tête et tu es tombée amoureuse que quelqu'un d'autre ? Ou tu t'es contentée de jouer les traînées en ouvrant les cuisses à tous ceux qui passaient ? T'as arraché une page du livre de Ginny Weasley ?
Son visage rougit et elle parut brusquement aussi furieuse que lui, mais en regardant attentivement, il pouvait voir la peine dans ses yeux et il se sentit dégoûté d'en ressentir de la satisfaction. Au moins, il n'était pas le seul à avoir mal.
– Je ne suis tombée amoureuse de personne d'autre.
Sa voix était basse et modulée comme si elle contenait son humeur sous contrôle. Il rit, se moquant d'elle amèrement.
– Bien, alors je suppose que la théorie de la traînée sonne plutôt juste.
– Je n'ai couché avec personne d'autre ! aboya–t–elle finalement puis elle ferma la bouche et détourna les yeux.
Ce fut au tour de Snape de cligner des yeux, ses mots s'insinuèrent à travers le labyrinthe de sa colère comme une froide dose de réalité. Sa colère avait été la seule chose qui l'empêchait de voir l'évidence. Ses yeux se plissèrent et il l'examina de plus près, tentant de percevoir les changements de son jeune corps. Il en savait très peu sur les femmes enceintes, uniquement les choses étranges qu'il avait entendu par hasard en écoutant les conversations du personnel – et de telles conversations étaient rares – mais son instinct viscéral le rongeait.
Appréhension et émotion commencèrent à se mélanger à la colère, mêlées à une autre sensation qu'il n'arrivait pas à nommer.
Elle posa une main possessive sur son ventre encore plat, son expression reflétait sa panique.
– Je dois y aller, dit–elle rapidement.
Elle se leva de sa chaise, déterminée à se sortir de là sans autre confrontation.
Sans y penser, il attrapa son bras, ses doigts s'enfoncèrent durement dans sa chair douce, son cœur battait si fort qu'il pouvait l'entendre tambouriner dans ses oreilles. Elle essaya de se dégager d'une secousse mais son emprise était douloureusement forte.
– De qui est ce bébé ? demanda–t–il, la voix horriblement serrée comme s'il ressentait une pression au niveau de la poitrine.
– C'est le mien ! cracha–t–elle fièrement.
Il grinça des dents, connaissant la réponse à sa question mais la répéta malgré tout.
– Qui est le père, Hermione ?
– Ce ne sont pas vos affaires, Professeur.
Il se pencha sur elle, si proche qu'elle pouvait sentir la chaleur de son souffle sur sa joue.
– J'en fais mon affaire.
Des larmes remplirent ses yeux et sa lèvre inférieure trembla. Avec de grands efforts, il résista au besoin de la prendre dans ses bras et de s'excuser de l'avoir blessée. Mais jamais il ne s'excuserait, parce qu'il n'était pas désolé et qu'il voulait des réponses. Il ne se demanda jamais pourquoi le besoin était si fort. Tout ce qu'il se disait, c'était qu'il voulait connaître la vérité.
– Hermione, fit–il d'une voix à peine plus haute qu'un murmure vibrant d'avertissement, je veux savoir qui est le père, je veux que tu me le dises – je sais comment te faire parler.
Elle voulait pleurer. Qu'est–ce qu'il ferait si elle le lui disait ? Il la forcerait à se débarrasser de l'enfant ?
– Qu'est–ce que ça peut te faire ? s'écria–t–elle.
Parce que je t'aime.
C'était la seule explication que son cœur et son esprit permettraient et il ne voulait pas les combattre mais elle était têtue et il l'était aussi.
– Réponds–moi, exigea–t–il âprement.
Elle ferma les yeux et, quand elle les rouvrit, il vit – autant qu'il ressentit – sa défaite.
– Mais de qui crois–tu qu'il est, Severus ? demanda–t–elle d'une voix étranglée. Il est de toi, Severus. Il sera toujours de toi.
Stupéfait, il lâcha son bras et se sentit vaciller. C'était bien la réponse qu'il attendait mais l'entendre…
Il tenta d'inspirer un peu d'air pour soulager ses poumons mais il lui semblait que l'oxygène était si limité qu'un simple souffle était trop demander.
