Titre : Objects of Desire
Lien vers la fic originale : dans mon profil, FFnet n'affiche pas les liens URL
Auteure : Azrael Geffen
Traductrice : falyla
Correcteurs : falyla/Florent
Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape
Rating : M/NC-17
Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)
Etat de la traduction : terminée
Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.
Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.
Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.
Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.
Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.
Note de la traductrice : Un énorme merci pour tous vos commentaires, j'apprécie le temps que vous prenez pour me laisser un message. Pour celles et ceux qui me félicitent de ma rapidité à traduire les chapitres, je me permets de les renvoyer à la longue note explicative qui figure juste avant le prologue, à savoir que cette fic est déjà finie et traduite depuis très longtemps. Donc pas de délai de ce côté-là, juste le temps libre nécessaire à une relecture attentive avant de poster la suite.
Bonne lecture.
Chapitre 19 (2ème partie)
Archibald Semeuse arpentait ses appartements privés en détours agités et pleins de jubilation. Sa soirée avait assurément pris un tour inattendu et maintenant qu'il avait gagné son prix, il commençait enfin à se demander s'il avait eu raison. Ses mains, habituellement, si calmes et immobiles, voletaient de sa bouche au devant de ses robes, puis à sa poche, pour finalement retourner à sa bouche. Il cessa sa progression et, un instant, sembla hésiter sur place, le corps en équilibre, tandis qu'il fixait le corps étendu sur le lit.
Le jeune homme sur le lit était inconscient. C'était le résultat du charme de stupéfixion de Semeuse qui, de son propre avis, était peut–être un poil trop puissant. Semeuse ne put que le fixer. Il avait amené le garçon ici il l'avait porté pendant tout le chemin alors que le Portoloin les liait inconfortablement au–delà de la campagne. Il avait couché son corps silencieux sur le large lit aux draps immaculés. Mais maintenant il ne pouvait aller plus loin. Il ne pouvait rien faire d'autre que de le fixer avec stupéfaction.
Il y avait un pas de géant entre penser enlever le garçon et le faire réellement. Il n'y avait pas réfléchi et une partie de son cerveau s'en réjouissait. S'il y avait réfléchi, s'il avait pris un peu de recul, c'était fort possible qu'il n'aurait rien tenté d'aussi audacieux. Il avait enlevé le jeune Malfoy en pleine rue, au nez et à la barbe de cet imbécile qui estimait convenable de le quitter. Mais Semeuse n'était pas idiot. Il n'avait su qui était ce crétin que quelques mois auparavant – et, à en juger par l'expression de son visage ce soir, il était encore amoureux du garçon. Le petit dragon… son petit dragon.
Oh, oui, il était aussi magnifique que Semeuse s'en rappelait. Plus encore maintenant qu'il était étendu dans son lit. Sa peau était aussi pâle et crémeuse que le plus délicat des pétales de rose. Ses lèvres étaient d'un rose parfait et ses cils qui s'évasaient sur sa joue semblaient aux yeux de Semeuse de la couleur de la pluie.
Mais je l'ai fait. J'ai enlevé le garçon en pleine rue.
Il recommença à faire les cent pas. Personne ne l'attraperait. Quand le matin viendrait, ils seraient tous partis. Il avait acheté une boîte spéciale pour transporter Lucius sans danger et, bien que ce serait un peu juste, Semeuse était certain qu'il pourrait y mettre Draco aussi. Ils seraient en sécurité et arriveraient indemnes. Il devrait leur administrer des sédatifs à tous les deux. Si Lucius était conscient, il pourrait créer des histoires et il ne voulait pas que la boîte s'agite sur le tapis volant.
Tout était prêt pour le départ, par une chance inouïe, il possédait maintenant tout ce qu'il avait toujours voulu. Tout. Les dieux avaient dû voir sa situation critique et lui offrir le dragon. Pour quelle autre raison Semeuse serait–il tombé par hasard sur lui ? Il n'était pas allé le chercher. Pas ce soir, en tout cas.
Mon dieu, il est magnifique.
Ça avait été un étrange moment que d'arriver au musée en portant le garçon. Il n'était pas lourd, en fait, il était même remarquablement léger, une chose démentie par la sensation d'un corps mince sous les vêtements mal adaptés. Semeuse avait été doux en le posant sur le lit. Il était fragile, il ne fallait pas l'endommager. Délicat comme une fleur, à manipuler avec une infinie précaution pour ne pas froisser les pétales. Semeuse avait placé la potion dont il aurait besoin à côté du lit, puis s'était demandé combien de temps le jeune homme dormirait. Parce c'était le sommeil maintenant. Le sortilège de stupéfixion s'était éteint et il dormait.
Il devait être fatigué, tant de nuits passées à fixer le plafond assombri. C'était soit ça, soit il se cachait dans le sommeil.
– Mais il n'y aucun besoin de te cacher, mon petit, murmura soudainement Semeuse. Je t'aime.
Mais Draco ne s'éveilla pas. Il était étendu sur le lit et dormait.
La potion était basique, faite de larmes de Basilic et de quelques autres ingrédients clés, ils ne paralysaient pas celui qui la prenait mais le frappait d'incapacité plutôt. Il était incapable de bouger, pourtant ses membres étaient souples et facilement manipulables. Semeuse savait qu'il devait l'utiliser parce que quand le garçon reviendrait à lui, il ne restait pas calme longtemps. Il était comme son père, il se battrait.
Une fois de plus, il cessa de marcher et se retourna pour le dévisager.
Draco était mal habillé. C'était comme s'il avait cessé de prendre soin de son apparence. Il semblait sale, même ses cheveux avaient l'air gras et il sentait la sueur. Il était vêtu d'un jean crasseux et d'un pull en laine presque usé jusqu'à la trame, ce n'était pas son initiale brodée sur le devant et Semeuse avait une assez bonne idée de l'identité du H. Semeuse ne comprenait pas l'obsession de la jeune génération pour les habits moldus. Les robes prêtaient une telle élégance à leur maintien. Les robes étaient traditionnelles et donnaient à un sorcier l'allure qu'il était censé avoir. Le fait que ce garçon, en dépit de son éducation et de sa lignée, s'habille comme un Moldu crasseux le stupéfiait. Il soulèverait le problème avec son ange, Lucius aurait dû tenir son fils avec une bride un peu plus serrée.
Mais il était là maintenant et c'était tout ce qui comptait. Tout ce qui était survenu avant ne comptait plus désormais, c'était l'avenir qui importait. L'avenir de Draco était avec son père et Semeuse et il serait choyé, il ne serait vêtu que d'habits sobres, en coton, les fibres naturelles étaient meilleures pour sa peau.
Lucius serait contrarié. Bien sûr qu'il le serait. Il avait tellement essayé de tenir son fils éloigné et il avait échoué. Maintenant, il allait devoir partager ses attentions. Semeuse décida qu'il devait faire un effort particulier avec son ange bien–aimé afin qu'il ne soit pas jaloux.
Lucius était toujours à l'étage inférieur dans la cage de verre. Semeuse se demanda s'il savait que Draco était là. Pouvait–il sentir la proximité de son fils ? Normalement, Semeuse l'aurait mis au lit à cette heure–ci. Est–ce qu'il allait se réveiller et paniquer, sans comprendre pourquoi il était négligé ?
Une fois encore, dans son agitation, sa main voleta vers sa bouche. Il devait aller chercher son ange. Il allait avoir froid et se sentirait seul dans sa vitrine et la robe de coton qu'il portait était légère. Inquiet, Semeuse porta ses doigts à ses lèvres tremblantes un instant. Lucius allait s'agiter et peut–être que le confronter à son fils trop brusquement allait provoquer une scène. Il serait plus judicieux de ne les mettre en contact que le lendemain, une fois qu'ils seraient partis d'Angleterre. Pour l'instant, Lucius allait rester là où il était.
Dans l'immédiat, Semeuse se demanda s'il allait résister ou pas à la tentation.
Draco était trop beau pour résister.
Si les dieux n'avaient pas voulu qu'il soit enlevé, pensa Semeuse, s'ils n'avaient pas voulu qu'il soit aimé de façon si dévastatrice, ils ne l'auraient pas fait si beau. Lucius le comprendrait et si Draco était effectivement le fils de son père, il le comprendrait aussi.
Il n'y avait aucune raison de s'agiter et bien sûr, le garçon accepterait d'être aimé totalement.
Semeuse ne put se retenir plus longtemps. Il alla vers le lit et promena sa main sur le pull–over fatigué. Il avait l'air sale, il était certain qu'il n'avait pas été lavé depuis des mois. La perte de son amour l'avait dévasté et l'avait conduit à son destin. Il aimait profondément et ça ne pouvait que l'attacher davantage au conservateur qui aimait lui–même profondément. Bien sûr, le problème avec les amours profonds était que certains cœurs brisés détruisaient presque la fragilité de l'âme. Et Draco était fragile.
