Titre : Objects of Desire

Lien vers la fic originale : dans mon profil, FFnet n'affiche pas les liens URL

Auteure : Azrael Geffen

Traductrice : falyla

Correcteurs : falyla/Florent

Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape

Rating : M/NC-17

Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)

Etat de la traduction : terminée

Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.

Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.

Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.

Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.

Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.

Note de la traductrice : Merci beaucoup pour vos commentaires, j'apprécie vraiment.

Bonne lecture.

Chapitre 18 (5ème partie)

– Tu devrais manger un peu plus que ça.

Lavande était en train de tancer Hermione tandis qu'elle dévorait ses toasts et son bacon. Hermione avait juste pu se forcer à manger un morceau de toast mais elle se sentait trop malade pour avaler autre chose.

– Je ne peux pas, je me sens très mal.

– Tu as pris la potion que le professeur Snape t'a donnée ?

– Non, rétorqua Hermione, irritée. Je ne veux rien prendre du tout. Ce n'est pas bon de prendre toutes ces potions pour guérir tout et n'importe quoi.

Harry, assis en face d'elle, la dévisageait comme si elle était folle.

– Tu as pris des trucs juste pour voir ce que ça faisait ! Tu as bu du Polynectar préparé dans des toilettes !

– Maintenant, elle ne voudrait même plus prendre de potion contraceptive, ajouta Lavande, solennelle.

– D'où sa condition actuelle, conclut Harry.

– Vous ne pourriez pas juste vous taire, tous les deux ?

Hermione tressaillit en sentant son estomac remuer.

– Il ne te donnera rien qui te fera du mal, assura Harry à mi–voix, ni au bébé, d'ailleurs.

– Depuis quand tu as rejoint le Fan Club de Severus Snape ? aboya Hermione.

– Ce n'est pas le cas mais je sais qu'il ne te fera aucun mal.

– Ouais, eh bien, il ne m'a pas décroché deux mots depuis qu'il a découvert que j'étais enceinte.

– Ce n'est pas vrai, contra Lavande, il est venu et il t'a donné la potion. Et il a été très gentil avec toi après.

– Et tu penses qu'il est adorable, hein ? Pourquoi tu ne l'épouses pas, toi, si tu trouves qu'il est si génial ?

Harry et Lavande la fixèrent alors longuement.

– Waouh, finit par dire Harry. C'est la chose la plus puérile que j'ai jamais entendu sortir de ta bouche.

Harry fut distrait quand McGonagall vint placer une main sur l'épaule de Hermione et que les hiboux commencèrent à descendre des chevrons avec le courrier du matin. Hedwige lâcha deux lettres dans l'assiette de Harry puis se posa sur la table pour picorer ce qui restait de son petit–déjeuner.

– Hermione ?

McGonagall se pencha pour parler à l'oreille de Hermione.

– J'ai pris rendez–vous pour vous à Ste–Mangouste, samedi prochain. Nous pensons que le mieux serait que vous et Severus vous rendiez à Londres dès vendredi soir, ainsi vous auriez largement le temps d'y aller.

Hermione fronça les sourcils.

– Vendredi ? Pourquoi ne peut–on pas simplement transplaner samedi matin ?

Minerva pinça ses lèvres de désapprobation.

– Vous ne pouvez pas, ma chère. Transplaner est très mauvais pour le fœtus. Maintenant, ce serait une idée de demander à Mr Potter si vous pouvez rester à Grimmauld Place. Severus a dit qu'il pourrait avoir des chambres au Chaudron Baveur mais ça dépend de ce que vous préférez.

– J'ai les clefs de Grimmauld Place, murmura Hermione. On peut rester là–bas.

Minerva sourit finement.

– Bien. Bien. Je sais que Severus essaie de vous obtenir un carrosse pour vous emmener à Londres mais Albus n'est pas particulièrement enchanté par la tournure des événements et il a dit que si vous ne pouviez pas l'avoir, alors vous devrez probablement prendre le Magicobus… Je suis certaine que Severus trouvera autre chose.

– Dites–lui que le bus ira très bien.

– D'accord.

Minerva dévisagea alors Hermione, tentant de déchiffrer son humeur.

– Vous vous sentez bien ?

– Je… Je suis… Je me sens un peu… malade.

– Oh, c'est ça…

Minerva sourit en se rappelant une information qu'elle était censée transmettre.

– Severus vous conseille de boire votre potion.

Hermione ne répondit rien mais, tandis que Minerva se redressait et pivotait pour s'en aller, Hermione lui attrapa le bras.

– Comment va–t–il ? demanda–t–elle rapidement. Comment il prend… tout ça ?

Minerva se pencha à nouveau vers l'oreille de Hermione.

– Bien mieux que je ne l'aurais cru, admit–elle. Je pensais qu'il s'enfuirait en hurlant si quiconque venait lui annoncer ce genre de nouvelle. Mais non, il a été très… calme.

Hermione caressa distraitement son petit ventre à travers sa robe. Calme, c'était mieux que terrifié et certainement mieux que furieux ou déprimé. Elle fouilla dans sa poche et en sortit la bouteille de potion qu'il lui avait donnée. Harry avait raison, Severus ne lui ferait aucun mal, pas physiquement du moins.

– Buvez la potion, répéta Minerva sur un mode maternel alors qu'elle était sur le point de s'éloigner.

Elle tapota l'épaule de Hermione.

– Vous vous sentirez mieux après.

Puis Minerva regarda Lavande et, d'une voix ferme, ajouta :

– Assurez–vous qu'elle la prenne.

Lavande sourit largement et se mit à réprimander Hermione avec une vigueur renouvelée.

– Tu as reçu des lettres de qui ? demanda Hermione à Harry en ignorant Lavande qui versait une mesure de potion dans une cuillère.

– Une de Maugrey…

Harry se renfrogna en lisant la lettre et la froissa en boule.

– Il me félicite de m'être débarrassé de Draco. L'autre est de Fred.

Harry prit la lettre et la lut.

– Il veut m'inviter à sortir dans une boîte de nuit avec lui.

– Peut–être que tu devrais y aller, suggéra Hermione en prenant la cuillère que lui tendait Lavande.

Elle avala le contenu.

– Oh, goût de fraise.

– Il a dû la rendre agréable pour toi, la taquina Lavande. Je pense qu'il t'aime.

Hermione roula des yeux de façon théâtrale. Si seulement c'était vrai.

– Peut–être que tu devrais y aller, répéta–t–elle à Harry.

