Titre : Objects of Desire

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Auteure : Azrael Geffen

Traductrice : falyla

Correcteurs : falyla/Florent

Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape

Rating : M/NC-17

Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)

Etat de la traduction : terminée

Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.

Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.

Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.

Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.

Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.

Note de la traductrice : Merci beaucoup pour vos commentaires, j'apprécie vraiment.

Bonne lecture.

Chapitre 18 (7ème partie)

Harry se passa une main dans les cheveux, ce qui les emmêla et les fit dresser encore plus que d'habitude. Enfoncer ses doigts dans ses cheveux était une manie qu'il avait prise en grandissant à mesure que son stress augmentait. Il ne l'avait pas fait autant depuis la fin de la guerre – jusqu'à récemment. Ne plus être avec Draco ne lui convenait pas. Ou, du moins, être confronté avec le rappel quotidien de ce qu'il avait laissé tomber ne lui convenait pas.

Draco n'avait pas l'air bien, il semblait fatigué et même un peu négligé – ce n'était pas une chose à laquelle Harry se serait attendu – mais, en repensant au Draco du Chaudron Baveur de l'été précédent, il avait paru négligé là aussi. C'était peut–être le chagrin qui lui faisait ça. Il y avait quelque chose dans cette apparence un peu sale qui rendait Draco Malfoy encore plus sexy. Harry pouvait à peine croire que la conséquence inattendue de ne pas prendre de bain régulièrement soit d'un tel érotisme. Draco Malfoy menait une vie de rêve.

Excepté bien sûr que ce n'était pas le cas. Draco n'était pas heureux et Harry savait qu'il en était la cause. Il savait aussi qu'à la fin, la tristesse et la peine se changeraient en malveillance. Quand ce serait le cas, Harry espérait que l'école serait finie et qu'il n'aurait pas à endurer ça ici. Il avait vu Draco au paroxysme de sa rancune et il savait de quoi il était capable. Il ne voulait pas en faire les frais quand ce temps–là arriverait.

Il se passa la main dans les cheveux une nouvelle fois et traversa le portrait de la salle commune. Il était fatigué. Il ne voulait pas étudier ce soir, il voulait juste dormir. Normalement, Hermione aurait été sur le coup mais elle était à Londres et ça semblait logique de prendre un après–midi de repos. Il était censé sortir avec Fred ce soir–là aussi. Il se demanda si ce serait compliqué d'annuler.

Arrivé devant sa chambre, il s'arrêta. Il entendait quelque chose. Quelqu'un, peut–être, à l'intérieur. Harry fronça les sourcils et colla son oreille contre la porte en bois. Puis elle s'ouvrit et il faillit se vautrer dans l'encadrement de la porte. Draco se figea sur le pas de porte, les yeux écarquillés.

Harry n'était pas certain de ce qu'il fallait dire, pas plus qu'il ne savait que faire. Quelque chose était arrivé à Draco. Quelqu'un l'avait frappé. Le premier instinct de Harry fut de découvrir qui était le salopard qui l'avait touché afin de lui infliger d'innombrables actes de torture, de trouver mille façons de le faire mourir. Ses yeux se concentrèrent d'abord sur la lèvre fendue puis voyagea vers la joue meurtrie, il ne voulait qu'une chose, caresser ce magnifique endroit et murmurer un charme qui le guérirait. Il voulait l'étreindre, le caresser, l'embrasser et lui faire l'amour.

À la place, il s'enquit sauvagement :

– Qu'est–ce que tu fous dans ma chambre ?

– Rien !

Draco tenta de sourire innocemment mais il ne réussit qu'à fendre le fragile lien qui s'était formé sur sa lèvre et une goutte de sang perla.

– J'étais… Je t'ai laissé quelque chose.

– Quoi donc ?

Harry plissa les yeux, méfiant. C'était peut–être la malveillance qu'il avait tellement anticipée qui finalement faisait son apparition et sa chambre était maintenant entièrement piégée.

– Rien de mal ! se renfrogna Draco. Écoute, tu n'es pas obligé de t'en servir, pas du tout… Je pensais juste que… Tu n'es pas forcé… C'était stupide, de toute façon.

– C'est quoi ?

– Rien.

Draco poussa Harry pour passer, son bras heurta durement l'épaule de Harry et ce dernier chancela. Ça avait été un contact rude mais c'était le premier – infime et précieux – qu'il avait depuis qu'il l'avait quitté presque deux mois auparavant. Aussi douloureuse que soit son épaule, Harry le savoura.

Il regarda Draco s'éloigner, admirant la manière dont il marchait et, pendant un instant, il voulut marcher avec lui. Mais il était aussi nerveux de découvrir ce que Draco avait déposé pour lui dans sa chambre. Il savait, au fond de lui, que Draco n'aurait rien laissé de dangereux ici mais il était possible aussi que l'amour qu'il avait ressenti se soit changé en amertume ; qui savait ce que Draco avait pu placer là.

Harry ouvrit prudemment la porte et attendit, écoutant avec précaution, essayant de ressentir quelque chose mais l'air était immobile et la chambre silencieuse. Il fit un pas à l'intérieur et examina les alentours, observant les coins familiers et tous ses meubles, ses tableaux, ses habits empilés sur le lit de Ron, tout ce qui était à lui. Draco n'avait touché à rien, il n'y avait aucun changement perceptible – sauf un. Sur la commode, il y avait un bol d'apparence familière, il ressemblait à la Pensine de Dumbledore mais les marques étaient différentes et il n'avait pas l'allure antique de celle que possédait Dumbledore. Elle était neuve, elle avait été fabriquée et achetée récemment. Harry pouvait voir son contenu argenté qui chatoyait de manière séduisante.

Il sut instantanément ce que c'était. Il le savait et pouvait soudain sentir chacun de ses nerfs et chacune des fibres de son corps se mettre à fourmiller. Il fit courir son doigt sur le bord du bol, effleura du regard la surface nébuleuse de son contenu. Il était parfaitement conscient qu'à l'intérieur, il y avait tout ce qu'il avait voulu voir et que Draco lui avait caché. Il le lui avait juste donné trop tard.

Harry sentit une douleur grandir en lui.

– Oh, mon dieu, Draco.

Il n'était pas question de s'y plonger, même s'il le voulait. Il avait passé des mois, nuit après nuit, à penser à ce que Draco avait traversé et à se demander à quel point ça avait pu le blesser. Harry avait souvent ressenti un sentiment de honte, il avait accusé Draco en de nombreuses occasions de ne pas comprendre la perte ou la douleur, alors que c'était en fait deux choses auxquelles Draco était plus qu'habitué. Dans le bol, il y avait la clé qui expliquait comment Draco avait pu expérimenter de telles choses.

Et pourtant, une part déraisonnable de Harry continuait à penser que ce qui était arrivé – quoi que ce fût – ne pouvait être aussi mal que le sortilège Doloris. Ce sort était impardonnable, c'était un des pires sortilèges que ceux de leur espèce pouvaient utiliser et c'était pour cette raison qu'il était dénommé ainsi. Draco n'avait jamais dit que Maugrey avait employé ce sort sur lui alors Harry ne pouvait pas le concilier avec ce qu'il avait fait à Regina – il n'avait jamais expérimenté quelque chose d'aussi mal.

Mais il avait assurément expérimenté quelque chose et Harry était impatient de découvrir ce que c'était. Il plaça ses mains de chaque côté de la Pensine et prit une profonde inspiration avant de plonger son visage dans le bol.

La sensation fut instantanée. Harry fut aspiré dans le bol, il se sentait un peu comme un bouchon glissant sans effort puis, brusquement, il tomba dans les ténèbres.