– Tu ne sais pas combien je vais t'aimer, mon petit.
Semeuse sourit à la forme endormie et fit courir ses doigts sur les longues jambes de Draco.
– Nous allons nous débarrasser de ces épouvantables vêtements et je te donnerai le coton le plus fin. Tu as besoin de fibres naturelles, mon petit. Il te faut quelque chose qui laissera ta peau magnifique respirer.
Il leva le pied de Draco et commença à délacer la botte éraflée. Semeuse avait passé beaucoup de temps à espionner le jeune homme. Il y avait eu un temps où il s'habillait correctement, où il marchait d'un air conquérant, un rictus arrogant aux lèvres. Mais Semeuse n'avait jamais vu ce corps dévêtu. Même quand il était seul, le garçon avait presque une crainte paranoïaque de sa nudité. Semeuse n'arrivait pas à le comprendre. Il était sans aucun doute aussi beau que son père, alors il n'avait pas à avoir peur. Semeuse enleva la botte et descendit la chaussette – puis recommença avec l'autre botte.
C'était étrange qu'il ne se réveille pas. Pas que ce fut un problème mais il aurait tant voulu voir ces yeux gris. La potion tuerait le plus petit désir de rébellion mais il serait conscient et capable de parler. Il serait capable de dire à Semeuse combien il lui était reconnaissant de l'avoir sauver d'une vie de déchirement et de solitude.
Il tira l'autre botte et l'autre chaussette avant d'admirer les pieds pâles. Puis il les massa tour à tour, effectuant des rotations sur ses chevilles et embrassa chaque orteil. Il promena sa main sur sa jambe encore une fois, sur le jean usagé et ses doigts s'attardèrent sur la bande de la ceinture. Il déboutonna la fermeture et fit doucement glisser le jean le long de ses jambes pâles. Il tira le pull–over par–dessus la tête de Draco puis s'assit pour l'admirer. Le t–shirt et les sous–vêtements étaient propres au moins. Il enregistra les aplats graciles de son corps, parfaits en tous points, avec ses contours anguleux et aigus.
Il y avait une cicatrice au genou droit.
Semeuse se renfrogna. Le petit dragon n'était pas censé avoir une cicatrice au genou droit. Il attrapa l'articulation et la souleva. La cicatrice semblait débuter à l'arrière de sa jambe et Semeuse sentit son cœur manquer un battement. Il retourna l'offensante jointure afin d'inspecter l'arrière de son genou et se figea net, tenant toujours la jambe en l'air.
Ruiné. Il était ruiné.
Ruiné !
Ce n'était pas possible. Pas avec ce garçon, pas avec cette peau. Il ne pouvait pas être endommagé à ce point–là. Endommagé au–delà de possibles réparations. Semeuse relâcha la jambe, comme si la toucher pouvait le contaminer d'une manière ou d'une autre. Il le dévisagea longuement tandis que sa colère montait lentement puis il inspira.
Peut–être que ce n'était que la jambe… Il pourrait probablement s'en accommoder si ce n'était que la jambe. Tout comme un très ancien parchemin, une imperfection ne pourrait pas le distraire de sa beauté.
Mais l'ange aurait dû le lui dire.
Le souffle agité, Semeuse arracha le short de coton des jambes de Draco. Il se sentait tremblant tandis qu'il asseyait le garçon pour lui ôter son t–shirt. Il refusa de regarder à l'avance, il voulait que Draco soit nu avant de le retourner. Sachant dans son cœur que ce n'était que la jambe. Il le fallait.
Puis il le fit pivoter.
Il y eut un long moment pendant lequel Archibald Semeuse oublia de respirer.
Il était détruit. Complètement détruit. L'ange aurait dû le lui dire ! Pourquoi ne l'avait–il pas fait ? Pourquoi avait–il fait tant d'histoires pour protéger cette… cette chose ? Cette parodie ? En avait–il honte ? Comme s'il ne pouvait pas admettre d'avoir pondu ça ? N'aurait–il pas pu lui dire que son enfant était inférieur, qu'il ne méritait pas son nom, qu'il avait été détruit à la naissance ? Qu'est–ce qui avait provoqué ça ? Ce devait être une tare dans leur lignage. Quelque chose dans le sang de sa mère, quelque chose de souillé. Le garçon aurait dû être abandonné. Noyé, peut–être, comme un avorton malingre dans une portée de chiots pure race !
Semeuse agrippa une pleine poignée de cheveux blonds et les tordit en soulevant sa figure de l'oreiller. Le visage se déforma Draco fut arraché à son sommeil et geignit.
– Tu as pollué mon lit, siffla Semeuse, espèce de saloperie de petit Sang–de–Bourbe inférieur.
Draco marmonna quelques mots inintelligibles qui se terminèrent en un doux gémissement qui ressemblait à Harry.
Oh, Seigneur, oui, il a un amant.
Semeuse avait entendu cette rumeur qui prétendait que le héros de leur monde était consumé d'une sorte de folie, mais fallait–il être masochiste pour s'autoriser à copuler avec ça ! Le Garçon–qui–a–survécu était complètement cinglé !
Une gemme de qualité inférieure, voilà ce qu'était cette… cette chose.
– Comment as–tu pu ? demanda Semeuse en tirant encore plus sur la tête de Draco, tordant douloureusement la nuque. Comme as–tu pu polluer mon lit ? Comment as–tu pu me mentir ? Ton père ! Il voulait que ça arrive… Il pensait que ce serait une sorte de blague énorme… Il savait que je te voudrais si je croyais que tu étais aussi parfait que lui… et il me l'a fait croire parce qu'il voulait que je t'amène ici !
Draco émit un bruit étrange avec sa gorge, enregistrant la douleur d'être tenu par les cheveux et, pendant un moment, ses yeux s'ouvrirent et les muscles de son dos ruiné se contractèrent. Semeuse se saisit du flacon de potion, à côté du lit, et l'ouvrit avec son pouce. Il pinça la mâchoire de Draco de ses doigts osseux et obligea sa bouche à s'ouvrir. Il versa la potion dans sa gorge puis il la maintint fermée jusqu'à ce qu'il avale.
Draco toussa violemment et eut un brusque haut–le–cœur Semeuse attendit qu'il ait fini puis le força à déglutir le reste de la potion.
La potion était expérimentale. Il savait ce qu'elle était censée faire mais il n'était pas certain des effets secondaires. Elle provenait d'un stock caché que Semeuse avait emmagasiné des années auparavant, après que Voldemort fût tombé la première fois. Les Aurors avaient fait des raids en divers endroits que le Seigneur des Ténèbres avait occupés et les objets trouvés avaient été soit mis sous scellé dans les coffres du Ministère soit vendus au marché noir. Semeuse avait acheté la potion dans l'Allée des Embrumes des années avant et l'avait stockée en sécurité – et maintenant, il en avait l'usage.
Les membres de Draco s'avachirent mais il était conscient maintenant, ses yeux étaient ouverts.
– Je me suis demandé, siffla Semeuse, pourquoi Mr Potter t'avait quitté – et maintenant, je comprends. Comment as–tu pu t'estimer digne de t'imposer à lui ? Tu es dégoûtant !
Draco marmonna comme s'il avait des problèmes pour parler.
– Il a été avec quelqu'un d'autre et tu oses le blâmer ? Comment pouvais–tu t'attendre à ce qu'il ait envie de toi alors qu'il peut avoir tous les hommes qu'il veut ? Pourquoi aurait–il choisi quelque chose qu'aussi inférieur que toi ? Quelles perversions possède–t–il pour te tolérer ?
Semeuse laissa tomber la tête de Draco et recula d'un pas, se sentant brusquement sale, il réalisa que son lit serait à jamais souillé par la présence du garçon. Il jeta sans cérémonie Draco sur le sol et se mit à arracher frénétiquement les draps du lit. Il devrait les brûler il n'avait aucun besoin de les prendre avec lui quand il partirait d'ici. Il contourna le lit et fixa le jeune homme par terre.
Draco cligna des yeux et avala avec difficulté.
Oh, bien sûr, si on fermait les yeux sur les cicatrices, il était aussi beau qu'il aurait dû l'être. Etendu là, il avait quelque chose de glorieux. Il était beau, il l'était vraiment. Mais cette beauté cachait une terrible vérité. Sans y penser, Semeuse lui donna un coup de pied dans la hanche – puis un autre et encore un autre.
Draco gémit puis cria ses yeux gris semblèrent papillonner, son visage se tordit de confusion.
– Je ne pourrais jamais te blesser autant que tu m'as blessé, cracha Semeuse avant de se pencher pour le gifler.
– Harry, murmura Draco avec peine.
– Il ne viendra pas, aboya Semeuse.