– Avec Fred ?

Harry semblait dubitatif.

– Je ne sais pas si c'est une si bonne idée.

– Pourquoi pas ? Tu pourrais t'amuser.

– Ouais et je pourrais passer toute la soirée à me demander comment empêcher les mains de Fred de me peloter le cul.

Hermione secoua la tête et sourit, elle se sentait mieux maintenant que la potion avait agi. Elle ne voulait qu'une chose, voir Harry heureux. Elle ne croyait pas du tout que Harry et Fred feraient un couple convenable mais peut–être que Harry pourrait profiter d'une soirée à l'extérieur, loin de ses problèmes – et loin de Draco. Draco, qui n'avait rien dit à personne, mais qui se tuait à petit feu en buvant comme un trou et Harry s'en accusait aussi.

Pour Lavande, cependant, penser à Draco était un petit peu plus dérangeant et elle ne put s'empêcher de poser l'évidente question :

– Et pour Draco ?

– Je proposais que Harry sorte pour un soir, répliqua Hermione. Je ne suggérais pas que Fred et lui s'enfuient ensemble.

– Ouais mais c'est toujours un rendez–vous, insista Lavande. Et, au contraire de vous, je suis allé parler avec Draco récemment et j'ai vu ce qu'il se faisait. Il ne va pas bien le prendre.

Harry resta silencieux. C'était vrai, il ne pensait pas que Draco le prendrait bien. L'école sera bientôt finie, les examens n'étaient plus qu'une question de semaines et après ça, Harry quitterait Poudlard et ne reverrait sans doute plus jamais Draco. Il aurait alors largement le temps de sortir avec Fred.

Mais cette perspective le terrifiait aussi. Il ne voulait pas ne plus voir Draco chaque jour, et, en toute honnêteté, il ne voulait pas sortir avec Fred, même pour boire un verre ou deux.

Le banc bougea et quelqu'un s'assit lourdement à côté de lui. Harry jeta un coup d'œil et sentit sa bouche s'assécher quand il réalisa que Draco avait pris place à côté de lui et qu'il tendait la main pour prendre du café.

– Qu'est–ce que tu fais ?

Draco le regarda et fronça les sourcils.

– Je prends mon petit–déj, j'ai l'air de faire quoi à ton avis ?

Harry le dévisagea il n'était pas rasé, il empestait les relents d'alcool et la sueur mais Harry le désirait encore – furieusement.

La bouche de Draco se tordit en rictus alors qu'il se méprenait sur l'expression qu'affichait Harry.

– Si tu regardes un peu autour de toi, tu verras qu'il n'y aucune autre place où s'asseoir, gronda–t–il.

Mais comme Harry ne disait toujours rien, il repoussa son café, jura violemment et se leva pour quitter la table. Harry l'attrapa et le tira en arrière.

– Assieds–toi, fit–il, et mange ton foutu petit–déjeuner.

Sa confusion était telle qu'elle pouvait facilement être prise pour de l'irritation. Draco, qui avait vraiment besoin de café, s'affala sur sa chaise avec insolence.

– Draco.

Lavande se pencha en travers de Hermione et Harry et, avant qu'ils ne puissent l'arrêter, le questionna :

– Fred Weasley a demandé à Harry de sortir prendre un verre avec lui. Tu as un problème avec ça ?

Harry jeta un regard noir à Lavande tandis que son estomac faisait un bond et Hermione se mit machinalement à masser ses tempes pour dissiper sa migraine naissante. Draco fixa longuement Harry.

– Tu veux sortir avec Fred Weasley ?

– Juste pour un verre, précisa froidement Harry.

– Pourquoi ? s'enquit Draco, le ton aussi pointu que son menton.

– Parce qu'il me l'a demandé.

L'irritation dans la voix de Harry était très réelle maintenant.

– Tu envisages de baiser avec lui ? demanda Draco, accusateur.

Harry en fut bouche bée. Pourquoi est–ce que la première pensée de Draco allait toujours droit au sexe ? Et pourquoi, se demanda Harry, devait–il se justifier de la personne avec qui il allait sortir ?

– Eh bien ? exigea de savoir Draco. Tu vas le faire ?

– Mais si j'en ai envie, putain !

– Bien, cracha Draco en se levant de table. Amuse–toi bien… et j'espère que tu attraperas une de ces horribles maladies de sa sale petite bite putride !

Et il s'éloigna à grands pas. Lavande haussa les épaules devant les œillades furieuses que lui lançaient Harry.

– Bon, ben, au moins, maintenant, tu connais son avis.

– Ouais, merci, Lav', ricana Harry. Merci beaucoup.

oOo

Lucius était assis dans un fauteuil roulant orné et regardait au–delà des portes–fenêtres du balcon. Il n'était pas sorti depuis trois jours bien que le soleil brillât et que l'été fût presque là. Il avait l'impression d'être coincé à l'intérieur pour toujours.

Il savait pourquoi. Non était retourné à Poudlard et ne reviendrait pas. Semeuse était resté muet sur l'absence de l'elfe de maison et n'avait rien fait pour le remplacer. L'humeur du conservateur était épouvantable et il n'avait plus parlé à Lucius depuis que Non avait disparu. À la place, Semeuse l'avait frappé puis avait grogné quelque chose avant de le jeter magiquement sur le lit pour le sodomiser durement.

Lucius en était venu à la conclusion que Non était mort. Semeuse devait l'avoir surpris – et il l'avait tué.

Il se surprit à pleurer quand il réalisa le sort du petit elfe. Pas pour lui–même mais parce que, contre toutes attentes, il appréciait Non. Il avait grandi avec l'elfe de maison et il avait placé Draco sous sa responsabilité. Non avait débuté en cuisine et avait travaillé dur pour en arriver à faire marcher tout le Manoir. Il n'appartenait pas au musée. Il ne méritait pas de mourir parce que le conservateur du musée était cinglé ou parce que Lucius s'était fourré dans ce genre de problèmes. En vérité, il méritait de retourner au Manoir, de vivre sa vie et de mourir en vieil elfe satisfait.

Il ne méritait pas qu'un sale pervers le tue.

Lucius se demanda ce qui s'était passé. Est–ce que Non avait été surpris en allant à Poudlard, ou en en revenant ? Ou avait–il tout simplement déplu au conservateur, comme tant d'autres elfes ?