Lorsqu'il atterrit sur un sol de pierre, il s'attendit presque en levant les yeux à découvrir quelque chose de similaire au donjon de Snape. Au lieu de ça, c'était étonnamment moderne. C'était morne, gris et nu, il n'y avait qu'une table au milieu de la pièce et une lourde chaise de bois, pas très loin de la table.

Et, assis sur la chaise, il y avait Lucius Malfoy.

Harry se leva et regarda autour de lui, tentant de voir où se trouvait Draco. C'était le souvenir de Draco après tout, il devait bien être dans la pièce, quelque part. Harry n'arrivait pas à le voir mais il savait qu'il finirait par se révéler, il tourna son attention vers Lucius.

Ce n'était que peu de temps après la bataille finale, quelques jours peut–être. Lucius avait encore une méchante entaille à la tête. Harry se rappelait qu'il l'avait récoltée pendant la dernière fuite dans l'escalier. Il y avait d'autres blessures cependant, de nouvelles qui gâchaient des traits que Harry trouvaient maintenant familiers jusqu'à l'obsession. Il n'avait jamais remarqué combien il ressemblait à Draco – ou plutôt combien Draco lui ressemblait.

Mais Lucius n'allait pas particulièrement bien. Son visage était meurtri, sa lèvre supérieure était éclatée, il paraissait fatigué et endolori mais étonnement, il avait l'air de s'ennuyer.

– Alors, comment tu te sens aujourd'hui, Lucius ?

Harry sursauta tandis que Maugrey semblait surgir d'un coin sombre.

– Oh, je ne sais pas, répliqua Lucius avec philosophie. Le petit–déjeuner était froid et les arrangements pour le logement sont consternants mais on ne peut pas toujours s'attendre au luxe d'un quatre étoiles, n'est–ce pas ?

Maugrey gloussa sans humour.

– Ton sens de l'humour a toujours été merdique, Malfoy, alors voyons voir combien de temps tu vas continuer à jouer au mariole.

Lucius haussa les épaules et arqua un sourcil.

– Tu es prêt à répondre à mes questions ?

– Bien sûr, ricana Lucius. Mais je ne peux pas te dire ce que je ne sais pas, nous avons eu une séance approfondie hier, c'était vraiment exténuant.

– Je vais te montrer ce que veut dire exténuant, Malfoy. Ça le sera tellement qu'après aujourd'hui, tu ne sauras même plus d'où viendront les coups.

Lucius sourit ouvertement, visiblement imperturbable devant l'éclat de Maugrey.

– Pire que de disloquer mes poignets comme hier ? Oh, Alastor, j'en tremble dans mes bottes.

– Oh, allons, Lucius, fit Maugrey en s'arrangeant pour singer plutôt bien la voix de Malfoy, tu sais qu'on doit employer certaines méthodes pour obtenir les réponses qu'il nous faut.

Lucius haussa les épaules encore une fois, l'air pas du tout offensé. Harry pouvait presque lire dans ses pensées. Il avait dû vivre une grande partie de sa vie sous la menace de Voldemort alors que Maugrey utilise son visage comme punching–ball n'allait pas le dérouter. Mais il semblait que Maugrey le savait aussi parce qu'il afficha un sourire en coin qui suggérait qu'il avait une botte secrète en réserve.

– Je pense que nous pourrions continuer avec ceux que tu as tués, Malfoy.

– Excellent, et combien de temps prendra la séance du jour ?

– Tu dois aller quelque part ?

– Tu n'es pas au courant ? Les Détraqueurs organisent une petite sauterie tous les vendredis soirs c'est très amusant et je dois apporter le dessert.

Maugrey ne trouva pas ça drôle et, pendant un instant, Harry fut certain qu'il allait frapper Lucius pour effacer le sourire moqueur de son visage. Cependant, il se retint et son rictus en biais réapparut.

– Tu vas peut–être manquer ça, Malfoy, parce qu'on pourrait en avoir pour un bon moment ici. Ou alors, j'arrive à te persuader d'accélérer les choses, c'est toi qui vois.

Lucius soupira et lui retourna un regard plein d'ennui.

– Alors, Malfoy, qui as–tu tué ?

– Je crois que j'ai répondu à cette question de très nombreuses fois.

– Et tu t'attends à ce qu'on te croie ? J'ai vu la liste que tu as approuvée, il n'y en a qu'une douzaine, peut–être même moins.

– Si tu sais qui j'ai tué, pourquoi est–ce que tu n'y ajoutes pas toi–même les noms ?

Lucius bâilla et jeta un coup d'œil autour de lui comme s'il était soudain intéressé par l'intérieur de la pièce.

– Je crois que tu me le diras de ton propre chef, gloussa Maugrey, si tu sais ce qui est bon pour toi.

– Ou alors ? exigea de savoir Lucius, son humour disparaissant à une vitesse alarmante. Tu vas me tuer ? Tu as besoin de moi en vie, Maugrey, tout le monde veut assister à un joli Baiser public et tu veux les décevoir ?

– Oh, oui, tu as raison sur ce point.

Maugrey rayonnait littéralement.

– Je ne peux pas te tuer, Fudge s'est montré très clair à ce propos. Il veut un beau procès public et un joli Baiser public… mais il veut des noms, Malfoy. Il veut que ces noms viennent de toi, des noms pour tous ceux qui ont besoin de savoir que tu as tués leurs proches.

– Oh, sois tranquille, mon cœur saigne. Pourquoi tu ne te contentes pas d'inscrire un oui à côté de chaque personne, comme ça, on en aura terminé avec ça ?

Maugrey rit franchement.

– Oh, mais je sais que tu n'as pas tué toutes ces personnes, Malfoy, et il n'y a rien d'amusant à prétendre que tu l'as fait. Non, Malfoy, je veux la vérité. Tu te rappelles comment on dit la vérité ?

Lucius afficha une expression indulgente.

– Eh bien, tu t'en rappelles ?

– Tu pourrais être horriblement déçu, Maugrey, je pourrais bien ne pas en avoir tué autant que tu l'espères.

– J'en doute.

Maugrey tourna autour de la chaise en claudiquant mais Lucius ne fit aucun mouvement pour suivre son déplacement.

– Mais nous allons bientôt voir. Je pense que tu vas me donner des noms très rapidement.

– Qu'est–ce qui te le fait croire ?

Maugrey boita jusqu'au coin sombre de la pièce d'où il avait émergé.

– Nous savons tous les deux que je ne peux pas te tuer…

Maugrey tendit la main vers le coin et Harry comprit qu'il devait y avoir une sorte de charme d'invisibilité à cet endroit.

– … Mais il y a une chose que tu ignores.

Il tira durement quelqu'un du coin. Pâle et chancelant, Draco pouvait à peine se tenir debout.

– Je ne peux pas te tuer, toi, mais je peux le tuer, lui.

L'effet sur Lucius fut immédiat et Maugrey l'observa avec une joie non dissimulée. Harry fut absolument certain que sa propre expression équivalait celle de Lucius. Il blêmit, même les meurtrissures de son visage virèrent au gris. Sa bouche s'ouvrit et se referma plusieurs fois, ses yeux argentés, un ton plus sombre que ceux de son fils, étaient écarquillés d'horreur.

– Il est… Il est… bégaya Lucius, sans plus le moindre signe d'assurance maintenant, tout humour envolé. Il est innocent, il n'a rien fait de mal !

– Je ne sais pas, il y a pas mal de gens dehors qui pensent que ce n'est qu'une question de temps. En fait, il y en a tout un tas qui seraient heureux de voir finir cette misérable lignée.