Draco marmonna quelque chose de plus que Semeuse ne put déchiffrer puis les yeux du garçon parurent se révulser. Semeuse s'agenouilla à ses côtés. Même endommagé comme il l'était, il avait une vie sexuelle. Mais qu'est–ce que son amant lui avait trouvé ? Comme avait–il pu s'en accommoder ? Il posa un doigt hésitant sur la colline aiguë de l'os de sa hanche. Sa peau était chaude mais, sous l'attouchement du conservateur, la chair de poule couvrit la concavité de son abdomen.
Le garçon répondait aux caresses exactement comme son père, les muscles se resserrèrent, ses mamelons durcirent et un frisson le parcourut. Semeuse sourit malgré l'amère déception qu'il ressentait. Il passa doucement le bout de ses doigts sur ses tétons et les yeux gris de Draco papillonnèrent encore une fois.
– Tu es vraiment beau, admit Semeuse, tu es stupéfiant.
Il laissa ses doigts fouiller entre les cuisses de Draco qui fronça les sourcils.
– Tu n'arrives pas à parler, petit ?
Draco tenta de répliquer mais les mots ne purent sortir. Il gémit encore une fois. Semeuse sourit une fois de plus. C'était un joli son, quoique ténu. Lucius pouvait parler mais le son était dans sa tête, pas dans l'air de la pièce. Draco avait crié avant, il avait parlé, il avait gémi et c'était un son merveilleux. Semeuse se demanda quel son il produirait s'il criait de plaisir. Et si son visage pouvait bouger. Le garçon arrivait à froncer les sourcils, sa bouche était capable de bouger, il y avait une expressivité dans ses traits qui faisait défaut à Lucius.
À quoi ressemblerait–il au moment de l'extase ? Ou dans la douleur ? Ou les deux ?
Semeuse déboutonna ses robes et les laissa tomber. Il monta brutalement sur Draco, repoussa ses jambes en arrière et goûta l'expression de panique qui s'étalait sur le visage du garçon. Il se pencha plus en avant, reposant son poids contre ses cuisses minces.
– Tu veux ça autant que moi, petit dragon ? C'est ta chance de te racheter, ta chance de payer pour tes fautes.
– Non…
– Ne t'inquiète pas, petit, tu vas me donner du plaisir et je peux te pardonner de m'avoir trahi.
– Je… je ne veux…
Semeuse caressa la peau pâle sous lui, s'attardant sur ses membres musclés, sur la netteté de ses clavicules et sur la manière dont la peau recouvrait ses muscles pour créer un torse, des côtes et un ventre exquis. Il ne bougea pas mais les mots qu'il disait ressemblaient plus à des sanglots qu'à autre chose.
Ainsi, il ne croyait pas en être digne Semeuse sentit son cœur fondre.
Oh, oui, il est tellement adorable.
Semeuse entra durement dans le corps non préparé de Draco et partit au loin dans l'extase tandis que Draco recouvrait sa voix et se mettait à crier.
oOo
Ron était couché dans son lit et fixait le plafond sombre de la chambre de son enfance. La chambre n'avait pas changé depuis ses dix ans. Il avait pensé que peut–être ses parents en auraient fait quelque chose après qu'il eut déménagé l'été précédent, mais non, la pièce n'avait pas changé. Dans la lumière, c'était comme si une orange géante avait explosé et ce, à cause des nombreux posters en lambeaux des Canons de Chudley où on voyait les joueurs de l'équipe de Quidditch voler, monter en chandelle ou faire un signe de la main autour de la pièce.
Ce n'était que maintenant qu'il réalisait qu'il n'avait jamais envisagé d'amener ses affaires avec lui à Grimmauld Place quand il y avait emménagé. En fait, sa chambre de Grimmauld Place était étonnamment adulte. Alors que Hermione avait permis à sa mère de lui donner des vieux trucs moches de l'ancien salon de ses parents pour décorer les fenêtres et les murs, et que Harry avait conservé une austérité spartiate et rudimentaire dans sa propre chambre – les photos de famille étaient sa seule concession à la décoration – Ron avait supplié ses trois frères de lui donner quelques meubles et emprunté de l'argent pour créer un endroit juste pour lui. Le résultat était moderne et calme, ce qui avait beaucoup choqué sa famille et ses amis.
Et maintenant, il était de retour dans la chambre de son enfance à fixer ses posters de Quidditch dans le noir et il ne souhaitait qu'une chose : retrouver son lit de Grimmauld Place. Il n'y avait aucune trace d'orange de cette chambre–là.
Comment avait–il réussi à dormir ici ? Comment avait–il pu y dormir avant la potion de sommeil ou Angelina et sa drogue qui continuait à lui manquer comme un membre amputé ou une maîtresse parfaite ?
Il cligna des yeux et fixa le plafond.
Est–ce que sa mère était en train de rôder dans le couloir qui donnait sur sa chambre en cet instant même ? Est–ce qu'elle allait continuer à les surveiller afin de s'assurer que Pansy et lui restaient bien séparés ? Cette notion même était ridicule. Ils avaient partagé quelques petits baisers, chacun d'eux avaient été adorables et merveilleux et il aurait tellement souhaité avoir plus que c'en était douloureux mais Pansy n'était pas prête à aller plus loin et, en réalité, lui non plus. Le sexe ne s'était montré magnifique pour aucun des deux et ils étaient contents de s'asseoir, de profiter de leur compagnie mutuelle et partager occasionnellement un baiser. C'était tout. Il n'y avait aucune raison pour que sa mère rôde dans le corridor comme une gardienne de prison.
Mais il aimait l'idée que Pansy était tout près. S'il avait pu, il aurait dormi à côté d'elle parce qu'il aurait réussi à dormir si elle avait été là. Ils avaient parlé de ça aussi et elle était d'accord. Pansy trouvait que le sommeil ne venait pas si facilement comme avant, spécialement sans la potion de sommeil. S'ils avaient pu juste s'étendre l'un à côté de l'autre et se réconforter de la présence de l'autre… mais il doutait que Molly comprenne le raisonnement derrière l'idée.
Puis il entendit un coup discret à la porte qui le fit se renfrogner dans l'obscurité et tendre la main vers la lampe à gaz.
– Maman ?
La porte s'ouvrit un peu elle se tenait là, dans la robe de chambre rose, l'air mince et pâle.
– Non, c'est moi.
Ron se glissa hors du lit et fit entrer Pansy dans la pièce, vérifia rapidement le couloir et ferma la porte.
– Je n'arrivais pas à dormir, dit–elle en s'excusant. Je crois que c'est la potion de sommeil, j'en ai tellement l'habitude.
– Ouais, chuchota Ron, moi aussi. Je ne peux pas dormir non plus alors je pensais à toi.
– Ce n'est pas normal, fit Pansy, un peu désespérée. Ce n'est pas juste que les gens deviennent accros à une potion conçue pour les faire dormir.
– Ça me donne des cauchemars, ajouta Ron avant de frissonner. Je déteste ce truc.
Un craquement derrière la porte les fit se figer un instant puis ils se détendirent.
– Je suis vraiment désolé à propos de ma mère, dit Ron. Elle est un peu parano. Elle est convaincue qu'on va s'envoyer en l'air et que ça va ruiner vos vies ou un truc dans le genre.
– Elle est juste inquiète, fit Pansy, et elle ne sait pas quoi faire. Mon oncle était pareil. Il était toujours autour de moi à vérifier que je n'étais pas en train de me supprimer s'il n'avait pas agi ainsi, probablement que je l'aurais fait. À la fin, il n'a plus pu le supporter. Il avait de jeunes enfants de son côté et je les terrifiais, alors il m'a fait admettre à l'hôpital.
– Maman ne fera pas ça.
– Je sais mais ça ne rend pas les choses plus faciles, pour personne.
– Je ne peux m'empêcher de penser qu'elle veut dire quelque chose – j'aimerais qu'elle le fasse, j'aimerais juste qu'elle me crie dessus. N'importe quoi serait mieux que ça.
Pansy sourit et baissa la tête.
– Je devrais y aller. Je ne devrais pas être ici, Ron. Tes parents ont été vraiment gentils avec moi et je suis en train de sortir furtivement dans leurs dos.
– Mais on ne fait rien, Pansy !
Ron donna un coup de poing de frustration dans son armoire.
– On ne peut pas dormir, on veut juste un peu de compagnie, c'est tout.
– Je veux coucher avec toi, lâcha soudain Pansy. Je veux faire l'amour avec toi.
Ron en resta bouche bée.
– M–maintenant ?
Pansy rougit.
– Je… Je ne sais pas…
Elle croisa les bras autour d'elle en signe de défense.