Lucius était conscient de l'ironie de la situation. Lui–même avait tué beaucoup de ce qu'il nommait créatures inférieures tout simplement parce qu'ils l'irritaient. Mais Non n'était pas une créature inférieure. Non était Non et Lucius ressentait sa perte bien plus qu'il ne le croyait possible.

C'était comme si un filet s'était refermé autour de lui. Il allait mourir ici, seul et, pour la première fois, il avait peur.

oOo

Hermione se tenait nerveusement à l'extérieur des portes du château, elle essayait d'empêcher ses pieds de s'enfoncer dans la boue qui formait une ligne au bord de la route. Non pas que la route elle–même soit en meilleur état mais la pluie s'était finalement arrêtée depuis plus d'une semaine et tout commençait à sécher. La fraîcheur du vent commençait aussi à s'amenuiser même s'il était encore froid. Elle lui semblait se rappeler que mai était plus chaud que ça mais elle se trompait peut–être. Elle n'en était plus certaine.

Elle s'était vêtue pour le voyage de Londres de façon délibérément désinvolte. Un jean basique, un pull et sa lourde cape de voyage qui l'enveloppait étroitement pour la protéger du froid. Lavande avait suggéré quelque chose de plus sexy, quelque chose de séduisant qui attirerait son compagnon dans un lit ou le rendrait dingue. Mais Hermione doutait que de tels efforts mériteraient une quelconque récompense. Severus Snape n'était pas le genre de type à se laisser séduire par une tenue. De plus, si leurs dernières rencontres avaient été assurément polies, elles n'avaient pas été particulièrement amicales. Il était évident pour elle que la perspective de la paternité le terrifiait et que sa manière de se défiler était de se retirer dans la civilité. Il avait abordé la prise de rendez–vous et des arrangements avec la même précision militaire qu'il employait généralement pour planifier une bataille. C'était quelque chose qu'il devait faire, pas quelque chose qu'il voulait faire.

Hermione consulta sa montre – il était en retard. Très en retard. Ce qui ne collait pas avec tout ce qu'elle connaissait de lui. Le soleil allait se coucher et elle regarda nerveusement le château derrière elle. Elle n'aimait pas l'idée de rester seule à l'extérieur du château. Peu importait le nombre de fois où Harry lui avait dit de ne pas s'inquiéter de Krum, elle ne pouvait s'en empêcher. Comment Harry savait–il que Krum ne la poursuivrait pas ? Il lui avait promis de ne pas tuer Krum et elle était inconfortablement consciente qu'elle aurait aimé qu'il le fasse. Au moins, de cette façon, elle pourrait cesser de regarder par–dessus son épaule toutes les cinq minutes.

Elle trembla dans sa cape et la resserra autour d'elle. Si elle avait su que Severus serait en retard, elle aurait pris le temps de refaire son sac. Elle savait très bien que Lavande avait changé son pyjama contre une saleté de truc en soie et tous ses confortables sous–vêtements contre des petites choses en dentelle. Hermione en avait été suprêmement agacée. En dehors des sous–entendus manifestes que ces vêtements induiraient, elle aimait ses sous–vêtements en coton et son pyjama Winnie l'Ourson. Pourquoi Lavande n'arrivait–elle pas à l'accepter ?

De plus, elle était enceinte le confort n'était–il pas davantage une priorité qu'une allure sexy quand on était enceinte ? Non pas qu'elle ait l'air enceinte. Elle avait pris un petit ventre mais il ne paraissait pas déplacé ou peu seyant. Elle avait aussi développé un fabuleux décolleté qui semblait avoir poussé en une nuit – pas que quiconque l'eût remarqué parce qu'elle gardait ses chemises soigneusement boutonnées et ses robes fermées – Lavande pensait que c'était un beau gâchis.

– Je suis désolé.

Snape arriva en courant sur le chemin jusqu'à elle.

– J'ai été retenu à une réunion du personnel. Cette stupide Chourave maintenait que quelqu'un avait tué tous ses Lys Mordeurs et que c'était un élève de Serpentard. Oh, bien sûr, elle ne savait pas exactement qui mais c'était forcément un Serpentard…

Il s'interrompit en réalisant qu'elle se fichait probablement de sa dispute avec le professeur de Botanique. Et bien sûr, il se trompait. Hermione se serait assise et l'aurait écouté se plaindre de sa journée pendant des heures. Spécialement s'ils étaient installés devant un bon feu elle aurait pu peut–être lui frictionner la nuque et ils auraient pu vivre heureux à jamais.

Elle secoua la tête et dispersa le fantasme. Elle sourit nerveusement.

– Comment tu te sens ?

Il lorgna vers sa cape à la hauteur de son ventre caché.

– Ça va… J'ai un peu froid.

– Il fera plus chaud à Londres.

Il n'était vraiment pas doué pour le bavardage alors il détourna son regard, trouvant brusquement le château incroyablement intéressant.

Hermione le dévisagea ouvertement et l'évalua dans son entier. Lui aussi avait revêtu sa cape de voyage et il semblait porter des habits moldus en dessous, c'était une chose qu'elle savait douloureuse pour lui. Elle pouvait entrevoir de la laine et ce qui ressemblait suspicieusement à du velours côtelé. Il tenait un petit sac noir tout cabossé. Il le changea de main afin de pouvoir tirer sa baguette pour héler le bus.

– Je ne m'attendais vraiment pas à ça, dit–elle en riant nerveusement.

– Ça ira, je suis sûr que l'hôpital de Ste–Mangouste est très professionnel.

– Je parlais du trajet en bus.

– Oh.

Le lierre qui grimpait sur les murs du château était particulièrement vert ce soir. Hermione se balança d'avant en arrière sur ses pieds en se demandant ce qu'elle pouvait ajouter. Quelque chose qui effacerait de son esprit le fait qu'elle était sur le point de se rendre à Londres avec son Maître de Potions et ex–amant pour vérifier la progression de sa grossesse accidentelle. Oh, ouais, sa vie était fabuleuse.

Elle fut épargnée de devoir parler par l'arrivée du bus violet vif qui sembla exploser de nulle part et freina en hurlant devant eux, éclaboussant leurs capes de boue, ce qui les fit jurer copieusement. Severus tendit la main pour prendre le sac de Hermione qu'elle lui laissa volontiers tandis que Stan Rocade, appuyé paresseusement contre l'encadrement de la porte, commençait son habituel baratin, le récitant comme s'il l'avait appris par cœur, sans réel intérêt pour les nouveaux passagers.