– Il n'a rien fait de mal, répéta Lucius. Ce n'est qu'un… enfant.

Maugrey rit encore plus fort en entendant ça, tandis qu'il redressait Draco de force.

– Ce n'est plus un enfant.

Maugrey tira d'un coup sec sur le manteau qui enveloppait les épaules de Draco, Harry remarqua que celui–ci était fabriqué dans un tissu rêche que jamais Draco n'aurait porté. Alors que le manteau cédait, Harry sut qu'il n'appartenait pas à Draco, tout comme il était sûr que Draco était nu en dessous.

– Regarde bien, grogna Maugrey. C'est un homme, Malfoy, il n'y a plus d'enfant.

Lucius ne dit rien, terrifié peut–être par ce qui se passerait s'il disait quoi que ce soit. Harry fixa Draco sans réserve. Il était plus épais que ce que Harry en connaissait, ses muscles étaient plus prononcés et il était en meilleure forme. Harry lui tourna autour et faillit pleurer. Son dos était parfait. Lisse, sculpté, parfait. La chair était crémeuse et pâle, sans aucun défaut pour la gâcher. Si seulement il y avait eu un bouton ou un grain de beauté ou quelque annonce que ce soit de ce qui allait se produire mais non, il n'y avait rien, juste la douce perfection de cette peau.

Une peau qui ne le serait bientôt plus du tout et il n'y avait rien que Harry puisse faire pour stopper ça.

Lucius balbutia quelque chose à Maugrey, réalisant trop tard qu'il venait d'en laisser échapper bien trop sur lui–même et que Maugrey le connaissait si bien qu'il l'avait amené exactement là où il le voulait. Il avait enfin découvert comment blesser Lucius Malfoy.

– Ne te blâme pas, Malfoy, fit Maugrey en souriant d'un air suffisant maintenant qu'il avait tous les atouts en main. Tu l'avais bien caché et je n'avais même pas pensé à le chercher jusqu'à ce que ton ami Nott le mentionne. Tu vois, tout le monde ne résiste pas comme toi. J'ai dit : « Je me demande ce qui pourrait persuader Lucius Malfoy de nous parler. » Et Nott, qui transpirait un peu sous la pression, a répondu : « Menacer son morveux. » C'est alors que j'ai su. J'ai su que je ne pouvais pas juste menacer de le blesser parce que tu es un homme intelligent et que tu savais que tu l'avais caché très loin alors j'ai dû le trouver et ça a pris un moment, quelques jours, mais nous l'avons découvert. Tu as fait du bon boulot…

Maugrey sourit.

– … Mais pas assez bon.

Lucius ferma les yeux et sa bouche se pinça. Puis son visage se détendit dans un masque de calme.

– Je ne connais pas tous les noms, j'ai fait ce qu'on m'a demandé mais je vous donnerai ceux dont je me rappelle.

– Oh, tu es tout à fait raisonnable maintenant, non ? Tu as fait ce qu'on t'a demandé, dis–tu ? Entièrement dévoué à son Maître alors ? Il a dû te donner les noms avant de t'y envoyer, alors ne me la joue pas je ne connais pas les noms.

Lucius ne répondit pas. Il dévisageait Draco tandis que d'inutiles pensées jaillissaient dans son esprit. Il n'y avait plus d'échappatoire pour lui. Il tenta de bouger et Harry comprit que Lucius était ligoté à sa chaise. Harry se figea sur place, invisible et aussi inutile que Lucius. Ce n'était qu'un souvenir, si Harry avait essayé de les toucher, ses mains les auraient traversés.

– Alors, qui as–tu tué, Malfoy ?

Lucius fixait toujours Draco.

– Je… Je n'ai pas…

– Tu as tué Charlie Weasley ?

– Je… Non, je ne l'ai pas tué… Je…

– On t'a vu, Malfoy. On t'a vu le tuer !

Lucius parut confus, il regardait toujours son fils, qui avait l'air sur le point de s'évanouir. Il ne portait aucune blessure mais ils avaient dû lui faire quelque chose qui l'avait affaibli.

– D'accord… Je l'ai tué.

– Très bien. Et pour Rosaline Moreland ?

Lucius hésita, une fois encore, il tourna son regard vers Draco qui s'était mis à trembler soit de peur, soit de froid, peut–être même des deux.

– Oui, dit–il finalement, mais il n'avait pas l'air convaincu.

– Tu ne serais pas en train de me dire ce que tu penses que je veux entendre, n'est–ce pas ?

Lucius resta silencieux, son regard passa de Maugrey à Draco.

– Je n'ai tué ni Weasley, ni Moreland.

Le sourire de Maugrey devint malveillant.

– Mais on t'a vu, Malfoy, comment tu expliques ça ?

– Je…

Lucius sembla impuissant et Harry put deviner ses pensées parce qu'il les pensait lui–même. Peu importait ce qu'il disait, il n'y avait pas de bonne réponse.

– Qu'est–ce que tu veux que je dise ? demanda–t–il enfin.

– La vérité, Malfoy, c'est tout ce que je veux.

– Mais je dis la vérité !

– Alors quelle est–elle ?

– Je ne les ai pas tués.

– Mais on t'a vu, Malfoy, comment tu expliques ça ?

– Je ne peux pas !

– Alors c'est que tu dois l'avoir fait !

– Très bien, alors, d'accord, je les ai tués.

– Mais tu viens juste de dire que tu ne l'avais pas fait !

Lucius émit un bruit impatient et dévisagea son fils, désespéré. Draco leva un peu la tête, comme s'il réalisait pour la première fois où il était. À cette incitation, Maugrey attrapa une pleine poignée de cheveux et tira sa tête en arrière.

– C'est peut–être le bon moment pour se réveiller, hein ?

Lucius parut perdu.

– Qu'est–ce que tu lui as donné ?

– Rien qui le blessera.

Maugrey fouilla dans sa poche, au bruit que cela fit, il devait y avoir plusieurs bouteilles.

– Juste un petit quelque chose pour l'amener ici sans faire de vagues, afin de tranquilliser le trublion que tu as élevé, il a arraché l'œil d'un Auror quand on a essayé de l'attraper.

Lucius sourit réellement et Harry, qui aurait été choqué d'apprendre une telle chose un an auparavant, sourit aussi. Maugrey força quelques gouttes de potion dans la bouche de Draco et les yeux gris familiers s'ouvrirent en grand.

– Dis bonjour à ton père, voilà, c'est un bon garçon.

Draco ne répliqua pas, il ne se tenait toujours pas droit. Harry devina qu'en dépit du manque de blessures visibles, il avait probablement été battu. Il fixa son père vraisemblablement, il ne l'avait jamais vu dans un tel état et la panique résultante était évidente sur ses traits. Il semblait défait. Maugrey se pencha vers le visage de Draco, il le tenait toujours par les cheveux.

– Je connais ta famille depuis longtemps, gamin, aucun de vous ne reconnaîtrait la vérité même si on vous mettait le nez dessus.

– Tu ne veux pas connaître la vérité, rétorqua Draco, la voix rauque. Tu es sur le point d'éteindre la lignée maintenant, tu te fous de ce qui est vrai et de ce qui ne l'est pas.

Maugrey sembla impressionné.

– Un garçon perspicace que tu as là, Lucius. En fait, il pourrait bien y avoir un cerveau dans cette tête – dommage que ce soit un cerveau de Malfoy – et rien de bon ne peut en sortir maintenant, hein ?

– Laisse–le tranquille, il n'a rien à voir avec ça.