Il est de toi, Severus. Il sera toujours de toi. Ses paroles l'atteignirent de loin. Il allait être père. Il secoua la tête et tenta de mettre de côté la terreur qui l'écrasait soudainement. Oh, doux Merlin, il ne pouvait pas être père. Il ne savait pas se comporter en père et il était joliment certain qu'il serait un père parfaitement merdique. En regard de ce que son père avait été, que se passerait–il s'il était tout aussi pourri et infect ? Il était déjà pourri et infect ! Cette perspective, autrefois si distante, était si écrasante qu'elle en était effrayante et il ressentit le besoin de vomir.
Hermione jeta un œil sur son visage, le repoussa et se dirigea vers la porte, le sortant brusquement de son bref moment de stupeur. Il la rattrapa sur le seuil de porte.
– Hermione !
Il se plaça devant elle, la forçant à s'arrêter.
– Je n'en ai pas fini avec toi.
Elle leva son menton têtu et, en dépit de sa pâleur, elle sembla le heurter avec le feu qui émanait de ses yeux.
– Il n'y a rien à discuter.
Il n'était pas du tout de cet avis.
– Pourquoi tu ne m'as rien dit quand tu as su que tu étais enceinte ? exigea–t–il de savoir avec bien plus de calme qu'il n'en ressentait.
– Parce que c'était mieux que tu ne saches pas. En outre, je ne pensais pas que tu t'en soucierais, rétorqua–t–elle sans prendre de gants.
Il tressaillit comme si elle l'avait giflé. Elle le prenait donc pour un monstre – elle croyait qu'il ne souciait pas du tout d'elle ? Il contrôla sa voix en s'assurant qu'elle ne tremblait pas.
– Puisque je suis le père de cet enfant, j'ai des responsabilités envers lui – et envers toi.
– Une responsabilité dont tu ne veux pas, tu t'es montré extrêmement clair, contra–t–elle avec fougue. Alors je te libère de cette obligation. Maintenant, laisse–moi tranquille.
Sa mâchoire se crispa un peu plus.
– C'est néanmoins toujours ma responsabilité.
– Je ne veux rien et je n'attends rien de toi. Je me suis pleinement préparée à élever cet enfant seule.
Une fois de plus, sa main se posa sur son estomac comme si elle voulait protéger le fœtus à l'intérieur.
– Je ne veux pas que ce bébé soit un noble sacrifice de ta part ou une quelconque obligation. Je mérite mieux que ça et mon bébé aussi.
Chaque mot ressemblait à un coup. Elle avait raison, bien sûr, si raison que ça lui faisait mal. Elle méritait bien mieux et son enfant aussi. Leur enfant. Il sentit son cœur se tordre douloureusement à cette pensée et il savait que l'irréfutable vérité était que l'enfant qu'elle portait en elle se porterait bien mieux sans un père comme lui. Il ne connaissait que le pire sur l'éducation d'un enfant. Il savait comment instiller la peur, comment dominer et comment intimider. C'était tout.
Mais c'était un adulte maintenant, aiguisé par une vie de déception, éduqué par un homme cruel et amer qui n'avait rien appris d'autre à son fils que l'humiliation et l'avilissement et comment perpétrer cette tradition. Mais sans tenir compte de tout ça, il avait une responsabilité envers Hermione et il ne voulait pas la décevoir. Il aurait fait n'importe quoi pour elle il se l'était prouvé à lui–même, maintenant il allait tout faire pour protéger la vie qu'elle portait.
Il se calma, réalisant que se disputer avec elle n'allait les mener nulle part et il décida de changer de tactique. Il inspira profondément, se redressa et demanda :
– Tu es enceinte depuis combien de temps ?
Elle ne le regarda pas mais se calma aussi, sentait qu'il essayait de se montrer poli alors elle pouvait bien faire le même effort.
– La dernière fois qu'on a été ensemble, c'était la St–Valentin, alors, par–là ou un peu avant.
Il fronça les sourcils et calcula. Deux mois et demi, trois mois, assez pour être bien implanté. Depuis combien de temps le savait–elle ? Combien de temps l'avait–elle caché ?
– Tu as vu quelqu'un ? Un médicomage ou une… Comment on appelle ça ? Une sage–femme ?