Severus l'ignora, il fit monter Hermione sur la marche de manière protectrice puis dans le bus lui–même. Stan ne remarqua ces nouveaux passagers que lorsqu'ils furent à bord et que Severus poussa ses bagages vers lui. Il ne put alors s'empêcher de le regarder bouche bée dans un mélange d'horreur et de choc. Il aurait très bien pu passer sa vie entière, heureux, sans jamais recroiser le professeur Severus Snape et maintenant cette vieille buse était dans le bus… dans son bus. Pourquoi est–ce qu'il prenait le bus ? Sans y penser, il couina :

– Professeur Snape !

Puis il le regretta instantanément quand Snape tourna un œil critique sur la figure couverte d'acné du contrôleur. En toute honnêteté, Snape ne se souvenait pas de Stan Rocade, ce qui était un bon indicateur en soi à l'école du moins, Rocade avait été un élève moyen qui n'excellait en rien, pas plus qu'il ne causait d'ennuis. Snape regarda Stan dans les yeux, piocha son nom au fond de son esprit et grogna :

– Rocade.

Stan semblait incapable d'ôter ses yeux de son ancien Maître de Potions, la dernière personne qu'il s'attendait à voir grimper dans le Magicobus. Il n'avait même pas remarqué qu'il y avait deux passagers et non un seul.

– Deux tickets, Londres, Grimmauld Place, marmonna sévèrement Snape.

Stan sursauta de stupeur, ses yeux passèrent instantanément de Snape à Hermione et ses pupilles s'écarquillèrent. Hermione, il la reconnaissait – elle avait pris le bus plusieurs fois. Une amie de Harry Potter, d'environ dix–huit ans prenait le bus avec le professeur Snape – et ils étaient tous les deux habillés de vêtements moldus sous leur robe. L'esprit de Stan fit un bond et revint avec quelque chose qu'il fut choqué de trouver tant c'était précis.

– Alors, on sort pour le week–end, Professeur ?

– Combien ça coûte habituellement pour effectuer ce trajet sans les questions ? grogna Snape.

Les sourcils de Stan se relevèrent sous sa frange et il se mit à soupçonner que son idée – à savoir que ces deux–là s'envolaient pour un week–end coquin – était peut–être exacte.

– Il y a les couchettes aux étages supérieurs, Professeur, mais c'est toujours assis, ici, en bas. Où voulez–vous vous installer, Monsieur ?

Severus connaissait suffisamment le bus pour savoir qu'il n'attendrait pas qu'ils aient atteint les étages supérieurs pour démarrer et il ne voulait pas risquer que Hermione tombe – de plus, il était encore tôt et ils ne voulaient pas dormir de toute façon.

– Ici, en bas, c'est parfait.

Stan essaya un sourire en coin mais l'idée d'avoir Severus Snape dans son bus rendait cette journée un peu plus mauvaise mais, ceci étant dit, son amour pour les ragots faisait des heures supplémentaires et il était totalement concentré afin de savoir pourquoi Snape était dans le bus avec la fille. Il permit à l'étrange couple de descendre l'allée et de trouver deux fauteuils près de l'avant puis il se dirigea lui aussi d'un pas tranquille vers l'avant du bus et frappa à la vitre de séparation avant de dire d'une voix forte :

– Londres, Ern, Grimmauld Place.

Puis il se tourna et sourit tandis que le bus explosait dans la nuit qui tombait. L'estomac de Hermione fit un bond et leurs deux sièges glissèrent un peu vers l'avant. Stan s'appuya confortablement contre la vitre et se cura les dents.

– Chocolat chaud ? Une tasse de thé ?

Severus essaya d'être formel mais son propre estomac commençait à se nouer, il regarda Hermione et réussit à parler.

– Tu veux quelque chose ?

Hermione ne pensait vraiment pas que son estomac allait supporter de boire quoi que ce soit dans ce bus. Elle enfonça ses doigts dans les accoudoirs et déglutit.

– Non merci, répondit–elle en sentant le sang se retirer de son visage.

– Juste les tickets, fit Snape en se tournant vers Stan.

Il s'inquiétait un peu parce qu'il savait que Hermione n'allait pas bien supporter le voyage. Stan lui décocha un dernier regard avant d'émettre les tickets puis il se sauva vers la cabine du conducteur et se tourna pour au moins faire semblant de concentrer son attention sur Ern et la route devant lui. Severus reporta son attention sur Hermione.

– Est–ce que tu te sens bien ?

Elle essaya de lui adresser un sourire rassurant.

– Je…

Elle déglutit avec difficulté tandis que le bus prenait un virage avant de s'arrêter brusquement, déportant violemment les sièges en avant. Snape agrippa l'accoudoir du siège de Hermione pour s'assurer qu'elle ne terminerait pas de l'autre côté du bus. Il n'avait pas pris le Magicobus depuis qu'il était enfant – et il semblait bien que la conduite de Ern ne s'était pas améliorée.

Plusieurs personnes montèrent à bord et grimpèrent dans les étages supérieurs tandis que le bus reprenait pleinement sa vitesse.

– Oh, Seigneur, il est vraiment obligé de conduire comme ça ? grogna Hermione.

– Il a toujours conduit comme ça, répliqua Snape.

– Ça ne rend pas sa manière de conduire correcte, haleta Hermione en réprimant un haut–le–corps. Chaque fois que je prends ce truc, je suis malade.

Alors qu'ils prenaient un autre virage, la campagne ne devint plus qu'une tache sombre, le barattage de l'estomac de Snape se renforça. Il se sentait mal mais il n'était pas certain d'en connaître la cause, la conduite de Ern ou le fait qu'ils s'approchaient de Londres et, par conséquent, de la confirmation de son futur rôle de père.

Il décida que c'était probablement la conduite de Ern et qu'il aurait pu trouver un moyen de transport plus approprié. Après tout, Poudlard avait des carrosses et il aurait dû insister pour en emprunter un. Dumbledore n'était vraiment content de la… condition de Hermione. Alors, en punissant Severus, il punissait aussi Hermione. Snape décida qu'il louerait quelque chose sur le Chemin de Traverse pour les ramener au château.

Il y eut encore plusieurs arrêts avant d'atteindre les faubourgs de Londres mais n'importe quelle conversation aurait eu l'air guindé à cause de leur mal des transports et devant la curiosité non dissimulée de Stan Rocade. Quand le bus se stoppa enfin à côté du Chaudron Baveur, ils soupirèrent de soulagement à l'unisson. Ils étaient très proches de la délivrance, encore quelques arrêts avant de sortir de ce bus et de permettre à leur estomac de se rétablir.