Maugrey jeta un regard furieux en direction de Lucius et répondit en tirant Draco par les cheveux jusqu'à la table au centre de la pièce. Draco émit un glapissement involontaire et ses mains fouettèrent l'air, essayant de repousser la main de Maugrey de ses cheveux. Harry le suivit, il voulait l'aider mais il savait très bien qu'il ne le pouvait pas.

– Que crois–tu que toutes ces familles ressentent, Malfoy ? questionna Maugrey. Que crois–tu qu'ils ont ressenti quand tu as tué leurs proches ? Des êtres aimés qui n'avaient rien à voir avec toi et ton Maître ? Tu crois qu'ils s'inquiéteront de savoir qu'il n'a rien à voir avec ça ? Ou tu crois qu'ils se réjouiront de découvrir que quelqu'un s'est arrangé pour vous avoir toi et les tiens ? Tu t'es arrangé pour te sortir de tout grâce à tes menaces et ton tas d'or. Je ne sais pas combien tu as payé les gardiens des Collines aux mille grottes [1] pour cacher ton rejeton mais ça ne marche plus. Quand il sera mort et toi, rien de plus qu'une coquille vide, devine ce qui va arriver vos biens ? Le Ministère va tout prendre et les fameux coffres des Malfoy seront enfin vidés.

Lucius s'enfonça dans sa chaise, il réalisait peut–être enfin qu'il ne pouvait rien faire pour sauver son fils et il recouvra son calme, même si ses mains tremblaient encore un peu.

– Je crois que tu vas découvrir que tu te trompes, Maugrey. Le Ministère ne verra pas la moindre Noise. Tu peux bien éteindre la lignée des Malfoy mais ce ne serait que pour tomber sur le suivant en lice. Ils sont français, ils n'ont rien à voir avec ce Ministère – ou avec Voldemort pour ce que ça compte. Ce sont de simples et gentils gens de la terre, tu les aimerais, pauvres comme Job et tellement bons… mais ils ne dépendent pas de ton Ministère.

Maugrey tressaillit très nettement et répliqua en giflant le visage de Draco à travers la table. Lucius bondit, peu importait qu'il puisse sauver son fils ou pas, il ne pouvait pas regarder ça sans rien ressentir.

– Il y a des moyens de trouver un arrangement, tenta Lucius avec un charmant sourire. Je dirai ce que tu veux que je dise et il quittera notre monde. Prends sa baguette et il s'en ira ensuite tu ne le reverras plus jamais…

– Pourquoi t'économiserais pas ta salive, Malfoy ? Est–ce que tu as la moindre idée du temps pendant lequel j'ai attendu ce jour ? Depuis le jour où la traînée qui te sert de femme a accouché, j'ai su qu'il grandirait et deviendrait exactement comme toi. Le Ministère n'aurait jamais dû risquer ça. Il aurait dû avoir un petit accident il y a quelques années, mais Fudge était trop mou. Mais plus maintenant. Personne ne veut passer sa vie à s'inquiéter de ta progéniture et, par chance, c'est moi qui vais débarrasser le monde de cette… tache.

– Mais il n'a rien fait de mal, insista Lucius, incapable d'admettre que l'Auror qui tenait son fils par les cheveux allait le tuer malgré son innocence. Tu continueras à maintenir ce qui est bon pour notre monde mais selon nos propres lois et notre éthique, tu ne peux pas tuer ceux qui n'ont rien fait de mal ! Les gens ne l'accepteront pas, peu importe ce que moi, j'ai fait, ils ne l'accepteront pas !

– Ah, Malfoy, tu ne comprends pas ce qui se passe. Maintenant, j'ai toute autorité pour faire ce que je veux pour obtenir des informations sur le sort de ceux qui sont morts ou qui ont disparu pendant la guerre. Tout, Malfoy, tu réalises ce que ça veut dire ? Les gens n'ont même pas besoin de savoir, et, sois–en certain, les gens ne veulent pas savoir. Tant de personnes ont disparu pendant la guerre et tant de personnes sont mortes, qui remarquera cette victime–là ? Une victime, j'ajouterais, dont tout le monde se fout – sauf toi, évidemment.

– Ce n'est qu'un enfant…

– Ce n'est plus un enfant !

Maugrey tira Draco sur la table, le coucha à plat ventre et abattit durement son poing au milieu de son dos.

– Tu sais ce qu'il était en train de faire quand on l'a trouvé ? Tu l'as envoyé dans les Collines aux mille grottes et on l'a trouvé le visage plongé entre les cuisses de la Reine des Fées !

À ce moment–là, Lucius afficha un vrai sourire moqueur et il sembla vraiment fier.

– Il a toujours eu un appétit très sain, commenta–t–il avec un haussement d'épaules.

– J'aurais cru que tu en serais dégoûté. Elle n'est pas de la même espèce que nous, ce n'est pas un problème pour les disciples du Seigneur des Ténèbres ?

– Pour certains.

– Mais pour vous, hein ? Vous ne baiseriez pas une Sang–mêlé mais vous sautez joyeusement les fées ?

Une fois de plus, Lucius prit un ton assuré.

– Au contraire, quand il s'agit de baise, je trouve que les Sangs–mêlés et les nés de Moldus sont souvent plus enthousiastes que les plus purs des Sangs–Purs.

Harry n'arrivait pas à croire qu'ils parlaient de baise alors que Draco était étalé sur la table. S'il avait été à la place de Lucius, il aurait été occupé à le supplier d'épargner la vie de son fils, mais peut–être que Lucius savait, tout comme Harry, ce qui allait se passer quoiqu'il fasse et que supplier à genoux était inutile.

– Ouais, sans doute que tu as raison sur ce point, Malfoy, parce que ta femme ressemblait un peu à un poisson mort quand je l'ai tronchée.

Si Harry s'était attendu à un éclat de colère à cette révélation, il fut déçu. Alors que Draco émettait un bruit indigné et étranglé sous la poigne de Maugrey, Lucius arqua un sourcil et réplique calmement :

– Tu ne devais pas le faire correctement, Alastor. Généralement, Narcissa est chaude comme la braise mais quand je l'ai vue dans le couloir hier, elle m'a dit quelque chose à propos de toi, que tu étais comme un godemiché trop petit.

Ses yeux se plissèrent et il ajouta tranquillement :

– N'essaie pas de me blesser à travers ma femme, tu pourrais découvrir qu'elle est plus résistante que moi.

Maugrey sembla déconcerté un instant. Il fixa Lucius de son œil normal et de son œil magique, totalement stupéfait. Il recouvra son sang–froid rapidement cependant. Essayant de copier à sa façon brutale le comportement de Lucius, il fit la seule chose qui – il le savait – blesserait cet homme. Il fit glisser un doigt noueux le long du dos parfait de Draco. Ce dernier tressaillit et le sourire de Lucius s'affadit.

– Alors, j'imagine que je vais juste devoir te faire mal à travers ton fils, hein ?

Maugrey ne lui donna pas la possibilité de répondre et n'importe quelle autre conversation n'aurait été qu'une répétition de la précédente. Maugrey ne portait aucun réel intérêt à ce que Malfoy voulait lui révéler. Il était déterminé à exécuter sa mission et rien de ce que Lucius Malfoy pourrait dire ou faire n'allait l'arrêter. Il considérait que sa tâche était un vrai plaisir. De l'intérieur de sa poche, il extirpa une grosse flasque de liquide rouge foncé et la souleva afin que Lucius puisse la voir.

– Ça été très difficile de s'en procurer, tu sais. En fait, ceci représente tout le stock du Ministère.

Il secoua la flasque.