– Je… J'aimerais dormir…
– On peut dormir, confirma Ron. On peut juste dormir pour l'instant… Si tu le veux…
– Mais, ta mère…
– Je sais, mais j'ai besoin de dormir. Je ne peux pas dormir sans toi.
Il lui prit la main et la tint doucement dans la sienne puis il la conduisit vers le lit et ils se glissèrent sous les couvertures.
C'était bien. Simplement s'étendre avec elle était bien et juste. Il n'avait jamais dormi avec personne auparavant. Angelina ne dormait jamais à côté de lui et il n'avait pas eu d'autres maîtresses. Il se cala en cuillère contre Pansy et enveloppa un bras solide autour de la mince silhouette. Leurs doigts s'entremêlèrent et il lui caressa légèrement la main.
Ensemble, ils pouvaient dormir.
oOo
C'est un rêve, pensa Draco, c'est juste un rêve. En réalité, je suis douillettement dans mon lit, là où je dois être. Je suis seulement en train de rêver que je suis dans une salle de bain. Je peux l'arrêter simplement en me réveillant.
D'un autre côté, si c'était un rêve, serait–il capable de sentir les carreaux froids du sol sous son dos de manière aussi réaliste ? Si c'était vraiment un rêve, serait–il conscient de la vapeur qui s'échappait de l'eau du bain ou de la douleur aiguë entre ses cuisses ?
Il frémit. Dans le vide obscur situé derrière ses paupières, quelque chose papillonna et ses yeux s'ouvrir un peu.
Réveille–toi !
Quelqu'un fredonnait. Quelqu'un l'avait couché sur le sol froid et fredonnait tandis que l'eau chaude remplissait la baignoire.
Pour l'amour du ciel, réveille–toi !
Il voulait bouger. Il voulait s'enfuir et il voulait se réveiller et se prouver à lui–même que c'était juste un rêve pénible… mais il ne put faire ni l'un, ni l'autre.
Quelques secondes plus tard, il se sentit hissé et traîné sur le sol jusqu'au bain. Les yeux partiellement ouverts, il put lancer un coup d'œil rassurant vers les contours familiers de son propre corps et s'en réconforter. Mais il y avait quelque chose qui n'allait pas. Il y avait du sang. Il y avait du sang qui coulait le long de ses jambes.
C'est une vision, pensa–t–il, c'est juste une illusion bizarre. Je ne saigne pas. Je ne suis pas blessé, cette douleur fait juste partie du rêve. En réalité, je suis au lit avec Miss Kitty et je fais vraiment un putain de rêve à la con !
– Détends–toi, petit dragon, je vais te laver entièrement. Regarde dans quel état tu t'es mis, tu saignes de partout, idiot. Mais ne t'inquiète pas, tout ce dont tu as besoin, c'est un bon bain chaud et nous pourrons recommencer.
Le cœur de Draco se mit à battre la chamade dans sa poitrine et ses yeux s'ouvrirent en grand quand la compréhension le frappa enfin. Il venait d'entendre une autre voix se joindre joyeusement à la sienne et il se mit à hurler.
oOo
Harry était certain que son cœur allait exploser dans sa poitrine. Les muscles de ses jambes hurlaient d'agonie à chacun de ses pas, ses poumons à vif n'en pouvaient plus. Il émergea du sous–bois détrempé de la forêt et se rua sur les dalles glissantes qui annonçaient la fin de la vie sauvage et le début du château.
C'était si rare pour quiconque d'approcher le château de face. C'était prévu uniquement pour les visiteurs officiels ou, depuis la mort de Hagrid, pour les 1ère année leur premier jour. Harry ne se rappelait pas l'avoir utilisé un jour, ce qu'il trouva soudainement étrange si on considérait qu'il avait passé plus de temps dans le château lors de cette 8ème année que dans n'importe quel autre endroit. Déraisonnablement, Harry se demanda si les portes étaient ouvertes.
Il glissa sur les pavés et dérapa sans grâce dans le mur. Il sentit son genou se déboîter et seul le besoin de continuer l'empêcha de se replier et de hurler de douleur. Il obligea son genou à fléchir et poursuivit d'un pas douloureux jusqu'au portes du château.
Elles surgirent brusquement, énormes et lourdes, culminant à presque quarante pieds [1], en face du château lui–même elles réduisaient le héros du monde magique à une chose petite et insignifiante en comparaison. Harry leva les yeux vers elles une brève seconde et voulut pleurer. Elles étaient fermées.
Mais Harry en connaissait un rayon sur le château depuis le temps. Il y avait une porte plus petite, moins impressionnante certes, cachée dans la menuiserie des principales. Dans l'obscurité de la pluie, Harry se mit à faire courir ses mains sur les énormes clous en fer qui renforçaient la porte et gardait le monde à l'extérieur – et qui, présentement, maintenait Harry à l'extérieur aussi. Il pensa un instant que si ses doigts s'engourdissaient bel et bien par le froid, il attraperait le bord dur d'un autre clou et se piquerait. La pluie ne l'aidait vraiment pas à trouver ce panneau légendaire qui libérerait la petite porte et lui permettrait l'accès. Il trembla sous la pluie, son t–shirt était collé sur sa peau et la chair nue de ses bras ressemblait à un poulet fraîchement plumé. Il savait que s'il avait pu se voir en cet instant, ses lèvres étaient bleues.
– Allez…
Harry fouilla parmi le bois mouillé et le métal.
– Mais bordel, où est cette porte ?
Dans le temps, il avait obtenu une vision pour l'aider ou un fantôme amical avait surgi pour lui montrer l'ouverture mais, ce soir, même Peeves brillait par son absence. Il se mit à cogner ses poings inutilement contre les portes, déchirant la peau de ses doigts, de ses jointures et de ses paumes.
– Mais bordel, où est cette foutue porte ?
Pourquoi ce soir ? Pourquoi était–il enfermé dehors ce soir ? Pourquoi avait–il choisi de prendre ce supposé raccourci qui l'avait conduit devant une paire de portes closes ?
Pourquoi avait–il accepté d'embrasser Fred Weasley et commencé toute cette merde, de toute façon ?
Son genou pulsait et brûlait et il s'était mis à enfler sous la toile de son jean. Il cessa de cogner la porte et se permit de lâcher son drapeau d'espoir un instant pour frotter son genou et se vouer aux dieux auxquels il croyait quand il avait besoin d'eux. Puis il revint à la porte et passa ses mains froides sur toute la surface encore une fois. Au–delà du son de la pluie, il entendit un clic à peine audible et la porte s'ouvrit.
Oh, merci, merci, merci…
Harry se rua à travers la porte, dérapa sur le sol et heurta la rampe. Il hurla et jura en commençant son ascension dans les escaliers, tirant sa jambe presque inutile derrière lui.
oOo
Molly Weasley bailla et vérifia l'horloge, elle découvrit qu'il était plus tard qu'elle ne le croyait. Il avait espéré que Arthur serait de retour. Il rentrait de plus en plus tard ces derniers jours et, à l'occasion, il ne rentrait pas du tout. Molly découvrit que l'homme qui se contentait de travailler au Service des détournements de l'artisanat moldu en gagnant une misère lui manquait. Arthur avait même parlé de quitter définitivement le Terrier. Le Ministère lui avait offert un appartement à Londres et il pensait que maintenant que les enfants avaient quitté la maison, l'appartement était assez grand pour eux. Elle avait argumenté qu'ils devaient prendre soin de Ron et Pansy.
Arthur lui avait dit qu'il s'attendait à ce que Ron retourne à Grimmauld Place. Ce qui était une idée ridicule. Ron était malade, il ne pouvait pas prendre soin de lui. Et Pansy ? Si Ron partait, il pouvait difficilement la prendre avec lui. Un appartement à Londres ne pourrait pas leur fournir assez de pièces pour un jardin de gnomes. Et, comme de nombreuses sorcières, Molly préférait rester loin des villes. Bien qu'elle appréciât beaucoup les Moldus, elle n'avait aucun désir de vivre à leurs côtés.
Profondément en elle, elle sentait un étrange sentiment de panique à l'idée de quitter la maison. Elle y avait mis au monde tous ses enfants et elle se sentait proche d'eux ici, proche de tous.
Arthur ne l'avait pas contactée pour lui dire combien de temps il serait en retard mais ça n'avait rien d'inhabituel ces jours. Il était occupé maintenant qu'il avait travaillé à devenir le Ministère de la Magie et elle devait s'attendre à des soirées tardives – des raisons supplémentaires d'emménager à Londres, avait–il démontré. Molly posa son tricot de côté et décida d'aller au lit puisqu'il n'y avait aucune raison de l'attendre. Elle irait jeter un œil à Ron et à Pansy pour s'assurer qu'ils allaient bien et peut–être qu'ensuite elle pourrait dormir. Elle avait récemment été tentée d'essayer la potion de sommeil que Ste–Mangouste avait envoyé chez eux mais, jusque–là, elle avait résisté.