Irrationnellement, Snape se sentait affamé, ce qui semblait incroyable vu sa difficile situation actuelle. Il se demanda ce qu'elle voulait pour le dîner.

– Quelle heure est–il ? s'enquit Hermione alors que le bus s'arrêtait une nouvelle fois.

Hermione avait l'impression qu'elle était assise là depuis des heures et fut surprise quand Severus lui dit qu'il était un peu plus de vingt heures. Ils n'avaient été dans le bus qu'un peu plus de quarante–cinq minutes, non pas d'interminables heures comme elle le ressentait.

Lorsque le bus fit une halte à l'extrémité de Grimmauld Place, ils descendirent du bus avec reconnaissance et inspirèrent plusieurs fois profondément. Stan Rocade leur lança un dernier regard suspicieux puis le bus accéléra et disparut de leur vue.

Hermione marcha avec précaution sur les pavés ronds inégaux qui bordaient la route, fouillant dans sa cape pour y prendre les clefs de la maison tandis que Severus prenait les sacs de l'endroit où ils étaient tombés. Comme toujours, les poubelles paraissaient déborder devant chacune des maisons de la rue. L'odeur assaillit ses narines, effaçant le soulagement qui avait accompagné le départ de l'incessante nausée lorsqu'elle était descendue du bus. Elle tira ses clefs de sa poche et fixa la rangée de maison jusqu'à ce qu'elles tremblent et se séparent lentement pour leur révéler le numéro douze de Grimmauld Place. Elle regarda la maison un long moment, redoutant de monter les marches. Distraitement, elle fit tourner ses clefs sur ses doigts et fixa la porte.

– Tu as les bonnes clefs ?

Elle sursauta, sa présence l'enveloppa.

– Hein ? Oh, oui… désolée, j'étais partie ailleurs.

Elle monta vers la maison, déverrouilla la porte et se glissa à l'intérieur aussi silencieuse qu'un voleur, plus par habitude qu'autre chose. Elle n'avait plus besoin d'être aussi furtive. Harry lui avait dit que Draco s'était arrangé pour amadouer la vieille Mrs Black, il l'avait enlevée du mur ainsi que l'arbre généalogique de la famille ils étaient maintenant tous les deux suspendus dans une partie reculée du Manoir Malfoy, là où Mrs Black était vraiment très heureuse, entourée par des centaines de portraits des ancêtres de la famille Malfoy.

Mais ils restèrent silencieux lorsqu'ils traversèrent le hall, puis ils passèrent dans la salle de séjour qui avait été refaite par amour du confort mais qui n'était presque jamais utilisée avant de se diriger vers la cuisine. Bien que la cuisine fût sombre et morne, la plupart des gens se rassemblaient encore là. Harry avait tenté désespérément de faire de la salle de séjour un endroit où les visiteurs pourraient se détendre mais ils finissaient toujours par retourner dans la cuisine.

Severus posa les sacs à côté de l'âtre et sortit sa baguette pour allumer le feu. Il ne s'inquiétait pas de la cuisine, il avait été dans des endroits bien pires.

– C'est ici que tu envisages de vivre ? s'enquit–t–il. J'ai cru comprendre que Potter t'avait demandé, ainsi qu'à Weasley, de venir vivre ici… Il le veut toujours ?

Hermione acquiesça de la tête en réchauffant ses doigts sur les flammes naissantes.

– Oui, il est heureux d'avoir du monde ici et je ne pense pas qu'il ait envie de rôder dans cet endroit tout seul.

Snape, qui avait toujours été seul, renifla d'un air désobligeant.

– Bien, tu peux parler, fit–elle d'une voix crispée. Tu as passé ton entière vie d'adulte à Poudlard et tu ne veux même pas vivre dans ta propre maison – et le Marais est magnifique !

Il ne répliqua pas, il ne voulait pas admettre qu'elle avait raison – mais il ressentit une vague d'espoir lui ouvrir l'estomac, elle pensait que le Marais était magnifique. Le Marais. Probablement l'endroit le moins magnifique qu'il pouvait imaginer. Mais sans doute que son propre avis était biaisé.

– Qu'est–ce que tu veux pour dîner ? demanda–t–il, irrité.

Hermione n'en avait pas la moindre idée. Elle avait envisagé de manger avant de partir mais si on tenait compte du trajet en bus, elle était très contente de ne pas l'avoir fait.

– Je ne sais pas.

Elle savait qu'il n'y avait rien dans la maison et qu'elle ne pourrait pas cuisiner, de toute façon.

– On peut sortir.

– Je pensais plus à la baraque à frites en bas de la rue, admit–il, mais on peut sortir si tu veux.

– Les frites, c'est bien.

– Non, on va sortir, il y aura sûrement quelque chose dans les environs.

Hermione pensait se rappeler qu'il y avait un restaurant indien à quelques minutes de marche mais maintenant qu'il avait mentionné les frites, elle était enchantée par l'idée.

– En fait, commença–t–elle en souriant. Les frites sont vraiment une très bonne option.

Il sentit un plaisir chaud se répandre dans son estomac, il avait réussi à la faire sourire.

– Des frites, alors.

Il tenta de sourire aussi en ôtant sa cape, avant de la suspendre au dossier d'une chaise. Elle sourit encore une fois. Il avait l'air si doux dans ses habits moldus, comme son oncle étrange qui avait pour habitude de s'habiller dans le noir. Cependant, elle n'allait pas le lui dire. Elle l'observa tandis qu'il fourrageait dans ses poches à la recherche de son portefeuille. Quand il le trouva, elle le vit vérifier l'argent qu'il contenait. Elle était surprise qu'il sache tout sur l'argent moldu parce que la plupart des sorciers de sang pur n'avaient pas la moindre idée de ce que valait l'argent moldu. L'idée même qu'une coupure de papier puisse être échangée contre tout était absurde pour une société qui plaçait sa confiance dans l'or, l'argent et le bronze.

– Tu veux quelque chose d'autre que des frites ?

Elle émit un doux bruit d'inspiration tandis qu'elle réfléchissait à la question puis le regarda avec de grands yeux cajoleurs.

– Hum, un morceau de colin frit… et de la purée de petits pois.

– Oh, mon dieu, comment tu peux manger de la purée de petits pois ?

– J'en sais rien, mais ce soir, j'en veux.