– Tu sais ce que c'est ?

Lucius hésita et lorgna vers le flacon avec méfiance puis, après un instant, il secoua la tête.

– C'est de l'Acide de Madragora, précisa Maugrey.

Il vit l'expression de Lucius changer.

– Je vois que tu en as entendu parler.

– C'est illégal… Personne ne sait plus comment en faire.

– C'est vrai mais elle dormait dans la cave d'un Auror depuis des années et je l'avais gardée pour une occasion comme celle–ci. Jolie formule de ton vieil ami Grindelwald.

– Grindelwald, c'était bien avant moi.

Maugrey sembla surpris.

– Ah bon ? Et moi qui pensais que je te poursuivais depuis des lustres. Ce devait être ton père.

– Sans doute.

– Je vous confonds, vous êtes tellement pareils.

– En apparence, du moins.

– Oui, en apparence… Il y a aussi le fait est que vous êtes tous pourris jusqu'au trognon.

Lucius ne répondit pas mais il regardait nerveusement vers la flasque. Maugrey remarqua la direction de ses œillades et secoua la bouteille encore une fois.

– Tu connais les effets de l'Acide de Madragora ?

Lucius afficha une expression douloureuse, il savait que Maugrey planifiait de lui en faire une démonstration complète quoiqu'il dise. Il regarda son fils, écrasé sur la table, le visage tourné vers celui de son père.

– Je… Oui.

– Alors je n'aurai pas à t'expliquer le processus pendant que je le fais… ou peut–être que si, pour son bien.

Il ouvrit la bouteille et en remplit une pipette.

NON ! s'écria finalement Lucius, s'abandonnant à sa panique. Je t'en prie, je t'en supplie, ne lui fais pas ça, s'il te plaît… Fais–le sur moi, ça sera tellement plus amusant…

– Oh, je ne crois pas, je pense que voir ton visage pendant que je le fais en fera tout l'amusement. Maintenant, cesse d'interrompre la démonstration, Malfoy, je veux que tu sois attentif.

Il fit gicler le contenu de la pipette sur l'omoplate gauche de Draco et ce dernier se mit à hurler.

Le son parut transpercer Harry, plus tranchant que n'importe quelle lame. C'était si perçant que son sang se glaça dans ses veines et tout son corps devint douloureux comme par compassion pour ce qui provoquait un tel cri chez quelqu'un. Sur la chaise, Lucius se projeta en avant, luttant contre le charme qui le retenait là, le visage tordu d'épouvante.

– Maintenant, l'acide va brûler un peu, commenta Maugrey par–dessus les cris. Puis il va commencer à creuser. Il cherche le cœur et les poumons, tu sais. Donc, il se faufile maintenant, imagine un peu comment il fait son chemin.

Il pressa une autre pipette en travers de la cuisse de Draco.

– Si j'en mets là, par exemple, il va juste continuer jusqu'à ce qu'il trouve ce qu'il cherche. Le cœur, les poumons, les intestins, la rate. Ce n'est qu'une question de temps. Magnifique produit, hein ?

Il se pencha vers Draco.

– Ça brûle comme l'enfer, non ?

Draco ne répondit pas, la douleur était trop intense et il ne pouvait s'arrêter de crier.

– Cette petite quantité va probablement le tuer, fit Maugrey avec un haussement d'épaules indifférent. Mais il n'y aurait pas beaucoup d'amusement si ça arrivait maintenant, hein ?

Lucius secoua vivement la tête, le langage oral semblait lui avoir échappé.

– Alors je vais utiliser ceci.

Maugrey tira une autre flasque de sa poche, c'était une petite bouteille de Navitas.

– Le processus s'arrêtera.

Il tira la tête de Draco et força un peu de liquide dans sa gorge puis maintint sa bouche fermée jusqu'à ce qu'il déglutisse. Harry attendit, espérant que le sérum fasse cesser la douleur mais il sembla ne faire aucun effet. Manifestement, Draco souffrait toujours et Maugrey fournit la réponse assez facilement.

– Je ne veux pas trop lui en donner, je veux juste le garder éveillé et vivant suffisamment longtemps pour qu'il le sente vraiment.

Il relâcha la tête de Draco qui retomba sur la table avec un bruit sourd.

– Alors, Malfoy, tu es prêt à me dire la vérité ?

– Oui… Je te dirai tout ce que tu veux.

– Bien, bien, je suis content de voir que finalement on se comprend tous les deux.

Et Maugrey répandit une large quantité d'acide sur le dos de Draco, directement de la flasque et le hurlement reprit avec une nouvelle vigueur.

Il fallut une heure pour que cela se termine. Une heure avant que Harry se retrouve à nouveau dans sa chambre. Il ne put se retenir, il en était malade et vomit dans un chaudron. Le souvenir s'était affadi tandis que Draco perdait peu à peu conscience mais pas avant que Harry ne voie une grande partie de son corps rongé par l'acide et Lucius Malfoy, enfin libéré de ses liens, se jeter sur son fils comme un bouclier pour tenter de le protéger.

Harry se rappela la lettre que Maugrey lui avait envoyée, le félicitant d'avoir enfin recouvré ses sens et de s'être débarrassé de Draco. Harry n'avait pas recouvré ses sens, Harry n'avait été qu'un imbécile. Draco avait eu raison à propos de ses souvenirs. Il n'aurait jamais dû demander à voir ça, il n'aurait jamais dû s'en plaindre si longtemps et avec autant d'insistance. Maintenant qu'il les avait vus, il ne les oublierait jamais.

Harry connaissait la suite, ils avaient jeté le corps de Draco dans une rue moldue, présumant de sa mort imminente. Les Moldus l'avaient amené dans un de leurs hôpitaux. Dumbledore l'avait trouvé parce qu'il l'avait cherché pendant tout ce temps, il essayait de l'avoir avant Maugrey. Il n'avait pas réussi mais il lui avait sauvé la vie.

Harry prit une profonde inspiration, tentant de réprimer la bile qui lui montait dans la gorge. Il avait besoin de voir Draco, il avait besoin de s'assurer que ce qu'il avait vu n'était qu'un souvenir et que Draco était bel et bien en vie et peut–être un peu furax dans sa chambre – ou au pub – ou n'importe où ailleurs que sur une table dans une chambre grise.

Ça ne pouvait pas être trop tard. Il n'était pas nécessaire d'y réfléchir davantage, maintenant Harry savait pourquoi il avait traité Regina de la sorte. Harry avait lu le journal intime et jaugé assez pour savoir. Ils allaient en parler, essayer d'arranger les choses. Ensemble, ils essaieraient de trouver un arrangement pour Lucius, ils le sortiraient du musée et si c'était possible, ils le libéreraient de la geôle qui le retenait prisonnier – quelle qu'elle fût.

Harry quitta la chambre et se rendit à la salle de bain pour se laver les dents et le visage. Il était en sueur et puait le vomi, il ne voulait pas aller voir Draco dans cet état. Il se percuta le coude dans l'encadrement de la porte mais ignora la douleur tandis qu'il se dirigeait vers la salle commune.

– Harry !

Il se stoppa net.

– Fred !

Il avait oublié Fred, il avait tout oublié de sa sortie. Il ne pouvait pas, pas maintenant !

– C'est comme ça que tu es habillé ?

Harry s'examina. Son T–shirt était un peu froissé et il portait ses fidèles pantalons cargo, ce n'étaient pas les meilleurs vêtements qu'il possédait mais ils étaient assurément suffisants pour aller au pub.

– Heu… ouais. Pourquoi, ça va pas ?

Fred le détailla de bas en haut, la déception était clairement visible sur son visage.