Ils avaient donné à Pansy l'ancienne chambre de Percy. Il n'y avait plus de rien de Percy maintenant, il avait tout emporté avec lui quand il avait déménagé à Londres – avant qu'il ne meure. Rien ne leur avait été retourné et elle n'était pas allé chercher ses affaires. Ils s'étaient réconciliés avant sa mort mais elle ne voulait pas voir ses affaires ici et qu'elles lui rappellent constamment la perte qu'elle avait subie. Pansy avait peu de biens mais ce qu'elle possédait avaient été mis dans la pièce. Elle avait reçu beaucoup de magnifiques cadeaux de Draco Malfoy, ils arrivaient chaque semaine par hibou. Boîtes à babioles, rubans pour ses cheveux, belles toilettes et robes de sorcier et, malgré le fait qu'Arthur avait dit que ce n'était pas nécessaire, une centaine de Galions apparaissait dans un coffre de Gringotts chaque semaine. Arthur avait refusé d'y toucher, faisant remarquer que ce n'était pas leur argent et qu'il avait dit au jeune Malfoy qu'ils n'en avaient pas besoin pour prendre soin de Pansy. Molly trouva intéressant de constater que cette indemnité hebdomadaire était plus élevée que ce qu'Arthur avait l'habitude de gagner en un mois.
Molly ouvrit juste un peu la porte pour apercevoir la jeune fille, s'attendant à la voir endormie sur le côté comme elle le faisait habituellement. Mais le lit était vide et Pansy n'était pas dans la chambre.
Molly déglutit difficilement, la gorge sèche, et sentit son cœur s'accélérer dans sa poitrine. Pendant un instant, elle espéra que la fille était aux toilettes mais elle savait que non. Elle tourna les talons et se précipita dans l'escalier qui menait aux combles, vers la chambre de Ron.
Ça avait une des conditions incontournables pour que Pansy reste au Terrier. Quand Ron l'avait demandé en premier, ils en avaient discuté et, en tant que marque de respect, il avait été décidé qu'ils feraient chambre séparée. Ils ne seraient pas ensemble. Ron avait ri comme si l'idée d'être ensemble était absurde. Ils lui avaient fait confiance.
Et pourtant, ils n'auraient pas dû, à aucun des deux, parce que, lorsqu'elle ouvrit la porte, ils étaient là.
– Ronald Weasley !
Ron se réveilla en sursaut et sortit péniblement du lit. La lampe à gaz était toujours allumée et éclairait brillamment. Pansy s'agita, réalisa qu'ils avaient été attrapés et haleta.
– Sors de ce lit, Pansy, et habille–toi.
Pansy descendit rapidement du lit mais elle n'eut pas besoin de s'habiller, elle était toujours vêtue de son pyjama et de sa robe de chambre.
– Maman, dit prestement Ron, ce n'est pas ce que tu crois – on ne faisait que dormir.
– Dormir ?
Molly les dévisagea tous les deux. Ils étaient totalement habillés mais ça signifiait peu, parce qu'ils auraient pu se rhabiller après.
– Je suis certaine que tu dormais, Ron, et je suis sûre aussi que toute cette excitation a dû vous épuiser tous les deux.
– Mrs Weasley, c'est la vérité. On ne faisait que dormir. On n'arrive pas à dormir – c'est plus facile quand on est ensemble.
– Tais–toi, Pansy, l'avertit Molly.
Pansy se tut et baissa la tête.
– C'est ce que tu as fait chaque nuit ? Roder derrière notre dos ? Nous manquer de respect ?
Ron dévisagea Pansy et fut certain qu'elle n'allait pas tarder à pleurer. Il fixa sa mère et se sentit brusquement en colère. Elle était finalement sortie de son rôle étrangement gai de bonne d'enfants et le regardait de la même façon que lorsqu'il faisait quelque chose de mal. Mais il n'avait rien fait de mal. Aucun d'eux.
– Nous n'avons manqué de respect à personne, maman, tu te trompes ! Rien ne s'est passé, on ne pouvait pas dormir, c'est tout !
– Si tu ne peux pas dormir, je te donnerai quelque chose de plus fort fourni par Ste–Mangouste, s'écria Molly.
– Je n'ai pas pris la potion, annonça Ron, et je ne veux plus la prendre.
– Eh bien, tu n'as pas le choix, Ronald. Les médicomages l'ont prescrit, alors tu la prendras.
– Non, je ne la prendrai pas, insista énergiquement Ron. Je ne veux plus la prendre. Elle me fait faire d'horribles rêves et je n'en veux pas – ça ne vaut pas le coup !
– Elle te fait rêver ? demanda Molly. Oh, comme ce doit être terrible pour toi, Ronald. Tu veux savoir de quoi je rêve, moi ? Je rêve que je me lève pour te trouver mort dans ton lit, les bras déchirés en lambeaux, voilà de quoi je rêve !
– Je ne vais pas faire ça !
– Que tu dis mais je ne le sais pas ! Tu as dit que tu ne coucherais pas avec Pansy et pourtant, nous y voilà.
– On n'a pas couché ensemble ! Et même si c'était le cas, où est le mal ? J'ai dix–neuf ans, maman, je ne suis plus un gamin !
– Alors pourquoi agis–tu comme si tu en étais un ? exigea de savoir Molly, les digues enfin rompues. Tu as été incapable de gérer les choix que tu avais faits, alors tu t'es tailladé les veines ! Il y a plus encore, Ronald, tu aimerais que je te fasse une liste ? Tu nous as fait traverser l'enfer !
– Mais toi aussi !
Les mains de Ron étaient serrées en poings et il se calma.
– Je sais que j'ai merdé mais je ne passerai pas le reste de ma vie à m'excuser pour ça !
– Mais tu ne t'es excusé pour rien du tout ! Tu t'es caché dans ta chambre, tu t'es ouvert les veines et nous avons été forcés de te pardonner !
– ALORS NE ME PARDONNE PAS ! DÉTESTE–MOI ! MÉPRISE–MOI ! MAIS CESSE DE ME TRAITER COMME UN BÉBÉ !
Molly recula d'un pas et eut l'air de vouloir pleurer. Elle se sentait assurément dans cet état.
– Je ne t'ai jamais haï, Ron, je ne pourrai jamais te haïr. Je te traite comme un enfant parce que tu es mon enfant et que j'ai été terrifiée de te perdre. Je vais au lit chaque soir et je suis terrifiée de ce que je pourrais trouver le lendemain.
Ron s'affala sur le bord du lit et plongea son visage dans ses mains. Lorsqu'il releva finalement les yeux vers sa mère, elle essuyait ses larmes en silence. Pansy se tenait immobile, près de la coiffeuse, sa robe de chambre fermement drapée autour de son corps.
– On ne peut pas rester là, finit par dire Ron. Maman, on ne peut pas rester ici.
Molly pâlit.
– Quoi ? Qu'est–ce que tu veux dire par on ne peut pas rester ici ?
– On est en train de se rendre dingue mutuellement. Je ne veux pas passer chaque jour en prétendant que tout va bien entre nous alors que ce n'est pas le cas. Je ne veux pas me disputer avec toi tous les jours et je ne veux pas que tu te forces à me sourire non plus… et je ne veux pas que Pansy soit au milieu de tout ça.
Molly regarda Pansy et secoua la tête.
– Ne sois pas bête, Ron, je ne me force pas à te sourire. Bien sûr que non, tu n'as pas à t'en aller. Je préfère que tu sois ici et en sécurité !
– Maman, je serai en sécurité à Grimmauld Place !
– À Londres ? Tu veux aller à Londres ?
– Tu savais depuis le début que je vivrais là–bas. J'y ai emménagé l'été dernier !
– Oui, avant ce bazar. Tu ne peux pas t'attendre à y retourner maintenant.
Les yeux de Ron s'écarquillèrent et il haleta comme un poisson hors de l'eau.
– Maman, je ne vais pas rester ici pour toujours, ce ne sera jamais le cas !
– Et Pansy ? Tu crois que tu peux la prendre avec toi aussi ?
Molly s'approcha de lui, le dominant de toute sa hauteur puisqu'il était assis sur le lit.
– Arthur et moi avons accepté de prendre soin d'elle. Nous avons signé un accord, alors tu ne peux pas l'emmener à Londres avec toi.
– Personne n'a besoin de le savoir, contra Ron, en se calmant en apparence du moins.
Il n'allait pas laisser Pansy ici.
– On n'a qu'à y aller, la maison est équipée – tu le sais, tu y as contribué. Nous serons bien là–bas et tu pourras venir vérifier si tu le veux.
Molly sembla se calmer d'un coup.
– Quand veux–tu y aller ? demanda–t–elle d'une voix défaite.