Il sembla légèrement dégoûté, ce devait être ces fameuses envies dont il avait entendu parlé. Ce devait être ça parce qu'il gèlerait en enfer le jour où il avalerait de la purée de petits pois. Il remit son porte–monnaie dans sa poche arrière, passa distraitement sa main dans ses cheveux gras et lui dit de trouver des assiettes ou quelque chose de semblable le temps qu'il aille chercher la nourriture.

Cela lui prit plus de temps qu'il ne s'y attendait. Il avait trouvé la baraque à frites sans problème mais il avait aussi trouvé un grand magasin Europa ouvert sur son chemin et il avait pensé qu'acheter la nourriture pour le lendemain était une bonne idée. Il n'était pas vraiment enchanté à l'idée de commencer sa journée sans son café du matin et il savait qu'elle avait besoin de manger alors, lorsqu'il revint à la maison, il était chargé de produits basiques comme du pain, du beurre et du lait mais aussi de fruits et de jus de fruits et – au grand ravissement de Hermione – de chocolat, de gâteaux et de crème glacée.

Ils mangèrent tout en maintenant une conversation amicale. Elle avait presque oublié combien il était facile de lui parler et, tant qu'elle évitait le sujet du bébé, il semblait totalement détendu. Ils discutèrent des examens à venir – il pensait qu'elle réussirait, du projet de Lavande d'ouvrir une parfumerie – il pensait que l'idée était ridicule, qui allait payer pour une fragrance qu'on pouvait fabriquer soi–même ? et de la rupture de Harry et Draco. En lui–même, il en était effrontément heureux mais il était d'accord pour dire que Draco ne le supportait pas bien puis, quand il fut poussé dans ses retranchements, il admit à contrecœur que, peut–être, ils étaient mieux ensemble.

Une fois le dîner fini et la vaisselle lavée et rangée – aucun d'eux n'était particulièrement doué pour les sortilèges de ménage alors ils le firent à la mode moldue – les pensées se tournèrent automatiquement sur ce qu'ils allaient bien pouvoir faire pour occuper le reste de la soirée. Il était trop tôt pour aller au lit et, bien que Hermione se sentît un peu fatiguée, elle rechignait à monter dormir. Il y avait longtemps qu'elle n'avait pu simplement s'asseoir et parler avec lui et c'était bien. C'était bon de prendre place à ses côtés et de discuter d'autres choses que du travail scolaire. Bon de se sentir proche de lui comme s'il était toujours son amoureux.

Ainsi, le sujet des arrangements pour la nuit ne fut pas encore abordé et il ignorait totalement où étaient les chambres d'amis. Elle aurait vraiment dû le lui dire ou les lui montrer mais une fois de plus, elle y était réticente.

Il avait planifié de simplement la suivre dans l'escalier et d'improviser à partir de là, il se disait qu'il y avait bien une chambre dans laquelle il pourrait dormir, même si c'était celle de Potter ou de Weasley.

– Et si on faisait un jeu ? proposa finalement Hermione.

Elle aurait pu suggérer de regarder la télévision puisqu'ils l'avaient installée après l'été, mais la réception était horriblement mauvaise à cause de toutes les protections de la maison – et quand ils avaient enfin pu obtenir une image décente, ils s'étaient tous accordés à dire qu'il n'y avait rien de décent à voir de toute façon. Harry était alors sorti acheter des vidéos et ils avaient amassé une honorable collection mais elle doutait sérieusement que Severus était partant pour visionner un mélodrame moldu.

– Quelle sorte de jeu ? s'enquit Severus en haussant un sourcil sceptique.

Son expérience des jeux dans sa jeunesse était limitée et il devenait presque inévitablement le dindon de la farce à chaque fois.

– Un jeu de société, expliqua–t–elle. Harry en est devenu dingue pendant l'été et il en a acheté tout un tas. Un Scrabble ?

– Scrabble ? répéta–t–il en fronçant les sourcils. Jamais entendu parler.

Hermione en resta interloquée, tout comme elle l'avait été quand Harry lui avait avoué qu'il n'y avait jamais joué – mais le fait que Ron n'y avait jamais joué non plus lui semblait illogique pour une raison quelconque, elle associait les jeux de société à une bonne vie de famille.

– Qu'est–ce que tu veux dire par : jamais entendu parler ? Le Scrabble est un jeu universel, tout le monde y joue, comme le Monopoly !

Il rit.

– Je n'ai jamais entendu parler du Monopoly non plus, Hermione. Les jeux de société trouvent rarement grâce dans les foyers sorciers.

– Et pourquoi pas ? demanda–t–elle, indignée. À quel genre de jeux tu jouais quand tu étais enfant ?

Il parut mal à l'aise.

– Ma famille n'était pas vraiment folle des jeux, dit–il raideur. Pas le genre de jeux auxquels les enfants jouent, de toute façon.

– Tu ne jouais à aucun jeu ?

– Pas vraiment. Je savais jouer à ce jeu de cartes moldu… le solitaire.

Hermione ressentit un pincement.

– Et, en de rares occasions, quand mon père recevait des invités, et si ces invités avaient des enfants, je jouais avec eux… mais je ne peux pas me rappeler à quoi nous avons joué.

C'est plutôt je ne veux pas m'en souvenir.

– Oh, et Lucius me laissait le rejoindre de temps en temps mais il était beaucoup plus âgé que moi alors je n'y pigeais pas grand–chose.

Il sourit en y repensant.

– Je me rappelle quand j'avais sept ans – il en avait quatorze – il allait chercher des filles moldues au village pour jouer à cache–cache. Il m'envoyait me cacher et j'ai toujours cru que j'étais très doué parce qu'il ne me trouvait jamais. Puis, un jour, j'ai découvert qu'il tirait son coup avec les filles et qu'il voulait juste se débarrasser de moi pendant un bon moment.

Il s'interrompit brusquement comme si ce n'était pas un si bon souvenir après tout.

Mon dieu, je marche sur un terrain miné.

– Tu as dit que tu voulais jouer au Scrabble ?

Hermione tenta de dissimuler la vague de compassion qui montait en elle, elle savait très bien qu'il n'en voulait pas. Cependant, elle ne put s'empêcher de poser la question.

– Mais pour tes parents ? Ils devaient bien jouer avec toi ?

– Ma mère était bien trop occupée à essayer de plaire à mon père pour jouer avec un enfant, expliqua–t–il d'une voix terne en fixant le café qu'elle lui avait fait avant de décider qu'il n'en voulait plus. Et mon père n'était pas un type très liant.