– Je pensais que tu aurais fait un petit effort, que tu aurais mis quelque chose comme ce que tu portais au réveillon du nouvel an.

Les joues de Harry rougirent.

– Oh… eh bien, en fait, ce n'était pas mes habits – et puis, je croyais que tu avais dit que cet endroit ressemblait à un pub.

– C'est un club, Harry. Tu sais, on y boit, on y danse, on s'amuse, quoi.

Harry soupira lourdement.

– Tu veux que je me change ?

Fred jeta un coup d'œil à sa montre.

– Non, j'ai dit que nous y serions à neuf heures. L'entrée est gratuite si on rentre à neuf heures.

– Je m'en fiche de payer, rétorqua Harry.

Il remua un peu ses pieds en regardant par–dessus l'épaule de Fred, en direction de l'étroit couloir qui menait à la chambre de Draco.

– Je dois vraiment parler à Draco avant d'aller où que ce soit.

Quoi ? s'exclama Fred, irrité. Harry, on doit y aller, j'ai dit à tout le monde qu'on y serait !

Harry se dandina un peu plus. Il ne voulait pas y aller mais il l'avait promis à Fred. Il voulait juste rester à l'école, pourquoi donc n'arrivait–il pas à le dire, tout simplement.

– Tu me donnes une minute ? Juste une minute, j'ai besoin de lui dire quelque chose et ensuite on partira. Peut–être qu'il pourrait venir avec nous ?

Fred soupira avec impatience.

– Venir avec nous ? T'es de nouveau avec lui ?

– Non… mais il pourrait venir… Il est drôle… vraiment…

Fred croisa les bras, mécontent du tour que prenaient les événements. Il ne voulait pas que Draco Malfoy squatte sa soirée, il avait de grands projets quant à son déroulement et Draco ferait tout son possible pour que ça n'arrive pas.

– Je suppose que oui, si tu te sens obligé de l'inviter.

Harry sourit largement il lui tapota le bras en le dépassant et se précipita vers la chambre de Draco. Draco était en train d'étudier, un verre dans une main, un parchemin dans l'autre, un petit chat couché en travers de son livre se battait avec les pages.

– Salut, souffla Harry.

Son cœur se mit à battre la chamade quand Draco se tourna pour lui offrir un sourire hésitant.

– Salut, répondit Draco à voix basse.

– Il faut vraiment qu'on parle.

– D'accord, alors, parlons.

– Je ne peux pas, rougit Harry. Je dois aller à Pré–au–Lard avec Fred.

Draco se détourna et son sourire devint froid.

– Oh, oui. Ton rencard.

– Pourquoi tu ne viendrais pas ?

– Non, merci.

– S'il te plaît…

Harry s'approcha de lui, lui enserrant l'épaule de sa main.

– Viens, je t'en prie. On restera juste le temps de prendre un verre ou deux et ensuite on rentrera, je te le promets.

– Non, fit Draco mais il semblait moins certain maintenant. Je dois étudier…

– Je veux vraiment te parler… à propos de la Pensine.

– On ne peut pas en parler dans un club, de toute façon.

– Je sais mais si tu viens, on pourra partir tôt.

Draco repoussa son parchemin et se frotta les yeux.

– Et si je ne viens pas, tu y resteras toute la nuit ?

– Non… Je… C'est juste que ce sera plus facile si tu viens aussi.

– Non, merci. Je ne veux pas sortir avec Fred Weasley et toi.

Harry regarda autour de lui, essayant de juguler son impatience grandissante.

– Très bien, je vais descendre, prendre un verre ou deux et je serai de retour.

– D'accord.

– Je ne serai pas long.

– Bien sûr, pas de problème.

– Vraiment. Promis.

Draco haussa les épaules.

– Merci…

Harry voulait le serrer dans ses bras.

– Merci pour la Pensine et merci de me l'avoir montrée.

– C'est bon, c'était pas un problème.

Mais c'en avait été un et Harry le savait.

– Je serai de retour dans deux petites heures.

– Bien sûr, répéta Draco en s'efforçant de sourire. Amuse–toi bien.

Harry en doutait sérieusement. Il ne voulait pas y aller, il voulait rester avec Draco.

– Si tu changes d'avis, j'aimerais beaucoup que tu viennes.

Nouveau haussement d'épaules.

– Je vais plutôt rester là.

Ils se turent tous les deux quand un coup à la porte révéla la présence de Fred.

– Harry, on doit y aller.

Il examina la pièce avec un certain intérêt puis hocha la tête en direction de Draco qui l'ignora.

– Ouais, d'ac. Dans une minute.

Harry lança un regard implorant en direction de Draco.

– Tu es sûr ?

– Absolument.

– Bon, je te verrai quand je reviendrai alors.

Draco leva la main et lui fit un vague geste de renvoi Harry soupira et suivit Fred. Il se demanda comment il allait s'arranger pour sortir du club le plus tôt possible.

oOo

La chambre à coucher du conservateur, cachée à l'étage le plus élevé du musée toujours en expansion, était remplie de malles et de valises de toutes formes et de toutes tailles. De toute sa vie, Lucius n'avait jamais vu un homme s'habiller de manière si inaltérable posséder autant de bagages. Lucius n'avait pas autant à emmener, une ou deux chemises de nuit et une brosse à cheveux. Mais peut–être que Semeuse avait décidé de prendre quelques uns de ses objets de collections favoris. Des elfes de maison empaillés ou un de ces étranges paquets sacrés, ce genre de choses. Lucius avait passé la journée assis sur le lit, à se demander ce qu'il y avait dans les boîtes.

Semeuse, pour sa part, n'avait cessé son marmonnement frénétique alors qu'il empaquetait ses affaires depuis des jours. De ce qu'avait pu glaner Lucius de ses délires démentiels, il en avait conclu que le conseil allait choisir le nouveau Ministre et il semblait bien que Fudge n'allait pas être réélu. L'homme appelé à être le nouveau Ministre n'était autre qu'Arthur Weasley, un homme que Lucius n'avait jamais vraiment côtoyé – excepté pour se battre avec lui et ils avaient eu de multiples d'occasions de le faire pendant toutes ces années. Arthur avait menacé de faire cesser l'exposition et de soustraire Lucius à la garde du conservateur. Il était assez certain que quelque chose de personnel avait été divulgué, ce qui lui faisait penser que quelqu'un avait répété quelque chose à Weasley mais, d'un autre côté, Lucius était surpris. Il n'aurait jamais imaginé que Weasley lèverait un doigt pour l'aider.

– Je dois me rendre à Pré–au–Lard, mon ange, lui dit Semeuse en tentant d'aplatir ses cheveux. Une délégation du Ministère est en route ils viennent vérifier l'exposition, alors tu vas redescendre. Je pense que je peux le faire sans que tu t'enfuies en courant ?

– Oh oui, et je vais me lever et me précipiter vers la porte, lâcha Lucius d'une voix traînante et sarcastique.

Il y gagna une claque mais seulement sur le bras. S'il était descendu pour l'exposition, Semeuse ne pouvait pas se permettre de lui contusionner le visage, le conservateur était nul en charmes de guérison. Si Lucius avait pu afficher un rictus moqueur, il l'aurait fait. Mais à la place, il demanda aussi prudemment qu'il le pouvait, pourquoi le conservateur allait à Pré–au–Lard.

– Je pense que Mr Antwon possède un tapis volant, j'en ai besoin pour te sortir d'ici en toute sécurité.

– Mais tu n'as pas une pièce pleine de tapis volants en bas ?