– Non… Non, pas encore.
Elle hésita et se mordilla la lèvre, exposant son inconfort.
– Je ne veux pas aller voir Madame Pomfresh… ou quiconque dans le village. Je ne veux pas de commérages et si un élève était là–bas, il le dirait au directeur. Lavande pense que je devrais aller à Ste–Mangouste.
Ainsi Miss Brown le savait aussi.
– Elle a probablement raison. Tu devrais aller à Ste–Mangouste.
– Je ne veux pas y aller, répondit–elle trop rapidement et elle réalisa que ça sonnait très immature. Je vais attendre que les examens soient finis.
Elle ne voulait pas l'admettre mais elle ne voulait pas y aller seule. Harry n'était plus qu'une épave – même s'il le niait. De plus, Lavande et lui étaient en pleine révision d'examens et elle ne voulait pas les distraire.
Mais Snape la dévisagea comme si elle était folle.
– Hermione, les examens sont dans deux mois, il faut que tu voies quelqu'un maintenant.
Il se mit à faire les cent pas.
– Je vais prendre un rendez–vous pour toi.
– Mais…
– Et je te concocterai quelque chose contre les évanouissements. Tu es nauséeuse aussi ?
Il n'attendit pas la réponse, bien sûr qu'elle avait des nausées, il avait vu qu'elle avait l'air malade et maintenant, tout ça prenait du sens.
– Mais je…
– Tu ne peux plus transplaner, ajouta–t–il, en se souvenant d'une conversation du personnel où quelqu'un discutait de bébés qui avaient été amalgamés in utero lorsque des sorcières transplanaient sans y penser. On prendra le Magicobus pour aller à Londres.
On ? Il venait aussi ? Elle l'observa marcher de long en large et se sentit un peu honteuse de ressentir une sensation de soulagement la submerger. Il prenait les choses en main, et en ce moment, même si c'était peu, elle voulait désespérément que quelqu'un prenne les choses en main. Elle baissa lentement la tête. Il n'était peut–être pas son avenir, peu importait combien elle voulait qu'il le soit mais au moins, elle l'aurait avec elle pour cette journée.
oOo
– Maître Severus devient insistant, déclara Non en se tordant les mains. Il n'accepte plus d'excuses. Il dit qu'il maintiendra Maître Draco éloigné mais il veut savoir comment vous aider.
– Il ne peut pas.
La voix de Lucius semblait fatiguée, elle était constamment fatiguée ces temps–ci.
– Il faut que Draco reste là–bas, expliqua–t–il, ça fait partie du sortilège…
Il s'interrompit et il sut en un instant qu'il en avait trop dit.
– Ne lui dis pas ça, dis–lui juste que je vais bien.
– Maître Severus sait que vous êtes en train de mourir.
– Je t'ai dit de ne pas le lui dire.
– Vous ne devez pas blâmer Non, Maître Lucius, mais Maître Severus a insisté.
Lucius reste silencieux. Le temps avait glissé sur lui et il était bel et bien en train de mourir. L'air autour de lui était plus chaud et ce n'était pas à cause d'un charme. L'été arrivait. Les jours étaient plus longs. L'ange avait tenu plus longtemps que Lucius ne s'y attendait.
– Assure–toi qu'il garde un œil sur Draco parce quand je serai mort, Semeuse le voudra. Je ne sais pas quoi en faire quand l'école sera finie – Severus devra alors le surveiller.
Non dévisagea Lucius pendant un moment et sentit ses yeux se remplir de larmes. Il ne pouvait pas le supporter, il ne pouvait pas supporter de le regarder mourir.
– Il faut vous reposer, Maître Lucius. Non dira à Maître Severus de surveiller Maître Draco…
Lucius gloussa.
– Tu as trop de maîtres.
Non déglutit avec difficulté.
– Non s'assurera que Maître Draco resta en sécurité.
– Bien, soupira Lucius. Retourne vers Severus maintenant. Va le lui dire.
A suivre…
NdT :
[1] Vernis foliage en vo, vernis du Japon ou ailante, appelé aussi arbre des dieux ou arbre du paradis. La plante a une odeur fétide caractéristique.
Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.
Bisous.
Falyla