Hermione but une gorgée de son propre café et songea à sa propre enfance heureuse. Ses parents avaient toujours été là pour l'encourager en dépit de ses diverses bizarreries et de son étrange capacité à provoquer les choses. Lorsque la lettre de Poudlard était arrivée, ils avaient pris la nouvelle dans la foulée, acceptant que leur fille ne serait jamais ce qu'ils considéraient comme normal. Ses souvenirs d'enfance étaient de très bons souvenirs, certes interrompus par la guerre, mais très bons, néanmoins.

– Tu ne faisais rien en famille ? demanda–t–elle, semblant incapable de se taire. Du camping ? Des grillades ? Une sortie à la plage ?

Il la fixa longuement, se demandant manifestement si elle l'avait bien regardé dernièrement. Franchement, est–ce qu'il avait l'air de quelqu'un qui était allé un jour à la plage ?

– Hum… non. J'avais de la chance si mon père ne me mettait pas une claque derrière la tête quand il me voyait.

Sa bouche se tordit en rictus sardonique et il se baissa pour prendre place vers l'âtre.

– Le mariage de mes parents n'était pas comme le contrat habituel des Sangs–Purs.

Hermione s'assit à côté de lui, releva ses jambes et s'installa un peu plus près de lui.

– Ta mère n'était pas une Sang–Pur ?

– Oh, si, elle l'était, rétorqua–t–il précipitamment puis il se détendit un peu.

Il ferma les yeux et appuya son dos contre les briques chaudes de la cheminée. Elle allait lui faire exhumer de vieux souvenirs et il n'était pas certain que ce fût une si bonne idée que de la laisser faire. Pourtant, elle n'était pas en train de le forcer à parler alors peut–être qu'il voulait lui dire des choses… mais ces choses–là ? Ces souvenirs–là n'avaient jamais été révélés à quiconque et pour une bonne raison. Il lâcha un soupir et fonça.

– Mes parents se sont mariés parce qu'ils avaient une liaison et que ma mère était enceinte. Le mariage de mon père avait déjà été arrangé mais il a été forcé d'épouser ma mère à cause de moi.

– Mais, si ta mère était une Sang–Pur, en quoi était–ce si mal ?

– Parce que, Hermione, elle venait d'une famille très similaire à celle des Weasley, sans argent, une dizaine de frères et sœurs et dotée d'une père un peu cinglé. La femme que mon père devait épouser venait d'une riche famille et elle était censée élever la fortune des Snape. Quand je suis né, il m'a vu au mieux comme un désagrément, au pire comme la chose qui avait ruiné sa vie. Chaque fois qu'il me regardait, il voyait les conséquences de l'erreur qu'il avait commise et le prix qu'il devait payer.

Hermione le dévisagea, horrifiée.

– Mais… je suis certaine qu'il t'aimait.

Un rire discordant lui échappa.

– Hermione, tu ne pourras pas me faire dire que c'était un homme bon sans mentir. Non, il ne m'aimait pas, il ne m'a jamais dit : « Je t'aime » ou quelque chose dans le genre. En fait, il a passé la majorité de son temps à me dire à quel point je le décevais et quand il hurlait sur ma mère, il me montrait en exemple pour illustrer combien sa vie était merdique. Mon père était exceptionnellement doué en humiliation et en insultes. D'où crois–tu que je tienne mes aptitudes ?

– Mais…

– Hermione, tais–toi !

Il roula des yeux, exaspéré.

– Mon père fait passer l'oncle de Potter pour un jovial Père Noël ! Si tu veux des preuves, je peux te relater histoire après histoire mais ça n'a aucun intérêt. Et pourquoi tu t'en soucies, de toute façon ?

– Parce que je veux comprendre. Comment tes propres parents peuvent–il te détester ?

– Très facilement. Je suis détestable.

– Ce n'est pas drôle !

Hermione se renfrogna et fixa les flammes.

– Tu dois bien avoir un bon souvenir de ton enfance.

– Très bien, alors, concéda–t–il pensif et plus qu'un peu sarcastique. Chaque année, les Malfoy, qui, comme tu le sais, étaient nos voisins, organisaient une grande fête dans leur jardin et invitaient toutes les meilleures familles du monde sorcier. Merlin sait pourquoi ils se préoccupaient de nous inviter mais ils le faisaient chaque année. Bref, une année, j'avais appris par mes propres moyens un sortilège quelconque je voulais le montrer à Lucius et bien sûr, je l'ai foiré devant l'ensemble des invités de la fête. Mon père, bon comme le pain, s'est mis à tempêter que je n'étais qu'un sombre idiot et, à partir de là, c'est monté crescendo. Pendant cinq bonnes minutes, il m'a hurlé dessus et secoué comme une poupée de chiffon et ma mère regardait depuis la table des boissons alors qu'on lui servait un verre et quelques canapés à déguster. Alors quelqu'un a tenté d'intervenir, je crois qu'il a dit quelque chose comme ça : « Ce n'est qu'un jeune garçon et c'était un sortilège très compliqué », mon père m'a agrippé par la peau du cou et m'a ramené à la maison. Quand ma mère est rentrée, ils ont passé le reste de la nuit à se disputer pour savoir qui était responsable d'avoir conçu un tel échec. Ça, c'est mon enfance, c'est la somme de tout.

Il se leva, prit le tisonnier et piqua vicieusement le feu.

– La seule fois que je me rappelle où mon père a eu un bon mot pour moi, c'est quand il a découvert que j'avais un étonnant tour de main pour les maléfices. J'étais étudiant à Poudlard quand il est mort et, lorsque la nouvelle est tombée, j'ai lu la lettre, j'ai fini mon petit–déjeuner et je me suis demandé comment me rendre en Arithmancie sans rencontrer Potter ou Black. C'est tout l'effet que ça m'a fait.

– Et pour ta mère ?

Hermione avait presque peur de demander mais, pour une raison ou une autre, elle avait besoin de savoir.

– Elle est décédée il y a quatre ans. Dumbledore a organisé un service funéraire et je m'y suis rendu à la dernière minute. Je voulais être sûr qu'il l'avait mise en terre – et qu'ils l'en avaient recouverte.

Il entendit son soupir plein de regrets.

– Severus…

– Non ! J'ai déjà entendu tous les commentaires de sympathie qu'une personne peut émettre quand on parle de ma famille.