Semeuse secoua la tête et se saisit du menton de Lucius pour le soulever.

– Oh, mon ange, que tu es bête. Cette collection est parfaite, certains détesteraient la voir démantelée.

– Et un Portoloin ?

– Mon chéri, tu dois penser avec un peu plus de style. Se faire arracher du sol par un Portoloin ! Seigneur, non. Une fois que tu auras volé sur un tapis, mon amour, tu ne voudras plus jamais connaître d'autres luxes.

Lucius faillit rouler des yeux, il avait volé des tas de fois sur un tapis et il détestait ça. Il regarda Semeuse finir de s'habiller. Si le conseil s'apprêtait à voter alors Semeuse voudrait partir avant que ça n'arrive. Il sentit son estomac cesser de tanguer pour la première fois depuis des jours, Draco devait juste rester au château un peu plus longtemps, jusqu'à la session de vote.

Tout serait bientôt terminé.

oOo

Harry n'avait jamais été très boîte de nuit. Il préférait l'agitation des pubs et la possibilité de s'asseoir pour parler avec un groupe de personnes en buvant une bière et, bien qu'il adorât danser, il détestait se faire bousculer sur une piste de danse. Les clubs étaient des endroits horriblement bruyants où il fallait hurler pour s'entendre et il finissait toujours par se sentir juger par les autres. Après l'été précédent, il avait été dans un club avec Fred, George, Angelina, Ron et Hermione – il ne pouvait pas dire qu'il y avait pris du plaisir.

C'était sa première boîte de nuit gay et il n'arrivait pas à croire qu'elle était située à Pré–au–Lard. Il lui semblait que ce genre d'endroit ne se trouvait qu'à Londres, mais finalement, quand il y repensait, lorsque les sorciers voulaient se rencontrer, ils allaient soit sur le Chemin de Traverse, soit à Pré–au–Lard, alors peut–être que c'était logique. Le club était bien plus bondé qu'il ne s'y attendait. Il n'aurait pas été surpris que tous les sorciers gays d'Angleterre se soient donnés rendez–vous dans cet espace minuscule.

L'intérieur rappelait à Harry un coffret à bijoux tapissé de velours. Tout était bleu et capitonné, excepté le bar, qui était en lourd bois sombre. De l'instant où Harry mit un pied dans le club, il se sentit dévisagé avec un mélange d'excitation et d'incrédulité. Traverser la piste de danse jusqu'au bar se révéla une véritable épreuve pour éviter les mains et les corps qui voulaient soit le tripoter au passage, soit se frotter contre lui. Fred était manifestement bien connu du coin, arriver en compagnie de Harry fit de lui une petite célébrité.

– Oh, mon dieu, il est magnifique ! hurla un homme efféminé depuis le bar, avec un mouvement de main exagéré dans leur direction.

Harry eut un mouvement de recul, Fred lui agrippa le bras et se dirigea droit vers lui.

– Trent, le salua–t–il tandis qu'ils s'embrassaient dans le vide. Il est incroyable, hein ?

Fred attira Harry à ses côtés.

– Il a été vilain, cependant, parce qu'il n'a pas pris la peine de s'habiller comme il fallait mais, crois–moi, il est juste stupéfiant quand il s'habille correctement.

Fred glissa un bras possessif autour de la taille de Harry.

– Harry, voici Trent, c'est le mec à connaître ici. Trent connaît tout le monde et, ajouta Fred en baissant le ton, il a toujours le meilleur opium. Tu en veux ?

Harry voulut se tourner et s'enfuir mais, à la place, il tendit sa main et fut récompensé par un délicat baisemain.

– Oh, il est tellement beau, s'extasia Trent, regardez–moi ces yeux !

Sans prévenir, il écarta les cheveux de Harry et regarda la bien trop fameuse cicatrice.

– Tout à fait magnifique. J'ai ouï dire que tu avais été avec Draco Malfoy, c'est vrai ?

– Heu… ouais.

Harry ne voulait pas parler de Draco ici.

– Alors, lui, il est renversant. Oh, mon dieu, tout ce que je pourrais lui faire. Je ramperais sur des kilomètres de verres brisés pour juste me masturber dans son ombre ! Est–ce qu'il est fabuleux au lit ?

Harry ne savait que dire la première chose qui lui vint fut de signifier à ce salopard de s'occuper de ses putains d'oignons mais il vit le regard anxieux de Fred et ne dit rien.

– Tu as tellement de chance, poursuivit Trent sur le même ton. Il est disponible maintenant ?

Harry plissa les yeux.

– Heu… non, je ne crois pas.

Trent était probablement du genre à recevoir à coup sûr un mauvais sort plutôt qu'un baiser de la part de Draco. De plus, alors que Harry l'aurait décrit comme raisonnablement séduisant, cet individu aurait fait fuir Draco dans la direction opposée.

– Oh ? Il voit déjà quelqu'un d'autre ? Oh, donne–nous tous les détails croustillants. J'ai toujours entendu dire que les Malfoy adoraient passer d'un lit à l'autre !

– Il ne passe pas d'un lit à l'autre, marmonna Harry, la voix tendue.

Trent rit.

– Oh, chéri, je crois que tu en pinces encore pour lui.

Il se tourna vers Fred.

– Je croyais que tu avais dit que c'était lui qui lui avait fait comprendre que c'était fini.

– C'est le cas, rit Fred. Je n'y peux rien s'il continue à entretenir la flamme.

– Dans ce cas, t'as plus qu'à l'éteindre, alors ?

Tous deux rirent méchamment tandis que Harry évaluait la distance jusqu'à la porte. Sans aucune tentative de se montrer poli, il se détourna de Fred et de son horrible ami et se dirigea vers le bar. Fred le rejoignit en quelques secondes.

– Qu'est–ce qui ne va pas ? Trent t'aime bien !

– C'est un connard, rétorqua Harry sans prendre de gants. Pourquoi est–ce qu'à la minute où les gens se découvrent gay, ils commencent à ouvrir grand les bras et se mettent à parler avec une telle affectation que personne ne sait à quoi ils carburent ?

Fred haussa les épaules, d'un mouvement élaboré.

– C'est tout le côté fantafabuleux d'être gay.

– Non ! Tu n'es pas toujours comme ça !

Harry secoua la tête et attira l'attention du barman.

– Alors, j'imagine que ce n'est pas le bon moment pour te demander si tu préfères être au–dessus ou en dessous ? s'enquit Fred, moqueur.

Harry lui adressa un regard noir.

– Je ne coucherai pas avec toi, Fred.

Fred fit la moue, déçu.

– Qu'est–ce que tu veux boire ?

– Un Cri d'Orgasme, répliqua Fred, se reprenant immédiatement.

Harry leva les yeux au plafond et commanda les boissons au barman qui avait l'air de s'ennuyer autant que Harry était irrité.

– Ça fait deux mois, fit Fred avec sérieux en prenant son verre. Tu as besoin de l'oublier.

– Ne me dis pas ce que je dois ressentir.

– Alors quoi ? Tu envisages de passer ta vie seul à le pleurer ?

Harry ne dit rien. Fred n'avait pas besoin de savoir que Harry planifiait de retourner à Poudlard afin de se réconcilier avec Draco.

– Tu n'as même pas été avec quelqu'un d'autre.

Harry resta muet.

– Ce que je veux dire c'est que tu pourrais au moins essayer de t'amuser. Pourquoi tu n'irais pas te dévergonder, rouler quelques pelles, peloter un peu de chair ici ou là ? Tu n'as pas à t'envoyer en l'air.

– J'ai pas envie de me dévergonder avec quiconque.