– On peut y aller ce soir même si c'est ce que tu veux.
– Non… Ne sois pas stupide. Attends demain. Je suis certaine que ton père voudra te parler.
– Très bien.
Il regarda vers elle d'un air suppliant.
– Tu sais que c'est la meilleure solution, maman. Tu le sais, non ?
Molly se détourna de lui et se dirigea vers la porte.
– Quoique tu dises, Ron, lui répondit–elle, tu peux faire ce que tu veux.
oOo
Harry entendait rire. Dumbledore avait de la compagnie. Non pas que le fait que Dumbledore ait de la compagnie importât beaucoup à Harry, parce qu'il débarquerait en pleine réunion avec Merlin lui–même en cet instant. Harry se jeta dans le bureau, tirant sa jambe et son genou disloqué derrière lui.
Trois paires d'yeux le dévisagèrent, confus de cette soudaine intrusion. Puis le professeur McGonagall se leva et se précipita vers Harry en lui lançant un charme de séchage et de chaleur au passage.
– Non…
Harry la repoussa presque tandis qu'elle inspectait sa jambe blessée.
– Draco… Quelqu'un l'a enlevé…
Minerva poussa Harry sur le sol, sachant bien qu'il voulait parler à Dumbledore quand il s'agissait de Draco elle savait aussi que Dumbledore lui répondrait en conséquence. Elle décida rapidement que le mieux à faire était d'essayer de découvrir ce qui était arrivé à sa jambe pour qu'il la traîne ainsi derrière lui.
– Quelqu'un a enlevé Draco ? s'enquit Arthur. Mais comment quelqu'un aurait–il pu l'emmener ?
– JE SAIS PAS ! hurla soudainement Harry. PUTAIN, MAIS COMMENT VOUS CROYEZ QU'IL A ÉTÉ ENLEVÉ ?
– Harry ! aboya Minerva. Il n'est pas utile de hurler, nous essayons de vous aider !
– BON, ALORS EN QUOI C'EST BIEN DE POSER DES QUESTIONS À LA CON ?
Minerva pinça les lèvres mais ne répliqua pas. Elle avait espéré qu'il cesse de se comporter comme l'odieuse petite merde qu'il était devenue pendant la guerre et, en vérité, il avait été si prometteur durant l'année. Elle portait une sincère affection au jeune homme mais il était là, à brailler sur tout le monde comme s'ils n'étaient rien.
Il est stressé, pensa–t–elle avec autant de patience qu'elle pouvait réunir.
C'était devenu son mantra personnel depuis deux ans, spécialement quand elle avait envie de lui jeter un sort d'abord puis de poser des questions ensuite. Dumbledore vit le regard de Minerva devenir vitreux et s'empressa de se glisser entre les deux.
– Que s'est–il passé, Harry ? demanda–t–il calmement. Comment est–ce arrivé ?
– Nous…
Le souffle de Harry se suspendit tandis que Minerva donna au genou une poussée satisfaisante.
– Je suis allé à Pré–au–Lard avec Fred…
Il jeta un regard précipité à Arthur.
– Il y a, là–bas, un club… Fred voulait m'y emmener… et j'ai demandé à Draco de venir et il a dit non et ensuite, il s'est pointé et je… Oh, mon dieu, c'est ma faute…
– Quoi ? Qu'est–ce qui est ta faute ?
– J'étais en train de…
Harry sembla à l'agonie.
– Seigneur, ne me dites pas que vous avez couché avec Fred Weasley dans une boîte de nuit ! s'exclama Minerva, le ton strident.
– Non ! Bien sûr que non ! Mais vous me prenez pour qui ?
– Eh bien, vous avez dit…
– Continue, Harry, l'encouragea Dumbledore en repoussant Minerva.
– Fred m'embrassait et Draco l'a vu et il a mal compris…
– Et pourquoi embrassiez–vous Fred ? questionna Minerva.
– Ça ne comptait pas. Il ne voulait pas me laisser partir si je ne le faisais pas…
– Et alors ? Il vous a jeté un sortilège de Bloque–jambes ? exigea de savoir Minerva. Y avait–il une épouvantable raison pour laquelle vous ne pouviez pas partir à moins qu'il ne vous embrasse ?
– Et Draco t'a vu, le poussa Dumbledore.
– Il nous a vus… et il s'est enfui. J'ai couru après lui.
Il pensa judicieux de passer sous silence le délai qu'il avait pris pour le suivre de peur de McGonagall ne recommence.
– Mais, une fois dehors, il y avait un homme avec lui. Il retenait Draco et, quand je me suis approché, il… a transplané… avec Draco.
– Alors Draco y est allé de son plein gré ? demanda Arthur.
– NON !
Si Harry avait été debout, il aurait tapé du pied comme un enfant qui n'arrive pas faire entendre son point de vue.
– Il a enlevé Draco et il a transplané avec lui. Il l'a stupéfixé et l'a kidnappé !
– Ce devait être un Portoloin, dit Arthur à Dumbledore. Transplaner avec quelqu'un est plutôt difficile mais avec quelqu'un de stupéfixé…
– À qui avez–vous dit que Draco était d'accord de témoigner ? questionna Dumbledore. Quelqu'un de loyal aux Aurors impliqués ?
– Non, Kingsley le sait, Remus et Tonks. Ils ne l'ont dit à personne.
Arthur se retourna vers Harry.
– Tu as reconnu cette personne ? Il t'a semblé familier ?
– Ce pourrait être l'œuvre de Fudge, accusa Arthur avec fougue. Un dernier effort pour me renverser. Il sait qu'il reste assez peu de victimes.
Son esprit vrombit.
Oh, Merlin, je dois contacter Molly et m'assurer que Pansy est sauve.
Dumbledore parut troublé, parce qu'il ne pensait pas Fudge assez vindicatif pour organiser un enlèvement.
– Non, je ne crois pas que c'est ça. Harry, tu as dit que Draco n'avait pas prévu d'aller à Pré–au–Lard avec toi ?
– Non, il était en train d'étudier. Il a dit qu'il ne voulait pas venir et je lui ai dit que je rentrerai tôt.
– Alors, il y est allé dans l'inspiration du moment, fit Dumbledore. Cet enlèvement ne peut pas avoir été planifié. Il était opportuniste. Draco a été kidnappé parce qu'il était là.
– Donc… ce cinglé l'a enlevé juste comme ça, sans raison ? demanda Harry, sentant la panique croître en lui.
– Non, je n'ai pas dit ça. Je ne sais pas pourquoi cette personne a enlevé Draco, seulement qu'il l'a fait. De quoi avait–il l'air, Harry ?
– Grand.
Harry fronça les sourcils, l'homme avait gardé sa capuche.
– Il était vieux, je pense, avec une moustache – fine, la moustache… Je n'ai pas eu l'occasion de bien le regarder.
– Il devait savoir qui il était, fit Minerva en enfonçant sa baguette dans le genou de Harry. Draco Malfoy est facilement identifiable. Et il ne craignait pas Harry, pour l'enlever juste sous son nez, comme ça.
Harry recula son genou d'un coup sec et se remit sur pieds.
– Bien, super, il n'a pas peur de moi mais ça ne m'aidera pas à TROUVER DRACO ! J'AI BESOIN QUE VOUS CESSIEZ DE PARLER ET QUE VOUS M'AIDIEZ À TROUVER DRACO !
– Il n'y aucune raison de se précipiter blessé, Harry, fit Dumbledore, en plaçant une lourde main sur l'épaule de Harry pour le forcer à se tenir tranquille. Nous ne savons pas qui a kidnappé Draco, ni où ils l'ont emmené et, jusqu'à ce que nous apprenions quelque chose, il n'y aucune raison de courir partout et de chercher aveuglément.
– Snape, conclut fermement Harry.
– Severus n'aurait pas enlevé Draco, contra Minerva en se renfrognant.
– Putain, mais j'ai pas dit ça. Il a trouvé Krum juste après qu'il a blessé Hermione. Hermione a dit qu'il avait ce truc qui aide à trouver les gens, il est comme un compas.
– Ce n'est pas un compas, Harry, c'est une potion faite à partir de mercure qui possède un sort de localisation. C'est très difficile à trouver.
– Mais il en a, insista Harry un peu fiévreusement. Elle serait dans ses appartements, non ?
– Peut–être, tempéra Dumbledore, ou il pourrait l'avoir sur lui ou alors au Marais. On ne peut pas se permettre de mettre à sac les appartements du professeur Snape pour chercher quelque chose qui n'est peut–être pas là.
– Nous devrions le contacter, fit Minerva. Harry a raison. Severus a… des moyens… de trouver les gens. Il trouvera Draco. Je suis plus préoccupée à propos de ce qu'il fera à l'homme qui l'a enlevé.
Harry était moins inquiet à propos de ce que Snape ferait à ce salopard et plus concerné qu'il ne le torture pas en premier.