Son emprise sur le tisonnier se resserra et il grinça des dents. Il s'était accommodé de la dure réalité de son éducation depuis longtemps et, d'habitude, il n'y pensait jamais. Mais maintenant qu'il allait devenir père à son tour, il ne pouvait s'empêcher de s'appesantir là–dessus. Il était bien trop semblable à son père, assurément un tour ironique du destin, mais c'était néanmoins une réalité. Son enfance l'avait rendu fort et souple autant que rancunier, ce qui lui avait donné son calme extérieur autant que sa cruauté. En résumé, s'il n'avait pas eu cette éducation, il ne serait probablement jamais devenu un espion.

– Je suppose que ce n'était pas idéal.

Hermione avait dit ça avec une douleur dans la voix. C'était une douleur qui équivalait celle qu'elle ressentait dans sa poitrine.

– Pas un bon terrain pour s'entraîner à devenir parents, hein ?

Il la regarda honnêtement alors et permit à ses yeux de se poser sur son estomac.

– Je n'aime pas les enfants, dit–il à mi–voix. Ils m'agacent et ils ont peur de moi et j'aime ça… En fait, je n'aime pas les gens en général.

Hermione baissa la tête et caressa instinctivement son petit ventre. Elle ne comprenait pas ce cycle. Elle ne comprenait pas comment son père avait pu lui faire honte et l'humilier parce qu'il pensait qu'il était faible et maintenant Severus faisait exactement la même chose avec des personnes comme Neville Londubat – ou tout autre malheureux qui croisait son chemin. Mais où donc ce cycle allait–il se terminer ? Allait–il même se terminer ? Peut–être était–ce mieux qu'il n'ait aucun contact avec son enfant.

Mais une autre partie d'elle lui faisait confiance et croyait réellement qu'en lui donnant une chance, il serait un bon père. Elle ne savait pas pourquoi, elle ne connaissait rien de bon en lui à cet égard mais c'était un sentiment qui la traversait aussi fort de la marée. Elle s'éclaircit la gorge.

– Ce sera différent avec ton propre enfant.

– Tu crois ?

– Oui.

Il rit et secoua la tête.

– Je suis mort de trouille à l'idée d'élever un enfant, admit–il.

– Moi aussi, Severus. Tout ce que je peux faire est d'essayer… tout comme toi.

Une fois de plus, il piqua le feu et envoya des étincelles voler dans la cheminée. Il pouvait essayer mais c'était un sacré truc à expérimenter ! Un enfant, son enfant. Et s'il merdait sur toute la ligne et devenait aussi horrible que son propre père ?

Elle se leva, s'approcha de lui et se pressa contre son dos, enveloppant sa taille de ses bras. C'était une chaleur encore plus réconfortante que le feu dans l'âtre. Elle posa sa joue contre son dos et se mit à caresser lentement sa poitrine et son ventre sous son pull. Les doux mouvements parurent adoucir le chambardement de ses intestins.

– Je sais que tu peux le faire parce que je te connais, chuchota–t–elle.

Il joignit ses doigts aux siens et leva la main pour apposer un baiser sur sa paume. Puis il se tourna dans ses bras jusqu'à ce qu'il puisse l'enlacer. Il se dit que peut–être c'était elle qui était vraiment folle, plus folle même que Regina. Elle se souciait de lui bien plus qu'il n'avait cru possible de se soucier de quelqu'un. Brusquement, il lui sembla stupide d'être séparé d'une personne qui pouvait autant l'aimer.

Mais ce que Hermione pensait ou ressentait était différent de la réalité.

– Hermione, je suis incapable d'aimer quelqu'un de la façon dont tu voudrais que je le fasse. Je ne suis pas un homme bon.

– Je t'ai vu te montrer gentil et je t'ai vu te comporter en homme bon.

Il rit, souriant devant son innocence, la manière dont elle croyait ce qu'elle disait.

– Je suis gentil avec toi…

– Et avec Minerva et Draco…

– Les gens dont je me soucie, acheva–t–il, mais c'est tout. Je suis doué pour surveiller les gens, j'observe, j'espionne… dernièrement, j'ai essayé de protéger.

– Tu peux me protéger, murmura–t–elle. Tu peux me surveiller.

Il lui sourit.

– Tu n'as besoin de personne pour te surveiller, tu es intrépide.

– Non, je ne le suis pas, le bébé me terrifie. Je ne sais pas ce que je vais faire du reste de ma vie et je passe mes journées apeurée par l'idée que Viktor vienne me chercher.

– Tu n'as pas à t'inquiéter de Mr Krum, parce qu'il n'est plus un problème.

Hermione fronça les sourcils.

– Qu'est–ce tu as fait ?

– Rien qui te concerne.

Il se recula.

– Mais Harry le sait ? insista–t–elle, sans le laisser partir. Il m'a dit de ne pas m'inquiéter non plus, qu'est–ce que vous avez fait tous les deux ?

– Rien que Mr Krum ne méritait et je suis bien certain que c'est le secret le mieux gardé entre Potter et moi.

– Alors Harry et toi, vous partagez des secrets maintenant ?

– Uniquement quand c'est nécessaire.

–Tu as tué Viktor ?

Elle avait peur de la réponse mais elle voulait savoir. Il sourit encore une fois, un sourire de pure confiance en soi, comme s'ils étaient revenus sur son territoire, traitant de faits et non d'émotions.

– Ça importerait si c'était le cas ?

Elle réfléchit à la question puis fut choqué par sa propre réponse.

– Non, ça n'aurait aucune importance.

– Alors sens–toi libre de croire au pire.

Elle déglutit.

– Et Harry ? Il a joué quelle partie ?

– Potter m'a surpris.

Il repoussa une mèche de cheveux du visage de Hermione.

– Tu vois, c'est comme ça que je protège les gens, j'élimine le problème.

– Je m'en fiche, je t'aime toujours.

– Que tu es bête.

– Non, je suis chanceuse.

Il l'embrassa tendrement sur le front.

– Va au lit, Hermione, ça a été une longue journée.

Elle soupira à regrets et le laissa s'en aller en s'éloignant de lui.

– Et toi ?

– Je trouverai bien un endroit pour dormir plus tard.

– Je suis à l'étage du dessus, il y un Winnie l'Ourson sur ma porte.

Il ne put s'empêcher de rouler des yeux, que les cieux le préservent de son obsession pour cet ours infernal.

– Va au lit.

Elle s'éloigna en murmurant doucement :

– Bonne nuit, Severus.

A suivre…

Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.

Bisous.

Falyla