Fred roula des yeux.

– Embrasse–moi.

Quoi ? Non !

– Non, vraiment, tu te sentirais mieux, embrasse–moi.

– Non !

Fred rit et prit une gorgée de sa boisson. Harry avala sa bière, il espérait vraiment qu'il allait pouvoir bientôt s'en aller.

Mais, au fond de lui, Harry savait que Fred ne le laisserait pas s'en sortir aussi facilement.

oOo

Draco n'était pas vraiment certain de ce qu'il faisait en se dirigeant vers le bar. Il n'était pas à l'aise dans cet environnement, il n'était pas le meilleur danseur au monde et le fait que tout le monde dans le club semblait sauter dans tous les sens, à l'unisson, était assez perturbant.

Harry l'avait encouragé à venir. Il lui avait dit : « J'aimerais beaucoup que tu viennes » et c'était ce qu'il avait fait. Il était sévèrement en dessous du code vestimentaire. En fait, il n'était pas habillé du tout pour l'occasion. Un jean et un sweat–shirt qu'il portait depuis la veille.

Derrière lui, quelqu'un émit un commentaire peu agréable. Ils devaient l'avoir hurlé pour qu'il l'ait entendu par–dessus musique. Ça n'avait aucune importance, il était là pour trouver Harry et Harry avait vu pire de sa part… Peut–être.

Il examina la pièce, à travers les ondulations des couples, trios ou toute autre combinaison. Rien que des hommes, ensemble. Les quelques femmes présentes étaient assises au bar ou cachées dans des alcôves, à boire et à glousser. Il avait entendu que de nombreuses femmes aimaient la compagnie des hommes gays, peut–être qu'elles se sentaient en sécurité, qui sait ? Un couple d'hommes surprit son regard, vit ses vêtements pas très frais et sourit. Ce n'était pas difficile, sale ou pas, il était toujours Draco Malfoy, il était toujours aussi beau et tout le monde pouvait le voir. Il ignora les sourires. Il ne cherchait qu'une seule personne. Il s'attendait à le trouver sur la piste de danse, Harry adorait danser. Mais il n'y était pas.

Il avança jusqu'au bar, s'il était arrivé jusque–là, il pouvait aussi bien boire un verre. Sa bouche se mit à saliver à cette pensée et l'odeur de cigarettes qui l'entourait était légèrement attirante, d'une manière ou d'une autre, elle lui rappelait son père. Pas que Lucius fumât beaucoup généralement, c'était quand il était nerveux – ou extrêmement satisfait. Lucius avait toujours fait ressembler le fait de fumer à quelque chose de sophistiqué, même s'il le faisait quand il était hyper stressé. Là, les patrons de ce bar avaient rendu ça très… gay.

Draco fumait de l'herbe et occasionnellement de l'opium. Il ne vit aucun usage de nicotine. Pourtant, le bar avait une odeur familière.

Ce fut à ce moment–là qu'il le vit et le monde cessa de tourner.

oOo

Malgré tout ce qu'il avait planifié, Harry en était à sa troisième bière, il était assis au bar et il essayait toujours de trouver comment retourner au château sans contrarier Fred. Cependant, il s'était considérablement détendu et il prenait les sarcasmes sur sa vie sexuelle avec bonne humeur.

– Alors, tu vas m'embrasser ? demanda encore une fois Fred, considérablement bourré maintenant, lorgnant Harry avec un désir non dissimulé.

Harry sourit largement.

– Non.

– Allez, fais–moi une faveur.

– Que je te fasse une faveur ? Fred, tu as eu plus d'amants que n'importe qui d'autre de ma connaissance !

Fred acquiesça, concédant que c'était vrai.

– Ouais, ouais mais, Harry, si je te colle ma langue dans la gorge, je pars immédiatement à des kilomètres.

– Tu penses vraiment qu'à ça.

– Au moins, moi, je m'amuse.

Harry changea de sujet.

– Comment va Ron ?

– Putain, j'en sais rien. Je suis son frère mais il t'en dit probablement plus à toi qu'à moi. Ça a l'air d'aller.

– Il est heureux à la maison ?

– Avec maman ? J'imagine.

– Elle l'a blessé.

– On l'a tous fait. Pansy fait office de tampon entre les deux. Maman peut se montrer joliment envahissante quand elle veut mais Pansy semble aimer se faire materner.

– Et George ?

Fred haussa les épaules.

– George, ça va. Il fait avec.

– Il est comment avec Ron ?

– C'est bon, ils se parlent, ils se sentent tous les deux plutôt coupables mais ça va.

Fred se pencha en avant et posa sa main sur le genou de Harry.

– Alors, tu m'embrasses ou pas ?

– T'es comme un putain de limier, tu sais ça ?

– Je sais ce que je veux.

– Tu vas me détester, annonça Harry en enlevant la main de Fred de son genou, mais je dois y aller.

Fred se redressa.

– Quoi ? Pourquoi ?

– Je dois réviser, expliqua Harry en riant, et j'ai dit à Draco que je serai de retour à une heure raisonnable.

– C'est qui pour toi, ta mère ?

– Non, je dois lui parler, c'est tout.

– Ça peut pas attendre demain ?

Harry supposa que ça pouvait attendre, en effet, mais c'était juste qu'il ne le voulait pas.

– Je lui ai dit que je reviendrais tôt, il doit m'attendre.

Fred se concentra sur sa boisson un instant, faisant tournoyer ce qui restait dans son verre, ses lèvres se rétrécirent un peu.

– Harry, finit–il par dire, pourquoi est–ce que tu es venu si tu ne voulais pas rester ? Pourquoi tu as accepté si c'était pour t'asseoir et te comporter comme une petite merde toute la soirée pour ensuite te précipiter au château parce que le pauvre petit Draco t'attend ?

Harry se renfrogna et fronça les sourcils.

– Je… Parce que tu voulais sortir et que tu n'as cessé de le répéter alors je suis venu avec toi. Je suis désolé de ne pas vouloir sauter dans ton lit, ni hurler comme une hyène et encore moins souhaiter enlacer tout ceux qui me dévisagent. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi tu veux que je sois comme ça. Si tu voulais juste prendre un verre, ça ne m'ennuierait pas de rester mais ton attitude envers moi depuis la minute où on est arrivés : embrasse–moi, touche–moi, t'es au–dessus ou en dessous ? Putain, ça craint !

Fred prit une inspiration.

– Okay… Je suis désolé, je croyais que tu aimerais – je me suis trompé, manifestement.

Il essaya de sourire mais il était aussi agacé que Harry par ce problème.

– Tu pourrais essayer de t'amuser au moins… et si tu ne voulais pas venir, tu aurais dû me le dire au lieu de me faire perdre mon temps à t'amener ici !

Puis ils se turent, plongés dans leurs verres, fixant la piste de danse maintenant inoccupée.

– Je crois que je vais y aller, marmonna Harry.

– Embrasse–moi d'abord.

Oh, putain !

– Oh, allez ! Fais–le, quoi et j'arrêterai de t'ennuyer et tu pourras retourner à la maison vers ton ex.

Harry fronça les sourcils et Fred le poussa du coude.

– Allons, vis un peu.

– Et tu ne me le demanderas plus ? Jamais ?

– Croix de bois, crois de fer, si je mens, je vais en enfer.

Harry soupira et se pencha en avant. Avant qu'il puisse y réfléchir à deux fois, la bouche de Fred écrasait la sienne.

A suivre…

NdT :

[1] The Hollow Hills en vo, endroit légendaire emprunté à la trilogie arthurienne de Mary Stewart

Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.

Bisous.

Falyla