– Il est à Londres, précisa Harry en se mordillant l'ongle du pouce. Ils ne doivent pas rentrer avant demain.
– Ils sont à Grimmauld Place, indiqua Minerva. On peut aller le chercher.
– Bien, fit Dumbledore. Minerva, va chercher Severus. Harry, tu vas à l'infirmerie voir Madame Pomfresh.
– Pas question ! s'écria–t–il, incrédule.
Il désigna Minerva d'un geste sec du pouce.
– Elle ira chercher Snape et ensuite il partira. S'il y va, j'y vais aussi !
Minerva retrouva son regard vitreux tandis qu'elle se répétait son mantra, crispant ses jointures inconsciemment sur sa baguette. Dumbledore lui caressa doucement le bras.
– Utilise le trou du portrait et ramène–le, lui dit–il.
– Je ne serai pas longue, assura–t–elle mais elle ne tenta pas de sourire rassurant vers Harry qui n'aurait rien remarqué de toute façon.
– N'emmène pas Hermione à travers le portrait, l'avertit Dumbledore d'une voix serrée. J'enverrai un attelage pour elle.
– Albus…
Minerva jeta un regard en coin à Arthur.
– Combien de temps vas–tu encore les punir ?
– Je ne punis personne, rétorqua Dumbledore, toujours avec le même ton tendu. Passer à travers ce genre de portail est une forme de voyage trans–dimensionnel… Ce n'est pas bon pour elle… pour leur… le…
– Oh.
Minerva risque un autre coup d'œil vers Arthur.
– J'ai manqué quelque chose ? s'enquit–il.
Minerva rougit violemment.
– Eh bien… non…
– HERMIONE EST ENCEINTE, OKAY ? ELLE A BAISÉ AVEC SNAPE ET ILS VONT AVOIR UN BÉBÉ. MAINTENANT, VOUS POURRIEZ, S'IL VOUS PLAIT, VOUS MAGNER LE CUL POUR ALLER LE CHERCHER QU'IL PUISSE REVENIR ? COMME ÇA, ON POURRA TROUVER DRACO.
– J'y vais, Harry ! aboya Minerva.
Elle dut physiquement retenir sa main pour s'empêcher de gifler son visage. Elle n'était pas idiote, elle savait que la situation était sérieuse et elle n'avait pas besoin que Harry Potter lui crie dessus et la pousse vers le portrait de Phineas Nigellus. Une fois de plus, Dumbledore lui caressa gentiment le bras.
– Calme–toi, lui chuchota–t–il. Il est contrarié.
– Je m'en fous, siffla Minerva. Je te l'ai déjà dit avant, je me fous qu'il meure demain, il doit quand même me traiter avec respect.
Cependant, elle n'attendit pas de réponse, elle fit osciller le portrait pour l'ouvrir et passa à travers le trou, en claquant la peinture derrière elle.
Harry la regarda partir d'un air de défi, ne regrettant pas un instant ce qu'il avait dit. Il n'y avait pas de temps à perdre et si elle voulait être en colère après lui, ça lui allait. Tant que Draco était sain et sauf, elle pouvait le haïr pour le restant de ses jours.
– Va voir Madame Pomfresh, lui répéta calmement Dumbledore.
– Non, rétorqua Harry, borné. Je vais avec Snape.
– Le professeur Snape, Harry.
– Peu importe, je vais avec lui.
– Alors, au moins, assieds–toi, proposa Dumbledore d'une voix fatiguée, que nous puissions faire venir Madame Pomfresh pour toi.
Harry s'affala dans le siège que Minerva avait laissé vacant. C'était de sa faute. Tout était de sa faute. Il était sorti. Il avait embrassé Fred. McGonagall avait raison, Fred ne l'avait pas obligé il aurait pu s'en aller à tout moment.
Dumbledore s'était déplacé vers la cheminée, manifestement, il appelait Madame Pomfresh. Quand il revint, il s'assit lourdement sur la chaise qui faisait face à Harry.
– Bon, recommençons, veux–tu ? l'encouragea–t–il. Tu as couru après lui et il y avait un homme, grand, peut–être âgé. Est–ce qu'il a dit quelque chose, tu t'en souviens ?
– Non, il n'a rien dit. Il m'a souri et ils ont simplement disparu… Draco a crié mon nom, il était terrifié…
Harry s'affaissa encore plus sur sa chaise.
– C'est de ma faute. Il a fallu que je sorte avec Fred, je ne pouvais pas rester ici, non. Je savais que j'aurais dû rester et parler avec Draco, mais non, pas moi. Je devais avoir les deux. J'aurais dû courir après lui directement… Pourquoi je suis tellement con ?
– Tu n'es pas con, objecta Dumbledore un peu plus durement qu'il n'en avait l'intention. Commence par te calmer.
Dumbledore connaissait bien Harry, il avait passé tellement de temps à le façonner, conscient du destin qui lui était réservé, sachant que s'il survivait à la guerre, il aurait besoin d'être fort et puissant, capable de trouver sa voie au–delà de ça. C'était sans doute vrai que Dumbledore avait un peu trop élevé l'ego du jeune homme, mais, à la fin de la guerre, cet ego était en miettes et, aussi fort fut–il, Harry Potter était capable de plonger dans de spectaculaires dépressions. Il serait inutile pour lui de s'effondrer maintenant. Mais Harry avait commencé à se balancer d'avant en arrière et Dumbledore reconnaissait les signes bien trop clairement. Le garçon allait soit exploser en crise de colère, soit craquer complètement.
– Mais bordel, où ils sont ? Vous n'auriez jamais dû envoyer McGonagall, elle est impotente, putain ! J'aurais dû y aller moi–même, merde !
– Harry !
– Où ils sont ? Ce salopard cinglé pourrait faire n'importe quoi à Draco pendant ce temps !
– Calme–toi ! Minerva sera de retour bientôt et Severus sera avec elle, mais je peux t'assurer que si tu ne cesses pas immédiatement ces absurdités, aucun d'entre nous ne sera enclin à t'aider.
– ALORS QU'ILS AILLENT SE FAIRE FOUTRE, J'IRAI SEUL !
Dumbledore détourna son regard et grinça des dents. Il avait lui aussi ses mantras pour gérer les étudiants pénibles et il avait fait le vœu que rien n'ébranlerait son sang–froid avec eux – mais Harry venait de dépasser ce stade.
– Si tu ne te calmes pas sur le champ, Harry, je placerai sur ton corps un sortilège de ligature et tu seras coincé à l'infirmerie toute la nuit. Compris ?
Harry déglutit avec difficulté et se tut.
oOo
Du sang. Oh, mon dieu, du sang. Il faut le faire partir rapidement, faire partir chacune de ces gouttes compromettantes. Tout laver. Tout.
Lucius se réveilla en sursaut et réalisa qu'il était dans la salle de bain. Il avait dû encore un fois faire du somnambulisme. Narcissa le taquinait sans pitié à ce propos. Il était nu, il pouvait voir ses vêtements éparpillés sur le sol et il se tenait face à une vasque et se frottait sauvagement avec un gant de toilette humide. C'était un de ces gants épais et moelleux que Narcissa préférait, un de ceux qui pesaient curieusement lourd lorsqu'ils étaient saturés d'eau.
Il regarda son reflet et fut brièvement paralysé par ce qu'il vit.
Son visage était maculé de sang et, sous le sang, son corps était battu et meurtri. Ses bras étaient éclaboussés de sang et sa poitrine nue en paraissait recouverte, comme une couche.
Il sut instantanément que ce n'était pas son sang. Bien qu'il fût clairement blessé, il ne sentait pas la piqûre caractéristique d'une coupure. Il n'avait pas été tailladé, ni même poignardé, et, à vrai dire, il était certain que c'était lui qui avait fait tout ça. Mais – il s'examina – c'était une chose terriblement étrange parce qu'il ne se souvenait avoir tailladé ou poignardé quiconque de toute sa vie. Il n'y avait nul besoin d'employer des techniques aussi barbares, parce que, par–dessus tout, c'était un sorcier et il n'avait qu'à utiliser sa baguette pour détruire chacune des personnes autour de lui.
Excepté bien sûr qu'il était adepte de l'usage du gourdin et que ces bâtons magiques avaient pour habitude de réduire la peau et les os en bouillie. Peut–être que c'était la cause de tout ce sang… Peut–être qu'il avait utilisé son gourdin sur un pauvre malheureux.
Mais non, il savait qu'il avait tailladé et poignardé. Il le savait, tout simplement.
Il fixa son propre reflet macabre, fasciné par la manière dont le sang tachait ses lèvres, il semblait si franc contre la pâleur de sa peau. Il se demanda comment il était possible de ressembler à un ange même couvert de sang.
Parce que tu es un ange.
Lucius fronça les sourcils. Narcissa allait être furax qu'il ait mis un tel bazar dans la salle de bain. Si elle voyait ça, elle allait hurler comme un putois [2]. C'était un meurtre sanglant [2 bis]. Mais qui avait–il tué si violemment ? La guerre était finie, non ?
Lucius laissa son regard suivre la courbe de son cou, ses épaules couvertes de sang et la dureté de sa poitrine. Son corps avait bonne mine. Musclé et en forme. Il se sentait fort, souple et sain.
Mais tu n'es pas en forme, hein ?
Il se renfrogna encore une fois. Refusant de détourner les yeux de son reflet ensanglanté, Lucius ouvrit les robinets afin de se laver. Il avait besoin de se débarrasser de tout ce sang. De se laver, de s'essuyer puis de ramper jusqu'à son lit, là où était sa femme.
Narcissa. Elle était probablement endormie parce que s'il avait été somnambule et qu'elle était réveillée, elle aurait fait quelque chose pour l'empêcher de errer.
Errer en tuant dans son sommeil.
Il détourna finalement les yeux du miroir et plongea les mains dans l'eau pour les laver. Sauf qu'elles étaient propres. Parfaitement propres. Il examina tout son corps nu et découvrit qu'il était sans défaut. Rien ne marquait sa chair crémeuse. Il était pâle, parfait et propre.
Il regarda à nouveau le miroir et la réflexion de son corps en sang fut de retour. Il se demanda si c'était comme dans le portrait de Dorian Gray [3]. Tous ses péchés avaient décidé de se rassembler dans le miroir de la salle de bain et lui allait rester jeune et innocent à jamais en apparence tandis que le sang de ceux qu'il avait tués ou trompés le recouvrirait simplement dans le miroir. C'était merveilleusement pratique. Il n'était certainement pas facilement scandalisé par de telles choses et si ça signifiait qu'il pouvait rester jeune et beau à jamais, alors tout était pour le mieux.
En fait, c'était plutôt magnifique.
Sauf que ce n'était pas magnifique. Lui n'était pas magnifique. Et il n'était assurément pas jeune pour toujours. Quelque chose allait terriblement de travers ici.
Il se sentait bizarre sur ses pieds, comme s'il n'était pas censé être debout. Il ne s'était pas tenu ainsi depuis très longtemps.
Mais pourquoi ?
Il n'était pas somnambule. Il n'était pas réveillé. Il dormait encore et c'était un rêve. La salle de bain était un rêve. Il n'était pas à la maison et sa magnifique Narcissa était morte.
Papa.
Draco ?
Lucius regarda son reflet et se vit comme il était en réalité. Une ombre frêle de ce qu'il avait été. Propre, les cheveux chatoyants, un fin filet de bave coulait sur son menton qui était devenu rouge à cause du contact constant de la salive. Ses yeux avaient l'air enfoncé dans son visage. Et sa figure ressemblait à un squelette. Il n'était plus beau désormais et il ne put que se demander ce que le conservateur lui trouvait.
Papa.
Draco ?
Mais où était–il ? Lucius l'entendait, c'était tellement clair, il parlait droit dans son cerveau.
C'est toujours le rêve. Draco est à l'école, où il doit être, il est en sécurité.
Mais pourquoi l'entendait–il ? Draco semblait si proche et il l'appelait. Il y avait de la panique dans sa voix… du désespoir. Il ne pouvait pas être ici, c'était juste impossible. Il était à Poudlard et le chaton ensorcelé le gardait là–bas. Lucius fronça les sourcils et ses yeux s'ouvrirent. Le musée était sombre et vide, les lumières de chaque vitrine étaient éteintes. La salle Sais était déserte.
Et Lucius était toujours dans sa cage de verre. Un autre soir, ça l'aurait réjoui. Une nuit, seul, était une commodité rare. Il avait passé la journée à fixer les visages familiers qui lui rendaient son regard. Des gens qu'ils connaissaient. Les adultes avaient l'air dégoûté et pourtant ils revenaient et revenaient encore, juste pour le fixer longuement. Il ne savait pas pourquoi ils s'embêtaient à ça. Pourquoi revenaient–ils, jour après jour ? Et puis il y avait les enfants. Des petits monstres qui pressaient leur visage contre la vitre et la barbouillait avec Merlin seul savait quoi.
Mais supporter la curiosité morbide de ces gens était préférable à se retrouver couché contre le conservateur, pendant que le vieil homme déposait son si spécial témoignage d'amour dans le corps éternellement défaillant de Lucius.
Mais pas ce soir. Il était habitué à la routine des jours et des nuits. Il passait du temps dans sa vitrine mais rarement ces jours–ci et il en était toujours – toujours – sorti à dix–huit heures. Il y avait une horloge au centre du musée. Elle était en train de sonner minuit.
Alors pourquoi était–il encore dans sa cage de verre ? Soit Semeuse avait perdu son intérêt pour lui, mais c'était quelque chose dont il doutait sérieusement, parce que, même s'il était mort, il était certain que Semeuse continuerait à sodomiser son cadavre. La seule réponse rationnelle était qu'il y avait quelque chose d'autre qui l'occupait présentement. Peut–être que Semeuse était toujours à Pré–au–Lard ou peut–être qu'il avait montré assez de Galions et qu'Antwon lui avait offert un tour de sa collection privée ?
Papa.
Peut–être que Lucius était sur la pente finale et qu'il entendait des voix ? Il ferma les yeux encore une fois et tenta de se concentrer. La panique n'aidait pas son esprit à se calmer.
– Draco…
Il expira un long soupir et étendit son esprit, il essaya de trouver n'importe quelle trace de l'aura de son fils, souhaitant devoir voyager dans toute l'Écosse pour le faire.
Mais non, Draco n'était pas en Écosse. Draco était plus proche que ça. Beaucoup plus proche. Lucius sentit son troisième œil se tourner et se concentrer tandis que les contours de l'aura de Draco se dessinaient.
L'aura de Draco était fluide, comme de l'eau. D'un bleu chatoyant, occasionnellement orageux, mais toujours bleu. Mais les contours n'étaient pas bleus, ils étaient d'un gris plus sombre, tirant sur le noir. Puis, brusquement, tout s'éclaircit et Lucius sentit ses oreilles devenir douloureuses comme si sa tête se remplissait soudainement de hurlements. Des hurlements qu'il avait déjà entendus avant et qu'il avait espérés ne plus jamais entendre à nouveau.
Puis il le vit, comme si un brouillard s'était levé, et il émergea dans la clarté du jour. Mais cette lumière était horrifiante. Cette lumière était plus hideuse que tout ce qu'il avait osé un jour contempler. Son fils était là. Son bébé était là, dans cette pièce. Son bébé était à peine conscient et il avait l'air mouillé, comme s'il venait juste d'être plongé dans un bain. Pire encore, Lucius découvrit, comme s'il regardait de très, très loin, qu'Archibald Semeuse, cet être si infect et décrépi, violait son fils.
Il sentit son sang brûler. Il pouvait le sentir ruer à travers lui, bouillir dans ses veines. Il se retira, ne voulant pas en voir plus. Il plia un de ses poings, puis l'autre. Fléchit ses doigts puis ses orteils. Il fit douloureusement pivoter ses chevilles dans les chaussettes inutilisées.
Quelque part, dans l'obscurité, il put entendre le son du verre qui explosait quand les vitrines d'exposition volèrent en éclats.
Lucius Malfoy ouvrit les yeux et gronda.
À suivre...
NdT :
[1] 40 pieds font un peu plus de 12 mètres
[2] et [2bis] to scream blue murder dans le texte original signifie : hurler comme un putois. Jeu de mot intraduisible puisque Lucius reprend ensuite le mot murder (meurtre) dans son sens littéral.
[3] Le Portrait de Dorian Gray (The Picture of Dorian Gray) est un roman fantastique d'Oscar Wilde, publié en 1890 (révisé en 1891) et écrit dans le contexte de l'époque victorienne.
Dorian Gray est un jeune homme d'une très grande beauté. Son ami, Basil Hallway, artiste peintre, est fasciné. Il décide de faire son portrait puis de ne pas l'exposer, tant il est abouti. Gray fait la connaissance de Lord Henry qui le convertit à ses théories sur la jeunesse et le plaisir. Devenu jaloux du portait qui conservera à jamais l'image de sa beauté, Gray souhaite que le tableau vieillisse à sa place. Son vœu est exaucé, son image peinte vieillit et porte, au fil des ans, les traits de vanité et d'hypocrisie de Grey.
Finalement, désespéré par sa propre décadence, Grey enfonce un couteau dans le tableau. Il est retrouvé mort, vieux et hideux devant le portrait qui a recouvré sa beauté première.
Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.
Bisous.
Falyla
